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Full text of "Bulletin de l'Institut archéologique liégeois"

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THE  J.  PAUL  GETTY  MUSEUM  LIBRARY 


BULLETIN 


L'INSTITUT  ARCHÉOLOGIQUE 


1.  I  E  G  E  O  I  S 


BULLETIN 


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LIEGEOIS. 


TOME      XL  3SL  I 


LIÈGE 

LÉON   DE    THIER,    BOULEVARD   DE   LA   SAUVENIÈRE  .    12 


1888 


GEITï  CUt i ht  LiôKnti 


Institut  Archéologique  Liégeois 


r^î^^Xâ*^?^^! 


STATUTS  CONSTITUTIFS 


Art.  I.  —  Une  société  est  fondée  à  Liège  pour  recher- 
cher, rassembler  et  conserver  les  œuvres  d'art  et  les 
monuments  archéologiques,  particulièrement  ceux  de  la 
province  et  des  anciennes  dépendances  du  pays  de  Liège. 

Elle  prend  le  titre  iï  Institut  archéologique  liégeois 
et  correspond  avec  les  sociétés  savantes ,  belges  ou 
étrangères ,  instituées  dans  des  vues  analogues. 

Art.  II.  —  L'Institut  se  compose  : 

1°  De  seize  membres  effectifs  au  moins  et  de  trente  au 
plus  ;  ils  doivent  être  domiciliés  dans  la  province  ; 

2°  D'un  président  et  d'un  vice-président  honoraires ,  à 
savoir  :  le  gouverneur  de  la  province  et  le  bourgmestre 
de  la  ville  de  Liège  ; 

3°  De  vingt  membres  honoraires; 

4°  De  cinquante  membres  correspondants  ; 

5°  De  membres  associés. 


—   VI   — 

Art.  III.  —  Les  places  vacantes  pour  le  titre  de  membre 
effectif,  honoraire  ou  correspondant,  seront  mentionnées 
sur  les  convocations ,  afin  que  l'on  puisse  procéder  aux 
présentations  de  candidats.  Ces  présentations  devront  être 
faites  par  écrit  et  signées  par  trois  membres  effectifs. 
L'admission,  décidée  par  bulletins  secrets  et  à  la  majorité 
absolue  des  suffrages ,  aura  lieu  dans  la  séance  qui  suivra 
celle  où  auront  été  faites  les  présentations ,  et  dont  elle 
devra  être  distante  d'au  moins  huit  jours. 

La  moitié,  au  moins,  des  membres  effectifs  existant 
devra  être  présente  pour  pouvoir  procéder  à  l'élection 
d'un  membre  effectif,  et  le  tiers  ,  après  une  seconde 
convocation. 

L'élection  des  membres  effectifs  et  des  membres  hono- 
raires a  lieu  dans  la  séance  du  mois  d'avril  et  dans  celle 
de  décembre,  après  la  formation  du  bureau. 

Lorsqu'il  y  aura  lieu  d'augmenter  le  nombre  des 
membres  effectifs,  conformément  au  §  I  de  l'article  II, 
il  faudra  une  délibération  expresse  de  Y  Institut  avant  de 
pouvoir  procéder  à  la  présentation  de  candidats. 

Art.  IV.  — Les  réunions  ordinaires  ont  lieu  mensuelle- 
ment, sauf  pendant  les  mois  d'août,  septembre  et  octobre. 
Le  bureau  fixe  le  jour  et  l'heure  des  séances  (1). 

Les  membres  effectifs  qui ,  dans  le  courant  de  l'année , 
n'auront  pas  payé  leur  cotisation ,  seront,  après  avertis- 
sement ,  considérés  comme  démissionnaires. 

Aucune  résolution  ne  peut  être  prise  si  sept  membres 
effectifs  au  moins  ne  sont  présents  à  la  séance. 

Les  membres  honoraires ,  correspondants  ou  associés , 
peuvent  assister  aux  séances.  Ils  ont  voix  consultative. 

Toute  discussion  étrangère  au  but  de  l'Institut  est 
interdite. 

1)  C'est  actuellement  le  dernier  jeudi  du  mois. 


—  VII  — 

Les  décisions  sont  prises  à  la  majorité  des  voix.  En  cas 
de  parité,  la  proposition  est  rejetée. 

Sur  la  demande  de  trois  membres,  on  procède  au  scrutin 
secret. 

Art.  V.  —  Le  bureau  se  compose  du  président ,  du 
vice-président,  du  secrétaire,  du  conservateur,  du  biblio- 
thécaire et  du  trésorier. 

Les  fonctions  des  membres  du  bureau  sont  annuelles. 

Chaque  année ,   à  la  séance   du  mois  de   décembre , 

Y  Institut ,  en  procédant  à  l'élection  de  ses  fonctionnaires , 
nomme  un  vice-président ,  qui  entre  en  fonctions  le 
1er  janvier. 

L'année  suivante ,   il  devient   de   droit  président   de 

Y  Institut  pour  le  terme  d'une  année,  après  laquelle  il 
n'est  pas  immédiatement  rééligible ,  ni  comme  président , 
ni  comme  vice-président. 

Les  autres  membres  sortants  du  bureau  sont  rééligibles. 

Art.  VI.  —  Le  président  veille  à  l'exécution  du  règle- 
ment; il  dirige  les  travaux  et  les  discussions  des  réunions. 

En  cas  d'absence  du  président  et  du  vice-président ,  le 
membre  le  plus  âgé  en  remplit  les  fonctions. 

Art.  VII.  —  Le  secrétaire  tient  les  procès-verbaux 
des  séances,  la  correspondance,  etc. 

Tout  procès-verbal  ou  décision  de  la  société  est  signé 
par  le  président  et  par  le  secrétaire.  Ce  dernier  signe  seul 
les  pièces  qui  n'impliquent  aucune  décision  de  la  société. 

En  cas  d'empêchement  du  secrétaire ,  ses  fonctions  sont 
remplies  par  un  membre  que  désigne  le  président. 

Le  secrétaire  a  la  garde  du  sceau  et  des  archives  de 
la  société. 

Il  présente  chaque  année,  au  mois  de  janvier,  un  rap- 
port détaillé  sur  les  travaux  de  Y  Institut ,  sur  les  acqui- 
sitions faites  et  sur  les  objets  et  livres  offerts. 


—  Vlli  — 

Art.  VIII.  —  Le  conservateur  a  la  direction  du  Musée 
provincial. 

Il  dresse,  tous  les  ans,  un  inventaire,  qui  est  vérifié  et 
approuvé  par  le  président.  Cet  inventaire  indique  la 
provenance  de  chaque  objet  et  l'époque  de  son  acquisition. 

Pendant  les  trois  mois  de  vacances,  le  conservateur 
peut,  avec  l'assentiment  du  bureau,  faire  les  acquisitions 
qu'il  croira  utiles. 

Art.  IX.  —  Le  bibliothécaire  tient  un  catalogue  des 
livres  offerts  à  Xlnstitut  ou  acquis  par  lui. 

Il  rend  compte  chaque  année  des  accroissements  de  la 
bibliothèque. 

Art.  X.  —  Le  trésorier  est  chargé  des  recettes  et  des 
dépenses. 

Il  n'effectue  de  paiement  que  sur  ordonnance  signée 
par  le  président  et  par  le  secrétaire. 

Il  rend  compte  de  sa  gestion  dans  la  séance  du  mois  de 
janvier  de  chaque  année. 

Art.  XL  —  Les  recettes  de  la  société  se  composent  de 
la  cotisation  annuelle  des  membres  effectifs,  associés  ou 
correspondants ,  et  des  subventions  à  obtenir  de  l'État , 
de  la  province  et  de  la  commune- 

La  cotisation  annuelle  des  membres  effectifs  est  fixée  à 
la  somme  de  quinze  francs;  celle  des  membres  associés 
est  de  dix  francs.  Elle  est  également  de  dix  francs  pour 
ceux  des  membres  correspondants  qui  désirent  recevoir 
les  publications  de  Xlnstitut. 

Ces  cotisations  sont  payables  dans  le  courant  du  mois 
de  janvier  qui  commence  l'année  pour  laquelle  elles 
sont  dues. 

Art.  XII.  —  Les  objets  réunis  par  la  société  forment 
un  Musée,  qui  est  la  propriété  de  la  province. 
Les  moindres  dons  sont  reçus  avec  reconnaissance.  Le 


IX 


nom  du  donateur  est  inscrit  sur  l'objet  offert  et  dans  un 
registre  ouvert  à  cet  effet. 

Les  objets  qui  se  trouvent  en  double  au  Musée  ne 
pourront  être  échangés  qu'après  une  délibération  expresse 
de  Y  Institut  et  du  consentement  des  donateurs.  (Cette 
règle  ne  s'applique  pas  aux  monnaies  et  aux  livres.  ) 

Tout  objet,  même  en  double,  auquel  se  rattache  un 
souvenir  personnel,  ne  pourra  être  échangé. 

La  proposition  d'échange  devra  être  portée  à  l'ordre  du 
jour  un  mois  avant  la  délibération,  afin  que  les  membres 
puissent  prendre  connaissance  des  objets. 

Tous  les  membres  sont  invités  à  faire  hommage  de  leurs 
publications  à  la  société. 

Art.  XIII.  —  L'Institut  publie  un  recueil  intitulé  : 
Bulletin  de  V Institut  archéologique  liégeois. 

Une  commission  spéciale,  composée  de  trois  membres, 
élus  à  l'époque  du  renouvellement  du  bureau,  est  chargée 
de  tout  ce  qui  a  rapport  à  la  publication  du  Bulletin. 

Le  Bulletin  est  distribué  aux  institutions  publiques 
qui  encouragent  X Institut ,  aux  compagnies  savantes 
avec  lesquelles  il  entretient  des  relations  et  aux  membres 
qui  ont  payé  leur  cotisation. 

Les  auteurs  des  articles  publiés  ont  droit  à  vingt-cinq 
tirés  à  part,  qui  devront  porter,  sur  le  titre,  cette 
mention  :  Extrait  du  Bulletin  de  V Institut  archéolo- 
gique liégeois.  Ils  sont  du  reste  autorisés  à  faire  tirer, 
à  leurs  frais,  un  nombre  indéterminé  d'exemplaires. 

Les  tirés  à  part  ne  peuvent  être  distribués  qu'à  dater  du 
jour  de  la  mise  en  vente  de  la  livraison  du  Bulletin  dont 
ils  sont  extraits. 

Art.  XIV.  —  Le   présent  règlement  ne   pourra  être 

changé  que  sur  la  proposition  écrite  de  cinq  membres 


—  X  — 

effectifs;  toute  modification  devra  obtenir  l'assentiment 
des  deux  tiers  au  moins  des  membres  effectifs  existant. 
Après   revision    des    dispositions    organiques    des 

12  avril  1850,   18  janvier  1852,    17  janvier   1857  et 

13  avril  1877,  les  présents  Statuts  ont  été  adoptés  par 
V Institut  archéologique  réuni  en  assemblée  générale , 
à  Liège ,  le  13  avril  1877. 

Pour  copie  conforme  : 

Le  Secrétaire  ,  Le  Président, 

E.    POSWICK.  St.  BORMANS. 


TABLEAU  DES  MEMBRES 


L'INSTITUT  ARCHÉOLOGIQUE  LIÉGEOIS 


PRESIDENT  HONORAIRE. 

LE  GOUVERNEUR   DE   LA  PROVINCE   DE   LIEGE. 

PETY  DE  THOZÈE  (Léon),  ®. 

VICE-PRÉSIDENT  HONORAIRE. 

LE    BOURGMESTRE   DE    LIEGE. 

D'ANDRIMONT  (Julien),  0.  *. 

BUREAU  DE  LA  SOCIÉTÉ  POUR  1888. 

Président:  St.  BORMANS. 

Vice-Président  :  Baron  J.  de  CHESTRET  DE  HANEFFE. 

Secrétaire:  Eug.  POSWICK. 

Conservateur  :  J.  ALEXANDRE. 

Trésorier  :  F.  COUCLET. 

Bibliothécaire  :  Ad.  DE  JARDIN. 

Conservateur-adjoint :  M.  DE  PUYDT. 


—  XII  — 


MEMBRES  EFFECTIFS. 


Date  de  l'admission. 

4  avril  1850.      1.  SÈLYS-LONGCHAMPS  (baron  Edmond 

de),    G.   0.  @,   sénateur,    membre    de 
l1 Académie  royale  de  Belgique. 

18  nov.  1859.  2.  BORMANS  (Stanislas),  0.®,  administra- 
teur-inspecteur de  l'Université ,  membre 
de  Y  Académie  royale  de  Belgique. 

6  mars  1862.  3.  ALEXANDRE  (Joseph),  archiviste  de 
l'Administration  provinciale. 

13  déc.  1867.  4.  HELBIG  (Jules),  ®,  artiste  peintre, 
membre  correspondant  de  la  Commission 
royale  des  Monuments. 
5.  HENROTTE  (Nicolas),  chanoine  de  la 
Cathédrale,  membre  correspondant  de  la 
Commission  royale  des  Monuments. 

3  févr.  1868.  6.  LE  ROY  (Alphonse),  0.  ®,  professeur 
à  l'Université,  membre  de  Y  Académie 
royale  de  Belgique. 

12  nov.  1868.  7.  DEJARDIN  (Adolphe),  capitaine  du 
génie  en  retraite. 

1er  avril  1870.     8.  ANGENOT (Félix),®,  greffier  provincial. 
9.  NOPPIUS  (Lambert),  architecte  pro- 
vincial. 

3  juin  1870.  10.  DEJARDIN  (Joseph),  président  de  la  So- 
ciété liégeoise  de  Littérature  wallonne. 

1er  juill.  1870.  11.  HELBIG  (Henri),  littérateur. 

12.  POSWICK  (Eugène),  au  château  ù'Ingi- 
houl,  par  Engis. 

5  janv.  1872.    13.  DEWALQUE  (Gustave),  0.  ®,  profes- 

seur à  l'Université,  membre  de  Y  Acadé- 
mie royale  de  Belgique. 
5 déc.  1873.       14.  THIER  (chevalier  Charles  de),  §§, 
conseiller  à  la  Cour  d'appel, 


31  janv.  1879. 

19 

» 

20 

31  déc.  1880. 

21, 

26  mai  1882. 

22, 

—  XIII   — 

Date  de  l'admission. 

4  février  1876.  15.  JAMAR  (Edmond),  architecte. 
27  avril  1877.  16.  FRÉSART  (Jules),  ®,  banquier. 

27  juill.  1877.  17.  HOCK  (Auguste),  littérateur. 

18.  SCHOOLMEESTERS  (Emile),  doyen  de 
S1- Jacques. 

,  BODY  (Albin),  littérateur,  à  Spa. 

,  COUCLET  (François),  graveur. 
GRANDJEAN  (Mathieu),  bibliothécaire 
de  l'Université. 

DARIS  (Joseph),  chanoine  de  la  Cathé- 
drale, professeur  au  Séminaire. 

23.  CHESTRET     DE     HANEFFE     (baron 
Jules  de). 

24.  FRÈSON  (Jules),  jg,   conseiller  à   la 
Cour  d'appel. 

25.  DEMARTEAU  (Joseph),  rédacteur  en 
chef  de  la  Gazette  de  Liège. 

29  déc.  1882.    26.  DE    PUYDT    (Marcel),    directeur    du 
contentieux  de  la  ville  de  Liège. 

28  déc.  1883.    27.  TERME  (Georges). 

31  déc.  1885.    28.  BORMAN  (chevalier  Camille  de),  ®, 
membre  de  la  Députation  permanente  du 
Limbourg,  à  Liège. 
27  janv.  1887.  29.  DE  SOER(Oscar),  îg,  à  Solières. 

30.  DEMARTEAU  (J.  E.),  îg,  directeur  de 
l'École  normale  des  humanités. 


—  XIV   — 


MEMBRES  HONORAIRES. 


Date  de  l'admission. 

16 juillet  1852.    1.  PITRA   (J.   B.),    cardinal,    évêque  de 

Frascati,  bibliothécaire  de  la  Sainte  Église 

Romaine,  à  Rome. 
Mai  1857.  2.  DE  DECKER  (P.) ,  C.  ®,  ancien  ministre 

de   l'Intérieur ,   membre  de  Y  Académie 

royale  de  Belgique ,  à  Bruxelles. 
5 février  1863.    3.  CHALON  (Renier),  C.  ®,  membre  de 

Y  Académie    royale    de    Belgique,    à 

Bruxelles. 
12déc.  1868.      4.  LIMBOURG  (Philippe  de),  propriétaire, 

à  Theux. 

26  mai  1882.      5.  REUSENS  (Joseph),  ®,   chanoine  de 

Malines,  professeur  à  l'Université  catho- 
lique, à  Louvain. 
6.  Van  de  CASTEELE  (Désiré),  conserva- 
teur des  archives  de  l'État,  à  Liège. 

29déc.  1882.  7.  LOOZ-CORSWAREM  (comte  Georges 
de),  à  Bruxelles. 

26janv.  1884.  8.  LAVELEYE  (Emile  de),  C.  ®,  profes- 
seur à  l'Université,  membre  de  Y  Aca- 
démie royale  de  Belgique ,  à  Liège. 

27  janv.  1887.    9.  TERME  (Antonin)  ,  directeur  du  Musée 

d'arts  industriels ,  à  Lyon. 


—  XV  — 

MEMBRES  CORRESPONDANTS. 

Les  noms  précédés  d'un  '  sont  ceux  des  membres  qui  reçoivent  le  Bulletin. 

Date  de  l'admission. 

31  mai  1850.         1.  PETY  de  THOZÈE  (J.),  consul  général 

à  Bombay  (Inde). 
16 juillet  1853.      2.  NOUE  (Arsène  de),  docteur  en  droit, 

à  Malmedy. 

*  3.  VAN  DERSTRATEN-PONTHOZ  (comte 

F.  ) ,  ® ,  à  Bruxelles. 
9  mai  1862.        *  4.  RENIER  (Jean),  ®,  artiste  peintre,  à 

Verviers. 
7  avril  1864.  5.  GROTEFEND  (C.  L.),  archiviste  de 

l'État ,  à  Hanovre. 
20  mai  1869.      *  6.  KEMPENEERS  (Auguste),  docteur  en 

droit  canon ,  à  Montenaken. 

*  7.  DELHASSE  (Félix),  homme  de  lettres, 

à  Bruxelles. 
3  mars  1871.      *  8.  MATTHIEU    (Jules),    professeur,    à 

Verviers. 
7 juillet  1871.       9.  SCHOOFS    (L.    H.),    chanoine  de  la 

cathédrale. 
2  fév.  1872.         10.  LEFÈVRE  (J.),  instituteur,  à  Landen. 

*  11.  LEQUARRÉ  (N.),  professeur  à  l'Uni- 

versité ,  à  Liège. 
1874.      12.  KURTH  (  Godefroid  ) ,  ® ,  professeur  à 
l'Université,  à  Liège. 
29 juin  1877.        13.  VORSTERMAN  VAN  OYEN  (A.  A.), 
généalogiste,  à  La  Haye. 
14.  TROOZ  (Jules  de),  à  Louvain. 

*  15.  VIERSET-GODIN  (Emile),  ®,  archi- 

tecte ,  à  Huy. 
24  fév.  1882.     *  16.  BEQUET  (Alfred),  ®,  conservateur 
du  Musée  archéologique ,  à  Namur. 


—  XVI   — 

Date  de  l'admission. 

24  fév.  1882.    "  17.  DRION  (Prosper),  îg,  directeur  de 
l'Académie  de  peinture ,  à  Liège. 

*  18.  CARPAY   (P.  J.),  artiste-peintre,  à 

Liège. 

*  10.  L'ESCAILLE  (Henri  de),  à  la  Tou- 

rette  (Hougaerde). 
20.  HABETS  (abbé  Joseph),  archiviste  de 
l'État,  membre  de  Y  Académie  y^oyale 
des  Pays-Bas ,  à  Maestricht. 

*  21.  HICGUET  (Dieudonné),  ®,   docteur 

en  médecine,  à  Liège. 

*  22.  WILMOTTE    (Joseph),    ®,    artiste- 

orfèvre,  à  Liège. 

*  23.  VAN  ZUYLEN  (Edmond),  à  Liège. 

*  24.  DIGNEFFE  (Léonce),  à  Liège. 

*  25.  OTREPPE     DE    BOUVETTE    (baron 

Frédéric  d'  ) ,  à  Liège. 

*  26.  BAAR  (Alfred),  conseiller  provincial, 

à  Liège. 

*  27.  LOHEST  (  Pascal  ) ,  à  Liège. 

26  mai  1882.       28.  CROUSSE  (P.  F.   J.),   0.  #,  colonel 

d'état-major,  à  Liège. 
29déc.  1882.       29.  CLERX  (Paul),  conservateur  adjoint 

des  archives  de  l'État ,  à  Liège. 

*  30.  PIRENNE  (Henri),  professeur  à  l'Uni- 

versité, à  Gand. 
29  mai  1883.        31.  CRAHAY  (Louis),  ®,  conseiller  à  la 
Cour  d'appel ,  à  Liège. 

*  32.  STASSE  (Alexis),  chef  de  division  au 

Gouvernement  provincial ,  à  Liège. 
28  juill.  1883.   *  33.  COCHETEUX  (Charles),  O.  ®,  général 

du  génie  en  retraite ,  à  Liège. 
26janv.  1884.  *  34.  BLANCKART   (baron  Charle*    de), 

docteur    en    droit,    au    château    de 

Lexhy ,  par  Fexhe. 


—    XVII   — 

Date  de  l'admission. 

26janv  1884.  35.  COURTOIS  (  L.  N.),  ingénieur  des 
ponts  et  chaussées ,  à  Liège. 

*  36.  EKMAN  (C.  E.),  membre  de  la  pre- 

mière chambre  du  royaume ,  à  Fins- 
pong  (Suède). 

*  37.  FRÈRE-ORBAN  (Georges),  ®,  con- 

seiller à  la  Cour  d'appel ,  à  Liège. 

*  38.  RUHL   (Gustave),  juge  suppléant,  à 

Verviers. 

28  nov.  1884.  39.  HOFFMAN  (le  docteur),  secrétaire  de 
la  Société  anthropologique ,  à  Wa- 
shington. 

26  déc.  1884.    *  40.  BREUL  (Adolphe),  industriel,  à  Goé. 

Dec.  1885.  *  41.  TIHON  (Ferdinand),  docteur  en  méde- 
cine ,  bourgmestre  de  Hannesche. 

25janv.  1886.  42.  GOBERT  (Théodore),  homme  de 
lettres ,  à  Liège. 

31  mars  1887.  43.  BEHAULT-DORNON  (Armand  de), 
secrétaire  de  la  Société  archéologique 
de  Bruxelles. 

28  avril  1887.  *  44.  BRACONIER  (Ivan),  château  de  Mo- 
dave. 
45.  CHARLES    (Fr.-Jos.),     commissaire- 
voyer. 

20  mai  1887.  *  46.  THIMISTER( Olivier),  chanoine  de  la 
Cathédrale ,  à  Liège. 

*  47.  MARÈSAL  (  D,  J.  C.  ) ,  avocat ,  à  Liège. 

*  48.  BÊTHUNE  (Léon),  avocat,  à  Liège. 

*  49.  NAVEAU  (Léon),  au  château  de  Bom- 

mershoven ,  par  Tongres. 
28  juill.  1887.    *  50.  COA1BLEN  (A.),  membre  de  la  Com- 
mission administrative  des  Hospices. 


—  XVIII   — 


MEMBRES  ASSOCIES. 


Date  de  l'admission. 

24oct.  1862.       1.  HEMRICOURT    de    GRUNNE    (comte 
Arthur  de),  docteur  en  droit,  sénateur, 
au  château  de  Hamal,  par  Tongres. 
2.  LOOZ-CORSWAREM  (comte  Hippolyte 
de  ) ,  C.  ® ,  sénateur ,  à  Liège. 

Il  nov.  1862.     3.  WAUTERS-CLOES  (Henri),  tanneur,  à 
Liège. 

7  mai  1869.        4.  DUBOIS  (Léon),  chanoine  de  la  Cathé- 
drale ,  à  Liège. 
5.  GRÉGOIRE  (Michel),   secrétaire  com- 
munal, à  Wandre. 

7  janv.  1870.      6.  MAGNÉE  (L.),  à  Hervé. 

7.  PIROTTE  (A.) ,  entrepreneur,  à  Liège. 
1871.  8.  MIRBACH  (comte  de),   au  château  de 

Harff  (  Prusse  rhénane  ). 

Ier  oct.  1874.     9.  DE  WANDRE  (Ferdinand),  avocat,  à 
Liège. 

POSWICK  (Jules),  à  Limbourg. 
DEMANY  (Emile),  architecte,  à  Liège. 
BIAR  (J.  N.  G.),  ®,  notaire,  à  Liège. 
SERRURIER  (Alphonse),  à  Liège. 

14.  SAUVAGE-VERCOUR  (chevalier   Ar- 
thur de  ) ,  banquier ,  à  Liège. 

15.  SAUVAGE-VERCOUR   (chevalier  Ed- 
mond de),  à  Liège. 

28  mai  1880.     16.  SÈLYS-FANSON  (baron  Robert  de)  , 
à  Liège. 

17.  LHONNEUX  (Mme  Gustave  de),  à  Huy. 

18.  ÈVRxiRD  (J.   J.),  curé,  à  Jehay ,  par 
Amay. 

19.  FRÈSART  (Emile),  0.  ®,  à  Liège. 

20.  FRÈSART  (Oscar),  à  Liège. 


15  avril  1875. 

10 

4  fév.  1876. 

11, 

29  nov.  1878. 

12 

« 

13 

—  XIX  — 
Date  de  l'admission. 

28  mai  1880.     21.  GELOES  (comte  René  de),  au  château 
REysden. 

22.  LAMBERTS-CORTENBACH  (baron  Ro- 
dolphe de  ) ,  au  château  de  la  Zangrie , 
par  Bilsen. 

23.  PITTEURS  de  BUDINGEN  (baron  Léon 
de),  docteur  en  droit,  à  Liège. 

5  mars  1883.    24.  MÈLOTTE  (chevalier    Victor   de),  à 

Bruxelles. 
9  mars  1883.     25.  POSWICK  (Prosper),  ®,  au  château  de 

Tihange ,  par  Huy. 
31  mars  1883.  26.  BERLAYMONT    (comte  Guy   de),  au 

château  de  Bormenvillc ,  par  Hamois- 

Condroz. 

27.  BRADE  (Mlle  ) ,  à  Bruxelles. 

28.  GOER  de  HERVE  (baron  Eugène  de), 
à  Bruxelles. 

7  avril  1883.     29.  VILLENFAGNE   (baron   Albert    de), 

au  château  de  Sorinnes ,  par  Dinant. 
20  avril  1883.  30.  DORY  (Isidore),  professeur  à  l'Athénée, 

à  Liège. 
28  avril  1883.  31.  LECHAT  (Charles),  à  Liège. 
30nov.  1883.    32.  DIGNEFFE  (Victor),  h  Liège. 

33.  POTESTA  (Paul  de),   château  (ÏHer- 
malle,  par  Engis. 
30nov.  1883.    34.  HARENNE   (chevalier   J.    B.    de),    à 
Chaudfontaine. 
«  35    CHARLIER  (Jean  ) ,  négociant ,  à  Liège. 

14  fév.  1884.     36.  L'HOEST  (Isidore),  @,  directeur  au  che- 
min de  fer  du  Nord ,  à  Liège. 

37.  ORBAN  DE  XIVRY  (Jules),  ®,  château 
de  Gaillarmont ,  près  Chênée. 

38.  SLÈGERS  (Joseph),  étudiant,  à  Tongres. 

39.  WIGNY( Emile),  chef  de  comptabilité, 
à  Huy. 

28  janv.  1885.  40.  POLAIN  (Eugène),  notaire,  à  Liège. 


—  XX   — 
Date  de  l'admission. 

27  fév.  1885.     41.  LE  PAIGE  (Constantin),  professeur  à 

l'Université ,  à  Liège. 

28  avril  1885.  42.  CARLIER   (Florent),    à   Basse-Her- 

malle ,  par  Visé. 
25  mars  1886.  43.  GROULARD  (écuyer  Hyacinthe  de), 
major  d'infanterie ,  à  Arlon. 

29  avril  1886.  44.  WILMART  (Charles),  à  Liège. 

45.  DENIS  (A.  R.  E.),  négociant,  à  Liège. 
»  46.  LAPORT  (Guillaume),  fabricant  d'armes, 

à  Liège. 
47.  KOISTER  ( Emile ) ,  fabricant,  à  Liège. 
Juillet  1886.     48.  GILISSEN  (J.  F.) ,  aumônier  à  la  prison , 
à  Liège. 

49.  CAMBRESIER  (J.  G.),  artiste  peintre, 
à  Liège. 

50.  BRAHY,  négociant,  à  Liège. 

51    HORSTMANS  (Albert),  industriel,  à 
Liège. 
«  1887.   52.  HAULET ,  fonctionnaire  au  chemin  de 
fer  de  l'État. 


3e  LETTRE  A  M.  S 


•  *  • 


L'ANCIEME  VERRERIE  LIÉGEOISE 


Désiré  van  de  CASTEELE 


Monsieur  et  honoré  Collègue, 

Continuant  à  remonter  en  arrière,  je  m'occuperai  cette 
fois  de  la  période  entre  1620  (environ)  et  1670.  Quant  à 
la  période  antérieure  à  celle-là,  je  la  reprendrai;  car  j'es- 
père bien  retrouver  des  détails  sur  la  première  verrerie 
artistique,  établie  par  Nicolas  Francisci  vers  1569.  Ce  sera 
la  partie  la  plus  difficile  de  ma  tâche,  vu  les  lacunes 
qui  existent  dans  nos  archives. 


Foullon ,  après  avoir  parlé  d'une  interruption  momen- 
tanée de  la  verrerie  à  l'italienne,  à  Liège,  au  XVIe  siècle, 
tantisper  omissum  ,  dit  qu'elle  reprit  :  dein  resumptum,  et 
qu'elle  florissait  de  son  temps. 

Vous  avez  accepté  l'année  1610  comme  l'époque  où , 


-    2   - 

d'après  les  allégations  des  verriers  des  Pays-Bas,  en  1611, 
les  fournaises  de  Liège  étaient  allées  «  en  fumée  (1),  »  mais 
1626  est  pour  vous  la  date  de  la  reprise. 

Vous  vous  fondez  sur  les  recès  de  la  cité,  qui  admettent, 
au  mois  d'août  de  cette  année,  Gérard  Heyne,  dit  de  Preit, 
et  Louis  Marius,  son  gendre,  à  faire  relief  des  bons  métiers 
des  orfèvres  et  des  flockeniers  (2) ,  à  raison  de  la  fabri- 
cation du  verre  qu'ils  «  voulaient  entreprendre  ». 

Je  ne  suis  pas  encore  en  mesure  de  discuter  la  liaison 
que  vous  soupçonnez  exister  entre  la  verrerie  de  Francisci 
et  celles  du  XVIIe  siècle;  j'ai  toutefois  recueilli  à  cet  égard 
quelques  indices  que  je  vous  présenterai  dans  une  Lettre 
ultérieure ,  annoncée  ci-dessus. 

Pour  le  moment,  je  me  contenterai  de  faire  remonter  un 
peu  plus  haut  que  1626  le  resumptum  de  Foullon. 

A  cette  fin ,  je  mets  ici  en  lumière  un  personnage  nou- 
veau, Guy  Libon ,  homme  très  actif ,  qui  fut  le  véritable 
promoteur  de  la  reprise  de  la  verrerie  liégeoise  au 
XVIIe  siècle. 

Il  avait,  en  1616,  fait  relief  du  métier  des  orfèvres  (3), 
comme  fils  de  maître;  son  père  avait  prénom  Matthieu. 

Il  habitait  le  Marché.  Veuf  en  premières  noces  de  Marie 


(  i  )  Voir  ma  1"  Lettre,  p.  8. 

(  2  )  On  a  recherché  les  motifs  pour  lesquels  les  verriers  dépendaient 
du  métier  des  flockeniers  et  on  s'est  perdu  à  cet  égard  en  hypothèses. 
La  chose  est  simple  :  d'ancienneté ,  les  potiers  avaient  été  classés 
dans  ledit  métier  (voyez  aux  Chartes  et  privilèges  des  trente-deux 
bons  métiers,  tome  II  ),  et  on  a  trouvé  de  l'affinité  entre  la  céramique 
et  la  verrerie,  de  même  que,  de  nos  jours,  on  considère  celle-ci  comme 
une  dépendance  de  celle-là.  (Voir  les  catalogues  des  expositions  de 
1880,  1881,  etc.) 

On  verra  du  reste  ci-après  qu'à  un  moment  donné,  les  verriers  de 
Bonhomme  se  firent  céramistes. 

^5)  Manuscrit  du  métier  des  orfèvres  appartenant  à  M.  Hock. 


Heiiel  (ou  Herbiet),  il  épousa  ensuite  Elisabeth  Gérard  (l) 
et  décéda  avant  1663.  Très  répandu  dans  les  affaires,  il 
figure  dans  une  quantité  d'actes  qui  le  représentent  no- 
tamment en  qualité  de  marchand  à  Amsterdam,  en  1639, 
maître  de  verreries  à  Maestricht  en  1648,  1651 ,  etc. 

Dans  un  acte  du  30  mai  1631 ,  ce  Guy  Libon  affirme 
avoir  à  Liège  «  passé  douze  à  treize  ans,  dressé  une  verrie 
»  de  cristal  bastante  et  capable  pour  furnir  et  servir  trois 
»  semblables  pays  que  cestuy  nostre  pays  de  Liège ». 

Ceci  nous  reporte  à  l'année  1618  ou  1619,  et,  comme  il 
s'agit  d'une  verrerie  de  cristal,  spécialité  des  Italiens,  on 
restreint  d'autant  l'intervalle  qui  s'est  écoulé  depuis  l'in- 
terruption de  1610. 

J'ai  en  vain  scruté  les  documents  pour  y  trouver  la 
confirmation  de  la  date  de  1618-1619;  mais  les  protocoles 
des  notaires,  qui  nous  diraient  tant  s'ils  étaient  complets , 
ont  de  nombreuses  lacunes. 

L'exposé  des  faits  de  l'acte  de  1631  suffit  cependant  à 
démontrer  qu'une  première  tentative,  pour  rétablir  à  Liège 
la  verrerie  à  l'italienne,  y  avait  été  faite  avant  la  reprise  de 
1626  par  Louis  Marius,  qui  fut  même  devancé  par  un 
autre. 

Voici  cet  exposé  :  Parlant  d'abord  de  la  verrerie ,  érigée 
par  lui,  Libon  dit  ensuite  qu'un  certain  Siberale,  maître 
de  verrerie  à  Charleville ,  «  par  pure  émulation  »  ,  avait 
envoyé  un  grand  nombre  de  verres  à  Liège,  où  il  les 
vendait  à  vil  prix,  pour  ruiner  la  verrerie  rétablie  à  Liège; 
ce  en  quoi  il  réussit. 

Siberale ,  poursuit  Libon ,  après  avoir  empêché  tout 
travail  utile  et  productif  de  la  part  de  la  fournaise  de  Liège, 


(0  Acte  passé  devant  le  notaire  Delvaux,  à  Maestricht,  le  24  février 
1635.  Réalisé  au  greffe  Bertrandy  —  œuvres  —  au  12  mai  1638. 


renchérit  sa  marchandise  et  la  vendit  «  un  tiers  davantage 
qu'auparavant.  » 

Dès  lors,  nous  voyons  apparaître  Henri  Ruyson,  pro- 
cureur, notaire,  etc.,  dont  Guy  Libon  doit  avoir  été  l'associé; 
car  les  actes  parlent  en  1626  de  la  verrerie  Ruyson  ou 
Libon  (vitriaria  Henrici  Ruyson  seu  Guidonis  Libon). 

L'acte  de  1631  continue  :  «  Or,  comme  du  depuis  (en 
1625  ou  à  la  fin  de  1624,  voir  plus  loin),  un  certain  Ruy- 
son ,  bourgeois  de  notre  cité  de  Liège  ,  fut  d'intention  de 
redresser  une  verrerie  et ,  craignant  qu'il  ne  receust  du 
prédit  Siberale  le  mesme  affront  que  le  remontrant 
avait  piéça  enduré,  icelluy  s'auroit  adressé  à  nous  (le 
prince  évêque  Ferdinand  de  Ravière)  et  à  Messieurs  les 
Rourgmestres ,  Jurés  et  Conseil  de  nostre  dite  cité,  le  18 
mai  de  l'an  1626  ,  en  ayant  obtenu  ,  tant  pour  luy  que  pour 
ses  ayants-cause ,  la  permission  et  privilège  d'ériger  une 
autre  verrie  et  de  travailler  en  icelle  le  terme  de  vingt  ans, 
à  l'exclusion  de  tous  autres,  avec  défense  et  prohibition  à 
tous  et  ung  chacun,  de  quelle  qualité  ou  condition  il  fust, 
d'entreprendre  la  faction  et  exercice  de  semblable  verrie 
en  notre  dit  pays  de  Liège,  sans  exprès  adveu  et  consen- 
tement dudit  Ruyson....  » 

Pour  n'avoir  pas  à  revenir  sur  ce  Siberale  ,  maître  de  la 
verrerie  de  Charleville  ,  ajoutons  qu'il  recommença  sa 
tentative  contre  la  verrerie  liégeoise  ,  en  établissant,  vers 
l'an  1630,  un  magasin  à  Liège,  et  en  y  envoyant  encore 
tout  un  chargement  de  verres  ,  dont  il  est  fait  mention 
dans  un  acte  de  rétractation  du  12  juin  1651  (l). 

Le  privilège  accordé  à  Ruyson  le  18  mai  1626  a  été 


(i)  Voyez  ma  lIe  Lettre,  page  14,  où  j'ai  fait  remarquer  que 
la  verrerie  de  Charleville  était  sans  doute  celle  de  Mézières ,  située 
en  face,  qui,  en  1607,  faisait  avec  celle  de  Liège,  concurrence  aux 
verreries  des  Pays-Bas. 


—  5  — 

retrouvé   (1);   il   est  intitulé  :   «  Octroy  pour  faire  des 
verres.  »  En  voici  le  texte  : 

«  Ferdinand,  à  tous...  De  la  part  de  notre  cher  et  amé 
Henry  de  Ruyson ,  procureur  en  nostre  Courte  spirituelle 
de  Liège ,  nous  at  esté  remontré  comment  passé  un  an  et 
davantage ,  il  auroit  faict  dresser  une  verrie  de  cristal  sur 
notre  bailliage  d'Avroit  proche  des  Frères  Augustins ,  pré- 
sentement encore  ardente  et  usinante,  en  l'érection  de 
laquelle  il  aurait  exposé  une  grande  partye  de  ses  moyens 
et  endurés  grands  despens  et  dommaiges,  non  sans  péril 
de  tous  ses  moyens.  Or,  craindant  qu'au  future  et  lorsqu'il 
en  debvrait  tirer  quelque  prot'fit  et  utilité  aulcuns  aultres 
ne  viennent  par  envie  ou  aultrement  faire  dresser  une 
pareille ,  laquelle  pouldrait  causer  la  ruinne  de  l'un  et  de 
l'autre,  attendu  que  pour  dresser  une  verrie,  il  y  vat  des 
grands  despens  et  consumptions  et  qu'une  peult  suffir 
pour  l'entretenance  d'un  pays  trois  fois  plus  grand  que 
cestuy  nostre  pays  de  Liège.  C'est  pourquoy  nous  at  très- 
humblement  supplié  qu'il  nous  pleust  luy  octroyer,  comme 
pareillement  à  ses  successeurs  et  ayans-cause,  à  l'exclu- 
sion de  tous  aultres ,  la  puissance  et  pouvoir  de  continuer 
son  fourneau  et  usine  présentement  ardente  l'espace  de  20 
à  25  ans ,  avecque  commandement  à  tous  ouvriers ,  tant 
estrangers  qu'aultres,  de  point  servir  aultre  en  telle  qualité 
que  le  dit  remontrant...  » 

Le  dispositif  de  l'octroi  est  absolument  conforme  à  la 
requête,  et  il  est  sanctionné,  comme  d'usage,  par  la 
menace  de  l'indignation  du  prince  évêque ,  et  par  la  prise 
en  sauvegarde  de  Ruyson,  ses  successeurs,  ouvriers  et 
serviteurs. 

Trois  mois  plus  tard,  le  5  août  1620,  interviennent  les 
(i)  Conseil  privé,  Dépêches,  1624-1628,  f°  167. 


—  6  — 

recès  de  la  cité  que  vous  avez  fait  connaître  (1)  et  qui 
accordent  à  Gérard  Heyne  et  l'avocat  Louis  Marius  pareille 
autorisation  et  sauvegarde  pour  la  fabrication  du  verre. 

Comment  expliquer  la  contradiction  des  actes  de  mai  et 
août  1626 ,  où  le  magistrat  de  Liège  intervient  d'une  ma- 
nière égale  ? 

La  lutte  s'était  établie,  dès  le  début  de  l'année  1626, 
entre  Guy  Libon,  Henry  Ruyson,  d'une  part,  et  Louis 
Marius,  de  l'autre.  —  Je  puis  omettre  désormais  le  nom  de 
Gérard  Heyne,  dit  de  Preit,  mentionné,  dans  les  premiers 
actes ,  uniquement  comme  caution  de  son  gendre ,  et  que 
je  ne  retrouve  plus ,  sinon  dans  une  procuration  du  4  juillet 
1630  ,  donnée  pour  ses  affaires  de  Cologne  ,  à  Marius ,  mais 
probablement  pas  pour  la  verrerie. 

Ce  Marius  était ,  comme  Libon ,  un  homme  d'affaires  ; 
un  peu  plus  tard,  on  le  trouve  associé,  pour  l'entretien  des 
voies  et  chemins  de  la  ville  de  Paris ,  avec  un  gentilhomme 
romain  ,  nommé  Bonaventure,  qui  déclare  se  confier  dans 
«  la  prudhommie,  sagesse  et  capacité  »  de  Louis  Marius. 

Le  5  décembre  1625  (2) ,  Antoine  Buzzone  et  Jean-Bap- 
tiste Babino  ,  verriers  ,  dont  la  nationalité  va  bientôt  nous 
être  révélée,  déclarent  que,  depuis  environ  un  an,  ils  se 
sont  engagés  à  fabriquer  du  verre  pour  Henri  Ruyson  , 
au  salaire  respectivement,  l'an  de  20,  l'autre  de  30  écus 
(de  3  florins  12  sols  de  Brabant  chacun). 

Des  difficultés  s'élevèrent  et ,  le  3  janvier  1626 ,  Louis 
Marius  intervint  pour  amener  une  transaction  entre  le 
patron  et  ses  ouvriers. 

L'arrangement  porte  sur  le  payement  du  salaire,  qui  peut 
être  effectué ,  si  les  verriers  le  désirent ,  en  verres  confec- 


(i)  Bulletin  de  V Institut  archéol.  liégeois,  XVIII,  p.  365. 
2)  Greffe  Bertrandy,  Obligations,  3  janvier  1626,  où  cet  acte  est 
relaté. 


—  7   - 

tionnés  qui  leur  seront  fournis  au  prix  où  les  marchands  les 
achètent  à  la  verrerie  ;  le  contrat  est  passé  en  la  maison  de 
Marius,  paroisse  Saint-Georges. 

La  paix  ne  dura  pas  longtemps. 

Le  21  mars  1626  (î) ,  Buzzone  et  Babino  se  justifient  de 
l'accusation  lancée  contre  eux  par  Ruyson  :  qu'ils  lui  ont 
causé  préjudice  pour  plus  de  cent  «impériaux».  Un  tiers 
s'était  borné  à  dire  que  Ruyson  se  faisait  du  tort  à  lui-même 
en  suscitant,  sans  motif,  des  querelles  à  ses  ouvriers. 

Au  24  avril  suivant  (2),  Antoine  Buzzone  déclare  qu'il  ne 
veut  plus  travailler  pour  Buyson,  vu  les  injures  et  violences 
qu'au  danger  de  sa  vie  il  a  à  subir  de  la  part  de  ce  dernier. 
Des  témoins  viennent  attester  qu'il  a  été  l'objet  d'une 
agression  de  la  part  de  Henri  Ruyson ,  assisté  d'hommes 
armés  ;  «  qu'entre  aultres  hauts  propos  que  Ruyson  tenait 
contre  le  dict  maître  Anthoine,  (il)  voulust  gaiger  qui 
celluy  serait  tué  ens  trois  moys,  donnant  ainsi  à  entendre 
ledit  Ruyson  et  par  ses  aultres  propos  qu'il  le  feroit  tuer. 
A  quoy  ledit  maître  Anthoine  réplicquat  qu'il  viveroit  tant 
qu'il  plairoit  à  Dieu,  et  appelant  les  comparants  là  présents 
leurs  dit  de  la  sorte  :  Voyez,  voilà  Ruyson  qui  dit  qu'il  me 
fera  tuer;  et  iceluy  Ruyson  lui  réplicquat  :  Oui,  je  le  dis 
encore,  empeschant  ledict  maitre  Anthoine  de  sortir; 
tenant  l'huisse  de  la  voielerie  (verrerie)  et  faisant  mine  de 
forcer  en  tout —  » 

Louis  Marius  (3)  comparaît  à  l'acte  en  qualité  de  témoin 
instrumentaire. 

(0  Protocole  du  notaire  Nicolas  Rolloux,  1623-1627,  p.  374. 

Les  témoins  à  cet  acte  et  au  suivant  sont  des  :  de  la  Croix  et 
Masillon.  Or,  d'après  ce  que  vous  m'apprenez,  un  acte  de  baptême  de 
Sainte-Véronne,  du  21  octobre  1625,  cite  comme  parrain  de  l'enfant 
d'un  de  la  Croix-MasiLlon  :  Antoine  Bensomme,  qui  ne  peut  être  qu'An- 
toine Buzzone,  nom  mal  transcrit. 

(î)  Ibidem,  pages  3S0  et  381. 

(s)  Ibidem,  page  385. 


Jean-Baptiste  Babino  avait  de  même  eu  des  difficultés 
avec  Ruyson.  Le  26  juillet  1026,  il  se  rend  chez  ce  dernier, 
paroisse  de  Saint-Martin-en-lle,  accompagné  d'un  notaire  (l) 
pour  lui  demander  payement  de  son  salaire  pendant  seize 
mois,  présentant  néanmoins  la  continuation  de  son 
service,  si  on  le  paye.  Ruyson  réplique  qu'il  a,  de  son  côté, 
des  prétentions  à  formuler  et  déclare  qu'il  ne  redoit  que 
douze  jours  de  salaire  à  Babino. 

L'avocat  Marius  s'aperçut  bientôt  du  parti  qu'il  pouvait 
tirer,  contre  son  confrère  Ruyson,  du  mécontentement  des 
verriers  italiens.  Le  22  juin  1626  (2),  il  loua  pour  huit  ans 
une  maison  sise  sous  la  paroisse  de  Saint-Nicolas,  Outre- 
Meuse, joignant  par  devant  au  réal  chemin,  derrière  au 
pasteur  de  Saint-Nicolas,  et  vers  Meuse  à  la  rivière,  pour  y 
«  faire  ériger  ung  forneau  et  une  usine  au  voiers  (verre) 
et  cristal.  » 

Antoine  Buzzone  figure  comme  témoin  en  l'acte  de  rati- 
fication, du  même  jour,  passé  chez  Marius. 

Le  propriétaire  de  la  maison  est  cet  Antoine  de  Streel, 
dont  vous  avez  renseigné  le  blason  sur  les  grès  de  Bje- 
ren  (3).  Le  voisinage  des  maisons  de  ce  de  Streel  et  de 
Quirin  Pardique,  dont  j'ai  eu  occasion  de  rechercher  la 
présence  à  Liège  (4),  explique  parfaitement  le  fait  et  justifie 
votre  attribution. 


(1)  Ibidem,  p.  434;  voir  à  la  même  date  le  protocole  du  notaire 
Gangelt,  où  Jean-Baptiste  (Babino)  est  qualifié  Italien.  Voyez  du  reste 
sur  les  différends  de  Babino  et  Buzzone  avec  Ruyson,  les  actes  des 
5  décembre  1625  (réalisé  au  greffe  Bertrandy,  le  3  janvier  1626), 
3  décembre  1626  et  21  mars  1627.  Au  feuillet  56  v°,  n°  64  du  notaire 
Rolloux,  se  trouve  une  feuille  volante,  note  d'bonoraires  pour  devoirs 
faits  à  la  requête  des  «  Italiens.  » 

(2)  Protocole  Roloux,  pages  415  et  416. 

(3)  Bulletin  de  V Institut  archéologique  liégeois,  XIX,  p.  63. 
{1)  Bull,  des  Comm.  roy.  d'art  et  d'archéol.,  XVIII,  page  3S1. 


—  9  — 

Rappelons  ici  la  déclaration  de  1710,  mentionnée  dans 
ma-2e  lettre  (1)  et  qui  parle  d'une  verrerie  établie  en  la 
maison  Streel,  à  rencontre  de  l'acte  susdit  de  location 
par  Marius,  de  la  maison  Streel,  portant  formellement 
une  verrerie  à  ériger  dans  la  maison  louée.  On  ne 
saurait  donc  trouver  d'autre  lien  entre  cette  dernière 
verrerie  et  celle  de  Francisci  que  leur  existence  succes- 
sive dans  la  même  paroisse. 

C'est  dans  la  verrerie  de  la  maison  de  Streel  que 
Babino  et  Buzzone  allèrent  s'installer.  Chez  Ruyson  travail- 
lèrent d'autres  ouvriers  italiens  :  Felino  Pertica  et  Jean- 
Marie  Perrotto ,  restés  fidèles  ou  appelés  à  remplacer  les 
déserteurs. 

Or,  le  4  septembre  1626  (2),  les  deux  premiers  se  trans- 
portent, assistés  d'un  notaire,  à  la  verrerie  d'Avroy ,  près 
de  l'église  des  Augustins.  Ils  y  protestent ,  au  nom  des 
«  consuls  de  l'art  »,  contre  toute  continuation  de  travail  des 
seconds ,  tant  que  le  maître  de  la  verrerie  n'aura  pas  soldé 
les  salaires  des  requérants,  et,  de  plus,  la  redevance  due 
aux  consuls,  le  tout  sous  les  peines  encourues  par  les 
individus  qui  contreviennent  à  de  semblables  défenses. 

Les  notifiés  s'inclinent  devant  les  protestations  et  se 
déclarent  prêts  à  exécuter  ce  qui  leur  est  demandé. 

Ces  consuls  de  l'art ,  dont  vous  avez  eu  occasion  de  vous 
occuper,  étaient ,  vous  le  savez ,  une  sorte  de  magistrature 
instituée  à  Altare  par  les  marquis  de  Monferrat ,  dès  la  fin 
du  XVe  siècle. 

La  nationalité  des  ouvriers  des  deux  verreries  de  1626 
est  ainsi  déterminée  :  c'étaient  tous  des  Altaristes.  Buzzone 
appartenait  à  une  des  huit  familles  primitives  d' Altare; 
Perrotto  à  une  famille  agrégée,  de  même  que  Pertica,  dont 

(0  P- 4. 

(2)  Protocole  Rolloux,  p.  435. 


-  10  - 

le  nom  se  retrouve  dans  un  acte  de  1559 ,  publié  par  M.  le 
chevalier  Enrico  Bordoni  ;  enfin  l'origine  altariste  de  Jean- 
Baptiste  Babino  est  prouvée  par  l'acte  baptismal  de  1595 , 
que  vient  de  vous  procurer,  à  Altare  même,  M.  Mariano 
Brondi. 

La  protestation  de  1626  fut  rédigée  en  la  maison  de 
Marius ,  dans  la  paroisse  de  Sl-Nicolas  Outre-Meuse  ,  c'est- 
à-dire  dans  la  maison  de  Streel.  Un  de  Preit  assiste  à  l'acte. 

Dans  des  actes  postérieurs  (1),  Jean-Baptiste  Babino  est 
également  renseigné  comme  résidant  «  en  la  maison  du 
sr  Streel,  Outre-Meuse  ,  possédée  par  Marius.  » 

Buyson  ,  traqué  par  ses  anciens  ouvriers  et  par  Marius, 
chercha  à  se  débarrasser  de  la  verrerie.  Le  30  mai  1628,  il 
vendit  à  un  troisième  homme  de  loi ,  le  procureur  et  notaire 
Hamalia ,  sa  maison  «  située  sur  Avroy ,  un  peu  par  de  là 
les  Pères  Augustins ,  ayant  issue  par  devant  la  maison  et 
couvent  des  Sœurs  de  l'Ordre  de  Notre-Dame-des-Anges , 
le  chemin  royal  qu'on  dit  Jonckeux ,  laquelle  maison  ont 
autrefois  possédée  et  maniée  successivement  noble  sr  Raes 
D'Ans,  sr  de  Lexhy,  Erasme  Mercia,  noble  sr  Gilles  Vivario, 
chevalier,  enfin  ledit  Ruyson,  rendeur.  »  Cette  spécification 
permettra  de  fixer  avec  précision  l'emplacement  de  la 
verrerie. 

Hamalia  n'était  qu'un  prête-nom;  car,  le  12  octobre 
1629  (2) ,  il  rendait  à  son  tour  les  bâtiments  à  deux  per- 
sonnes qu'il  subrogeait  à  ses  droits  :  Guy  Lybon ,  cité  en 
commençant  et  déjà  intéressé  dans  les  affaires ,  plus  un 
nouveau  personnage  qui  va  bientôt,  par  lui  et  les  siens, 
jouer  un  rôle  important  dans  la  verrerie  liégeoise  et  l'ab- 
sorber tout  entière  :  Jean  Bonhomme. 

Il  n'y  eut ,  du  reste ,  pas  de  brouille  entre  Ruyson  et  ses 

(i)  Protocole  Rolloux,  24novemble  16-26,  21  mars  1627. 

(2)  Greffe  Bertrandy,  Œuvres,  1627-1628,  p.  1 16  v°;  1620-1630,  p.74v°. 


—  H  — 

successeurs  ;  car,  en  1635  et  1642  ,  des  actes  concernant  la 
verrerie  sont  passés  devant  lui  (l). 

Guy  Libon  s'était  associé  avec  Jean  Bonhomme  le  15 
octobre  1627(2)  pour  «  ériger,  à  Liège,  un  fourneau  com- 
plet pour  faire  et  confecter  verres  condist  cristallins,  à 
allumer  aux  houilles.  »  Ils  avaient  engagé  à  cette  fin  un 
maître ,  nommé  Jean  Visitel ,  qualifié  de  Romanisque 
(Romain?),  qui  devait  non-seulement  se  charger  de  faire 
des  pots,  briques  et  autres  choses  concernant  la  fournaise, 
mais,  en  outre ,  comme  conseur,  «  à  faire  consurgerie, 
scavoir  apprester  les  matières  convenables  et  les  disposer 
selon  leurs  couleurs  et  faire  à  l'endroit  d'icelles  choses 
nécessaires  (3).  » 

On  ne  connaît  rien  sur  les  fours  qu'a  pu  construire  ce 
Visitel;  mais,  le  4  mai  1628,  on  rencontre  un  acte  où  Guy 
Libon  et  Bonhomme ,  associés  de  fait ,  règlent  un  solde  de 
compte  avec  un  marchand  de  La  Ramée ,  en  payement 
d'une  somme  de  238  flor.  brab. ,  pour  «  marchandises  de 
verres  à  lui  délivrées  à  crédit.  » 

L'emploi  à  Liège  de  la  houille  pour  la  verrerie  n'est 
donc  postérieur  que  de  huit  ans  et  non  plus  de  vingt-quatre, 
à  ce  qui  a  eu  lieu  en  Normandie  ;  par  contre ,  cet  emploi 
a  précédé,  pour  les  Bonhomme,  leur  immixtion  dans 
l'industrie  des  grès  (4). 

Un  acte  qu'il  me  paraissait  d'abord  difficile  d'expliquer  (5) 
est  un  contrat  du  5  décembre  1637  (ô),  par  lequel  Jean 


(<)  Greffe  Harenne,  12  décembre  1635;  protocole  Sauveur,  15  dé- 
cembre 1644,  etc. 

(2)  Acte  devant  Bellevaux  ,  notaire. 

(3)  Rien  de  Romesnil ,  verrerie  normande  du  XVIIe  siècle, 
(i)  Bulletin  de  l'Institut  archéol.  liégeois,  XVIII ,  p.  377. 
(5)  Voyez  ma 2e  Lettre,  p.  5. 

( e)  Greffe  Harenne ,  Œuvres,  5  décembre  1637. 


-  12  — 

Ouwerx ,  bourgeois  de  Liège  ,  vend  à  Henri  et  Léonard  de 
Bonhomme  «  une  belle,  grande  et  commodieuse  maison 
située  sur  la  rivière  d'Avroit ,  assez  proche  des  Pères  Au- 
gustins  lez  Liège ,  où  il  y  at  présentement  une  voirrie  usi- 
nante joindant  d'amont  à  Nicolas  gendre  Raes  Bouxhon, 
vers  Liège  à  la  relicte  Lambert  délie  Paire  le  jeune  et  aux 
dits  Pères  Augustins,  devant  à  Meuse,  le  chemin  entre  deux, 
et  derier  à  la  ruelle  de  Jonkeu  avecque  les  jardins ,  outil- 
lages, appendices  et  appartenances  en  dépendantes  sy  long 
et  large  qu'ils  s'extendent....  » 

Réflexions  faites ,  il  s'agit  tout  simplement  de  la  verrerie 
occupée  ci-devant  par  Ruyson  et  Libon,  sur  laquelle 
Ouwerx  avait  sans  doute  quelque  droit  réel  précédemment 
réservé.  En  effet ,  l'acte  ajoute  :  «  ainsi  et  comment 
Guilheaume  Hamalia  et  lesdits  Bonhomme,  les  ont  maniés 
et  possédés  et  qu'ils  en  ont  porté  vesture.  » 

Il  s'agit  donc  des  biens  vendus,  en  1629,  par  Ruyson  à 
Hamalia  et  transmis  par  celui-ci  aux  Bonhomme.  Ces  der- 
niers devinrent  maîtres  absolus  de  la  verrerie  le  19  mai 
1632  (l) ,  époque  à  laquelle  Guy  Libon  insinua  légalement, 
au  profit  de  Jean  Bonhomme,  les  œuvres  faites  le  12  oc- 
tobre 1629  chez  le  notaire  Hamalia. 

Guy  Libon  lui  transmit  sans  doute ,  en  même  temps  , 
tous  les  bénéfices  de  l'octroi  du  30  mai  1631  ,  dont  la 
minute  (2)  porte  les  traces  de  la  mention,  en  surcharge,  de 
consorts ,  omis  dans  le  projet. 

Pas  le  moindre  mot,  dans  ces  actes,  de  la  maison  de 
l'Aoust.  Mais ,  comme  d'une  part  le  «  et  puis  »  invoqué 
ailleurs  (3),  indique  que  cette  verrerie  est  postérieure  à 
celle  de  la  maison  Streel  ,  qui,  d'autre  part,  paraît  avoir 

(  \  )  Registre  aux  œuvres  de  la  cour  d'Avroy.  —  1632-34,  n°  27,  p.  8. 

(2)  Conseil  privé.  —  Dépêches,  1629-35,  p.  180. 

(3)  2e  Lettre,  p.  4. 


—  13  — 
été  abandonnée  en  4628  ,  d'après  les  saisies  effectuées 
cette  année,  pour  le  payement  du  prix  de  bail  (l),  il  y  a 
lieu  de  limiter  l'existence  de  la  verrerie  de  la  maison  de 
l'Aoust  entre  les  années  1628  et  1632.  Ayant  obtenu  la 
cession  des  droits  de  Libon  ,  les  Bonhomme  n'avaient  plus 
intérêt  à  conserver,  à  Liège,  une  seconde  verrerie. 

Les  Bonhomme,  successeurs  à  la  fois  de  Buyson  et 
Libon  d'abord,  de  Marius  ensuite  (quoiqu'on  ne  sache  pas 
encore,  pour  ce  dernier,  en  vertu  de  quel  acte)  ,  de- 
vinrent alors  les  chefs  de  la  verrerie  liégeoise. 

Ils  furent  l'objet  de  plusieurs  privilèges  dont  j'ai  cité 
ceux  des  8  avril  et  18  mai  1650  (2).  Une  confirmation  du 
4  mai  1669  (3)  relate  plusieurs  documents  semblables  des 
2  janvier  1640 ,  31  décembre  1649,  9  mai  1651  et  22  février 
1658,  non  retrouvés. 

Au  30  mars  1655,  une  requête  des  maîtres  de  la  verrerie 
de  cristal  d'Avroy  fut  rejetée  (4).  Je  n'ai  pu  en  découvrir 
l'objet. 

Enfin,  la  décision  de  1669  contient  une  réserve,  faite,  le 
28  février  1654,  en  faveur  de  la  verrerie  en  table.  Sauf  le 
nom  de  l'impétrant ,  le  texte  de  la  seconde  pièce  est  re- 
produit en  entier  par  Lefort ,  3e  partie ,  verbo  Colnet.  Ce- 
pendant ,  je  pense  qu'il  y  a  ici  une  erreur  de  classement, 
et  qu'il  s'agit  plutôt  des  de  Hennezel ,  déjà  mentionnés 
pour  la  fabrication  des  vitres  à  Liège,  avant  cette  époque  (s). 

(0  Protocole  Rolloux ,  29  mars  et  30  août  1628. 

(2)  lTe  Lettre,  pages  4  et  5. 

(3)  Chambre  des  finances,  Stuits,  1661-71 ,  p.  234  v°. 

(4)  Conseil  privé.  Protocoles  1654-56. 

(s)  Chambre  des  finances  ,  K.  25,  pages  139  et  159  ;  notaire  Pawea, 
23  janvier,  27  mars  1654,  31  octobre  1661,  20  mars,  17  novembre  1665, 
10  septembre  1672,  etc. 

A  Bruxelles,  Josué  de  Hennezel  obtint,  les  18  septembre  1653, 
pareil  privilège.  —  Chambre  des  comptes ,  vol.  146,  f°  218.  —  Rensei- 
gnement de  M.  de  Marneffe. 


—  u  — 

Après  tout,  cela  importe  peu.  La  verrerie  à  vitres  n'ap- 
partient pas  à  mon  sujet,  qui  exclut  la  verrerie  industrielle. 

Jean  Bonhomme  et  ses  deux  fils  ,  Henri  et  Léonard  ,  ne 
furent  pourtant  pas  absolument  seuls  ,  dès  le  principe  ,  à 
diriger  les  verreries.  Ils  contractèrent  bien  des  fois,  soit 
entre  eux,  soit  avec  des  tiers ,  des  actes  de  participation 
dont  il  convient  de  dire  un  mot. 

Le  20  octobre  1637  (1),  Jean  Bonhomme,  après  avoir, 
le  28  mai  précédent ,  admis  ses  deux  fils  Henri  et  Léonard 
dans  la  moitié  des  bénéfices ,  leur  abandonna  complète- 
ment ,  moyennant  redevance,  ses  profits  dans  la  verrerie 
«  usinante  sur  Avroy  ,  joignant  d'amont  à  Nicolas  Berni- 
molin,  d'aval  à  Jean  Willeken,  devant  au  chemin.»  Un  des 
actes  passés  à  cette  occasion  prévoit  l'hypothèse  ou 
«  d'aventure  venasse  à  ériger  à  Maestricht  une  autre  verrie, 
empêchant  la  continuation  de  celle  édifiée  sur  Avroy.  »  On 
peut  donc  supposer  que  certaine  verrerie  à  Wyck  (Maes- 
tricht) ,  cédée  en  1651  aux  Bonhomme  par  Guy  Libon  (2) 
n'a  été  érigée  que  depuis  1637. 

Au  30  mai  1639,  Jean  Bonhomme  contracta  une  nouvelle 
association,  mais  pour  la  fabrication  des  rheumers  et  gros 
verres  ,  verres  à  verrières  et  semblables  marchandises  à  la 
façon  d'Allemagne  et  de  Lorraine.  Il  prit  pour  associés  , 
outre  Mathieu  Hacken,  qui  avait  à  cet  effet  acheté  la  maison 
Bigald  Grégoire  (3),  Henri  et  Léonard  Bonhomme,  ses  fils, 
et  Jean  d'Heur,  son  gendre.  Le  16  septembre  1639,  les 
associés  engagèrent  ensemble  des  verriers  allemands. 


(0  Greffe  Stéphany  ,  où  sont  relatés  des  actes  ,  sur  le  même  objet , 
des  16  et  18  octobre  1637  (réalisé  le  21  du  même  mois) ,  21  juin  1638, 
31  mai  1639.  —  Protocole  Bellevaux  et  Etten. 

(î)  Renseignements  fournis  par  M.  l'abbé  Habets ,  archiviste  de 
l'État,  à  Maestricht.  L'acte  avait  encore  été  passé  par  Henri  Ruyson. 

(s)  Voir  ma  1"  Lettre,  p.  15,  et  Protocole  Sauveur,  acte  du  23  juin  1642. 


—  15  — 

Le  2  mai  1641 ,  Jean  d'Heur  se  retire  de  l'association  (  1). 
C'est  ainsi  que  ,  dans  le  contrat  du  16  octobre  suivant  pour 
la  verrerie  de  Ghâtelet  (2)  ,  les  Bonhomme  et  Mathieu 
Hacken  sont  seuls  en  cause. 

Ce  dernier  disparait  bientôt  lui-même  de  l'association  (3) 
et  avec  lui  cesse  la  concurrence  qu'il  avait  essayé  d'établir. 
Aussi  les  Bonhomme  se  hâtent-ils  de  revendre  la  maison 
Bigald  Grégoire  (*).  C'est  le  système  suivi  par  eux 
à  propos  des  verreries  d'Anvers  et  de  Bruxelles  ,  qu'ils 
rachetèrent  des  mains  des  Savonetti  et  van  Lemens ,  en 
laissant  éteindre  la  première. 

Quoi  que  vous  en  ayez  dit  (5)  ,  les  Bonhomme  ne  rallu- 
mèrent pas  les  fourneaux  d'Anvers;  ils  en  avaient  cependant 
eu  la  velléité,  témoin  un  acte  du  1er  février  1648,  où  ils 
engagent  Baimond  Carnelle  (6)  pour  travailler  chez  eux, 
«  fût-ce  à  Anvers...  »  Leur  ambition  était  du  reste  très  vaste 
alors;  car  l'acte  ajoute  «  .  .  .  .  Bruxelles,  Namur  et  autres 
villes  et  places  de  l'obéissance  de  S.  M.  Catholique.  » 

J'avais  trouvé  Jean  Bonhomme,  chanoine,  associé  avec 
ses  frères  pour  la  verrerie  de  Huy,  seulement  (7)  en  1651. 
Depuis,  j'ai  découvert,  outre  la  procuration  de  1657,  que 
j'ai  citée,  des  actes  du  20  et  du  14  juin  1648  (8),  où,  pour 


(i)  Greffe  Harenne.  —  Œuvres,  4  mai   1641. 
'  (i)  Bulletin  des  Comm.  royales  d'art  et  d'archéologie.  XXIV,  p.  56. 

(3)  Protocole  Sauveur,  23  avril,  28  juin  1642;  21  janvier  1643.  Le 
second  acte  relate  un  autre  du  14  septembre  1641,  passé  devant  le 
notaire  Parent,  dont  le  prolocole  manque. 

(i)  Voir  ma  lre  Lettre,  p.  210,  et  acte  du  25  juin  1642.  — 
Protocole  Sauveur. 

(5)  Bulletin  des  comm   roy.  d'art  et  d'archéol.,  XXIV,  p.  39. 

(6)  Protocole  Pawea 

(7)  Pe  Lettre,  p.  7. 

(s)  Protocole  Pawea.  Ces  actes  en  relatent  d'autres  du  18  décembre 
1642  et  du  18  décembre  1644. 


-  16  - 

récompenser  leur  frère  des  devoirs  accomplis  par  lui,  en 
vertu  de  procurations  antérieures,  Henri  et  Léonard 
Bonhomme  lui  accordent  une  part  dans  leurs  bénéfices 
pendant  un  certain  nombre  d'années.  De  là,  sans  doute,  la 
participation  de  Huy,  de  même  que  la  mention  de  Henri 
Bonhomme,  dans  un  contrat  du  5  juillet  1550  (l),  agissant 
comme  se  portant  fort,  non  de  son  frère  Léonard,  mais  de 
ses  frères  «  maîtres  des  verreries  sur  Avroy.  » 

Une  clause  des  contrats  de  juin  1648  dit  «  que  s'il 
s'érigeoit  une  nouvelle  manufacture  de  pots,  soit  de 
faïence  ou  d'autre  sorte  ,  ici  (  Liège  )  ou  ailleurs,  même  à 
Namur ,  »  Jean  Bonhomme  n'y  pourra  prendre  qu'une 
quatrième  part.  C'est  une  allusion  à  la  fabrication  des  pots 
de  grès  à  Namur,  que  Henri  Bonhomme  avait  entreprise  en 
1647  (2). 

En  ce  qui  concerne  Jean  de  Glen ,  beau-père  des  frères 
Bonhomme,  j'avais  supposé  à  tort ,  avec  vous-même  (3) , 
qu'il  était  l'initiateur  des  Liégeois  dans  la  verrerie  de 
Venise.  Il  ne  doit  être  question  que  du  fds  de  celui-là,  qui 
avait  épousé  une  Bonhomme,  et  qui,  avec  ses  sœurs,  Anne 
et  Elisabeth  de  Glen,  dirigea,  moyennant  une  rémunéra- 
tion, la  verrerie  du  Mouton  d'or,  pendant  plusieurs  années; 
au  moins  de  1652  à  1655  (4). 

Quant  à  l'association  des  Bonhomme  avec  des  tiers ,  on 
rencontre  la  participation  à  un  cinquième  des  bénéfices 
pour  la  verrerie  de  cristal ,  accordée  en  1650,  à  François 
Santino  ;  mais  c'était  sans  doute  pour  la  durée   de  son 

(i)  Pe  Lettre,  p.  13. 

(2)  Voir  ce  que  j'en  ai  dit  au  Bulletin  des  comm.  royales  d'art 
et  d'archéol.,  XXIV,  p.  58.  L'acte  de  1648  prouve  qu'il  avait  alors 
le  projet  d'étendre  cette  industrie. 

(3)  pe  Lettre,  p.  7.  —  Bulletin  des  comm.  roy.  d'art  et  d'archéol., 
XXIII,  p.  298. 

(*)  lTe  Lettre,  p.  21.  —  Protocole  Pawea,  7  et  11  avril  1655. 


—  17  — 

engagement  qui  n'était  que  d'un  an  (1).  En  effet,  quoique 
allié  aux  Marius,  les  principaux  suppôts  de  la  verrerie  des 
Bonhomme,  Santino  ne  se  fit  pas  scrupule  de  quitter  ceux-ci 
pour  s'engager  à  l'étranger  (2).  Il  est  vrai  qu'il  revint  à 
Liège  et  y  finit  ses  jours,  ainsi  que  d'autres  membres  de  sa 
famille ,  dont  on  retrouve  les  noms  dans  nos  anciens 
registres  paroissiaux  jusqu'en  plein  XVIIIe  siècle. 
N'omettons  pas  non  plus  une  association  momentanée  pour 
l'établissement  d'une  verrerie  à  La  Hamaide  (Jumet),  entre 
Henri  Bonhomme,  son  fils  Jean  et  Jean  de  Colnet  (3). 

Bappelons  enfin  l'association  pour  la  verrerie  établie  à 
Verdun,  en  1666,  entre  Henri  Bonhomme  et  Jean  Tilman 
d'Heur,  et  pour  la  verrerie  de  Bois-le-Duc  (17  octobre  1679  ) , 
celle  du  même  Henri  et  de  Guillaume  Van  Brée. 

Si,  comme  vous  venez  de  le  voir,  les  Bonhomme 
s'associaient  souvent  avec  des  tiers,  ils  ne  tardèrent  pas  à  se 
dissocier  entre  eux. 

Dans  ma  première  Lettre,  j'avais  mis  en  évidence  les 
difficultés  survenues  dans  l'association  de  Henri  et  Léonard 
Bonhomme,  et  qui  aboutirent  à  la  séparation  complète  des 
verreries ,  chacun  d'eux  devenant  titulaire  d'usines  déter- 
minées. 

Ces  difficultés  remontent  beaucoup  plus  haut;  mais,  pour 
les  résoudre,  les  deux  frèresv  par  un  acte  notarié  du  20  juin 
1648  (4),  ne  prirent  que  des  demi-mesures. 

Ils  avaient  alors  eu  l'intention  d'éviter  les  «  plaintes, 
scrupules,  ombrages,  difficultés  que  l'on  voit  ordinairement 
arriver  en  société,  étant,  comme  l'on   dit,  la  mère  des 

(0  1™  Lettre,  pages  7  et  9.  —  Pareille  part  est  accordée  pour  3  ans 
à  Jean  Origo,  Vénitien,  par  acte  devant  Ruffin,  notaire,  du  19  juin 
1646. 

(s)  Ibidem,  p.  20. 

(s)  Protocole  :  Amel  Dujardin,  19  et  26  mars  1675. 

(i)  Protocole  Pawea. 


—  18  — 

discordes»  (mater  rixarum,  d'après  l'adage  juridique); 
à  cet  effet,  tous  deux  devaient  alterner  à  la  tête  de  la 
verrerie  de  cristal  et  de  la  grosse  verrerie ,  chacun  tra- 
vaillant pour  son  compte  une  année  entière. 

Ils  réglèrent  tout  ce  qui  concernait  ce  partage  d'année 
en  année,  et  il  fut  spécialement  stipulé  que  «  les  maîtres 
tant  italiens  qu'allemands  et  autres  ,  travaillant  en  verrerie , 
se  devraient  louer,  engager ,  mander  et  faire  venir  aux  frais 
communs,  et  avec  le  consent  de  tous  deux,  sans  que  ni  l'un 
ni  l'autre  séparément  pût  chasser  ou  donner  congé  aux  dits 
ouvriers ,  mais  seulement  à  deux  ensemble  » . 

Le  nombre  des  dits  ouvriers  était  fixé  au  maximum  à 
cinq  pour  la  verrerie  de  cristal  et  à  huit  ou  dix  pour  la 
grosse  verrerie,  à  moins  de  consentement  contraire. 

Quant  aux  autres  manouvriers,  tiseurs,  fendeurs  de  bois, 
garçons  et  autres  assistants ,  le  maître  annuel  pouvait  s'en 
adjoindre  autant  et  si  peu  qu'il  lui  convenait;  mais  il  était 
défendu  d'en  débaucher  ou  prendre  d'une  verrerie  pour 
l'autre,  sans  l'aveu  du  maître. 

La  part  dans  les  fosses  de  houille  était  réservée  au  maître 
de  la  grosse  verrerie  ;  la  verrerie  de  cristal  continuait  donc 
à  employer  le  bois  pour  chauffer  les  fours. 

Les  contractants  réglaient  aussi  l'achat  des  matériaux  à 
faire  verre  :  soude,  potasse,  saffre,  cendres. 

Ce  règlement  n'assoupit  pas  toutes  les  difficultés  :  un 
acte  du  notaire  Gangelt ,  en  date  du  24  avril  1649  ,  nous 
montre  les  deux  frères  en  discussion  au  sujet  de  la  jouis- 
sance du  magasin  au  bois ,  l'un  interpellant  l'autre  par 
officier  ministériel,  l'autre  demandant  huit  jours  pour  déli- 
bérer et  pour  répondre. 

Ajoutons  à  cela  les  difficultés  de  1655,  dont  j'ai  déjà 
parlé  (1).  Quant  à  celles  de  1666,  auxquelles  j'ai  également 


(i)  lre  Lettre,  p.  14  et  25.  Voir  aussi  un  acte  du  notaire  Pawea, 
daté  du  12  décembre  16G5. 


—  19  — 

touché,  en  me  demandant  quelle  en  avait  été  la  solution, 
je  n'ai  pu  retrouver  un  acte  (l)  du  12  avril  1666  (2),  qui 
détermine  les  conditions  de  la  séparation.  Cependant,  sauf 
un  seul  acte  du  14  janvier  1667,  où  je  rencontre  encore 
chez  Henri  Bonhomme  le  titre  de  maître  des  verreries 
tant  de  Bruxelles  que  de  Liège  et  Maestricht ,  je  vois  ,  en 
général,  que  les  deux  frères  —  ou  leurs  représentants  — 
figurent  désormais  en  qualité  de  maîtres  de  verreries , 
Henri ,  pour  Liège ,  Maestricht  et  Bois-le-Duc ,  Léonard 
pour  Liège  et  Bruxelles. 

D'après  les  notes  recueillies  par  MM.  Warzée  et  Clément 
Lyon  ,  le  partage  entre  les  frères  Bonhomme  ,  attribuant  à 
Léonard  la  verrerie  de  Bruxelles  ,  serait  du  1er  avril  1667. 

S'il  n'est  pas  parlé  dans  les  actes  de  partage  des  autres 
verreries ,  c'est  qu'elles  appartenaient  en  propre  à  l'un  ou 
à  l'autre  des  frères  susdits.  Cela  explique  comment  Henri 
Bonhomme  figure,  en  1666,  comme  maître  de  la  verrerie 
de  Verdun,  dont  il  n'est  pas  fait  mention  dans  leur  partage 
de  la  même  année. 

Quoi  qu'il  en  soit ,  unis  ou  séparés ,  il  ne  s'agit  plus , 
désormais,  pour  la  verrerie  à  Liège,  et  jusqu'au  XVIIIe 
siècle ,  d'aucun  autre  nom  que  celui  des  Bonhomme. 


II 


Que  je  m'occupe  quelques  instants  du  rôle  des  Bon- 
homme dans  la  verrerie  de  Bruxelles ,  tel  qu'il  résulte 
d'actes  des  archives  de  Liège. 

Je  vous  laisserai,  Monsieur  et  honoré  collègue,  le  soin 
de  traiter  d'une  autre  succursale  de  la  verrerie  liégeoise , 


(y)  Relaté  dans  un  acte  du  30  septembre  1666;  protocole  Pawea. 
(s)  Coninck,  notaire  de  l'Office  du  grand  Scel. 


-  20  — 

celle  de  Garni,  l'ondée  en  1693  par  un  de  nos  Marius.  Pour 
celle-là,  je  ne  trouve  ici  aucun  renseignement. 

Les  Bonhomme  avaient  eu  à  se  plaindre  de  saisies  faites 
en  Brabant  «  passé  longues  années  en  clià.  »  d'après  un  do- 
cument de  1050  (l).  En  1043,  ils  commencèrent,  contre 
la  verrerie  similaire  établie  à  Bruxelles ,  une  croisade  qui 
aboutit,  en  1058  ,  à  la  mise  hors  combat  du  concurrent, 
par  l'achat  de  ses  armes. 

La  lutte  commence  par  trois  lettres  écrites,  à  l'instiga- 
tion des  verriers  liégeois ,  par  le  Conseil  privé  du  prince 
évêque  au  Conseil  des  finances  de  Bruxelles ,  et  par  les 
bourgmestres  de  Liège  à  une  autorité  non  dénommée  dans 
la  suscription  (2). 

Jean  Bonhomme,  avocat  et  chanoine  de  Ste-Croix,  à 
Liège,  qui  reçoit,  en  1057  (3),  une  procuration  de  ses 
frères ,  fut  sans  doute  chargé  d'appuyer  ces  réclamations 
de  1043  ;  car,  dans  l'acte  déjà  cité  du  20  juin  1048,  il  est  dit 
que ,  pour  différentes  prétentions  et  poursuites  que  les 
frères  Henri  et  Léonard  Bonhomme  ont  eu  à  soutenir  à 
Bruxelles  ,  ils  cèdent ,  pendant  trente  ans ,  une  part  dans 
leurs  verreries  au  dit  chanoine  Jean. 

La  procuration  du  G  novembre  1657  ,  modelée  probable- 
ment sur  celle  de  1043 ,  contient  d'ailleurs  en  termes 
exprès  :  pouvoir  de  faire  ,  dire  ,  négocier  et  exploiter  tout 
ce  que  le  mandataire  trouvera  convenir  «  envers  Son 
Altesse  ,  Conseil  privé  et  celui  dos  finances  et  de  Braibant 
du  Loi.  »  De  plus  ,  il  avait  fallu  déjà ,  en  1043  ,  intervenir 
devant  ces  conseils  à  raison  dis  saisies  de  Léau  ,  Louvain 

(1)  1™  Lettre,  p.  6. 

(s)  Archives  générales  du  Royaume  :  Conseil  des  finances ,  liasse 
n°  210.  Je  dois  la  communication  de  ces  documents  liégeois  à  l'obli- 
geance de  M.  deMarneffe.  Les  minutes  originales  manquent  au  dépôt 
conf  é  à  ma  garde. 

(3)  lie  Lettre,  p.  20. 


—  21  — 

et  Herenthals,  qui  avaient  eu  lieu  «  piécha  plusieurs  années 
en  1650  (1).  » 
Voici  le  texte  des  trois  documents  en  question  : 

Liège  ,  12  avril  1643. 

«  Messieurs  , 

»  Les  maistres  de  la  verrerye  de  groz  verres  dressé  aux 
faux  bourghs  de  ceste  cité  ,  nous  ont  fait  les  doléances  de 
ce  que  quelques  particuliers  nommez  Savonetti  auroyent 
obtenu  par  vostre  authorité  certains  privilèges  de  pouvoir 
édifier ,  en  Anvers  ,  une  verrerye  de  cristal  et  cristalins  ,  et 
bannir  touttes  aultres  espèces  de  groz  verres  ,  et  sem- 
blables marchandises ,  contraires  aux  cristals  ,  venantes 
de  ce  pays  et  aultres  et  comme  telle  défence  seroit  grande- 
ment préiudiciable  ,  non  seulement  à  noz  subiects  et  mar- 
chants y  trafficquants  avec  groz  verres  et  telles  marchan- 
dises ,  par  où  se  retrancherait  le  mutuel  commerce  ,  mais 
encore  à  sa  Maiesté  catholicque  ,  veu  que  cessant  ledit 
commerce  ,  elle  ne  tireroit  les  droits  et  imposts  afférans  , 
mesme  quevoz  subiects  en  seroyent  grandement  intéressez, 
en  ce  qu'ils  ne  se  pouroyent  servir  desdits  verres  ,  qui  se 
vendent  à  bon  prix  au  regard  desdits  cristals.  C'est  pour- 
quoy  nous  vous  prions  et  requérons,  au  nom  de  S.  A. 
nostre  prince  ,  qu'il  vous  plaise  de  permettre  l'entrée  des 
dits  verres  et  marchandises  pour  la  commodité  de  voz 
propres  subiects  ,  à  l'entretient  du  mutuel  commerce  et 
bonne  voisinance  avec  cestuy  pays.  Ce  que  nous  promet- 
tant de  vostre  droicturière  inclination,  nous  demeurerons, 

«  BLOGQUERYE  V*. 

»  Messieurs  ,    voz   très   affectionnez   amys   et 
voisins  pour  vous  servir  , 

»  Les  chancellier  et  gens  du  Conseil  privé  de 

(  )  )  P?  Lettre,  page  6. 


—  22  — 

S.    A.  Sérme  l'Électeur  de  Cologne ,  évesque  et 
prince  de  Liège, 

»  M.  HUSTIN. 
»  De  Liège  ,  ce  12  d'avril  1643. 

»  Suscription  :  A  Messieurs ,  Messieurs  les  chefs  trésorier 
général  et  commis  des  finances  de  Sa  Maiesté  Catho- 
licque  en  Bruxelles,  » 

Bruxelles. 

ORIGINAL. 

(Soit  mis  en  main  de  Monsieur  Hovines  aux  finances  de 
Bruxelles.  ) 

Liège  ,  22  avril  1643. 
«  Messieurs, 
Les  marchants  et  maistres  de  la  verrerie  de  groz  verres 
en  ceste  cité  nous  ont  fait  plaintes  de  ce  que  certain  par- 
ticulier ,  nommé  Jean  Savonetti  ,  ayant  obtenu  de  Sa 
Maiesté  Catholicque  la  permission  de  dresser  une  ou  plus- 
sieurs  verreries  de  cristal  avec  pouvoir  de  bannir  touttes 
aultres  espèces  de  verres ,  prétend  extendre  ceste  faculté 
aux  groz  verres  venants  de  ce  pays.  Et  comme  ce  seroit 
grandement  préiudiciable  ,  non  seulement  à  noz  subiects 
et  marchants  y  trafficquans ,  par  où  se  retrancheroit  le 
mutuel  commerce  ,  mais  aussy  à  Sa  Maiesté  Catholicque 
qui  perderoit  par  là  les  droits  des  imposts  que  lesdits 
verres  payent  à  l'entrée  des  pays  de  saditte  Maiesté  et 
intérest  des  subiects  qui  seroyent  constraints  d'achept  or 
des  cristallins  à  grand  prix,  où  qu'au  contraire  ils  peuvent 
estre  servis  desdits  groz  verres  à  moindre  prix  ,  oultre  ce 
que  ,  nonobstant  tels  privilèges  piéça  accordez  aux  prédé- 
cesseurs du  dit  Savonetli  ,  lesdits  groz  verres  auroyent  eu 
leur  cours  (comme  lesdits  marchants  nous  ont  plus  am- 
plement remonstré);  c'est pourquoy,  pour  l'avancement  du 


—  23  — 

commerce  réciproque ,  nous  vous  venons  prier  ,  au  nom 
de  S.A.  nostre  prince,  de  vouloir  permettre  l'entrée  desdits 
groz  verres  et  semblables  marchandises  es  pays  de  Sa 
Maiesté ,  comme  s'est  praticqué  du  passé.  Ce  qui  nous 
obligerat  à  rechercher  les  occasions  ,  et  vous  faire  pa- 
roistre  par  les  effects ,  que  nous  sommes  , 

»  BLOCQUERYE  V*, 

»  Messieurs  ,  voz  très  affectionnez  amys  pour 
vous  servir  , 

»  Les  chancellier  et  gens  du  Conseil  privé  de 

S.  A.  Sérme  l'électeur  de  Cologne  ,  Évesque  et 

prince  de  Liège, 

y>  M.  HUSTIN. 

»  De  Liège  ,  ce  22  d'avril  1643.  » 
Suscription  :  A  Messieurs ,  Messieurs  les  président  et  gens 
'  du  Conseil  privé  de  Sa  Maiesté  Catholicque  , 

en  Bruxelles. 

ORIGINAL. 

«  Liège  ,  23  avril  1643. 
»  Messieurs  , 
y>  Les  marchands  et  maistres  de  la  verrerie  des  groz 
verres  en  ceste  cité  nous  ont  représenté  qu'un  certain 
nommé  Savonetti  auroit  obtenu  de  Sa  Maiesté  Catholique 
l'octroy  de  pouvoir  dresser  une  ou  plusieurs  fournaises 
de  cristals  et  cristalins  ,  bannissant  l'entrée  desclits  verres 
et  tous  autres  dans  les  Pays  de  son  obéissance  et  que  ledit 
Savonetti  prétend  que  ceste  clause  «  et  tous  autres  »  seroit 
extensive  aux  gros  verres  et  pareille  marchandise  ,  com- 
bien qu'estant  ladite  clause  généralle  ,  elle  n'est  relative 
qu'aux  espèces  précédentes  de  cristals  et  cristallins  ,  et 
que  «  tous  autres  ■»  se  doit  entendre  des  verres  de  pareille 
essence  par  ce  que  ,  nonobstant  diverses  privilèges  pareils 


—  24  — 

accordez  aux  prédécesseurs  Savonetti ,  lesdits  gros  verres 
ont  tousiours  eu  leur  course  libre  depuis  temps  immé- 
morial ,  et  que  cette  manufacture  ne  se  manie  par  Italiens, 
ains  par  des  Allemands,  de  façon  qu'ils  prétenderoient 
empescher  ce  qu'ils  ne  peuvent  fabriquer  ,  rnesme  que 
par  ceste  défence  sadite  Maiesté  seroit  frustrée  des  imposts 
de  pareilles  marchandises  venantes  de  Liège  et  d'Alle- 
magne en  grande  quantité  ,  que  l'on  paye  à  l'entrée  de 
chacune  de  ses  provinces  ,  qui  portent  davantage  sans 
comparaison  que  la  somme  de  trois  milles  francs  que  ledit 
Savonetti  a  présenté  à  Sa  Maiesté  ;  qu'aussy  ses  subiets  en 
seroient  fort  intéressez  ,  tant  à  raison  qu'ils  seroient  cons- 
traints  de  prendre  cristals  à  grand  pris  où  qu'à  bon  marché 
ils  peuvent  estre  servys  des  autres  et  seroient  privez  aussy 
bien  que  nous  de  beaucoup  de  sortes  d'instruments  de 
verres ,  comme  alambicques  ,  bouteilles  et  principalement 
de  celles  de  Spa  qui  ne  se  fabriquent  qu'icy  ,  et  souloient 
jadis  venir  de  France  ,  à  cause  que  par  ceste  défence  il 
faudroit  nécesairement  esteindre  la  fournaise  de  groz 
verres  ,  qui  diminuerait  grandement  le  commerce  mutuel 
et  bonne  correspondance.  C'est  pourquoy,  zèleux  du  bien 
réciprocque  ,  nous  prions  vos  Sries  ,  très  instament ,  de 
donner  ordre  que  lesdits  gros  verres  puissent  comme  de 
coustume  y  avoir  libre  entrée  ,  et  nous  tâcherons  en  toute 
autre  occurence  de  faire  paroistre  le  ressentiment  que 
nous  aurons  de  ceste  obligation  comme  estants  , 

»  Messieurs,  de  vos  Slies  très  humbles  serviteurs 
et  bons  voisins  ,  les  bourgmestres  de  la  noble  cité 
de  Liège. 

»  Par  ordonnance  de  mesdits  seigneurs, 
»A.  BEEGKMAN. 
»  Liège,  ce  23e  d'avril  1643.  » 
ORIGINAL. 
(Sans  suscription. ) 


—  25  — 

A  ces  lettres  ,  il  fut  donné  la  suite  que  voici  : 

»  A  la  lettre  missive  escritte  à  Messeigrs  des  finances  par 
le  chancelier  et  gens  du  Conseil  privé  de  son  Alze  le  Prince 
de  Liège ,  il  semble  (  soulz  très  humble  correction  )  qu'à 
icelle  l'on  pourroit  respondre  : 

»  Premièrement,  que  l'octroy  accordé  à  Jean  Savonetti 
n'est  à  tenir  pour  une  chose  nouvelle,  puisque  semblables 
octroys  et  privilèges  sont  esté  cy  devant  accordez  à  plusieurs 
aultres  et  touttes  aultres  espèces  de  groz  verres  venants 
dudict  Pays  de  Liège  et  aultres  sont  estez  banniz  ,  pour 
bonnes  considérations  mouvantes  à  Sa  Maiesté. 

»  Voires ,  estant  représenté  par  ledict  Savonetti  que , 
non  obstant  la  défence  expresse  portée  par  son  octroy, 
journellement  l'on  s'advançoit  de  contrevenir  aux  man- 
dements de  sadicte  Maté ,  et  que  partant  elle  fust  servie  de 
par  forme  d'interprétation,  ou  aultrement,  vouloir  déclairer 
que  touts  les  groz  verres  de  telle  espèce  qu'elle  fussent, 
sont  comprins  en  ladicte  défence,  ce  at  ainsy  esté  entendu 
et  déclairé  par  son  Excellence  don  Francisco  de  Mello,  au 
nom  de  sadicte  Maiesté. 

»  Que  le  prétendu  préiudice  allégué  par  ladicte  lettre, 
n'est  à  tenir  ou  réputer  pour  tel ,  puisque  l'intention  de 
sadicte  Maiesté  (en  accordant  ledict  octroy)  n'at  esté  aultre 
que  d'admettre  la  fabricque  des  verres  en  ses  pays  de 
pardeçà  et  par  le  mesme  moyen  pourveoir  à  ses  subiets,  les- 
quelz  (au  contraire  de  ce  que  dit  est  par  la  mesme  lettre) 
seroient  intéressez  au  cas  l'on  permît  l'entrée  des  verres 
estrangiers ,  en  préiudice  de  ceulx  qu'on  fabrique  de 
pardeça,  et  dont  ledict  Savonetti  a  promis  et  promet  de 
pourveoir  la  commune  pour  le  mesme  prix  ou  tel  que  luy 
serat  ordonné. 

»  Ne  faict  aussi  à  considérer  le  prétendu  commerce 
reprins  en  ladicte  lettre ,  puisque  de  quarante  et  plus 
d'années  ençà  qu'on  a  fabricque  des  verres  de  pardeçà,  l'on 


—  26  - 

n'at  admis  aulcuns  verres  estrangiers,  bien  que  soubz  main, 
et  directement  contre  les  défences  portées  par  lesdicts 
octroyz,  l'on  en  ayt  faict  quelque  introduction,  dont  aussy 
plusieurs  sont  esté  reprins  par  justice ,  et  les  verres 
déclairé  confisquez. 

»  De  sorte  que  le  mesme  prétendu  commerce  est  plus 
tost  à  réputer  pour  une  corruptèle  et  fraude,  que  pour  une 
chose  licite  (1). 

»  Bruxelles,  27  avril  1643. 

»  Messieurs ,  pour  responce  à  voz  lettres  du  22  de  ce 
mois,  nous  vous  dirons  que  par  l'octroy  dépesché  aux 
Savonetti,  pour  fabriquer  par  deçà,  tant  les  gros  verres  que 
les  cristalins,  l'intention  de  Sa  Maiesté  n'a  pas  esté  de  faire 
chose  qui  préjudicieroit  à  l'entretien  du  mutuel  commerce 
et  bon  voisinage  du  pais  de  Liège,  mais  bien  de  préférer  les 
inhabitans  des  pais  de  l'obéissance  de  Sa  Maiesté  et  la 
distribution  des  dicts  verres  aux  estrangers.  En  quoy  il  n'y 
at  que  de  la  raison,  sans  que  les  marchans  de  Liège  aient, 
en  ce  regard,  couleur  de  se  plaindre,  non  plus  que  les 
marchans  des  autres  quartiers  d'Allemagne  et  autres  pais 
circonvoisins  et  alliez,  outre  ce  que  l'entrée  de  semblables 
verres  estrangers  ne  sera  absolument  et  précisément 
exclue,  ains  seulement  pour  autant  que  les  dictz  Savonetti 
en  pourront  furnir  quantité  suffisante  à  ces  pais,  et  là  où  il 
y  auroit  en  ce  quelque  deffaut  de  leur  part ,  la  liberté  sera 
ouverte  aux  estrangiers  d'en  amener  selon  que  le  tout  sera 
plus  particulièrement  exprimé  par  autres  lettres  qui  sur  ce 
se  dépescheront ,  en  conformité  de  la  résolution  de  Sa 
Maiesté.  Attant,  Messieurs,  etc. 

»  Voz  très  affectionnez  à  vous  rendre  service. 

»  B.  le  XXVII"  de  apvril  1643.  » 

(i)  La  minute  originale  de  cette  lettre  manque.  Il  est  à  présumer 
que  le  projet  fut  expédié. 


—  27  — 

La  première  des  deux  réponses  que  je  viens  de  transcrire 
allègue  que  plusieurs  introductions  de  verres  étrangers  ont 
été  réprimées  dans  les  Pays-Bas  et  les  verres  déclarés 
confisqués. 

Tel  ne  fut  pas  le  sort  des  marchandises  que  les  Bonhomme 
introduisirent  clans  les  Pays-Bas ,  grâce  sans  doute  aux 
lettres  de  1643  et  peut-être  aussi  dans  le  but  de  faire 
déclarer  par  justice  que  l'octroi  des  Savonetti  ne  faisait  pas 
obstacle  à  l'introduction  des  gros  verres. 

J'avais  déjà  publié  dans  ma  première  lettre  une  décla- 
ration de  trois  individus  de  Montegnée,  qui  avaient  convoyé 
pareilles  marchandises  vers  les  Pays-Bas  et  qui  y  avaient 
vu  celles-ci  saisies. 

Le  protocole  du  notaire  Etten  (1)  m'a  donné  depuis  tout 
l'historique  de  ce  procès. 

L'année  seule  n'est  pas  précisée  :  Henri  Ruyson ,  l'ex- 
verrier  de  1625,  qui  instrumente  maintenant  pour  les  Bon- 
homme ,  laisse ,  d'une  part ,  des  points  après  renonciation 
de  l'année  «  mil-six  cent-quarante...  »  et,  d'autre  part,  les 
Bonhomme  en  1646  parlent  du  procès  comme  ayant  duré 
«  cinq  ans  et  dadvantage  ». 

En  tous  cas,  des  saisies  ont  été  faites  avant  1645.  De  gros 
verres ,  expédiés  dans  les  Pays-Bas  par  les  Bonhomme  et 
confiés  à  Hubert  le  Plaqueur,  Jacques  et  Gérard  Herman,  de 
Montegnée.  De  là  un  procès  contre  le  conseiller  et  procureur 
général  de  Brabant.  Les  Bonhomme  ne  ménagent  pas  les 
avances  pour  le  procès.  Ils  envoient  des  hommes  d'affaires, 
des  jurisconsultes  liégeois  :  Henri  d'Heur,  Gilles  et  Henri 
Ruyson,  qui  séjournent  à  Bruxelles  des  mois  et  des  mois  (2). 


(0  16  avril,  17  mai,  24  et  27  octobre  1646.  —  Voir  aussi  le  proto- 
cole du  notaire  Ruffin,  23  septembre  et  17  décembre  1645. 

(î)  L'acte  du  26  octobre  1646  à  lui  seul  mentionne  :  2  mois  pour 
tels  devoirs;  3  1/2  mois  pour  tels  autres;  6  mois  pour  d'autres  encore... 


—  2S  — 

Le  système  des  Bonhomme  énoncé  dans  les  lettres  de 
1643  fut  probablement  jugé  insoutenable;  car  leurs  juris- 
consultes se  bornent  à  combattre  en  droit  l'existence  légale 
de  l'octroi  accordé  à  Savonetti,  comme  n'ayant  point  été 
ratifié  et  entériné  par  le  conseil  de  Brabant.  Puis,  si  je 
comprends  bien ,  deux  tiers  :  Jacques  de  Bede  et  Gilles 
Collinet,  étaient  derrière  le  rideau. 

Ces  moyens  paraissent  avoir  réussi.  Une  sentence  du 
31  mars  1646  déclare  la  saisie  nulle  et  autorise  les  parties 
à  se  pourvoir  contre  le  procureur  général  pour  obtenir  le 
remboursement  «  tant  pour  respect  des  despens  ,  expositas 
et  vacations  que  de  la  marchandise  ou  valeur  d'icelle...  » 

Henri  Bonhomme  se  fit  subroger  dans  les  droits  de  ses 
agents  et  réclama  les  comptes  de  ses  divers  hommes  de 
loi ,  comptes  qu'il  tenait  à  produire  devant  le  Conseil  de 
Brabant. 

Le  gain  du  procès  ne  semble  pas  avoir  beaucoup  avancé 
les  affaires,  ni  procuré  une  solution. 

Plusieurs  aimées  après,  en  1653,  les  Bonhomme,  encore 
une  fois  appuyés  par  le  prince  évêque  de  Liège ,  renouve- 
lèrent leurs  tentatives  en  adoptant  un  nouveau  système , 
en  invoquant  le  témoignage  des  marchands  de  Bruxelles , 
pour  soutenir  que  la  production  de  Savonetti  était  insuffi- 
sante ,  qu'il  fallait  donc  lui  retirer  son  octroi. 

Le  document  suivant  (î)  le  prouve  : 

«  Veu  par  le  conseiller  comis  aux  causes  fiscales  du  Con- 
seil privé,  les  Beqtes  prestées  à  S.  A.  SS.  par  les  Mres  de 
verreries  et  marchands  des  verres  du  pays  de  Liège ,  ten- 
dans  afin  de  pouvoir  introduire  et  amener  en  ces  pays  les 
verres  fabriqués  audit  pays  de  Liège  ,  nonobstant  l'octroy 
concédé  à  Franc0  Savonetty  ;  veu  en  outre  plusieurs  autres 
escrits  et  offres  de  recognoissance  annuelle  de  200  Bix- 

(  i  )  Communication  de  M.  Edg.  de  Marnefke. 


—  29 


dalders  par  an  ,  faictes  au  profit  de  S.  M.  de  la  part  desdits 
marchands  de  Liège,  escrite  à  S.  A.  sur  le  subiect ,  et  en 
outre  plusieurs  autres  pièces  concernant  cette  matière  et 
nommément  les  remonstrances  et  inscriptions  de  Franc0 
Savonetty  et  en  particulier  celles  du  12  de  décembre  1654 
e1  22  d'avril  1655,  par  forme  de  remonstrances  et  raison 
de  contredicts  et  oppositions  aux  Recf-  desdits  marchands 
de  Liège.  Et  le  tout  considéré,  samble  au  soussigné,  sous 
très  humble  correction  ,  qu'il  ne  convient  accorder  ce  que 
lesdits  marchands  requièrent  quant  à  présent ,  et  ce  entre 
autres  pour  les  raisons  représentées  par   la  rescription 
dudit  Savonetty  dudit  20  décembre.  Et  néanmoins ,  comme 
les  verres  de  ladite  manufacture  de  Liège  et  ceux  de  la 
fabricque  dudit  Savonetty  ont  esté  visités  et  conféré  par 
ensemble  par  les  députez  du  magistrat  de  ceste  ville ,  à  la 
reqte  des  marchands  boutecliers  et  veruriers  de  celle  ville, 
selon  le  certificat  signé  Van  Ranst ,  en  date  du  premier  de 
octobre  1654,  et  qu'il  samble  par  ledit  certificat  que  ledit 
Savonetty  se  seroit  obligé  envers  ledit  magistrat  de  fabri- 
quer verres  de  pareille  bonté  et  qualité  que  ceux  de  la 
manufacture  et  fabricque  de  Liège ,  ensemble  de  les  vendre 
et  débiter  au  prix  déterminé  et  taxées  ,  et  qu'il  est  incer- 
tain si  icelluy  Savonetty  s'acquitte  deuement  en  ce  regard , 
le  soussigné  est  d'advis  qu'il  convient ,  devant  publier  la 
résolution  à  prendre  sur  les  Req^  desdits  marchands  et 
les  lettres  du  Prince  de  Liège,  d'envoyer  lesdites  Reqtes 
d'iceux  marchands  et  lesdites  Rescriptions  et  Raisons  de 
contredicts  dudit  Savonetty  à  ceux  du  magistrat  de  ladite 
ville  de  Bruxelles,  afin  de  rendre  sur  le  subject  leur  advis, 
oui]  sur  ce ,  en  préalable ,  lesdits  marchands  et  bouticliers 
des  verres  d'icelle  ville  pour  en  après  estre  faict  et  ordonné 
comme  sera  trouvé  convenir.  Ainsy  adressé  le  9  de  sep- 
tembre 1655. 

(Signé)  Bald.  VAN  DER  PIET.  ». 


-  30  - 

Conformément  à  cette  proposition  ,  avis  fut  demandé 
aux  marchands  de  Bruxelles  sur  «  la  bonté ,  suffisance  et 
abondance  qu'est  obligé  de  faire  et  furnir  ledit  Savonetti.  » 

On  ne  connaît  pas  le  résultat  de  l'enquête. 


III 


Après  avoir  donné  un  aperçu  général  de  la  marche  des 
verreries  des  Bonhomme  à  Liège,  Bruxelles  et  ailleurs,  j'ai 
encore  à  mentionner  quelques  particularités  nouvelles 
révélées  par  mes  recherches  dans  les  archives,  notamment 
en  ce  qui  concerne  la  population  étrangère  des  verreries 
liégeoises. 

Vous  avez  fait  connaître  des  noms  nouveaux  de  verriers 
altaristes  ayant  travaillé  à  Liège  (  l  )  : 

«  Bartholet,  italien,  »  que  vous  croyez  être  un  Bertoluzzi 
d'Altare,  comme  l'était  le  Thomas  Bartholus,  gentilhomme 
verrier  qui  apparaît,  en  1598  ,  à  Bouen; 

Pierre  ,  Antoine  Massaro  ,  une  Nicole  Massaro.  Vous  les 
considérez  avec  raison  comme  Altaristes  :  les  deux  pre- 
miers, avec  Octave  Massaro,  déjà  cité  par  moi,  obtiennent 
à  Liège  ,  du  Conseil  privé ,  le  16  novembre  1684  et  le  8  no- 
vembre 1688 ,  exemption  de  guets  ,  gardes  et  fonctions 
militaires  ,  en  leur  qualité  de  gentilshommes  verriers. 

Vous  parlerez  ,  à  propos  des  verreries  de  Maestricht,  de 
Sébastien  Dagna ,  gentilhomme  altariste  ,  qui  y  travailla 
chez  les  Bonhomme  ,  et  dont  vous  avez  trouvé  le  nom  , 
par  relation  ,  dans  un  acte  de  Liège  ,  ville  où  sans  doute 
il  aura  aussi  travaillé  de  son  art. 

J'ai  signalé  la  présence  à  Liège,  en  1625  et  1626,  des 
quatre  Altaristes  Babino,  Buzzone ,  Pertica  et  Perrotto ,  et 

(i)  Bulletin  de V Institut  archéol.  liég.,  XVIII,  p.  295  et  suivantes. 


-  31  - 

je  serais  bien  tenté  d'y  ajouter,  comme  Altariste ,  certain 
Hardy,  verrier,  que  les  voisins  appelaient  Audax.  Il  y 
avait  à  Altare  des  Odacio,  gentilshommes  verriers,  d'après 
ce  que  vous  a  écrit  M.  Henrico  Bordoni.  Mais  le  rapproche- 
ment, quoique  tentant,  me  paraît  trop  subtil.  Je  me  borne, 
pour  ceux  qui  seraient  curieux  de  connaître  les  hautes 
destinées  des  Hardy ,  en  Espagne ,  à  les  renvoyer  à  une 
enquête  du  5  octobre  1675  (l),  où  comparurent  des  vieillards 
de  74  et  de  80  ans,  qui  avaient,  dans  leur  jeunesse ,  connu 
le  verrier  Hardy,  c'est-à-dire  vers  1625,  époque  de  la 
reprise,  à  Liège  ,  de  la  verrerie  à  l'italienne. 

Abstraction  de  ce  Hardy  (Odacio?),  il  y  a  à  ajouter  à  la 
liste  déjà  si  fournie  des  verriers  italiens  ayant  travaillé  à 
Liège ,  les  noms  des  Altaristes  suivants ,  tirés  d'actes 
notariés  : 

Jean-Baptiste  Babino  (2). 

Antonio  Buzzone  (3). 

Jean-Marie  Perrotto  (3). 

Felino  Pertica  (3). 

Genesio  Varaldo  (4). 

Thomas  Bormiolo  (5). 

Marc-Aurèle  Saroldo  (6). 

Eugène  Saroldo  (7). 

François  Massaro  (8). 

Bernard  Perrotto  (9). 

Le  plus  intéressant  de  ces  actes  ,  sans  contredit ,  serait 


(i)  Protocole  Amel  Dujardin. 

(s)  Protocole  Rolloux,  1625-26. 

(s)  Ibidem. 

(*)  Protocole  Sauveur,  10  avril  1633,  et  Colba,  24  juin  1645,  où  est 
rappelé  un  acte  antérieur  du  10  avril  1638,  passé  devant  le  notaire 
Servais  Parent. 

(5)  Protocole  Pawea,  acte  du  2  avril  1664.  —  (e,  7,  s,  9)  Ibidem. 


—  32  — 

celui  du  10  avril  1638 ,  par  lequel  Genesio  Varaldo  con- 
tracte son  tout  premier  engagement  souvent  relaté  dans 
les  contrats  ultérieurs  concernant  lui  et  d'autres  Altaristes. 
Malheureusement  le  protocole  du  notaire  Servais  Parent, 
rédacteur  de  l'acte,  me  fait  défaut,  et  l'on  est  ainsi  privé 
du  type  qui  servit  de  base  à  la  rédaction  primitive  des 
obligations  réciproques  des  maîtres  de  la  verrerie  et  des 
gentilshommes  verriers. 

Très  curieux  cependant  est  l'acte  passé  par  le  notaire 
Sauveur  au  1er  mai  1643.  Le  même  Varaldo  s'engage 
envers  les  frères  Bonhomme  «  incontinent  qu'il  aura  fait 
son  voyage  d'Italie  ,  à  la  Saint-Jean-Baptiste  1644.  »  En 
outre  ,  ce  contrat  est  très  circonstancié  sur  les  conven- 
tions relatives  au  logement  des  Altaristes  ,  les  droits  des 
consuls  ,  etc. 

Genesio  Varaldo  ,  d'après  ce  que  vous  a  appris  M.  Bor- 
doni ,  fut  consul  d'Altare  en  1687. 

Ce  Genesio  Varaldo  était  un  financier  qui ,  à  différentes 
reprises  ,  prêta  de  l'argent  à  la  corporation  des  verriers 
d'Altare.  M.  Bordoni  en  tire  la  conclusion  que  les  Va- 
raldo n'étaient  pas  de  simples  verriers  ,  mais  des  gens 
riches  ,  protecteurs  de  leurs  compagnons  ,  arrivés  comme 
eux  ,  de  l'étranger  (d'après  vous  de  Normandie). 

A  Liège  ,  Guillaume  Varaldo  ,  le  «  parrain  opulent ,  aux 
vingt-cinq  filleuls,  »  que  vous  avez  signalé,  était  aussi  une 
sorte  de  banquier.  Il  prêtait  9,000  florins  à  la  fois,  et  il 
avançait  5,000  florins  pour  aider  Liège  à  solder  les  milices 
du  baron  de  Spaar.  Néanmoins  ,  il  est  certain  qu'il  était 
gentilhomme  verrier  :  nous  possédons  son  contrat  d'enga- 
gement ,  comme  celui  de  son  frère  Genesio  ,  chez  les 
Bonhomme.   Vous  avez  même  supposé  (l)  ,  avec  raison 


(î)  Bull,  des  Comm.  royales  d'art  et  d'arch.,  XXVI,  p.  351,  en  note. 


—  33  — 

d'après  moi  ,  que  Guillaume  Varaldo  était  le  capo-maestro 
des  Altaristes  ,  organisés  en  Liège  en  maîtrise. 

Que  je  n'omette  pas  de  rappeler  l'acte  du  17  juin  1651  (l), 
contenant  engagement  de  Joseph  Gastellano.  Cet  acte  est 
d'autant  plus  important  qu'il  vous  a  mis  à  même  de  tracer 
l'origine  française  des  verriers  d'Altare  ,  qualifiés  de  Mes- 
sieurs ,  de  même  que  les  gentilshommes  verriers  de  Nor- 
mandie (2).  Ce  verrier  figure  déjà  dans  un  contrat  du 
1er  mai  1643  et  un  autre  du  23  juin  1648  (3)  ,  documents 
nouvellement  découverts. 

Deux  autres  actes,  également  intéressants,  turent  passés 
pardevant  le  notaire  Pawea  le  2  avril  1664.  Ce  sont  des 
enquêtes  sur  des  actes  relatifs  à  Thomas  Bormiolo ,  qui  y 
figure  en  personne  et  fait  recueillir  le  témoignage  de 
Marc-Aurèle  et  Eugène  Saroldi  ,  Joseph  Castellano  et 
Jules-César  Buzzone  ,  en  présence  de  Guillaume  Varaldo  , 
François  Massaro  et  Bernard  Perrolto. 

Plusieurs  de  ces  verriers  sont  des  personnages 
importants  : 

Un  Eugène  Saroldi  fut  consul  d'Altare  en  1559;  notre 
Eugène  en  descendait  sans  doute  :  à  Altare  (4),  les  pré- 
noms se  transmettant  de  génération  en  génération. 

Marc-Aurèle  Saroldi  fut  consul  en  1687.  Thomas  Bor- 
miolo le  fut  en  1691  et  1692. 

Quant  à  Bernard  Perotto,  il  fut,  en  1647  (5),  associé  à  son 
oncle  ,  Jean  Castellano  ,  dans  la  verrerie  de  Nevers.  Il  tra- 
vaillait à  Liège  en  1664  et  devint ,  l'an  1668 ,  maître  de  la 
verrerie  d'Orléans  ,  où   une  opinion  qui  n'est  pas  dénuée 


(i)  Protocole  Pawea. 

(  s  )  Bulletin  des  Comm.  royales  d'art  et  d'archéologie ,  XXVF ,  p.  242. 

(s)  Protocoles   Sauveur   et  Colba. 

(*)  La  même  chose  s'observa  anciennement  chez  nous. 

(b)  L'abbé  Boutillier  ,  p.  60. 


—  u  — 

de  fondement ,  affirme  qu'il  fut  l'inventeur  du  coulage  des 
glaces.  Je  sais  que  cette  question  est  à  l'étude  chez  vous  , 
mais  je  ne  crois  pas  commettre  une  indiscrétion  en  révé- 
lant que  l'engagement  de  Robert  Castellano  ,  —  cousin 
germain  de  Perrotto  —  chez  Mois  ,  à  Bruxelles  ,  où  il  dé- 
céda en  1688  ,  n'est  pas  étranger  peut-être  à  la  connais- 
sance qu'avait  Mois  du  procédé  de  fabrication  des  glaces 
en  coulant  la  matière  à  plat,  et  que  la  question  sera  résolue 
si  vous  parvenez  à  prouver  que  le  document  contenant 
l'affirmation  de  Mois  ,  est  antérieur  à  l'année  1688 ,  où  le 
procédé  fut  privilégié  ,  en  France  ,  au  profit  de  Thévart , 
aidé  ou  non  par  de  Nehou. 

Plusieurs  actes  concernent  des  Allemands  ,  tels  que  : 

Wolf  et  Hans  Haghel  ,  de  Bitche  (i  )  ; 

Ourick  et  Pierre  Millier  (2),  que  j'ai  déjà  cités  (3)  ; 

Sébastien  et  Adam  Geuvel  (4)  ,  de  Bischen  (évêché 
d'Augsbourg)  ; 

Georges  Manebacht ,  de  Trêves  (5)  [dont  la  femme  était 
de  Meteren  ,  en  Lorraine]  ; 

Georges  et  Samuel  Enghelel ,  de  Rikonach ,  pays  de 
Wysbourg  (e)  ; 

Hans  et  Georges  Meys  (7),  de  Bers,  près  de  Woldeviel  (s). 

Certains  de  ces  verriers  firent  souche  en  Belgique  , 
témoin  certain  Sébastien  Ghevel  qui  est  fort  probablement 
un   descendant  du  Sébastien   Geuvel,   de  1648.    Il   était 

(1)  Protocole  Sauveur,   16  septembre   1639. 

(2)  Ibidem,  1er  mai   1643. 

(3)  1"  Lettre,  page   13. 

(  -i  )  Protocole  Pawea ,  4  avril   1648. 
(  s)  Protocole  Gangelt ,  23  juin  1648. 
(c)  Protocole  Pawea  ,  3  juillet  1660. 
(  7  )  Ibidem. 

(  s)  Je  donne  ces  noms  tels  que  je  los  trouve  dans  les  actes  indiqués, 
sans  en  garantir  l'orthographe. 


—  35  - 

également   verrier  et  travailla   dans  plusieurs  verreries 
belges  (1). 

Les  Furnon  avaient  engagé  certains  de  ces  ouvriers  , 
par  exemple  les  deux  Mùller  (2);  de  plus,  je  vois  que 
Noël  Furnon  lui-même  était  attaché  à  l'établissement  des 
Bonhomme  dès  1642.  Il  assiste  ,  à  cette  date ,  à  un  acte 
intime  ,  concernant  les  verreries  ,  passé  entre  les  frères 
Bonhomme  et  leur  beau -père  ,  Jean  de  Glen  (3).  La  sé- 
vérité avec  laquelle  les  Bonhomme  anéantirent  la  concur- 
rence de  Furnon  avait  donc  une  cause  plus  justifiable  que 
le  droit  du  plus  fort. 

La  verrerie  que  les  Bonhomme  firent  éteindre  en  1650 
avait  fait ,  le  23  novembre  1649  (4),  l'objet  d'un  contrat 
entre  Jean  et  Noël  Furnon  et  certain  Jean  Duchateau.  Jean 
Furnon  avait  essayé  de  se  dégager  le  8  juin  1650  ,  peut- 
être  en  présence  des  octrois  des  8  avril  et  18  mai  1650  et 
devant  les  menaces  des  Bonhomme  réalisées  par  eux  en 
juillet  suivant. 

Je  crois  encore  découvrir  quelque  difficulté  entre  eux 
dans  un  recès  de  la  cité  (5) ,  où  il  s'agit  d'un  débat  entre 
Henri  Bonhomme  et  Noël  Surnom.  C'est  certes  Furnon 
qu'on  doit  y  lire  et  non  Surnom,  dû  à  une  erreur  de  plume. 

Il  ne  faut  pas  négliger  cette  verrerie  des  Allemands,  car 
elle  appartenait  jusqu'à  un  certain  point  à  la  verrerie  ar- 
tistique. Là  se  fabriquaient  des  rheumers  ou  verres  à  vin 
du  Rhin,  dont  la  tonne  a  souvent  été  fort  soignée.  De  plus, 
lorsque  Furnon  fut  réengagé  chez  les  Bonhomme,  en  1651, 
il  lui  était  interdit  de  faire  «  pour  son  particulier  ni  autrui,  » 

(  i  )  Chambre  des  finances  —'verreries  —  n»  2108  ,  p.  203  ,  —  aux 
Archives  générales  du  Royaume. 
(2)  lie  Lettre,  p.  13. 
(5)  Protocole  Sauveur,  25  juin  1642. 

(4)  Relaté  dans  un  acte  du  8  juin  1650.  Protocole  Roufosse. 
(s)  Bibliothèque  de  l'Université  de  Liège. 


—  36  — 

aucun  verre  émaillé  ou  matière  de  pierrerie ,  ce  qui 
prouve  bien  que  la  verrerie  des  Allemands  s'en  occupait 
auparavant. 

Les  Bonhomme  d'ailleurs  attiraient  dans  leurs  verreries 
d'autres  que  des  Italiens  et  des  Allemands. 

Pierre  la  Martinière  ,  que  j'ai  signalé  ,  en  1655  ,  s'enga- 
geant  avec  François  Santino  pour  aller  fonder  une  verrerie 
à  Kiel  ,  était  à  Liège  depuis  l'année  précédente. 

Il  figure  clans  un  acte  relatif  à  la  verrerie  et  passé  le  6 
novembre  1654  (î).  Pierre  la  Martinière  était  du  Dauphiné. 

Mes  de  Bongard  et  de  Bigault,  engagés  le  2  août  1663, 
venaient  de  Neufforge,  et  Synat  —  bailliage  de  Glermont, 
en  Lorraine.  —  J'en  trouve  la  preuve  dans  l'engagement, 
au  25  novembre  1655  (2),  d'un  Jean  Bongard,  venu  de 
Neuftort,  en  Lorraine,  avec  un  Abraham  de  Gondé,  natif  de 
Futau  (Lorraine). 

Un  acte  du  21  décembre  1655  (3)  relate  l'engagement 
antérieur  de  trois  autres  Lorrains,  nommés  Barovaulx, 
de  Condé  et  Bonnet. 

Je  citerai  enfin  l'engagement,  daté  du  4  avril  1648  (4), 
de  Dimanche  Lorent,  de  Domstien  (Domptait)  en  Vauche 
(Vosges),  pays  de  LoiTaine. 

Quant  au  Champenois,  Joltrel ,  de  Béthel,  que  vous  avez 
cité  d'après  une  épitaphe  de  Liège,  j'estime  que  c'était  un 
simple  vitrier.  Je  le  trouve  dans  un  compte  pour  placement 
de  verrières  (5).  ^. 

A  ces  noms  de  verriers,  j'ajouterai  ceux  de  quelques 

(  1  )  Protocole  Pawea. 

(2)  Protocole  Pawea. 

(3)  Ibidem. 

(4)  Ibidem. 

(s)  Bulletin  des  Comm.  roy.  d'art  et  d'archéologie,  t.  XXIII,  p.  273» 
—  Protocole  Rolloux  ,  25  février  1642. 


—  37  — 

servants  de  verreries  retrouvés  parmi  les  actes  notariés, 
souvent  en  qualité  de  simples  témoins,  à  savoir  : 

Etienne  de  Berg  \ 

Thomas  Rolly  (1655  et  1657). 

Phollien  Lorent    / 

Jacques  Adam  (1657) 

Jacques  Samboin ,  de  Barbançon ,  attaché  comme  aide 
au  vénitien  Ongaro  (1662),  etc. 

J'ai  retrouvé  deux  emplacements  de  verreries  à  Liège. 
Le  premier  danslecontrat  des  verriers  allemands,  l'an  1639, 
portent  qu'ils  feront  des  verres  pareils  à  ceux  que  l'on 
fabrique  Sur  la  Fontaine,  à  Liège;  mais  aucune  autre 
mention  quelconque  de  cette  usine  ne  m'a  été  révélée.  Le 
second  est  celui  de  la  Neuffeville  (que  j'avais  cherchée  dans 
la  province  de  Namur),  mentionné  dans  un  acte  du 
26  mai  1657  (î)  ;  il  apparaît  au  contrat  du  25  avril  précé- 
dent (2) ,  qui  m'apprend  que  Henri  Bonhomme  faisait 
alors  démolir  un  vieux  bâtiment  pour  le  remplacer  par 
d'autres  constructions  —  une  verrerie  nouvelle  sans 
doute  —  et  ce  «  en  la  Neufville  proche  Sainte  Véronne.  » 
La  Neuville  est  en  effet  une  dénomination  d'un  lieu  dit  de 
l'ancien  faubourg  d'Avroy,  conservée  encore  aujourd'hui. 

Vous  avez  cité  (3)  différents  marchands  de  verre  et 
«  cristal  »  à  Liège;  je  puis  en  augmenter  la  série. 

Hendrick,  sans  prénom,  cité  par  vous  en  1612,  est 
probablement  l'orfèvre  Peter  Hendryck  qu'on  rencontre  à 
la  même  époque  dans  la  paroisse  de  Sainte-Véronne ,  où 
étaient  les  verreries  (4). 


(i)  Protocole  Pawea. 

(2)  Ibidem. 

(s)  Bulletin  des  comm.  d'art  et  d'archéologie,  t.  XXIV,  p.  68. 

(i)  Archives  de  la  Cour  d'Avroy.  —  Œuvres  1622-28,  p.  249. 


-  38  — 

Un  certain  Cawea(i),  marchand  de  «  cristals  »,  est 
signalé  en  1624.  Je  suppose  qu'il  aura  été  l'intermédiaire  de 
Siberale,  de  Charleville,  dont  la  concurrence  est  mentionnée 
par  Guy  Libon,  entre  1618  ou  1619,  époque  de  sa  première 
tentative  de  reprise,  et  1625,  date  de  la  nouvelle  fabrication 
de  Henry  Ruyson. 

En  1629  (2) ,  on  passe  chez  Jean  Bonhomme  —  déjà 
intéressé  dans  la  verrerie  —  le  contrat  de  mariage  de  la 
fille  de  Charles  de  Vaux,  aîné,  marchand  de  voirres. 

Enfin,  je  trouve  la  mention  d'un  marchand  de  verres  : 
Jérémie  de  Trefve  (ou  Tiefve)  (3),  lequel,  en  1660  (4),  sert 
d'intermédiaire  aux  Bonhomme  ,  pour  l'engagement 
d'ouvriers  verriers  allemands. 

J'ai  l'honneur,  etc. 

Dé  van  de  CASTEELE, 
Conservateur  des  archives  de  l'État ,  à  Liège. 

P.  S.  Christophe  Ponta,  mentionné  dans  ma  première 
lettre  comme  engagé  le  18  novembre  1680,  fut  consul 
d'Altare  en  1686. 

J'y  avais  dit  que  François-Joseph  de  Wanzoul  avait  eu 
des  relations  avec  les  Bonhomme  ,  ou  moins  proba- 
blement avec  les  Nizet.  Cette  dernière  hypothèse  seule 
reste  debout,  en  présence  de  certains  actes  inscrits  dans 
les  anciens  registres  paroissiaux  de  Sainte- Véronne ,  à 
Liège.  On  y  voit  figurer,  le  27  septembre  1721,  à  l'acte  de 
naissance  d'un  enfant  de  François-Joseph  de  Wansoulle  et 

(0  Conclusions  capitulaires.  —  Archives  de  la  Cathédrale  Sl- 
Lamhert.  —  Année  1624. 

(2)  Protocole  Bellevaux,  4  janvier  1629. 

(z)  Trêves  V 

(i)  Protocole  Pavvea ,  actes  du  3  juillet  1660. 


-   39  — 

Marie-Anne  Flusin,  de  Revin  (1),  Léopold  Deminit  en 
qualité  de  parrain.  Or,  au  mariage  de  celui-ci,  le  19 
juillet  1728,  les  témoins  sont  :  Denis  Nizet,  maître  de  la 
verrerie,  et  Herman  Oger ,  qui,  à  son  décès,  arrivé  le 
27  juin  1732,  est  qualifié  :  «  facteur  de  la  verrerie  du 
s1*  Nizet.  » 

Les  Deminit  (Demeny,  même  Demany)  sont,  sans  doute, 
des  verriers  français ,  de  même  que  les  Quadreville ,  de 
Bigault ,  etc.  Ces  noms  apparaissent  en  plus  grand 
nombre  dans  les  registres  paroissiaux  à  mesure  que  les 
noms  italiens  s'altèrent  et  se  perdent, 

D.  v. 


(i)  Mariés  le  7  novembre  1717. 


QUELQUES  MOTS 


L'ARRESTATION  DE  L'ABBÉ  JEHIN 


L'abbé  Jehin  (  1  )  fut  un  des  hommes  qui  contribuèrent  le 
plus  au  mouvement  insurrectionnel  de  1789,  dans  le  mar- 
quisat de  Franchimont. 

L'historiographe  verviétois  Nautet  (2)  s'étonne  avec  raison 
que  «  son  esprit  actif  et  remuant,  le  Cri  général  du  peuple 
»  liégeois  qu'il  publia  et  qui  fit  tant  de  bruit  dans  le  pays  , 
»  ses  démêlés  avec  l'abbé  du  monastère  de  Sl-Hubert ,  dom 
»  Spirlet,  avec  le  procureur-général,  Fréron,  les  pour- 
»  suites  dont  il  fut  l'objet,  les  écrits  acerbes  qu'il  répandit 
»  sous  le  titre  de  Persécutions ,  etc. ,  sa  Relation  authen- 

(0  Thomas-Joseph  Jehin  naquit  à  Theux  le  10  juin  1732,  A  l'âge  de 
18  ans,  il  entra  dans  l'abbaye  de  S'-Hubert,  et  y  fut  ordonné  prêtre  en 
1758.  Il  se  rendit  àRome,  en  1763,  où  il  obtint  du  pape  Clément  XIV 
un  bref  de  sécularisation. 

(2)  Gfr.  Notices  historiques  sur  le  pays  de  Liège,  recueillies  par 
G.  N.  —  Verviers,  1859.  3e  série,  not.  286,  pag.  195  sqq. 

4 


—  42  — 

»  tique  de  l'attaque  de  la  nouvelle  salle  de  Spa  faite  le 
»  29  juin  1787,  sa  rude  franchise,  les  accusations  graves 
»  dont  il  chargea  le  prince  de  Liège  »  ne  lui  aient  pas 
conquis  une  place  dans  les  annales  de  son  pays. 

Sa  biographie  n'est  cependant  plus  à  faire  :  elle  se  trouve 
dans  les  Notices  historiques  sur  le  pays  de  Liège,  et  figure 
même  dans  la  Biographie  universelle  (l)  de  Michaud. 

Dans  des  pages  où  passait  un  souffle  de  patriotisme  âpre 
et  rude  (2),  l'abbé  Jehin ,  on  le  sait,  attaqua  trop  vive- 
ment, hélas!  le  prince  régnant  et  les  gens  du  Conseil  privé, 
et  soutint  la  cause  de  la  salle  Levoz  de  Spa  contre  les  pro- 
priétaires privilégiés  de  la  Redoute  et  du  Waux-Hall.  La 
violence  du  pamphlet  irrita  le  gouvernement,  et  un  mandat 
d'arrêt  fut  lancé  contre  son  auteur.  Jehin  dirigeait  alors  ,  à 
Theux,  un  pensionnat  et  une  école.  C'est  là  qu'il  apprit, 
par  le  bruit  public,  les  poursuites  dont  il  allait  être  l'objet. 

La  fuite  pouvait  seule  mettre  en  sûreté  sa  personne  et  ses 
jours  peut-être.  Voilà  pourquoi  il  se  retira  à  Cornesse ,  où 
il  reçut  l'hospitalité  chez  Hubert  Mawet ,  un  cabaretier  de 
l'endroit. 

Cornesse ,  hameau  du  ban  de  Soiron  ,  ressortissait  à  cette 
époque  au  duché  de  Limbourg,  et  était  par  conséquent 
sous  la  domination  de  la  maison  impériale  d'Autriche  (s). 
Le  fugitif  pouvait  s'y  croire  à  l'abri  des  recherches. 

Mais  qu'importait  à  Fréron  ,  procureur-général  du 
prince  de  Liège ,  la  violation  clu  domicile  et  du  territoire  ? 
Un  jour ,  à  l'aube  naissante ,  il  arriva  à  Soiron  avec  ses 


(i)  Cfr.    Biographie    universelle    ancienne    et  moderne.  Nouvelle 
édition.  Paris,  tome  XXI ,  art.  de  M.  Lavalleye. 

(2)  Cris  générale  du  peuple  liégeois  (sic) ,  brochure  in-8°,  sans  nom 
d'auteur. 

(3)  Cfr.   Ernst.    Histoire  du  duché  de    Limbourg.   Liège,   1837. 
Tome  I ,  pages  17  et  30. 


—  43  — 

hommes ,  pénétra  dans  la  demeure  du  sieur  Mawet ,  et 
arracha  l'abbé  Jehin  à  sa  retraite. 

C'était  le  3  mai  1786. 

Malgré  sa  résistance,  Jehin  fut  conduit  à  Liège,  et 
enfermé,  comme  prisonnier  d'État,  dans  les  cachots  de 
Saint-Léonard. 

Les  autorités  locales  s'émurent  :  sur-le-champ,  l'officier 
mayeur  de  Soiron  ouvrit  une  enquête,  et  envoya  au  prince- 
évêque  une  supplique  très  vigoureuse  pour  protester  contre 
la  violation  du  territoire  de  l'empereur  Joseph  IL 

Deux  documents ,  restés  inédits  ,  nous  apprennent  quel- 
ques particularités  curieuses  touchant  l'aventure  de  Cor- 
nesse.  Ce  sont  des  actes  de  notaire  qui  recueillent  le  récit 
des  faits  de  la  bouche  même  de  témoins  oculaires. 

Pour  ne  rien  enlever  de  leur  valeur  à  ces  témoignages, 
nous  les  reproduisons  d'après  une  copie  manuscrite  (î), 
dûment  authentiquée. 


«  Ce  5  may  1786  devant  moi  Notaire  Royal  admis  au 
Conseil  Souverain  de  sa  majesté  L'Empereur  et  Roy  ordonne 
en  brabant  et  en  présence  des  témoins  embas  dénommés 
comparurent  Hubert  Mawet  cabartier  a  Cornesse  autrichien 
ban  de  Soiron ,  Catherine  debois  son  épouse ,  Jeanne 
Mawet  leur  fille ,  Catherine  Mawet  aussi  leur  fille,  Anne 
Marie  leclercq ,  Hubert  Dumoulin ,  le  S1'  :  Jean  Malherbe 
negotiant  et  excollecteur  du  ban  de  Soiron ,  Anne  Cathe- 

(  i  )  Cette  pièce  intéressante  est  conservée  à  la  bibliothèque  du  col- 
lège saint  François-Xavier ,  à  Verviers. 


rine  Hurard  servante  chez  le  S1'  :  echevin  lambert  legros 
audit  Gornesse  et  la  dlle  Jeanne  Thérèse  legros,  tous  les 
dits  comparans  suffisamment  âgés  et  surceans  du  dit  ban 
de  Soiron  au  Duché  de  limbourg  ,  lesquels  à  la  réquisition 
de  Monsieur  Hubert  Dehousse  Mayeur  et  officier  du  dit 
ban  de  Soiron  nous  ont  librement  et  volontairement  déclaré 
sans  induction  ni  persuasion  quelconque  ,  mais  seulement 
pour  rendre  hommage  à  la  vérité  scavoir , 

y>  le  premier  comparant  (1)  déclare  que  mecredi  der- 
nier 3  du  courant  vers  les  cinq  heures  du  matin  il 
vit  entrer  en  sa  maison  audit  Cornesse  deux  étrangers 
dont  l'un  assez  gros  d'une  taille  haute  ,  paraissant 
avoir  l'âge  de  30  a  35  ans,  ayant  un  habit  frac  de 
couleur  d'ardoise  avec  des  boutons  plats ,  une  veste 
raiee ,  culotte  jeaunatre  et  un  braquet  (2)  suspendu  à  une 
ceinture  garnie  en  or  et  des  boucles  d'argent  a  jour,  se 
disant  maitre  de  celui  qui  l'accompagnoit ,  celui  ci  étant  un 
homme  plein  et  gros  et  qui  etoit  vêtu  d'un  sarrau  bleu, 
avec  un  habit  rouge  doublé  blanc  au  dessous ,  une  culotte 
jaune  se  disant  le  domestique  du  précèdent ,  qu'on  lui  a  dit 
par  après  être  freron ,  qu'étant  entré  dans  la  chambre  du 
déclarant  ils  demandèrent  a  boire  et  a  manger  en  s'infor- 
mant  sur  quel  pays  ou  territoire  ils  etoient,  que  sur  ce  le 
déclarant  leur  dit  qu'ils  etoient  sur  les  terres  de  sa  Majesté 
L'Empereur  et  Roy,  qu'environ  une  petite  heure  après  il 
survint  un  troisième  étranger  d'une  taille  moienne,  vêtu 
d'un  habit  bleu  avec  des  paremens  rouges ,  une  veste  ou 
gilet  jeaune,  une  culotte  noire,  avec  des  boutons  blancs, 
un  chapeau  débridé  paraissant  avoir  l'âge  d'environ  35  ans 
qui  se  plaça  et  bu  dans  la  cuisine  du  déclarant  sans  vouloir 
entrer  dans  la  chambre  nonobstant  diverses  invitations  a 

(1)  Le  cabaretier  Hubert  Mawet. 

(2)  Épée  courte  et  large. 


—  45  — 

cet  effet  de  la  part  du  dit  déclarant ,  qu'environ  les  sept 
heures  du  même  matin  Mr  l'abbé  Jehin  qui  etoit  domicilié 
dans  la  dite  maison  voulant  entrer  dans  la  chambre  fut 
repoussé  par  les  deux  premiers  étrangers  qui  le  saisirent 
et  le  tramèrent  avec  violence  hors  de  la  maison ,  le  tro- 
sieme  étranger  le  poussant  au  dos  sur  le  pave ,  que  le 
déclarant  voyant  cet  excès  de  témérité  leur  dit  :  pourquoi 

MALHEUREUX  ME  FAITE  VOUS  CET  AFFRONT  ,  Sur  quoi  le 

troisième  étranger  lui  repondit  en  jurant  tais-toi  ou  je 
brûle  l'ame,  en  mettant  la  main  à  des  armes  à  feu  qu'il  a 
vu  très  distinctement  dans  sa  poche. 

»  la  seconde  comparante  (l)  déclare,  qu'étant  dans  une 
place  voisine  pendant  la  saisie,  violente  et  tumultueuse 
de  Mr  :  l'abbé  Jehin,  elle  accourut  au  bruit  et  vint  dire  aux 
dits  étrangers,  malheureux  que  faites  vous  a  quoi  le 
deuxième  étranger  vêtu  d'un  sarrau ,  lui  répliqua  ,  chut  , 

CHUT,  C'EST  PAR  ORDRE  DE  SA  MAJESTÉ, 

»  la  troisième  comparante  (2)  déclare  que  parlant 
avec  les  susdits  étrangers  après  leur  arrivée,  ceux-ci 
lui  demandèrent  s'il  n'y  avoit  pas  un  prêtre  ou  cha- 
noine logé  dans  la  maison,  et  s'il  se  leveroit  bientôt,  la 
déclarante  leur  disant  que  si  et  que  c'etoit  mr  l'abbé 
Jehin,  ils  continuèrent  en  disant  qu'ils  les  connoissoient 
bien ,  déclarant  ensuite ,  qu'au  lever  du  dit  abbé  elle  vit  sa 
saisie  et  son  enlèvement  violent  comme  il  est  exprimé  ci 
devant  à  la  déclaration  du  premier  comparant  son  père , 
ajoutant  qu'elle  vit  aussi  distinctement  que  le  troisième 
étranger  vêtu  de  bleu  avoit  en  main  un  pistolet  dans  le 
chemin  public, 

»  les  quatrièmes  et  cinquièmes  comparantes  (5)  déclarent 

(1)  C'est  la  femme  du  cabaretier. 

(  2  )  Jeanne  ,  sa  fille. 

(3)  Catherine  Mawet  et  Anne-Marie  Leclercq. 


—  46  — 

que  les  jour  et  heure  susmentionnés  se  trouvant  a  la  fenêtre 
de  la  maison  de  la  cinquième  comparante  voisine  a  celle  du 
premier  au  moment  que  les  dits  étrangers  poussoient  Ledit 
abbé  Jehin  et  même  avec  telle  fureur  et  violence  qu'ils  le  jet- 
teront contre  la  haye  du  jardin,  elles  remarquèrent  qu'il  se 
debattoit  pour  se  libérer,  déclarant  en  son  particulier  la  dite 
cinquième  comparante,  qu'elle  vit  le  dit  troisième  étranger 
habillé  en  bleu,  armé  d'un  pistolet  faire  quelques  pas  dans 
un  chemin  à  coté  ,  et  puis  incontinent  decendre  accom- 
pagné d'un  quatrième  étranger  avec  un  habit  verdatre 
muni  d'un  gros  mauvais  bâton  ou  pieux,  qu'elle  entendit 
très  distinctement  que  ce  dernier  dit  au  dit  troisième 
étranger  de  tenir  toujours  son  pistolet  en  main  à  quoi 
celui-ci  répliquât  en  propres  termes  vas  ,  vas  ,  il  est  pris 

»  le  sixième  comparant  (l)  déclare  d'avoir  vu  dans  le 
tems précis  Mr  l'abbé  Jehin  trainé  parles  prédits  étrangers 
surle  chemin  public  terre  de  sa  Majesté  l'Empereur  et  Roi 

»  le  septième  comparant  (2)  déclare  qu'aux  jour  et  heures 
ci  dessus  il  vit  deux  étrangers  dont  l'un  etoit  habillé  en  bleu 
ayant  un  pistolet  à  la  main  et  l'autre  en  verdmuni  d'un  pieux 
ou  gros  bâton  sur  le  prédit  chemin  public  auxquels  il  leur 
demandât  qu'avez  vous  messieurs  pour  courrir  ainsi 
avec  des  armes  sur  les  terres  de  sa  majesté  a  quoi  ils 
repondirent ,  IL  N'Y  A  RIEN 

»  la  huitième  comparante  (3)  déclare  que  les  même  jour 
et  heure  que  ci-dessus  elle  vit  mr:  l'abbé  Jehin  qu'elle 
connoit  très  bien  vouloir  entrer  dans  la  maison  de  son 
maitre  encore  sur  les  terres  de  Sa  majesté  et  qu'il  en  fut 
empêché  par  violence  par  deux  étrangers  qui  le  trainerent, 
un  troisième  les  suivant  de  près, 

(  l  )  Hubert  Dumoulin. 

(2)  C'est  Jean  Malherbe,  l'ex-collecteur  du  ban. 

(3)  La  servante  de  Monsieur  Téchevin  Legros. 


—  47  — 

»  la  neuvième  comparante  (1)  déclare  que  le  moment 
d'après  elle  vit  distinctement  Mr  l'abbé  Jehin  qu'elle  connoit 
trainé  par  les  deux  premiers  étrangers  susdits  et  suivis  de 
près  par  un  troisième  et  deux  ou  trois  minutes  encore  âpres 
elle  vit  sur  le  même  chemin  Royal  de  sa  dite  majesté  deux 
autres  étrangers  l'un  habillé  en  bleu  et  le  second  en  verd 
suivansl'un  et  l'autre  les  traces  des  trois  premiers  étrangers, 

»  le  tout  quoi  étant  la  pure  vérité ,  les  comparans  et 
comparantes  susdits  offrent  de  le  ratifier  et  réitérer  res- 
pectivement sous  leur  serment  solemnel  toties  quoties  de- 
vant tous  juges  competans  ,  en  étant  requis  ,  consentant 
qu'acte  en  soit  rédigé  en  forme  par  moi  Notaire  soussigné 
et  qu'une  ou  plusieurs  copies  autentiques  en  soient  relaxées 
au  sieur  requérant  pour  s'en  servir  là  et  ainsi  etc  ainsi 
fais  et  déclare  date  ut  supra  au  dit  Cornesse  autrichien,  en 
présence  du  sieur  Rnd  Prêtre  et  vicaire  Henri  Débouche  (2) 
et  de  gilles  Dehousse  tus  a  ce  requis  ,  qui  avec  tous  les 
comparans  et  comparantes ,  le  sieur  requérant  et  moi  No- 
taire avons  signés  et  marque  l'original  de  cette 

quod  attestor. 
(Signé)  AT.  /.  legros  nots  regs.  » 

La  pièce  porte  l'apostille  suivante  : 

«  Je  sousignes  atteste  d'avoir  insinué  cejourd'huy  huit 
may  1786  a  la  Chancellerie  du  conseil  privé  de  son  altesse 
Celsissime  de  liège  copie-autentique  des  présentes  déclara- 
tions avec  une  supplique ,  de  même  qu'à  la  Secretairie  de 
monseigneur  l'official  de  liège  aux  neufs  heures  et  demi  du 

matin 

Ce  que  j'atteste 
»   (Signé) 

»  le  prelocuteur  et  notaire  ,  BRUYERE. 

(  i  )  La  demoiselle  Legros. 

(i)  Voir  sa  Biographie  par  J.  S.  Renier  (Verviers,  1858);  et  la  Bio- 
graphie liégeoise  de  Becdelièvre,  tome  II,  page  592. 


—  48  — 


II 


Le  second  document  se  rapporte  au  voyage  du  prison- 
nier et  à  son  passage  par  Ayeneux. 

«  Cejourd'hui  six  mai  1786  devant  moi  notaire  public 
roial  et  immatriculé  de  liège  résident  à  Soumagne  et  des 
témoins  sous  nommés  fut  présent  la  dllc  marie  anne  Nivard 
et  André  de  meu se  domestique  chez  ledit  Nivard,  lesquels 
sans  promesse  indiction  ni  persuasion  de  personne  et  pour 
rendre  hommage  à  la  justice  et  vérité;  à  la  réquisition  de 
Mr  Dehousse  mayeur  et  officier  de  Soiron  duché  de  lim- 
bourg  terre  de  sa  majesté  l'empereur  et  roi ,  nous  ont  dit 
et  déclaré  que  le  trois  du  courant ,  Mr  freron  mayeur ,  son 
domestique  et  trois  hommes  conduisant  Mr  l'abbé  Jehin 
très  bien  connu  aux  déclarans ,  arrivèrent  à  la  maison  du 
père  de  la  déclarante  vers  les  dix  à  onze  heures  du  matin 
où  étant  arrivés  ledit  Mr  freron  demanda  une  chambre 
particulière  dans  laquelle  il  but  du  café  avec  ledit  sr  abbé , 
qu'il  dit  être  son  prisonnier,  et  qu'ils  apprirent  qu'il 
l'avoit  été  saisir  sur  les  terres  de  sa  majesté  avec  permis- 
sion de  bruxelles ,  qu'il  y  demanda  deux  chaises  pour  aller 
jusqu'à  la  prison  de  S*  leonard  à  liège  ajoutant  le  déclarant 
d'avoir  été  le  conducteur  d'une  desdites  deux  chaises  et 
d'avoir  laissé  ledit  abbé  comme  prisonnier  auxdites  prisons 
de  S1  léonard.  Le  tout  quoi  étant  la  pure  et  sincère  vérité,  les 
comparans  offrent  de  le  réitérer  et  affermir  pardevant  tous 
juges  où  ils  en  seront  requis  avec  clause  de  reproduction 
ubi  opus.  Ce  fait  et  passé  dans  la  maison  du  s1'  thomas 
Nivard  située  en  aieneux  paroisse  de  Soumagne  en  pré- 
sence du  SgnrDodemont  jurisconsulte-avocat  et  du  sr  jaspai' 


—  49  - 

lochet  témoins  à  ce  requis  qui  ont  avec  les  comparans 
signés  la  minute  originale  de  cette,  étoit  signé 

J  :  JSizet  notaire  ut  supra  in  fidem.  » 


Ajoutons,  pour  compléter  ces  notes  historiques,  que 
Jehin  fut  relâché  par  ordre  du  prince.  Par  prudence,  il  se 
réfugia  à  Aix-la-Chapelle  ,  et ,  après  quatre  années  d'exil , 
il  rentra  dans  sa  patrie  à  la  faveur  de  l'invasion  républicaine. 

L'abbé  Jehin  mourut  pauvre ,  le  5  octobre  1806. 

Jean  LEVAUX, 
de  la  Compagnie  de  Jésus. 


PRIVILEGES 


DES 


ANCIENS  HABITANTS  DU  MARQUISAT  DE  FRANCMIIONT 

DANS    LA   VILLE    DE    LIÈGE 


Une  chose  qui  ressort  d'une  manière  frappante  de 
l'histoire  du  marquisat  de  Franchimont,  c'est  le  dévoûment 
de  ses  habitants  aux  princes-évêques  de  Liège. 

Il  serait  intéressant  de  relever,  au  cours  des  siècles,  les 
faits  nombreux  qui  viennent  attester  cette  vérité.  Pour 
cela ,  il  suffirait  cle  rappeler ,  entre  vingt  autres  services 
glorieux ,  le  secours  puissant  que  les  Franchimontois ,  peu 
de  temps  après  leur  réunion  à  la  principauté ,  prêtèrent  à 
leurs  nouveaux  maîtres  contre  les  Lorrains  ;  il  suffirait  de 
signaler  leur  conduite  héroïque  au  siège  de  Milan,  en  1162, 
la  victoire  qu'ils  remportèrent  sur  le  félon  Henri  de  Gueldre, 
et  surtout  leur  mémorable  expédition  à  Sainte- Walburge. 

On  ne  s'étonne  pas,  dès  lors,  que  Liège,  la  ville  noble  et 
généreuse  par  excellence,  ait  tenu  à  honneur  de  reconnaître 
les  obligations  qu'elle  avait  au  marquisat. 

De  très  ancienne  date  ,  les  princes-évêques  lui  accor- 
dèrent des  privilèges ,  des  franchises  et  des  droits  de  haute 


-  52  — 

valeur  ;  plusieurs  de  ces  privilèges  tendaient  particulière- 
ment à  favoriser  l'industrie  drapière,  qui  florissait  dans  la 
bonne  ville  de  Verviers  (1). 

C'est  ainsi  que,  dès  1323  a  par  otroi  exprès  des  Maistres, 
du  Conseil  jureit ,  des  Govrenours  des  Mestiers  et  de  toute 
la  communiteit  de  la  Cité  de  Liège  » ,  il  fut  permis  aux 
Verviétois  d'aller,  en  toute  liberté,  vendre  leurs  draps  à 
Liège,  à  condition  toutefois  d'observer  les  prescriptions  de 
la  Lettre  des  Halles  (2). 

Plus  tard,  la  reconnaissance  des  Princes  les  libéra  de 
toute  taille  extraordinaire  ;  bien  plus,  par  une  faveur  insigne, 
ils  furent  élevés,  en  1456,  au  rang  de  bourgeois  de  la 
noble  cité. 

Un  perron ,  érigé  en  chacun  des  cinq  bans  du  marquisat 
de  Franchimont,  symbolisa  ce  droit  sacré. 

Il  surgit,  à  différentes  époques,  des  chicanes  au  sujet  de 
tous  ces  privilèges  :  en  premier  lieu,  on  contesta  aux 
habitants  du  marquisat  le  droit  de  vendre  librement  leurs 
draps  à  Liège. 

C'était ,  au  fond  ,  simple  affaire  de  concurrence  ;  elle  eut 
cependant  grand  retentissement. 

«  La  magistrature  de  Liège ,  instiguée  par  les  gens  de 
métiers,  raconte  M.  Gilles  Nautet  (3),  ne  voyait  pas  de  bon 

(i)  Gfr.  Histoire  de  V Industrie  drapière  au  pays  de  Liège  et  particu- 
lièrement dans  l'arrondissement  de  Verviers ,  par  J.  S.  Renier.  Ce 
remarquable  mémoire,  grand  in-8°  de  370  pages,  a  été  couronné 
par  la  Société  libre  d'Emulation  de  Liège. 

(2)  Gfr.  S.  Bormans.  Recueil  des  Ordonnances  de  la  principauté  de 
Liège  (Bruxelles,  1878),  fos  171  et  172,  «  Lettre  des  Halles,  par  laquelle 
Adolphe  règle  la  manière  dont  on  doit  vendre  le  drap  à  Liège. 
Ie*  février  1326  (n.  st.)  ».  D'après  les  Paweilhars  ,  G.  fol.  2G0,  aux  Ar- 
chives de  l'État,  à  Liège.  M.  Benier  l'a  reproduite  dans  son  Histoire 
de  V Industrie  drapière,  pag.  213  et  suivantes. 

(3)  Gfr.  Notices  historiques  sur  le  pags  de  Liège,  (Verviers,  1853). 
Jre  série,  not.  46,  pag.  171  sqq, 


—  53  — 

œil  que  les  habitants  de  Verviers,  de  Theux,  etc. ,  eussent 
le  droit  de  venir  dans  la  Cité  même  établir  une  concurrence 
commerciale  souvent  défavorable  aux  marchands  liégeois. 
On  ne  pouvait  pas  leur  interdire  l'entrée  de  la  ville,  mais 
on  intimait  aux  gabelous  l'ordre  de  leur  susciter  des  diffi- 
cultés..., on  poussait  quelquefois  la  témérité  jusqu'à  arrêter 
et  emprisonner  les  Franchimontois  qui  témoignaient  un  pou 
trop  haut  leur  indignation  contre  ces  entraves.  Cela  alla  si 
loin,  en  1556,  sous  le  règne  du  prince-évêque  Georges 
d'Autriche,  que  les  magistrats  de  Verviers  et  des  autres 
bans  du  marquisat  de  Franchimont  crurent  devoir  convo- 
quer au  chef-lieu  les  habitants  notables  pour  délibérer  sur 
les  griefs  que  nous  venons  de  faire  connaître.  » 

Cette  assemblée  décida  qu'on  enverrait  une  députation 
chargée  de  présenter  un  mémoire  aux  bourgmestres  et  au 
Conseil  de  la  cité  de  Liège.  On  eut  tout  lieu  de  se  féliciter 
de  ce  dessein:  les  députés  furent  reçus  avec  de  grands 
égards,  et,  «  après  deux  jours  de  délibération,  le  conseil, 
»  d'après  l'avis  des  bourgmestres ,  résolut  que  les  Franchi- 
»  montois  seraient  par  la  ville,  comme  ils  l'étaient  par 
»  l'évêque ,  de  nouveau  reconnus  comme  membres  de  la 
»  noble  cité  de  Liège  avec  tous  les  privilèges ,  droits , 
»  aisances  et  libertés  attachés  à  ce  titre ,  en  récompense  de 
»  leur  fidélité  et  de  leur  bravoure  (l)  ». 

Cependant,  la  réconciliation  ne  fut  pas  de  très  longue 
durée  :  trente  ans  plus  tard ,  les  tracasseries  recom- 
mencèrent. 

«  Alors,  dit  le  chroniqueur  Detrooz  (2),  comme  on  avoit 
«  voulu  mettre  des  entraves  à  leurs  droits  et  privilèges,  les 


(i)  Cfr.  Nautet,  op.  et  loc.  cit. 

(a)  Cfr.  Histoire  du  marquisat  de  Franchimont  et  particulière- 
ment de  la  ville  de  Vervier  et  de  ses  Fabriques.  (A  Liège,  1809), 
lre  part.,  chap.  V,  page  41. 


—  u  — 

»  Franchimontois  ayant  réclamé  hautement  un  titre  qu'ils 
»  avoient  acquis  au  prix  de  leur  sang;  le  conseil  de  la  cité, 
«après  avoir  avisé  leurs  titres  ;  après  avoir  consulté  les 
»  anciens  bourg-mestres  et  autres  notables  bourgeois , 
»  déclara  que  les  habitans  du  marquisat  de  Franchimont, 
d  étoienl  censés  membres  de  la  cité  de  Liège,  et,  par  con- 
»  séquent,  privilégiés  et  affranchis  comme  les  bourgeois 
»  mêmes,  relativement  à  leurs  marchandises  et  denrées, 
»  en  passant  le  serment  que  les  bourgeois  demeurant  dans 
d  la  ville,  étoient  tenus  de  faire  eux-mêmes;  savoir,  que  les 
»  marchandises  qu'ils  conduisent  et  emmènent,  leur  appar- 
»  tiennent  et  qu'aucun  étranger  n'y  a  part .  » 

Detrooz  ne  laisse  nullement  échapper  une  erreur,  comme 
le  pense  M.  Nautet  (1),  en  rapportant  ici  l'événement  à 
à  l'année  1586  :  les  monuments  historiques  en  font  foi. 

Un  document  inédit  de  la  fin  du  XVIe  siècle  nous  a 
conservé  le  souvenir  des  pourparlers  et  des  débats  que 
provoquèrent  les  réclamations  des  Verviétois.  C'est  appa- 
remment dans  cette  pièce  que  Detrooz  a  puisé  son  chapitre 
sur  les  Privilèges  des  Franchimontois  dans  la  ville  de 
Liège  (2). 

Ce  manuscrit,  qui  repose  à  la  bibliothèque  du  collège 
des  Jésuites,  à  Verviers  ,  est  une  copie  faite  sur  une  tran- 
scription et  dûment  authentiquée  par  le  sous-greffier  de 
Theux.  Il  forme  un  cahier,  petit  in-folio  de  24  pages,  d'une 
écriture  large  ,  facile  et  datant  du  siècle  dernier. 

La  suscription  extérieure  porte  :  «  i586.  Privilèges  des 
Franchimontois  confirmés  par  le  prince  et  par  la  cité  de 
Liège  »,  et,  plus  bas,  le  nom  de  M.  Dethier,  de  Theux, 
auquel  le  manuscrit  aura  appartenu. 

Nous  publions  ce  document  sans  rien  modifier  à  l'ortho- 


(î)  Cfr.  op.  cit.,  page  173. 
(2)  Cfr.  op.  et  cap.  cit. 


—  55  — 

graphe  ni  à  la  ponctuation;  nous  nous  contentons  de  signaler 
d'un  mot ,  au  passage  ,  quelques-unes  des  additions  inter- 
linéaires et  les  principales  surcharges. 

M.  Philippe  de  Limbourg  nous  a  renseigné  avec  bienveil- 
lance deux  copies  du  même  document  ;  elles  sont  conser- 
vées aux  archives  de  sa  commune.  La  plus  ancienne  semble 
se  rapporter  à  la  première  moitié  du  XVIIe  siècle  par  son 
écriture  gothique  de  façon  et  toute  du  temps.  Elle  est  ainsi 
authentiquée  :  «  par  extrait  hors  d'une  Copie  procédant  de 
La  greffe  de  Theux  notair  subsigné  Thorez  ». 

La  seconde  copie ,  de  date  plus  récente ,  porte  :  «  soubsi- 
gnez  par  extraite  d'un  registre  reposans  ens  archives  de  La 
Cour  de  Theux  » 

(Signé)  Jean  de  Limbourg. 


Confirmation    des  droits  et   privilèges 

des  Franchimontois 

par   le  I»rince  et  la   Cité  de   Liège. 

L'an  i;;h<>. 

Extrait  d'un  vieux  registre  aux  archives  de  La  coauté  du 
ban  de  Theux. 

PRIVILÈGES  ET  FRANCHISES  DES  MANNANS  ET  INHABITANTS 
DU  MARQUISAT  DE  FRANCHIMONT  EN  LA  CITÉ  DE  LIEGE. 

En  Conseil  de  la  Cité  de  Liège ,  tenu  en  la  Salle  basse , 
en  vendredi  vingt  huitième  jour  de  mois  de  9bre  quinze 
cent  octante  six. 

Là  même  sur  une  supplication  audit  conseil  oultre 
donnée  par  les  mannans  et  inhabitans  de  la  marquisat  de 
franchimont ,  de  laquelle  la  teneure  s'ensuit  de  mot  a  autre. 


—  56  — 

«  Aux  honorés  Seigneurs,  Messieurs  les  Burguemestres ,  Jurés  kt 
Conseil  de  la  cité  de  Liège  ! 

»  Remontrèrent  en  toute  Révérence  et  obéissance,  les  commis  et 
députés  d'aucuns  mannans  et  inhabitans  du  pays  et  marquisate  de 
iïanchimont  que  de  toute  antiquité,  voir  sy  très  grande  et  loing- 
taine  qu'elle  excède  la  mémoire  des  vivans,  lesdits  mannans  et 
inhabitans  dudit  pays  et  marquisate  sont  été  tenus  et  obligé  et 
assubjetis  de  à  toutes  semonces  et  mandements  soy  trouver  avec 
armes,  bastons  et  équipages  en  cette  dite  cité  pour  la  garde  diffence 
et  tuition  d'jcelle,  en  quoi  soy  sont  passés  siervillement  et  coura- 
geusement emplies,  que  les  ancbiens  historiographes  ont  heu  justes 
occasions  en  faire  grandes  mémoires  et  recommandations  ;  ainsi 
que  l'on  tient  le  tout  à  vos  Seigneuries  estre  assez  manifeste  et 
notoire ,  où  ils  ne  faisent  aucunement  doulte  que  vos  dites  Seigneu- 
ries n'ayent  ossi  bonne  et  parfaite  connoissance  que  a  raison  de 
leurs  dits  subjections  et  obéissance  ont  de  même  temps  que  dit  est, 
reçu  et  joui  de  plusieurs  bénéfices  de  cette  ditte  cité  et  entre  aultres 
qu'ils  ont  été  tenus  et  réputés  être  du  corps  d'icelle  dite  cité ,  jouis- 
sans  de  toutes  telles  franchises,  privilèges  et  libertés  que  jouissent 
les  bourgeois,  mannans  et  inhabitans  d'icelle  dite  cité;  et  entre 
aultres  privilèges  et  affranchisés ,  de  pouvoir  venir  vendre  leurs 
marchandises  des  draps  et  aultres  en  cette  dite  cité. 

Item  d'être  exempts  de  payer  en  icelle  dite  cité  aucun  droit  de 
toutlieu  (1)  et  péage,  ni  de  pouvoir  estre  arrestés  ou  détenus  en 
corps  ou  en  biens. 

A  la  conformité  de  quoi  en  faisant  par  vos  Seigneuries  et  les 
députés  de  Monseigneur  notre  prince  chacun  an  (2),  reddition  du 
toutlieu  con  dit  le  grand  toutlieu  de  pont  de  cette  dite  cité ,  la 
clause  subséquente  y  est  expressément  réservée  et  contenue  : 


(1)  On  appelait  tonlieu  un  impôt ,  un  droit  de  passage  que  les  éche- 
vins  de  Liège  avaient  arbitrairement  établi.  Il  frappait  toutes  les  mar- 
chandises qu'on  venait  vendre  ou  acheter  à  Liège ,  et  ne  fut  aboli  qu'en 
1254,  sous  le  règne  de  Henri  de  Gueldres.  (Voir  Ducange,  Glossarium , 
tome  VI,  au  mot  tonleum.  Le  grand  toutlieu  de  pont ,  dont  il  est  ques- 
tion plus  bas ,  se  payait  au  pont  des  Arches.  (  Gfr.  Nautet,  67e  notice). 

(2)  Une  des  copies  de  l'Hôtel-de-Ville  de  Theux  supprime  ici  la 
virgule  et  remplace  an  par  en ,  ce  qui  change  complètement  le  sens. 


—  57  — 

et  pareillement  sont  exempts  et  réservés  audit  toutlieu  et  péage, 
ceulx  de  nimaigre  (l)  et  tous  autres  qui  d'anchienneté  en  ont  été  exempts 
et  privilégiés;  de  nombre  desquels  sont  lesdits  supplians. 

Non  obstant  tout  quoi,  même  les  rénovations  et  confirmations 
faites  encore  depuis  peu  de  temps  enclra  (2)  par  les  princes  et 
éveques  de  Liège,  Messieurs  de  son  vénérable  chapitre,  comme 
Burguemestres ,  jurés,  Conseil  et  trente-deux  bons  métiers  de  cette 
dite  cité  ;  aucuns  personnages  demourant  en  ceste  dite  cité  ignorant 
peut  être  les  devant  dits  privilèges  et  franchises  ou  abusant  d'iceux, 
soy  présument  journellement  de  faire  attenir  et  arrester  en  cette 
dite  cité,  les  corps,  biens  et  marchandises  desdits  mannans  et  inha- 
bitans  du  dit  marquisate  et  pays  de  Franchimont  ;  et  en  usant  de  la 
témérité  dont  les  toulsieurs  (5)  et  gabelleurs  ont  ordinairement  ac- 
coustumé  d'user;  et  lesquelles  sont  a  un  chacun  notoire,  veulent  à 
toutes  postes  et  fantaisies  faire  payer  les  dits  mannans  et  inhabitans 
les  droits  du  toutlieu,  non  obstant  comme  prédit  est,  qu'ils  en 
soient  franck  et  exempts ,  lesquels  des  poeuvres  personages  en  par- 
ticulier soy  trouvant  ainsi  arrestés  ou  inquiétés ,  aiment  mieux  soy 
transhater  envers  les  dits  toulnesieurs  et  les  donner  deux,  une,  quatre  ; 
chinque  a  six;  l'autre  sept  et  huit  florins  de  braibants,  l'un  plus 
l'autre  moins  que  d'estre  avecque  leur  chevaux  et  chariots  et  mar- 
chandises, retenus  et  arrêtés  en  ceste  dite  cité  quelques  jours;  or, 
comme  telles  exactions  et  modes  de  faire  sont  totalement  jndues  et 
impertinentes,  voir  contre  toute  équité,  justice  et  raison,  redondantes 
a  grand  et  indicible  intérêts  desdits  poeuvres  inhabitans  et  au  profit 
particulier  desdits  publicains  et  gabelleurs,  qui  par  ce  empêchent 
ossi  le  commerce  et  trafic  publique  de  cette  dite  cité,  redondant  au 
grand  préjudice  et  interest  d'icelle. 

Les  dits  poeuvres  supplians,  vos  bourgeois  et  sujets,  supplient 
très  affectueusement  et  en  toute  humilité  qu'il  plaise  a  vos  seigneu- 
ries tenir  la  bonne  main  a  ce  pour  le  premier. 

1°  Que  pour  le  bien  et  avanchement  de   cette  dite  cité  et  des 


(1)  La  ville  de  Nimègue  était  exempte  de  cet  impôt,  moyennant 
une  redevance  qui  consistait  en  «  un  gant  rempli  de  poivre  blanc  ». 

(2)  En  guise  d'explication,  on  a  ajouté  tant  dans  l'interligne. 

(3)  Toulsieurs,  comme  orthographie  le  copiste,  a  été  surchargé 
partout  où  il  se  rencontre  dans  le  ms.  On  Ta  transformé  assez  arbi- 
trairement tantôt  en  toulnesien,  tantôt  en  toutnisien  et  en  toulusien. 

5 


-  58  - 

inhabitans  d'icelle  ils  puissent  avec  leurs  draps  et  autres  marchan- 
dises venir  paisiblement  et  franchement  en  cette  dite  cité  et  les 
vendre  et  distribuer  comme  de  toute  antiquité  ont  ci-devant  usé 
et  accoutumé. 

2°  Item  qu'ils  puissent  librement  et  franchement  venir  en  cette 
dite  cité  sans  y  être  ainsi  pris  arrêté  ou  détenus  et  que  ces  dits 
publicains  gabelleurs  et  toulnesieurs  soit  sérieusement  prohibé  et 
défendu  de  point  lever  ni  exiger  d'eux  quelque  dega  pour  ledit 
toullieu  de  tout  /:  comme  dit  est  :/  qu'ils  en  sont  francs  et  libres  et 
qu'ils  soient  de  vos  autorités  constrains  a  restituer  ce  que  induement 
en  ont  levés  et  perçus  depuis  quelque  temps  encha  /:  quoi  faisant 
Messieurs,  Vos  Seigneuries  feront  œuvre  équitable  et  augmenteront 
le  bien  publics  de  cette  dite  cité  tant  en  marchandises  de  chevals 
bestail  et  autre  sorte  de  marchandise  que  le  commun  populaire  en 
aura  grand  resentiment  et  prof  fit.  » 

Ensemble  avoir  visité  et  advisé  plusieurs  requestes 
oultres  données  à  Son  Alteze  Serme,  ordonnances  et  appos- 
tilles  y  faites ,  ensemble  le  tout  pris  advis  et  délibérations, 
arrêté ,  ordonné  et  apointé  quant  touche  le  point  concer- 
nant le  fait  de  l'usaige  authorité  et  puissance  que  les  sup- 
plians  disent  avoir  heu  et  avoir  de  pouvoir  venir  hayener  (i) 
et  vendre  leurs  draps  en  cette  dite  cité ,  l'on  devra  la  dite 
supplication  communiquer  aux  officiers  et  autres  de  bon 
métier  des  drapiers  de  cette  dite  cité  et  quant  touche  le 
fait  de  toullieu  duquel  est  ossi  en  ladite  supplication  fait 
mention ,  l'on  deverat  icelle  communiquer  aux  toullnsieurs 
d'icelle  dite  cité  pour  par  iceux  des  drapiers  et  toutlnsieurs 
et  chascun  d'eux  en  son  endroit  et  pour  autant  que  les 
affaires  leur  touchent  y  dire  alléguer  et  remonstrer  tout  ce 
que  bon  leur  semblera  pour  après  le  tout  veu  ordonner 
plus  avant  comme  en  équité  soy  trouvera  convenir. 

Et  quant  au  fait  du  résidu  de  la  dite  supplication  pour 


(i)  Ce  mot,  que  la  langue  wallonne  a  conservé,  signifie   étale]  , 
exposer  en  vente.     ■ 


—   59  — 

autres  occupations  survenues,  le  dit  Conseil  a  continué 
d'en  ordonner  jusqu'à  la  première  commodité. 

Item  en  Conseil  de  la  dite  cité  tenu  en  mercredi  troi- 
sième jour  du  mois  de  Décembre  an  susdit. 

Après  avoir  derechef  oyu  la  lecture  de  la  susdite  suppli- 
cation ;  ensemble  avoir  visité  et  advisé  plusieurs  vieux  et 
anciens  documens  tenus  en  garde  de  ladite  cité.  Et  entre 
autres  une  émané  de  teu  Srme  et  illstme  seigneur  et  prince 
Monseigneur  Erard  de  La  Marck  cardinal  cvesque  de 
Liège,  en  daete  du  vingtième  jour  de  janvier  quinze  cent 
et  quatorze. 

Item  un  autre  procédant  des  Révérends,  vénérables, 
nobles  et  très  honorés  seigneurs  Messieurs  de  la  cathé- 
drale église  (1)  de  Liège,  en  date  du  troisième  jour  du 
mois  d'août  quinze  cent  et  quarante-deux. 

Item  un  autre  procédant  des  Burguemetres  jurés  et 
conseil  de  la  dite  cité  daté  du  sixième  du  mois  de  mars 
quinze  cent  cinquante  et  six. 

Item  un  autre  émané  de  teu  de  louable  mémoire  George 
d'Autriche  ossy  evesque  de  Liège  en  date  du  27mc  jour  de 
may  quinze  cent  quarante  chinq  (2). 

Item  (3)  un  autre  procédant  des  Sgrs  Burguemestres  jurés 
et  conseil  de  cette  dite  cité,  dantées  lre  d'aoust  quinze  cent 
soixante  trois;  par  lesquels  les  sentences  rendues  par  feu 
de  haulte  mémoire  Louis  de  Bourbon  et  Jean  de  iïorne, 
jadis  evesques  de  Liège,  asavoir  celle  dudit  bourbon  en 
date  du  28°  jour  de  mois  d'Avril  de  l'an  mille  quatre  cenl 

(1)  Après  le  mot  église,  une  autre  main  a  ajouté  plus  tard,  au 
crayon ,  les  mots  :  et  des  état*. 

(2)  L'original  sur  parchemin  repose  aux  archives  de  Verviers.  Le 
sceau  ,  aujourd'hui  perdu,  pendait  à  une  queue  passée  dans  la  charte. 
En  voici  la  susciïption  extérieure  :  Touchant  le  jour  du  marchet  et 
feste  marchande  franche  de  Vervler  confirmés  par  George  â?  Autriche, 

(s)  Le  mot  encore  a  été  intercalé  plus  tard. 


—  60  — 

et  quatre  vingt  (l)  et  celle  du  dit  de  home  du  septième  de 
décembre  mil  quatre  cens  quatre  vingt  et  quinze  (2). 

Et  ossy  les  lettres  de  feu  de  louable  mémoire  Adolphe 
de  La  Marck  dautées  de  l'an  mil  trois  cens  et  vingt  trois 
le  mercredy  vigile  de  la  purification  notre  dame. 

Ensemble  les  exemptions  (3),  privilèges ,  franchises  et 
libertés  que  ont  lesdits  supplians  en  cette  dite  cité,  fran- 
chise et  ban  lieu  ;  sont  estes  gréés ,  confirmés  ,  ratifiés  et 
approuvé. 

Ensemble  avoir  par  le  dit  conseil  communiqué  et 
consultés  les  susdites  affaires  tant  a  aucuns  anciens  Bur- 
guemestres  ,  Commissaire  et  autres  notables  Bourgeois ,  de 
cette  dite  cité  et  a  plusieurs  ans  (4)  du  passé,  estes  accen- 
seurs  du  grand  toutlieu  de  cette  dite  cité  ,  et  sur  le  tout 
pris  bons  avis  et  meure  délibération. 

A  esté  par  ladit  conseil  ordonné  appointé  et  déterminé 
en  respondant  aux  points  et  demandes  contenues  en  la 
susdite  supplication  des  dits  Remontrants. 

Que  quant  est  au  point  de  pouvoir  franchement  et  paisi- 
blement venir  vendre  en  cette  dite  cité  leurs  draps,  comme 


(i)  Voir  S.  Bormans,  op.  cit.  fÛS  667  et  668.  L'évêque  Louis  de  Bourbon 
conserve  aux  drapiers  de  Verviers  le  droit  de  vendre  leurs  étoffes  à  la 
petite  halle  de  Liège.—  28  avril  1480.  D'après  les  Paweilhars,  G.  fol.  187, 
aux  Archives  de  l'Etat,  à  Liège.  Ce  document  est  reproduit  dans  Y  His- 
toire de  la  bonne  ville  de  Verviers ,  par  F.  Henaux  (Liège,  1859) ,  page 
24,  à  la  note  ;  et  dans  Y  Histoire  de  V  Industrie  drapière,  page  32. 

(2)  Les  archives  de  l'Hôtel-de-Ville  de  Verviers  possèdent  l'original 
sur  parchemin  ;  le  sceau  en  a  été  enlevé.  C'est  la  Déclaration  .  .  .  au 
regard  du  droit  competant  a  ceux  de  Vervier  de  vendre  leur  draps 
dans  Liège  dans  une  Halle. 

(3)  Une  main  étrangère  a  voulu  changer  en  exceptions  le  mot 
exemptions,  qui  est  parfaitement  de  mise  à  cet  endroit. 

(i)  On  a  ajouté  ,  à  l'encre  rouge  ,  devant  ce  mot  les  lettres  ay  pour 
en  faire  ayans. 


—  61  - 


de  toute  antiquité  dient  avoir  fait ,  la  copie  de  la  dite 
requette,  devra  estre  communiquée  aux  officiers  de  bon 
métiers  des  drapiers  de  cette  cité,  pour  y  dire  et  respondre 
ce  que  bon  leur  semblera,  pour  après  leur  response  ouie  et 
entendue  ,  y  dire  et  ordonner  plus  avant  comme  en  équité 
y  trouvera  convenir. 

Item  quant  au  point  concernant  de  pouvoir  par  les  dits 
suppliants  vinir  franchement  en  ceste  dite  cité  et  banlieu  , 
sans  y  être  pris  ,  arrestés  ou  détenus.  Sy  premièrement  ne 
sont  par  l'un  des  trois  juges  ordinaires  de  cette  dite  cité 
convaincus,  condamné,  et  rendu  exécutables  (1),  et  ossy 
d'estre  francs,  libres  et  exempts  de  toutlieu  de  cette  dite  cité, 
ayant  comme  dit  est,  par  ledit  conseil  visenté  etadviséles 
devant  dits  documents  et  autres  ,  par  lesquels  a  esté  trouvé 
et  soy  trouve  les  dits  manans  et  inhabitans  dudit  pays  et 
marquisat  de  franchimont,  estre  et  avoir  esté  de  tout  temps 
passé,  membres  du  corps  de  cette  dite  cité,  atenus  et  obligés 
à  faire  divers  services  en  icelle ,  et  d'y  contribuer  en  toutes 
contributions  ordinaires  comme  a  esté  usé  du  passé. 

A  par  ledit  Conseil  esté  ordonné ,  appointé  et  déterminé. 
Que  l'on  tient  les  dits  manans  et  inhabitans  dudit  pays  et 
marquisat  dudit  franchimont  ,  membres  de  cette  dite  cité, 
et  partant  privilégiés  et  affranchis  de  pouvoir  venir,  aller, 
hanster  et  converser  ens  et  parmy  cette  dite  cité,  sans  y 
pouvoir  estre  pris,  arrestés  ni  détenus,  s'ils  ne  sont  par 
l'un  desdits  trois  juges  ordinaires  convaincus,  condamnés 
et  exécutés  (2);  et  que  des  marchandises  et  denrées  qu'ils 
passent  et  font  passer  sous  eux,' et  parmi  les  limites  et 
conduit  de  toutlieu  de  cette  dite  cité;  ils  ne  doivent  payer 
ni   satisfaire   quelque  chose  ,   ains   en  apportant  par  eux 


(i)  Une  surcharge  à  l'encre  rouge  remplace  ici  exécutables,  et  plus 
loin  exécutés,  par  le  mot  exempts. 
(2)  On  lit  le  mot  exempts  en  surchage. 


—  62  — 

lettres  certifficatoires  qu'ils  sont  surcéans  dudit  marquisat 
et  pays  de  franchimont ,  ou  le  faisant  apparoir  et  en  deman- 
dant aux  toulnsieurs  le  congé  accoutumé  ;  mêmement  en 
faisant  et  passant  par  eux  tel  serimens  que  les  bourgeois 
en  cette  dite  cité  sont  tenus  de  faire  ;  à  savoir  que  la  mar- 
chandise qu'ils  conduisent  et  emmènent  est  a  eux  spec- 
tante  et  appartenante ,  non  vendue  ni  promise ,  n'aiant  a 
icelle  aucun  parchonnier  étranger,  et  qu'ils  ne  le  venderont 
ny  distribueront  et  ne  prendront  parchonnier  étranger , 
avant  d'être  passé  les  limites  de  dit  toutlieu  ;  ils  doivent 
et  deveront  passer  et  repasser  librement  sans  être 
tenus  payer  aucun  deu  de  toutlieu.  Deffendant  et  commen- 
dant  aux  accenseurs  du  dit  toutlieu,  que  doresnavant  ils 
n'aient  à  prendre  ni  exiger  des  susdits  mannans  et  inha- 
bitans  dédit  marquisat  quelque  droit  ou  deu ,  pour  ceux 
dédit  toutlieu. 

Demeurant  néanmoins  payé  ,  aboli  et  exteint  ce  que 
jusque  alors  peuvent  avoir  paie  et  satisfait  de  tems  qu'ils 
n'ont  ensuivis  les  devant  dittes  ordonnances  d'avoir  appor- 
tez lesclites  lettres  certifficatoires  de  leurs  résidences  ,  et 
fait  le  seriment  et  demandé  le  congé  ci-dessus  déclaré. 
Retenant  par  ledit  conseil  que  sy  en  la  devant  dite  ordon- 
nance, avoit  quelque  obscurité,  et  que  pour  causes  d'icelle 
survenisse  difficulté  ,  le  pouvoir  adouviïr  et  interpréter 
comme  en  équité  se  trouvera  convenir. 

Et  à  savoir  que  sur  les  susdittes  affaires  concernantes  ledit 
pays  et  marquisat  de  franchimont  plusieurs  ordonnances 
ont  été  faites  par  Messrs  du  Conseil  Privé  de  son  alteze  Sme 
lesquels  ont  par  le  facteur  dudit  marquisat  été  exhibées 
au  dit  Conseil,  et  dont  la  teneur  s'ensuit  de  mot  a  autre. 

A  SON  ALTESSE. 

«  Remontrent  très  humblement  et  en  toute  révérence  les  sujets  sur- 
céans de  la  marquisat  du  pays  de  franchimont  combien  ils  ont   esté 


—  63   - 

munis  et  doués  de  privilèges  franchises  et  libertés,  tenus  pour  membres 
de  la  cité  de  Liège,  ja  passé  dez  l'an  quarante  deux,  et  jusqu'au  présent; 
si  est-ce  toutefois  que  en  préjudices  desdits  privilèges  ici  joints, 
aucuns  Bourgeois  de  la  dite  cité  soy  présument  et  ont  présumés  et 
jugés,  faire  arrêter  non  seulement  les  marchandises  des  Remontrants, 
qni  plus  est  les  saisir  au  corps  et  les  constituer  en  prison  comme 
estrangers,  en  oultre  sont  ossy  contraint  par  toutlnsieurs  et  peculaires 
de  payer  tout  impôt  tant  anchiens  que  modernes  comme  se  ils  ne 
laissent  munis  et  doués  des  avantages,  privilèges  et  franchises,  au 
moyen  des  subjections  et  services  qu'ils  sont  tenus  faire,  et  de  ce 
assujettis.  Par  quoi  lesdits  resmonstrants  supplient  en  toute  humilité 
sa  dite  Alteze  et  son  Conseil  vouloir  prendre  bon  et  soigneux  Regard  de 
contenu  desdits  privilèges  et  octrois  qui  sont  ici  joint  ;  a  cet  effet  y 
donner  ordre  et  aide  ,  telle  que  Y.  Seigneuries  trouveront  estre  con- 
venables a  la  raison,  implorons  en  ce  le  devoir  de  vos  nobles  états  et 
office  du  Conseil.  » 

Apostille  sur  la  susdite  Requeste. 

Les  supplians  spécifieront  plus  clairement  particulière- 
ment ceux  pur  lesquels  ils  auroient  été  saisis,  arrestés  ou 
aullrement  prejudiciés,  et  en  quelle  ou  quelles  choses  et  à 
quelle  cause  ou  causes.  Se  référant  quant  a  ceste  requeste 
avec  l'écrit  y  mentionné  et  joint  par  le  tout  par  (l)  son  Alteze 
en  son  privé  conseil ,  vu  et  examiné  et  estre  ultérieurement 
ordonné  ainsi  que  raison. 

Fait  au  dit  conseil  de  son  Alteze,  le  17°  de  novembre 
1586.  Ainsi  signé 

LAMBSON. 

S'ensuit  encore  une  aultre  requeste. 

A  SON  ALTEZE. 

«  Remontrent  en  toute  Révérence  et  humilité  vos  très  obéissants 
subjets  de  votre  marquisat  de  franchimont  pour  satisfaire  à  l'appostille 
donnée  sur  leur  précédente  requeste  en  Conseil-Privé  de  Votre  Alteze, 

<  1  )  Une  correction  fait  pour  du  mot  primitif  par. 


que  puis  natguair,  au  septième  du  présent  mois  de  novembre,  Jean 
Malherbe  Bourgeois  de  cette  cité  at  fait  arrester  aucune  banse  (i)  de 
poille  de  fer  partenantes  a  Jean  L'amoureux  surcéans  et  sujets  de 
votre  ban  de  Tlieux,  de  l'autorité  des  maitres  et  jurés  de  vostre  ditte 
cité,  pour  aucune  debte  civile,  par  le  dit  Malherbe  prétendue; 
davantage  les  toutlnsieurs  et  fermier  de  toutlieu  ordinaire  d'icelle 
cité  ont  depuis  natguaire  entrepris  d'exiger  de  vos  dits  sujets  de 
franchimont  les  paiages  et  toutlieu ,  dont  ils  ont  été  libres  et  exempts 
de  tout  tems  immémorial,  comme  aussi  ils  sont  francks  de  toute 
arrestation  pour  debte  et  action  des  particuliers  Bourgeois  de  votre 
dite  cité,  autant  et  aussi  bien  que  les  Bourgeois  mêmes  y  résidants. 

Et  comme  telles  nouvellités  tendent  directement  a  indue  frustration 
et  abrogations,  des  privilèges,  franchises  et  libertés  de  vos  dits  sujets, 
ils  supplient  très  humblement  qu'ils  plaisent  a  vos  seigneuries  y 
remédier  en  faisant  casser  le  dit  arrêt  et  attention  de  la  marchandise 
dudit  Jean  L'amoureux  et  faisant  cesser  les  dits  toutlnsieurs  de  la 
dite  exaction  nouvelle  et  de  rendre  ce  qu'ils  ont  induement  exigé 
d'aucun  des  dits  sujets;  nommément  de  Servais  Jean  Laurent,  henri 
Legrand  henri ,  françois  anthoine  au  dit  Lamoureux  et  autres,  avec 
restitution  (2)  de  tous  dommages,  interest  et  dispends. 

Quoi  faisant 

S'ensuit  l'apostille  faiste  sur  la  susdite  requeste. 

Soit  communiquée  a  Jean  Malherbe  dénommé,  ensemble 
au  Receveur  de  toullieu  y  désigné  pour  y  responclre  a 
lundi  prochain  par  escrit,  ce  que  bon  leur  semblera. 

Reproduisant  icelle,  pour  tout  veu  et  considéré,  y  estre 
fait  et  ordonné  comme  de  raison. 

Fait  a  Liège  le  20  novembre  io86 ,  ainsi  que  signé 

DE  LA  RRIGS. 

S'ensuit  encore  une  aultre  Requeste  par  eux  avant  mise. 


(  1  )  Voici  le  sens  :  une  manne  de  paillettes  de  fer. 
(-2)  Les  mots  avec  restitution,  placés  dans  l'interligne,  avaient  été 
omis  par  le  copiste. 


—  65  - 


A  SON  ALTESSE. 


Supplient  les  subjets  de  vostre  marquisat  de  franchimont  comme 
ils  aient  fait  intimer  l'ordonnance  de  V.  A.  appostille  sur  leur  Requeste 
précédente  a  Jean  Malherbe  et  Charles  Jamin,toutlnsieurs,  les  quels 
n'ont  accusez  de  repondre;  et  cependant  les  commis  de  parte  les  sup- 
pliants attendent  ici  a  grand  dépend  qu'il  plaise  a  vos  Seigneuries  ouir 
les  Burguemestres  de  vostre  cité  sur  la  vérité  de  la  dite  précédente 
Requeste  et  par  commun  avis  de  votre  Privé  Conseil,  ordonner  sur  la 
cassation  et  prohibition  de  leur  arrestation  et  sur  l'indue  exaction 
des  toutlieux  ordinaires  dont  ils  sont  affranchis  ce  que  de  raison.» 

Se.itence  Aujourdhui  29e  jour  de  novembre  an   1586   sur  le  Res- 

du  sentiment  de  plainte  de  la  parte  des  Communs  surcéants  du 

Conseil  privé.  marquisat  de  franchimont  faite  de  ce  que  Charles  Jainin  , 
toutlnsieur  de  cette  cité  de  Liège  auroit  voulu  arrester 
certaines  marchandises  de  fer  battu ,  comme  poilles  et  sem- 
blables ouvrages  qui  se  font  ordinairement  au  dit  marquisat 
a  faute  de  payement  de  toutlieu  que  iceluy  toutlnesieur  pre- 
tendoit  en  être  deu  et  que  les  maîtres  d'icelles  denrées; 
a  savoir  Jean  Moreau,  Gilles  Collette  et  Servais  Jean  Lau- 
rent et  divers  aultres  avoient  partant  estes  contraints  de 
payer  ledit  prétendu  toutlieu  jusque  a  la  somme  de  trente 
fis  bbs  ou  moins  ,  lequel  toutlieu  se  disoit  de  la  part 
d'iceux  communs  surcéans  et  partant  iceux  n'estre  deu  en 
regard  des  privilèges  a  eux  compettents,  en  vertu  desquels 
ils  seroient  exempts  de  payer  tels  et  semblables  toutlieu. 

Son  Alteze  en  son  Privé  Conseil ,  aux  affaires  de  son 
pays  de  son  évesché  et  principauté  de  Liège,  après  avoir 
vu  lesdits  privilèges  et  communiqué  cette  affaire  avec  les 
Burguemestres  de  sa  dite  cité  de  Liège,  ensemble  aussi 
avec  les  susdits  et  autres  toutlnsieurs  d'icelle  sienne  cité,  par 
le  moyen  d'iceux  Bgtres  appointé  que  pour  aucune  bonne  con- 
sidération, les  communs  surcéans  et  maîtres  susdits  veullent 
avoir  la  patience  que  ce  que  jusqs  a  ces  a  esté  payé  demeure 
payé  ;  mais  que  doresnavant  lesdits  communs  surcéans  et  par- 


—  66  — 

tant  lesdits  maitres  et  aultres  leurs  semblables  et  généralement 
tous  et  chascuns  ses  sujets  de  son  dit  marquisat  de  franchi- 
mont  ;  devront  estre  et  seront  et  demeureront  libres  et 
exempts  de  payer  pour  aucuns  tels  et  semblables  ouvrages 
ou  denrées,  aucun  pavages  ou  toutlieu,  suivants  leurs  dits 
privilèges ,  .lesquels  tant  en  ceste  endroit  qu'en  tous  autres 
cas  et  choses  y  comprises  et  contenues. 

S.  A.  entend  et  déclare  vouloir  estre  et  demeurer  en 
leur  entier  ,  sans  que  par  les  dits  toutlnsieurs  ou  aultres 
quelconques  y  soit  en  aucune  manière  contrevenu  ou  t'ait 
au  contraire. 

Sy  devront  néanmoins  lesdits  surcéans  ,  de  même  que 
pour  en  raison  et  équité  suffira  faire  apparoir  les  denrées 
qui  devroient  estre  exemptes  des  dits  pavages  et  toutlieu  , 
leur  appartenir  a  la  bonne  foi  et  sans  que  y  intervienne 
de  fraude  ou  malescent  ,  et  quant  a  l'arest  fait  par  Jean 
Malherbe  des  denrées  semblables  aux  susdits  de  dit  Jean 
Mureau  a  cause  de  certaines  debtes  par  ledit  Jean  Malherbe 
contre  icelui  Jean  Moreau  Prétendu.  S.  A.  déclare  pareil- 
lement conformément  auxdits  privilèges  quycelui  arrest 
devera  (1)  estre  et  demeurer  sera  et  demeurera  cassé  et  mis 
a  néant,  comme  contrevenant  a  yceux  privilèges. 

Fait  a  Liège  au  dit  Privé  Conseil  de  S.  A.  sous  le  scel  se- 
cret d'icelle  comme  dessus  ainsi  marqué  et  puis  ainsi  signé 
par  S.  A.  en  son  Privé  Conseil  Lambson  et  y  estoit  impressé 
le  scel  cle  Son  Altesse  en  cire  vermeille,  et  au  reste  estoit  la 
copie  signée  H.  Leclcrc  per  Rgrum. 

Par  extrait  D'un  regitre  reposant  au  greffe  de  police  de 
la  communauté  de  theux  (2). 

h.  j.   michotte ,  actuair  s<Tinr<>!:. 


(  i)  Mot  omis  par  le  copiste. 

(-2)  Cotte  apostille,  écrite  à  l'encre  rouge,  n'est  pas  de  la  main  du  co- 
piste; elle. 1  été  ajoutée  par  le  sous-greffier  assermenté  île  In  commune, 


—  67  — 


NOUVEAUX   DIFFERENDS. 


Une  confirmation  aussi  étendue  assurait  aux  habitants 
du  marquisat  de  Franchimont  toute  liberté  de  placer  à  leur 
gré  les  produits  de  leur  industrie. 

Ils  n'en  abusèrent  point,  mais  se  montrèrent  attentifs  à 
respecter  les  règlements  de  la  ville  de  Liège.  Cette  con- 
duite, dictée  par  la  reconnaissance  et  la  sagesse  ,  tourna  à 
leur  plus  grand  avantage  ,  et  leur  concilia  la  haute  protec- 
tion des  princes-évêques  et  du  Conseil  de  la  cité. 

«  Ils  jouirent  alors,  écrit  l'historien  Detrooz  (1) ,  de  tous 
»  leurs  droits  sans  aucune  interruption ,  jusqu'à  vers  la  lin 
»  du  dix-huitieme  siècle,  que  des  gens  chicaneurs,  ou 
»  plutôt  jaloux  de  leurs  prérogatives,  firent  naître  des  nou- 
»  velles  difficultés  à  cet  égard  ;  au  point  qu'il  y  eut  une 
»  longue  procédure  ,  laquelle  fut  enfin  terminée  par  une 
»  transaction  ,  qui ,  sans  leur  en  ôter  la  jouissance ,  n'a  pas 
»  laissé  que  de  les  ébrécher.  » 

Quarante  ans  plus  tôt,  des  difficultés  avaient  déjà  surgi  au 
sujet  de  l'impôt  de  la  massenge  :  (2)  plusieurs  actes  du  Re- 
gistre aux  recez  de  la  cour  de  Theux  nous  en  ont  conservé 
le  souvenir  (3).  En  voici  des  extraits. 

«  Dans  l'assemblée  des  bourgmtres  et  magistrat  de 
»  Theux  tenue  le  onzième  juillet  1737  sur  nre  halle  avons 
»  approuvez  les  deux  voyages  que  nre  bourgmre  Woltï  a 
»  fait  a  Liège  aux  ordres  verbal  du  magistrat...  et  luy  or- 
»  donnons  de  se  rendre  encor  a  Liège  au  sujet  du  toulieu 
»  de  la  massenge  avec  ceux  des  autres  bancs...  » 


(i)  Voir  Detrooz,  op.  cit.,  lre  Par.,  page  43. 

(t)  Voir  Ducange  ,  Glossarlum ,  tome  IV,  au  mot  masagium. 

(3)  C'est  à  la  parfaite  obligeance  de  M.  Philippe  de  Limbourg, 
l'émment  archéologue  et  historiographe  de  Theux  ,  que  nous  devons 
la  communication  de  ces  pièces. 


—  68  - 

Au  mois  d'octobre  ,  une  première  conférence  réunit  à 
Verviers  les  députés  de  tous  les  bans  du  marquisat  (1),  et, 
le  6  août  1738,  l'assemblée  ordonna  au  bourgmestre  Wolff 
«  de  se  rendre  demain  h  Vervier  pour  conférer  avec  le 
»  magistrat  de  ladite  ville  et  les  députez  des  autres  bancs 
»  du  marquisat  au  subjet  du  toutlieu  de  la  masenge  luy 
»  donnant  pouvoir  absolut  de  convenir  avec  les  autres  ville 
»  et  bancs  selon  les  instructions  luy  donnée...  » 

Après  bien  des  pourparlers  encore  (2)  ,  on  chargea 
«  l'ancien  btre  de  Limbourg  de  se  rendre  à  Liège  pour  pré- 
»  senter  ou  faire  présenter  une  requette  à  la  personne  de 
»  Son  Altesse  au  subjet  cle  la  massenge.  » 

Il  fut  enfin  fait  droit  aux  revendications  du  marquisat,  et, 
de  commun  accord ,  les  bourgmestres  et  magistrats  de 
Verviers ,  de  Spa,  de  Theux,  du  Sart  et  de  Jalhay,  réunis 
à  Theux  en  assemblée  extraordinaire  (3),  décidèrent 
«  que  la  ville  de  Verviers  fournira  —  sans  pouvoir  user  de 
»  compensation,  rétention  ny  autre  exception  dans  les  frais 
»  vacations  et  autres  accessoires  faits  et  à  faire  touchant  la 
»  massenge  qu'on  exige  des  habitans  de  nre  marquisat 
»  contre  tout  droit  et  leur  possession  —  quarante  quattre 
»  dans  cent,  la  communauté  de  Spa  saize,  la  communauté 
»  de  Sart  sept  et  demy ,  la  communauté  cle  Jalhay 
»  quatre  et  demy....  et  la  communauté  de  Theux  vinte  huit 
»  et  avons  —  pour   diriger  solliciter  et  généralement  faire 


(i)  Recez  du  9  octobre  1737.  (  Archives  de  Theux.  ) 

(2)  Recez  de  Theux  des  20  et  20  août  1738. 

(:,)  Recez  du  19  septembre  1738.  Le  texte  de  cette  «Convention 
entre  lu  ville  de  Vervier  et  les  autres  communautés  du  iiiiii-ijiiisut  de 
Franchimont  touchant  lu  masenge  »  se  trouve  aussi  aux  archives  de 

l'hôtel-de-ville  de  Verviers,  dans  le  Regitre auxrecés,  etc.,  cart: 

n°  10,  fol.  69  et  verso.  Gfr  ihid.  Recés  déclaratoïr...  au  sujet  de  lama- 
senge, du 2 septembre  L738,  t'ol°67;  et  Commission...  ausujetde  Vaffaire 
de  la  massenge,  fol0  68  verso. 


—  69  — 

»  dans  laditte  affaire  tout  ce  qu'il  sera  trouvé  nécessaire  ou 
»  util  pour  la  faire  finir  et  soutenir  la  possession  et 
»  exemption  de  l'impôt  de  la  massenge,  desquelles  ils  ont 
»  joui  et  doivent  jouir  —  commis  et  authorisé  les  magistrats 
y>  de  la  ville  de  Vervier  et  de  Theux  auxquels  nous  donnons 
»  pouvoir  d'emploier  une  somme  de  cinquante  louis  d'or 
»  en  présents,  s'ils  le  trouvent  convenable....  » 

La  tranquillité  dura  peu,  et  les  différents  bans  du  mar- 
quisat se  virent  de  nouveau  en  butte  aux  contestations  (1). 
C'est  qu'on  enviait  aux  Franchimontois  leur  privilège  le 
plus  précieux,  le  droit  de  bourgeoisie  dans  la  cité  de  Liège. 
Aussi  bien,  la  chicane  s'exerçait  vive  et  ardente  sur  cet  objet. 

Un  procès,  entre  un  habitant  de  Verviers  et  le  syndic 
liégeois ,  vint  révéler  la  malveillance  des  intentions ,  et 
irrita  les  habitants  du  marquisat.  Aussitôt  les  députés  des 
bans  tinrent  des  réunions  ,  et  décidèrent  d'envoyer  à 
Charles  de  Velbruck,  prince-évêque  régnant,  une  supplique 
pressante. 

Supplique  très  humble  a  S:  A:  au  sujet  du  droit  de  Bour- 
geoisie de  Liège  compétent  aux  franchimontois 

Monseigneur  , 

Si  rien  n'est  plus  sensible  aux  peuples  que  de  voir  porter 
atteinte  à  des  distinctions  bonorables  et  à  des  Droits 
Exemptions,  privilèges  et  franchises  qu'ils  ont  méritées  au 
prix  de  leurs  fortunes  et  de  leur  sang  ,  versé  pour  le  salut 
de  leur  Mère  patrie;  rien  n'est  plus  flatteur  que  d'oser 
espérer  de  s'y  voir  réintègres  ensuite  de  la  voie  représen- 
tative sous  la  Gracieuse  médiation  et  autorité  d'un  prince 
juste  et  bienfaisant. 

(l)  Voir  Notices  historiques  sur  le  pays  de  Liège,  3e  sér.,not   950 
p.  77. 


-  70  - 

C'est  le  cas  où  se  trouvent  vos  très  humbles  sujets, 
habitans  du  Marquisat  de  franchimont  ,  et  c'est  ce  qui 
nous  fait  prendre  la  très-humble  liberté  de  recourir  aux 
bontés  de  Votre  Altesse  en  La  suppliant  de  donner  un  coup 
d'oeil  favorable  à  l'état  de  leurs  plaintes. 

Il  seroit  inutile  d'apporter  <lrs  preuves  des  services 
signalés  que  nous  avons  rendus  en  divers  tems  à  la  capi- 
tale, ni  des  droits  et  exemptions  qu'elle  nous  a  accordées 
par  pure  reconnaissance. 

Ces  preuves  sont  de  notoriété  publique.  Pour  nous  bor- 
ner à  un  trait  historique  qui  peut  tenir  lieu  de  tous , 
personne  n'ignore  que  dans  la  détresse  de  la  ville  de 
Liège ,  assiégée  par  les  armes  reunies  de  Louis  XI  Roi  de 
france  et  de  Charles  le  hardi  duc  de  Bourgogne  ,  en 
1468,  six  cents  franchimontois  furent  les  victimes  de  leur 
zèle  intrépide  dans  une  sortie  qu'ils  firent  pour  la  défense 
de  la  capitale  et  que  cette  action  courageuse  fut  suivie  du 
pillage  massacre  et  incendie  de  tout  le  Marquisat. 

On  ne  peut  ignorer  non  plus  qu'en  considération  de  leur 
valeur  et  des  services  signalés  qu'ils  avaient  rendus  dans 
cette  malheureuse  crise  et  des  dispositions  où  on  les  avait 
toujours  trouvés  au  besoin  à  voler  au  secours  de  la  capi- 
tale on  leur  confirma  le  droit  de  bourgeoisie  de  la  ville  de 
Liège,  qui  leur  avait  été  accordé  dès  l'an  1457. 

Outre  la  force  de  la  tradition  et  la  croyance  générale 
fondée  sur  les  copies  authentiques  qui  restent  de  ces  faits, 
l'accord  de  tous  les  historiens  du  pays,  foullon  (1), 
fisen  (2),  le  Recueil  héraldique  (3),  les  Délices  du  Pays  de 


(0  Cfr.  Historia  Leodiensis,  tom.  I  et  II,  in-fol.  Liège,  1736. 

(2)  Gfr.  Sancta  Legia.  Historia  Ecclesiae  Leodiensis,  pars  II,  in-fol. 
Leodii,  1G9G. 

(r>)  Gfr.  Loyens,  Recueil  héraldique  des  bourgmestres  de  lu  noble  rit,' 
de  Liège,  etc.  Liège,  F.  P.  Gramme,  1720.  Un  vol  in-fol. 


—   71   — 

Liège  (l)  etc  ne  laisse  aucun  doute  sur  leur  certitude,  enfin 
la  possession  constante,  dont  les  franchimontois  ont  joui 
depuis  plusieurs  siècles,  du  droit  de  bourgeoisie  et  des 
exemptions  y  annexées ,  fut  un  titre  aussi  fondé  en  droit 
qu'il  soit  possible  d'en  avoir ,  la  possession  immémoriale 
étant  le  plus  forl  de  tous  les  titres. 

Il  est  vrai  que  de  tems  en  tems  on  a  prétendu  d'obli- 
ger d'acquérir  la  bourgeoisie  de  Liège  quelques-uns  de 
nos  habitans  domiciliés  dans  la  ville ,  mais  aucun  n'a  pu  y 
être  contraint;  si  quelques  uns  l'ont  acquise,  c'était  pour 
ne  point  souffrir  de  difficulté  ni  de  retardement  dans  leur 
réception  en  qualité  de  Bourgmestres  y  étant  domiciliés 
d'avance  et  étant  des  Chambres  sans  l'avoir  acquise  ;  et 
d'autres  se  sont  opposés  et  se  sont  toujours  exemptés  par 
là  de  l'acquérir  ;  témoin  entr'autres  Joseph  thomson 
qui  au  moyen  des  preuves  lui  fournies  par  le  Magistrat  de 
Theux  s'est  maintenu  toute  sa  vie  dans  le  droit  de  rester 
a  Liège  et  d'y  faire  commerce  comme  les  autres  Bourgeois. 

Il  est  vrai  aussi  que  de  tems  en  tems  apparemment  par 
erreur  des  receveurs  ou  commis  des  droits  de  toulieu  et 
de  la  masenge ,  on  a  voulu  exiger  ces  droits  des  franchi- 
montois; mais  il  est  également  vrai  que  nos  oppositions 
nous  ont  toujours  valu  la  reconnaissance  de  nos  exemp- 
tions et  entr'autres  encore  il  y  a  40  ans,  depuis  lequel 
tems  nous  avons  continué  d'en  jouir  comme  de  toute 
ancienneté  tant  en  conformité  des  Déclarations  données 
en  differens  temps  par  les  Magistrats  de  Liège  que  des 
confirmations  et  apostilles  émanée  de  l'autorité  souveraine 
de  plusieurs  de  nos  SSmcs  princes. 

Pour  ces  raisons  qui  sont  notoires ,  et  d'autant  plus  qu'il 
en  conste  des  anciens  Documens  reposans  aux  differens 
Greffes  du  Marquisat  et  des  ouvrages ,  cités  cy-dessus ,  et 

(l)  Cfr.  Saumery,  Délices  du  pats  de  Liège,  5  vol.  in-fol.  ornés  de 
232  planches.  Liège ,  chez  Kints ,  1738. 


—  72  — 

imprimés  d'autorité  ou  au  vu  et  au  sçu  de  nos  Princes  et 
des  Etats  et  des  Magistrats  successifs  de  Liège  (l),  et  ou 
l'on  voit  que  les  franchimontois,  pour  prix  de  leur  zèle  et 
de  leurs  services  pour  la  patrie  ont  obtenu  le  droit  de 
bourgeoisie  de  Liège  et  tous  les  droits  y  relatifs  ; 
et  d'autant  plus  enfin  qu'on  n'a  jamais  pu  obliger  aucun  de 
nos  habitans  a  l'acquérir  soit  pour  y  demeurer  et  y 
commercer,  soit  pour  être  des  chambres  et  que  nous 
sommes  depuis  plusieurs  siècles  dans  la  possession  des 
dites  exemptions ,  droits  et  franchises  ; 

Pour  ces  raisons  réunies  nous  supplions  tres-humblement 
Votre  Altesse  de  daigner  nous  maintenir  dans  la  possession 
de  nos  dits  droits,  privilèges  et  exemptions  scavoir  en 
particulier  dans  notre  profession  de  droit  de  bourgeoisie  de 
la  cité,  et  dans  les  droits  de  vendre  et  d'acheter  soit  des 
Grains  au  Muid  et  ailleurs  dans  Liège  et  partout  le  Pays  (2), 
soit  toutes  autres  denrées  et  marchandises,  comme  aussi 
dans  celles  des  exemptions  de  tous  droits ,  Gabelles  et 
péages,  à  titre  de  masenge  et  de  toulieu  et  sous  tout  autre 
nom,  de  même  que  les  autres  Bourgeois  dans  la  cité  même 
et  cela  en  vertu  de  nos  anciens  droits  et  privilèges  accordés 
en  recompense  des  services  que  nous  avons  rendus  en 
differens  tems  et  pour  ceux  qu'on  peut  encore  attendre  de 
Nous  dans  les  Malheurs  publics. 


(  i  )  Dans  son  Histoire  du  pays  de  Liège  (page  268,  not.  1  ),  Ferd. 
Henaux  écrit  :  «  Ce  fut  sous  le  patronage  du  Magistrat  de  Liège  ou 
des  États  que  parurent  les  ouvrages  de  Loyens,  de  Bouille,  de  Foullon, 
de  Louvrex,  de  Méan,  de  Saumery,  etc.  » 

(2)  La  copie  des  Privilèges  des  franchimontois,  confirmés  par  le 
prince  et  par  la  cité  de  Liège,  authentiquée  par  Jean  de  Limbourg  (voir 
plus  haut,  page  55),  est  suivie  d'une  Copie  des  privilège  que  ceux  du 
j>'  ys  de  franchi  mont  ont  la  citez  de  Liège  pour  y  acheter  et  aller  quérir 
grains  icy  intime:  en  L'an  1626,  douzième  juin.  Cette  pièce  intéressante 
occupe,  en  partie,  les  fos  7  et  8  du  Codex  ms.  de  Theux. 


—  73  — 

Après  la  supplique  que  nous  venons  de  transcrire,  le 
Registre  aux  recez  de  la  communauté  de  Theux  reproduit, 
du  f°  109  verso  au  f°  114,  la  Confirmation,  les  articles  et  la 
ratification  de  l'Accord  du  12  février  1779. 

Il  nous  a  paru  de  tout  point  préférable  d'en  publier  le  texte 
d'après  l'original  que  possèdent  les  archives  de  Theux. 

Voici  ces  précieux  documents  dans  leur  intégrité. 

Son  Altesse  ayant  vu  l'accord  et  arrangement ,  arrivé  1 
12  de  ce  mois,  à  la  médiation  de  son  chancelier,  l'archidiacre 
Baron  "Van  der  heyden  De  Blisia,  et  de  son  Conseiller-Privé 
le  Chevalier  De  Chestret,  touchant  l'ancienne  prétention 
des  Franchimontois  à  la  bourgeoisie  de  sa  cité  :  vu  aussi 
la  ratification  ensuivie  du  Magistrat  :  sur  le  tout  oui  le 
rapport  de  ses  dits  députés  :  Déclare  d'approuver  et  de 
confirmer,  approuve  et  confirme  de  son  autorité  Principale 
le  dit  accord  et  arrangement ,  tel  qu'il  sera  ci-dessous 
transcrit:  voulant  qu'il  sortisse,  à  perpétuité  ses  pleins 
effets,  et  que  tous  ceux,  qu'il  appartient,  ayent  a  s'y  con- 
former. 

Donné  au  Conseil  Privé  de  son  Altesse  le  25  février  1119. 

(signé.)  Baron  VAN  DER  HEYDEN  DE  BLISIA. 

(contresigné.  )  DE  CHESTBET. 

(  Les  armes  du  prince  François-Charles  de  Velbruck  sont 
apposées  à  l'original  en  hostie  rouge). 

Suit  l'accord  : 

Le  12  février  1779 ,  Pardevant  le  seigneur  Baron  Van 
der  heyden  De  Blisia,  Trefoncier-Archidiacre  et  Grand- 
Chancelier  de  Son  Altesse ,  et  Monsieur  Le  Chevalier  De 

6 


-  74  - 

Ghestret ,  Conseiller-Privé  de  sa  dite  Altesse  ,  Députés  par 
par  son  ordonnance,  en  date  du  28  janvier  dernier,  com- 
parurent pour  la  seconde  fois,  le  sieur  Ophoven,  Procureur- 
général  et  Syndic  de  la  Cité  de  Liège ,  présents  avec  Lui 
Monsieur  Le  Chevalier  De  Léonard  De  Streel ,  Conseiller- 
Privé  et  M.  l'avocat  Béanin,  en  qualité  de  conseiller  de  la 
dite  Cité,  d'une;  et  Mrs  Zinck,  et  Fion,  Bourg-mêstres-régents 
de  la  ville  de  Vervier,  et  Maquinay,  greffier  ;  De  Limbourg, 
député  des  notables  de  la  communauté  de  Theux;  Hanster, 
Bourg-mêstre-régent  de  Spa ,  et  Gérard  Deleau ,  conseiller 
du  dit  Bourg  ;  respectivement  et  suffisamment  constitués 
des  Bans  de  Theux ,  de  Vervier  et  de  Spa,  pour  et  au  nom 
du  Marquisat  de  Franchimont ,  d'autre  part  ;  les  uns  et  les 
autres  assistés  de  MM.  leurs  avocats. 

Lâ-même  les  parties  ont  amplement  exposé  et  discuté 
l'objet  de  leur  diférend  ;  soutenant  les  seconds-comparants, 
que  les  Franchimontois ,  depuis  plusieurs  siècles ,  auroient 
toujours  été  réputés  pour  membres  de  la  cité,  et  qu'en 
conséquence  ils  devroient  jouir  des  mêmes  franchises  et 
Libertés,  dont  jouissent  les  bourgeois  de  Liège  :  et  soute- 
nant, au  contraire,  les  premiers  comparants  ,  que  le  droit 
des  Franchimontois  se  borneroit  à  la  jouissance  de  certains 
privilèges  particuliers  seulement.  Surquoi  il  y  auroit  eu 
souvent  des  difficultés  et  débats  ;  et  récemment  un  procès 
dispendieux  arrivé  entre  le  dit  Syndic  de  la  Cité,  acteur, 
et  un  nommé  Michel  Crama ,  défendeur ,  pour  lequel  le 
Magistrat  de  Vervier ,  s'est  porté  intervenant  :  dans  lequel 
procès  Crama  auroit  été ,  à  la  vérité  ,  condamné  par  sen- 
tence du  magistrat  de  Liège ,  en  date  du  14  septembre  1778, 
mais  dont  il  y  auroit  recours,  en  nullité,  ou  appel  interjeté 
à  son  Altesse,  en  son  Conseil-Privé. 

Dans  ces  circonstances,  les  seigneurs  médiateurs  :  après 
avoir  formé ,  à  l'une  et  l'autre  partie  séparément ,  les 
doutes  et  objections  convenables ,  et  après  leurs  avoir  fait 


—  75  — 

sentir  les  dangers,  qu'elles  couroient,  d'une  longue  suite  de 
divisions ,  d'animosités ,  de  procédures  et  de  frais  multi- 
pliés ,  au  grand  détriment  des  villes  et  communautés  res- 
pectives, si  elles  ne  se  prêtoient  à  un  accommodement  :  ont 
enfin  amené  les  dites  parties  a  conclure  et  signer,  en 
amiable ,  les  articles  de  convention  et  d'arrangement 
suivants. 


Articles. 

1 .  —  Les  Franchimontois ,  d'après  les  services  essentiels 
qu'ils  ont  rendu  à  la  capitale  pendant  les  dernières  guerres 
et  calamités ,  et  d'après  les  privilèges  qui  leur  ont  été 
accordés ,  en  reconnaissance ,  depuis  plusieurs  siècles , 
participent  et  participeront  à  la  bourgeoisie  de  Liège  ,  avec 
tous  droits  et  exemptions  y  attachés ,  sous  les  limitations 
néanmoins  et  explications  qui  s'ensuivent. 

2.  —  Ce  privilège  étant  attache  spécialement  à  la  nais- 
sance des  Franchimontois ,  personne  ne  pourra  y  prétendre 
au  simple  titre  de  la  bourgeoisie,  qu'il  auroit  acquise  lui- 
même  dans  quelque  ville  ou  communauté  du  Marquisat  de 
Franchimont. 

3.  —  Tout  né-Franchimontois  ,  aspirant  à  jouir  de  la 
pleine  bourgeoisie  de  Liège ,  doit  et  devra  se  qualifier  par 
devant  le  Conseil-Privé  de  Son  Altesse,  par  production  de 
son  baptistère  ,  en  forme  authentique ,  et  d'un  certificat  de 
bonnes  mœurs ,  fâme  et  réputation ,  expédié  du  Magistrat 
et  signé  de  l'officier  du  Lieu. 

4.  —  Sur  cette  qualification  :  dès  qu'elle  sera  en  règle  :  , 
Son  Altesse  en  son  Conseil ,  par  une  seule  et  simple 
apostille,  enjoindra  au  Magistrat  de  Liège  d'expédier  les 
Lettres  de  reconnoîssance  de  bourgeoisie. 


—  76  — 

5.  —  L'expédition  de  ces  Lettres  :  compris  la  publication 
et  toutes  formalités  :  ne  coûtera  au  candidat ,  né-Franchi- 
montois,  que  cinquante  fis.  bb. ,  dont  cinq  pour  le  grand- 
Mayeur  de  Son  Altesse  :  et  ne  payera  le  dit  candidat  rien 
pour  les  sceaux  de  la  cité  (  1  ). 

6.  —  Pour  jouir  des  droits  de  la  bourgeoisie  de  Liège, 
dans  toute  son  étendue ,  soit  relativement  aux  arts  et 
métiers,  soit  relativement  au  commerce,  mais  surtout 
:  lorsque  le  candidat  sera  en  même  temps  nationé  du  Pays  : 
pour  occuper  des  offices  de  la  cité  et  des  places  dans  les 
chambres  et  dans  la  Magistrature ,  il  ne  suffira  pas,  qu'un 
Franchimontois  soit  qualifié  et  reconnu  bourgeois  de  Liège, 
comme  dessus  ;  mais  il  doit  et  devra  encore  s'y  être  tran- 
sporté de  facto ,  cum  domicilio  et  summa  rerum ,  selon  le 
droit. 

7.  —  Les  Franchimontois  reconnoîssent  par  réciprocité, 
que  les  bourgeois  de  Liège  pourront  être  admis  à  la  bour- 
geoisie des  villes  et  communautés  du  Marquisat,  moyen- 
nant la  moitié  des  droits  auxquels  sont  tenus  les  surséants 
du  Pays  de  Liège  ;  bien-entendu  ,  moyennant  aussi  la  qua- 
lification et  le  transport  du  Domicile ,  réciproques  ,  comme 
dessus. 

Au  moyen  du  prémis,  à  ratifier  par  le  Magistrat  de  Liège, 
les  parties  seront  hors  cause  et  les  frais  compensés  :  le  tout, 
sous  l'agrément  et  confirmation  de  Son  Altesse. 

Ainsi  fait  et  passe,  le  42  février  1779,  en  l'hôtel  du  sei- 
gneur Baron  Van  der  Heyden  de  Blisia,  Grand-Chancelier 


(  i  )  «  Ainsi  cette  transaction,  remarque  judicieusement  G.  Nautet, 
loin  de  reconnaître  le  privilège  des  Franchimontois  l'abolit  pour 
toujours  ,  puisque  la  jouissance  du  droit  de  bourgeoisie  n'existait  plus 
du  moment  qu'il  fallait  le  payer,  comme  tous  les  habitants  des  autres 
parties  du  pays  de  Liège.  »  Voir  op.  cit.,  page  78. 


—  77  — 

de  Son  Altesse  :  en  foi  de  quoi  les  parties  ont  signé  ,  comme 
s'ensuit. 

(Signés) 

J.   C.  Ophoven,  acteur,  en  qualité  de 

Procureur-général  et  Syndic  delà  cité. 
J.  Zinck,  bourg-mêstre-régent  de  Vervier. 
Fion,  bourg-mêstre-régent  de  Vervier. 
Maquinay,  greffier  de  Vervier,  député 

d'illecq. 
Limbourg  ,   député   des   notables   de  la 

communauté  de  Theux. 
Hanster  ,  bourg-mêstre-régent  de  Spa, 

Député. 
Gérard    Deleau,    conseiller    de    Spa, 

Député. 

Pour  copie  conforme 

(Signé)  DE  CHESTRET , 

Conseiller-Privé 
et  secrétaire  de  S.  A. 

Au  f°  3  du  même  document  original,  se  trouve  la  ratifica- 
tion de  l'Accord  (1). 


En   Conseil   de    La   noble  Cité   de   Liège,    tenu  le    19 
Février   1779. 


(0  Le  verso  du  f°  2  porte  en  suscription  :  «  Payé  par  M.  De  Lim- 
bourg pour  droits  de  chancellerie ,  copie  ,  etc.  six  fis.  et  cinq  sous.  » 

La  copie  de  V Accord,  que  nous  trouvons  dans  le  Registre  aux  Reccz 
de  Theux  (foa  109-113)  est  authentiquée  par  -  J.  L.  Fraipont,  Notaire 
immllé  de  Liège.  » 

Après  la  signature  de  J.  J.  F.  Rouveroy,  le  même  Registre  aux 
Recez  ajoute  :  «  Par  copie  conforme  :  ./.  L.  Fraipont  Notaire  immllé  de 
Liège.  » 


—  78  — 

Le  Conseil  aiant  vu  la  Transaction  arrivée  Le  Douze  de  ce 
Mois ,  pardevant  Le  seigneur  Baron  Vanderheyden  De 
Blisia ,  Grand  Chancelier ,  et  Monsieur  De  Chestret  Con- 
seiller Privé  de  Son  Altesse,  Entre  Le  Syndic  Ophoven,  et 
Les  Députés  du  Marquisat  de  Franchimont  ;  Déclare  de  La 
Ratifier. 

Par  ordce  dudit  conseil , 
J.  J.  f.  Rouveroy,  pro  De  Cologne. 


Les  privilèges  du  marquisat  de  Franchimont,  dont  chaque 
siècle  avait  vu  mutiler  quelque  partie  ,  périrent  complète- 
ment, en  1789,  avec  le  nom  même  de  notre  antique  et  noble 
principauté  de  Liège. 

Jean  LEVAUX , 
de  la  Compagnie  de  Jésus. 


TABLE     DES     MATIERES 


Pages 

Privilèges  du  marquisat  de  Franchimont 51 

Confirmation  des  droits  et  privilèges  des  Franchimontois  ...  54 

Sentence  du  Conseil  privé 65 

Nouveaux  différends 67 

Supplique  au  sujet  du  droit  de  bourgeoisie 69 

Accord  entre  le  Conseil  de  la  cité  de  Liège  et  le  marquisat  de 

Franchimont 73 

Articles  de  l'Accord 75 

Ratification  de  l'Accord 77 


NOTICE-CATALOGUE 


ANTIQUITÉS    PRÉHISTORIQUES 


DU 


MUSÉE    DE    LIEGE 


OBSERVATIONS    PRELIMINAIRES. 

A  l'entrée  de  la  grande  salle  du  Musée  intitulée  «  Salle 
romaine  »  ,  se  trouve  une  vitrine  portant  le  n°  I ,  où  sont 
installées  les  antiquités  de  l'âge  de  la  pierre  et  quelques 
haches  ou  celts  de  bronze  que  possède  l'Institut  archéolo- 
gique liégeois. 

Les  antiquités  de  l'âge  de  la  pierre  appartiennent  à  la 
période  paléolithique  et  à  la  période  néolithique. 

La  dénomination  de  néolithique  —  pierre  nouvelle  — 
est  reçue  aujourd'hui,  pour  désigner  la  première  période 
des  temps  actuels  pendant  laquelle  l'homme ,  ne  connais- 
sant pas  les  métaux,  taillait  la  pierre  et  souvent  la 
polissait. 

7 


La  dénomination  de  paléolithique  —  pierre  ancienne  — 
est  consacrée  pour  désigner  la  période  quaternaire  pendant 
laquelle  l'homme  taillait  la  pierre,  sans  jamais  la  polir; 
de  là  l'expression  «  période  de  la  pierre  taillée  »  ,  employée 
aussi  pour  les  temps  géologiques,  par  opposition  à  la 
période  de  la  pierre  polie  ou  néolithique  qui  a  précédé  l'âge 
du  bronze. 

M.  G.  de  Mortillet  appelle  éolithique  —  origine  de  la 
pierre  —  la  période  tertiaire  pendant  laquelle  l'homme  ou 
le  précurseur  de  l'homme  aurait  vécu  (î).  Le  Musée  de 
Liège  ne  possède  aucune  antiquité  attribuée  à  cet  âge; 
l'existence  de  silex  taillés  tertiaires  n'est,  du  reste,  pas 
encore  un  fait  acquis  à  la  science. 

La  période  paléolithique  a  elle-même  été  l'objet  de 
diverses  classifications  reposant,  soit  sur  les  caractères  de  la 
faune,  soit  sur  les  caractères  de  l'industrie.  Les  dénomina- 
tions d'âge  du  mammouth  (Elephas  primigenius),  d'âge 
du  renne  (  Cervus  tarandus)  se  définissent  d'elles-mêmes 
et  sont  usitées  dans  notre  pays ,  conjointement  avec 
celles  de  : 

Chelléenne , 

Moustiérienne , 

Solutréenne  et 

Magdalénienne , 

employées  pour  désigner  des  stations  analogues  aux 
célèbres  gisements  de  Chelles,  Moustier,  Solutré  et  la 
Madeleine,  gisements  devenus  classiques,  dont  les  produits 
revêtent  des  caractères  spéciaux  et  servent  de  types  aux 
outils  ou  armes  quaternaires  (2). 


fl)  Le  Préhistorique,  p.  18.  Paris,  Rheinwald  ,  1883. 

(2)  De  Mortillet.  Le  Préhistorique,  ch.  IV. 

Quoique  la  classification  de  M.  de   Mortillet  ne  paraisse   pas 


-  83  - 


L'Institut  archéologique  possède  environ  trois  cents 
objets  des  âges  de  la  pierre,  un  petit  nombre  seulement 
présente  un  intérêt  véritable.  Comme  les  antiquités  pré- 
historiques abondent  dans  la  province,  les  causes  de  cette 
grande  pénurie  sont  curieuses  à  rechercher. 

Parmi  elles ,  il  est  difficile  de  ne  pas  ranger  l'indifférence, 
réelle  ou  apparente,  de  la  population  liégeoise,  indifférence 
qui  trouvait  une  espèce  de  justification  dans  un  mode 
d'installation  du  Musée  resté  fort  défectueux  jusque  dans 
ces  dernières  années.  A  l'heure  actuelle,  les  collections 
sont  mises  en  ordre,  mais  dans  un  local  à  peu  près  inabor- 
dable,  il  faut  bien  l'avouer  (î). 

entièrement  applicable  à  la  Belgique,  elle  est  trop  utile  à  connaître 
pour  n'être  pas  rappelée. 

TABLEAU   DES   ÉPOQUES    QUATERNAIRES. 

Chelléen.  Pas  d'instrument  en  os ,  un  seul  outil  en  pierre  taillé  sur 
les  deux  faces,  toujours  en  roche  locale,  dit  coup  de  poing  chelléen. 
Stations  en  plein  air.  —  Hippopotame,  Rhinocéros  Merckii,  Elephas 

antiquus. 

Moustérien.  Pas  d'instrument  en  os;  dédoublement  de  l'instrument 
chelléen.  Pointes,  racloirs,  scies  retouchés  d'un  seul  côté.  —  Le 
mammouth  et  le  Rhin,  tichorhinus  remplacent  le  Rhin.  Merckii  et 
Y  El.  antiquus. 

Solutréen.  Vers  la  fin,  apparition  des  instruments  en  os.  Perfection 
de  la  taille  de  la  pierre.  Pointes  taillées  sur  les  deux  faces  et  aux  deux 
bouts.  —  Développement  du  renne.  Plus  de  rhinocéros. 

Magdalénien.  Gravure  et  sculpture.  Instruments  en  os.  Déchéance 
de  la  pierre,  nombreuses  lames,  burins.  —  Grand  développement 
de  la  faune  du  Nord  :  renne ,  saïga.  Extinction  du  mammouth. 

Op.  cit  ,  p.  131. 

(  i  )  Le  Musée  est  installé  dans  les  combles  du  Palais.  11  est  de 
nouveau  question  de  son  transfert  à  l'ancien  hôtel  Gurtius,  qui 
deviendrait  disponible  par  suite  du  déplacement  du  Mont-de-piété. 
Puisse  ce  beau  projet  se  réaliser  bientôt  ! 


Une  autre  cause ,  fort  sérieuse ,  provient  du  fait  suivant  : 
l'étude  du  paléolithique  se  rattache  à  la  géologie,  à  la 
paléontologie,  etc.,  sciences  professées  à  l'Université,  où  les 
antiquités  quaternaires  trouvent ,  dès  lors ,  une  place  que 
l'on  aurait  souvent  tort  de  vouloir  leur  disputer. 

Enfin ,  il  est  à  remarquer  que  les  personnes  s'intéressant 
à  Liège  à  l'archéologie  préhistorique ,  soit  comme  sujet 
d'étude ,  soit  dans  le  simple  but  de  collectionner ,  étaient 
aussi  rares,  il  y  a  dix  ans,  qu'elles  sont  nombreuses 
aujourd'hui.  On  ne  doit  donc  point  désespérer  de  l'avenir; 
le  récent  et  généreux  exemple  de  M.  le  docteur  Tihon, 
de  Burdinne,  trouvera  des  imitateurs  (1). 


II 

PÉRIODE  PALÉOLITHIQUE. 

1. 

Instrument  taillé  sur  les  deux  faces,  de  manière  à  former 
une  espèce  de  triangle  allongé ,  de  99  mill.  de  longueur. 
Trou-Sandron ,  commune  de  Huccorgne,  prov.  de  Liège. 
Voir  pi.  II,  fig.  1.  Fragment  de  grès  lustré  et  lames  de  la 
même  provenance  (2).  —  Don  de  M.  le  docteur  Tihon,  1886. 

La  découverte ,  dans  une  grotte  ,  d'un  silex  de  ce 
type  est  exceptionnelle.    Les    instruments  triangulaires , 

(i)  M.  Tihon  a  donné  une  collection  de  silex  taillés  dont  il  sera 
parlé  plus  loin  et  dont  il  a  été  rendu  compte,  Bull,  de  Vlnst.  arch., 
t.  XVII,3eliv.  p.  500. 

(2)  Les  nos  des  étiquettes  du  Musée  désignant  des  silex  paléolithiques 
sont  précédés  de  la  lettre  P;  ceux  désignant  des  silex  néolithiques 
sont  précédés  de  la  lettre  N. 


—  85  — 

presque  inconnus  dans  les  alluvions,  écrit  M.  de  Mortillet, 
sont  très  rares  partout  ;  c'est  une  transformation  extrême 
de  l'instrument  amygdaloïde.  Il  est  alors  plutôt  moustiérien 
que  chelléen  (i). 

Considérée  isolément,  la  pointe,  pi.  II,  rappelle  en 
vérité  assez  mal  le  coup  de  poing  de  Chelles ,  mais  il  en 
est  autrement  du  bel  échantillon,  pi.  I,  fig.  1,  recueilli 
dans  les  déblais  des  anciennes  fouilles ,  et  devant  provenir 
du  même  niveau  ossifère,  à  en  juger  par  l'aspect  et  la 
patine  épaisse  et  luisante.  La  croûte  du  silex ,  conservée 
peut-être  à  dessein  ,  facilite  l'empoignure,  comme  le  fait  a 
été  fréquemment  observé  dans  les  outils  du  genre.  M.  le 
baron  Alfred  de  Loë  possède  de  la  même  grotte  une  hache 
se  rapprochant  beaucoup  du  type  dit  en  amande,  trouvée 
avec  des  restes  de  mammouth  (2). 

Ces  trois  découvertes  réunies  feraient  croire  que  le 
caractère  général  de  l'industrie  des  premiers  habitants  des 
bords  de  la  Méhaigne  pourrait  bien  avoir  été  chelléen  (3). 

2. 

Instrument   grossier  du  type  chelléen.   La   pointe    est 
brisée.  —  Moulage  (4).  Tilff,  près  de  Liège. 
Je  viens  de  dire  que   la  découverte  d'un   instrument 

(î)  Album  préhist.,  pi.  X,  n°  59. 

(j)  Baron  Alf.  de  Loë  ,  «Le  Trou-Sandron  ou  V  abri  sans  roche  de 
Huccorgne.  »  Huy,  Degrâce,  édit. ,  1883,  p.  1(5  et  pi.  2. 

(3)  Des  fouilles  complètes  ont  été  pratiquées  dans  plusieurs  grottes 
des  rives  de  la  Méhaigne  par  M.  J.  Fraipont,  professeur  à  l'Uni- 
versité de  Liège,  et  par  M.  le  docteur  Tihon.  Cette  notice  était 
terminée  lorsque  ces  auteurs  ont  bien  voulu  me  faire  connaître  qu'ils 
exploraient  actuellement  le  Trou-Sandron ,  lequel,  paraît-il ,  n'a  fait 
autrefois  l'objet  que  de  recherches  partielles. 

(4)  L'original  m'a  été  donné  par  M.  L.  Frederieq,  professeur  à 
l'Université  de  Liège ,  et  fait  partie  de  ma  collection. 


-  86  — 

chelléen  dans  une  caverne  était  exceptionnelle  ;  ce  que  je 
crois  plus  rare  encore  dans  notre  province,  c'est  la  présence 
d'un  silex  chelléen  à  la  surface  du  sol.  Je  n'en  connais 
que  ce  seul  exemple ,  signalé  à  la  réunion  de  l'Institut  du 
30  décembre  1886  (l).  L'outil  qui  faisait  l'objet  de  cette 
communication  a  été  recueilli  par  M.  Léon  Fredericq,  sur 
les  hauteurs  de  Tilff ,  dans  un  sentier  conduisant  au  Sart- 
Tilman ,  à  environ  200  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la 
mer  (2). 

J'ai  reproduit  ce  spécimen,  pi.  III;  la  taille  inten- 
tionnelle paraît  indiscutable ,  la  patine  épaisse  et  luisante 
suffirait  à  elle  seule  pour  établir  son  origine  quaternaire  ; 
sa  couleur  brun  jaunâtre  se  retrouve  dans  certains  silex 
bruts  rencontrés  sur  le  sol.  Il  n'a  aucune  ressemblance  avec 
les  nombreux  produits  néolithiques  provenant  des  champs 
voisins  situés  entre  Sart-Ferme  et  le  bois  de  Colonster  (3). 
C'est  peut-être  le  plus  ancien  spécimen  du  travail  de 
l'homme  connu  dans  notre  province  ;  mais  ,  si  simple  que 
soit  le  dégrossissage  de  ce  bloc  de  silex ,  il  témoigne  chez 
son  auteur  l'idée  d'une  forme  déterminée,  d'une  méthode; 
or,  les  premiers  essais  d'utilisation  de  la  pierre  sont  plus 
élémentaires  encore  et  n'ont  pu  consister  dans  l'enlèvement 
d'éclats  réguliers  ;  des  cailloux  tranchants  ramassés  sur  le 
sol  et  rejetés  ensuite  après  un  usage  momentané,  ont 
satisfait  aux  premiers  besoins  de  l'homme  (4). 


(  \  )  J'ai  fait  cette  communication  au  nom  de  M.  Max  Lohest  et  au 
mien.  Voir  Procès  Verbal. 

(2)  La  carte  de  l'Institut  cartographique  militaire  donne  le  nom  de 
Blanc-Gravier  au  ruisseau  passant  en  cet  endroit  ;  les  habitants  de 
la  localité  que  j'ai  consultés  ignorent  cette  dénomination. 

(3)  De  Puydt  et  Lohest,  Notice  sur  des  stations  de  Vâge  de  lapierre 
polie,  Bull,  de  la  Soc.  d'Anthropologie  de  Bruxelles.  T.  V,  p.  24-. 

(*)  E.  Delvaux.  Sur  les  silex  paléolithiques  Mesviniens.  Bull.  Soc. 
d'Anth.  Br.  T.  VI.  1887-1 


—  87  — 

Une  autre  raison  qui  rend  intéressant  le  signalement 
d'un  silex  chelléen  dans  un  endroit  nouveau ,  c'est  ce  fait 
remarquable  que  les  instruments  si  caractéristiques  dits 
coups  de  poing  chelléens ,  ont  été  mis  au  jour  non  seule- 
ment dans  la  plupart  des  contrées  de  l'Europe ,  mais  aux 
Indes  anglaises ,  en  Asie-Mineure  comme  en  Amérique  , 
dans  les  vallées  du  Mississipi  ou  sur  les  bords  de  la  Dela- 
ware,  en  Afrique,  dans  diverses  grottes  de  l'Algérie,  en 
Egypte  et  dans  le  pays  des  Touaregs ,  au-delà  du  grand 
désert  du  Sahara  (1). 


Série  d'outils  quaternaires  et  de  nombreux  éclats 
de  la  taille  provenant  d'une  des  grottes  des  environs  de 
Dinant ,  explorées  par  M.  Ed.  Dupont,  actuellement 
directeur  du  musée  d'histoire  naturelle  de  Bruxelles.  — 
Don  du  gouvernement  belge.  31  juillet  1866. 

L'envoi  de  ces  antiquités  était  accompagné  de  la  note 
explicative  suivante  : 

«  Ces  silex  ont  été  recueillis  dans  le  trou  de  Ghaleux, 
»  vallée  de  la  Lesse,  sous  un  amas  de  pierres  écroulées, 
»  recouvert  lui-même  des  dépôts  supérieurs  du  terrain 
»  quaternaire. 

»  Us  sont  tous  étrangers  au  pays  ;  la  plupart  proviennent 
»  de  la  craie  de  la  Champagne  (2).  Ces  débris  de  l'indus- 

(i)  De  Mortillet,  Le  Préhistorique,  p.  177  à  179,  et  auteurs  cités 
par  ce  savant. 

(s)  En  rapportant  cette  note,  je  n'entends  pas  rendre  cette  origine 
étrangère  applicable  aux  produits  des  grottes  de  la  province  de 
Liège.  Ma  collection  renferme  de  nombreux  silex  provenant  de 
certaines  cavernes  des  bords  de  la  Méhaigne,  qui  certainement  n'ont 
pas  été  amenés  de  la  Champagne.  Les  pièces,  pi.  I  et  II,  sont  trop 
patinées  pour  qu'on  puisse  spécifier  l'origine  probable  de  la  matière 
employée. 


-  88  - 

»  trie  primitive  datent  de  Vâge  du  renne.  Les  fouilles  scien- 
»  tifiques  exécutées  dans  les  cavernes  de  la  province  de 
»  Namur  ont  caractérisé  cet  âge  de  la  manière  suivante  : 

»  C'est  l'époque  postérieure  au  dépôt  des  cailloux  roulés 
»  et  du  Lehm ,  mais  antérieure  au  dépôt  des  couches  à 
»  cailloux  anguleux  et  du  Loess.  La  faune,  déjà  dépourvue 
»  des  espèces  éteintes  ,  se  composait  des  principales 
»  espèces  actuelles  du  pays  et  d'espèces  émigrées  sous 
»  des  climats  plus  froids  que  les  nôtres;  le  renne  prédo- 
»  mine  parmi  ces  dernières.  La  race  humaine  qui  habitait 
»  alors  la  Belgique  présente  un  type  mongol  bien 
»  accentué  ;  elle  taillait  tous  ses  silex  dans  la  forme  dite 
»  couteau.  Les  silex  taillés  de  cette  collection  sont  répartis 
»  en  six  catégories.  Le  bloc  matrice  ou  nucléus,  les  résidus 
»  de  la  taille  ,  les  couteaux  ordinaires  ,  les  couteaux 
»  retouchés  sur  le  côté  ou  aux  extrémités  en  grattoir  et  en 
»  pointe.  Ce  sont  les  formes  les  plus  ordinaires  des 
»  instruments  tranchants  de  l'âge  du  renne  et,  par  leur 
»  moyen ,  on  recompose  facilement  l'histoire  du  travail  de 
»  cette  époque. 

»  Les  détails  sur  les  fouilles  des  bords  de  la  Lesse  se 
»  trouvent  dans  les  rapports  insérés  dans  le  Moniteur 
»  officiel  et  dans  les  publications  de  l'Académie  royale  des 
»  sciences  de  Belgique,  années  1865  et  1866  (l)  ». 


(i)  Entre  autres  publications  remarquables  de  M.  Dupont  sur  ces 
fouilles,  il  faut  encore  citer  : 

«  Les  temps  préhistoriques  en  Belgique.  L'homme  pendant  les  âges  de 
la  pierre  aux  environs  de  Dînant  sur  Meuse.  »  Brux.,  2e  éd.,  1872. 

«  Sur  l'antiquité  de  l'homme  et  sur  les  phénomènes  géologiques  de 
l'époque  quaternaire  en  Belgique.  »  Compte-rendu  du  Congrès  Inter- 
national d'anth.  et  d'arch.  préh.  —  Ge  session.  Brux.,  1872,  page  110. 

«  Classement  des  âges  de  la  pierre  en  Belgique.  »  Id.,  page  459. 


—  89  — 


4. 


Instruments  en  silex  et  en  phtanite,  lames,  grattoirs  et 
résidus  de  la  taille,  provenant  du  second  niveau  ossifère  de 
la  grotte  de  Spy,  prov.  de  Namur.  Age  du  mammouth, 
industrie  dite  moustiérienne,  accompagnée  d'os  et  d'ivoires 
travaillés.  La  plupart  des  matières  premières  employées 
(silex)  ont  leurs  analogues  en  Belgique  (l).  —  Don  de 
M.  De  Puydt. 


Lames  de  silex  et  éclats  de  la  taille.  Grotte  de  Lovegnée, 
commune  de  Ben-Ahin,  prov.  de  Liège.  —  Don  de  M.  le 
comte  G.  de  Looz.  1871  (2). 

6. 

Lames  de  silex  et  éclats  de  la  taille.  Huccorgne,  prov. 
de  Liège. 

Les  tranchées  ouvertes  pour  l'établissement  de  la  route 
de  Huy  à  Fallais  et  de  la  voie  ferrée  ont  coupé,  près  du 
lieu  dit  l'Hermitage,  un  gisement  de  silex  taillés,  s'étendant 
au  contact  et  immédiatement  au  dessus  d'un  lit  de  gravier 
apparaissant  à  deux  ou  trois  mètres  de  profondeur  dans  le 
limon.  Les  découvertes  de  ce  genre  sont  peu  communes 
dans  nos  régions  (3). 

(  i  )  Compte-rendu  du  Congrès  de  Namur,  1886,  p.  206.  De  Puydt  et 
Lohest,  L'homme  contemporain  du  mammouth  à  Spy. 

(2)  Les  Annales  du  Cercle  hutois  des  sciences,  an.  1875,  p.  274, 
contiennent  une  communication  du  prince  Camille  de  Looz,  intitulée  : 
«  Quelques  mots  sur  des  objets  découverts  dans  une  caverne  de  Ben- 
Ahin,  »  Peut-être  s'agit-il  de  la  même  grotte,  l'auteur  ne  spécifie  pas. 

(s)  De  Puydt  et  Lohest.  «  De  la  présence  de  silex  taillés  dans 
les  alluviaux  de  la  Méhaigne.  »  Ann.  Soc.  Géol.  de  Belg.  t.  XII,  Bull. 
J885. 


—  90  - 


7. 


Hache  du  type  chelléen ,  de  forme  plus  ou  moins 
amygdaloïde,  taillée  avec  régularité  sur  les  deux  faces. 
Long.  1-40  mill.  sur  80  de  larg.  max.  Abbeville,  dép.  de  la 
Somme,  France.  —  Don  de  Boucher  de  Perthes.  1860. 


III 


PÉRIODE  NÉOLITHIQUE. 

Si  variée  que  soit  l'industrie  néolithique  dans  notre 
province ,  si  longue  qu'y  ait  été  la  durée  de  l'âge  de  la 
pierre  polie,  aucune  division  n'a  pu  être  établie  jusqu'ici, 
permettant  d'affirmer  que  tel  groupe  de  stations  appartient 
à  une  période  plus  ancienne  que  tel  autre.  Cependant, 
même  parmi  les  spécimens  du  Musée,  il  est  facile  de- recon- 
naître que  les  silex  de  Hollogne ,  taillés  d'une  façon  uni- 
forme et  grossière,  ne  sont  pas  l'œuvre  de  la  peuplade  qui 
a  poli  la  hache  de  Gospinal  ou  retouché  la  pointe  de  flèche 
de  Juslenville.  V.  nos  4  et  5.  L'absence  de  fini  dans  une 
série  d'outils  peut  être  une  présomption  d'antiquité,  mais 
elle  n'en  est  pas  la  preuve  (  1  ). 


Silex  taillé.  Plateau  de  Cointe  ,  Liège.  —  Don  de 
M.  De  Puydt.  1887. 

Silex  paraissant  taillé.  Près  du  fond  des  Tawes,  Liège. 
—  Don  de  M.  G.  Terme,  1887. 


(i)  Au  sujet  des  caractères  des  diverses  stations  des  environs  de 
Liège  et  de  Namur,  voir  op.  cit.  Bull.  Soc.  cTAnthrop.  Bi\,  t.  V.  p.  66. 


91  - 


Fragment  de  hache  polie  en  silex.  Jupille,  près  de  Liège. 
-  Don  de  M.  Vanorle. 


Série  de  nucléus,  marteaux  et  lames  de  silex.  Plateau 
situé  entre  le  Diérin-Patar  et  Grotteux,  commune  de 
Hollogne-aux-Pierres ,  près  Liège.  —  Don  de  M.  De 
Puydt,1877. 

Des  blocs  allongés  ,  dont  on  a  enlevé  des  éclats ,  ayant 
souvent  servi  de  percuteurs ,  forment  les  pièces  caracté- 
ristiques de  cette  station  où  le  silex  du  pays  paraît  seul 
employé.  Les  résidus  de  la  taille  s'y  rencontraient  encore 
en  grand  nombre  pendant  ces  dernières  années  (  l  ). 

4. 

Magnifique  hache  polie  en  silex.  Gospinal,  commune  de 
Jalhay,  prov.  de  Liège.  Voir  pi.  V.  —  Don  de  la  Société 
agricole  et  forestière.  1864. 

5. 

Pointe  de  flèche  en  silex  à  ailerons  et  pédoncule.  Voir 
pi.  IV  ,  fig.  3.  Juslenville,  commune  de  Theux,  prov.  de 
Liège.  —  Don  de  M.  Doppagne,  1873. 

6. 

Nucléus  ou  bloc  matrice  en  silex.  Voir  pi.  IV  ,  fig.  2. 
Juslenville,  commune  de  Theux,  prov.  de  Liège.  —  Don 
de  M.  Magnée. 


(0  Op.  cit.,  p.  80. 


—  92  — 

7. 

Hache  en  silex  polie,  dont  le  tranchant  est  brisé.  Juslen- 
ville  ,  commune  de  Theux  ,  prov.  de  Liège.  —  Don  de 
M.  Henri  Jason.  1870. 

8. 

Collection  d'instruments  en  silex,  comprenant  huit  frag- 
ments de  haches  polies,  dont  l'un,  utilisé  comme  marteau, 
est  reproduit  pi.  IV,  fig.  1,  des  nucléus  et  percuteurs  et 
de  nombreux  débris  de  lames.  Meeffe ,  prov.  de  Liège.  — 
Don  de  M.  le  docteur  Tihon. 

La  station  de  Meeffe,  découverte  par  M.  Tihon,  paraît 
avoir  une  certaine  importance.  Ses  produits  ressemblent  à 
ceux  de  la  plupart  des  gisements  de  la  Hesbaye,  mais  dif- 
fèrent sensiblement  des  silex  recueillis  en  abondance  au 
Thier-Molu,  sur  les  territoires  voisins  de  Huccorgne  et 
de  Marneffe  (î). 

9. 

Fragment  de  hache  polie  en  silex.  Vissoul ,  prov.  de 
Liège.  —  Don  du  même. 

10. 

Partie  inférieure  d'une  hache  polie  en  silex ,  remar- 
quable par  sa  forme  ronde.   Avennes ,    prov.    de   Liège. 

—  Don  du  même. 

11. 

Fragment  de  hache  en  silex.   Moxhe,  prov.   de  Liège. 

—  Don  du  même. 


(0  Inst.  Arch.  liég. ,  t.  XVIII,  3e  liv.,  p.  500. 


93  — 


12. 


Nucléus  et  silex  taillé.  Moxhe,  prov.  de  Liège.  —  Don 
de  M.  le  comte  G.  de  Looz. 

13. 

Petite  hache  polie  en  silex.  Long.  80  mill.  Ville-en- 
Hesbaye,  prov.  de  Liège.  —  Don  de  M.  F.  A.  Heptia. 

14. 

Fragments  de  silex  taillés.  Camp  de  Bonne,  près  de 
Modave,  prov.  de  Liège.  —  Don  de  MM.  Hauzeur  et 
Dumont,  1870  (î). 

15. 

Fragment  de  hache  polie  et  quelques  lames  de  silex. 
Hastedon  ,  commune  de  St-Marc,  près  de  Namur  (2). 

16. 

Série  de  silex  ébauchés,  nucléus  et  éclats  de  la  taille. 
Spiennes,  près  Mons,  Hainaut.  —  Dons  de  MM.  Gust. 
Dewalque  et  A.  d'Otreppede  Bouvette. 

Les  ateliers  de  Spiennes  sont  connus  de  tout  le  monde 
et  ont  donné  lieu  à  d'intéressantes  publications  (3).  Leurs 

(i)  Cette  position,  qui  a  fourni  des  spécimens  remarquables  de 
l'industrie  néolithique ,  paraît  fortifiée.  Voir  Arnould  et  de  Radiguès 
Cong.  Int.  d'anth.  Brux.,  1872,  p.  323;  collections  Ivan  Braconier, 
De  Puydt,  etc. 

(2)  Sur  Hastedon.  Voir  Limelette  ,  Mater,  pour  Vhist.  de  llwmme 
t.  II,  1863,  p.  74.  —  Arnould  et  de  Radiguès,  op.  cit.,  p.  318. 

(3)  Cornet  et  Briart,  Compte-rendu  Cong.  d'anth.  Br.,  p.  279. 
«  Sur  Vâge  de  la  pierre  polie  et  les  exploitations  préhistoriques  de  silex 
dans  la  province  du  Hainaut  ».  —  Mém.  de  la  Soc.  des  sciences  du 
Hainaut,  3e  série,  t.  II. 


—  94  — 

Leurs  riches  produits  ont  pu  être  échangés  avec  les  popu- 
lations néolithiques  de  notre  région  ;  cependant ,  on  a 
souvent  eu  tort  de  généraliser  à  ce  pays  le  principe  de 
l'importation  du  silex  du  Hainaut.  En  1886,  M.  le  géo- 
logue Max.  Lohest  et  moi  avons  déjà  fait  ressortir  combien 
les  faits  observés  par  nous  clans  les  provinces  de  Liège  et 
du  Limbourg  confirmaient  peu  cette  règle  (-1)  ;  des  décou- 
vertes récentes  d'exploitations  sur  les  bords  de  la 
Méhaigne  sont  venues ,  depuis  lors ,  y  apporter  de  nou- 
velles exceptions.  Il  est  probable  que  là  où  le  sol  renferme 
du  silex  convenable ,  le  principe  de  l'extraction  sur  place 
remplacera  de  plus  en  plus ,  pour  les  stations  de  la  pro- 
vince ,  celui  d'une  importation  pénible  et  lointaine  de  la 
matière  première  ,  que  la  nécessité  ne  commandait  point. 

17. 

Fragment  de  hache  polie.  Spiennes.  —  Don  de  M.  Gust. 
Dewalque. 

18. 

Silex  taillé.  Environs  de  Mons  ,  Hainaut. 

19. 

Collection  de  silex  taillés  et  polis ,  haches ,  marteaux , 
nucléus  ,  grattoirs ,  retouchoirs ,  lames,  etc.  Sainte-Ger- 
trude,  Limbourg  Hollandais.  —  Don  de  M.  De  Puydt. 

L'importante  station  de  Slc-Gertrude ,  avec  ses  ateliers , 
est  située  trop  près  de  la  frontière  belge  (  communes  de 
Fouron-le-Comte,  Mouland,  etc.)  pour  que  ses  riches 
produits  n'aient  pas  souvent  été  utilisés  sur  le  sol  de  notre 
province.  Les  silex  taillés  de  ce  gisement  sont  plutôt  carac- 

(i)  Bull.  Soc.  d'anth.,  loc.  cit. 


-  95  — 

térisés  par  la  variété  que  par  la  délicatesse  du  travail. 
Plusieurs  instruments  en  bois  de  cerf  y  ont  été  mis  au  jour. 
Aucun  argument  sérieux  ne  peut  être  apporté  à  l'appui 
de  l'opinion  de  M.  C.  Ubaghs,  de  Maestricht,  qui  voudrait 
voir  dans  le  plus  important  des  ateliers  un  arsenal  des 
Éburons  !  (1). 

20. 

Cinq  grattoirs,  type  néolithique,  une  lame  et  un  éclat  de 
silex.  Tourbières  des  environs  d'Abbeville ,  dép.  de  la 
Somme,  France.  —  Don  de  Boucher  de  Perthes. 

21. 

Trois  instruments  taillés  sur  une  face  comme  les  grattoirs 
du  type  moustiérien,  provenant,  d'après  le  donateur,  d'une 
sépulture  celtique  (?)  contenant  des  poteries  et  des  os  brisés. 
Long.  110,  84  et  83  mill.  Tourbières  des  environs  d'Abbe- 
ville. —  Don  du  même. 

22. 

Os  brisé,  pouvant,  d'après  le  donateur,  servir  à  emman- 
cher des  outils.  —  Même  provenance. 

23. 

Silex  taillé  grossièrement ,  ayant  une  face  à  peu  près 
plate  et  un  côté  bombé ,  arêtes  émoussées ,  usage  indéter- 

(  l  )  Les  ateliers  ou  station  (  sic  )  dits  préhistoriques  de  Sainte-Ger- 
trude  et  Byckholt,  Liège,  1887. 

La  station  de  Sainte-Gertrude  a  donné  lieu  à  diverses  publications. 
Voir  Dr  V.  Jacques,  Compte-rendu  de  l'excursion  de  Maestricht,  Bull. 
Soc.  cTAnth.,  Brux.  T.  VII,  p.  246.  —  R.  P.  J.  Vanden  Gheyn,  S.  J., 
L'homme  préliistorique  dans  la  Basse  Belgique,  Bev.  des  questions 
scientif.,  octobre  1887.  —  De  Puydt.  Quelques  constatations  relatives 
à  la  station  néolithique  de  Sainte-Gert.,  Ann.  Soc.  d'histoire  et  d'arch. 
du  duc.  de  Limbourg,  1887. 


-  96  - 

miné.  Long.  120  mill.  sur  48  de  larg.  et  20  d'épais,  moy. 
—  Silex  de  forme  analogue  au  précédent,  peut-être  une 
pièce  ébauchée.  Long.  125  mill.  sur  60  de  larg.  moy.  et 
40  d'épaisseur  vers  le  milieu.  Les  échantillons  provenant 
des  tourbières  sont  dépourvus  de  patine ,  à  la  différence 
des  tranchants  de  hache  polie,  n°  24,  qui  sont  fortement 
altérés.  —  Môme  provenance. 

24. 

Deux  fragments  de  haches  en  silex.  Suivant  l'avis  du 
donateur,  Boucher  de  Perthes,  ces  haches  auraient  été 
brisées  à  dessein  et  proviendraient  d'une  sépulture  cel- 
tique (?).  Environs  d'Abbe ville. 

25. 

Couteau  en  silex  gris.  Environs  de  Madrid.  —  Don  de 
M.  Amalio  Maestre. 

26. 

Objets  en  pierre  de  provenance  inconnue. 

27. 

Remarquable  instrument  en  bois  de  cerf.  Voir  pi.  VI  et 
explication.  —  Trouvé  en  1868  à  Gentbrugge,  près  de  Gand. 
(Travaux  de  l'Escaut?)  —  Don  de  M.  Emile  Deville. 

AGE  DE  LA  PIERRE.  —  AMÉRIQUE. 

Nos  1  à  5. 

11  n'est  pas  sans  intérêt  de  comparer  les  produits  néoli- 
thiques avec  les  instruments  provenant  des  Montagnes 
Rocheuses  de  l'Amérique  ,  donnés  par  M.  Hennebert 
en  1864. 


—  97  — 


IV 


AGE  DU  BRONZE. 

Les  découvertes  d'objets  préhistoriques  en  bronze  n'ont 
été  signalées  qu'en  très  petit  nombre  dans  notre  province. 
Impossible,  jusqu'à  présent,  de  formuler  à  leur  sujet 
aucune  considération  générale,  si  ce  n'est  pour  constater 
leur  rareté.  Ici,  comme  dans  les  pays  voisins,  l'usage  de  la 
pierre  s'est  vraisemblablement  prolongé  longtemps  après 
l'introduction  des  métaux. 

1. 

Hache  à  ailerons  rabattus,  avec  anneau  et  sans  talons;  le 
tranchant  est  émoussé.  Ce  beau  spécimen,  pi.  VII,  fig.  1, 
provient  du  grand-duché  de  Luxembourg.  Long.  138 
mill.  —  Don  de  M.  de  La  Fontaine,  ancien  gouverneur  du 
grand-duché. 

2. 

Hache  à  douille  rectangulaire,  avec  anneau  et  triple 
moulure  autour  de  l'orifice.  Instrument  analogue  à  l'échan- 
tillon, pi.  VII,  fig.  2.  Long.  132  mill.  Grand-duché  de 
Luxembourg.  —  Don  du  même. 


Hache  à  douille  rectangulaire  ,  avec  anneau  et  double 
moulure  autour  de  l'orifice.  Le  vide  de  la  douille  se  pro- 
longe jusque  vers  l'extrémité.  Une  ouverture  opposée  à 
l'anneau  provient  d'un  vice  dans  la  coulée.  Voir  pi.  VII, 
fig.  2.  Long.  122  mill.  Environs  de  Tongres. 


98 


4. 


Trois  petites  haches  à  douille,  de  70  à  80  mill.  de 
longueur,  ayant  probablement  fait  partie  de  la  même 
trouvaille  que  le  n°  3.  L'échantillon,  pi.  VII,  fig.  3,  a  con- 
servé, dans  une  partie  du  creux,  de  la  terre  du  moule,  rougie 
par  la  chaleur.  Ces  outils  (?)  n'ont  subi  aucun  travail  après 
la  coulée  et  ne  paraissent  pas  avoir  été  utilisés  ;  à  quoi,  du 
reste,  auraient-ils  pu  servir  ?  Environs  de  Tongres. 


Trois  petites  haches  semblables  aux  précédentes.  Pro- 
venance inconnue. 

6. 

Hache  à  douille  avec  double  moulure  et  anneau.  Long. 
450  mill.  Provenance  inconnue.  —  Don  d'A.  d'Otreppe 
de  Bouvette. 

7. 

Hache  à  talons  arqués,  lame  unie  et  anneau.  Long. 
155  mill.  Provenance  inconnue. 

8. 

Hache  à  talons  rectangulaires ,  ornement  semi-ovale  en 
dessous  des  talons,  sommet  lunule  (?).  Long.  163  mill. 
Provenance  inconnue. 


J'ai  désigné  les  objets  ci-dessus  sous  le  nom  de  haches  ; 
en  la  matière,  cette  expression  n'implique  nullement  l'idée 
d'une  arme;  le  mot  celt  est  également  employé.  Certains 
spécimens,  2  et  3  p.  e.,  présentent  peu  de  solidité  par  suite 
du  creux  intérieur,    qui   se   prolonge  jusqu'à  la   partie 


—  99  — 

extrême;  d'autres  sont  de  si  petite  dimension,  4  et  5  p.  e., 
que  des  auteurs  sérieux  les  considèrent  comme  des  haches 
votives  ou  d'honneur. 

Je  dois  faire  remarquer,  en  finissant,  que,  d'après  le 
témoignage  de  M.  le  docteur  Alexandre,  conservateur  du 
Musée,  une  hache  avait  conservé  un  fragment  de  chaînette 
en  bronze  attaché  à  son  anneau.  Cet  intéressant  accessoire 
a  disparu  depuis  nombre  d'années ,  mais  l'existence  n'en 
peut  être  mise  en  doute . 


EXPLICATION    DE    LA    PLANCHE  I. 


Fig.  la.  Instrument  du  type  chelléen,  vu  sur  une  face. 
Long.  127  mill.  Age  du  mammouth.  Trou- 
Sandron,  Huccorgne. 

Fig.  lb.        Le  même,  vu  sur  l'autre  face. 

Fig.  Ie,  ld.  Sections  du  même,  suivant  A.  B.  et  C.  D. 


PU 


PLANCHE  IL 


EXPLICATION  DE  LA  PLANCHE  II. 


Fig.  la.  Instrument  en  pointe  taillé  sur  les  deux  faces, 
comme  les  silex  chelléens.  Long.  99  mill. 
Age  du  mammouth,  Trou-Sandron,  Huc- 
corgne. 

Fig.  lb.        Le  même,  vu  du  côté  opposé. 

Fig.  1°,  ld.  Sections  du  même,  suivant  A.  B.  et  C.  D. 


I  L,.JI 


PLANCHE  III. 


EXPLICATION  DE  LA  PLANCHE  III. 


Fig.  la.  Instrument  paléolithique  en  silex  du  type 
chelléen ,  vu  sur  la  face  la  plus  bombée.  La 
pointe  manque.  Long.  150  mill.  Tilff ,  près 
de  Liège. 

Fig.  lb.        Le  même,  vu  sur  l'autre  face. 

Fig.  Ie,  ld.  Sections  du  même,  suivant  A.  B.  et  C.  D. 


plj/i 


PL./// 
i 


PLANCHE  IV 


EXPLICATION  DE  LA  PLANCHE  IV. 


Fig.  la.  Hache  en  silex,  polie  avec  soin,  sauf  à  la 
partie  inférieure.  Long.  192  mill.  Jalhay, 
prov.   de  Liège. 

Fig.  lb,  le.  Sections  de  la  même,  suivant  A.  B.  et  C.  D. 


PLANCHE  V. 


EXPLICATION  DE  LA  PLANCHE  V. 


EPOQUE    NEOLITHIQUE. 

Fig.  1».  Marteau  en  silex  formé  du  corps  d'une  hache  polie. 
Meeffe ,  prov.  de  Liège. 

Fig.  lb.  Section  du  même. 

Fig.  2a.  Nucléus  ou  bloc-matrice,  dont  on  enlevait  des 
lames  de  silex.  Haut.  70  mill.  Juslenville ,  com- 
mune de  Theux,  prov.  de  Liège. 

Fig.  2b.  Coupe  du  même,  montrant  quatorze  plans  de 
frappe. 

Fig.  3.  Pointe  de  flèche  à  ailerons  et  pédoncule ,  taillée 
avec  une  extrême  délicatesse.  Juslenville , 
commune  de  Theux,  prov.  de  Liège. 


fZ.V 


PLANCHE  VI. 


EXPLICATION  DE  LA  PLANCHE  VI. 


ÉPOQUE   NÉOLITHIQUE   (?) 

Fig.  la.  Instrument  en  bois  de  cerf  (Cervus  elaphus  ?) , 
transpercé  par  un  trou  rond  fait  pour  recevoir 
un  manche.  L'extrémité  A  est  usée  et  polie 
avec  grand  soin,  de  façon  à  former  un  tran- 
chant analogue  au  tranchant  d'une  hache  néoli- 
thique. Long.  30  cent.  Gentbrugge ,  près  de 
Gand. 

Fig.  lb.  Le  même  instrument,  légèrement  incliné  de 
manière  à  laisser  voir  le  trou  et  la  partie  de  la 
corne  usée  et  polie  qui  avoisine  l'orifice. 

Fig.  Ie.   Section  horizontale  du  tranchant  au  point  A. 

Fig.  ld.  Section  indiquant  la  circonférence  de  l'instrument. 


PL. VI 


w* 


£ 


^ 


PL.  VI 


PLANCHE  Vil. 


EXPLICATION  DE  LA  PLANCHE  VII. 


AGE   DU   BRONZE. 

Fig.  la.  Hache  en  bronze ,  vue  de  profil ,  à  ailerons  rabat- 
tus ,  avec  anneau  et  sans  talons.  Long.  138  mill. 
Grand-duché  de  Luxembourg. 

Fig.  lb.  La  même  à  sa  partie  inférieure. 

Fig.  2a.  Hache  en  bronze  à  douille  rectangulaire,  double 
moulure  autour  de  l'orifice  et  anneau.  Long. 
132  mill.  Environs  de  Tongres. 

Fig.  2b.  La  même,  vue  près  du  tranchant. 

Fig.  2e.  Section  de  la  même,  près  de  l'anneau. 

Fig.  3a.  Petite  hache  à  douille  rectangulaire ,  moulure  et 
anneau.  Long.  76  mill.  Environs  de  Tongres. 

Fig.  3b.  Section  de  la  même. 

Tous  les  objets,  pi.  là VII,  sont  dessinés  d'après  nature 
et  reproduits  en  grandeur  naturelle.  —  Les  pièces,  PL.  I 
et  III,  font  partie  de  ma  collection. 


LES  WALLONS  M  SUÈDE 


^-JV^-V. 


Dans  un  intéressant  article  intitulé  Louis  de  Geer  et  la 
colonie  wallonne  en  Suède  au  XVIIe  siècle  (l),  M.  Wiberg, 
professeur  au  lycée  de  Gèfle,  s'est  occupé,  entre  autres 
choses,  de  rechercher  les  noms  des  ouvriers  wallons  qui 
contribuèrent  à  transformer  l'industrie  sidérurgique  dans 
son  pays.  Dans  ce  but,  il  feuilleta  patiemment  les  archives 
des  plus  anciens  établissements  industriels  de  la  Scandi- 
navie, et  recueillit  une  liste  de  231  noms  qui  lui  paraissaient 


(t)  Publié  en  1876  dans  le  Bulletin  de  V 'Institut  archéologique 
liégeois,  t.  XII,  p.  43S.  Dans  l'introduction  qui  précède  ce  travail,  j'a' 
dit  (p.  429,  note  4)  que  la  notice  intitulée  «Louis  de  Geer,»  qui  a 
paru  dans  la  Revue  de  Belgique,  t.  III,  p.  271,  et  la  nouvelle  édition  de 
cette  notice,  publiée  en  1847,  chez  Lelong,  étaient  attribuées  au  comte 
de  Hamal.  C'est  une  erreur.  L'auteur  est  un  gentilhomme  hollandais 
du  nom  de  Rozeveld  van  de  Ven  (et  non  Vande  Velde)  ;  il  eut  pour 
collaborateur  Edouard  de  Linge,  avocat  près  de  la  Cour  d'appel  de 
Bruxelles.  Voilà  du  moins  ce  qu'affirme  le  Journal  des  Tribunaux, 
7e  année,  n°  558  (11  octobre  18S7).  Cfr.  le  discours  académique  sur  la 

9 


—  128  — 

avoir  une  origine  wallonne  (  1  ).  Malgré  tout  le  soin  et  la 
conscience  que  l'auteur  y  avait  apportés,  ce  travail,  t'ait 
par  analogie,  ne  reposait  pas  sur  des  bases  certaines. 

Nous  avons  mieux  aujourd'hui.  L'ancien  président  du 
Conseil  des  ministres  du  royaume  de  Suède,  M.  Louis  de 
Geer,  me  fit  savoir  dernièrement  qu'il  venait  de  retrouver 
dans  ses  papiers  de  famille  une  liste  d'ouvriers  wallons 
arrivés  à  Norrkoping  en  l'année  1633.  il  eut  même  l'obli- 
geance de  m'envoyer  le  document  original,  en  me  per- 
mettant de  le  publier.  Tous  les  amis  de  notre  histoire,  et 
particulièrement  les  membres  de  l'Institut  archéologique 
liégeois,  se  joindront  à  moi  pour  remercier  l'éminent 
homme  d'Etat  de  sa  bienveillante  communication. 

La  pièce  est  du  temps.  Elle  porte  au  dos  cette  mention  : 
Namen  van  Franeoisen  int'  vooryaer  1633  in  Sweden 
gekomen,  et  contient  134  noms.  Il  suffît  d'y  jeter  les  yeux 
pour  rester  convaincu  que,  malgré  certaines  ortbographes 
évidemment  vicieuses,  tous  les  noms  de  famille  qui  y 
figurent  sont  bien  wallons.  L'ayant  comparée  avec  celle  de 
M.  Wiberg,  j'ai  constaté  que  huit  noms  seulement  leur  sont 
communs.  Celle  de  M.  de  Geer  nous  fournit  donc  126  noms 

classification  des  oiseaux,  du  1G  décembre  1879,  par  M.  le  baron  de 
Sélys-Longchamps,  p.  3  et  4,  en  note.  —  Quelques  détails  nouveaux 
et  intéressants  ont  été  donnés  en  1S83  sur  Louis  de  Geer  et  sa  famille, 
par  le  Dr  Bernbard  Lundstedt,  conservateur  à  la  Bibliothèque  royale 
de  Stockholm,  dans  la  préface  d'un  livre  intitulé  Finspong  et  sa 
bibliothèque,  et  publié  aux  frais  de  M.  Garl-Edvard  Ekman,  membre 
de  la  première  Chambre  du  parlement  de  Suède  et  propriétaire  actuel 
de  Finspong.  Un  compte-rendu  de  ce  magnifique  ouvrage  a  paru  dans 
V  Athœneum  belge,  tome  II,  page  181. 

(i)  M.  le  chevalier  Phil.  de  Limbourg,  de  Theux,  a  reconnu  dans 
cette  liste  beaucoup  de  noms  de  famille  de  sa  localité.  «  Theux, 
m'écrit-il,  centre  de  la  fabrication  du  fer  dans  le  pays  de  Liège, 
semble  avoir  fourni  un  ample  contingent  à  la  colonie  wallonne  de 
Suède.  » 


-  129  — 

nouveaux  dont  il  n'était  pas  resté  trace  dans  les  archives 
consultées  par  M.  Wiberg.  Je  la  transcris  ici  fidèlement, 
en  plaçant  des  points  d'interrogation  en  deux  endroits 
douteux. 

Namen  vande  Waelen   met  Theunis  Pieters  op  Nort- 
copyn. 

Matthieu  Robinet. 
Noe  le  Poncelier. 
Michel  Hachar. 
Marin  Pi  cl  ion. 
Pierre  Robillar. 
Glaude  de  Plain. 
Anthoine  de  Ré. 
Abraham  Gillotin. 
Symon  Lambert  (l). 
Jacque  Lambert. 
Pierre  Grusu. 
Michel  Bailli. 
Glaude  du  Soysoi  (2). 
Jan  Vaché. 
Jacque  du  Bois. 
François  du  Bois. 
Estienne  Olivier, 
Jan  Cotibi. 
Thomas  Fleuri. 
Cristoff  du  Bois. 
Anthoine  de  Watin. 
Pierre  Filber. 
Servaes  Helboel. 
Symon  Begar. 


(  1)  Les  noms  en  italiques  se  trouvent  dans  la  liste  de  M.  Wiberg. 
(i)  Dans  la  liste  de  M.  Wiberg  figure  du  Sausoy. 


130 


Jacque  de  Watin. 
Servaes  Tourneu. 
Henri  Rouseau  (  1). 
Jan  Rouseau. 
Jacques  Seau  (2). 
François  de  Watin. 
Jadin  Charpentier. 
Nicolas  Charpentier 
Michel  Grignart. 
Jan  Dombry. 
Anthoine  Pahau. 
Palus  (?)  Loseau. 
Jan  Olivier. 
Johan  de  Mieux. 
Johan  Maieu. 
Nicolas  de  Nem. 
Jan  Pryvé. 
Vincent  Cocquu. 
Jacque  de  la  Croix. 
Marin  Notin. 
Jacque  Lalouette. 
Jan  Bodin. 
Michel  Ratier. 
Jan  Rossignol. 
Jacque  Gai. 
Jadin  le  Brun. 
Jacques  de  Roi. 
Jan  Sillon. 

Gérard t  Tombert  (3). 
Jan  Butin  (4). 

(0  Sur  la  liste  de  M.  Wiberg  figure  Rousel. 

(2)  Sur  la  liste  de  M.  Wiberg  figure  Sieau. 

(3)  Peut-être  pour  Tombeur,  qui  figure  dans  la  liste  de  Wiberg 

(4)  Peut-être  pour  Bustin,  qui  figure  dans  la  liste  de  Wiberg. 


—  131  - 

Gérard t  Rayé  (i). 
Anthoine  Rayé. 
Jan  Rayé. 

Rlese  Roten • .     .     58 

Femmes  et  garçons 13 


&i 


71 


Namen  vande  Waelen  met  Noorman  en  Syken  Rcnts  (?) 

op  Vrynome. 

Jacque  du  Boy  (2). 
Jan  du  Boy. 
Nicolas  Anseau. 
Pierre  le  Blanc. 
Colas  Grenier. 
Guillaume  Bienfaict. 
Robin  Ficqué. 
Paque  Ficqué. 
Nicolas  Fické. 
Gille  de  Sosoi. 
Pierre  de  Soisoi  (3). 
Philippe  de  la  Place. 
Leurent  de  Loraine. 
Anthoine  Poulet. 
Pierre  Noé. 
Martin  Bernail. 
Jan  Havar. 
Rauduin  Cuigné. 
Jacque  Hardi. 


(0  Peut-être  pour  Eahier  ,  qui  figure  dans  la  liste  de  Wiberg. 
(»)  Il  ligure  déjà  sur  la  liste  précédente  avec  une  autre  orthographe. 
(3)  Sans  doute  le  même  nom  que  le  précédent  (du  Sausoy).  Plus 
haut  nous  avons  eu  Soisoi/. 


—  132 


Matthieu  Robinet  (l). 
Pierre  Robillar. 
Noël  Poncelier  (l). 
Martin' Pichon. 
François  du  Boy  (l). 
Pierre  Durieu. 
Jan  Durin  (2). 
Nicol  Hasar. 
Glaude  de  Plein. 
Michel  Chartier. 

Pierre  de  Revin. 

Simon  Rogisar. 

Jan  Petit. 

Thomas  Terneau. 

Symon  Profissé. 

Jan  de  Haye. 

Rémi  Corné. 

Nicolas  Auber. 

Maturin  Chaturier. 

Pierre  Chaturier. 

Andrien  Chaturier. 

Gange  de  Ruar. 

Jacque  Paradis. 

Jan  Bary. 

Louis  Luro. 

Gerve  Rari. 

Estienne  Symon. 

Pierre  de  Laet. 

Pierre  Alar  (3). 


(i)  Il  figure  déjà  sur  la  liste  précédente. 

(s)  Peut-être  pour  Durand.  On  trouve  Durent  sur  la    liste   de 
M.  Wiberg. 
(  ï)  On  trouve  Allard  dans  la  liste  de  M.  Wiberg. 


—  133  — 


Jan  Paremen. 
Estienne  Cochoi. 
Jan  Auber. 
Godefroi  Bordereau. 
Jan  Mario. 

Jacque  et  Symon  Camber. 
Nicolas  Lucas. 
Anthoine  Bille. 
Jan  Lambert. 
Anthoine  de  Prefla. 
Ame  Petrus. 
Jan  le  Marteleur. 
Noël  Dandenelle. 
Nicolas  Dandenelle. 
Jan  Baudou. 
Pierre  Baudou. 
Jan  Carlier  (1). 
Andriaen  Bouret. 
Pierre  de  Priesme. 
Jacque  de  Biesme. 
Charles  Baudson. 
Josatan  fondeur. 
Son  frère  boqueur. 
Gille  Chaperon. 
Laurent  Godet. 
Jacque  Godet. 
Symon  Malchaer  lu  y  5e 
Jean  le  Veau  luv       18 


32 


Il  nous  a  paru  curieux  de  rapprocher  de  ces  noms  ceux 
d'autres  forgerons  de  nos  contrées  qui,  au  XVIIe  siècle, 

(l)  On  trouve  Çarli  dans  la  liste  de  M.  Wiberg, 


—  134  - 

ont  émigré  dans  la  Prusse  rhénane  et  y  ont  fondé  une 
colonie  wallonne.  Ils  figurent  dans  la  note  suivante,  tirée 
de  la  Gazette  de  Liège  (l)  : 

«  A  une  très-faible  dislance  du  village,  de  Nievern,  près 
d'Ems-les-Bains,  se  trouvenl  des  forges  qui  portent  le  nom 
de  Niever'nerhutte  (forges  de  Nievern)  et  qui  furent 
fondées  en  l'an  1671  par  un  Liégeois,  nommé  Marioth  (2). 
Le  terrain  nécessaire  à  l'entreprise,  une  île  située  sur  la 
rivière  la  Lahn,  lui  fut  donné  en  fief  en  1671  par  l'électeur 
de  Trêves,  Charles-Gaspard  von  der  Leyen,  agissant  au 
nom  de  ses  deux  neveux  mineurs. 

Le  village  de  Nievern  constituait,  en  ce  temps,  avec  deux 
autres  endroits,  situés  près  de  là,  le  comté  de  Nievern,  en 
la  possession  duquel  la  famille  comtale  von  der  Leyen 
resta  jusqu'en  1803. 

A  cette  époque,  Nievern  fut  joint  au  duché  de  Nassau; 
puis,  en  1866,  son  territoire  fut  englobé  dans  la  Prusse. 

Lorsque  M.  Marioth  eut  construit,  dans  ce  pays  si  boisé 
et  si  bien  fourni  d'eau,  deux  hauts-fourneaux,  une  forge  et 
d'autres  usines,  il  lit  venir  de  son  pays  des  ouvriers  pour 
l'exploitation  de  son  entreprise.  Les  ouvriers  vinrent  se 
fixer  à  Nievern  et  y  fondèrent  une  colonie  wallonne.  Leurs 
noms  se  trouvent  inscrits  sur  les  livres  paroissiaux,  qui 
remontent  à  l'année  1667.  Voici  ces  noms,  dont  plusieurs 
sont  encore  connus  dans  le  pays  wallon  : 

Banneux,  Bertram,  Buffy,  Gatïai,  Caffine,  Collet,  Dassing, 
Dehay,  Demeut,  Grisar,  Duffy,  Uussonthier,  Jacquemont, 
Kassung,  Labonte,  Laforne,  Laince,  Laguerre,  Lâcher, 
Missong,  Simon,  Syree,  Permanties,  Marchon,  Dupont, 
Dejardin,  Barchon,  Harly,  Draque,  Latour,  Thiry,  Damin, 


(  i  )  Supplément  au  n°  du  9  octobre  188-1. 

(s)  Ce  nom,  surtout  dans  la  forme  orthographique  où  il  se  présente, 
nous  paraît  suspect.  Il  semble  être  au  moins  altéré. 


—  135  - 

Qûerne,    Monjoie,    de   Brahe,*  Goblet,    Hurleth,    Befort, 
Delvaux,  de  Banne,  Bonnet,  Bernier,  Serval. 

On  trouve  encore  aujourd'hui  à  Nievern  et  aux  environs 
les  noms  suivants:  Belvaux,  Bertram,  Caffme,  Bernier, 
Grisar,  Jacquemont,  Laforne,  Labonte,  Laguerre,  Missong, 
Syree,  Monjoie,  Boutï'y,  Bouque,  Collet,  Bonnet,  Massing.  » 


ULL.DE    L'INST.     ARCH.    LIEGEOIS      T.  XXI 


PL. VIII 


ft 


Portrait  de  G.  EVRARD 

SCULPTEUR,      ELEVE    DE     MAY  NI 

dessiné  par  lui-même  en   1740 


Photo,  d'après    l'original  pai-  Ch  Claesen 


GUILLAUME  EVRARD 

SCULPTEUR  DE  S.  A.  LE  PRINGE-ËVÈQUE  DE  VELBRUCK 
.(1709  -  1793) 


NOTICE! 


Dans  le  cours  de  quelques  entretiens  sur  des  altistes 
liégeois  tenus  avec  notre  ancien  président  et  ami ,  M.  le 
chanoine  Henrotte,  —  un  nom  qu'on  trouve  avec  plaisir  au 
début  d'une  étude  de  ce  genre,  —  fréquemment  nous  avons 
dû  constater  l'ignorance  forcée  où  nous  sommes  de  notre 
propre  histoire  au  XVIII0  siècle  même  :  il  était  regrettable 
que  l'interruption  de  la  tradition  et  la  dispersion  des  docu- 
ments, après  179i,  eussent  creusé  cette  longue  lacune  devant 
laquelle  nos  efforts  s'arrêtent  toujours  et  qui  nous  empêche 
le  plus- souvent  de  connaître  la  vie  comme  les  oeuvres 
d'artistes  qui  naguère  nous  ont  appartenu.  S'agit-il 
spécialement  d'un  de  nos  artistes  sculpteurs,  l'incer- 
titude devient  plus  grande.  A  ne  citer  qu'un  seul  de 
ceux-là  ,  qui  de  nous  aujourd'hui  connaît  encore 
(millaume    Evrard,    assez,    du    moins    pour    caractériser 


—   138  — 

son  œuvre  et  son  talent?  Et  pourtant,  il  fut  et  il  reste,  des 
temps  anciens ,  notre  meilleur  sculpteur  peut-être ,  après 
Delcour. 

Ce  n'est  pas  à  dire  que  son  nom  ne  soit  mentionné  dans 
les  livres  spéciaux,  où  il  occupe  la  place  accordée  à  un 
article  de  catalogue  qu'on  ne  peut  passer  sous  silence  : 
ainsi  dans  le  Kunstler  Lexicon ,  de  Nagler,  ou  dans 
l'ouvrage  de  Marchai  :  Les  sculpteurs  des  Pays-Bas.  De 
nos  écrivains  liégeois  ,  Villenfagne ,  tout  en  constatant 
l'existence  d'Evrard ,  déclare  ne  posséder  aucun  rensei- 
gnement sur  son  compte,  et  Becdelièvrele  présente  comme 
un  sculpteur  presque  ignoré  de  ses  compatriotes. 

On  a  fait  de  ce  temps  davantage  :  la  Biographie  nationale 
vient  de  consacrera  notre  Evrard  un  article. qui  pourrait 
peut-être  suffire,  n'était  que  l'histoire  à  peine  faite,  on  est 
pris  du  désir  de  la  recommencer  sur  place,  pour  donner  à 
tel  détail  plus  de  précision ,  corriger  tel  autre ,  apporter 
enfin ,  dans  l'intérêt  de  la  vérité ,  des  renseignements  qui 
ont  dû  échapper  aux  premières  investigations ,  faites  de 
trop  loin.  Ce  n'est  d'ailleurs  que  par  ces  contributions 
successives  que  l'histoire  s'élabore  :  heureux  assez  sommes 
nous  d'échapper,  dans  une  simple  biographie  ,  au  péril  de 
voir  un  jour  tout  remis  en  question. 

Des  recherches  faites  en  commun  ont  abouti,  en  partie, 
aux  résultats  désirés. 

Evrard  (l),  Guillaume  ,  est  né  endéansles  quelque  douze 


(  i  )  Son  nom  ne  doit  pas  le  faire  confondre  avec  d'autres  de  nos- 
artistes. 

Il  y  a  eu  un  Erard,  dit  de  Liège,  statuaire,  dont  Pigagnol  delà 
Force,  dans  les  Délices  de  Versailles  de  Trianon  et  de  Marly,  énumère 
les  œuvres  suivantes:  Au  tome  I,  page  9  de  la  1"  édition  d'Amsterdam, 
1717,  Statue  de  pierre,  Vulcain  au  milieu  de  deux  cyclopes;  id.,  p.  13: 
dan?  le  salon  de  l'appartement  des  bains,  à   Versailles,  Statue  de 


—  139  — 

mois  que  comprennent  la  fin  de  l'an  4709  et  le  commence- 
ment de  1710.  L'inscription  mortuaire,  retrouvée  et  citée 
plus  loin,  fait  foi  de  cette  première  assertion.  Nous  pouvons 
regretter  sans  doute  de  ne  connaître  ,  au  sujet  de  la  nais- 
sance d'un  homme,  que  ce  qu'en  dit  son  acte  de  décès; 
mais,  on  n'est  que  trop  habitué  à  ce  genre  d'inversion ,  et 
pour  l'heure,  il  s'en  faut  contenter,  si  du  moins  nous  nous 
en  tenons  aux  preuves  authenthiques. 

Certains  renseignements,  que  je  ne  puis  contrôler,  pré- 
sentent Evrard  comme  étant  né  en  1709,  fils  de  Gilles  et 
d'une  Jeanne  Admet ,  née  aussi  à  Liège  même  :  j'ai 
vainement  parcouru  les  tables  de  nos  anciens  registres 
paroissiaux,  dont  la  très-grande  partie  nous  reste  ;  je  n'y 
ai  pas  trouvé  de  mention  qui  Je  concerne,  ni  lui  ni 
ses  ascendants.  Il  est  né,  sinon  en  ville,  en  tous  cas  au  pays 
de  Liège,  et  c'est  pour  nous  même  chose. 

Au  moment  de  produire  une  biographie  détaillée  ,  ce 
qu'il  faut  encore  regretter  ici,  c'est,  à  défaut  de  quelque 
manuscrit  spécial  du  siècle  dernier ,  l'absence  de  réfé- 
rences écrites,  même  éparses.  Cependant,  est-il  absolu- 
ment à  plaindre  l'artiste  dont  les  œuvres  sont  connues  ou 
retrouvées  et  vivent  elles-mêmes  encore  assez  pour  faire 
apprécier  leur  auteur  à  un  siècle  de  distance  ? 


bronze  doré,  Le  mois  àe  Novembre;  dans  le  parc,  p.  171,  sur  l'avant- 
corps  du  milieu  de  la  façade,  Statues  de  Cérès,  Bacchus,  Cornus,  et  le 
Génie  qui  préside  à  la  bonne  chère,  par  Duister  et  Erard;  tome  II, 
p.  lbl  :  «  Érard  (  Gérard-Léonard  )  était  de  Liège  et  sculpteur  de  pro- 
fession. Il  mourut  en  1675.  » 

Il  y  eut  aussi  un  Everard  graveur  ;  et,  du  même  nom  ,  un  peintre  en 
miniatures ,  né  à  Dînant ,  qui  se  rendit  en  Espagne ,  appelé  par  la 
famille  royale,  et  dont  il  est  resté  en  Hollande  des  œuvres  très- 
appréciées  des  amateurs.  Il  vécut  dans  la  première  moitié  du 
XVIIIe  siècle  et  s'appelait  de  son  prénom  Jacques  ou  Perpète:  on 
peut  même  soupçonner  qu'il  y  eut  un  Perpète  et  un  Jacques  Everard. 


-  uo  — 

A  ce  compte,  l'ouvrier  aura  gardé  sa  peine,  nous  en 
léguant  l'avantage. 

Examinées  une  à  une  ,  les  œuvres  d'Evrard  nous  font 
reconnaître  en  lui  un  excellent  élève  de  Rendeux  et  de 
Cognoul,  en  même  temps  qu'un  artiste  s'inspirant  des 
modèles  de  l'antiquité  classique  et  de  la  renaissance 
italienne. 

Evrard,  en  effet,  se  rendit  à  Rome ,  où  il  passa  plusieurs 
années,  six  dit-on,  travaillant  sous  la  direction  des 
maîtres  en  renom.  Le  rapprochement  des  dates  fait  con- 
naitre  qu'il  revint  à  Liège  appelé  pour  l'exécution  de 
travaux  civils  importants.  Le  compte  communal  de 
1746-47  relève  qu'il  a  été  payé  à  l'artiste  pour  une  statue 
de  Sl-Jean  Népomucène  et  des  armoiries  municipales 
placées  à  la  porte  S'-Léonard ,  890  florins  ;  item ,  pour 
ouvrages  à  la  porte  d'Avroy  400  florins.  On  peut  donc 
reporter  le  retour  d'Evrard  au  pays  natal  vers  l'année  1744. 

Nous  le  savons  encore  par  ses  œuvres  :  notre  sculpteur, 
sur  le  cours  d'une  très-longue  carrière,  orna  un  grand 
nombre  d'églises  liégeoises,  décora  la  grande  abbaye  de 
S*-Hubert  ;  se  fit  graveur  comme  il  avait  été  sculpteur, 
éleva  enfin  dans  notre  ancienne  cathédrale  de  S*-Lambert 
trois  mausolées  épiscopaux  ,  monuments  à  tous  égards  des 
plus  importants.  Honoré  du  titre  de  sculpteur  de  S.  A.  le 
prince-évêque  de  Velbruck  et  pourvu  d'une  sinécure 
rendue  nécessaire ,  chargé  d'ans ,  il  mourut  au  commen- 
cement même  de  la  tourmente  révolutionnaire  qui  a  failli 
effacer  jusqu'à  sa  mémoire. 

On  peut  croire  que  ses  premiers  essais  se  retrouvent 
dans  le  nombre  assez  considérable  de  maquettes  authen- 
tiques possédées  actuellement  par  M.  Jean  Herman,  pro- 
fesseur à  notre  Académie  des  Beaux-Arts,  et  recueillies 
antérieurement  par  son  père,  sculpteur  lui  aussi. 

Ce  sont,  par  exemple  :   un  Romain,  d'assez  mauvaise 


-    141   — 

facture  et  qui  n'a  rien  d'un  César  ;  des  reproductions 
très-réduites  de  l'Hermaphrodite  antique,  et  du  Moïse  de 
Michel-Ange. 

A  côté  de  ces  imitations,  on  retrouve,  avec  plaisir,  de 
bonnes  productions  de  l'artiste,  terres  cuites  de  petite 
dimension  :  un  Prométhée  enchaîné ,  dans  une  altitude 
différente  de  celui  que  possède,  du  même,  le  Musée  de 
notre  Institut  archéologique;  un  Hercule  ouvrant  la  gueule 
du  lion  de  Némée  et  un  petit  St-Sébastien,  prototype  d'une 
des  meilleures  statues  d'Evrard.  Il  y  a  là  encore  deux 
enfants  ou  génies,  destinés  à  servir  de  côtés  à  quelque 
sépulture  épiscopale  et  dont  l'un  porte,  comme  d'habitude, 
les  attributs  de  la  puissance  spirituelle,  l'autre  ceux  du 
pouvoir  temporel. 

Les  cartons  de  M.  Herman  renferment  aussi  quelques 
dessins  tracés  à  l'encre  de  Chine  par  Evrard.  Ce  sont  des 
projets  d'autels  :  une  première  suite  de  quatre  esquisses 
d'abord,  dont  l'une  offre  cette  particularité  curieuse  :  la 
figure  des  petits  anges  —  l'artiste  traçait  évidemment  ce 
premier  croquis  pour  lui-même  et  dans  un  moment  de 
bonne  humeur  —  représente  autant  de  caricatures. 

Quatre  autres  projets  d'autels ,  de  ce  même  style  du 
XVIIIe  siècle ,  sont  ornés  de  médaillons  et  de  personnages , 
et  l'un  d'eux  à  servi  au  projet  de  tombeau  du  Prince-Evêque 
Jean-Théodore  de  Bavière.  C'est  même  tout  ce  qui  reste  de 
ce  dernier  monument. 

Evrard,  disions-nous,  orna  de  ses  statues  nombre  de 
nos  églises.  On  lui  attribue,  à  Saint-Martin,  deux  anges 
rendant  .différemment  l'attitude  de  l'adoration.  On  a  indiqué 
comme  étant  d'Evrard  ,  à  Saint-Jean  ,  un  groupe  composé 
de  St-Jean-Baptiste  et  d'Hérode.  Je  retrouve  bien  un 
Sl-Jean-Baptiste  taillé  comme  un  ascète  du  désert  et  qui 
est  peut-être  authentique,  mais  Hérode  a  disparu. 

J'ai  vainement  cherché  à  S'- Paul  les  deux  statues  de 


-  142  - 

Jésus  et  de  Marie ,  présentées  comme  œuvres  de  notre 
sculpteur  ;  la  partie  descriptive  de  l'Essai  historique  sur 
l'Eglise  S^Paul  (  Liège,  4867  ) ,  où  sont  repris  un  à  un  tous 
les  objets  qui  décorent  la  Cathédrale,  ne  les  mentionne  pas 
davantage. 

Mais  il  y  a  d'Evrard,  à  SVDenis,  deux  statues,  un  Sl-Jean 
Népomucène  et  un  S'-Ambroise,  placés  sous  le  jubé;  l'un 
tient  le  Christ  en  main,  l'autre  les  Ecritures  ;  la  pose  du 
dernier  est  tranquille  et  naturelle ,  et  pourtant  l'œuvre  est 
assez  tourmentée  à  cause  des  traits  d'une  figure  inspirée  et 
de  draperies  très-fou illées  :  le  surplis  et  les  dentelles  du 
costume  ecclésiastique,  bien  plus  que  la  draperie  ancienne, 
se  prêtaient  d'ailleurs  au  goût  de  l'époque,  complaisant  à 
l'égard  de  ces  caprices  du  ciseau.  Néanmoins,  ces  statues 
sont  fort  belles  et  font  dignement  vis-à-vis  aux  deux  statues 
remarquables  du  maître  autel.  Les  deux  pièces  d'Evrard 
ont  gardé  leur  socle  ancien  et,  par  conséquent,  la  signature. 

C'est  en  l'église  Ste-Croix  que  sont  les  deux  meilleures 
statues  d'Evrard  qui  nous  restent  à  Liège  :  une  Mater 
Dolorosa  et  un  Christ  à  la  Colonne  en  grandeur  naturelle. 
Bien  qu'elles  occupent  dans  l'église  une  place  hono- 
rable ,  dans  le  pourtour  restauré  du  dessous  de  la  tour 
à  droite  et  à  gauche  du  baptistère,  elles  sont  néanmoins 
voisines  d'œuvres  médiocres  et  restent  «  sous  les  cloches  », 
à  l'instar  de  celles  dont  la  destination  première  à  changé. 
Mais  elles  valent  la  peine  d'une  visite  spéciale  ,  étant  de 
celles  qui  donnent  la  mesure  d'un  maître  et,  une  fois  vues, 
font  dorénavant  reconnaître  sa  manière. 

La  Vierge  est  belle  dans  sa  douleur;  les  mains  sont  bien 
traitées,  et  il  y  a  dans  la  draperie  des  détails  gracieux;  on 
peut  remarquer  dans  les  traits  une  ressemblance  physique, 
heureusement  rendue,  avec  ceux  de  la  figure  du  Christ. 

L'expression  de  celle-ci  est  pourtant  bien  différente; 
car,  enchérissant  sur  la  manière  dont  le  même  sujet  avait 


-  113  — 

été  antérieurement  traité,  et  entraîné  parla  manière  tant 
de  l'école  que  de  son  époque ,  Evrard  a  donné  au  visage  du 
Christ  exposé  l'expression  du  Christ  mis  en  croix.  Le  corps 
est  ployé  par  l'effet  des  liens  qui  retiennent  les  mains  sur 
le  dos ,  le  buste  est  porté  par  la  jambe  droite  tandis  que  la 
gauche  fléchit ,  et  l'on  retrouve  dans  cette  attitude  quelque 
ressemblance  avec  celle  de  certaine  autre  statue  du  même, 
le  Sl-Sébastien. 

Dans  une  petite  notice  inédite ,  et  de  peu  de  valeur 
d'ailleurs,  intitulée  Monuments  principaux  de  Liège, 
Mouhin  ,  que  l'on  a  appelé  le  dernier  de  nos  chroniqueurs, 
cite  quelques  œuvres  d'Evrard,  et,  parlant  de  celles-ci  : 
«  Voilà,  s'écrie-l-il  naïvement,  des  figures  dont  on  ne  peut 
s'empêcher  de  dire  qu'elles  expriment  bien  la  douleur  !  » 
Il  nous  faut  donner  raison  à  Mouhin. 

Les  deux  statues  de  l'église  Sainte-Croix  ont  gardé  le 
poli  du  bois  ,  et  la  couleur  jaunie  par  le  temps  conserve  à 
l'œuvre  son  caractère  ancien. 

Combien  d'autres  se  sont  trouvées  défigurées  !  Beaucoup 
de  ces  statues  de  bois ,  tant  d'Evrard  que  de  statuaires 
contemporains ,  ont  été  classées  les  belles  avec  les  mé- 
diocres ,  parmi  le  mobilier  changeant  des  autels  ;  on  les  a 
mutilées  en  les  déplaçant,  et  leurs  débris  encombrent 
encore  les  greniers  ou  les  caves  des  sacristies.  Les  autres 
périssent  lentement  sur  pied  par  la  base,  effet  du  poids 
et  de  l'humidité  qui  ronge  même  le  cœur  du  chêne;  trop 
souvent ,  qui  n'en  a  vu  de  celles-là  encore  debout ,  elles 
ont  été  couvertes  d'eau  de  chaux. 

Disons  pourtant  que  le  bois  dur  se  laissait  fort  bien 
tailler  ;  on  évitait  l'achat  dispendieux  du  marbre  comme  la 
main  d'œuvre  du  praticien;  sortant  fraîchement  de  l'atelier 
de  l'artiste,  la  statue  de  bois,  peinte  de  blanc,  puis  polie, 
présentait  l'illusion  des  chefs-d'œuvres  italiens  ,  et  ces 
moyens  simples  d'exécution    ont  permis  aux   églises  du 

10 


-    144  — 

pays  de  se  peupler  d'un  nombre  de  statues  qu'elles  n'au- 
raient autrement  jamais  connu. 

L'église  de  l'abbaye  de  S '-Hubert  —  ce  colossal  monu- 
ment de  marbre  qu'on  ne  rencontre  pas  sans  étonnement 
sur  la  terre  d'Ardenne,  où  il  a  été  apporté  pièce  à  pièce  par 
la  puissance  abbatiale  —  possède  quatre  statues  d'Evrard  , 
exécutées  dans  les  mêmes  conditions ,  celles  des  Evangé- 
listes.  Elles  sont  bien  conservées  et  le  style  en  est  de 
grandiose  apparence;  mais,  une  fois  de  plus,  il  faut 
admettre  ce  goût  du  temps  qui  donne  aux  draperies  l'allure 
du  coup  de  vent ,  et  fait  que  quatre  saints  sur  leurs  piédes- 
taux paraissent  jouer  quelque  scène  d'une  tragédie  sacrée. 
En  revanche,  que  d'intentions  dramatiques  dans  les  traits, 
la  pose ,  quelle  variété  de  gestes ,  et  quel  mouvement  ! 

Le  57e  abbé  du  monastère  de  Saint-Hubert ,  Célestin  De 
Jong  (1727-1760),  prélat  magnifique,  voulut  renouveler 
la  splendeur  intérieure  do  l'église  de  son  monastère. 

La  famille  de  Jong  ou  de  Jonc,  originaire  de  Cornesse  , 
possédait  la  première  Fenderie  (usine  métallurgique) 
octroyée  dans  la  vallée  de  la  Vesdre  :  c'était  à  Goffontaine, 
où  se  trouve  encore  la  vieille  et  grande  maison  des 
De  Jong.  Jean-Philippe,  Célestin  de  son  nom  conventuel , 
était  né  à  Olne,  en  1689;  et  élevé  à  Liège  où  la  Cour  épis- 
copale  était  brillante,  il  avait,  étant  abbé  de  S^Hubert , 
gardé  avec  notre  ville  des  relations  d'amitié  et  de  parenté. 
Au  courant  des  choses  liégeoises ,  rien  d'étonnant  qu'il 
songeât  à  appeler  auprès  de  lui  un  artiste  liégeois.  Il  choisit 
Evrard,  et  l'artiste  commença  par  la  Chapelle  de  l'Abbé. 

Bientôt  devant  le  prie-Dieu  abbatial ,  dans  cette  6e  cha- 
pelle où  l'abbé  célébrait  la  messe,  se  dressa  sur  l'autel 
la  statue  de  S'-Sébastien  martyr,  qu'on  peut,  je  crois, 
regarder  comme  le  chef-d'œuvre  du  sculpteur  liégeois. 
Elle  resta  là  près  d'un  demi-siècle  ,  jusqu'à  la  révolution. 

Une  excursion  dans  le  Luxembourg  me  fit  entrer ,  sur 
L'indication  d'un  ami,  M.  Romain  Beaujean,  de  S'-Hubert , 


—  145  — 

dans  la  petile  église  d'Awenne,  voisine  des  bois  de 
Mirwart.  Le  Saint-Sébastien  d'Evrard  [se  retrouvait  là 
avec  son  autel  complet,  dans  un  milieu  qu'on  ne  leur 
avait  point  destiné. 

Effet  de  sa  beauté ,  le  Saint  paraît  plus  grand,  et  de  plus 
fort  gêné  par  les  ornements  qui  l'entourent.  En  bas,  les 
pieds  de  la  statue  touchent  à  la  table,  et  la  belle  grande 
niche  de  marbre  à  colonnes  a  été  découronnée  faute 
d'espace  sous  la  voûte  ;  le  haut  même  a  été  remplacé  par 
un  trompe-l'œil  en  bois  peint,  et  les  volutes  qui  couron- 
naient l'œuvre  ont  dû  être  supprimées.  Heureusement  le 
Saint  lui-même  reste  bien  conservé:  acheté  pour  17  louis 
avec  l'autel  abbatial,  à  Boignes  ,  entrepreneur  parisien  ,  il 
n'a  perdu  qu'un  doigt  dans  le  cours  de  son  voyage  forcé. 

La  belle  statue  d'Evrard  a  donc  été  préservée  de  malheurs 
plus  grands,  grâce  à  une  petite  et  pauvre  commune  arden- 
naise ,  et  elle  continue  —  à  Awenne  —  à  faire  honneur  à  la 
mémoire  de  son  auteur.  Celui-ci  avait  d'ailleurs  étudié  et 
traité  son  sujet  avec  un  amour  tout  particulier,  puisqu'il 
y  est  revenu  quatre  fois,  l'ébauchant,  le  sculptant,  le 
gravant  de  préférence. 

Evrard  poursuivit  les  travaux  d'embellissement  entrepris 
par  l'abbé  de  Jong.  L'Histoire  Chronique  de  l'abbaye  de 
St-Hubert  (par  Mouzon,  Liège,  1857),  nous  présente  Evrard 
comme  étant  l'auteur  des  belles  stalles  du  chœur  de  l'église 
de  S'-Hubert. 

La  dite  chronique,  faite  généralement  d'après  des  docu- 
ments directs,  mérite  créance.  Je  dois  regretter  néanmoins 
que  des  recherches  particulières  ,  faites  aux  archives 
d'Arlon ,  ne  m'aient  pas  mis  à  même  de  m'éclairer  davan- 
tage sur  les  conditions  de  l'exécution  de  ce  beau  travail , 
ornement  du  chœur  de  l'église.  Les  registres  des  Comptes 
de  l'abbaye  n'ont  pas  été  conservés  au  complet  ;  la  corres- 
pondance de  l'abbé  est  perdue. 

Il  ne  se  trouve  là  qu'un  commentaire,  par  M.  Prat, 


-   U6  — 

l'ancien  archiviste,  complétant  le  manuscrit  de  Hancart.  Il  y 
est  question  de  Gélestin  de  Jong,  qui  entre  autres  déco- 
rations de  l'Eglise  ,  fit  construire  «  ces  stalles  si  magni- 
fiques du  chœur  dont  les  boiseries  représentent ,  celles  de 
droite  la  vie  de  S'-Hubert ,  celles  de  gauche  la  vie  de 
S*-Benoit.  Les  premières  sont  mieux  traitées  :  elles  sont 
dues ,  suivant  toute  apparence ,  à  des  artistes  différents  et 
restés  inconnus.  » 

Sans  doute,  mais  le  changement  de  main  ne  trahit  que 
la  différence  des  praticiens  travaillant  sous  la  direction  de 
l'auteur  principal;  et,  jusqu'à  preuve  du  contraire,  on  peut 
croire,  suivant  le  dire  du  livre  susmentionné,  générale- 
ment sûr  ,  que  l'artiste  employé  par  de  Jong  pour  les  tra- 
vaux du  chœur  a  été  celui-là  même  qu'il  a  choisi  pour 
exécuter  la  décoration  de  la  chapelle  abbatiale,  G.  Evrard. 
Les  stalles  furent  faites  en  deux  ans ,  et  l'on  peut  encore 
aujourd'hui  admirer  ces  boiseries  de  beau  chêne ,  ornées 
dans  leur  partie  supérieure  de  médaillons  où  se  retrouve 
l'art  de  l'école  de  Cognoul  ,  si  habile  à  prévoir  les  effets  du 
relief. 

Les  neuf  panneaux  de  gauche,  en  montant  vers  l'autel, 
représentent  des  scènes  tirées  de  la  vie  de  Sl-Benoil  sui- 
vant l'hagiographie:  l°'Le  saint,  retiré  dans  une  caverne  , 
est  découvert  par  un  religieux.  2°  Benoit  rend  inoffensif 
un  vase  empoisonné  que  lui  présentent  des  moines  dis- 
solus. 3°  Il  chasse  l'esprit  malin  d'un  religieux  possédé. 
4°  Un  de  ses  disciples  marche  sur  l'eau  pour  en  retirer  un 
religieux  en  danger.  5°  A  propos  d'un  oiseau ,  le  saint 
reproche  à  ses  frères  leur  dissipation.  6°  Le  roi  des  Goths, 
Totila,  lui  envoyant  un  officier  revêtu  des  habits  royaux, 
Benoit  découvre  cette  supercherie ,  dont  Totila  se  repent. 
7°  Entretien  de  Benoit  avec  sa  sœur  Scholastique  pendant 
une  pluie  miraculeuse.  8°  Le  saint  fait  creuser  sa  fosse 
6  jours  avant  sa  mort,  —  et  celle-ci  est  le  sujet  du  dernier 
médaillon. 


—  147  — 

Au  côté  droit  se  déroule  l'histoire  légendaire  de 
S'-Hubert.  1°  Hubert  à  la  Cour  de  Neustrie.  2°  Il  est 
marié  par  an  évêque  ù  Floribane ,  fille  du  comte  de  Lou- 
vain.  3°  Rencontre  du  cerf  miraculeux.  4°  Hubert  est 
sacré  évêque  par  le  pape  Serge  I ,  dans  l'église  de  Saint- 
Pierre,  à  Rome.  5°  Apparition  de  Saint-Pierre.  6°  Ren- 
contre des  assassins  de  Saint-Lambert  renversés  par  un 
signe  de  croix.  7°  Exorcisme.  8°  Réception  de  l'Etole 
apportée  par  un  ange.  9°  Mort  du  saint  entouré  de  ses 
disciples  et  de  son  fils  Floribert. 

Ces  dix-huit  tableaux  ont  été  tirés,  non  sans  adresse  au 
point  de  vue  de  la  plastique,  tant  de  la  vie  du  fondateur  de 
la  règle  suivie  au  monastère  que  de  celle  du  patron  de 
l'église  ;  et,  avant  d'être  taillés  dans  le  chêne  ardennais,  ils 
sont  sortis  de  cartons  très-étudiés.  Il  suffit  de  jeter  un  coup 
d'œil  sur  les  titres  de  toutes  ces  scènes  pour  en  apprécier 
la  variété.  L'exécution  est  très-juste,  et,  à  comparer  le 
mérite  des  deux  séries ,  celle  des  actes  de  S^Renoit  parait, 
à  mon  avis,  l'emporter,  grâce  surtout  à  l'habileté  de  la 
main  de  l'ouvrier. 

Après  avoir  quitté  Saint-Hubert,  Evrard,  dans  le  but  de 
faire  connaître  une  partie  de  son  œuvre,  tant  à  son  avan- 
tage qu'en  l'honneur  de  l'abbé  ,  grava  à  l'eau  forte  son 
Sl-Sébastien,  la  plus  classique  de  ses  statues  :  quelques 
rares  amateurs  Liégeois  en  possèdent  encore  des  estampes. 
La  gravure  porte  en  souscription  :  «  Statua  posta  nella 
Capella  dell'  Eccm0  e  Revmo  Signore  D.  Celestino  Déjoue 
Abbate  di  S.  Uberto,  a  eut  viene  dicata,  et  per  primo 
assagio  in  acqua  forte  dà  Guglieimo  Evrard  scultore  et 
autore. 

Ce  qui  veut  dire  :  «  Statue  placée  dans  la  chapelle  de 
l'Excellenlisshne  et  Révérendissime  Seigneur  Dom  Célestin 
Dejonc  ,  abbé  de  Saint-Hubert,  à  qui  elle  est  dédiée,  comme 
premier  essai  à  l'eau  forte,  par  Guillaume  Evrard,  sculpteur 
et  auteur.  » 


—  us  - 

Ne  pouvant  faire  sa  dédicace  en  latin,  l'artiste  employa 
la  langue  italienne,  argument  à  citer  en  faveur  de  la  réalité 
du  séjour  de  l'artiste  à  Rome. 

Premier  essai ,  dit  l'auteur  dans  sa  dédicace.  L'assertion 
n'est  pas  précisément  exacte.  Faisant  une  promenade  sur 
les  bords  de  la  Meuse,  à  Souverain- Wandre ,  j'ai  eu  la 
bonne  fortune  de  retrouver  des  cuivres  gravés  d'Evrard. 
M.  le  curé  J.  Gaillard,  qui  les  tient  de  famille,  les  possède 
encore.  Ces  pièces  taillées  sont,  suivant  les  sujets  :  1°  deux 
hommes  soulevant  une  poutre;  2°  la  grande  et  belle  planche 
du  Saint-Sébastien  ;  enfin  3°  une  autre  ,  petite  et  antérieure 
à  celle-ci,  représentant  un  premier  essai  de  la  tête  seule 
du  saint,  et  le  haut  de  ce  tronc  de  chêne  auquel  le  martyr 
presque  nu  et  percé  d'une  flèche  est  attaché.  L'auteur  n'a 
donc  continué  son  travail  de  graveur  qu'après  un  autre 
premier  essai  fructueux.  L'entaille  de  ces  cuivres  est  encore 
assez  bien  conservée  pour  que  j'aie  pu  demander ,  en  1885  , 
à  M.  Muraille,  puis  à  M.  De  Witte,  d'en  faire  imprimer  des 
exemplaires  à  l'intention  de  quelques  amis. 

A  défaut  du  Sl-Sébastien  complet,  dont  les  dimensions 
dépassent  le  format  de  nos  publications  ,  nous  offrons  au 
lecteur  l'estampe  du  cuivre  ancien  du  tout  premier  essai 
d'Evrard,  inconnu  jusqu'ici  et  de  nature  à  intéresser  ceux 
qui  recherchent  l'inédit.  On  y  a  joint  sur  la  même  feuille 
les  deux  hommes  à  la  poutre,  pièce  qui  rend  bien  le 
caractère  des  croquis  du  temps. 

Revenons-en,  pour  finir,  à  ces  mausolées  élevés  par  la 
main  d'Evrard  dans  notre  ancienne  cathédrale  de  Saint- 
Lambert,  les  plus  importantes  de  ses  œuvres  si  l'on  consi- 
dère qu'elles  intéressent  à  la  fois  l'architecture  et  la  sta- 
tuaire et,  directement,  F  histoire  même  du  pays. 

Le  premier  des  trois  mausolées  qu'Evrard  exécuta  est, 
dans  l'ordre  des  prélatures ,  celui  du  Prince-Évêque 
Georges-Louis  de  Berghes,  qui  mourul  précisément  en 
l'année  1724,  peu  après  le  retour  d'Italie  d'Evrard. 


—  149  — 

P.  Gauchois  (Gloires  Liégeoises) ,  décrit  ainsi  le 
monument  : 

«  Le  mausolée  du  prince-évêque  Georges-Louis  de 
Berghes  ,  en  marbre  noir  et  blanc ,  avec  ornements  en 
bronze  doré  et  en  marbre  d'Auvergne  rose  mêlé  de  violet , 
de  vert  et  de  jaune,  était  érigé  du  côté  de  l'épître  dans  le 
chœur  de  la  Cathédrale.  Il  était  surmonté  d'une  pyramide 
en  marbre  noir,  contre  laquelle  s'appuyait  une  statue 
représentant  la  Renommée,  qui,  au  son  de  la  trompette, 
semblait  publier  les  verdis  du  Prince,  dont  elle  montrait 
le  buste  sculpté  en  bas-relief.  Aux  deux  eûtes  du  mausolée 
s'élevaient  deux  enroulements  en  marbre  noir,  occupés 
par  deux  génies  soutenant,  l'un,  les  attributs  de  l'épiscopat, 
l'autre  ceux  du  pouvoir  temporel  ;  sur  le  faisceau  porté  par 
ce  dernier  génie,  on  lisait  le  nom  de  l'intelligent  sculpteur 
Evrard.  Ce  mausolée  était  envisagé  comme  le  chef-d'œuvre 
de  ce  savant  artiste.  La  statue  de  la  Renommée  réclamait 
particulièrement  un  légitime  tribut  d'éloges  pour  sa  pose 
gracieuse,  pleine  d'expression,  et  tout  son  ensemble  qui  la 
rapprochait  du  bel  antique.  » 

L'inscription  disait  : 

HIC    JACET 

GEORGIUS-LUDOVICUS,  ex  comitibus  a  BERGHIS, 

SlTI  NOMINIS  TERTIUS,  EPISCOPUS  ET  PRINCEPS  LEODIENSIS , 

STIRPIS  SUAE  ULTIMUS. 

ANNIS   PROPE    XX.    ECCLESIAM    REXIT. 

SUPRA  EGENUM  ET  PAUPEREM  ITA  INTELLEXIT, 

UT    VIVENS    ALUER1T  , 

Et  ne  moriendo  desereret,  haeredes  SCRIPSERIT. 

Prudentia,  modestia,  fides,  pietas,  religio,  cultus 

d1vini  zelus,  haeretic.f  novitatis  extirpatio, 

ecclesle  providum  pastorem  , 

Patrlf   BENIGNUM   PBINCIPEM 

coelo,  terrieque  immortalem  fecerunt. 

defuncti  piè  memento  , 

Et  ut  discas  mori,  vive  hoc  exemplo. 

ELECTUS  7  FEB.  1724.  OBIIT  5  XbrIS  1743,  /EtATIS  SU.E  81. 


—  t50  - 

De  ce  monument  il  ne  nous  reste  qu'un  médaillon  et 
deux  génies,  conservés  heureusement  au  Séminaire  de 
Liège,  où  ils  sont  mieux  sans  doute  dans  la  grande  salle  du 
réfectoire  que  dans  le  grenier  d'un  musée  spécial.  Le 
médaillon  représente  le  portrait  de  Georges-Louis,  d'as- 
pect modeste,  aussi  simple  d'apparence  et  de  facture 
que  celui  du  chanoine  Jean  de  Surlet  qui  orne  encore 
aujourd'hui  le  dessus  de  la  petite  porte  de  l'hospice 
des  Femmes  incurables,  rue  du  Vert-Bois.  Au  caractère 
de  réalité  qu'offre  l'image  du  Prince  ,  on  doit  conclure 
qu'Evrard  pratiqua  avec  succès  l'art  difficile  du  portrait 
en  relief.  En-dessous,  sur  une  handerolle,  est  reproduit 
ce  texte  du  testament  de  Georges-Louis  :  J'institue 
pour  mes  héritiers  universels  mes  frères ,  les  pauvres 
de  la  ville  de  Liège.  Quant  aux  deux  petits  génies,  distraits 
aussi  du  monument  principal,  et  portant  l'un  avec 
vaillance  les  insignes  du  pouvoir  temporel ,  l'autre 
avec  grâce  et  douceur  les  attributs  spirituels,  ils  sont 
charmants  d'intention  et  de  rendu. 

Si  le  mausolée  de  Georges-Louis  est  en  débris,  il  ne 
reste  rien,  que  je  sache  de  celui  de  son  successeur  Jean- 
Théodore  de  Bavière.  Le  cardinal  était  représenté  debout 
à  côté  d'une  table  chargée  des  attributs  de  la  Principauté. 
Au-dessous  (V.  Ophoven,  continuation  du  Recueil  héral- 
dique, page  153),  on  lisait  :  Hic  Jacet  Johannes  Theodorus, 
Dei  gratia  utriusque  Bavariae  dux ,  sacrae  Romanac  ccclc- 

siae  CardinaliSj  Episcopus  et  Princeps  Leodiensis ,  etc 

Obiit  XXVIIJan.  MCCLXVII. 

Ce  magnifique  monument,  écrit  l'auteur  de  l'Essai  his- 
torique sur  l'ancienne  Église  cathédrale  de  Sl-Lambert, 
faisait  le  plus  grand  honneur  à  l'artiste  qui  l'avait  conçu  et 
exécuté.  C'était  comme  une  grande  mosaïque  où  le  por- 
phyre, le  serpentin  ,  le  jauni'  antique  ,  le  turquin  et  beau- 
coup d'autres  marbres  avaient  été  prodigués. 


—  151   - 

L'art  d'Evrard  contribua  aux  honneurs  publics  rendus 
au  troisième  prince  qui  suivit. 

Le  Prince  Charles-Alexandre  d'Oultremont  étant  mort 
le  22  octobre  1771  ,  fut  inhumé  dans  le  chœur  de  l'église 
Cathédrale  du  côté  de  l'Evangile;  sa  famille  lui  fit  ériger 
un  beau  mausolée  de  marbre  et  chargea  notre  sculpteur 
de  l'exécution  de  cette  œuvre  importante. 

On  y  grava  l'inscription  suivante  : 

D.  0.  M. 

HIC     JACET 

CAROLUS-NICOLAUS-ALEXANDER 

E  Patriis  comitibus  ab 

OULTREMONT , 

Episcopus  et  Princeps  Leodiensis,  etc. 

Natus  26  junii  1716 

Electus  20  aprilis  1763 

Morte  improvisa  e  vivis  sublatus 

22  octobris  1771. 

Patrem  Patria  ,  Pastorem  Religio 

cltius  eheu  !  sibi  pr.ereptum 

LUGENT. 
R.       I.       P. 

Lorsque  la  Cathédrale  fut.  abattue,  après  le  désordre  de 
la  révolution,  la  famille  d'Oultremont  veilla  sur  les  cendres 
d'un  de  ses  collatéraux,  souverain  du  pays,  et  elle  put 
faire  transporter  le  monument  funéraire  du  Prince  Charles 
dans  la  chapelle  privée  d'un  de  ses  châteaux  ;  c'est 
ainsi  que ,  des  trois  beaux  mausolées  dus  au  ciseau 
d'Evrard,  un  au  moins  nous  a  été  conservé.  Ce  monument 
n'a  pas  été  transféré  à  la  chapelle  de  Lexhy ,  près  Fexhe , 
comme  un  renseignement  erronné  l'a  fait  croire  à  l'auteur 
de  l'article  sur  Evrard  publié  par  la  Biographie  nationale. 


—  152  — 

Il  y  a  bien  à  Lexhy  un  mausolée  de  marbre  blanc ,  mais  il 
provient  de  l'ancienne  église  des  Dominicains  et  repré- 
sente le  baron  Jacques-Ignace  de  Surlet  et  sa  femme. 
Sous  le  pavé  de  la  même  chapelle  reposent  encore  les 
restes  d'un  évêque,  ceux  de  Zaepfell ,  premier  évêque  de 
Liège  de  ce  siècle.  —  Une  pieuse  translation  a  fait  revenir 
dans  la  chapelle  castrale  de  Warnant-d'Oultremont  la 
tombe  du  prélat  qui  était  mort  à  Warfusée  d'une  apoplexie 
au  retour  d'une  partie  de  chasse,  le  22  octobre  1771. 
Gomme  dans  les  églises  Ste-Croix  et  S'-Denis,  à  Liège, 
comme  à  Awenne ,  on  se  trouve  donc  là  en  présence 
d'un  de  ces  monuments  élevés  par  le  talent  d'Evrard , 
rares  aujourd'hui. 

Le  château  d'Oultremont ,  où  ont  été  ramenés  sur  des 
chariots  les  marbres  du  mausolée ,  racheté  publiquement 
à  vil  prix  comme  tant  d'autres  débris  de  S^Lambert , 
s'élève  sur  le  plateau  de  Warnant,  qui  domine  la  vallée  de 
la  Méhaigne  en  même  que  les  villages  de  Fumai  et  de  Fal- 
lais.  A  la  droite  de  l'entrée  flanquée  de  tourelles  de  ce 
vaste  château  hesbignon  ,  d'architecture  rustique ,  mais 
imposant  et  aujourd'hui  trop  tôt  délaissé,  s'élève,  près  de  la 
route,  la  chapelle  réédifiée  en  1649;  celle-ci  n'est  plus 
visitée  qu'une  fois  l'an  par  la  procession  paroissiale ,  et 
l'on  a  vite  fait  de  constater  l'abandon  où  elle  se  trouve, 
malgré  les  blasons  qui  ornent  l'autel.  A  la  gauche  de  celui- 
ci  ,  entre  les  deux  fenêtres,  se  dresse  le  mausolée  du 
prince-évêque ,  seul  ornement  du  petit  édifice.  Sa  hauteur 
est  de  4  à  5  mètres;  la  largeur,  de  3  m.  environ.  L'ensemble 
se  compose  d'une  grande  niche  d'autel,  de  style  Renais- 
sance, et  dont  deux  colonnes  ioniques  supportent  la  voûte: 
elle  encadre  tout  le  mausolée,  dont,  les  diverses  parties 
sont  superposées  sans  faire  grande  saillie.  C'est  d'abord  la 
face  d'une  grande  pyramide  funéraire  contre  laquelle  s'élève 
le  perron  liégeois,  supporté  par  trois  lions  :  à  droite,  une 


-   153  — 

figure  allégorique  de  la  Douleur,  de  grandeur  naturelle; 
elle  essuyé  ses  larmes  et  se  voile  la  face  de  la  moin  gauche, 
tandis  que  sa  droite  s'appuye  sur  un  médaillon  ,  lequel  est 
soutenu  en  bas  par  un  petit  génie  tenant  une  torche  ren- 
versée. Le  médaillon  renferme  en  bas-relief  le  portrait 
du  défunt,  une  large  et  tranquille  figure;  le  buste 
porte  l'hermine  et  la  croix  épiscopale.  En  dessous  ,  un 
sarcophage  d'apparat  (  lm50)  sur  pieds  de  lions;  enfin,  une 
table ,  qui  sert  de  base  au  tout  et  dont  la  face  antérieure 
porte  l'inscription  funéraire. 

Bien  qu'on  se  trouve  en  présence  d'un  monument 
descellé,  toutes  les  parties  ont  été  généralement  bien 
rassemblées,  et  seul  le  coin  droit  du  sarcophage  a  été 
ébréché.  La  tète  du  petit  génie  a  été  remise  aussi  un  peu 
de  travers,  mais  ,  abstraction  faite  de  ce  détail ,  c'est  bien 
encore  cette  partie  du  monument  qui  reste  la  mieux  exé- 
cutée, et  l'on  peut  à  ce  sujet  remarquer  qu'Evrard  excellait 
à  rendre  ces  petits  amours,  dont  l'art  de  l'époque  s'est 
évertué  à  multiplier  la  représentation. 

La  couleur  dos  marbres  a  été  justement  choisie  :  le  blanc 
et  le  bleu  ardoisé  sont  dos  couleurs  qui  conviennent  à  un 
monument  funèbre,  et  c'est  bien  une  impression  de  deuil 
qu'inspire  le  monument  d'Evrard,  Sauvé  dos  ruines  de 
S'-Lambert,  rapporté  on  pleine  Hesbaye  pour  se  retrouver 
dans  l'antique  manoir  patrimonial  désert  à  son  tour,  ce 
mausolée  d'un  de  nos  princes  est  fait  pour  rappeler  bien 
des  souvenirs! 

S'il  n'excite  pas  l'admiration  qu'on  ressent  à  la  vue  de 
tel  petit  chef-d'œuvre  dont  l'achèvement  et  lo  fini  font  le 
prix,  il  est  on  revanche  conçu  dans  les  grandes  proportions 
de  la  statuaire  monumentale  et  décorative  :  il  fut  et  reste 
un  morceau  de  cathédrale. 

On  n'a  pu  me  dire  à  Warnant  si  le  monument  recouvrait 
les  restes  du  Prince,  et  peut-être  y  ont-ils  été  déposés 


—  154  — 

clanculum  ;  d'autre  part ,  il  nous  reste  à  Liège  des  pièces 
écrites  qui  en  disent  assez  sur  le  sort  des  caveaux  des 
princes-évêques ,  retrouvés  lorsqu'on  déblaya  les  dé- 
combres de  S*-Lambert. 

Une  lettre  du  21  mars  1810,  signée  M.  d',  c'est-à-dire 
Micoud  d'Umons,  et  adressée  au  ministre  des  cultes,  relate 
que  des  ouvriers  employés  au  déblaîment  de  l'ancienne 
cathédrale  ont  trouvé  le  cercueil  d'un  ancien  prince-évêque, 
Érard  de  la  Marck  ,  et  que  le  cercueil  de  plomb  a  été 
déposé  à  la  cathédrale  nouvelle  ;  d'autres  exhumations  du 
même  genre  ont  suivi,  et  MM.  les  chanoines  de  Sl-Paul 
proposent  de  faire  creuser ,  pour  y  déposer  ces  cendres, 
un  caveau  dans  l'arrière-chapelle,  près  du  chœur.  Des 
habitants  demandent  d'environner  de  quelque  solennité 
cette  réinhumation  et  l'on  attend  toujours  les  ordres  de 
Son  Excellence... 

«  D'un  autre  côté,  est-il  dit,  M.  d'Oultremont,  neveu  de 
l'un  de  ces  princes-évêques,  réclame  les  cendres  de  son 
oncle  et  demande  l'autorisation  de  les  réinhumer  dans  ses 
terres.  » 

«  Il  convient  que  ces  corps  ne  restent  pas  plus  longtemps 

sans  sépulture,    et  je  prie  V.  E.  de  me  faire  connaître 

ses  intentions  relativement  à  ces  dernières  demandes.  » 

Voici  le  texte  même  de  la  requête  du  comte  d'Oultremont  : 

«  Monsieur  le  Préfet  , 

»  Informé  qu'en  Déblayant  les  Décombres  de  L'ancienne 
»  cathédrale  ,  on  a  Découvert  le  tombeau  et  retiré  le 
»  cercueil  qui  renferme  la  dépouille  de  ieu  mon  cher 
»  oncle  ,  Charles  nicolas  alexandre  d'Oultremont,  en  son 
»  vivant  Èvèque  et  prince  de  Liège,  déposé  maintenant 
»  dans  une  place  de  la  cathédrale  de  Sl-paul  ;  je  desirerois 
»  reunir  ces  cendres  à  celles  de  mes  ancettres,  qui  reposent 
»  dans  le  caveau  de  ma  chapelle  castrale   d'oultremont 


—  155  - 

»  Espérant  que  vous  voudrez  bien  m'accorder  ma 
»  demande,  j'ai  l'honneur  d'être 

»  Monsieur  Le  préfet 

»  Votre  très  humble  serviteur 

»  d'oultremont. 

«  Oultremont ,  ce  15  février  4810. 

»  A  Monsieur  le  baron  de  Micoud ,  préfet  du  Departe- 
»  ment  de  l'Ourthe,  en  son  hôtel,  à  Liège.  » 

La  requête  porte  ces  apostilles  marginales ,  de  la  main 
de  Micoud  d'Unions  : 

«  Le  ministre  de  l'intérieur  n'ayant  pas  répondu  ,  je 
»  crois,  il  faudra  écrire  à  celui  des  cultes.  » 

«  Plus  rien  à  faire  en  ce  moment,  on  a  écrit  il 
y  a  10  jours  aux  Mtres  de  l'intérieur  et  des  cultes.  » 

M.  D. 

Il  ne  fut  jamais  autrement  répondu. 

Les  chanoines  construisirent  le  caveau  commun  à  leurs 
risques  et  périls  ,  et  peut-être  bien  voulait-on  en  venir  à 
cette  simple  solution  de  fait.  L'inscription  de  S'-Paul  ne 
porte  pas  le  nom  d'Oultremont,  à  côté  de  ceux  d'Erard, 
de  Georges  d'Autriche  et  de  Hoensbroeck,  seuls  indiqués. 

Evrard  avait  25  ans  à  la  mort  du  Prince  Georges-Louis 
de  Bergh  (1744) .  5i  ans  quand  mourut  Jean-Théodore  de 
Bavière  (1743),  62  au  décès  du  Prince  Charles  d'Oultremont. 

Vingt  années  le  séparaient  encore  de  sa  propre  fin; 
ainsi ,  après  avoir  coopéré  à  l'inhumation  solennelle  d'un 
premier  Prince-Évêque  ,  il  vécut  sous  le  principat  de  cinq 
autres,  les  derniers.  Velbruck  qui  le  vit  travailler  après 
1771  au  monument  d'Oultremont,  décerna  à  l'artiste  âgé 
déjà,  et  qui  avait  dépassé  le  temps  de  la  grande  activité ,  le 
titre  de  sculpteur  de  Son  Altesse  le  Prince  de  Velbruck. 

Après  la  mort  de  ce  dernier  (1784),  Evrard  assista  aux 


—  i56  — 

péripéties  du  règne  tourmenté  de   Hoensbroeck  (1792), 
comme  il  vit  le  règne  éphémère  de  Méan. 

Les  rois  de  France  logeaient  au  Louvre  les  artistes  qui  se 
distinguaient  sous  leur  règne  :  ils  appartenaient  au  Roi  par 
un  titre  connu  ;  au  Palais,  en  suite  d'un  séjour  permanent. 
Evrard  trouva ,  dit-on  ,  une  retraite  au  château  des  Princes- 
Évêques  à  Seraing.  La  tradition  orale,  conservée  dans  une 
ancienne  famille  de  sculpteurs  Liégeois,  assigne  à  Evrard 
ce  dernier  poste ,  et  elle  me  paraît  tout  à  fait  vraisemblable. 
Outre  le  voisinage  du  lieu  de  sa  sépulture ,  à  Tilleur,  vis-à- 
vis  du  Château,  je  trouve  à  Seraing  même  la  trace  de  l'ins- 
tallation d'Evrard  dans  cette  résidence. 

Dans  le  registre  de  l'état-civil  de  Seraing ,  commencé  en 
1753,  on  rencontre  au  bout  du  volume  une  Liste  des 
manans  de  la  pavoise  de  Serain  sur  Meuse,  dressée  en 
1762  à  l'occasion  d'un  impôt  de  capitation.  Elle  a  été 
rejointe  dans  le  volume  par  les  inscriptions  mortuaires 
allant  jusqu'à  l'année  1777,  et  elle  a  été  alors  revisée  pour 
servir  à  nouveau  :  elle  porte,  d'une  encre  plus  noire  (celle 
de  l'ancien  état-civil),  des  traits,  des  remarques,  certaines 
corrections  faites  pour  la  mettre  au  courant.  Or,  à  la  368e 
maison ,  il  y  a  l'inscription  ancienne  : 

«  Lambert  Sépulcre,  mre  jardinier  du  potager  de  S.E.C., 
Marguerite  Cornet,  son  épouse;  Elisabeth  1  enfant; 
Marguerite  10  ans.  » 

Et,  en  dessous  du  même  article,  il  a  été  ajouté  : 

Mr  Evrard  au  Château. 

Nous  pouvons  donc  croire  que  notre  sculpteur  vivait  là 
vers  le  milieu  du  règne  de  Velbruck  (1772-84),  ayant  trouvé, 
avec  un  logement  dans  les  dépendances  du  palais ,  le  vivre 
et  le  couvert;  cela  sans  doute  en  vertu  du  titre  de  Sculpteur 
de  son  Altesse,  donné  à  celui  qui  avait  élevé  le  catafalque 
de  marbre  de  trois  Princes;  car  je  cherche  en  vain  dans  la 


-  157  - 

longue  liste  des  personnes  attachées  à  la  cour  de  Seraing , 
parmi  ces  charges  d'apparat  ou  ces  offices  de  valet,  la 
qualification  dont  on  aurait  pu  autrement  investir  un 
sculpteur. 

La  retraite  d'Evrard  ne  resta  point  tranquille  et  sûre,  et 
sans  doute  ce  ne  fut  pas  sans  un  étonnement  profond  qu'il 
vit  s'écrouler  pièce  à  pièce  la  puissance  ecclésiastique  et 
toute  cette  société  religieuse  qui  lui  avait  confié  l'exécution 
de  tant  de  travaux:.  Il  vit  l'entrée  des  Autrichiens  comme 
l'invasion  française,  la  fuite  même  de  Hoenshroeck.  Un  an 
encore ,  et  il  pouvait  prévoir  la  destruction  prochaine  de 
ses  marbres  à  S'-Lambert. 

Du  jour  où  le  Prince  quitta  ,  pour  se  réfugier  en 
Allemagne,  le  château  de  Seraing,  26  août  1789,  les  annales 
de  celui-ci  appartiennent  à  l'histoire  de  la  révolution ,  qui 
le  décréta  propriété  nationale ,  en  fit  l'hôpital  Égalité  , 
finalement  un  magasin  à  poudre. 

Exproprié,  lui  aussi,  le  vieil  Evrard  dut  se  réfugier  à 
Tilleur,  sur  l'autre  rive  de  la  Meuse.  Le  passage  du  fleuve 
se  faisait  un  peu  en  aval  du  château  de  Seraing,  par  le  bac 
du  Prince  ;  il  conduisait  à  l'église  comme  au  cimetière  de 
Tilleur.  Là  fut  précisément  la  dernière  demeure  du 
sculpteur  liégeois. 

M.  le  chanoine  Schoofs,  ancien  desservant  de  la  localité, 
m'a  communiqué  l'inscription  mortuaire  d'Evrard,  extraite 
des  registres  paroissiaux,  où  je  l'ai  vérifiée  : 

Anno  1193  Julii  10°  die  obiit  dous  Gulielmus  Evrard 
sculptor,  aelat.  83  omnibus  munitus  sacramenlis  in  cœme- 
terio  nostro  sepullus. 

Evrard  donc  est  mort  à  l'âge  de  83  ans,  célibataire  (vu 
l'absence  de  la  qualification  de  conjoint),  le  10  juillet  1793, 
et  il  a  été  inhumé  au  cimetière  de  Tilleur,  avec  les  pauvres, 
et  non  dans  quelque  caveau  de  l'église,  car  il  n'est  point 
dit  :  in  sepulchro  templi. 


—  158  — 

Aujourd'hui,  l'ancienne  église  est  en  ruines;  le  cimetière 
est  un  lieu  ouvert  à  tout  venant  et  dévasté  :  il  n'y  a  là  plus 
de  traces  d'Evrard  ni  de  tant  de  contemporains.  . 

Telles  sont  les  données  que  j'ai  pu  recueillir  pour 
esquisser  cette  biographie  de  Guillaume  Evrard ,  sculp- 
teur Liégeois,  non  sans  quelque  peine,  même  parfois 
inutilement  employée  :  car ,  au  contraire  de  nos  peintres 
et  de  nos  graveurs ,  nos  statuaires  paraissent  avoir  été 
déshérités  de  la  part  de  mémoire  qui  revenait  à  leur  nom. 

Sans  doute  ces  renseignements  ne  sont  pas  complets  ; 
mais  une  exhumation  tardive  peut-elle  donner  tous  les 
résultats  qu'on  désire  ?  Des  amateurs  «  de  loisirs  studieux  » 
ne  manqueront  pas  d'ailleurs  de  recueillir  plus  de  détails 
personnels ,  d'augmenter  la  liste  du  catalogue  des  œuvres 
de  l'artiste.  Peut-être  aurais-je  attendu  l'occasion  de  le 
faire  aussi ,  s'il  n'était  d'expérience  commune  qu'à  tarder 
pour  en  savoir  davantage ,  on  risque  souvent  de  laisser 
s'oublier  ce  que  l'on  a  pu  apprendre. 


J.   E.   DEMARTEAU. 


LES   AVOCATS 


COUR  SPIRITUELLE  DE  LIEGE 


DE     160  4     A    1794 


De  toutes  les  anciennes  institutions  liégeoises,  c'est 
peut-être  le  tribunal  de  l'Official ,  nommé  aussi  la  Cour 
spirituelle,  qui  a  été  le  moins  étudié  dans  les  temps  actuels. 
On  a  quelque  peine  à  se  figurer  aujourd'hui  qu'un  tribunal 
ecclésiastique,  seul  juge  compétent  du  clergé  en  général, 
exerçât  aussi  sa  juridiction  sur  les  laïcs ,  et  cela  dans  une 
foule  de  cas.  Il  l'exerçait  d'abord  par  droit  de  prévention 
avec  les  tribunaux  séculiers  ;  il  connaissait  ensuite  des  tes- 
taments et  des  contrats  de  mariage;  il  autorisait  la  vente  des 
biens  des  mineurs;  il  fesait  séquestrer  les  fils  de  famille 

u 


—  160  - 

débauchés  et  les  gens  de  mauvaise  vie;  seul ,  enfin,  il  était 
compétent  pour  recevoir  le  serment  des  avocats.  Au 
surplus,  sa  juridiction  était  loin  d'être  nettement  définie, 
et  ses  longs  conflits  avec  le  tribunal  des  Échevins  ont 
troublé  le  sommeil  de  maint  jurisconsulte. 

L'official  avait  pour  assesseurs  perpétuels  deux  avocats 
fiscaux,  qui  l'aidaient  de  leurs  conseils  et  tenaient  sa 
place  au  besoin.  Un  troisième  fonctionnaire  ou  greffier , 
nommé  sentencier,  complétait  le  tribunal  avec  l'assis- 
tance d'autant  d'audienciers  et  de  clercs  que  le  service 
l'exigeait. 

L'avocat  qui  avait  prêté  serment  devant  l'official  était 
apte  à  prendre  la  parole  devant  tous  les  tribunaux  du  pays, 
à  l'exception  toutefois  du  Conseil  ordinaire ,  où  il  fallait 
prêter  un  serment  spécial. 

Par  son  serment,  l'avocat  promettait  d'être  fidèle  et 
obéissant  au  Prince-Évêque  ,  au  grand  vicaire  et  à 
l'official ,  d'observer  les  statuts  de  la  cour ,  de  n'accepter 
sciemment  aucune  mauvaise  cause ,  de  ne  demander 
aucune  remise  superflue  et  de  ne  rien  proposer  de 
vexatoire  pour  autrui. 

Il  était  défendu  aux  avocats  d'acheter  aucune  action,  ou 
de  faire  accord  avec  les  clients  pour  avoir  part  à  la 
cause,  ou  de  la  poursuivre  à  leurs  dépens.  Enfin,  ils 
étaient  obligés  de  servir  les  pauvres  gratis  à  la  requête 
de  l'official. 

Les  documents  anciens  ne  mettent  aucune  restriction 
d'âge  à  l'admission  des  avocats,  et  leur  nombre  était  illi- 
mité. Us  n'étaient  point,  comme  de  nos  jours,  constitués 
en  ordre,  mais,  comme  on  vient  de  le  voir,  l'action 
disciplinaire  s'exerçait  sur  eux  par  la  cour  elle-même, 
qui  tenait  aussi  la  matricule  de  toutes  les  prestations 
de  serments. 


—  161  — 

En  4660,  le  sentencier  Guillaume  de  Harenne  (l)  fut 
chargé  de  compulser  ses  registres  et  de  dresser  une  liste 
des  avocats  par  ordre  d'admission.  Son  travail  ,  qui 
remonte  à  l'an  1604,  fut  complété,  par  ses  clercs,  sans 
doute,  jusqu'en  1687,  date  de  sa  mort.  Cette  liste,  rédigée 
en  latin,  paraît  complète  et  a  servi  de  base  à  cette 
publication. 

Une  seconde  liste  d'avocats ,  extraite  des  archives  de  la 
cour  et  s'étendant  de  1667  à  1730,  fut  formée  par  Bernard- 
Grégoire  Frerart ,  secrétaire  de  l' officiai  en  1730.  En  la 
comparant  à  la  précédente  pour  les  vingt  années  com- 
munes, on  s'aperçoit  de  suite  qu'elle  est  incomplète.  Son 
rédacteur  a-t-il  voulu  se  borner  à  inscrire  les  avocats 
encore  en  vie  ou  les  plus  notoires  d'entre  eux ,  on  ne 
saurait  le  dire.  Quoiqu'il  en  soit,  nous  lui  empruntons, 
à  défaut  d'autres  sources,  notre  deuxième  liste,  qui  s'étend 
de  1687  à  1716. 

Dans  la  publication  de  ces  deux  documents,  nous  avons 
scrupuleusement  respecté  l'orthographe  des  noms  de 
famille,  même  quand  elle  nous  a  paru  altérée.  Cette 
remarque  s'applique  surtout  à  l'usage  de  la  particule. 

A  partir  de  l'année  1716,  les  registres  aux  prestations 


(i)  Guillaume  de  Harenne,  né  à  Liège  en  1616,  fut  nommé  sen- 
tencier de  l'official  par  commission  du  16  février  1657  ;  trois  ans  plus 
tard,  il  obtint,  en  outre,  la  charge  de  commissaire  de  la  Cité,  et 
mourut  le  23  juillet  1687. 

Ses  successeurs,  dans  les  fonctions  de  sentencier,  furent  : 

Guillaume  Peumans ,  qui  mourut  le  15  mars  1692 . 

Melchior  Bailly ,  encore  en  charge  en  1720. 

Gérard  Bailly. 

André  de  Melchiors,  nommé  en  1737. 

Jacques-Sébastien  de  Daniels  ,  nommé  le  3  mars  1758. 

Gaspar-Josepb  de  Gilot. 

N.  de  Rome ,  en  1789. 


—  162  — 

des  serments  des  avocats ,  notaires  ,  procureurs  ,  sont 
conservés  et  font  partie  des  archives  de  l'État.  Il  nous 
a  donc  été  facile  de  dresser  la  troisième  liste  d'une 
manière  complète  et  d'indiquer  le  plus  souvent  l'Uni- 
versité où  le  récipiendaire  obtint  son  grade  de  licencié 
ès-droit ,  ainsi  que  la  date  du  diplôme.  On  constatera 
que  c'était  Pont-à-Mousson  que  la  plupart  des  jeunes 
Liégeois  choisissaient  pour  y  faire  leurs  études. 


I 


Nomina  et  cognomina  dd.  advocatorum  curiae  spiri- 
tualis  Leodiensis.  collecta  per  Guilhelmum  de 
Harenne  sentenciarium,  ex  archivis  curiae  juxta 
ordinem  admissionis  eorumdem,  die  prima  mensis 
aprilis  1660. 

4604. 
29  novembre.  —  Ambroise  Loets. 

1609. 
5  mai.  —  Arn.  Jaminet. 

1610. 

4  mai.  —  Eustache  Liverloz. 

Échevin  de  Liège ,  1627-1668. 
17  juillet.  —  Daniel  Raymundi. 
20  septembre.  —  Thomas  Sauveur. 
29  novembre.  —  Lambert  Ursinus  a  Lapide. 

Lambert  van  den  Steen  ;  le  surnom  d' Ursinus  lui  venait  de  sa 
mère  Jeanne  de  Champs  ou  a  Campo,  qui  demeurait  à  VOurs. 
Il  devint  échevin  de  Liège  en  1623 ,  fut  conseiller  privé,  seigneur 
de  Saive  et  mourut  en  1669. 

1611. 

11  avril.  —  Louis  Ogier. 

20  septembre.  —  Laurent  Clerici. 


—  164  — 

1612. 

15  décembre.  —  François  Fléron. 
24  décembre.  —  François  Liverloz. 

1613. 

20  décembre.  —  Léon  Lintermans. 

1614. 

14  août.  —  Lib.  Boesman. 

1615. 

20  septembre.  —  Guillaume  Scroets. 

Né  à  St-Trond,  1590.  Échevin  de  Vliermael,  1632-1648. 

15  octobre.  —  Thomas  Sclessin. 

26  octobre.  —  Henri  d'Oupée  ,  prêtre. 

1616. 

14  avril.  —  Conrard  Blisia. 

Bourgmestre  de  Liège  en  1640,  1645,  1659,  1664,  1670  et  1675 
Président  du  Conseil  ordinaire  de  la  Cité.  Conseiller  aulique. 

1617. 

15  septembre.  —  Nicolas  Plenevaulx. 

1618. 
7  février.  —  Adam  Vorssen. 

1619. 
18  juillet.  —  Jean  Vervins. 

1620. 

9  avril.  —  Jean  Tornaco. 

13  avril.  —  Lambert  Woot  de  Trixhe. 

30  avril.  —  Godefroid  Nessel. 

28  octobre.  —  Mathias  Dans. 


—  165   - 

31  ootobre.  —  Antoine  Ursinus. 

Chanoine  à  Maestricht.  Mort  à  Rome  en  1662. 
18  novembre.  —  Antoine  Bawin. 

1621. 

5  mars.  —  Jean  Marche. 
25  juin.  —  Jean  Goeswin. 
25  juin.  —  François  de  Thier. 
Echevin  de  Liège,  1637-1662. 

Lambert  de  Tornaco. 

1622. 

25  octobre.  —  Jérôme  Moers. 

29  octobre.  —  Frans  Peylicpert. 

1623. 

4  juillet.  —  Guillaume  Coelmont. 
1624. 

16  août.  —  Pierre  Helmomt. 
10  décembre.  —  Louis  Farri. 

1625. 

3  juin.  —  Rodolphe  Grandjean. 
3  octobre.  —  Charles  Dans. 

1626. 

13  janvier.  —  Toussaint  Prosset. 

26  avril.  —  Henri  d'Oupeie. 
3  juin.  —  Henri  Grady. 

Echevin  de  Liège  ,  1640-1677. 

17  octobre.  —  Léon  Detheux. 

26  octobre.  —  Nicolas  Plenevaulx,  junior. 

1627. 

16  avril.  —  Ferdinand  Vlierden. 

18  septembre.  —  Charles  de  Mean. 

Le  grand  jurisconsulte,  né  en  1604,  mort  en  1674. 


-  166  - 

1628. 

4  mai.  —  Hubert  Fraiture. 

20  mai.  —  Baudouin  le  Spineux. 

1629. 

22  janvier.  —  Michel  de  Meldert. 

17  mai.  —  Mathias  Wansoulle. 
Echevin  de  Liège  ,  1631-1684. 

10  décembre.  —  Oger  Beeckman. 

1630. 

28  novembre.  —  Mathieu  Soumaigne. 

1031. 

16  septembre.  —  Gérard  Van  Beul. 
27  septembre.  —  Erasme  Fullonis. 
7  novembre.  —  Hubert  Hodegius. 

10  novembre.  —  Hubert  Oleslagers. 

29  novembre.  —  Nicolas  Doupye. 

1632. 

9  janvier.  —  Guillaume  Lymrorgh. 

18  mai.  —  Jean  Laurenty. 
20  août.  —  Albert  Blavier. 

1633. 

17  février.  —  Baudouin  Benardi. 

13  mai.  —  Guillaume  Hasselt. 
22  juin.  —  Etienne  Bernimolin. 
7  septembre.  —  Jean  van  Ham. 

Natif  de  Bilsen,  auteur  d'un  recueil  des  Coutumes  du  comté 
de  Looz. 

1634. 

14  janvier.  —  Pierre  de  Maret. 
9  mars.  —  Théodore  Orschotte. 
4  avril.  —  Jean  Golchon. 


—  167  — 

'28  juin.  —  Laurent  de  Maret. 
12  juillet.  —  René  Wezeren. 

Né  à  Liège  en  1612,  seigneur  de  Roye. 

1635. 

5  janvier.  —  Gilles  Ruyson. 

18  janvier.  —  Charles-Gilles  Vaes. 
Échevin  de  Vliermael  de  1638  à  1663. 

5  février.  —  Henri  Ruyson. 

16  avril.  —  François  Hinnesdal. 
Echevin  de  Liège ,  1646-1672. 

31  août.  —  Nicolas  Stiennon. 

1636. 
14  septembre  —  Etienne-François  Fabri. 

1637. 
24  novembre.  —  Jean  Ahlen. 

1638. 

5  janvier.  —  Louis  Xhenemont. 
11  février.  —  Guillaume  Lenarts. 

22  mars.  —  Denis  Edelbampts. 
Echevin  de  Liège ,  1654-1668. 

30  avril.  —  Robert  Lantremange. 
10  septembre.  —  Jean  Verheyn. 
10  octobre.  —  Jean  Rlocquerie. 

1639. 

4  janvier.  —  Denis  Wyshoeff. 

17  février.  —  Jean-Eustache  Walcourt. 

23  février.  —  Jean  Siegers. 
8  avril.  —  Jean  Lathour. 

19  mai.  —  Pierre  Testelmans. 


—  168  - 


1640. 

14  septembre.  —  Jean  Scheel. 

4  octobre.  —  Charles  Boesmans. 

30  octobre.  —  Gilles-Michel  Beeckman. 
27  novembre.  —  René  d'Ans. 

4641. 

9  mars.  —  Antoine  Libert. 
48  mai.  —  Nicolas  Remouchamps. 
48  mai.  —  Ambroise  Detrixhe. 
1er  juin.  —  Nicolas  de  Chestret. 

Greffier  en  appel  des  Echevins  de  Liège  depuis  1640.  Asses- 
seur de  l'officialité ,  mort  en  1690. 
3  juin.  —  Ignace  Boelmans. 

5  décembre.  —  Jean  de  Mean. 

1642. 

45  janvier.  —  Jean  Mewen. 
44  mars.  —  Thomas  Haxhe. 

47  juin.  —  Thomas  de  Rye. 

48  juin.  —  Gérard  Massen. 

41  octobre.  —  Lambert  Materni. 

15  décembre.  —  Godefroid  Walschart. 

1643. 

5  janvier.  —  Nicolas  Beeckman. 
23  février.  —  Hubert  Govarts. 
15  avril.  —  Lambert  Férart. 
8  mai.  —  Martin  Lintermans. 
26  juin.  —  Servais  de  Fléron. 

31  décembre.  —  Jean  Faverea. 


—  169  — 

1644. 

16  janvier.  —  Frédéric  Louvrix. 

15  février.  —  Walter  Liverloz. 

Tréfoncier  de  la  Cathéd.  en  1653;  prévôt  de  N.  D.  de  Huy, 
ensuite  de  S.  Jean;  officiai  en  1667;  décédé  en  1684. 
7  mai.  —  André  Vaes. 
11  juin.  —  Pierre  de  Maret  ,  S.  J. 
11  juin.  —  Jean-François  Sprimont. 
19  octobre.  —  Léonard  Lardinoy. 

17  novembre.  —  Guillaume  Van  den  Lynden. 

18  novembre.  —  Jean-Eustache  de  Lonchin. 

1645. 

27  avril.  —  Guillaume  Frerart. 

5  mai.  —  Thomas-Charles  de  Sclessin. 

17  mai.  —  Guillaume  Van  der  Smissen. 

19  juin.  — Antoine-Ernest  de  Fleron. 

7  juillet.  —  Gilles  Souxhon. 

16  septembre.  —  Nicolas-Pierre  Plenevaulx. 
25  septembre.  —  Claude-Henri  Hacgourt. 

14  octobre.  —  Henri  Boesmans. 

17  octobre.  —  Gilles  Vaes. 

18  octobre.  —  Philippe  Billemontius. 

24  octobre.  —  Charles-François  de  Noirevaulx. 

8  novembre.  —  Arnold  Jaminet  ,  junior. 
21  novembre.  —  Arnold  Goye. 

25  novembre.  —  François  Bawin. 

1646 

17  mai.  —  Eustache-François  Muninx. 

1647. 

11  mars.  —  Hubert  Van  den  Reydt. 
27  août.  —  André  Roscius. 


—  170  — 

19  novembre.  —  Arnold  Randaxhe. 

30  décembre.  —  Jean-Gaspar  Montelet. 

1648. 

2  janvier.  —  François  Laurenty. 
1er  février.  —  Jules  Jamar. 
5  février.  —  Noël  Tilff. 

15  février.  —  Gilles-Arnold  de  Saive. 
18  février.  —  Henri  Omalius. 

16  mars.  —  Jacques  Gaproens. 
Échevin  de  Vliermael  de  1649  à  1690. 

4  juin.  —  Ernest  Plenevaulx. 

20  juillet.  —  Robert  Larricque. 
12  septembre.  —  Pierre  Préalle. 

1649. 

1er  décembre.  —  Hubert  Grumsel. 

Conseiller  ordinaire  en  1649,  seigneur  d'Emael,  Hemricourt, 
Bovenistier  et  Liers,  haut  voué  de  Bleret ,  mort  en  1673. 
9  décembre.  —  Henri-Jonck  Bowens. 

1650. 

4  janvier.  —  Pierre  Frederici. 

5  janvier.  —  Jean-René  de  Geloes. 

Échevin  de  Vliermael ,  1651  à  1683. 

31  janvier.  —  Etienne  Gordinne. 

5  février.  —  Louis-Christophe  Masillion. 
26  avril.  —  Jean-Guillaume  de  Sluze. 
20  mai.  —  Henri  Lamrrecht. 
22  juin.  —  Bernard  Candidus. 

26  juillet.  —  Nicolas  Ogier. 

14  septembre.  —  Conrard  Van  der  Heyden  a  Blisia. 
Né  en  1623,  mort  en  1688,  membre  du  Conseil  Ordinaire. 

27  octobre.  —  Jean- Jérôme  Nessel. 
27  octobre.  —  Servais  de  Fleron. 

7  novembre.  —  Denis  Radoux. 


-  171  - 

7  novembre.  —  Albert  de  Sclessin. 

Tréfoncier  delà  Cathédrale  en  1664,  mort  en  1678. 
3  décembre.  —  Michel  de  Selys. 

Né  en  1624,  seigneur  d'Opoeteren,  bourgmestre  de  Maestricht. 

3  décembre.  —  François  de  Selys. 

Né  en  1626.  Echevin  de  Liège,  1655-1681.  Conseiller  de  S.  A. 

1651. 

16  avril.  —  Edmond  Renardi. 

4  juillet.  —  Alard-Laurent  van  Eyll. 

25  octobre.  —  Arnold  de  Thier. 
Echevin  de  Liège ,  1662-1668. 

18  novembre.  —  Pierre  Masset. 

1652. 

2  mars.  —  Eustache  Liverloz. 

23  mai.  —  Toussaint  de  Visé,  dit  Prosset. 

24  mai.  —  Pierre  Coex. 

4  juin.  —  Jean-Érasme  Masillion. 

26  août.  —  Libert  de  Brassine. 
10  octobre.  —  Mathias  Conrardi. 
14  octobre.  —  Jean-François  Exel. 

14  novembre.  —  Lambert  de  Halingh. 

24  octobre.  —  Thomas-Pierre  Boullienne. 
Echevin  de  Liège  ,  1671-1690. 

26  octobre.  —  Etienne-François  Roscius. 
30  octobre.  —  Gilles  de  Sart. 

1653. 

25  avril.  —  Louis-Gilles  de  Sclessin. 

5  mai.  —  Jean-Libert  Vaes. 
29  mai.  —  Denis  Strauven. 
18  juin.  —  Gilles  Tackoen. 

26  juin.  —  Thomas  de  Fays. 
26  juin.  —  Denis  deMaret. 


-  m  — 

1er  juillet.  —  Lambert  Ryckman. 

17  juillet.  —  Nicolas-François  Plenevaulx. 
29  juillet.  —  Antoine-Pierre  Selys. 

Mort  à  Nandrin  en  1700. 

29  juillet.  —  Gérarcl-Herman  Hustin. 

18  août.  —  Pierre  Boesmans. 

26  août.  —  Gilles-Lambert  Fontaine. 

1654. 

2  février.  —  Nicolas  Heuskinet. 

3  février.  —  Jean-Pierre  Perye. 
2  mars.  —  Paschal  Foullon. 

Grand  greffier  des  Echevins  ,  1664  à  1678. 

23  avril.  —  Mathias  de  Grati. 
Bourgmestre  de  Liège  en  1665,  1672,  1684. 

8  juin.  —  Lambert-Adam  de  Hollogne. 

Greffier  en  appel  des  Echevins  de  Liège,  1661-1665. 
8  juin.  —  Jean  de  Visé,  dit  Prosset. 
26  juin.  —  Jean  Lhoen. 
10  juillet.  —  Henri  Bex. 

10  septembre.  —  Guillaume  Loeffvelt. 

24  septembre.  —  Guillaume  Tornaco. 
26  septembre.  —  Henri  Maes. 

2  novembre.  —  Herman  Stas. 

23  novembre.  —  Guillaume-Mathias  Van  Buel. 

11  décembre.  —  Arnold  de  Harzé. 

1655. 

30  avril.  —  Guillaume  Weerts. 
7  mai.  —  Renier  Bolland. 

12  mai.  —  Arnold  Soumaigne. 
28  juin.  —  Jean  Goesuin. 

19  août.  —  Raphaël-Guillaume  de  Weels. 

31  août.  —  Paschal  Groetaerts. 

18  septembre.  —  Nicolas-François  Farritius. 


—  173  — 

18  septembre.  —  Antoine-Richard  Groetarts. 

Seigneur    de    Bombrouck    qu'il  acquit    en   1659;  lieutenant 
de  la  Cour  féodale  de  l'abbé  de  Saint-Trond,  mort  en  1695. 
15  octobre.  —  Walter  Rossius. 

Seigneur  de  Bellaire  ;  échevin  de  Liège ,  1668-1694. 
18  octobre.  —  Jean  Rex. 

24  novembre.  —  Arnold  Smets. 

1656. 

4  janvier.  —  Christophe  Mercurianus. 

5  janvier.  —  Henri  Malaise. 
10  janvier.  —  Mathias  Fléron. 
21  mars.  —  Henri  Verschuil. 

25  avril.  —  Jean  Tulleners. 

2  juin.  —  Henri  du  Jardin. 

26  octobre.  —  Winand  de  la  Haye. 
45  novembre.  —  Léon  Jacques. 

1657. 

29  janvier.  —  Lambert  Sougnée. 
31  janvier.  —  Englebert  Fastré. 

Écbevin  de  Vliermael  de  1657  à  1668. 

5  avril.  —  Renoit  Wansoulle. 

30  avril.  —  Antoine  Hennewyer. 

4  mai.  —  Laurent-Charles  Laurens. 

6  juin.  —  Pierre-Ernest  de  Charneux. 

Echevin  de  Liège  ,  1675-1708. 

13  juin.  —  Jean-Ernest  de  Haling. 
1er  octobre.  —  Jean  Ruysmans. 

15  octobre.  —  Jean-Ralthasar  de  Méan. 
15  octobre.  —  Pierre  de  Méan. 

14  novembre.  —  Guillaume-François  Renardi. 

3  décembre.  —  Gaspar  Fléron. 

Né  en  1632,  fils  de  François,  avocat  fiscal. 
10  décembre.  —  François-Guillaume  Van  Vucht. 


—  174  — 

1658. 

21  mars.  —  Gilles-Emile  de  Hodeige. 
1er  avril.  —  Hubert  Jamar. 

15  avril.  —  Jean-Ernest  Van  der  Heyden  a  Blisia. 
Echevin  de  Liège ,  1667. 

16  mai.  —  Pierre- Aloys  de  Sluse. 

Né  à  Visé,  licencié  à  Louvain,  6  septembre  1657,  créé  baron 
par  diplôme  de  1688.  Conseiller  privé  1686  ;  mort  en  1710. 

1659. 

7  juillet.  —  Jean  Inghels. 

26  août.  —  François  de  la  Ruelle. 

27  août.  —  Guillaume  Plenevaulx. 
4  novembre.  —  Etienne  Uuten. 

14  novembre.  —  Hubert  Gilman. 

24  novembre.  —  Jean-Jacques  de  Frahan. 
6  décembre.  —  Jean  Gaen. 

1660. 

12  mars.  —  Charles  Omalius. 

25  mars.  —  Gilles  de  Harenne. 

Né  en  1634.  Protonotaire  apostolique ,  abréviateur  du  nonce  à 
Cologne  et  maître  de  Caméra;  chanoine  de  S'-Georges,  à  Cologne, 
de  Ste-Croix,  de  S'-Denis  et  de  S'-Jean,  à  Liège,  mort  en  1668. 

22  septembre.  —  Guillaume  Gerschoven. 

20  septembre.  —  Guillaume  delle  Brouck. 
1er  octobre.  —  Lambert  Lamet. 

4  octobre.  —  Georges  de  Rye. 
11  octobre.  —  Ignace  Ramaerts. 
3  novembre.  —  Henri  Lathoure. 
22  décembre.  —  Lambert  de  Villenfaigne. 
1661. 

9  février.  —  Louis  Smets. 

21  mars.  —  Michel  Liverlo. 
16  mai.  —  Lambert  Buntinx. 


—  175  — 

18  mai.  —  Jean-Léon  (?)  Van  Leeff. 
17  mai.  —  Léonard  Stoc.hem. 

4  novembre.  —  Lambert  Janssex. 

1662. 

5  avril.  —  Erard  Collon. 
20  mai.  —  Nicolas  Sougné. 

'20  mai.  —  Oger  Van  der  Masse. 

17  juin.  —  Jean-Nicolas  Renardi. 
1er  août.  —  Gilles-François  de  Soy. 

Echevin  de  Liège  de  1669  à  1671. 

4  octobre.  —  Emmanuel-Ernest  de  Stroiffe. 

1663. 

20  janvier.  —  Guillaume-André  Vaes. 

Né  en  1637.  Drossart  du  pays  de  Fauquemont. 
3  février.  —  Antb.-Barth  de  Champs. 
10  février.  — Ulric  d'Ouffeit. 
1er  mars.  —  Antoine-Libert  d'OupiE. 
26  mai.  —  Henri-François  de  Malte. 

18  juin.  —  Antoine-Martin  Jacori. 

Né  à  Brée  en  1639 ,  maïeur  de  Hrée  ,  y  décédé  en  1695. 
14  juillet.  —  Jacques  le  Zack. 
14  juillet.  —  Edmond  Louroux  (?). 
16  septembre.  —  Henri-Pompée  Macoerts. 

Bourgmestre  de  Liège  en  1683.  Décapité  le  9  octobre  1684. 
26  septembre.  —  Nicolas  Cornet. 

5  octobre.  —  Denis  Colinis  (?) 

19  octobre.  —  Jules  de  Nuvolara. 

--7  novembre.  —  Guillaume-Godefroid  Van  den  Steen. 
Né  à  Bocholt  en  1641 ,  maïeur  de  Bocholt ,  1673-1679. 
10  novembre.  —  Lucas  Ticken. 

Échevin  de  Vliermael   de  1664  à  1672. 

12 


176 


1664. 

5  février.  —  Pierre  Mibais. 
7  mai.  —  Libert  Boesmans. 

26  mai.  —  Jean-Ernest  Cornélius. 
7  juillet.  —  Erard-Denis  Foullon. 

Seigneur  de  Kermpt  ;  conseiller  féodal  ;  bourgmestre  de  Liège 
en  1694. 
16  septembre.  —  Louis  Louvrix. 

Né  en  1634,  anobli  en  1694. 
10  octobre.  —  Charles-Laurent  de  Vlterden. 
20  octobre.  —  Gérard  Hardenne. 

1665. 

10  janvier.  —   Robert  Van  Gales. 

28  janvier.  —  Jean  Emerich. 

Né  à  Bilsen  en  1638;  mayeur  et  échevin  de  Bilsen,  seigneur  de 
Schoonbeek. 
9  lévrier.  —  Laurent-Arnold  des  Brassines. 
2  mai.  —  Jean-Pierre  Nysmans. 

11  juin.  —  Nicolas  de  la  Capelle. 
20  juin.  —  Walter  de  Vaulx. 

29  octobre.  —  Théodore  Godart. 
31  octobre.  —  Jean-Ambroise  Cox. 
4  novembre.  —  Jean  ab  Hilst. 

Echevin  de  Vliermael  de  1668  à  1680. 
23  décembre.  —  Otto  Colen. 

1666. 

-4  mai.  —  Gilles  de  Haren. 

Greffier  des  Echevins  ,  1669-1695. 
1-4  juin.  —  Guillaume  de  Bhiart. 

6  juillet.  —  Henri-Paul  Gilotton. 

Bourgmestre  de  Liège  en  1684. 


—   177  — 

19  juillet.  —  Henri-Michel  Rosen. 

Né  en  1644;  échevin  de  Liège  de  1671  à  1701  ;  député  perpétuel 
aux  Etats;  seigneur  de  Reepen,  Chinstrée,  Dilsen;  créé  baron 
en  1703;  mort  en  1718. 
1er  septembre.  —  François  Clercx. 

20  octobre.  —  Bertrand  Mariot. 

29  octobre.  —  François-Guillaume  Borlé. 
1er  décembre.  —  Érasme  Gutschoyex. 
11  décembre.  —  Bené  Van  der  Meeren. 
20  décembre.  —  Lambert  Lirotte. 
29  décembre.  —  Albert  Beckers. 

Bourgmestre  de  Liège  en  1674,  1685,  1699. 


1667. 


15  janvier.  —  Mathias  de  Wanzoul. 

27  janvier.  —  Gérard-François  de  Bouille. 

Greffier  des  Echevins  ,  1662-1672. 
12  février.  —  Jean  Cluts. 
15  février.  —  Jean  Hallebay. 
3  mars.  —  Ghisbert  Bailly. 
3  mars.  —  André  Bernimollin. 
18  octobre.  —  Adrien  Zaren. 
22  décembre.  —  François  Du  Boys. 
9  mars.  —  Pierre-Michel  De  Mariotte. 

Né  en  1642.  —  Souverain  bailli  d'Avroy. 
2  mai.  —  Walter-Lambert  Hynnesdal. 

Echevin  de  Liège,  1672  à  1693. 
22  juin.  —  Guillaume  Bevers. 
29  juillet.  —  Henri  de  Grady. 

Né  en  1643;  échevin  de  Liège  de  1677  à  1720;  créé  chevalier 
en  1705. 
2  septembre.  —  Léon  van  Spawen. 
2  septembre.  —  Jean-Bartbélemy  de  Pleneyaux. 

Né  en  1643  ,  mort  en  1709.  Quatre  fois  bourgmestre. 


—  178  — 

3  septembre.  —  Antoine-Georges  Fizen. 
Né  en  1645;  seigneur  d'Awant  et  de  Fisenne;  anobli  en  1701  ; 

mort  en  1719. 
1G  novembre.  —  Etienne-Richard  Bastin. 

1668. 

13  juillet.  —  Michel-François  de  Selys. 
18  octobre.  —  Rémi  de  Hervé. 

5  novembre.-1-  Guillaume  de  Harénne,  chanoine  de 
Saint-Pierre. 

Ensuite  chanoine  de  Saint-Paul.  Né  en  1648,  mort  en  1679. 
1er  décembre.  —  Ernest  de  Ramlo. 
7  décembre,  —  Jean  Bloys. 
5  décembre.  —  Henri  Van  Leuw. 

1669. 

2  janvier.  —  François  de  Massillon. 
28  janvier.  —  Lambert  Nootstogk. 

Échevin  de  Vliermael  de  1673  à  1690. 
28  janvier.  —  Théodore  Bronckart. 
1er  mars.  —  Hubert-Martin  le  Page. 
28  mars.  —  Jean  Jacori. 

4  mai.  —  Guillaume  de  Hadin. 
4  juin.  —  Albert  de  Grady. 

12  août.  —  Vincent  de  la  Hamende. 

18  septembre.  --  Paul-Jean  Preudhomme  de  Borre. 

Conseiller  et  secrétaire  de  la  Chambre  des  Finances;  mort 
en  1694. 
18  septembre.  —  Antoine  Hylair. 

Bourgmestre  de  Liège  en  1697.  Conseiller  privé. 
12  novembre.  —  Jérôme  Audace. 

1670. 

3  juin.  —  Chrétien  Van  der  Heyden  a  Blisia. 
14  juillet.  —  Guillaume-Hubert  Vaes. 

16  juillet.  —  Paul  Voets. 


—  179  — 

30  septembre.  —  Herman  Goffart. 

11  octobre.  —  Pierre-Robert  Lantremenge. 

Né  en  1645,  conseiller  de  l'Empereur,  directeur  général  des 
postes  impériales  dans  la  principauté  de  Liège  ;  anobli  en  1697. 
14  octobre.  —  Antoine-François  d'Ans. 
20  octobre.  —  Ferdinand  d'Ans. 
20  octobre.  —  Jean-Baptiste  Capproens. 
20  octobre.  —  Charles-Louis  Oger. 
23  décembre.  —  François  Digny. 

1671. 

18  mars.  —  Michel  Dierna. 

'6  avril.  — André-Baudouin  Farri. 

2  mai.  —  Pierre  de  Bosen. 

27  mai.  —  Martin-Henri  Borman. 

Né  à  Brée  en  1643,  mort  prêtre  en  1677. 
8  juin.  —  Wal ter-François  Van  Buel. 

22  juin.  —  Louis  de  Berleur. 

25  septembre.  —  Godefroid-Joseph  Goeswart. 

Né  en  1647,  mort  en  1709. 
5  octobre.  —  Arnold  Lardinoix. 

27  octobre.  —  Jean-Léon  Collinet. 

28  novembre.  —  Jean  de  Severin. 

29  décembre.    -  Etienne  Ut  en. 

1672. 

23  février.  —  Pierre-Louis  de  Vlierden. 
27  février.  —  Jacques  Claessens. 

17  mars.  —  Jean  Boerinx. 

Échevin  de  Vliermael  de  16S0  à  1722. 
31  mai.  —  Fr.  Baivotz. 
11  juin.  —  Michel-Ernest  Beeckmax. 
15  juin.  —  Philippe-Florent  Moreau. 

30  septembre.  —  Gisbert-François  Lenaerts. 
Echevin  de  Liège,  1672-1693. 


-  180  — 

17  novembre.  —  Léopold  Bonhomme. 

Grand  greffier  des  Échevins  de  Liège  de  1678  à  1736. 

1673. 

4  février.  —  Mathieu-François  Alhoye. 

47  février.  —  Barthélémy  Masset. 

44  mars.  «^-  Henri  Elbrechts. 

17  juin.  —  François  de  Halingh. 

46  septembre.  —  Philippe-Jacques  Uouffet. 

4  octobre.  —  Henri  Melotte. 

Né  en  1652  ;  seigneur  d'Oplinter  ;  anobli  en  1735. 
4  décembre.  —  Guillaume  Van  Vucht. 

4674. 

Ier  janvier.  —  André  de  Trixhe. 

6  mars.  —  Conrard-Laurent  de  Gharneux. 

20  mars.  —  Jean  delle  Bee. 

24  mai.  —  Jean-Albert  de  Hervé. 

Né  à  Verviers  en  1654  ,  chanoine  de  Saint-Pierre ,  tréfoncier  en 
1700  ;  mort  en  1718. 

20  juin.  —  Lambert  Mauger. 

29  septembre.  —  Michel  Clercx. 

Né  en  1649,  chanoine  tréfoncier  en    1680,  prévôt  de  Saint- 
Denis;  officiai  en  1684;  archidiacre  de  Hesbaye;  conseiller  privé, 
seigneur  de  Waroux;  mort  en  1731. 
8  novembre.  —  Jean  Wanzoul. 
42  novembre.  —  Everard-Ambroise  d'Olroux. 

Procureur  général  en  1696. 
49  décembre.  —  Bemacle  Lovinus. 

1675. 

19  janvier.  —  Mathieu-Nicolas  de  Gomsé. 
22  janvier.  —  Hubert  Uten. 

21  mars.  —  Ernest-Jérôme  de  Nuvolara. 
12  novembre.  —  Jean-Edmond  Dolmans. 
16  décembre.  —  Herman  (Iroutars, 

Né  à  booz  ,  1651  ;  mort  à  Liège  ,  1710. 


-  181  - 

1676. 

7  mars.  —  Arnold  de  Ville. 

Echevin  de  Liège  de  1680  à  1687. 
10  mars.  —  Henri  de  Creft. 
13  mars.  —  Goclefroid-Nicolas  Sigers. 
5  juin.  —  Nicolas  van  der  Borcht. 
Jean-Hubert  Tignée. 

Seigneur  de  Sclayn,  Bonneville  ,  Faux,  bourgmestre  de  Liège 
en  1706. 
Mathias  Jamar  de  Montfort. 

Né  en  1654;  conseiller  de  la  Cour  féodale,  puis  du  Conseil 
ordinaire  en  1709;  mort  en  1713. 
Denis-Louis  de  Cartier. 

1677. 

1er  octobre.  —  Arnold-Jean  de  Cartier. 
Vincent  du  Moulin. 

Souverain  greffier  delà  Cité  en  16Si;  secrétaire  de  l'Etat  tiers 
du  pays  de  Liège;  bourgmestre  de  Liège  en  1693. 
Maximili en-Henri  de  Beeckman. 

Né  en  1654;  chanoine  de  S'-Paul,  mort  en  1694. 
Guillaume-Bernard  et  Jean-Nicolas  de  Beeckman. 

1678. 

Nicolas  Stiennon. 
Léonard  Lardinoy. 
Jean-Hubert  Govarts. 
François  Fassin. 
Jean-Philippe  Latour. 
Lambert  Larmoyer. 
Jean-Pierre  Fourneau. 

1679. 

Pierre  Bex. 

Né  en  1653;  seigneur  de  Freloux.  échevin  de  Liège  de  1687  à 
1698;  mort  en  1708. 


—  182  — 

Philippe-Bernard  de  Maes. 
Melchior  Bonameau. 

Avocat  fiscal.  Conseiller  ordinaire  en  1698.  Bourgmestre  de 
Liège  en  1697.  Mort  en  1721. 
Gérard-Théodore  Buissart. 
20  août.  —  Gilles-Ferdinand  Judon. 
Baudouin  Hodin. 

Bourgmestre  de  Liège  en  1705. 
Nicolas  Thonnart. 
CTérard-Henri-Eugène  Oger. 

1080. 

Pierre-François  de  Bra. 
17  mai.  —  Noël  Delleheid. 
Arnold  de  Beeck. 
Martin  Schelen. 

Natif  de  Brée.  Sous-lieutenant  de  la  Cour  féodale. 
Jacques-Etienne  de  Bloys. 

1081. 

Jean-Philippe  delle  Hessalle. 

Bourgmestre  de  Liège  en  1695;  échevin  de  1700  à  1721. 
Georges-Alexandre  de  Harenne. 

Doyen  de  Saint-Paul ,  mort  en  1726. 
Jean-François  de  Harenne. 

Chanoine  de  Saint-Pierre,  né  en  1662. 
Walther  Donckier. 
Denis-Gilles-Bernard  de  Stier. 
10  septembre.  —  André  Hauzeur. 
Antoine  Audace. 

1082. 

Théodore  du  S  art. 
André-Charles  Vaes. 

Echevin  de  Vliermael  de  1690  à  1704. 
1er  mai.  —  Jean-Piombaut  Sighers. 


—  183  — 

Gilles-Mathias  Guesquier. 
Maximilien-Rolant  Parent. 
Jean-Nicolas  de  Fays. 
Arnold  de  Harenne. 

Chanoine  de  Saint-Jean  ,  né  en  1660 ,  mort  en  1693. 
Henri-Guill.  de   Lahaye. 

1683. 

Jean-Baptiste  Watons. 
Nicolas  de  Loxhier. 
Lambert  de  Harenne. 

Né  en  1664,  mort  en  1702. 
Jacques  Courtoy. 
Paul  Charot,  de  Hamoir. 
Gilles-Edmond  Steuduin  (?). 
Maximilien-Henri  Foullon. 
Paschal  du  Moulin. 
Augustin  H  anus? 
Pierre-Arnold  Jamar. 
Henri-Thomas  de  Hervé. 

H.  Th.  de  Goer  de  Hervé ,  né  en  1648  à  Verviers ,  seigneur  de 
Jehanster.  Echevin  de  Liège  en  1687,  créé  chevalier  en  1690. 

1684. 

Ambroise  Loets  de  Trixhe. 
15  juillet.  —  André  Bormans. 

Seigneur  de  Corthys,  Goyer  et  Hasselbrouck  ;  mort  en  1729. 
20  juillet.  —  Edmond  de  Fabri-Beckers. 

Né  en  1662 ,  mort  en  1734.  Haut  voué  de  Mortier.  Conseiller 
de  guerre.  Député  perpétuel  aux  Etats. 
17  août.  —  Jean-André  Tackons. 
Lambert  Lamet. 
6  décembre.  —  Guill. -Patrice  de  Noyille. 


-  m  - 

1685. 

François  Masillon. 
Nicolas  Dellemelle. 
Guill.  Joseph  Dardenne. 
31  mars.  —  Laurent  Robyns. 

Editeur  de  l'ouvrage  de  Mantelius:  Historia  Comitatus  Lossensis. 
Michel-Nicolas  Loxhier. 

Bourgmestre  de  Liège  en  1717. 
Barthélémy  de  Bernimollin. 
François  Gomsé. 
6  août.  —  Jérôme  Faverea. 

Né   en   1658  ;  receveur  général  de  la  Cité  ;  bourgmestre  de 
Liège  en  170i  et  1721;  mort  en  1732. 
6  septembre.  —  Guil.  Waltery. 

24  octobre.  —  Ferdin. -Philippe  Mignon. 
Jean-François  Renardi. 

1686. 

Jaspar-Conrard  Hubart,  de  Flémalle. 
Michel-Herman  de  Grotars. 
Pierre-Corneille  Tignée. 

18  avril.  —  Henri-François  des  Brassines. 
Grand  bailli  des  Rivages. 

Jean  Ponsart. 
Jérôme  Bawin. 

Né  en  1653;  mort  à  Nandrin  en  1696. 

20  avril.  —  Théodore  Frissen. 

21  mai.  —  Jacques  Namur. 

25  juin.  —  Guillaume-François  de  Presseux  du  Moulin. 
François  de  Résimont. 

19  septembre.  —  Jean-François  de  Geer  (De  Jaer). 
Pierre  van  Leyen. 

Philippe  van  Buel. 
Adrien  de  Kerckiiove. 


-  185  — 

2i  octobre.  —  Pierre  Piette. 

8  novembre.  —  Jean-Balthazar  Macar. 

Né  â  Waremme  en  1657,  mort  en  1743;  seigneur  de  Brouck, 
receveur  du   Prince-Evêque  au  quartier  de  Hesbaye. 
Henri-François  Froimanteau. 

1687. 
Simon  Ledrou. 


11 


1687. 

21   mai.  —  Louis  Dierna. 

14  juin.  —  Ghisbert  Germeau. 

11  septembre.  —    Mathieu  de  Loneux. 

1688. 

.2  juin.  —  Guillaume-Mathias  Louvrex. 

Né  en  1665,  seigneur  de  Ramelot,  bourgmestre  de  Liège  en 
1702,  échevin  de  1709  à  1734. 
23  septembre.  —  Jacques  Malaese. 
:]  décembre.  —  Mathieu-Henri  Glaessex. 

1689. 

10  novembre.  —  Jean-Gilles  Vlecken. 

1690. 

9  janvier.  —  Jacques-Lambert  Nesselt. 
'28  janvier.  —  Théodore  Pitteurs. 

Né  en  1667.  Echevin  et  commissaire  de  S'-Trond,  mort  en  1706. 
8  mai.  —  Gaspar-Thomas  Vinalmont. 
8  mai.  —    Jacques  Stevart. 
7  août.   —  Guillaume   Wilgot. 
19  octobre.  —  Walter-André  Hauzeur. 


-   186  — 

1691. 

3  septembre.  —  Matthieu  de  Soumagne. 
3  décembre.  —  Hubert  de  Chasteau. 

1692. 

28  février.  —  Matthieu  van  Leendt. 

21  mai.  —  Gilles-François  Hubens. 

1693. 

17  janvier.  —  Antoine-Warnier  Lejeusne. 
19  janvier.  —  Adrien  de  Gaverelle. 

1694. 

22  mai.  —  Simon  Bustin. 

15  juin.  —  Henri-François  Bruls. 
26  juin.  —  Etienne  du  Château. 
26  novembre.   —  Guillaume  de  Harenne. 
Né  en  1671.  Greffier  des  Echevins,  mort  en  1744. 

1695. 

30  mai.  —  Guillaume  d'ÛLNE. 

11  juin.  —  Jean-Laurent  Bustin. 

26  août.  —  Walter  de  Liverlo. 

1696. 

27  mars.  —  Perpète-Nicolas  de  Malte. 
25  juin.  —  Jean-Guillaume  Loyens. 

12  décembre.  —  Auguste  Haubens. 

1697. 

31  juillet.    —  Arnold-Nicolas  Ghockier. 

Né  en  1674.  Bourgmestre  de  Liège  en  1718.  Anobli  en  1745 
avec  concession  de  la  particule.  Il  fut  l'aïeul  d'Enisme-Louis, 
baron  Surlet  de  Ghockier,  régent  de  Belgique. 

12  septembre.   -  -  Erneet  Leverd. 

25  septembre.  —  Adrien  Melciiiors. 

28  septembre.   —  Mathias-Charles  Gordinne. 


—  187  — 

4  octobre.  — ■  Valérien  Migeotte. 

18  novembre.  —  Joseph-René  Pongelet. 

1698. 

26  mars.  —  Jacques-Christophe  cI'Awans. 

24  avril.  —  Etienne-Ferdinand  Dejaer. 
Né   en   1669,  mort   en   1736. 

6  septembre.  —  Jacques-Mathias  Lambinon. 

Conseiller  privé;  bourgmestre  de  Liège  en  1719. 

25  septembre.  —  Jean-François  Lerond. 
20  novembre.  —  Henri  Bailly. 

24  novembre.  —  Jean-Remy  Ciiestret. 

Né  en  1672;  licencié  en  droit  en  1695;  greffier  en  appel  des 
Echevins  de  Liège;  bourgmestre  de  cette  ville  en  1720,  1745, 
1747  et  1752;  conseiller  de  la  Chambre  des  Comptes;  créé  cheva- 
lier en  1755  ;  mort  en  1765. 

1(399. 

28  février  —  Nicolas  Herstalle. 

7  mars.  —  François  Messin. 

20  mars.  —  Englebert  de  la  Haye. 

24  avril.  —  Gilles-Martin  Hanckart. 

24  avril.  —  Arnold  Oms. 

16  mai.  —  Jean-Pbilippe  Farri. 

6  juin.  —  Henri  Bailly. 

18  juillet.  —  Henri  Sauveur. 

4  août.  —  Eustache-Servais  Ancion. 

11  août.  —  Gilles-Lambert  d'Othée. 

18  septembre.  —  Eugène-Alexandre  Lantremenge. 

Né  en  1677 ,  seigneur  de  Jalhay ,  conseiller  de  la  Cour  féodale , 
puis  membre  du  Conseil  ordinaire,  par  réception  de  1713,  mort 
en  1734. 
15  octobre.  —  Jean  Donnèau  d'Arcis. 

19  novembre.  —  Ferdinand  de  Liverloz. 
19  novembre.  —  Georges  Moers. 

20' novembre.  —  Michel  Driessk.xs. 


—  188  — 

1700. 

9  janvier.  —  Gilles-Paul  Germeau. 

3  juillet.  —  Ignace  Vanrod. 
16  juillet.  —  Jean  Namur. 

1701. 

4  mars.  —  Louis-Joseph  de  Cartier. 

'29  avril.  —  François  Preudhomme  de  Borre. 

20  juin.  —  Gérard  Bailly. 

8  octobre.  —  Henri-François  Gouverneur. 

1702. 

22  mars.  —  Jean-Arnold-Pierre  de  Bosen. 

Né  à  Huy  en  1673. 
27  mars.  —  Jean-François  de  Stembert. 
6  mai.  —  Simon-Pierre  Delvaux. 

11  août.  —  Nicolas  Bastin. 

1703. 

24  mai.  —  Jean-Paul  Hennet. 

21  juillet.  —  Arnold-Lion  de  Theux. 

Né  à  Liège  en  1668,  créé  chevalier  en  1703,  mort  en  1724. 
30  juillet.  —  Baudouin  Garitte. 

12  septembre.  —  Théodore-Jean  Cops. 
19  novembre.  —  Louis  Herstalle. 

1704. 

24  janvier.  —  Gérard-Ignace  Driessens. 
30  janvier.  —  Mengold  Basquinet. 

Né  à  Huy  en  1678,  seigneur  de  Ramezée,  mort  en  1761. 
30  janvier.  —  Antoine  Basquinet. 

Né  à  Huy  en  1682,  seigneur  d'Heure  et  de  Moressée,  échevin 
de  Liège  de  1721  à  1752,  anobli  en  1745. 
12  avril.  —  Eustache-Jean  Vander  Masen. 
8  mai.  —  François-Joseph  Vandenier. 

10  juin.  —  Jean-François  Coune. 


—  1S9  — 

23  août.  —  Balthazar-André  Durieux. 
6  septembre.  —  Jean  Cartier. 

24  septembre.  —  Dieudonné  Jamar  de  Liboy. 
30  octobre.  —  Henri  Ranson. 

26  novembre.  —  Etienne-Arnold  Hardy. 

1705. 

20 janvier.  --Henri-Mathieu  Goffart. 

5  novembre.  —  Joseph  De  Cerf. 

14  décembre.  —  Henri  de  Grady. 

17  décembre.  — Pierre-Ambroise  Van  den  Cruys. 

1706. 

28  janvier.  — Léopold-Léonard-Joseph  Bonhomme. 

Né  en  1684;  conseiller  de  la  Cour  féodale;  échevin  de  Liège 
de  1716  à  1737. 
1er  février.  —  Jacques-Ignace  Ghislin. 

17  mars.  —  Jean-Baptiste  Pétri. 

29  avril.  —  Laurent-Théodore  Daniels. 

Né  à  Brée  en  1679;  conseiller  du  cardinal  de  Schoenborn. 
4  mai.  —  Philippe-Joseph  Defraine. 
22  juin.  —  Pierre-Joseph  Dexhorré. 

3  juillet.  —  Henri  Mex. 

13  septembre.  —  Dominique  Spineto. 
22  septembre.  —  Jean-Nicolas  Clercx. 
28  octobre.  —  Guillaume  Robyns. 

28  octobre.  —  Lambert-Frederic  Dierna. 

14  décembre.  —  Adrien-Joseph  de  Bounam. 
Né  en  1679;  chanoine  de  S'-Jean  ;  mort  en  1732. 

1707. 

4  janvier.  —  Jean-Henri  Van  Vucht. 

18  janvier.  —  Jean-Tbomas  Dodémont. 
18  janvier.  —  Jean-François  Malemprez. 

17  février.  — Dieudonné-Antoine  Pierpont. 

Né  à  Huy  en  1681,  greffier  des  échevins  de  Huy;  mort  en  1757. 


-  190  - 

1er  mars.  —  Jean-François  Delhèe. 

16  mars.  —  Nicolas-François  Bonhomme. 

4  novembre.  —  Joseph-François  Stiennon. 

1708. 
1er  mars.  —  François  Monsen. 
8  mai.  —  François-Arnold-Charles  de  Thier. 

Né  en  1685;  chevalier  du  S'-Empire,  seigneur  de  Lantremange, 
Mongauthier  et  Skeuvre,  échevin  de  Liège  de  1711  à  1744, 
conseiller  privé. 

21  juin.  —  Jacques-Georges  Schepers. 

'22  juin.  —  Barthelemy-Joseph  Bartholdy. 

14  août.  —  Jean-Toussaint-Ferdinand  Dorroux. 

19  novembre.  —  Bodolphe  Grandjean. 

1709. 

12  mars.  —  Louis- Walter  Van  Denier. 
24  avril.  —  Joseph  De  Blier. 

22  mai.  —  Paul  de  Fisen. 

1er  juin.  —  François-Louis  Vandenbergiie. 

18  octobre.  —  Jean-Barthelemy  Proesme. 

18  octobre.  —  Denis  Cloes. 

31  octobre.  —  Théodore  Gontier. 

1G  décembre.  —  Mathieu-Joseph  Son". 

30  décembre.  —  Jacques  Baré. 

1710. 

20  juin.  —  Arnold  Vrericx. 
Echevin  de  Vliermael  de  1713  à  1751. 

21  juillet.  —  Melchior  Dozin. 

2  août.  —  Louis  de  Liverlo. 

10  septembre.  —  Oger-Hubert  de  Bronckart. 

7  novembre.  —  Martin  Bodson. 

10  novembre.  —  Nicolas-Léonard  de  Boussart. 

3  décembre.  —  Walthère  Gouverneur. 

Echevin  de  Liège  de  1713  à  1746. 


—   191   - 

1711. 

43  avril.  —  Jacques-Henri  De  Haen. 

8  août.  —  François  Dierna. 

15  septembre.  —  Englebert-Nicolas  Counet. 

19  septembre.  —  Jean-René  Claessens. 

10  octobre.  —  Gabriel-Joseph  David. 
27  octobre.  —  Jean-Florent  Dupont. 

4  novembre.   —   Jean-Gérard  Walcourt. 

11  novembre.  —  Laurent  Fresart. 

1712. 

9  janvier.  —  Ferdinand  Sigers. 
1er  février.  —  Pierre  Mauger. 

16  février.  —  Lambert  Groetars. 
13  avril.  —  Jean-Philippe  Douffeit. 

20  avril.  —  Henri  Lance. 

22  avril.  —  Jacques-Denis  Nizet. 

2  septembre.  —  Michel- Joseph  de  Grady. 

1713. 

18  janvier.  —  Antoine  de  Glosset. 

Né  en  1687;  trésorier  général,  bourgmestre  de  Liège  en  1732 
et  1739. 

13  mars.  —  Martin  de  Montfort. 

16  mars.  —  Trudon-Baudouin  Swennen. 
6  avril.  —  Jean-Antoine  Wolffz. 

19  avril-  —  Mathias  Gordinne. 
29  avril.  —  Antoine  Henrard. 

4  mai.  —  Charles-Hubert  de  Neufforge. 

14  juin.  —  Jean-Albert  de  PvEQuile. 
27  juillet.   —  Gérard  Elias. 

6  septembre.  —  André-Guillaume  Sigers. 
6  septembre.  —  Jean-Ferdinand  Sigers. 
8  novembre.  —  Evrard- Joseph  Dewez. 

15 


—  192  — 

13  novembre.  —  Jean-André  Larmoyer. 
Avocat  fiscal  de  1721  à  1733. 

14  novembre.  —  Pierre-Lambert  de  Bernimolin. 
22  novembre.  —  Jean-Joseph  de  Malmendy. 

15  décembre.  —  Arnold-Léon  de  Theux. 
Né  en  1689. 

1714. 

5  janvier.  —  Jean-Étienne-Charles  Stevart. 
29  janvier.  —  Lambert  Lens. 

3  février.  —  Philippe-François  Wolffz. 

3  février.  —  Jean-Éloi  Mottet. 

9  mars.  —  Pierre-Godefroid  Natalis. 
11  avril.  —  Maur  Swennen. 

6  juin.  —  Guillaume- Walter  Kempeners. 
11  juillet.  —  Herman-Guillaume  Groetars. 

4  août.  —  Jean-Louis  de  Cartier. 

Seigneur  de  Marchienne-au-Pont;  conseiller  et  secrétaire  de  la 
Chambre  des  Finances;  député  perpétuel  aux  Etats;  bourg- 
mestre de  Liège  en  1723. 

31  août.  —  Arnold  de  Molle. 

1er  septembre.  —  Charles  Dellemelle. 

10  septembre.  —  Henri-François  Herkenne. 

19  septembre.  —  Laurent  Mawet. 

10  octobre.  —  Wery-François  Raick. 

11  octobre.  —  Mathieu  Raick. 

20  octobre.  —  Laurent  vander  Heyden. 

1715. 

21  mars.  —  Arnold  Colson. 
10  avril.  —  Antoine  Moens. 

27  avril.  —  Jean-François  de  Gaen. 

7  mai.  —  Jacques-Jean  Vaes. 

7  mai.  —  François-Egon  de  Bocqueau. 
17  mai.  —  Jean-François  Bartholdi. 


—   193    - 

28  mai.  —  Walter-Ferdinand  de  Gounotte. 
4  juin.  —  Nicolas-Joseph  Closset. 
4  juin.  —  Jean-Jacques  Fassin. 

Conseiller  de  la  Chambre  des  Finances;  seigneur  à  Geneffe; 
greffier  du  Conseil  ordinaire;  bourgmestre  de  Liège  en  1734. 
28  juin.  —  Guillaume  van  Buel  de  Marchin. 
3  juillet.  —  Jean-Louis  Dierna. 
9  juillet.  —  Jean-François  de  Milst. 
15  juillet.  —  Jean-Louis  Brassine. 

27  juillet.    —  Maximilien-Henri  Hillair. 
3  août.  —  Antoine  Vander  Maesen. 

G  août.  —  Herman-Joseph  de  Colnet. 

13  août.  —  Michel  Collardin. 

3  septembre.  —  Théodore-René  Dusart. 
6  septembre.  —  Melchior  Bailly. 

14  septembre.  —  Lambert  Goreux. 

20  septembre.  —  André-Bertrand  van  Wel. 

24  septembre.  —  Jean  Bailly. 

25  septembre.   —  Georges  Houbotte. 

26  septembre.  —  Jean  Bailly. 

26  septembre.  —   Philibert  Devaulx. 

28  septembre.  —  Jean-Charles-Corneille  Furneau. 
2  décembre.  —  Hubert-Joseph  de  Modave. 

Né  en  1694;  seigneur  de  Masogne;  mort  en  1756. 


III 


1716. 

17  janvier.  —  Baudouin-François  de  Thier,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  10  juillet  1715.  Né  en  1689;  procureur-général 
en  1724;  conseiller  de  la  Cour  allodiale;  avocat  fiscal. 
11  juillet.  —  Jean-Guillaume  baron  de  Moreau. 

Rbeims,  23  février  1707.  Conseiller  de  la  Chambre  des  Finances; 


—  m  — 

trésorier-général;  seigneur  de  Neuville,  Hermalle,  etc.;  mort 
en  1747. 

29  juillet.  —  Jean-Louis  baron  de  Méan. 
Pont-à-Mousson ,  20  courant. 

30  juillet.  —  Antoine  Man*nay. 
Pont-à-Mousson ,  6  courant. 

18  septembre.  —  Arnold-Bernard  de  Loncin,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson ,  10  courant 

22  septembre.  —  Nicolas-André  de  Vaulx  ,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson ,  10  courant. 

21  novembre. — Jean-Joseph-Maximilien  Bounam,  che- 
valier du  Sl-Empire. 

Pont-à-Mousson ,  10  courant. 

1717. 

8  janvier.  —  Hubert  Harzeus,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson  ,  18  mars  1715. 
12  janvier.  —  Jean-Joseph  Coulot,  de  Liège. 
Paris,  1er  avril  1716. 

23  février.  —  Jacques-Joseph  Le  Zac,  de  Verviers. 
Pont-à-Mousson  ,  24  juillet  1704. 

27  lévrier.  —  Jean-Balthasar  Macar,  de  Waremme. 

Louvain  ,  1er  septembre  1712.  Chanoine  de  Sainte-Croix. 
29  mai.  —  Jean-Jacques-François  de  Fresne,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  7  courant. 

31  juillet.  —  Jean-Nicolas  de  Robyns,  de  Liège. 
Orléans,  31  août  1716. 

24  septembre.  —  Pierre-François  Mignon,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  17  courant. 

1718. 

4  janvier.  —  Théodore  Demany  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  23  septembre  1717. 
18  février.  —  Philippe  de  Selis,  de  Liège. 

Rome,  7  janvier.  —  Echevin  du  bailliage  d'Amercœur. 

9  avril.  —  Charles  de  Prayon,  de  Liège. 

Reims,  17  février. 


—  195  — 

9  avril. — Everard-Claude-Charles  Blavier  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  1er  courant. 
9  mai.  —  Jean-Baptiste  de  Bongé,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  2  courant. 
— ,  1er  octobre.  —  Jean-François  de  Favereau. 

Pont-à-Mousson,  16  septembre.  Né  en  1698;  conseiller  de  la 
Cour  allodiale;  mort  en  1726. 
8  octobre.  —  Antoine-Nicolas  du  Biau,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  29  septembre. 

8  octobre.  —  Jean- Jacques  Stalmans,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  28  septembre. 
11  octobre.  —  Georges  Fourneau,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  29  septembre. 
20  octobre.  —  Georges-Dieudonné-Ernest  de  Fisenne, 
de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  13  septembre.  —Mort  en  1747. 

9  novembre.  —  Albert-Octave  Thonnar,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  14  octobre. 

1719. 

2  janvier.  —  Jean-Alexandre  Aloye  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  6  septembre  1718. 
27  janvier.  —  Jean  Walthery,  de  Limbourg. 

Pont-à-Mousson,  26  novembre  1716. 

22  avril.  —  Nicolas-François  Gloson,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson ,  4  mai  1718. 

4  mai.  —  Servais  de  Deforge,  de  Stavelot. 
Pont-à-Mousson,  24  avril. 

23  mai.  —  Jean-Nicolas  Daigneux,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson ,  15  courant. 

2  juin.  —  Guillaume-François  Macar,  de  Waremme. 

Louvain,  17  septembre  1718. —  Avocat  fiscal  par  commission 
du  29  septembre  1723. 
2  juin.  —  Gabriel  Bayar,  de  Wegimont. 

Pont-à-Mousson,  24  mai  1719. 
2  juin.  —  Simon  de  Hodeige,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  24  mai  1719. 


-  196  - 

3  juin.  —  Denis  de  Jaer,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  24  mai.  —  Né  en  1697,  conseiller  de  la  Cour 
allodiale. 

3  juin.  —  Jean-Pierre  Denis,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  25  mai. 
12  juin.  —  Gaspar-Jean  Voskens,  de  Hasselt. 

Louvain,  13  septembre.  Plus  connu  sous  le  nom  de  Vossius, 
il  fut  échevin  de  Vliermael  de  1736  à  1756. 
12  septembre.  —  Antoine-Joseph  Rostain  ,  de  Dinant. 

Louvain,  10  septembre  1718. 

22  septembre.  —  Gilles-Mathieu  Larmoyer,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  12  septembre. 

16  octobre.  —  Jean-Franç. -Arnold  de  Fleron,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  Il  septembre  1715. 

1720. 

21  février.  —  Jean-François  Fion  ,  de  Verviers. 

Pont-à-Mousson,  12  janvier  1714.  Conseiller  de  la  Cour  féo- 
dale; bourgmestre  de  Liège  en  1732  et  1740. 

18  avril.  —  Baudouin  Hodin  ,  fils  de  l'ex-bourgmestre. 
Rheims,  9  avril. 

15  mai.  —Jean-Henri-Nicolas  Collard  .  de  Liège 
Pont-à-Mousson,  22  avril  1719. 

4  juin.  —  Jean-Paul  de  Blavier. 

Pont-à-Mousson,  7  courant. 

19  juin.  —  Chrétien  Cluts. 
Pont-à-Mousson ,  1er  courant. 

24  juillet.  —  Guill.  Henry,  de  Montigny-sur-Sainbre. 
Rheims,  31  mai  1719.  —  Avocat  fiscal,  1733. 

17  août.  —  Guillaume-François  Vaets  ,  de  Hasselt. 
Pont-à-Mousson,  5  courant. 

18  septembre.  —  Pierre-François  de  Rorive,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  10 courant.  —  Greffier  aux  œuvres,  en  1725. 

23  septembre  — Jean-François  de  Froidcoukt,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  11  courant. 

5  octobre.  —  Dieudonné-Franç.  deMarneffe,  de  Mefïe. 

Pont-à-Mousson,  11  septembre.  —  Né  à  Meeff,  18  août  1689. 


—  197  - 

5  novembre.  —  Ferdinand-Guill.  de  Borlé  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  26  août. 
5  novembre.  —  Charles-Renier  Loets  de   Trixhe,  de 

Liège. 

Pont-à-Mousson,  13  octobre.  Conseiller  privé  ;  conseiller  de  la 
Chambre  des  Finances;   bourgmestre    de    Liège    en    1745;  créé 
chevalier  en  1755;  mort  en  1759. 
7  décembre.  —  Henri-Sébastien  de  Presseux  du  Moulin, 

de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  16  août. 


1721. 


16  mai.  —  Perpète-Nicolas  de  Visé,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  16  décembre  1720. 
13  juin.  —  Jean-Winand-François  Vvampe,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  21  mai. 
10  juin.  —  Jean-Pierre  Dorval,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  10  courant. 
16  juin.  —  Otto-Jean-Bernard  de  Colen  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  10  courant. 

19  juillet  —  Jean-François  Fisen  ,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson ,  10  courant. 

31  juillet.  —  Guillaume-Henri  de  Troz  ,  de  Liège. 

Rheims,  12  mars  1715. 
30  août.  —  Nicolas-Charles  Raick,  de  Tilleur. 

Rheims,  7  courant. 
2  septembre.  —  Jean-Théodore  du  Bois,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  5  août. 
7  octobre.  —  Gilles  du  Vivier  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  27  septembre. 

20  octobre.  — Jean-Adrien  de  Kerchove,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  27  juin. 

5  novembre.  —  Gérard  de  Charles  ,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson  ,  13  octobre  1720. 


-  198 


1722. 


7  janvier.  —  Maximilien-Charles  Dasnoy  ,   de  Neufclià- 
teau  en  Ardenne. 

Pont-à-Mousson  ,  29  novembre  1721. 
10  janvier.  —  Pierre-François  Marianne  ,  de  Liège. 

Rheims,  30  décembre  1721. 
23  janvier.  —  Jean-Arnold  de  Gohy  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  7  juin  1720. 
6  février.  —  Jean-Henri  Rasquinet  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson  ,  26  janvier.  Né  en   1G91.   Conseiller  de  la 
chambre  des  finances,  anobli  en  1745,  mort  en  1762. 

25  février.  —  Jacques  de  Bormans  de  Hasselbrouck  , 
de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  13  courant.  Baptisé  à  Goyer  24  février  1699  ; 
reçu  tréfoncier  8  février  1726;  mort  à  Parme  en  septembre  1728. 

3  mars,  —  Laurent  de  la  Vaux  des  Brassines. 

Pont-à-Mousson,  13  février.  Né  en  1697,  échevin  de  Liège  de 
1746  à  1778.  Conseille  privé. 
5  mars,  —  Servais-Henri  d'Ergkenteel. 

Pont-à-Mousson,  21  février.   Seigneur  de  Ten  Hove ,  né  en 
1699,  mort  en  1730. 

18  avril.  —  Pierre-François  Hodaige,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  14  novembre  1720. 

22  mai.  —  Nicolas  André,  de  Visé. 
Pont-à-Mousson ,  22  avril. 

26  août.  —  Gilles  Lonneux,  de  Soumagne. 
Rheims,  7  juillet. 

19  octobre.  —  Guill. -Dominique  Driesens,  de  Tongres. 
Pont-à-Mousson,  23  octobre  1721. 

2  novembre.  —  Lambert  Bronckart  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  26  octobre. 
2  novembre.  —  Mathias-François  Paquo,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  26  octobre. 


—  199  - 


1723. 


5  janvier.  — Jean-Guillaume  Weydert,  de  Luxembourg. 

Louvain,  5  septembre  1720. 
18  janvier.  —  Lambert-Gérard  Dierna,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  26  octobre  1722. 
.    28  janvier.  —  Jean-Gérard-Théodore-Gilles  Grandjean 
de  Muno,  de  Liège. 

Pont-à-Moussson,  6  novembre  1722. 
Ie1'  avril.    —   Silvestre-Michel-François   Ransonet  ,   de 
Liège. 

Pont- à-Mousson ,  17  mars. 
23  avril.  —  Josepb-Clèment-Marie  Grandjean  de  Muno, 
de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  6  novembre  1722. 
5  juillet.  —  Jean-Remacle  de  Latour,  de  Liège,  trésorier 
général  des  Etats  de  Liège  et  du  comté  de  Looz. 

Pont-à-Mousson,  21  juin.  —  Bourgmestre  de  Liège  en  1735 
et  1742. 
5  août.  —  Henri  de  Monceau,  de  Limbourg. 

Pont-à-Mousson,  1er  juin  1720. 
7  septembre.  —  Laurent- Walther  Dossin,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  2  août. 
15  septembre.  —  Guill. -Henri   de   Tignée,  de  Liège, 
seigneur  de  Bonneville. 

Pont-à-Mousson,  1er  juillet  1715. 
18  septembre.  —  Jean-Bernard  de  Saive,  de  Blegnée. 

Pont-à-Mousson,  16  octobre  1720. 
18  septembre.  —  Jean-Baptiste-Alexis  Warnotte,   de 
Liège. 

Pont-à-Mousson ,  14  courant. 
22  septembre.  —  Guill. -Joseph  Cours,  de  Tongres. 

Pont-à-Mousson ,  20  mai. 
4  octobre.  —  Honoré-Henri  Vlecken,  de  Hasselt. 

Pont-à-Mousson,   11   septembre.  —  Echevin  de  Vliermael  de 
1724  à  1751. 


-  200  - 

16  octobre,  —  Jean-Joseph  de  Ryckman,  seigneur  de 
Betz. 

Pont-à-Mousson,  16  septembre. 
16  octobre.  —  Henri-Hubert  Germeau,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  23  septembre. 

30  octobre.  —  Jacques  Delbeuck,  de  Soumagne. 
Rheims,  20  juillet  1722. 

9  novembre.  —  Jacques-François  Hanson  ,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  16  octobre. 

13  novembre.  —  Lambert  Renard,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  16  octobre. 

20  novembre.  —  Jean-Philippe  Mignon,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  21  octobre. 

1724. 

•4  février.  —  Louis-François  Scronx,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  26  octobre  1722. 

14  février.  —  Jacques  del  Creyr  ,  de  Liège. 
Bonn,  13  octobre  1716. 

31  mai.  — Théodore-François-Joseph  Gysselen,  de  Liège. 
Rheims,  28  février. 

3  juin.  —  M.  Holthousen  van  Essen,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  25  mai. 
30  juin.  —  Rernard  de  Theux,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  23  juin.  Né  en  1697. 
3  juillet.  —  Martin  Henoul  ,  de  Liège. 

Rheims,  25  juin  1722. 
3  août.  —  Hubert  Nicolet  ,  de  Yaux-Chavanne. 

Rheims,  29  mai. 
1-4  août.  —  Mathieu-François-Joseph  de  Gabrielis  ,  de 
Liège. 

Pont-à-Mousson,  25  juillet. 
13  octobre.  —  Le  baron  de  Rosen,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  22  septembre. 
13  octobre.  —  Jacques  chevalier  de  Theux,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,   22   septembre.    Né  en    1702,  seigneur  de 
Montjardin,  Meylandt,  haut-voué  d'Ayvvaille,  mort  en  1773. 


—  201  - 

16  octobre.  —  Nicolas  Schelen,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  7  octobre. 
16  octobre.  —  Arnold  Hardy,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  7  octobre. 
18  octobre.  —  Albert  de  Grady,  chevalier  du  S'-Empire. 

Rbeims,  25  octobre  1723. 
18  novembre.  —  Pierre  Golen,  de  Saint-Trond. 

Pont-à-Mousson,  16  août. 


1725. 


26  janvier.  —  Dieudonné-Guillaume-Joseph  des  Fawes, 
de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  29  novembre  1723. 
5  février.  —  Arnold  Coenen  ,  de  Tongres. 

Pont-à-Mousson,  27  janvier. 
17  février.  —  Pierre-Melchior  de  Ville,  de  Huy. 

Louvain,  20  novembre  1723. 
2  mars.  —  Mathieu  Lahaye,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  18  septembre  1724. 

2  juin.  —  Lambert- Joseph  Jenicot,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  13  février. 
11  juillet.  —  François-Gérard  Detroz,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  3  juillet. 
Même  jour.  —  Théodore  Piette  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  3  juillet.  Echevin  de  Liège  de  1737  à  1753. 
21  juillet.  —  Pierre-Guillaume  Blockhouse,  de  Liège. 

Rheims,  27  mai  1722. 

3  septembre.  —  Jean-Ernest  Goeswin,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  25  août. 

27  septembre.  —  Adrien-Joseph-Ignace  Melchiors,  de 
Liège. 

Pont-à-Mousson,  17  septembre.  Sentencier  de  POfficial. 
17  novembre.  --  Paul-François  Colen,  de  Saint-Trond. 
Louvain,  7  août. 


-  202  - 

1726. 

8  janvier.  —  Maurice  Billon,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  6  octobre  1725. 
8  mars.  —  Bertrand  le  Vage.  de  Dinant. 

Rome ,  18  juin  1712. 
20  mars.  —  Etienne  Beaumont  ,  d'Amay. 

Pont-à-Mousson ,  19  novembre  1725. 
6  mai.  —  Jean-Jacques  Denys,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  28  février. 
1er  juin.  —  Jean-Raymond  Jaupen  ,  de  Hasselt. 

Louvain,  2  octobre  1724.  Echevin  de  Vliermael,  1743  à  1757. 
5  juin.  —  Jean-Antoine  Hiegaerts,  de  Saint-Trond. 

Pont-à-Mousson,  24  juin  1725. 

4  septembre. — Adrien-François  de  Gavarelle,  de  Stein. 

Pont-à-Mousson,  26  août. 

11  octobre.  —  Antoine  Ghayë  ,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  20  août. 

il  octobre.  —  Bertrand-Nicolas  de  Barme,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  31  août. 

12  novembre.  —  Jean-François  Bollis  ,  de  Saint-Trond. 
Pont-à-Mousson,  6  mai. 

1727. 

5  février.  —  Oger-François  Dumé,  de  Stavelot. 

Pont-à-Mousson,  21  août  1721. 
31  mars.  —  Henri  Fromenteau,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  24  juin  1726. 
23   avril.  —  Jean-François    de    Nuigt,     de    Fontaine- 

l'Évèque. 

Louvain,  3  juin  1726. 

30  août.  —  Henri-Guillaume  Bouxhon  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  2  courant.  Né  en  1705. 
10   octobre.    —   Adam-François    Stellingwerff  ,    de 
Hasselt. 

Harderwyck,  s.  d. 


—  203  — 

20  octobre.    —  Henri-François-Joseph  Danthinne,  de 

Liège. 

Louvain,  25  août.  Né  en  1705. 

22  novembre.  —  Gilles-Mathieu  de  Chéquier,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  23  août. 

1728. 

12  mars.  —  Norbert  Bernard,  de  Vireux. 

Rheiras,  7  décembre  1726. 
18  juin.  —  Mathias-Henri  Damry,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  5  juin.  Né  en  1705. 

29  juillet.  —  Jean-François  Delize. 
Pont-à-Mousson,  24  mai. 

26  août.  —  Lambert-Henri  Pergens,  de  Maeseyck. 

Louvain,  4  juin. 
28  septembre.  —  Jean-Henri  de  Fafchamps  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  23  courant.  Né  en  1705. 

11  octobre.  —  Jean-Joseph  Delpaire,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  27  août. 

12  octobre.  —  Jean-Noël  Winand,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  23  septembre. 

30  octobre.  —  François  Clercx,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  18  courant.  Baptisé  23  février  1705.  Conseiller 

du  Conseil  ordinaire  1er  mai  1751,  mort  à  Liège  4  mars  1757. 
30  octobre.  —  Gaspard-Lambert  Clercx,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  1S  courant.  Baptisé  6  janvier  1703,  tréfoncier 
de  la  Cathédrale,  1734;  grand-prévôt  1765;  mort  à  Waroux  18  oc- 
tobre 1772. 
30  octobre.  —  Jean-Joseph-Salomon  de  Warnotte,  de 
Liège. 

Pont-à-Mousson,  18  courant.  Né  en  1701. 
30  octobre.  —  Nicolas  Canto,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  1S  courant. 
20  novembre.   —   Henri-Guillaume   de  Clermont  ,   de 
Liège. 

Pont-à-Mousson,  13  novembre.  Né  en  1705. 


-  204  — 

11  décembre.  —  Henri-André  Lescrinier,  de  Visé. 

Louvain ,  2  septembre  1727. 
22  décembre.  —  François  Smets  ,  de  Limbourg. 

Louvain,  25  septembre  1720. 

1729. 

5  janvier.  —  Louis-François-Xavier  de  Ghequier. 
Pont-à-Mousson,  19  novembre  1728.  Né  en  1704. 

11  janvier.  —  Jean-Barthelemy  Colinet. 
Orléans,  5  août  1728.  Né  à  Liège  en  1706. 

8  mars.  —  Jean-Georges-Joseph  Cramme,  de  Liège. 

Rheims,  23  juin. 
3  juin.  —  Pierre-François  Thorier. 

Pont-à-Mousson,  26  avril. 
15  juillet.  —  Lambert-Joseph  Creiiay,  de  Liège. 

Rheims,  27  avril. 

26  août.  —  Philippe-Joseph  du  Bois,  de  Luxembourg. 
Pont-à-Mousson ,  20  août  1726. 

19  septembre.  —  Jean-Léonard-Joseph  de  Requilé  ,  de 
Liège. 

Pont-à-Mousson,  16  septembre. 

27  octobre.  —  Denis  Nizet,  d'Olne. 
Louvain,  27  septembre. 

19  novembre.  —  Jean-Baptiste-Ignace  de  Ghequier. 
Pont-à-Mousson,  18  septembre. 

9  décembre.  —  Pierre-Léon  Hamme,  d'Andenne. 

Louvain,  20  août  1720. 

12  décembre.  — Jean-Baptiste  d'Omalius,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  13  août.  —  Né  en  1706;  seigneur  de  Croix, 

Halloy ,  Clermont  ;  mort  en  1784. 

1730. 

24  janvier.  —  Henri  Hoyoux,  de  Liège. 

Mayence,  22  septembre  172S.  —  Bourgmestre  de  Liège  en 
1761  ;  membre  du  Conseil  ordinaire  en  1763;  mort  en  17S0. 


—  205  - 

27  juin.  —  Louis-Gabriel-Joseph  baron  de  Crassier  ,  de 
Liège. 

Pont-à-Mousson,  10  courant.  Président  du  Conseil  ordinaire. 
10  juillet.  —  Martin-Michel  Haillot,  de  Liège. 
Pont-à-Mouoson,  10  juin. 
—  4  août.  —  Trudon-Balthazar  Pitteurs  ,  de  Saint-Trond. 
Pont-à-Mousson,  5  octobre  1729.  —  Seigneur  de  Liefkensrode; 
bourgmestre  et  commissaire  de  S'-Trond  ;  mort  en  1788. 
13  août.  —  Lambert  Maugeer,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  10  juin. 
25  août.  — Jean-Hennan  de  Buissart. 

Pont-à-Mousson,  12  courant. 
30  octobre.  —  Gabriel-Nicolas-Anthoine  de  Farcy,  de 
Liège. 

Pont-à-Mousson,  23  courant. 
8  novembre.  —  Ferdinand-Paul  de  la  Tour,  de  Liège 
Pont-à-Mousson,  23  octobre. 

1731. 

22  juin.  —  Jean-Arnold  de  la  Thour,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  5  courant. 
24  juillet.  —  Guillaume-Bernard  Luesemans,  de  Saint- 
Trond. 

Pont-à-Mousson,  30  octobre  1730.  Echevin  de  Vliermael  de 
1738  à  1768.  Président  de  cette  cour  depuis  1763. 
27  juillet.  —  Gilles-François  Wercx,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  16  courant. 
29  août.  —  Pierre-François-Alexandre  de  Braz,  de  Huy. 

Pont-à-Mousson,  16  courant. 
8  octobre.  —  Jacques-Nicolas-Joseph  Coune. 

Pont-à-Mousson,  1er    courant.   Baptisé    à  Liège    le   8  février 
1709,  écbevin  de  Liège  en  1745,  mort  en  1762. 
8  octobre.  —  Georges  de  Heswick,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson. 
8  octobre.  —  Gaspar-François  Denoël  ,  de  Liège. 

Louvain,  20  septembre. 


—  206  — 

8  novembre.  —  Jean-Michel-Martin  Finet  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,    10  octobre. 
43  novembre.  —  Servais-Joseph  Polis  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  27  août. 
18   décembre.    —   Remi-Maximilien   Dambremont  ,   de 
Barvaux. 

Pont-à-Mousson,  24  juillet. 

1732. 

1er  mars.   —  Gilles-Etienne  de  Ghesquier  ,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  1721.  Tréfoncier  en  1733.  Officiai  en  1735. 
Conseiller  ordinaire  en  1744,  mort  en  1753. 
17  avril.  —  Jean-Melchior  Blavier  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  5  courant.  Nommé  avocat  fiscal,  prêta  serment 
le  21  juin  1746. 

29  avril.  —  François-Gaspar-Joseph  Jamar,  deFlorennes. 
Rheims,  6  juillet  1729. 

2  juillet.  —  Henri-Joseph  Bodart  ,  de  Huy. 

Pont-à-Mousson,  s.  d.  Né   en  1706,   commissaire  et  bourg- 
mestre de  Huy. 
28  août.  —  Jean-Hubert  de   la   Hamaide,    de   Liège. 

Pont-à-Mousson,  8  août. 

30  septembre.  —  Jean-Mathias  Cloes,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  24  septembre.  Avocat  fiscal,  mort  en  1765. 

31  octobre.  —  Pierre-François  Jehu  ,  de  Thuin. 

1733. 

16  mars.  —  Henri  de  Grady  ,  chevalier,  de  Liège. 

Rheims. 
23  mars.  —  Gilles  Berto,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  22  août  1729.  Procureur  général  en  1738. 
27  août.  —  Henri-Joseph  van  der  Maesen,  de  Maestricht. 

Louvain,  19  juin  1731. 
15 septembre.  —  Jean-Gisbert  Trimpeneers,  deSl-Trond. 

Pont-à-Mousson,  28  août. 


—  207  — 

10  septembre.  —  Pierre-Eustache  Jamart  de  Montfort, 
de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  10  courant.  Né  en  1710,  chanoine  de  Ste-Croix 
en  1737.  Doyen  du  chapitre,  vivant  encore  en  1785. 

7  octobre.  —  Etienne-Louis  Detroz  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  28  septembre.  Né  en  1704. 
20  novembre.  —  Hubert  de  Drissens,  de  Maeseyck. 

Pont-à-Mousson,  25  juin  1727. 
9  décembre.  —  Joseph  d'Heur,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  3  courant.  Né  en  1709;  échevin  de  Liège  de 
1736  à  1773. 

1734. 

2  mars.  —  Jean-Joseph  Massart  de  Geineker. 
Reims,  13  mars  1730. 

2  août.  —  Jean-Dieudonné- Léonard  de  Moreal,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,   10  juin. 

8  octobre.  —  Pierre-Ferdinand  Caenen  ,  de  Reckheim. 

Pont-à-Mousson,  26  août. 
48  octobre.  —  Pierre-François- Jos.  de  Fraisne,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  11  courant.  Né  en  1713. 
18  octobre.  —  Dieudonné-JérômeDECLERMONT,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  11  courant.  Né  en  1710. 
30  octobre.  —  Pierre-Antoine  Jacquet,  de  Biesme 

Louvain ,  23  avril  1725. 
12  novembre.  —  Jean-François  Lemoine,  de  Constance. 

Pont-à-Mousson,  24  mai  1719. 
4  décembre.  —  Jean-Nicolas  de  Presseux,  de  Theux. 

Pont-à-Mousson ,  25  août  1729. 

1735. 

3  février.  —  Jean-Baptiste  Puissant,  de  Chàtelet. 

Pont-à-Mousson,  27  décembre  1734. 
15  lévrier.  —  Guillaume-Arnold  Saren,  de  Tongres. 

Louvain,  4  août  1734.  Né  en  1709,  seigneur  d'Othée,  Ascii, 
Niel,  Lancklaer,  échevin  de  Liège  de  1754  à  1794,  conseiller  de  la 
Chambre  des  finances.  Créé  chevalier  en  1745,  mort  à  Otbée 
en  1797. 

14 


—  208  - 

11  février.  —  Etienne-Joseph  de  Bastin,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  3  juin. 
1er  avril.  —  Denis-François  Dumoulin. 

Pont-à-Mousson,  11  octobre  1734. 

21  avril.  —  Nicolas-Mathieu  de  Herstal  ,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  31  juillet  1734. 

22  avril.  —  Henri-François  de  Bounam  ,  de  Liège. 
Louvain,  7  juillet  1734.  Né  en  1711 ,  mort  au  château  de  Rick- 

holt  en  1778. 
21  mai.  —  Pierre-Jean  Preudhomme  de  Borre,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  12  courant. 

23  mai.  —  Jean-Louis  Lezaack,  d'Ensival. 
Pont-à-Mousson,  12  courant. 

27  mai.  —  Walter-Denis  Doupeie,  de  Liège. 

Rheims,  25  avril. 
29  mai.  — Jean-Henri  Petit,  de  Villers-le-Gamhon. 

Pont-à-Mousson,  6  octobre  1731. 
14  juin.  —  Jean-Joseph  Gaye,  d'Olloy. 

Pont-à-Mousson,  25  avril  1733. 

9  juillet.  —  Jean-Louis  de  Chestket,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  2  mai  1727.  Né  en  1699,  chevalier  du  S*-Em- 
pire;  secrétaire  du  Conseil  privé,  bourgmestre  de  Liège  en  1751, 
mort  en  1768. 
27  juillet.  —  François-Joseph  de  Bemy,  de  Liège. 

Louvain,  16  août  1734. 

10  septembre.  —  Jacques  Frankinet,  de  Liège. 
Louvain,  3  courant. 

1er  octobre.  —  Jean-François  de  Bartholdy  ,   de  Liège. 

Louvain ,  13  juillet. 
1er  octobre.  —  Noël-Charles  de  Bartholdy,  de  Liège. 

Louvain,  13  juillet. 
8  octobre.  —  Barthélémy-Gérard  Vincquedes,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  13  septembre.  Né  en  1714. 

1736. 

10  février.  —  Michel-Jacques-Joseph  Langelin. 
Pont-à-Mousson,  7  mars  1732.  Né  en  170S. 


—  209  — 

6  mars.  —  Grégoire-Mathias  Massart,  de  Liège. 

Louvain,  7  février.  Né  en  1712. 
23  mars.  —  Perpète  Heriiand. 

Rheims,  15  juillet  1734. 
13  juin.  —  François-Joseph  Son,  de  Liège. 

Rheims,  18  juin  1735. 
13  juin.  —  Gabriel-Joseph  Son,  de  Ciney. 

Rheims ,  18  juin  1735. 

18  août.  —  Guillaume  de  Sluse,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson ,  27  juillet.  Né  en  1710,  bourgmestre  de  Liège 

en  1756. 

10  octobre.  —  Henri  Herckens  ,  de  Petersheim. 
Louvain,  21  mai. 

20  octobre.  —  Guislain  Wirgkay  ,  de  Dinant. 

Pont-à-Mousson ,  12  octobre  1735. 
31  octobre.  —  Jean-Gérard-François  Drianne,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  31  juillet. 
23  novembre.  —  Pierre  Le  Maire  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  15  courant. 
29  novembre.  —  François  Bastin,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  15  courant. 

11  décembre.  —  Théodore  Jacquet,  de  Foy. 
Pont-à-Mousson,  28  juillet  1733. 

19  décembre.  —  Pierre-Remi  de  Ghestret  ,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  15  courant.  Chevalier  du  S'-Empire.  Né  en 

1709  ;  greffier  en  appel  des  Echevins  ;  mort  en  1757. 
22  décembre.  —  Jean  Maillart  ,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  17  mai  1735. 

1737. 

12  mai.  —  Albert  de  Grady  de  Neufcourt,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  21  septembre  1736. 

25  mai.  —  François-Michel- Joseph  Blavier,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  25  mai  1736. 
9  juillet.  —  Gérard-Joseph  du  Mortier,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  17  mai. 


—  210  - 

4  septembre.  -  Jean-Herman  de  Trappe,  de  Liège. 

Rheims ,  17  juillet  1737. 
7  septembre.  —  Goswin-Casimir-Joseph   d'Ancion  ,  de 

Liège. 

Pont-à-Mousson,  26  août. 

1738. 

9  janvier.  —  Jean  Mairin  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  23  août  1732. 
18  janvier.  —  Jean-Pierre-François  Warnotte,  de  Liège. 

Rheims,  18  juillet  1737.  Né  en  1715,  seigneur  de  Froidcourt, 
bourgmestre  de  Liège  en  1754. 
23  janvier.  —   Baudouin-Charles-Nicolas    Jennet,    de 

Liège. 

Pont-à-Mousson,  14  octobre. 
1er  juin.  —  Jacques-Balthazar  Dejaer  ,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  s.  d. 

23  juin.  —  Jean-Pierre-Gérard  Bourdon  ,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  7  juin. 

24  juillet.  —  Jean-François  Sparmont  ,  de  Huy. 
Orléans,  1er  avril. 

6  août.  —  Jérôme-Etienne  de  Barme  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  7  juin. 
13  août.  —  Albert  Vrancken,  de  Brée. 

Pont-à-Mousson ,  24  juillet  1721. 
23  octobre.  —  Louis-Joseph  de  Cartier,  de  Liège. 

Rheims ,  18  juillet  1738. 

25  octobre.  —  Jean-Philippe  de  Lathour  ,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  18  courantt 

25  octobre.  —  Hubert  de  Grumsel  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  18  courant.  Né  en  1717,  échevin  de  Liège  de 
1752  à  1786,  seigneur  d'Emael,  Hemricourt,  Bovegnistier. 

25  octobre.  —  Thomas  Lepage  ,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  18  courant. 

26  novembre.  —  Gilles  Dargent,  de  Dînant. 
Rheims,  5  septembre. 


-  211  - 

21  décembre.  —  Gilles- Joseph  de  Paix,  de  Sl-Trond. 
Pont-à-Mousson ,  1er  septembre. 

1739. 

16  mars.  —  Edmond-François-Dieudonné  de  Hubens, 
de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  18  octobre.  Magnat  de  Hongrie,  Député  per- 
pétuel aux  Etats,  Commissaire  déciseur  de  Neeroeteren,  Bourg- 
mestre de  Liège  en  1759. 
25  avril.  —  Charles  Martel,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  15  courant. 
8  juillet.  —  Jean-Pierre  de  Lantremenge,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson,  30  juin.  Seigneur  de  Goé  et  de  Hougarde; 
directeur  des  postes  impériales  dans  le  pays  de  Liège. 

11  septembre.  —  Georges-Ernest-François  de  Frésart, 
de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  31  août. 

12  octobre.  —   Jean-Baptiste-Joseph  de  Fraisne  ,   de 
Liège. 

Pont-à-Mousson,  3  courant. 
7  novembre.    —  Guillaume-Frédéric  de  Borman ,   de 
Brée. 

Rheims,  21  juillet  1718.  Né  en  1695,  mort  en  1756;  il  avait  été 
maïeur  de  Hamont,  lieutenant  drossard  du  bailliage  de  Pelt  et 
Grevenbrouck  ;  commissaire  de  guerre  du  pays  de  Liège. 
17  décembre.  —  Albert-Joseph  Brogniez,  de  Thuin. 
PJieims,  17  novembre  1738. 

1740. 

11  janvier.  —  Jean-Théodore  Pitteurs  ,   de  Sl-Trond. 

Pont-à-Mousson,  29  octobre  .... 
19   janvier.    —    Charles- Antoine-Gaspar-François    de 
Bossius  d'Humain,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  30  juin  1736.  Né  en  1714,  bourgmestre  de 
Liège  en  1757. 


—  212  - 

22  février.  —  Léopold-Joseph-Ignace  de  Bonhomme,  de 
Liège. 

Rheims,  16  novembre  1736.  Né  en  1712.  Gréé  baron  en  1789, 
mort  en  1797. 
27  avril.  —  Arnold-Chrétien  de  Bellefroid  ,  de  Tongres. 

Pont-à-Mousson ,  31  août  1739. 
21  mai.  — François-René  Princen,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  31  août. 
27  mai.  —  Henri-François  Lebon  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  23  novembre. 
18  juin.    —  Honoré  Beaudegnies,  de  Marchienne-au- 
Pont. 

Pont-à-Mousson,  25  mai  1739. 
6  juillet.  —  Henri-François  de  Gouverneur,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  29  juin. 
4  août.  —  Jean-Baptiste  Van  de  Waard  ,  de  Beek. 

Pont-à-Mousson ,  14  avril. 
1er  septembre.  —  Maximilien-Henri  de   Coune  ,    con- 
seiller de  la   Cour  féodale  et  greffier  de  la  Souveraine 
justice  de  Fléron. 

Pont-à-Mousson,  29  juin.  Né  en  1719;  il  fut  échevin  da  Liège 
de  1743  à  1756  et  devint  ensuite  cbanoine  tréfoncier  de  la 
Cathédrale. 
2  septemhre.  —  Pierre  de  Grumsel  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson  ,  27  août.  Conseiller  de  la  Cité,  mort  en  1793. 
2  septembre.  —  Joseph-Guillaume  Mottet,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  27  août. 
19  septembre.  —  Mathieu  Grailet  ,  de  Liège. 

Rheims ,  8  août  1740. 
12  octobre.  —  Joseph-Adrien  de  Gaverelle,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson  ,  3  octobre. 
10  octobre.  —  Henri-Joseph  Kamps  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  3  octobre. 
14  octobre.  —  Joseph-François-Antoine   de    Rossius, 
de  Liège. 

Pont-à-Mousson  ,  3  octobre. 


—  213  — 

30  octobre.  —  Jean-Nicolas  Cuitte  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  3  octobre. 
5  décembre.  —  Mathieu  de  Bleret  ,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson ,  25  octobre. 

1741. 

16  janvier.  —  Sébastien  Daniels  ,  de  Liège. 

Rheims,    25  avril   1740.  Né   en   1717,    conseiller  perpétuel, 
bourgmestre  de  Liège  en  1761,  sentencier  de  l'officiante,  membre 
du  Conseil  ordinaire  en  1771,  mort  en  1785. 
2  juin.  —  Jean-Guillaume- Joseph  de  Bicken,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson ,  10  mai. 

27  septembre.  —  Jean-Guillaume    Choquier. 
Pont-à-Mousson,  15  septembre.  Né  a  Liège  en  1718  ;  il  s'intitula 

plus  tard  de  Surlet  de  Chokier,  chevalier  du  S* -Empire  et  acquit, 
en  1758,  la  seigneurie  de  Gingelom.  Il  fut  le  père  du  Régent. 

28  septembre.  —  Walter-Henri-Joseph  Beanin. 
Pont-à-Mousson,  15  septembre.  Mort  le  25  juillet  1780. 

30  octobre.  —  Thomas-Guiil. -Joseph  baron  de  Crassier. 
Pont-à-Mousson,  21  octobre.  Né  en  1717. 

1742 

4  février.   —  Henri-Gaspar  Dupont,  de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  2  décembre  1741. 
8  mars.  —  André-Joseph  Boucqueniaux  ,  de  Liège. 

'Louvain,  10  mars  1741.  —  Nommé  avocat  fiscal,  12  mars  1768. 
15  juin.  —  Jean-François-Joseph-Pierre  de  Fassin. 

Rheims ,  23  mai  1742. 
15  juin.—  Lambert-Joseph- Ambroise  de  Fassin,  de  Liège. 

Reims,  23  mai  1742. 
8  octobre.  —  Louis  Maugeer,   de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  27  avril. 
7  décembre.   — -  Alexis  Demarteau,   de  Liège. 

Pont-à-Mousson,  8  novembre.  Né  en  1717.  Conseiller  privé;  con- 
seiller, puis  président  du  Conseil  ordinaire,  mort  à  Liège  en  1813. 


-  214  - 


1743. 


5  mars.   —  Mathieu  de  Glimes,  de  Nalline. 
23  juillet.  —  Jean-Guillaume  Lebon  ,  de  Liège. 
9  décembre.   —  Jean-François  Herckenne,  de  Liège. 
Reims,  31  octobre  1742. 

9  décembre.  —  Perpète  Lion. 

Reims,  29  septembre  1721. 

1744. 

17  juin.  —  Erasme  Dethier,  de  Liège. 

30  juillet.  —  Jean-Baptiste  Bonjean-Dehayme. 

Rheims,  s.  d.  Seigneur  de  Bornai,  Fraiture,  etc.  ;  député  per- 
pétuel aux  Etats  ;  greffier  de  l'Etat-Tiers ,  bourgmestre  de  Liège 
en  1762, 1767,  1778  et  1786. 
1er  août.  —  Philippe-Pholien  Henoul. 

Né  à  Liège  en  1718,  mort  à  Ougrée  en  1779. 
1er  septembre.  —  Mathieu  Maillart,  de  Liège. 
Pont-à-Mousson. 

10  octobre.  —  Mr  Delmotte,  de  Liège. 

12  octobre.  —  Jean-Charles  de  Grady-Cronendael. 
Né  en  1718;  chevalier  du  S'-Empire,  seigneur  de  Croenendael  , 
Genck  et  Suetendael  ;  député  aux  Etats  ;  conseiller  de  la  Cour 
allodiale,  mort  en  1761. 
26  novembre.  —  Livin-Servais  Van  H  amont. 
Pont-à-Mousson ,  s.  d. 

1745. 

29  janvier.  —  L.  Hergo. 

15  février.  —  N.  Nizet. 

5  mai.  —  J.  H.  F.  de  Cartier  de  Marcienne. 

16  juillet.  —  Jacques-Nicolas  de  Waremme. 
Pont-à-Mousson.  Né  à  Huy  en  1720.  Echevin  de  Liège  de  1753 

à  1792  ;  seigneur  de  Résimont. 
22  septembre.  —  Nicolas-François  Crehay. 
Rheims. 


—  215  - 

22  septembre.  —  Gérard-Gaspar  Crehay. 
Rheims. 

27  octobre.  —  Materne-Guillaume  Van  der  Meer. 
Rheims. 

23  novembre.  —  Lambert  Mottart,  de  Bergilers. 
29  novembre.  —  Barthélémy-Urbain  Dewar. 

3  décembre.  —  Barthélémy-Gérard  de  Hanosset. 
,,       7  décembre.  —  F.  X.  J.  Dupont. 

Florent-Xavier-Joseph  du  Pont,  seigneur  de  Wève,    anobli 
en  1776. 
16  décembre.  —  Jean-François  Lerond. 

1746. 

14  février.  —  François-Servais  Elias,  de  Liège. 
Rheims. 

20  mai.  —  Guillaume  Borghs,  de  Kermpt. 

Echevin  de  la  haute  justice  de  Vliermael  en  1752;  président 
de  ce  collège  en  1768,  mort  le  15  septembre  17S0. 
23  mai.  —  Mathias  Brouwers. 

Rheims. 
2  juin.  —  Vincent  Chavaux,  de  Liège. 
16  novembre.  —  Sébastien-Pierre  Van  de  Cruys. 
29  novembre.  —  Pierre-Louis  de  Cartier  de  Marcienne. 

1747. 

23  janvier.  —  François-Gilles  Groutars,  de  Bilsen. 

21  juillet,  —  Herman-Lambert  de  Groutars,  secrétaire 
de  l'État  noble. 

Né  en  1726;  Conseiller  intime  du  cardinal  Jean-Théodore  de 
Bavière,  Conseiller  de  la  Cour  féodale,  bourgmestre  de  Liège  en 
1765.  Créé  chevalier  en  1765,  mort  en  1776. 

28  août.  —  Melchior-Jean-Everard  Dozin,  de  Liège. 
19  septembre.  —  Damien  d'Angion,  de  Liège. 

31  octobre.  —  François-Pierre  Van  Herck. 

11  décembre.  —  Franc. -Balthazar-Jean  Van  derHouve. 


—  216  - 

1748. 

9  février.  —  Jean-Denis  de  Fresne. 

16  mars.  —  Jean-Gilles-Nicolas  Hubotte. 

28  mai.  —  Antoine-Médard  Basquin  (sic) ,  de  Vireux. 
26  septembre.  —  Gérard-François  Tilman,  de  Visé. 
26  novembre.  —  Lambert-Philippe  de  Germeau. 

1749. 

17  février.  —  Louis  de  Hodeige. 

15  avril.  —  Jean-Guillaume  Ruisson,  de  Liège. 

12  mai.  —  Jean-François  Goreux. 

14  mai.  —  Jean-François  de  Bronckart. 

21  juin.  —  Jean-Antoine  Le  Noir. 

25  juin.  —  Gaspar  van  Laer. 

21  juillet.  —  Gilles-Albert  de  Léonard. 
Bourgmestre  de  Liège  en  1778. 

22  juillet.  —  Gilles  Gerfontaine. 

24  septembre.  —  Jean-Melchior  de  la  Tour,  de  Liège. 

24  septembre.  —  Laurent  de  la  Tour. 

24  septembre.  —  Jacques  Hubart,  de  S'-Trond. 

17  octobre.  —  Martin-Nicolas  Delwaide. 

5  novembre.  —  Jean-Pierre  Martini. 

31  décembre.  —  Jean-Joseph  Massot. 

1750. 

22  janvier.  —  Pascase-Hubert  Moulan. 
19  février.  —  Jacques  Kenor. 

Né  en  1728.  Echevin  de  Liège  depuis  1766;  mort  en  1808. 

15  mai.  —  Jean-Nicolas  de  Chestret. 

Né  en  1728,  licencié  à  Pont-à-Mousson  le  9  mai  1750,  secrétaire 
du  Conseil  privé,  greffier  en  appel  des  Echevins,  etc.;  créé  baron 
en  1794;  mort  à  Liège  en  1810. 

16  juin.  —  Martin-Joseph  Detrooz. 
23  novembre.  —  Jean  Plevoets. 


-  217  — 


1751. 

15  janvier.  —  Alexandre  Quairez  ,  de  Chimay. 

25  janvier.  —  Philippe  de  Bellefroid  ,  de  Tongres: 
3  avril.  —  Henri-Arnold  Jaminet. 

9  août.  —  Jean-Théodore  Gonthier. 

13  août.  —  Jean-Guillaume  de  Clercx. 

Né  en  1728,  seigneur  d'Aigremont ,  des  Awirs  et  de  Waroux, 
haut  avoué  de  Hesbaye  et  de  la  cité  de  Liège,  conseiller  de  la 
Chambre  des  finances,  bourgmestre  de  Liège  en  1770,  mort 
en  1779. 

15  novembre.  —  Maur  Schoenaerdts,  de  Sl-Trond. 
Échevin  de  Vliermael  de  1754  à  1780. 

16  novembre.    —  Jean-Philippe  Simonon. 

17  novembre.   —  Albert  de  Harenne. 

Né  en  1728;  créé  chevalier  en  1769,  mort  en  1771. 

26  novembre.   —  Léonard-François  de  Harzé. 

9  décembre.   —  François   L.   J.    Gillet  ,   de  Liège. 

1752. 

19  janvier.   —  Jean-Anthoine-Joseph  de  Weseren  de 
Schabrouck,  de  Saint-Trond. 

Né  en  1725;  conseiller  privé;  mort  à  Schabrouck  en  1783. 
3  février.   —  Mr  Coomaxs  ,    de  Brée. 

Laurent-François-Hubert  Coomans ,   né  en  1726  ;  lieutenant 
drossard    du  baillage  de  Pelt  et  Grevenbrouck  ;  mort  à  Liège 
en  1791. 
6  avril.  —  Michel  Bertrand  ,  de  Liège. 

20  avril.  —  Simon-Servais  L'honeux,  de  Liège. 
Créé  baron  en  1773. 

22  avril.  —  Pierre  Terwagne  ,  d'Oufïet. 

Né  en  1730,  juge  au  tribunal  civil  de  Liège ,  mort  en  1797. 
29  mai.  —  Jean- Joseph  Verborgh. 
31  mai.  —  Philippe-Dominique-Joseph  de  Spineto. 
3  juin,  —  Georges-François  Closset. 


—  218  — 

6juin. — Ant.-Daraien-Adrien-Xavier-Ignace  de  Closset. 
Né  en  1722,  député  perpétuel  aux  Etats,  trésorier  général; 
bourgmestre  de  Liège  en  1757. 

11  août.  —  Mathieu-Louis  Raick. 

Né  en  1731;  conseiller  de  la  Cour  féodale,  haut  voué  d'Awans 
et  de  Loncin;  échevin  de  Liège  de  1761  à  1796,  mort  à  Liège 
en  1810. 

12  octobre.  —  Arnold-Hadelin  de  Thier. 

7  novembre.  —  Pierre-Robert  de  Cartier. 
2  novembre.  —  Laurent-Joseph  Dossin. 

Né  en  1730  ;  échevin  de  Liège  en  1757,  mort  en  1798. 
7  décembre.  —  Damien-Mathias-Antoine  de  Closset. 

Né  en  1730.  Créé  chevalier  en  1774,  mort  en  1799. 
18  décembre.  —  Hubert-François  de  Govaerts. 
18  décembre.  —  Jean-Frédéric  de  Govaerts. 


1753. 


22  janvier.    —    Antoine -François -Benoît  Defooz   de 
Corrion. 

Né  en  1730;  échevin  de  Liège  de  1730  à  1794,  mort  à  Aineffe 
en  1810. 
10  avril.  —  Nicolas-François  Mivion. 

13  avril.  —  Guillaume-André-Lambert  de  Favechamps. 
Né  à  Liège,  7  janvier  1732. 

9  mai.  —  Clarissimus  dominus  Beghein  reproduxit  no- 
tulam  praestiti  juramenti  sub  dalo  16°  aprilis. 

Jacques  de  Beghein,  reçu  échevin  de  Liège  en  1757,  mort  à 
Anthisnes  en  1804. 

10  mai.  —  Nicolas-Toussaint  de  Thier. 

Né  en  1730,  chevalier  du  S^Empire  ,  seigneur  de  Skeuvre,  con- 
seiller de  la  Chambre  des  finances  et  de  la  Cour  allodiale , 
bourgmestre  de  Liège  en  1775,  mort  en  1804. 

14  mai.  —  Lambert  DEJAER. 

29  mai.  —  Marcel-Gérard-Nicolas  Vanhove. 
19  juillet.  —  Jean-Joseph  Ponthier,  de  Liège. 


—  219  - 

15  novembre.  —  Jean-Nicolas  Levoz. 
Né  à  Liège  en  1727. 

22  novembre.  —  Henri-Charles  Nizet. 

4754. 

2  avril.  —  Servais  Clercx. 

25  mai.  —  Jean-Lambert  Van  Hese,  de  Linckhout. 

Echevin  de  la  haute  justice  de  Vliermael  en  1757,   dernier 
président  de  ce  collège,  de  1780  à  1796. 
24  octobre.  —  François-Vincent,  chevalier  de  Wampe. 
Né  en  1732,  mort  en  1785. 

3  décembre.  —  Jean-Lambert  Scohier. 

1755. 

23  janvier.  —  Lambert  Tillon. 

14  février.  —  Jean-Nicolas  Magnée. 
11  mars.  —  Guillaume-Arnold  Kempeneers,  de  Tongres. 
11  avril.  —  Jean- François-Joseph  de  Fion. 
19  mai.  —  Jean-Mathieu  Cluyskens. 
1er  septembre.  —  Adrien-Victor-Joseph  de  Melchiors  , 
fils  du  sentencier. 

Né  à  Liège  le  25  août  1733. 
13  novembre.  —   Gaspar-Jean  Vossius. 

Echevin  de  Vliermael  de  1756  à  1786. 
28  novembre.  — Chrétien- Jean  Van  Muysen,  de  Tongres. 

1756. 

10  janvier.  —  Augustin  Barre,  de  Couvin. 

28  mai.  —  François-Joseph  Pestiau,  de  Philippeville. 

31  juillet.  —  Jacques-Mathieu  de  Visez. 

Seigneur  de  Tihange,  né  en  1736. 
1er  septembre.  —  Adam  Stellingwerff,  fds  de  Jacques. 

Echevin  de  Liège  en  1774,  mort  à  Hasselt  en  1817. 
28  septembre.  —  Hubert-Joseph  de  Frésart. 

Né  le  17  août  1733. 
23  octobre.  —  Servais  Waroux,  de  Liège. 

Né  en  1733. 


—  220  — 

2  novembre.  —  Jean-Jacques  de  la  Tour. 
8  novembre.  —  Léon  Laminne. 
18  novembre.  —  Adam  Stellingwerff. 
2  décembre.   —  Jacques-Guillaume   de  Maugeer  ,  de 
Hamont. 

1757. 

8  juillet.  —  Pierre-Antoine  Nicolaï,  de  Heusden. 
23  juillet.  —  F.  J.  Neuville  ,  de  Liège. 
12  août.  —  Jean-Jacques-François  Nizet,  de  Verviers. 
31  août.  —  Jean-Mathieu  Schoonbroodt. 

4  octobre.  —  Théodore-Joseph  Mairin. 

Né  à  Liège  en  1735. 
— 13  octobre.  —  Philippe-François-Louis  Ghaye. 
Né  le  1er  mai  1734. 
15  octobre.  —  Jean-Charles  Meester. 

1758. 

18  février.  —  Fastré-Guill. -Joseph  Cours  ,  de  Tongres. 
27  mars.  —  Léonard-Bernard  de  Hayme  ,  seigneur  de 
Haut-Falize. 

Conseiller  privé,  bourgmestre  de  Liège  en  1766. 
17  avril.  —  de  Sohet. 
27  mai.  —  Jean-Walther  de  Wampe. 

5  juin.  —  Claude-François-Joseph  de  Moréal. 

Né  le  16  septembre  1736. 

5  juin.  —  Charles-Denis  de  Berto. 
7  juin.  —  Joseph  Henoul. 

20  juin.  —  Joseph  de  Briamont. 
11  juillet.  —  Trudon  van  den  Bergk. 
26  juillet.  —  Nicolas-Gérard  Siegers. 
30  octobre.  —  Arnold-Etienne  Quirini. 
Né  à  Liège  le  23  juillet  1736. 

6  novembre.  —  Guillaume  Bome. 

Dernier  sentencier  de  l'official,  mort  àHollognele  12  juin  1794. 


—  221   - 

6  novembre.  —  Jean  Bonniver. 

17  novembre.  —  Nicolas  de  Robyns. 

23  novembre.  —  N.  Rocourt. 

1759. 

25  avril.  —  Lambert  Barthels. 

Né  en  1733;  maïeur  de  Gortessem  et  de  Wintershoven;  com- 
missaire déciseur  à  Neeroeteren;  seigneur  d'Oostham,  Beverloo 
et  Quaed-Mechelen ,  mort  à  Cortessem  en  1812. 
30  juin.  —  Hubert- Joseph  Absil. 
Né  à  Liège  le  16  mars  1734. 

6  juillet.  —  Bené  de  Vivegnis. 

9  juillet.  —  Emmanuel- Joseph  Marchot. 
14  juillet.  —  Lambert  Planchar. 

27  juillet.  —  Antoine-Hubert  Warnant. 

Né  en  1737;  membre  du  Conseil  ordinaire  en  1790;  avocat 
fiscal  en  1791;  conseiller  privé  en  1792;  l'un  des  derniers  bourg- 
mestres de  Liège  en  1793. 

28  juillet.  —  Henri-Mathias  Chefneux. 

1er  septembre.  —  Noble  Joseph-Léonard-Ignace-Thomas- 
Martin-Bemi  de  Bonhome. 

19  octobre.  —  Barthélémy-Olivier  de  Saive. 

7  novembre.  —  Antoine-Joseph-Vincent  Termonia. 

Né  à  Liège,  9  mai  1737. 
9  novembre.  —  Henri  Achten. 
23  novembre.  —  Gilles-Michel-Joseph  Vlecken. 

1760. 

22  mai.  —  Léonard  de  Hodeige. 

23  juin.  —  Jean-Gilles-Joseph  Goesin. 
28  juin.  —  Georges  de  Mélotte. 

Né  en  1739,  seigneur  d'Envoz,  Couthuin,   Marsinne  et  Sur- 
lemez,  conseiller  de  la  Chambre  des  finances  et  de  la  Cour  allo- 
diale,  bourgmestre  de  Liège  en  1775, 1781  et  1787,  mort  en  1794. 
28  juin.  —  Joseph  Dejaer. 


—  222  — 

12  août.  —  Arnold-Godefroid  de  Doncel. 

Né  en  1738 ,  bourgmestre  de  Liège  en  1790. 
12  août.  —  Jean-Nicolas  Melgion. 
12  août.  —  Henri-Joseph  Pacquot. 
12  août.  —  Nicolas-Arnold  Delpaire. 

12  août.  —  Servais-Joseph  Piette. 
Né  à  Liège  le  17  décembre  1738. 

23  octobre.  —  Olivier-Jean-Jacques  de  Saive. 
Né  le  18  décembre  1739. 

25  octobre.  —  Jean-Louis  Deltour. 

29  décembre.  —  Simon-Lambert  Ransgelot. 

1761. 

6  avril.  —  Pierre-Mathieu  Debeche. 

Né  en  1735 ,  membre  du  Conseil  ordinaire  en  1783 ,  mort  à 
Liège  en  1806. 

13  juin.  —  Jean-Frédéric  de  Schrynmackers. 

22  juin.  — ■  Godefroid-Antoine-Englebert  Burdo. 
Né  le  1er  mai  1741. 

15  septembre.  —  Thomas-Mathias  Louvrex. 

Né  en  1725,  bourgmestre  de  Liège  en  1780 ,  mort  en  1794. 

1762. 

1er  février.  —  Guillaume  Jackmaer. 

17  mars.  —  Mathias-Louis  Vaets,  de  Hasselt. 

26  mars.  —  Jean-André  Becaers. 

29  avril.  —  Jean-Henri  Ulens,  de  Sl-Trond. 

29  avril.  —  Tilman-Georges-Félix  Derwa,  de  Sl-Trond. 

21  mai.  —  Pierre-François  Jehu. 

23  juillet.  —  Louis-Laurent  Trousset  ,  de  Jenneville. 
Né  en  1738,  reçu  échevin  de  Liège  en  1778;  conseiller  delà 

Gliambre  des  finances  ;  plus  tard  conseiller  de  la  Cour  supérieure 
de  justice  de  la  province  de  Liège ,  mort  au  château  d'Amas  en 
1827. 
9  novembre.  —  Pierre-Charles-Joseph  de  Warnotte. 
Né  en  1742,  seigneur  de  Froidcourt,    conseiller  de  la   Cour 
allodiale. 


—  223  — 

2  décembre.  —  Ambroise  Gerardy. 
'20  décembre.  —  N.  Hausoy. 

23  décembre.  —  Pierre-Joseph  Battaille. 
31  décembre.  —  Louis-Joseph  Juppille. 

1763. 

10  février.  —  Nicolas  Dargent. 

11  août.  —  Nicolas  Hauzeur. 

26  août.  —  Jean-Louis-Joseph  Cloes. 
Né  le  24  août  1743. 

30  août.  —  Joseph-Gaspard  Hoyoux. 

3  septembre.  —  Guillaume-Michel  Van  Hers. 

24  octobre.  —  Sacré  Bastin  ,  de  Huy. 

1764. 

15  mars.  —  Guillaume-Godefroid  van  Bloer. 
29  mai.  —  Guillaume-François  Storheaux. 
23  juin.  —  Jean-Lambert  Colignon. 
23  août.  —  Jean-Théodore  Bome. 

Né  à  Grâce  en  1734,  seigneur  de  Heythuysen,  membre  du 
Conseil  ordinaire  en  1777  ;  mort  en  1821. 

23  août.  —  Jean-Henri-Nicolas  Bourdon. 
Né  le  23  décembre  1743. 

31  août.  —  Guillaume-Henri  Lareye. 

20  novembre.  —  Jean-Joseph  Goster,  de  Dinant. 

29  novembre.  —  Gérard-François  Cuypers,  de  Tongres. 

1765. 

6  février.  —  Charles-Henri  Longrée. 

Né  en  1737,  reçu  échevin  de  Liège  en  1773;  conseiller  privé  et 
secrétaire  du  cabinet  du  Prince-Evêque;  mort  à  Hoyoux  en  1818. 

24  mai.  —  Pierre-Léonard-Joseph  Delrée. 
14  août.  —  Jean-Nicolas-Hubert  de  Bastin. 

1766. 
14  juillet.  —  Barthélémy  Danthine. 


—  224  - 

17G7. 

10  janvier.  --  Charles-Albert  Brogniez. 

1768. 

16  septembre.  —  Antoine-Libert  Rouhenne. 

Né  le  18  mai  1744. 
27  septembre.  —  Nicolas-Joseph  Hansotte. 
14  octobre.  —  François-Joseph-Charles  d'Othée. 

Né  le  22  juin  1746,  chevalier  du  S'-Empire,  baron  de  Haneffe  , 
bourgmestre  de  Liège  en  1782,  reçu  échevin  en  1793,  mort  en 
émigration  à  Paderborn  en  1800. 
16  novembre.  —  Jérôme-Adrien  Lyon. 

19  novembre.  —  Louis  Préalle. 

22  novembre.  —  Henri-Balthazar  de  Borman. 
Né  à  Lummen  en  1744,  mort  à  Hasselt  en  1803. 

1769. 

7  mars.  —  Henri-Godefroid  Roelants. 
18  mars.  —  Pierre-Joseph  Mons. 

20  mai.  —  Barthélemy-Servais- Joseph  Renard. 

9  juin.  —  Noble  Charles- Antoine  de  Bossius  d'Humain. 

23  juin.  —  Pierre-Guillaume-Joseph  de  Saren. 
Chevalier  du    S'-Empire ,   baron  d'Othée  ;    conseiller    de    la 

Chambre  des  finances,  né  à  Liège  en  1745,  y  décédé  en  1803. 

8  juillet.  —  François-Joseph  Xhenemont. 

4  août.  —  Henri-François-Guillaume  Plumier. 

Né  le  28  avril  1747. 
30  septembre.  —  Gilles-Erasme  Colson  de  Châtelain. 

1770. 

29  janvier.  —  Pierre-Joseph  Drunet. 
7  février.  —  Noble  et  gén.  Lambert-Amand-Joseph  van 
den  Steen  ,  baron  de  Jehay. 

Né  en  1747;  échevin  de  Liège  de  1772  à  1794;  plus  tard  membre 
de  l'Ordre  équestre  et  des  États  de  la  province  de  Liège;  mort  à 
Jehay  en  1824. 


—  225  — 

15  février.  —  Denis-Joseph  Dargent. 
30  avril.  —  Jean-Jacques  Georis. 

3  juillet.  —  Jacques-Joseph  Stappers. 
7  novembre.  —  Michel  van  Muysen. 

1771. 

20  février.  —  Jean-Jacques-Louis  Sartorius  ,  de  Visé. 
30  mars.  —  Antoine-Joseph  Hawotte,  de  Cerexhe. 
2-4  avril.  —  Charles-Bernard  Brogniez. 

Chevalier  du  S'-Empire.  Né  à  Thuin  en  1747. 
26  avril.  —  Jean-André  Conincx,  de  Hasselt. 
15  mai.  —  Bévérend  Jacques-Joseph  de  Fays. 

4  juillet.  —  Michel-Henri-Joseph  de  Saren. 

Chevalier  du  S'-Empire,  seigneur  d'Asch,  Niel,  Lancklaer; 
né  à  Liège  en  1746,  mort  à  Tongres  en  1826. 

11  juillet.  —  André  Waonry. 

12  juillet.  —  Jean-Baptiste-Louis-François  de  Bemy. 
Né  le  24  août  1748. 

19  septembre.  —  Victorien- Joseph-Dorothée  Banscelot, 
de  Florennes. 
22  septembre.  —  François-Joseph  de  Bollis. 

7  octobre.  —  Pierre-Georges  Dupont,  de  Liège. 
29  novembre.  —  Henri-Joseph  Bastin,  de  Huy. 

— 9  décembre.  —  Jean-Waldor  de  Modave,  de  Massogne. 
Né  en  1750.  Il  se  fit  prêtre  en  1808,  fut  curé  de  Conjoux  et 
mourut  à  Masogne  en  1835. 

1772. 

8  avril.  —  Barthélemi  Laurent,  de  Huy. 

18  mai.   —    Jacques-Joseph-Emmanuel    Gelders,    de 
Maeseyck. 

25  juillet.   —  Lainbert-Dieudonné-Michel    de    Saren, 
chevalier  du  Saint-Empire. 

Baptisé  à  Liège  le  29  sept.  1748;  mort  à  Alkenle  11  janvier  1815. 


-  226  — 

25  juillet.  — Gilles-Jacques-Edmond-Joseph  de  Hubens, 
libre  baron  du  Saint-Empire. 

Magnat  de  Hongrie ,  mort  en  1785. 
8  octobre.  —  Guillaume-Antoine  Motmans,  de  Looz. 
11  novembre.  —  François-Henri-Maximilien  Balleine. 

1773. 

18  février.  —  Adam-Michel  Clerx. 

14  septembre.  —  Jean-Charles-Bernard  d'OMALius. 

Né  en  1744;  plus  tard,  juge  de  paix  du  canton  de  Fléron; 
mort  à  Liège  en  1810. 

8  octobre.  —  Théodore  Lixson. 

25  novembre.  — Révérend  Nicolas   Dambois,  chanoine 
de  Saint-Denys. 

9  décembre.  —  Thomas-Dieudonné  Baufin. 

1774. 

21  janvier.  —  Louis-Eustache  Van  der  Maesen. 

25  janvier.  —  Guillaume  Bouhaye. 

27  avril.  —  Mathias-Georges  Hollanders,  d'Alken. 

2  mai.  —  Léonard-François  Moreau,  de  Liège. 

25  mai.  —  Noble  Lambert-Trudo-Antoine    Pitteurs  de 

LlEFKENSRODE. 

Mort  à  Rosoux  le  8  juillet  1828.  Après  1815,  membre   de  la 
Première  Chambre  des  Etats  généraux;  créé  baron  en  1821. 
1er  juin.  — Arnold-Nicolas  Gilman. 

Né  à  Liège  le  28  mars  1753. 
21  juin.  —  Walter-Etienne  Beanin. 

Né  à  Liège  le  20  mai  1754.  Présid.  de  la  Cour  de  justice  crim. 

3  juillet.  —  Philippe  Leglercx,  de  Liège. 
9  août.  —  Jacques-Nicolas  Hardy  ,  de  Huy. 

9  décembre.  — François-Joseph  de  Borlez,  de  Liège. 

1775. 

10  janvier.  — Lambert  Desellier,  de  Saint-Trond. 
23  janvier.  —  Quirin  Dadseux  ,  prêtre. 


—  227  — 

22  mars.  —  Pierre-Abraham  Lesoinne,  de  Melen. 
5  août.  —  Joseph-Antoine  Libert  ,  de  Florennes. 
17  août.  —  Charles-Michel  Daubremont,  de  Liège. 

Né  le  28  septembre  1754. 

23  août.  —  René-Dominique  Peters,  de  Tongres. 

5  octobre.  —  Jean  Barthels  ,  seigneur  de  Werm  et  de 
Vrolo. 

Né  à  Vliermael  1er  mars  1735',  mort  à  Schalkhoven  le  20  mai 
1791. 

4  décembre.  —  Gérard  de  Le  au  ,  de  Spa. 

14  décembre.  —  Jean-Joseph   de  Rensonet  ,  de  Liège. 

1776. 
26  mars.  Charles-François-Joseph  Warzée,    de  Have- 

lange. 

Né  à  Liège  en  1750  ;  député  aux  Etats  ;  mort  en  1813. 
11  avril.  —  Pierre-Etienne   de  Busnel  ,  juge   royal  et 
prévôt  de  Philippeville. 

17  avril.  —  Conrard   de  Harlez  ,  de  Liège. 

Né  en  1755;  chevalier  du  S'-Empire;  trésorier  général  et  con- 
seiller du  Piïnce-Evêque  ;  mort  en  1807. 

19  avril.  —  Mr  de  Gromsel  ,  de  Liège. 
17  mai.  —  Mathias  Dethier. 

5  juillet.  —  Antoine-Servais-Joseph  Melotte,  de  Liège. 

20  juillet.  —  Jean-Nicolas  Radoux,  de  Visé. 

23  novembre.  —  Pierre-Joseph  Farsy,  de  Liège. 
3  décembre.  —  Charles-G.  de  Groutars,  de  Liège. 
Né  en  1755;  greffier  de  l'État-Noble,  mort  en  1815. 

1777. 

16  janvier.  —  Pierre  Opdendries,  de  Tongres. 
23  janvier.  —  Abraham-Josué-Jean-Louis  de  Braconier, 
de  Liège. 

1er  janvier.  —  Gaspar-Joseph  Gilot  .  de  Haneiïe. 

Né  ennhl;prinmsde  Louvain  en  1769;  secrétaire  du  prince 
de  Hoensbroeckjsentencier  de  TOfficialité;  conseiller  du  Conseil 
ordinaire  de  1785  à  1794. 


—  228  — 

5  juin.  —  Jean  Janssens  ,  de  Hasselt. 

27  novembre.  —  Toussaint-Henri  Fafchamps,  de  Saive. 

29  novembre.  —  Jean-Joseph  Dargent  ,  de  Dinant. 

12  décembre.  —  Lambert-Henri-Joseph  Danthinne,  de 
Liège. 

Né  le  27  mai  1753. 

13  décembre.  —  Toussaint  Dandrimont,  de  Theux. 
Premier  président  de  la  Cour  d'appel  de  Liège. 

1778. 

10  janvier.  —  Jean-Théodore-Balthasar  Pitteurs  ,  de 
St-Trond. 

27  janvier.  —  Jean-Lambert-Joseph  de  Fortems  de 
Lhoneux,  de  Liège. 

17  février.  —  Joseph-Léonard  Dereche  ,  de  Liège. 

3  mars.  —  Jacques-Erard-Joseph  baron  de  Foullon  de 
Camrray. 

Né   à  Visé.  Membre  de  l'Ordre  équestre.  Mort  à  Liège  le 
30  janvier  1819. 
27  avril.  —  Jean-Libert-Simon  de  Froidmont. 

4  juillet.  —  Gaspar-Jacques  Claes,  de  Hasselt. 

13  juillet.  —  Guillaume-Pierre  Vos ,  deSl-Trond. 

17  août.  —  Jean-Guill. -Arnold  Surlet    de  Ciiockier. 
Né  à  Liège  en  1754,  seigneur  de  Gingelom,  où  il  mourut  en 
1823.  Il  était  le  frère  du  Régent. 
17  août.  —  Remacle-Joseph  de  Laminne,  de  Liège. 

Né  en  1756;  créé  chevalier  en  1783;  mort  en  1798. 
9  septembre.  —  Henri  Zels  ,  d'Oostham. 
23  septembre.  —  Jacques-Joseph-François  Frésart,  de 

Liège. 

Né  le  9  juin  1758.  Conseiller  à  la  Cour  d'appel  de  Liège ,  mort 
le  15  novembre  1841. 

14  novembre.  —  Jean-François  Vanlanden,  de  Wamont. 
21  décembre.  —  Pierre-Joseph-Emmanuel  Evrard,  de 

Reppe. 


—  229  — 

1779. 

12  janvier.  —  Louis-Benoît  Moers,  de  St-Trond. 
21    janvier.    —   Lambert-Joseph-François-Denis  Bour- 
guignon, de  Liège. 

Né  le  14  octobre  1753. 
31  janvier.  —  Jean-Michel-Norbert  Kips,  de  Herck. 
3  février.  —  J.-J.  Dubois  ,  d'Ecaussinnes. 
3  mai.  —  Alexandre-Joseph  Langlé,  de  Fontaine-Val- 
mont. 

10  juillet.  —  Pierre-Jacques  Vroonen,  de  Gelinden. 
21  juillet.  —  Antoine-Joseph  Raikem,  de  Liège. 

Né  le  9  juin  1757.  Plus  tard  avoué  près  la  Cour  d'appel. 
30  août.  —  Pierre-Joseph  Henkart,  de  Liège. 

Né  le  13  février  1761,  il  devint  en  1788  chanoine  du  chapitre 
de  S'-Martin.  Ayant  ensuite  embrassé  la  cause  révolutionnaire, 
il  se  fit  journaliste ,  se  maria  et  fut  pensionné  par  la  République. 
Il  fut  le  premier  organisateur  du  dépôt  des  Archives  de  l'Etat ,  à 
Liège.  Successivement  président  de  l'administration  centrale 
provisoire,  juge  et  vice-président  du  tribunal  civil,  puis  du  tri- 
bunal criminel  de  Liège ,  il  mourut  procureur  du  Roi  en  cette 
ville  le  9  septembre  1815. 
10  novembre.  —  Jean-Joseph  Piret,  de  Silenrieux. 
17  novembre.  —  Henoul,  de  Liège. 

1780. 

8  janvier.  —  Léopold-Charles-Adam   Clerx,   de  Die- 
penbeek. 

27  janvier.  —  Jean  Lowet,  d'Attenhoven. 
3  février.— Jean-Louis-Augustin  Yernaux,  de  Florennes. 
12  février.  —  Gaspard-François  Vossius,  de  Hasselt. 
Échevin  de  Vliermael  de  1786  à  1794,  il  fut  plus  tard  président 
du  tribunal  civil  de  Hassselt. 
24  août.  —  Lambert  Goffoy,  de  Liège. 
2  décembre.  —  Pierre-Denis  de  Batta  de  Nomerenge. 
21  décembre.  —  Laurent-François  Dethier  ,  de  Theux. 


-  230  — 


1781. 


5janvier.  —  Robert-Théodore  de  Bellefroid,  de  Liège. 

Né  le  27  juillet  1759,  mort  le  4  janvier  1839. 
17  janvier.  —  Nicolas-Joseph  Detroz,  de  Sart. 

21  février.  —  Léonard-Pascal  Bouille  ,  de  Liège. 

28  février.  —  Jean-François-André  Petit jean,  de  Liège. 

Né  le  30  mai  1756. 
4  avril.  —  Joseph-Michel-Maximilien  de  Groutars  ,  de 
Liège. 

Né  le  13  octobre  1759,  mort  le  8  mai  1793. 

16  mai.  —  Henri  Detrixhe. 

27    juillet.     —    Charles-François-Maurice    Desmaret  , 
de  Liège. 
12  novembre.  —  Antoine  Grisar,  de  Liège. 

1782. 

17  janvier.  —  Laurent-Godefroid  Lonhienne. 
17  janvier.  —  Lambert-Guillaume  Fabry. 

22  janvier.  —  Jacques-Joseph  Franquinet  ,  de  Liège. 
4  février.  —  Jean-François  Lixson. 

7  février.  —  Jean-Théodore  Dewar,  de  Huy. 

7  mars.  —  Lambert-Guillaume  Barthels,  de  Bilsen. 

11  mai.  —  Chrétien  Schrammen,  de  Maestricht. 

26  juillet.  —  Arnold-Jacques  Corthouts,  de  Hasselt. 
3  août.  —  Louis-François-Godefroid  de  Harzé,  de  Liège. 

Né  le  23  juin  1764. 
7  août.  —  Gangulphe-Joseph  de  Faleur,  de  Chênée. 

12  octobre.  —  Lambert-Joseph  de  Waleff,  de  Liège. 

13  novembre.  —  François  Laixheau,  curé  de  Vottem. 

1783. 

7  janvier.  —  Gérard-Laurent  Stoffels,  de  Maeseyck. 

6  février.  —  Paul  d'Or,  de  Chainée. 

6  février.  —  Lambert  Jacobs,  de  Hasselt. 


-  231  — 

12  jnin.  —  Henri-Bonaventure-Trudon  de  Pitteurs,  de 
Saint-Trond. 

Avocat  fiscal,  conseiller  privé  du  prince-évêque  et,  après  1815, 
conseiller  à  la  Cour  supérieure  de  justice  de  Liège;  mort  à 
S'-Trond  en  1853,  à  l'âge  de  92  ans. 

24  juin.  —  Nicolas-Joseph  Lambinon,  de  Liège. 
Né  le  7  mars  1760. 

26  juillet.  —  François-Noël  Defrance,  de  Liège. 

Né  le  15  novembre  1756,  il  fut  en  1777  primus  de  l'Université 
de  Louvain.  Plus  tard ,  il  devint  conseiller  à  la  Cour  supérieure 
de  justice  et  président  du  Comité  d'agriculture.  Mort  à  Liège  le 
8  avril  1823. 

25  juillet.  —  Henri-Engelbert  Gartenstat,  de  Tongres. 
5  août.  —  Jean-Joseph  Brasseur,  de  Thuin. 

13  août.  —  Léonard-Joseph  Duchesne,  de  Liège. 

27  août.  —  Joseph  Hollanders  ,  de  Peer. 

11  décembre.  —  Gérard-Hadelin  Nagant,  de  Liège. 

Né  le  14  février  1759. 
10  décembre.  —  Michel-Mathias   de  Clercx,  de  Liège. 
Né  en  1763  ,  seigneur  de  Waroux ,  conseiller  de  Chambre  des 
finances,  membre  de  l'Ordre  équestre  de  la  province  de  Liège  ; 
mort  à  Waroux  en  1823. 

1784. 

5  janvier.    —    Jacques-Louis-Théodore    Bellefroid  , 
prêtre,  de  Liège. 

Né  en  1756,  chanoine  de  S^Pierre;  ensuite  supérieur  du  Sé- 
minaire de  Floreffe;  mort  à  Liège  en  1841. 
5  janvier.  —  Jean-Richard- Wilibald  Belfroid  ,  de  Liège. 

Né  en  1761 ,  frère  du  précédent. 
10  janvier.  —  Ignace-Joseph  Brocal,  de  Liège. 
15  janvier.  —  Emmanuel-Antoine-Joseph  Ansiaux  ,  de 
Liège. 

Né  en  1761,  membre  du  Conseil  ordinaire  de  1791  à  1794;  con- 
seiller de  la  Chambre  des  finances.  Il  émigra  en  1794  et  devint 
conseiller  intime  de  la  princesse  de  Wurtemberg. 


—  232  — 

19  février.  —  Ferdinand-Joseph  Renier,  d'Oignies. 

8  mars.  —  Godefroid  de  Hauster. 

26  avril.  —  Jean-François  Borghs,  de  Hasselt. 

43  mai.  —  François  Anceau,  de  Hierges. 

29  mai.  —  Jean-Hubert.  Joniaux,  de  Linsmeau. 

9  août.  —  Georges-Barthélemi-Arnold  Cambresier  ,  de 
Liège. 

Né  le  28  avril  1758. 

10  août.  —  François  Gobaux,  de  Roly. 

10  novembre.  —  Robert-Paschal  Hermans,  de  Herck. 

20  décembre.  —  Paul-Jacques  Beckers,  de  Beringen. 

1785. 

29  janvier.  —  Michel  Martens,  de  Hasselt. 

12  février.  —  René-Gilles  Moors,  de  Sl-Trond. 

6  mai.  —  Louis- Joseph  de  Doncel. 

2  juin.  —  Jérôme-François-Henri  de  Kenor,  de  Liège. 

Né  le  7  août  1762. 
4    juin.    —     Barthélemi- Gérard -Guillaume -Théodore 
Favechamps,  de  Liège. 
Né  le  31  janvier  1763. 
23  juin.  —  Godefroid-Henri-Joseph  Tilman,  de  Liège. 
1er  août.  — François-Joseph-Damien  Simonin,  deMarche- 
en-Famenne. 

16    septembre.    —    Charles-Simon-Frédéric    de    Lin- 
termans,  de  Liège. 

Né  à  Liège  le  28  août    1761 ,   mort  à  Gomzé-Audoumont  le 
3  novembre  1823. 
14  novembre.    —    Pierre-Evrard-Joseph   Jenicot  ,    de 

Liège. 

Né  le  20  septembre  1762. 
20  novembre.   —   Laurent-Joseph-Damien-Antoine  de 
Closset,  de  Liège. 

Né  le  22  octobre  1764;  mort  à  Namur  en  1835. 


—  233  — 

1er  décembre.  —  Pierre-Michel-Joseph  de  la  Brassine, 
de  Herderen. 

'16  décembre.  —  Pierre-Antoine  Stappers  de  Hespen, 
de  S'-Trond. 

4786. 

6  janvier.  —  Louis-François  Hauzeur  ,  de  Liège. 

Né  le  2  août  1763. 

9  février.  —  Vincent-François-Louis  de  Thier,  de  Liège. 

Né  en  1753;  seigneur  de    Grimonster,   Montgauthier ,    etc.; 
mort  en  1820. 

23  février.  —  Ferdinand-Théodore  Froidrise,  de  Liège. 

10  mars.  —  Henri-Gilles  Hechtermans,  de  Bilsen. 

26  mars.  —  Nicolas-Joseph  Balisaux,  de  Montigny-le- 
Tigneux. 
16 mai.  —  Charles-Antoine-Joseph  Brogniez,  de  Thuin. 

1787. 

7  février.  —  Antoine-Ainbroise  Andries,  de  Tessenderloo. 
15  février.  —  Jean-Hubert  de  Corswarem,  d'Alken. 

15  mars.  —  Hubert-Maximilien  Doupagne,  de  Liège. 
15    février.    —     Laurent-Christophe-Joseph    van    der 
Maesen  ,  de  Liège. 

Né  le  23  février  1762. 
15  février.    —   François-Joseph-Nicolas   Duvivier  ,    de 
Liège. 

Né  en  1762,  mort  le  16  août  1829. 
30  juin.  —  Bené-Servais  Thoelen,  de  Hasselt. 

24  juillet.  —  Jean-Joseph-Emmanuel  Hermant  ,  de 
Couvin. 

3  septembre.  —  Henri-Gérard  Desprez  ,  de  Liège. 
29  novembre.  —  Jean-François  Géradon,  de  Liège. 
Né  en  175S.  Membre  des  États  généraux  ;  mort  à  Liège  le 
15  janvier  1832. 


-  234  - 

1788. 

30  janvier.  —   Guillaume-Joseph-Célestin  Bleret,    de 

Navangle. 
6  mars.  —  Henri-Louis  Roly,  de  Farciennes. 
23  avril.  —  Charles-François  Demade  ,  de  Thuin. 

31  mai.  —  Révérend  Jean-Joseph  Labhaye. 

49  juillet.  —  Lambert-Louis-Joseph  Scohier,  de  Liège. 
Né  le  25  avril  1765. 

21  juillet.  —  Jean-Théodore  Louvrex  ,  de  Liège. 

Né  le  19  décembre  1757 ,  conseiller  privé  ;  mort  en  1805. 
28  août.  —  Jean-Hubert  Vincent  ,  de  Liège. 

Primas  de  l'Université  de  Louvain  en  1783,  avocat  près  la 
Cour  d'appel  et  président  de  la  Commission  administrative  des 
Hospices  civils  de  Liège  de  1835  à  1838,  date  de  sa  mort. 
15  septembre. — Jean-Guillaume-Nicolas  Libon,  de  Liège. 
6  novembre  —  Hubert-Jean-Arnold  Moxhon,  de  Liège. 
19  novembre.  —  Charles-Albert-Joseph  de  Cartier  de 
For  vie,  de  Liège. 

Député  de  l'ordre  équestre  aux  États  provinciaux  de  Namur; 
mort  au  château  de  Porcheresse   le  2  juillet  1836. 

22  novembre.  —  Louis-Amand  Simons,  de  Saint-Trond. 

1789. 

21  avril.  —  Jean-Théodore-Joseph  Mairin,    de  Liège. 

Né  le  5  novembre  1763. 
27  avril.  —  Pierre-Léon  Vanham,  de  Saint-Trond. 
2  mai.  —  Jean-Dieudonné-Chrétien  Fallise,  de  Liège. 

Né  le  5  octobre  1766. 
2  juillet.  —  Antoine-Joseph  Dambroise. 
27  juillet.  —  Jean-Baptiste-Joseph  de  Haren  ,  de  Liège. 

Chevalier  du  S'-Empire,  né  le  13  mars  1764,  bourgmestre  de 
Raeren;  mort  en  1838. 
17  août.  —  Charles-Louis-Ferdinand-Alexandre  Verbois, 
de  Gozée. 


—  235  — 

1G  août.  —  Alexandre-Sébastien  de  Spirlet  ,  de  Liège. 
Né  le  26  mai  1769;  membre  de  l'Ordre  équestre  de  la  province 
de  Liège. 
5  novembre.  —  Henri-Barthélemi-Joseph  Vandecruys, 
de  Hasselt. 

1er  décembre.   —   Jean -François-Joseph    Lazarus ,   de 
Liège. 

Né  le  15  février  1768. 
1er  décembre.   —  Philippe-Joseph-François  Licot,  de 
Nismes. 

1790. 

1er  mai.  —  Théodore  Petit,  de  Liège. 

Né  en  1760,  député  au  tribunal  des  Vingt-Deux;  mort  en  1839. 
22  juin.  —  Jacques-François  (de)  Bottin,  d'Awans. 
29  novembre.   —  Pierre-Lambert- Victoire  Renson,  de 
Liège. 

Né  le  10  avril  1760. 

1791. 

28  janvier.  — Jacques-François  Despreetz. 

Avoué  près  la  Cour  d'appel  de  Liège. 
25  février.  —  Henri-Joseph  Piette,  de  Liège. 
8  avril.  —  Jean-Lambert-Antoine  de  Behr,  de  Liège. 
8  octobre.    —   Winand-Frédéric-Gisbert  Stappers   de 
Meensele,  de  S'-Trond. 

Né  en  1766.  Échevin  de  Liège  de  1792  à  1794;  mort  à  Hasselt 
en  1836. 
25  novembre.  —  Servais-Pbilippe-Josepb  Hurert,  de 
Thuin. 

28  décembre.  —  Jean-François  Lesoine  ,  de  Liège. 

Né  le  29  août  1770.  Président  de  la  Commission  centrale  du 
département  de  l'Ourte  ;  de  1S20  à  1831,  député  de  l'ordre  des 
villes  aux  États  provinciaux  de  Liège;  mort  le  24  novembre  1S52. 
(  Voy.  U.  Capitaine ,  Nécrologe  liégeois,  1852 ,  p.  55.) 


—  236  — 

1792. 

16  janvier.  —  Charles-Nicolas-Alexandre  Nalinne  ,  de 
Châtelet. 
2  juillet.  —  Denis-Joseph  Dejaer,  de  Liège. 
Né  le  5  mai  1772. 

1793. 

10  mai.  —  Arnold-Gilles  Cartenstadt,  de  Tongres. 
1er  juillet.  — Arnold-Hubert-Joseph  Warnant  ,  de  Liège. 
Né  le  4  mars  1768. 

1794. 

5  février.  —  Henri-Joseph  Sclain  ,  de  Liège. 
Né  le  5  mars  1765. 

G.  DE  B. 


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2 
X 


LE 

CHEVAL    ÉTRUSQUE 

DE  CLAVIER  (LIÈGE) 

(VOIR  LA  PLANCHE  EN  REGARD) 


L'objet  à  étudier  est  ainsi  décrit  en  une  note  jointe  : 

«  Cheval  en  bronze,  trouvé  en  réparant  la  chaussée 
romaine  à  Clavier  en  Condroz.  Don  de  M.  le  comte 
de  Mercy-Argenteau,  en  septembre  1888.  » 

Cet  objet  se  présente  opportunément  pour  donner 
appui  à  la  thèse  qui  prévaut  aujourd'hui  :  civilisation , 
histoire,  usage  des  métaux,  idées  absolument  corrélatives; 
les  peuples  barbares  n'ont  pas  transmis  les  métaux  aux 
nations  civilisées,  mais  les  ont  reçus  d'eux.  Le  champ,  si 
vaste  d'ailleurs ,  des  études  dites  préliistoriqucs  a  donc 
pour  limites  extrêmes  l'usage  du  métal  avec  lequel 
commence  l'histoire 

Il  s'agit  ici   d'un   objet    étrusque,    comme   cela   sera 

1G 


-  238  - 

démontré  plus  loin ,  c'est-à-dire  d'un  objet  provenant 
d'Italie  et  appartenant  à  une  civilisation  antérieure  aux 
Romains  ;  il  est  en  tous  cas  antérieur  à  l'arrivée  des 
Romains  dans  notre  pays. 

Déjà ,  indépendamment  de  quelques  «  Kelts  »  trouvés  en 
plusieurs  endroits,  d'un  anneau  de  serment  (mont  Falhize , 
à  Huy),  d'un  rasoir  (Sinsin),  de  deux  glaives  de  bronze 
(Gédinne  et  Court-S'-Étienne),  d'un  collier  d'or  (Frasnes- 
lez-Buissenal),  on  avait  découvert  des  objets  étrusques  en 
Belgique ,  à  Eygenbilsen  ,  en  1871 ,  et  c'est  à  l'occasion  de 
ces  derniers  que  l'attribution  aux  Étrusques  a  été  faite 
pour  la  première  fois  (  1  ) . 

Mais  aussitôt ,  que  de  protestations  ! 

Il  y  avait  alors  deux  courants  dans  la  science ,  ayant 
tous  deux  de  nombreux  partisans  :  Les  «  préhistoriques  » 
qui,  faisant  résolument  table  rase  de  l'histoire,  avaient 
décidé  d'écarter  tous  les  documents  écrits ,  et  de  chercher 
uniquement  la  solution  du  problème  des  origines  de 
l'humanité,  dans  les  grottes,  les  cités  lacustres,  les 
antiques  sépultures ,  en  ne  se  fiant  plus  qu'à  leurs  obser- 
vations. Les  classiques  endurcis ,  qui ,  vivant  exclusive- 
ment dans  les  civilisations  historiques,  celles  des  Grecs, 
des  Romains,  des  Étrusques,  jugées  d'après  les  objets 
d'élite  alors  seuls  recueillis,  élaguaient  comme  des 
légendes  peu  dignes  de  foi ,  une  série  de  renseignements 
que  les  historiens  ont  consignés,  sur  les  relations  mutuelles 
des  anciens  peuples  civilisés  et  barbares ,  sur  les  antiques 
routes  qu'ils  ont  parcourues,  par  terre  et  par  mer,  etc.,  etc. 

La  vérité  ne  devait  pas  tarder  à  se  manifester  entre  ces 
deux  extrêmes. 

Il  fallait  un  peu  moins  consulter  les  quatre  côtés  de 

(l)  Bull,  des  Comm.  roy.  d'art  et  d'archéol.,  XI,  pp.  239  et  435; 
XII ,  p.  212;  XIII ,  p.  383;  XVII,  p.  5  ;  XXIII ,  p.  88;  XXIV,  p.  203. 


—  239  — 

l'horizon  pour  y  retrouver  les  origines  de  l'emploi  des 
métaux ,  et  un  peu  plus  vérifier  dans  l'histoire  si  quelques 
textes,  mal  à  propos  dédaignés,  ne  pouvaient  pas  donner 
la  clef  de  certaines  questions ,  provoquées  par  les  décou- 
vertes nouvelles. 

Un  Congrès  international  d'archéologie  préhistorique 
devait  se  réunir  à  Bruxelles ,  en  1872  :  les  «  préhisto- 
riques »  et  les  «  classiques  »  —  on  l'avait  annoncé  avec 
fracas  —  devaient  ne  faire  qu'une  bouchée  de  l'attribution 
étrusque  des  objets  d'Eygenbilsen ,  trop  imbue  d'histoire 
pour  les  premiers,  trop  novatrice  pour  les  autres. 

Malheureusement ,  pour  ceux-ci  comme  pour  ceux-là , 
l'un  des  plus  savants  étruscologues  d'Italie,  le  comte 
Conestabile ,  assistait  au  Congrès ,  et  il  déclara  formelle- 
ment :  «  Les  objets  provenant  de  la  trouvaille  d'Eygen- 
bilsen ont  un  cachet  qui  rappelle  tout  à  fait  l'Étrurie  et 
l'Italie  ;  ces  objets  ne  sont  pas  imités;  ils  ont  une  authenti- 
cité qu'on  ne  peut  méconnaître...  » 

Il  ajoutait  :  «  L'œnochoé  d'Eygenbilsen  (1)  est  tout  à  fait 
étrusque.  Sa  forme,  ses  rangs  de  perles,  les  feuilles  de 
lierre  qui  environnent  le  col ,  les  ornementations  de  l'anse 
ont  un  cachet  étrusque  très-prononcé.  La  ciste  (2)  est 
tout  à  fait  pareille  aux  cistes  qu'on  trouve  dans  les  tom- 
beaux de  l'Étrurie  septentrionale.  Il  n'y  a  pas  d'objection 
possible  contre  l'étruscisme  de  ces  objets  (3).-> 

Le  comte  Conestabile  était  appuyé  sans  réserve  par  le 
savant  professeur   de   Neufchàtel,    Desor,   qui  indiquait 


(0  Un  vase  en  bronze,  à  bec  élancé  en  forme  de  proue,  à  anse 
avec  palmette  à  la  base. 

(2)  Un  seau  cylindrique,  en  bronze,  avec  dépressions  ou  côtes 
horizontales. 

(s)  Bull,  des  Comm.  roy.  d'art  et  d'archéol,  XI ,  pp.  258,  437 ,  445  ; 
XII,  pp.  214,  233;  XXIII,  p.  96. 


-  240   - 

l'Étrurie  comme  le  centre  de  l'industrie  du  bronze ,  dont 
les  produits  sont  éparpillés  dans  toute  l'Europe  ;  il  laissait 
à  l'avenir  le  soin  de  compléter  la  démonstration  (l)  : 
Conticuere  omnes.  .  .  . 

Non  pas  tous  cependant  ;  il  y  eut  un  seul  contradicteur, 
mais  non  pas  au  Congrès  même. 

Celui-ci  imagina  un  système  nouveau  :  exagérer  la  thèse 
pour  en  avoir  plus  facilement  raison.  Il  attribua  à  l'auteur 
de  la  description  d'Eygenbilsen  ces  paroles  textuelles  : 
«  Les  Étrusques  ont  habité  Eygenbilsen,...  ils  y  ont  ré- 
sidé,... ils  y  ont  séjourné,  dès  la  plus  haute  antiquité  (2).  » 

L'auteur  critiqué  avait  dit,  au  contraire  (3):  «  L'isolement 
de  la  sépulture  d'Eygenbilsen,  comme  le  peu  d'espoir  d'y 
faire  des  bénéfices,  ne  permet  pas  de  croire  là  à  l'existence 
ni  d'une  colonie,  ni  d'une  station  d'arrêt  pour  les 
caravanes.  » 

Aussi  se  contenta-t-il  d'imprimer  :  Récompense  honnête 
à  celui  qui  trouvera  l'ombre  d'une  pareille  assertion  dans 
mes  écrits... 

Mais  voici  l'occasion  de  la  sortie  :  le  contradicteur 
avait  entendu  quelque  chose  de- semblable;  seulement, 
c'était  lui-même  qui  avait  parlé. 

L'idée  qui  hantait  son  esprit,  c'était  lui  qui  l'avait 
exprimée;  seulement  il  avait  oublié  son  œuvre. 

Inutile  d'ajouter  qu'il  était  et  qu'il  est  resté  seul  de  son 
avis. 

«  Mais  tous  les  bronzes,  avait-il  dit  (4),  surtout  ceux 
d'un  travail  médiocre,  que  nous  trouvons  dans  toutes  les 
contrées  de  l'Europe,  y  ont-ils  été  importés  de  l'Étrurie 

(1  )  Bull,  des  Comm.  roi/,  d'art  et  d'archéoh,  XI ,  pp.  140,  43G. 

(2)  Ibi(l,XX\ll,v.  89. 

(3)  ïbid,  XI,  page  323. 

(4)  De  Meester  de  Ravestein,  Musée  de  Bavestein,  I,  page  328. 


-   241  — 

ou  de  l'étranger  ...?  Il  est  possible  que,  quand  on  aura 
possédé  un  modèle,  on  aura  essayé  de  l'imiter,  en  y  faisant 
de  légers  changements,  et  peut-être  aura-t-on  été  aidé 
dans  ces  opérations  par  des  trafiquants  étrangers  ou 
étrusques  qui  auront  j^'^8  RÉSIDENCE  dans  différentes 
contrées  de  l'Europe.  » 

Eh  bien  !  non  !  il  n'y  a  pas  lieu  d'accepter  cela  ;  les 
objets  étrusques  que  l'on  trouve  par  toute  l'Europe  n'ont 
pas  été  façonnés  par  des  Étrusques  habitant  Eygenbilsen, 
ou  la  France,  ou  le  Mecklenbourg,  ou  la  Hongrie;  ces 
objets  proviennent  directement  d'Étrurie,  d'où  ils  étaient 
exportés  au  nord  des  Alpes  par  des  colporteurs. 

La  démonstration  sera  la  même  pour  le  cheval  de 
Clavier  que  pour  les  objets  d'Eygenbilsen  :  celui-là  comme 
ceux-ci  ont  leurs  analogues  en  Étrurie...  et  à  Hallstatt. 

Mais  arrêtons-nous  ici  un  instant  pour  indiquer  les 
différentes  théories  mises  en  avant  pour  expliquer  la 
diffusion  des  bronzes  d'un  même  caractère  clans  l'Europe 
non  encore  civilisée. 

D'abord,  la  prédominance  était  accordée  à  l'origine 
indigène  des  bronzes  en  question  :  ils  étaient  nordiques  en 
Scandinavie,  gaéliques  ou  kymriques  en  Angleterre, 
iriques  en  Irlande,  gaulois  en  France,  wendiques  au  nord 
de  l'Allemagne... 

Gela  flattait  l'amour-propre  national.  Voyez  un  peu  : 
l'industrie  de  nos  pères  (  1)  !.. 

Mais  bientôt  on  généralisa  ;  à  cause  de  l'identité  de 
tous  les  objets  découverts,  cela  devint  une  industrie 
propre  à  une  race  qui  s'était  répandue  au  loin  ;  les  Celtes 

(0  Nous  avons  eu  le  chant  du  cygne  de  cette  théorie  au  Congrès 
de  Bruxelles  de  1872,  où  Worsaae  et  Franks,  après  les  déclarations 
de  Gonestabile,  ont  fait  des  réserves,  pour  ainsi  dire  de  forme,  à 
l'égard  du  Danemark  et  de  l'Angleterre. 


-  242  - 

(quoiqu'on  ne  soit  pas  bien  d'accord  sur  les  pays  habités 
par  les  peuples  auxquels  s'applîque  cette  dénomination) 
avaient  été  signalés  par  les  savants  de  chaque  pays  en 
Allemagne,  en  France,  en  Angleterre...  De  là  la  thèse 
celtique  qui  contentait  tout  le  monde  :  c'est  peut-être 
même  l'origine  du  nom  «  Kelts  »  appliqué  aux  instru- 
ments qu'on  appelle  haches  de  bronze  et  qu'on  rencontre 
partout. 

Puis,  qui  ne  mit-on  pas  en  scène  :  les  Hyperboréens,  les 
Chalybes,  les  populations  du  Caucase,  les  Zingaris  pri- 
mitifs, qui  arrivaient  à  propos  pour  remplacer  les  naviga- 
teurs phéniciens  de  Nilsson,  nn  peu  démodés... 

Voilà  qu'un  jour,  c'était  en  1887  (l),  on  découvre  à 
Bologne  un  dépôt  de  14,000  objets  de  bronze. 

Il  y  avait  là  2,077  Kelts  semblables  à  tous  ceux  qu'on 
trouve  au  nord  des  Alpes.  . 

Il  y  avait  là  encore  des  épées  à  antennes,  des  pointes  de 
flèches,  des  faucilles,  des  rasoirs... 

On  y  voyait,  en  outre,  une  série  d'objets  brisés  et  de 
culots  imparfaitement  tondus,  indiquant  qu'il  s'agissait 
non-seulement  d'un  magasin,  mais  encore  d'une  fonderie. 

Tout  était  expliqué  :  les  bords  du  Pô,  l'Éridan  où  naissait 
l'ambre ,  d'après  les  traditions  mythologiques,  étaient  le 
grand  marché  de  cette  matière  considérée  alors  comme 
infiniment  précieuse  ;  les  Étrusques  ,  que  les  Boïens 
n'avaient  pas  encore  chassés  des  contrées  circompadanes, 
fabriquaient  là  les  objets  de  bronze  et  rapportaient  là 
l'ambre  cherché,  par  leurs  marchands,  aux  bords  de 
la  Baltique. 

On  rassembla  les  découvertes  d'objets  de  bronze  anté- 


(i)  Bull,  des  Comm.  roy.  d'art,  et  d'archêol.,  XVII,  pages  15  et  105; 
XXIII,  page  201. 


-  243  — 

romains  :  rien  que  dans  les  contrées  rhénanes,  on  arriva  au 
chiffre  étonnant  de  4,000  trouvailles  (l)... 

Voilà  qui  étranglait  net  certaine  thèse,  déjà  fort  à 
l'étroit,  d'un  vieux  professeur  de  Gand,  routinier  par 
excellence;  obligé,  bien  malgré  lui,  de  reconnaître  le 
caractère  étrusque  des  objets  d'Eygenbilsen  ,  il  avait 
imaginé  un  expédient  :  ces  objets  provenaient  de  la  collec- 
tion d'un  Romain,  amateur  d'antiquités.  Or,  dans  les  4,000 
découvertes  réunies  par  von  Trôltsch,  tout  est  absolument 
anté-romain  et  sans  mélange  :  il  aurait  donc  fallu  que  les 
4,000  collectionneurs  romains  se  fussent  entendus  pour  ne 
pas  laisser  traîner  un  seul  objet  ayant  été  à  leur  usage,  à 
côté  de  ceux  que,  dans  le  but  sans  doute  de  dérouter  les 
savants  de  l'avenir  et  leur  faire  prendre  le  change,  ils 
avaient  abandonnés  au  nord  clés  Alpes... 

Plus  moyen  même  de  soutenir  que  les  objets  étrusques 
des  fouilles  provenaient  d'un  butin  de  guerre  rapporté 
par  des  indigènes  à  la  suite  de  leurs  excursions  (2). 
Explication  bonne  tout  au  plus  pour  quelques  cas  parti- 
culiers... 

Il  n'y  avait  plus  place  qu'à  un  dernier  système.  Hallstatt, 
si  bien  décrite  parle  baron  von  Sacken  (3),  a  fourni  une 
quantité  innombrable  d'objets  analogues  à  ceux  de  l'Étrurie  : 
on  y  a  découvert  entre  autres  la  ciste  à  cordons  hori- 
zontaux d'Eygenbilsen. 

On  y  a  trouvé  également  des  épées  en  bronze,  analogues 
à  celles  d'Étrurie,  des  vases  en  bronze  avec  caractères 
étrusques  (4),  etc.,  etc. 


(t)  Von  Trôltsch,  Fund-Statistik  der  vorromischen  Metallzeit  im 
Rheingebiete.  Stuttgart,  1884. 

(2)  Bull,  des  Comm.  roy.  d'art  et  d'archéol  ,  XIII,  p.  401. 

(3)  Das  Grabfeld  von  Hallstatt,  Wien  (186S). 

(*)  Bull,  des  Comm.  roy.  d'art  et  d'archéol,  XI,  p.  296,  XVII;  p.  106. 


—  244  — 

On  y  a  découvert  aussi  des  animaux,  même  des  chevaux 
de  bronze  ,  du  genre  de  l'objet  de  Clavier.... 

Est-ce  que  Hallstatt  n'aurait  pas  été  une  étape  des 
Étrusques  avant  d'arriver  en  Italie  ;  ne  serait-ce  pas  de 
Hallstatt  que  proviendraient  les  bronzes  de  l'Italie? 

Denys  d'Halicarnasse  parle  en  effet  de  certaine  émigra- 
tion d'un  peuple  venant  des  Alpes,  les  Rhasena,  qui 
auraient  pénétré  en  Étrurie... 

Mais  aujourd'hui  on  se  borne  à  accepter  le  passage  de 
l'historien  cité,  comme  pouvant  se  rapporter  à  un  appoint 
quelconque  ajouté  par  des  émigrants  du  Nord,  au  noyau 
du  peuple  étrusque ,  noyau  dont  les  auteurs  anciens  ,  Héro- 
dote (l)  et  bien  d'autres  (2)  constatent  l'origine  lydienne  : 
l'art ,  la  langue ,  les  arts,  etc.,  dénotent  que  les  Étrusques 
étaient  arrivés  de  l'Asie  mineure  jusqu'en  Italie ,  dont  ils 
furent,  sinon  les  premiers  occupants,  au  moins  parmi  les 
premiers  (3). 

Tite-Live  et  Justin  disent,  au  contraire,  que  les  habitants 
de  la  Rétie  sont  des  Étrusques  qui  se  sont  étendus  au  Nord. 
Pour  le  premier  (4) ,  l'origine  étrusque  des  Rétiens  est 
prouvée  par  leur  langage ,  qui  est  celui  de  la  mère-patrie  , 
seulement  empreint  de  plus  de  rudesse.  Pour  le  second  (5), 


(i)  Bull,  des  Comm.  ro  •.  d'art  et  cfarchéol.,  XI,  p.  281. 

(2)  Cités  par  Perrens,  Histoire  de  Florence,  I ,  p.  16  et  s. 

(3)  Bull,  des  Comm.  roy.  d'art  et  d'archéol.,  XIII,  p.  429;  XVII, 
pp.  54  et  94. 

(i)  «  Ii  (Tyrrheni)  .  .  .  coloniis  missis,  quae  trans  Padum  omnia 
loca ,  excepto  Venetorum  angulo,  qui  sinum  circumcolunt  maris, 
usque  ad  Alpes  tenuere.  Alpinis  quoque  ex  gentibus  haud  dubie 
origo  est,  maxime  Raetis  :  quos  loca  ipsa  eflerarunt,  ne  quid  ex 
antiquo,  praeter  sonum  linguse,  nec  eum  incorruptum,  retinerent.  » 
V,33. 

(5)  «  Tusci  duce  Raeto  avitis  sedibus  amissis,  occupavere  et  ex 
nomine  ducis  gentes  Raetorum  condiderunt.  »  XX ,  5. 


—  245  - 

il  se  serait  même  agi  d'une  expédition  commandée  par  un 
chef  étrusque  nommé  Raetus. 

Tacite,  d'autre  part,  nous  fait  connaître  que,  sous  l'em- 
pereur  Tibère,  Sardes,  en  Lydie,  avait  envoyé  une 
députation  à  Rome  pour  faire  valoir  les  titres  de  cette  ville 
à  la  construction  d'un  temple  en  l'honneur  de  l'empereur. 
Sardes  produisit  un  décret  des  Étrusques,  qui  attestait  leur 
consanguinité  :  Tyrrhenus  et  Lydus,  fils  du  roi  Atys, 
s'étant  partagé  leurs  sujets  devenus  trop  nombreux , 
Lydus  resta  dans  sa  patrie ,  Tyrrhenus  alla  former  un 
nouvel  établissement;  et  les  deux  chefs,  celui-ci  en  Italie , 
l'autre  dans  l'Asie,  donnèrent  leur  nom  au  pays  qu'ils 
occupèrent  (1). 

Il  s'agit  là  des  émigrations  qui  s'effectuèrent  par  l'Ar- 
chipel et  la  Méditerranée,  d'île  en  île,  de  côte  en  côte,  et 
il  est  inutile  de  supposer  que  les  habitants  de  l'Asie 
mineure ,  si  voisins  de  l'Italie  par  mer ,  seraient  allés  faire 
de  longues  étapes  à  travers  le  continent  pour  entrer  en 
Italie  par*  les  Alpes. 

Notons  que  la  nationalité  ries  prétendus  Rhasena  est  ou 
bien  lydienne ,  et  elle  est  un  élément  superflu  pour  les 
auteurs  qui,  comme  Perrens,  admettent  en  Étrurie  le 
confluent  de  deux  courants  venant  de  la  Lydie,  l'un  par 
eau,  l'autre  par  terre;  ou  bien  elle  est  tout  ce  que  l'on 
veut ,  celtique  si  on  le  désire  ,  et  elle  n'explique  en  aucune 
façon  le  caractère  asiatique  de  l'art  des  Étrusques. 

Qu'était-ce  du  reste  que  Hallstatt  ?  Cette  localité  située 
dans  le  Salzkammergut  (2),  aux  environs  du  moderne 
Salzhcmrg ,  était  habitée  par  des  extracteurs  de  sel,  dans 
les  mines  si  remarquables  encore  exploitées  de  nos  jours  ; 


(1)  Tacit.,  Ann.,  IV,  55. 

(  2)  Saz  veut  dire  sel,  saline. 


-  246  — 

rien  n'indique  là  une  autre  industrie  que  celle  des  salines, 
suffisante  pour  occuper  ses  habitants. 

Les  hardis  mineurs  de  Hallstatt ,  comme  le  fait  très-bien 
observer,  M.  Flouest  (i),  devaient  s'approvisionner  en 
Étrurie  pour  les  objets  qu'ils  ne  fabriquaient  pas. 

L'histoire  nous  apprend  que  l'Étrurie,  d'autre  part,  était 
connue  par  sa  métallurgie  ;  il  suffit  de  recourir,  à  cet 
égard,  au  témoignage  de  Tite-Live  (2)  :  Quand  Scipion 
avait  annoncé  que  sa  flotte  ne  coûterait  rien  à  l'État,  on 
l'autorisa  à  recevoir  ce  que  les  alliés  lui  donneraient.  Les 
peuples  d'Étrurie  promirent  d'aider  le  consul,  chacun  selon 
ses  moyens  ;  Arretium  offrit  trois  mille  boucliers,  autant 
de  casques,  de  javelots  de  deux  sortes,  des  lances,  for- 
mant, par  quantités  égales,  au  total  de  50,000;  des  haches, 
des  pioches,  des  faux...  (tria  millia  scutorum,  galeas 
totidem,  pila,  gaesa,  bastas  longas,  millium  quinquaginta 
summam  pari  cujusque  generis  numéro  expleturos , 
secures ,  rutra ,  falces...  ) 

Et  tout  cela  fut  fourni  en  quarante-cinq  jours  ! 

Pas  de  doute  sur  le  métal  employé  :  c'était  le  bronze  ; 
Tite-Live ,  au  passage  cité,  parle  de  Populonia,  autre  ville 
d'Étrurie,  qui  s'était  engagée,  de  son  côté,  à  fournir  tout 
le  fer  nécessaire. 

Une  réflexion  que  ce  passage  important  suggère  est  la 
suivante  : 

Quand  on  signale  la  ressemblance  du  célèbre  bouclier 
de  Halland,  en  Suède,  avec  les  boucliers  d'Italie  (5);  qu'en 
outre,  le  comte  Gozzadini  met  en  évidence  l'identité  de 
certaines  épées  de  France,  de  Prusse,  de  Suède,  etc., 


(  i  )  Bull,  des  Comm.  roy*  d'art  et  d'archêol. ,  XVII ,  p  53. 

(2)  XXVIII,  45,  §§  14  à  16. 

(3)  Bull,  des  Comm.  roy.  d'art  et  d'archêol.,  XIII,  p.  405. 


—  247  — 

avec  celles  de  la  même  Italie  (1) ,  est-il  possible  de  ne  pas 
se  ranger  à  l'avis  de  ce  dernier  auteur,  qui  conclut  à  l'exis- 
tence d'un  centre  commun  de  fabrication  de  ces  armes  et 
conséquemment  à  une  diffusion ,  à  un  rayonnement  par 
suite  de  commerce  ? 

Et  quand  la  question  est  ainsi  posée ,  ne  faut-il  pas 
chercher  le  centre  commun  dans  cette  Étrurie  qui  pouvait 
fournir ,  en  moins  de  deux  mois  ,  3,000  boucliers , 
3,000  casques  ,  50,000  javelots  et  lances  ? 

Après  ce  témoignage  et  devant  une  constatation  de 
pareille  puissance  de  l'Étrurie  clans  la  manufacture  des  objets 
en  bronze,  remontant  certainement  à  bien  des  siècles  en 
arrière,  il  est  inutile  de  supposer  une  fabrique  d'armes 
dans  la  Haute-Autriche,  alors  surtout  qu'on  connaît  la 
spécialité  de  l'industrie  de  Hallstatt  :  l'exploitation  des 
mines  de  sel  ;  à  quoi  bon  s'ingénier  à  trouver  là  un  second 
centre  d'industrie  armurière  ? 

Supposé  même  qu'il  y  ait  eu  des  ateliers  pour  le  bronze 
à  Hallstatt,  ils  ne  peuvent  avoir  été  que  très  secondaires, 
et  pareille  industrie ,  étant  semblable  à  celle  de  la  métro- 
pole, ne  jouerait  plus  qu'un  rôle  accessoire  dans  la  fabri- 
cation et  l'exportation  des  armes  trouvées  au  nord  des 
Alpes. 

Ce  n'est  pas  l'Étrurie  qui  est  une  colonie  de  Hallstatt  ; 
c'est  Hallstatt  qui  est  une  colonie  de  l'Étrurie. 

Tite-Live  nous  montre  (2)  les  anciens  Étrusques  ayant 
étendu  leur  puissance  au  loin  par  terre  et  par  mer,  et  leur 
influence  jusque  dans  toute  la  contrée  simée  entre  les 
Apennins  et  les  Alpes,  à  la  seule  exception  du  coin  de 
l'Adriatique  où  depuis  fut  bâtie  Venise. 


(i)  Gozzadini,  De  quelques  mors  de  cheval  italiques  et  deVépêede 
Ronzano  en  bronze.  Bologne  (1875),  p.  30. 
(s)  V,33. 


-  248  - 

Les  Étrusques,  une  fois  arrivés  là,  n'avaient  pas  tardé 
à  apercevoir  les  ressources  que  présentaient  les  salines  de 
Hallstatt,  un  peu  au  nord  des  Alpes  ;  ils  y  auront  envoyé 
des  mineurs,  et  le  sel,  comme  le  bronze,  dut  être  employé 
par  eux  comme  objet  d'échange  pour  le  grand  commerce 
de  l'ambre.  Hallstatt  sera  devenu  une  des  stations  de  ce 
commerce. 

A  Hallstatt ,  pas  un  objet  ne  décèle  un  caractère 
archaïque  autorisant  l'opinion  que  la  civilisation  de  cette 
station  sérail  antérieure  à  la  civilisation  étrusque;  au 
contraire,  quand  l'Étrurie  est  conquise  parles  Romains 
au  III0  siècle  avant  l'ère  chrétienne ,  quand  l'industrie  de 
la  métropole  est  anéantie,  celle  de  la  colonie  disparaît  avec 
elle:  les  fouilles  de  Hallstatt  s'arrêtent,  pour  ainsi  dire, 
clans  leurs  produits,  au  même  IIIe  siècle. 

Le  dernier  mot  sur  la  question  a  été  dit  par  Alf. 
Maury  (i)  et  ce  mot  a  d'autant  plus  d'autorité  qu'il  émane 
d'un  savant  qui  ,  naguère  ,  était  l'un  des  plus  chauds 
partisans  de  l'attribution  des  bronzes  en  question  à  l'art 
gaulois,  même  en  Italie  : 

«  A  Hallstatt,  dit-il,  au  milieu  d'un  riche  amas  d'armes, 
de  bijoux,  d'ustensiles  et  de  vases  divers  ,  rappelant  par 
beaucoup  d'échantillons  les  découvertes  du  Bellunois,  on 
a  recueilli  des  colliers  et  des  bracelets  à  pendeloques,  des 
fibules,  tous  en  bronze,  dont  le  travail  et  le  style  présentent 
une  incontestable  similitude  avec  les  objets  trouvés  tant  à 
Este  que  dans  les  cantons  de  la  Vénétie. 

«  La  présence  sur  une  aussi  vaste  région  de  sépultures 
congénères  de  celles  de  YAgro  Estense  et  d'un  mobilier 
funéraire  du  même  type  et  de  composition  analogue,  prouve 

(i)  Journal  des  Savants,  1882,  p.  391  et  s.,  397,  etc.  ;  il  parle  de 
diverses  contrées  comprises  dans  le  territoire  occupé  primitivement 
par  les  Étrusques. 


—  249  — 

que  la  population  qui  enterrait  ainsi  ses  morts  n'était  pas 
confinée  dans  le  pays  des  Euganéens.  Elle  s'est  répandue 
beaucoup  plus  loin,  surtout  dans  la  direction  du  nord  et 
du  nord-est.  Son  commerce  et  son  influence  avaient  porté 
fort  au-delà  des  limites  de  son  territoire  originel  les  pro- 
duits de  son  industrie  et  l'usage  des  rites  funéraires  qui 
lui  étaient  propres. 

«L'influence  de  l'art  tyrrhénien  (=  étrusque)  sur 
l'industrie  des  barbares  du  Nord  doit  s'être  exercée  princi- 
palement par  la  Rétie.  Les  objets  qui  y  étaient  fabriqués  (1) 
d'après  des  modèles  venus  d'Italie,  furent  portés  tant 
dans  la  Gaule  orientale  que  dans  la  Vindélicie  et  dans 
le  Norique,  connue  l'attestent  les  sépulture*  de  Hallstatt.  » 

Hallstatt  et  l'Étrurie  ont  eu  des  rapports ,  ainsi  que  le 
prouvent  les  antiquités  de  même  facture  trouvées  dans 
l'une  et  dans  l'autre  :  C'est  donc  la  deuxième,  vaste  con- 
trée, qui  a  alimenté  l'autre,  simple  station. 

Hallstatt  n'est  qu'une  des  brandies  de  l'éventail  que 
l'Étrurie,  avec  son  commerce  du  bronze,  ouvrit  sur  toute 
l'Europe 


il 


Eygenbilsen  est  sur  une  autre  branebe  de  cet  éventail. 

La  question  est  aujourd'bui  jugée.  Le  Dictionnaire  ar- 
chéologique de  la  Gaule,  au  mot  Eygenbilsen  ,  a  en  effet 
publié  la  déclaration  suivante  :  «  La  commission  (2)  partage 
l'opinion  que   les   objets   d'Eygenbilsen   ont   été   confec- 


{1  )  Cette  assertion  est  accessoire;  on  ne  s'y  arrêtera  donc  pas. 
(2)  De  la  carte  archéologique  des  Gaules,  composée  de  Mil.  Anat. 
de  Barthélémy  ,  Alf.  Maury  ,  général  Creuly  ,    Alex.  Bertrand  ,  de 

SaULCY  ,  DE  LONGPÉRIER  ,  etc. 


—  250  — 

tionnés  sous  une  influence  étrusque  très  prononcée  et 
appartiennent  à  une  époque  sensiblement  antérieure  à  la 
conquête  romaine.  » 

Il  a  été  parlé  d'éventail  ;  on  ne  peut  adopter  une  meil- 
leure comparaison  : 

Qu'on  marque  sur  la  carte  de  l'Europe  toutes  les  trou- 
vailles de  seaux  cylindriques,  de  bronze,  à  nervures  hori- 
zontales (l). 

Depuis  que  l'attention  a  été  attirée  sur  ces  seaux,  d'une 
vingtaine  qu'on  en  connaissait  en  4872  ,  le  nombre  est 
monté  aujourd'hui  à  plus  de  quatre-vingts  et  s'accroît 
tous  les  jours  (2).  On  remarquera  que  les  endroits  ainsi 
marqués  sont  compris  dans  une  demi-circonférence  à 
peu  près,  depuis  la  Bourgogne,  la  Belgique ,  le  Hanovre, 
la  Pologne,  la  Hongrie,  enfin  l'Italie  méridionale. 

Cette  demi-circonférence  a  pour  base  la  ligne  des  côtes 
de  l'Italie,  outre  lesquelles  il  n'y  a  pas  à  étendre  les  re- 
cherches... à  moins  qu'on  ne  scrute,  par  delà  la  Médi- 
terranée, la  côte  septentrionale  d'Afrique,  où  il  n'est  pas 
impossible  que  le  commerce  maritime  ait  porté  des  pro- 
duits étrusques  :  les  Étrusques ,  d'après  les  bas-reliefs  de 
Karnac  ,  ont  bien  fait  la  guerre  à  l'Egypte  (s)... 

Il  ne  s'agit  plus  que  de  prendre  au  milieu  de  ce  dia- 
mètre le  point  central  du  rayonnement,  et  c'est  l'Étrurie 
circompadane  que  désigne  tout  naturellement  cette  opé- 
ration des  plus  faciles  à  effectuer  :  le  nombre  des  cistes  à 

(0  Bull,  des  Comm.  royales  d'art  et  d'archêoh ,  XVII,  p.  32;  XXIII, 
p.  106  ;  XXIV,  p.  208. 

(2)  En  voir  de  nouvelles  trouvées  à  Kluczewo  et  à  Kalisch 
(Posener  archœologische  Mittheilungen ,  1887,  p.  19);  plusieurs  en 
Hongrie  (Hampel,  Alterth'dmer  der  Broncezeit,  Budapest,  1887,  pi.  101, 
105,  106),  etc. 

(3)  Revue  archéologique,  1867,  pp.  34  et  80. 


—  251  — 

cordons  qu'on  a  découvertes  en  Italie  ,  la  plupart  autour 
de  Bologne,  était  de  8  en  1872,  de  54  en  1878,  et  depuis 
qu'on  ne  néglige  plus  ce  genre  d'antiquités ,  auparavant 
considérées  comme  insignifiantes,  le  nombre  en  augmente 
tous  les  jours. 

Il  ne  s'agit  plus  alors  que  de  tirer  du  centre,  placé  aux 
rives  du  Pô ,  des  lignes  vers  les  lieux  des  trouvailles ,  et 
l'éventail  se  dessine. 

On  peut  se  contenter  de  choisir  pour  point  de  compa- 
raison le  seau  à  nervures  horizontales  que  Von  Trôltsch, 
dans  son  inventaire  des  4,000  lieux  rhénans  à  découvertes 
étrusques  ,  place  comme  vignette  sur  le  titre  de  son  livre, 
tant  cet  objet  est  typique;  mais  pareil  travail  peut  se  faire 
pour  d'autres  objets ,  par  exemple  pour  la  buire  à  bec  en 
forme  de  proue  d'Eygenbilsen  et  l'éventail  se  garnira  de 
branches  nouvelles. 

Le  même  éventail  peut  se  dessiner  déjà  pour  les  décou- 
vertes de  statuettes  d'animaux  à  pattes  raides,  comme  on 
le  verra  ci-après:  Belgique,  Mecklenbourg,  Hongrie;  on 
peut  présager ,  sans  témérité,  que  des  découvertes  ulté- 
rieures le  compléteront. 

Mais,  aurait-on  pu  objecter  il  y  a  quelques  années  :  on 
n'a  pas  encore  signalé  de  produits  de  la  céramique 
étrusque  au  nord  des  Alpes.  La  lacune  provenait  seule- 
ment du  manque  d'attention  :  dès  que  la  question  a  été 
posée ,  des  vases  étrusques  en  terre  cuite  sont  pour  ainsi 
dire  sortis  du  sol  au  nord  des  Alpes,  et  notamment  on  a 
trouvé  des  vases  peints ,  en  compagnie  de  vases  de 
bronze  caractéristiques  de  l'art  étrusque  (l). 

(0  Bull,  des  Comm.  royales  d'art  et  d'archéol.  ,  XVII ,  p.  88. 


-  252  - 


III 


Arrivons  aux  statuettes  de  bronze.  C'est  Pline  (l)  qui 
parle  : 

Signa  tuscanica  per  terras  dispersa,  quae  in  Etruria 
factitata  non  est  dubium.  (Ces  statues  à  la  manière 
étrusque  que  l'on  rencontre  dispersées  dans  le  monde, 
nul  doute  ,  elles  ont  été  fabriquées  en  Etrurie.) 

Le  passage  est  remarquable  :  il  constate  d'abord  le  nom 
de  ces  statues  :  ce  sont  des  signa  tuscanica,  des  statues 
qu'on  appelait  étrusques;  il  était  parfaitement  inutile  de 
dire  que  les  produits  de  l'Étrurie  proviennent  de  ce  pays; 
ce  que  Pline  a  pour  but  de  démontrer,  à  moins  de  supposer 
chez  lui  une  tautologie  à  la  La  Palisse,  c'est  de  justifier  la 
dénomination  usuelle,  populaire  :  on  les  appelle  étrusques, 
ces  statues  de  genre  étrusque  ;  eh  bien,  oui  !  elles  ont  été 
réellement  fabriquées  en  Etrurie. 

De  plus,  c'est  au  livre  de  son  Histoire  naturelle,  où  il 
traite  de  la  métallurgie  du  cuivre  (airain  et  bronze),  que 
Pline  s'occupe  des  statues  étrusques. 

Il  vient,  d'ailleurs,  de  parler  des  statues  en  bronze  de 
Cérès,  etc.,  et  il  cite  des  exemples  nombreux  où  l'art  du 
bronze  est  consacré  même  aux  images  des  simples  mortels  : 
«  Transiit  et  ab  diis  ad  homïnum  statuas  atque  imagines 
multis  modis.  » 

Pline,  au  passage  invoqué,  cite  Métrodore  de  Scepsis, 
d'après  lequel  il  y  avait  dans  une  seule  ville  d'Étrurie, 
Yolsinies,  ni  plus  ni  moins  de  deux  mille  statues. 

Si  Pline  traite  de  statues,  Horace  (1)  nous  parle,  non 
plus  de  signa,  mais  de  sigilla,  de  statuettes;  les  tyrrKena 

(i)  Pline,  Hist.  nat.,  XXXIV,  16. 


-  253  - 

sigilla,  statuettes  étrusques,  avaient  leur  place,  de  son 
temps,  parmi  les  objets  de  luxe  et  peut-être  de  collection  : 
des  perles,  des  marbres,  des  ivoires,  des  statuettes 
étrusques,  des  tableaux... 

Aussi  que  de  statuettes  étrusques  répandues  par  toute 
l'Europe  ! 

Ge  sont,  outre  les  *  spectres  étrusques  »  du  Danemark  (2), 
les  deux  statuettes  de  la  collection  du  premier  comte  de 
Renesse,  qu'on  avait  vendues  à  cet  amateur,  comme 
statuettes  de  style  barbare,  trouvées  aux  bords  du  Rhin, 
mais  que  des  dessins  heureusement  conservés  ont  permis 
de  reconnaître  comme  incontestablement  étrusques  (3); 
ce  sont  les  statuettes  de  tout  genre  qu'on  retrouve,  soit 
séparées ,  soit  attachées  aux  vases,  sur  les  cistes ,  partout 
où  il  y  avait  moyen  de  placer  une  représentation  originale. 
On  comprend  qu'un  peuple  pratiquant  l'industrie  du 
bronze  d'une  manière  si  recherchée,  ait  donné  libre 
carrière  à  son  imagination ,  et  que,  descendant  des  dieux 
aux  hommes,  comme  le  dit  Pline,  il  soit  descendu  encore 
plus  bas,  des  hommes  aux  animaux. 

Ge  qui  distingue  la  plastique  étrusque,  ce  n'est  ni 
l'élégance ,  ni  le  caractère  artistique ,  c'est  un  cachet  de 
raideur  hiératique,  inimitable,  toujours  reconnaissable  ; 
l'exécution ,  parfois  très  soignée ,  est  parfois  aussi  traitée 
d'une  manière  absolument  dédaigneuse  des  formes;  c'est 
un  art  à  son  enfance  ,  peu  soucieux  des  proportions  et  du 
naturel  des  attitudes-. 

En  Étrurie  même ,  on  travaillait  pour  tous  les  goûts  : 
dans  une  industrie  aussi  développée ,  il  y  avait  nécessaire- 

(0  Èpist.,  II,  2  v.  180. 

(s)  Bull,  des  comm.  roy.  d'art  et  d'archéol.,  XVII,  p,  71. 

(3)  Ibid,  p.  62. 

(3)  Ibid,  p.  74. 

17 


—  254  — 

ment  des  degrés  divers  de  perfection  ,  depuis  la  statue  des 
dieux  et  des  grands  hommes,  sans  doute  traitée  avec  soin, 
jusqu'à  la  statuette  populaire  ,  jetée  dans  un  moule  gros- 
sier ,  le  tout  assurément  d'après  le  prix  qu'on  pouvait  en 
obtenir. 

Un  exemple  remarquable  de  l'emploi  simultané  des 
deux  modes  est  l'ornementation  d'un  vase  qu'on  dit  pro- 
venir des  fouilles  d'Olympie ,  et  où  l'on  voit  un  Thésée  et 
un  Minotaure ,  archaïques  sans  doute ,  mais  au  moins  re- 
présentés avec  des  membres  possédant  les  formes  et  les 
articulations  naturelles,  plus  un  cheval  à  jambes  raides, 
comme  celui  de  Clavier  (1)  auquel  il  ressemble  beaucoup. 

Pour  complaire  aux  goûts  des  barbares  ,  parmi  lesquels 
ils  allaient  répandre  les  produits  de  leur  pays  natal ,  les 
colporteurs  étrusques  se  chargeaient  bien  certainement 
de  préférence  des  fabricats  les  moins  chers. 

Il  s'agit  seulement  de  démontrer  qu'on  trouve  de  ces 
derniers ,  même  en  Étrurie  : 

Le  comte  Conestabile  (2)  représente  une  vache  à  pattes 
raides  ,  et  il  en  signale  lui-même  la  parfaite  ressemblance 
avec  des  bronzes  de  Hallstatt,  d'où,  comme  il  a  été  dit 
ci-dessus  ,  l'objet  n'a  pu  arriver  en  Étrurie. 

Des  mors  de  cheval  trouvés  aux  environs  de  Bologne , 
signalés  par  le  comte  Gozzadini  (3),  portent  des  repré- 
sentations de  chevaux  et  d'autres  animaux  à  pattes  raides, 
et  il  en  cite  un  grand  nombre  de  semblables  provenant 
de  l'Étrurie  proprement  dite  (Caere,  Preneste,  etc.) 

On  trouve ,  en  Étrurie ,   une    quantité  d'animaux  en 


(1)  Annali  delV  Instituto  di  corrispondenza  archeologica ,   1885, 
tav.  d'agg.  B. 

(2)  Sovra  due  dischi  in  hronzo  antico-itcdlci  del  museo  de  Perugia  , 
Turin,  1874,  pi.  IX.fig.  1.  p.  33. 

(3)  De  quelques  mors ,  etc.,  pp.  11  et  17,  pi.  I. 


-  255  — 

bronze,  même  de  la  facture  la  plus  médiocre  ;  le  musée 
d'antiquités  de  Bruxelles  en  possède  toute  une  série  dont 
plusieurs  ayant  pour  indice  caractéristique  d'origine 
étrusque  les  jambes  tout  d'une  pièce ,  sans  indication 
d'articulations  ,  comme  à  la  statuette  de  Clavier  (1). 

C'étaient  là  sans  doute  des  ex-voto  ,  d'après  la  coutume 
que  conservèrent  les  Romains ,  comme  on  peut  le  voir  en 
la  découverte  de  Neuvy-en-Sullias,  aux  environs  d'Orléans, 
si  abondante  en  animaux  de  tous  genres  ,  également  en 
bronze  (2). 

De  pareils  objets  ne  sont  pas  soignés,  tout  comme  nos 
ex-voto  modernes  sont  le  plus  souvent  de  l'orfèvrerie  es- 
tampée ;  on  comprend  que  les  Étrusques,  qui  employaient 
chez  eux-mêmes  des  objets  d'art  aussi  infime,  aient  choisi 
ce  genre  pour  l'exportation  parmi  les  peuples  barbares , 
dont  le  goût  n'était  pas  plus  exigeant.  Peut-être  ces 
peuples  recherchaient-ils  même,  par  une  sorte  de  véné- 
ration traditionnelle  ,  les  formes  archaïques  de  ce  genre 
d'offrandes. 

Allons  à  Hallstatt,  puisque,  d'après  ce  qui  a  été  dit 
ci-dessus ,  Hallstatt  était  une  colonie  étrusque  ;  cher- 
chons-y d'abord  des  points  de  comparaison. 

Plusieurs  objets  décrits  par  le  baron  von  Sacken  (s), 
dans  sa  description  des  fouilles  de  Hallstatt,  sont  du  même 
genre  :  il  en  existe  même  de  minuscules,  ajoutés  à  des 
instruments  (fibules,  vases,  haches)  ;  parmi  ces  animaux, 


(1)  Musée  de  Ravestein,  II,  p.  38  (Nos  1214,  1328,  1329,  1353,  1355, 
1492,  1639 ,  du  petit  catalogue). 

(2)  Mémoires  -Je  la  Société  archéologique  de  T Orléanais ,  IX  (  18G6), 
Atlas,  pi.  II  et  XI. 

(3)  Das  Grabfcld  von  Hallstatt.  Vienne,  1888,  pi.  VIII,  fig.  2,  3  et  4; 
pi.  XI,  fig.  1  à  6;  pi.  XV,  n°a  4  à  7  ;  pi.  XVIII,  n°9  31  à  33;  pi.  XXIII, 
fig.  6  et  pages  121-122.  (Bibl.  mus.  de  Bruxelles.) 


-  256  - 

on  distingue  des  chevaux  ayant  beaucoup  d'analogie  avec 
celui  de  Clavier. 

Le  musée  de  Nurenberg  possède  un  petit  cerf  à  jambes 
raides,  tout  à  fait  dans  le  genre  du  cheval  de  Clavier,  et 
le  catalogue  (l)  indique  que  cet  objet  provient  de  Hallstatt. 

Dans  le  Mecklenbourg  ,  ce  sont  de  petites  vaches  du 
même  genre  et,  d'après  les  dessins  qu'on  en  donne  (2), 
quoique  le  texte  n'en  parle  pas,  il  semble  au  moins  à 
certains  des  exemplaires  que  la  partie  inférieure  est 
concave,  comme  à  Clavier  ;  Tune  de  ces  vaches  a  la  queue 
retournée  sur  elle-même  de  manière  à  former  un  anneau  : 
encore  comme  à  Clavier,  mais  pour  la  bride. 

A  Rubin,  en  Autriche,  on  a  découvert  une  sorte  de 
girafe  à  pattes  raides,  et  l'auteur  de  la  description  est 
frappé  de  la  ressemblance  de  cette  statuette  avec  celles  de 
Hallstatt  (s);  on  y  retrouve,  en  guise  d'ornement,  le  point 
entouré  d'un  cercle  (parfois  de  deux  cercles  concentriques), 
sur  lequel  Nilsson  a  appelé  l'attention,  comme  un  signe 
caractéristique  de  ce  qu'il  appelait  l'âge  du  bronze  (4). 

En  Hongrie  (5),  on  a  trouvé  une  série  d'animaux  sem- 
blables, parmi  lesquels  des  chevaux  dont  deux  encore 
montés  d'un  cavalier,  ce  qui  pourrait  avoir  été  le  cas  pour 
le  cheval  de  Clavier,  percé  d'un  trou  au  dos. 

(1)  Katalog  der  in  Germanischen  Muséum  befindlichen  rorgeschicht- 
liche,  p.  146,  n°6108,  avec  un  dessin.  (Bibl.  du  Musée  de  Liège.) 

(2)  Jahrbilcher  und  Jakresbericht  des  Vereins  fur  Meckleriburgische 
GeschicJite  und  Alterthumskunde ,  par  Lisch  et  Beyer.  XXXVIII, 
p.  57.  (Ibid.) 

(s)  Mittheilungen der anthropologischen Gesellschaft  in  Wien,Ba.ndX, 
n098  et  9  (1880),  pages  271-272.  {Ibid). 

(*)  Cet  ornement  se  retrouve  à  Eygenbilsen,  Bull,  des  comnt.  roy. 
d'art  et  d'archéol.,  XI,  p.  275,  et  sur  le  cheval  étrusque  du  Musée  de 
Bruxelles,  Musée  de  Ravestein,  n°  1492. 

(s)  Hampel,  Alterthîimer  der  Broncezeit  in  Ungam.  Budapest,  1887. 
pi.  LX,  fig.  5;  pi.  LXVIII,  pi.  LXIX,  n°"  5a  et  5b  (Bibl.  mus.  Bruxelles.) 


—  257  — 

Mais  l'objet  le  plus  remarquable  que  l'on  puisse  citer 
dans  ce  genre  est  le  petit  char  de  bronze  trouvé  à  Klein 
Glein  (Judenberg)  en  Styrie,  lequel  est  chargé  de  person- 
nages de  facture  archaïque  mêlés  à  différents  animaux 
à  jambes  d'une  venue  (l). 

On  a  comparé  les  personnages  de  ce  char  avec  différents 
objets  découverts  en  Italie.  Ce  sont  (2)  : 

1°  Un  petit  char  chargé  de  personnages  et  d'animaux 
d'une  façon  encore  plus  primitive  que  ceux  du  char  de 
Klein  Glein  :  un  bœuf,  un  chien,  un  mouton,  un  cerf,  un 
volatile  aquatique,  le  tout,  même  les  hommes,  avec  des 
jambes  cylindriques,  sans  indication  d'articulations,  trouvé 
à  Lucera  ; 

2°  Un  groupe  de  bronze  du  Musée  britannique,  trouvé 
dans  une  tombe  de  Campanie,  et  portant  des  personnages, 
deux  bœufs  et  des  volatiles  de  même  genre  (qui  abondent 
du  reste  dans  l'ornementation  italienne  primitive  )  ; 

3°  Le  couvercle  d'une  ciste  (3)  provenant  de  la  Basilicate 
et  déposé  au  Musée  de  Berlin  ;  on  y  voit  des  Minotaures , 
des  bœufs,  toujours  à  jambes  raides,  d'une  pièce; 

4°  Un  disque  du  Musée  Borgia,  ayant  la  plus  grande 
affinité  avec  les  précédents  ; 

5°  Un  petit  cheval  du  Musée  britannique,  provenant 
d'Italie  :  il  porte  un  volatile  sur  la  tête  et  au-dessus  de  la 
queue. 

Il  y  a  là  de  quoi  satisfaire  les  classiques  les  plus 
exigeants  :  ce  n'est  plus  des  bords  du  Pô,  c'est  même  de 


(0  Mittheilungen  deshlstorischen  Vereins  filr  Steiermark,  III  (1853), 
pi.  XI.  (Musée  de  Liège.) 

(2)  Archeologia,  XXXVI,  pages  276,  350  et  358,  pi.  XIV,  XXVI  et 
XXVII. 

(3)  Au   couvercle    d'une   des   cistes    du   Musée  de   Ravestein  à 
Bruxelles,  n°  1639. 


—  258  - 

l'Étrurie  centrale  et  de  l'Italie  méridionale  que  proviennent 
les  derniers  animaux  cités. 

«  On  ne  peut,  dit  le  contradicteur  attardé  cité  ci- 
dessus  (l),  nier  l'habileté  des  Étrusques  quant  à  la  fonte  et 
au  travail  des  métaux,  et  particulièrement  du  bronze,  fait 
attesté  par  beaucoup  de  témoignages  antiques.  Les 
bronzes  étrusques  avaient  une  grande  réputation  et  étaient 
recherchés  en  Grèce.  Les  Étrusques  paraissent  avoir 
soutenu  la  concurrence,  quant  au  bronze  ,  avec  les  Phé- 
niciens ou  avec  d'autres  peuples  orientaux.  » 

Si  cela  est  vrai  ,  nous  possédons  l'explication  de  la 
présence  à  Olympie ,  en  Élide ,  d'une  quantité  de  repré- 
sentations d'animaux  qui  doivent  ressembler  au  cheval 
d'après  lequel  on  les  cite  (2),  et  par  conséquent,  être 
aussi  à  jambes  raides. 

Ou  bien,  si  cela  n'est  pas  applicable  aux  objets  d'Olympie, 
nous  sommes  en  présence  d'un  nouvel  atelier,  placé  à 
Olympie  même ,  d'où  auraient  été  exportés  les  animaux 
de  bronze  à  jambes  toutes  d'une  venue,  sans  indication 
de  l'articulation  des  genoux  :  un  deuxième  centre  civilisé 
pour  envoyer  des  bronzes  aux  barbares  ! 

Gela  est  possible;  mais,  en  vérité,  c'est  trop  de  richesse, 
et  le  cheval  de  Clavier  est  arrivé  chez  nous  plutùt  de 
Bologne  que  d'Olympie  :  le  chemin  est  moins  long  assu- 
rément. 

IV 

L'origine  étrusque  (ou  grecque,  puisqu'il  faut  ouvrir 
cette  parenthèse,  à  propos  clu  cheval  d'Olympie),  pourra 
être  facilement  contrôlée  pour  notre  objet. 

(  i  )  Musée  de  Bavestein,  I,  p.  326. 

(  2  )  Voir  Annali  (  cité  ci-dessus  ) ,  1885 ,  p.  178. 


—  259  - 

Les  Romains  ont  introduit  dans  leur  bronze  le  zinc 
(cadmiaj  et  le  plomb  ;  si  l'on  opère  l'analyse  du  métal  du 
cheval  de  Clavier,  on  n'y  découvrira  pas  ces  métaux  en 
quantité  intentionnelle  et  appréciable. 

Mais  l'on  y  trouvera  le  cuivre  et  l'étain,  dosés  dans  les 
proportions  d'environ  86  à  13  %  :  c'est  celle  qui  a  été 
trouvée  pour  les  bronzes  d'Eygenbilsen  et  d'autres  ana- 
logues (î). 

Il  serait  curieux  de  faire  cette  vérification  :  si  l'analyse 
chimique  vient  confirmer  le  résultat  ici  annoncé  a  priori, 
on  ne  conservera  certes  plus  de  doute  sur  l'attribution 
anté-roinaine  du  cheval  de  Clavier. 

D'autre  points  pourront  encore  être  étudiés,  notamment 
le  dessin  d'ornement  qui  se  trouve  à  la  tête  du  cheval,  etc. 

Mais  il  a  paru  utile  de  publier,  en  attendant  une  étude 
plus  complète  ,  les  éléments  de  comparaison  décrits 
ci-dessus. 


S. 


(0  Bull  des  comm.  roy.  d'art  et  d'archéol.,  XI,  p.  302  et  303;  comp. 
XVII,  p.  102. 


LES 


PRIVILÈGES  DES  FRANCHIMONTOIS 


-#— 


Tout  ce  qui  a  trait  au  marquisat  de  Franchimont  pré- 
sente pour  moi  un  intérêt  réel.  Aussi  ai-je  lu,  avec  le  plus 
grand  plaisir,  dans  le  Bulletin  de  l'Institut  archéologique 
liégeois  (1),  l'article  publié  par  M.  l'abbé  J.  Levaux ,  sous 
l'intitulé  :  c<  Les  Privilèges  des  anciens  habitants  du  mar- 
quisat de  Franchimont  dans  la  ville  de  Liège  », 

M.  Levaux  ne  prendra  pas,  sans  doute,  en  mauvaise  part 
si,  pour  combler  une  lacune,  j'ajoute  quelques  pages  à  son 
travail.  Le  document  principal  de  la  publication  dont  il 
s'agit  est,  sans  contredit,  la  reconnaissance,  par  le  Conseil 
privé,  du  droit  de  bourgeoisie  dans  la  ville  de  Liège  accordé 
aux  Franchimontois.  Ce  document  est  daté  du  29°  jour  de 
novembre  1586.  Comme  l'auteur  le  dit  en  note  ,.  page  72, 
un  second  document,  également  relatif  aux  privilèges  des 

(0  T.  XXI,  p.  51. 

18 


—  26u2  — 

Franchimontois,  suit,  dans  une  des  copies  reposant  aux 
archives  communales  de  Theux,  la  sentence  du  Conseil 
privé  confirmant  les  privilèges  des  habitants  du  marquisat 
de  Franchimont.  Le  Conseil  privé,  par  ce  second  docu- 
ment, reconnaît  à  ces  habitants  le  droit  d'acheter  à  Liège 
les  grains  nécessaires  à  leur  consommation  et  de  les  trans- 
porter dans  leur  pays. 

A  mon  sens,  les  deux  pièces  forment  un  seul  dossier,  un 
ensemble  et ,  par  conséquent ,  elles  n'auraient  pas  dû  être 
séparées.  M.  Levaux  en  a  jugé  différemment.  Enfant  de 
Verviers ,  il  s'est  attaché  à  narrer  la  partie  de  ce  dossier  la 
plus  essentielle  pour  sa  ville  natale.  Son  but  a,  paraît-il, 
été  d'instruire  ses  concitoyens  des  droits  et  des  privilèges 
dont  ils  jouissaient  dans  la  capitale  de  la  principauté  de 
Liège  pour  la  vente  des  produits  de  l'industrie  drapière , 
unique  industrie  du  ban  de  Verviers.  Cependant,  si  les 
Verviétois  avaient  intérêt  de  vendre  leurs  draps  à  Liège 
dans  les  mêmes  conditions  que  les  bourgeois  de  la  Cité , 
c'est-à-dire  avec  l'exemption  des  impôts ,  les  manufactu- 
riers et  les  marchands  de  fer  battu  de  Theux  avaient  le 
même  intérêt  d'introduire  et  de  vendre  en  toute  franchise 
de  droit  leurs  marchandises  dans  la  ville  de  Liège.  Aussi 
le  magistrat  de  Theux  entrait-il  toujours  dans  les  coali- 
sions formées  pour  revendiquer  le  maintien  intégral  des 
privilèges  concédés,  de  longue  date,  aux  habitants  du  mar- 
quisat lorsqu'on  se  permettait  de  contester  leurs  droits  ou 
d'enfreindre  les  anciens  accords. 

On  aura  remarqué  :  1°  que  la  confirmation  des  privilèges 
des  Franchimontois,  datée  de  1779,  fut  amenée  par  suite 
d'un  procès  intenté  à  un  marchand  de  Verviers,  le  nommé 
Crama  et  qu'il  s'agissail  principalement  de  draps  ;  2°  que 
l'accord  de  1586  intervint  à  la  suite  de  réclamations  de 
marchands  de  Theux,  de  qui  les  gabclous  de  la  ville 
avaient  induement  exigé  paiement  du  tonlieu. 


-  263  - 

Theux  expédiait  au  loin  ses  outils  et  ses  ustensiles  de 
ménages,  désignés  sous  le  nom  de  batterie  de  fer  de  cui- 
sine ;  il  en  fournissait  également  la  ville  de  Liège.  Les 
maîtres  de  forge  et  les  marchands  de  fer  devaient  veiller 
à  ce  qu'il  ne  fût  apporté  aucune  entrave  au  libre  exercice 
de  leur  commerce.  Ils  se  mettaient  à  la  tête  des  réclamants 
lorsque  leur  négoce  était  menacé  ;  ils  se  joignaient  aux 
commerçants  des  autres  bans  lorsque  des  mesures  fiscales 
atteignaient  celui  de  leurs  voisins. 

La  question  des  privilèges  accordés  aux  Franchimontois 
avait  donc  une  étendue  beaucoup  plus  grande  que  le  cadre 
dans  lequel  les  auteurs  verviétois  veuillent  la  circonscrire 
en  la  restreignant  à  la  seule  industrie  drapière. 

Les  pièces  livrées  au  Bulletin  de  l'Institut  archéologique 
liégeois,  par  M.  l'abbé  Levaux,  ont  été  puisées  dans  des 
archives  communales  et  dans  des  archives  privées.  Il  a 
mis  largement  à  contribution  celles  de  l'Hôtel-de-Ville  de 
Theux.  Malheureusement  sa  visite  à  Theux  a  été  de  trop 
courte  durée ,  il  n'a  pu  y  prendre  connaissance  de  tous  les 
recès  magistraux  relatifs  à  son  sujet.  C'est,  sans  doute, 
pour  ce  motif  que  M.  Levaux  semble,  dans  la  note  de  la 
page  76,  se  rallier  à  l'opinion  émise  par  M.  Nautet,  que  la 
transaction  de  1779  abolissait  pour  toujours  le  privilège 
des  Franchimontois.  Si,  poussant  ses  investigations  plus 
avant,  l'auteur  avait  lu  le  procès- verbal  de  l'assemblée 
magistrale  du  18  février  1779,  dans  laquelle  le  député  des 
notables,  J.  P.  de  Limbourg,  a  rendu  compte  au  magistrat 
de  Theux  des  négociations  poursuivies  par  les  délégués 
des  trois  bans  (î),  d'une  part,  et  les  autorités  liégeoises, 
d'autre  part  ;  l'auteur,  dis-je,  aurait  reconnu  que  la  tran- 
saction de  1779  accordait  des  avantages  aux  Franchimon- 
tois. Sans  doute,  l'intégrité  de  leurs  privilèges  recevait  une 

(  i  )  Verviers ,  Theux  et  Spa. 


—  264  —  * 

atteinte  ;  l'arrangement  les  subordonnait  à  l'acquittement 
d'une  certaine  somme,  relativement  modique,  eu  égard  à 
la  somme  due  et  payée  par  ceux  qui  ne  jouissaient  pas  du 
droit  de  bourgeoisie.  Pour  rétablir  une  vérité  historique 
méconnue,  je  transcrirai  ici  le  recès  visant  le  rapport  de 
J.  P.  de  Limbourg. 

«  Dans  l'assemblée  ordinaire  du  Magistrat  tenue  à  la 
maison  de  ville  aujourd'hui  48e  de  février  1779,  presens 
Bourgmestre   Limbourg,    conseillers  Boniver ,   Miner   et 
Marly  ;  député  des  notables,  Fraipont;  le  député  des  notables 
J.  P.  de  Limbourg  nous  a  rendu  compte  de  l'arrangement 
qu'il  a  fait  le  12e  de  ce  mois  conjointement  avec  les  députés 
de  Vervier  et  de  Spa,  à  une  comparution  avec  le  syndic  de 
la  ville  de  Liège ,  en  présence  de  Monsieur  le  baron  van 
der  Heyden  de  Blisia ,  chancelier  de  Son  Altesse ,  ensuite 
de  la  médiation  et  d'une  apostille  émanée  d'autorité  de 
Sadite  Altesse,  sur  une  supplique  présentée  à  elle-même 
en  personne,  pour  la  supplier  de  daigner  faire  finir  le  procès 
agité  au  sujet  des  droits  de  la  Bourgeoisie  de  Liège  par  le 
dit  syndic  contre  le  nommé  Crama,  pour  lequel  la  ville  de 
Vervier  avoit  intervenu  et  faire  reconnoître  nos  droits  et 
les  exemptions  y  annexées,  telles  qu'il  en  compete  aux 
Bourgeois  mêmes  domiciliés  dans   la  Cité  ;  ledit  arran- 
gement fait  ensuite  de  notre  députation  par  notre  recez  du 
19e  de  janvier  dernier,  consiste  à  reconnoître  notre  droit  de 
la  dite  Bourgeoisie  avec  tous  droits  et  exemptions  y  atta- 
chées, avec  cette  limitation  cependant  que  comme  ce  titre 
est  attaché  à  la  naissance  dans  le  marquisat ,  les  Franchi- 
montois  qui  sont  domiciliés  ou  qui  iront  se  domicilier  dans 
la  ville  de  Liège  pour  y  posséder  des  charges  ou  y  faire 
commerce ,  devront  payer  pour  droit  de  reconnoissance  et 
de  registration  cinquante  fl.  Brabant  pour  tous  droits  après 
avoir  présenté  à  Son  Altesse  dans  son  Conseil  privé  une 
supplique  accompagnée  d'une  déclaration  des  Magistrats 


-  265  - 

respectifs  des  communautés  du  Marquisat  signée  aussi  de 
l'officier  pour  assurance  de  ladite  naissance  et  des  qualités 
requises  ,  laquelle  supplique  sera  suivie  d'une  apostille 
pour  ordonner  ladite  reconnoissance  et   registration  au 
moyen  de  ladite  somme  de  cinquante  francs  au  lieu  que 
les  droits  d'admission  à  la  Bourgeoisie  de  Liège  portent 
pour  les  étrangers  cent  et  quarante  francs.  Étant  convenu 
par  le  même  arrangement  que  les  Bourgeois  de  Liège  qui 
sont  domiciliés  ou  qui  viendront  se  domicilier  à  l'avenir 
dans   le   Marquisat   ne   payeront   réciproquement  que  la 
moitié  des  droits  ordinaires  de  Bourgeoisie  des  commu- 
nautés respectives;  auquel  arrangement  comparut  M.  le 
chevalier  de  Léonard  de  Streel,  Bourgmestre  régent  de 
Liège,  qui  promit  verbalement  de  le  faire  ratifier  par  écrit 
du  magistrat  de  Liège;  de  même  que  M.  Je  Chancelier 
promit  de  faire  confirmer  le  tout  par  Son  Altesse.  De  tout 
quoi  nous  recessons  que  les  copies  seront  regislrées  tant  à 
notre  greffe  dans  le  registre  aux  Recez,  qu'à  celui  de 
Justice;  et  comme  il  convient  de  faire  des  reconnoissances 
à   différentes  personnes  qui  ont  rendu  service  pour  en 
venir  à  cet  arrangement,  et  qu'il  y  en  aura-aussi  en  cas  de 
réussite  pour  différentes  personnes  dont  nous  attendons 
de  bons  offices  pour  la  prochaine  assemblée  des  États,  au 
mois  de  mars  prochain,  au  sujet- de  quelques  exemptions 
de  barrière  et  d'une  somme  qu'on  nous  a  fait  espérer  par 
le  changement  d'emplacement  de  la  maison  de  la  marguil- 
lerie,  et  pour  d'autres  objets,  nous  avons  recessé  de  con- 
voquer les  trois  corps  de  la  communauté  pour  dimanche 
prochain  à  deux  heures  et  demie  pour  délibérer  à  ce  sujet 
et  sur  le  premier  Recez  du  1er  de  novembre  dernier.  Nous 
avons  ordonné  à   notre  greffier  de   registrer  le   présent 
Recez.  » 

«  Dans  l'assemblée  des  trois  corps  de  la  communauté 
tenue  à  la  Maison  de  ville  aujourd'hui  21e  de  février  1779 
ensuite  de  la  convocation  en  faite  par  André  Lejeune  notre 


—  266  - 

huissier,  qui  l'a  relaté,  p resens  du  Magistrat  bourgmestre 
R.  J.  de  Limbourg,  conseillers  Boniver,  Servais,  Miner, 
Marly,  Fraipont,  Haymal  et  Magis;  députés  des  notables 
J.  P.  de  Limbourg,  J.  L.  Fraipont,  Faber,  Jason,  L.  Cor- 
nesse  et  Détaille;  électeurs  Nivette,  J.  G.  Cornesse,  Piron 
et  Marc.  En  délibérant  sur  le  Recez  du  18e  de  ce  mois,  nous 
avons  laissé  à  la  décision  du  Magistrat  la  somme  à  employer 
en  reconnoissance  pour  et  en  cas  et  à  proportion  de  la 
réussite  des  objets  y  repris  et  c'est  à  condition  que  le  tout 
sera  réglé  au  moins  six  par  membres  presens  du  Magistrat. 

«  Avons  ordonné  à  notre  greffier  de  registrer  le  présent 
Recez   ». 

Les  frais  généraux  mentionnés  dans  les  deux  recez  qui 
précédent  s'élevèrent  à  la  somme  de  1716  fl  Brabant  19  s  (i) 
dont 

Verviers  paya fl  Bb.  686.12 

Theux »      514.19 

et  Spa »      514.19 

En  outre  de  cette  somme,  les  frais  de  voyages  et  île 
vacations  des  délégués  incombaient  aux  communautés. 
Voici ,  pour  ce  qui  concerne  Theux ,  un  extrait  du  compte 
magistral ,  rendu  le  5  avril  1780  par  le  bourgmestre 
Robert-Joseph  de  Limbourg  de  sa  gestion  en  1779  (2). 

•  «  Le  18  février  1779  j'ai  payé  à  mon  collègue  le  Bourg- 
mestre Lieutenant  pour  cinq  jours  de  vacations  à  Liège 
en  suite  d'un  recés  du  19  janvier     .     .     fr.     17-10-0 

«  Le  18  dito  payé  au  député  des  no- 
tables ,  J.  P.  de  Limbourg,  pour  sept 
jours  de  vacations  ensuite  dudit  recés 

(O  Je  possède  la  note  détaillée  des  dépenses  ;  j'indique  la  somme 
globale  pour  éviter  de  citer  les  noms  des  personnes  qui  reçurent  des 
gratifications  pour  avoir  prêté  leurs  bons  offices  aux  magistrats  de 
Verviers,  de  Theux  et  de  Spa. 

(î)  Ce  compte  fait,  partie  des  archives  communales  de  Theux. 


—  267  — 

au  sujet  des  difficultés  pour  nos  droits 

attachés  à  la  Bourgeoisie  de  Liège  .     .      »      24-10-0 

«Le  23  mai  1779  payé  à  Mr  le  Bourg- 
mestre Lieutenant  et  au  député  des  no- 
tables Limbourg  à  chaque  une  journée 
de  vacation  à  Spa  avec  les  Seigneurs 
des  États »        7-0-0 

«  Le  20  dito  (7bre  1779)  j'ai  remboursé 
à  mon  frère  l'ainé  six  cens  septante 
sept  fl.  Bb.  pour  la  quole  part  de  notre 
communauté  dans  la  reconnoissance 
et  exposés  de  ladite  communauté  et 
des  bans  de  Vervier  et  de  Spa  pour 
la  reconnoissance  de  notre  Bourgeoisie 
de  Liège  le  tout  ensuite  d'un  recés  des 
trois  corps  du  21  février  et  du  magistrat 
du  ['■'■  juin  de  cette  année  suivant  la  dé- 
claration ici  reproduite  de  moi  et  de 
« 

mon  collègue  Lieutenant  et  de  mon 
frèro  député  des  notables  en  conformité 
des  dits  recés  et  par  quittance  de  ce 
dernier »    G77-0-0  »  (1) 

L'accord  était  à  peine  revêtu  de  toutes  les  approbations, 
que  les  gabelous  liégeois  suscitèrent  de  nouvelles  tracas- 
series aux  Franchimontois,  leur  réclamant  des  droits  de 
tonlieu  et  de  massenge.  Trois  citoyens  de  Verviers ,  vic- 
times des  préposés  à  la  perception  des  droits  ,  adressèrent 
la  protestation  ci-après  aux  administrateurs  de  leur  ville. 
La  suscription  extérieure  de  cette  protestation,  dont  je 
possède  une  copie  ,  porte  : 

»  Supplique  très  humble  à  Messieurs  les  Bourgmestres 
et  Conseillers  de  la  ville  de  Vervier  par  leurs  Bourgeois.  » 

(l)  La  somme  de  fl  Bb.  514.19,  quote-part  de  Theux  dans  les  frais 
généraux,  est  comprise  dans  celle  de  fl  Bb  677. 


—  268  — 

La  requête  est  ainsi  conçue  : 

<c  Messieurs  les  Bourgmestres  et  Conseillers  de  la  ville 
de  Vervier. 

«  Les  sousignés  vos  Bourgeois  n'ont  pu  aprendre  l'ar- 
rangement fait  au  sujet  des  exactions  qu'on  pratiquoit  à 
leurs  charges  avec  le  droit  de  masenge  et  autres  droits 
leur  compétents ,  sans  en  faire ,  comme  ils  font  encore 
à  vos  Seigneuries  leurs  très  humbles  remerciments. 

«  Cependant  après  cet  act  d'arrangement,  qui  auroit 
du  d'abord  avoir  son  activiié  ,  c'est  à  regret  qu'ils  doivent 
recourir  à  vos  Seigneuries,  pour  leur  faire  plainte,  que 
les  gabelleurs  ou  receveurs  du  droit  de  la  masenge  à 
Liège  continuent  à  faire  paier  ce  droit,  sçavoir  aux  deux 
premiers  sousignés  sur  des  chevaux  qu'ils  ont  reçu 
la  semaine  dernière  un  écus  sur  chaque  ,  et  au  troisième 
sur  des  toilles  qu'il  a  reçu  plusieurs  fois  venant  du  Brabant 
malgré  qu'ils  fussent  munis  d'attestation  nécessaire  de 
vos  Seigneuries  et  les  porteur  et  conducteurs.de  consti- 
tution pour  affirmer  que  les  choses  étoient  pour  leur 
compte  et  n'avoient  entendement  avec  étrangers  pour  leur 
remettre,  les  dits  gabelleurs  exigeoient  le  droit  de  masenge 
en  disant  que,  si  on  avoit  quelque  droit,  on  n'avoit  qu'à 
le  chercher,  de  sorte  que  pour  éviter  d'être  arrêté  et  le 
retard  dans  la  réception  des  marchandises  et  chevaux  ,  ils 
ont  du  paier  le  droit. 

«  Ce  pourquoi  les  dits  sousignés  se  retirent  vers  vos  Sei- 
gneuries pour  les  supplier  d'apporter  contre  ces  exactions 
les  moiens  nécessaires  pour  jouir  de  leurs  droits  et  pri- 
vilèges. 

«  Quoi  faisant  ,  etc. 

«  Biolley  d'Augsbourg;  Pr  Renatte  Godar  ;  A.L.J.  Grilon.» 

J'ignore  quelle  suite  fut  donnée  à  cette  supplique.  Ce- 
pendant il  est  à  présumer  que  le  magistrat  de  Verviers  la 
soumit  au  Conseil  privé  de  S.  A.  et  qu'elle  reçut  un  accueil 


-  269  - 

favorable.  Elle  était  trop  équitable  et  trop  fondée  pour  en 
être  autrement. 

Les  entraves  apportées  au  libre  commerce  entre  Liège 
et  Franchimont  pendant  le  XVIIIe  siècle  portent  à  croire 
que ,  dans  la  métropole ,  on  avait  oublié  les  services 
éminents  rendus  anciennement  à  la  Cité  par  les  habitants 
du  petit  pays  ,  ou  bien  qu'on  s'y  repentait  de  leur  avoir, 
par  un  mouvement  de  généreuse  gratitude  ,  accordé  le 
droit  de  bourgeoisie.  Les  difficultés  qui  s'élevaient  à  pro- 
pos de  ce  droit  étaient  non-seulement  vexatoires,  mais 
encore  onéreuses  pour  le  marquisat.  Je  viens  de  dire  ce 
que  l'accord  de  1779  avait  coûté  aux  trois  bans.  Les  recès 
suivants  montrent  ce  que  le  différend  de  1737  coûta  aux 
Franchimontois  et  combien  peu  les  prétentions  des  Lié- 
geois étaient  fondées. 

«  Dans  l'assemblée  spécial  tenue  par  nous  les  bourgue- 
maitres  et  magistrat  de  Theux  sur  notre  halle  le  vinte  juin 
mil  sept  cens  trente  neuf  nous  étant  représenté  par  notre 
ancien  bourgmestre  Wolff  qu'ensuite  du  reces  du  vinte  deux 
avril  dernier  il  auroit  été  convenu  entre  luy ,  les  députez 
de  Vervier ,  Sart,  Jalhay  et  le  magistrat  de  Spa  de  fournir 
deux  cens  Louis  d'or  pour  les  frais ,  exposez  et  vacations 
fait  et  à  faire  au  subjet  de  la  masenge,  hors  laquelle  somme 
notre  Communauté  doit  porter  cinquante  six  conformément 
au  reces  arrivez  entre  les  députez  des  dits  cinque  bans  le 
dix  neuf  septembre  dernier  hors  quel  il  convient  déduire 
quatre  cens  septante  six  fl  Brabant  sept  pattars  et  demy 
pour  les  exposez  et  vacations  faites  jusqu'à  la  date  de  cette 
par  notre  communauté  lesquels  déduits  de  notre  ditte 
quoete  il  nous  en  reste  à  fournir  la  somme  de  toirs  cens 
quattrevint  et  trois  tl  Bb.  quattre  pattars  et  demy  lesquels 
nous  avons  ordonné  à  notre  Bourgmestre  Malherbe  de 
fournir  toutes  les  fois  qu'il  en  serat  requis  lesquels  luy 
seront  allouez  dans  ses  comptes  a  rendre.  Ordonnant  a 
notre  greffier  la  présente  registrer  et  soubsigner.  » 


-  270  - 

«  Dans  l'assemblée  tenue  sur  notre  halle  par  les  bourgue- 
maitres  et  magistrat  de  Theux  le  vinte  un  aoust  mil  sept 
cens  trente  neuf  commettons  et  constituons  le  sieur  Joseph 
Duct  ancien  bourguemaître  et  conseiller  de  la  ville  de  Ver- 
vier  pour  lever  les  argents  qui  ont  été  consignes  et  par 
après  payes  induement  par  nos  mannans  au  comptoir  de 
la  masenges  luy  donnant  pouvoir  dans  donner  quittance 
au  nom  de  notre  ditte  communauté,  ordonnant  à  notre 
greffier  la   présente  registrer  et   soubsigner.  » 

Peu  de  temps  après,  le  18  mai  1740,  le  bourgmestre 
de  Limbourg  exposa  au  magistrat  de  Theux  qu'on  avait 
refusé  aux  mannans  de  la  communauté  l'autorisation  de 
sortir  de  la  ville  de  Liège  le  grain  nécessaire  à  leur  con- 
sommation et  qu'à  cause  de  la  grande  rareté  du  blé ,  il  y 
avait  impossibilité  d'en  tirer  de  l'étranger.  Le  magistrat 
députa  à  Liège  ce  bourgmestre  pour  solliciter  l'autorisa- 
tion d'emmener  librement  le  blé  nécessaire  aux  habitants 
de  la  communauté ,  le  chargeant  de  faire  tous  ses  efforts 
afin  d'obtenir  cette  autorisation.  Le  18  juin  suivant,  le 
magistrat,  n'ayant  reçu  aucune  résolution  favorable,  lui 
ordonna  de  se  rendre  de  nouveau  à  Liège  pour  voir  s'il 
pourra  convenir  pour  acheter  du  grain.  Les  deux  recès 
étaient  motivés  sur  les  droits  de  la  communauté  décou- 
lant des  anciens  privilèges. 

Il  peut  paraître  étrange  que,  en  1779,  les  bans  de  Jalhay 
et  de  Sart  n'interviennent  pas  dans  les  démarches  faites 
pour  solliciter  le  maintien  des  privilèges  IVanchimontois, 
tandis  que,  quarante  ans  plus  tôt ,  ils  s'étaient  ligués  avec 
les  autres  bans  pour  revendiquer  le  redressement  de  leurs 
griefs  el  la  reconnaissance  de  leur  droil  de  bourgeoisie 
dans  la  ville  de  Liège.  En  1770,  l'abstention  de  Jalhay  el 
de  Sart,  localités  essentiellement  agricoles  ,  était ,  on  doit 
le  supposer,  motivée  sur  ce  qu'alors  il  s'agissait  simple- 
ment du  tonlieu  ,  de  l'industrie,  et  qu'antérieurement  il 


—  271  — 

s'agissait  de  la  massenge,  voire  même  du  privilège 
d'acheter  du  grain  à  Liège  pour  le  transporter  chez  eux. 
Tous  les  bans  étaient  intéressés  à  la  confirmation  et  au 
maintien  intact  de  ce  droit. 

Cela  me  ramène  à  l'objet  principal  de  cet  article. 

J'ai  dit  plus  haut  que  M.  l'abbé  Levaux  avait  eu  en  vue 
la  seule  industrie  verviétoise.  Pourtant  la  faculté  accordée 
aux  Franchimontois  d'acheter  leurs  grains  dans  la  cité  de 
Liège  et  de  les  transporter  dans  leur  pays  était  une  faveur 
dont  la  population  de  Verviers  ressentait  les  bienfaits  au- 
tant que  celle  des  autres  localités  franchimontoises.  Dans 
les  années  de  disette  ,  c'était  un  avantage  précieux  d'avoir 
des  facilités  de  se  procurer  le  pain.  Le  blé  arrivait  sur  les 
marchés  des  grandes  cités  ;  il  ne  venait  pas  dans  les  petits 
centres  de  population,  éloignés  des  lieux  de  production. 
Les  habitants  de  ces  petits  centres  étaient  obligés  de  s'en- 
quérir auprès  des  gros  cultivateurs  ou  des  marchands  étran- 
gers à  leur  pays.  Les  Franchimontois ,  dans  ces  années  de 
disette,  recouraient  tantôt  aux  marchands  étrangers,  tantôt 
aux  marchands  liégeois  pour  se  procurer  la  denrée  de 
toute  première  nécessité.  Or  il  était  interdit  d'emmener 
le  blé  au-delà  de  la  banlieue  de  Liège  ;  les  Franchimontois 
n'étaient  pas  astreints  à  la  prohibition  ;  ils  pouvaient  acheter 
du  grain  à  Liège  pour  le  conduire  chez  eux  :  c'était  un 
droit ,  un  privilège  inhérent  à  leur  qualité  de  bourgeois  de 
Liège. 

La  question  des  grains  était  de  la  plus  haute  importance 
à  cette  époque.  La  sollicitude  des  administrateurs  pour 
leurs  concitoyens  portait  quelquefois  le  magistrat  de  Theux 
à  s'approvisionner  de  blé  à  l'étranger  pour  le  revendre  à 
ses  administrés  (1).    Il   convenait    donc  de  posséder  des 

(l)  Le  magistrat  de  Theux  de  1709  avait  créé  une  dette  de  25,000 
fl.B.pour  acheter  du  grain  en  Hollande,  afin  de  le  revendre  aux  habi- 


-  272  — 

greniers  publics  destinés  à  recevoir  les  provisions  de  grains. 
C'est  pourquoi  les  trois  corps  de  la  Communauté,  dans  leur 
assemblée  du  18  octobre  4778,  autorisèrent  le  magistrat  à 
donner  des  proportions  assez  vastes  pour  y  ménager  des 
pièces  propres  à  servir  de  magasin  à  grain  ,  à  la  nouvelle 
maison  qu'on  allait  construire  pour  loger  le  marguillier  (l), 
l'ancien  bâtiment  étant  devenu  inhabitable  à  cause  de  son 
état  de  vétusté.  Cette  sollicitude  ne  devait  pas  faire  perdre 
de  vue  aux  magistrats  un  droit  aussi  précieux  que  celui  de 
s'approvisionner  de  blé  dans  Liège.  C'est  pourquoi  lorsque 
ce  droit  leur  était  dénié  ou  contesté ,  les  Franchimontois 
portaient  leurs  doléances  au  prince  et  aux  magistrats  de 
Liège. 

Les  archives  communales  de  Theux  possèdent  au  moins 
trois  expéditions  de  l'acte  de  1586  ,  reconnaissant  les  privi- 
lèges des  Franchimontois  (2).  Il  y  a,  en  premier  lieu,  les 

tants  de  la  communauté.  Celle-ci  subit  de  ce  chef  une  perte  de 
18,000  fl.  b.  et  le  magistrat  de  1715  refusa  de  reconnaître  la  dette 
créée  en  1709.  D'où  procès  à  Liège ,  porté  ensuite  à  Weztlaer.  Par  leur 
recès  du  18  mai  1727,  les  bourgmestres,  commissaires,  électeurs  et 
notables  reconnurent  la  dette  pour  mettre  fin  au  procès  pendant  à 
Weztlaer  entre  la  communauté  et  des  prêteurs  de  la  somme  employée 
a  l'achat  du  grain  en  Hollande. 

(  i  )  Dans  une  requête  du  magistrat  de  Theux ,  adressée  au  Prince 
sous  la  date  du  19  octobre  1786,  se  trouve  ce  passage  :  «  Une  partie 
du  grenier  est  destinée  à  un  magasin  de  grains  pour  le  cas  de  disette, 
et  ces  cas  ne  sont  pas  impossibles:  on  sait  quel  soulagement  reçut  le 
peuple  par  nos  soins  d'acheter  du  grain  de  l'étranger  l'an  1771,  ce  qui 
rendit  la  disette  moindre  ici  que  dans  nos  environs.  » 

(2)  Dans  un  registre  du  dépôt  des  archives  de  l'Etat,  à  Liège,  inti- 
tulé :  Grand  Greffe  des  Echevins  de  Liège;  manuscrits  touchant 
Franchimont,  n°  248  A,  il  y  a:  1553,  1er  août.  Privilèges  des  Franchi- 
montois; 1560,  15  décembre.  Privilèges  des  Franchimontois,  p.  234, 
1586,  28  novembre.  En  conseil  de  la  cité  de  Liège,  tenu  en  la  salle 
basse  touchant  les  privilèges  des  Franchimontois,  page  237.  Voir  les 
deux  premiers  documents  dans  l'appendice  ci-après. 


-  273  - 

deux  copies  signalées  par  M.  Levaux.  Une  troisième  copie 
se  trouve  dans  un  registre  aux  ordonnances,  comptes,  etc., 
du  magistrat  pendant  la  première  moitié  du  XVIIe  siècle. 
J'en  possède  moi-même  une  copie  écrite  par  le  greffier 
de  Theux ,  probablement  en  1778  ou  1779. 

La  copie  authentiquée  par  J.  de  Limbourg  est  suivie  de 
«  Privilège  que  ceux  du  pays  de  Franchimont  ont  la  citez 
de  Liège  pour  y  acheter  et  aller  quérir  grains  icy  intimez 
en  l'an  1626  douxieme  juin  (1).  » 

Les  deux  pièces  se  suivent  également  dans  la  copie  que 
je  possède.  Le  second  document,  dans  le  recueil  de  la  pre- 
mière moitié  du  XXVIIe  siècle ,  précède  le  document  relatif 
au  commerce  ;  quelques  feuillets  les  séparent.  Le  texte  de 
cette  dernière  copie  me  parait  plus  exact  que  celui  de  la 
pièce  authentiquée  par  J.  de  Limbourg. 

Il  en  diffère  notamment  par  son  orthographe  plus  con- 
forme à  celle  du  XVIe  siècle.  Je  lui  accorde  donc  la  préfé- 
rence ;  du  reste  cette  préférence  se  légitime  par  le  texte 
de  la  suscription  :  «  Previlege  que  ceulx  du  pays  de  Fran- 
chimont ont  en  la  cité  de  Liège  pour  y  achapter  et  aller 
quérir  grains  :  icy  interiné  en  l'an  1626  :  12e  juing  (2).  » 

«  Nous  les  vice  doyen  et  chapitre  ensemble  les  députez  de 
notre  très  redoubté  Sr  et  prince  et  les  Estatz  de  son  pays  de 
Liège.  A  tous  ceulx  qui  ces  présentes  veront  et  oront. 
Salut  scavoir  faisons  que  ayeantz  regard  et  considération 
aux  biens  mérites  et  services  aggreables  que  les  subjectz 
et  surceans  de  pays  et  marquisat  de  Franchimont  par  ci  de- 
vant ont  fait  a  la  cité  et  pays  susdit  et  que  ci  après  espérons 


(  1  )  C'est  celle  signalée  par  M.  l'abbé  Levaux  dans  ce  Bulletin , 
p.  72.  Une  des  expéditions,  écrite,  à  ce  que  je  crois,  en  1626,  est  signée 
H.  Leclerc,  tandis  que  les  trois  autres  portent  la  signature  J.  F.  Leclerc. 

(2)  Cette  date  indique  le  jour  de  la  transcription  de  ce  document 
dans  le  registre  des  archives  du  greffe  de  police  de  Theux. 


—  274  — 

qu'ilz  feront  et  principàllement  à  l'obligation  du  service 
qu'ilz  ont  a  ladite  cité  de  soy  trouver  en  icelle  armez  et 
enbastonnez  pour  Payder  guardcr  et  deffendre  contre  les 
enemis  et  malveuilhantz,  Avons  approuvé  et  confirmé  leurs 
previleges  franchieses  et  libertez  de  pouvoir  en  ladite  cité 
lever  leurs  grains,  et  librement  les  emmenner  hors  d'icelle 
cité  pour  leur  provision  et  tous  autres  leurs  previleges  fran- 
chieses et  exemptions  ,  dont  anchienement  ilz  ont  usé  ou 
dévoient  uzer ,  comandant  et  ordonnant  a  tous  bailhiefïz  , 
mayeurs,  recepveurs ,  sergeantz  et  autres  officiers  a 
nostre  dit  Lledoubté  S1'  et  Prince  et  nos  subjectz  sur  paine 
d'incourir  la  très  grieffve  indignation  de  notre  dit  S1'  et 
d'estre  corrigé  arbitrairement  ;  qu'ilz  laissent  souffrent  et 
faisent  jouyr  les  dis  subjectz  et  surceans  dudit  pays  de 
franchimontdesdis,  et  autres  leurs  previleges  franchieses  et 
libertez.  Car  notre  plaisir  est  tel. 

«  En  temoignaige  de  quoy  avons  ceste  fait  signer  et  sou- 
bescript  par  le  nottaire  dudit  chapittre  et  y  fait  appendre 
le  scel  d'iceluy  chapittre  en  l'an  de  notre  Seigneur  mil 
chincque  centz  quarante  deux  ,  le  troisième  jour  d'aoust 
ainsy  signé  au  comandement  de  Messieurs  les  vice  doyen 
chapitre  et  députez  dessusdits  Vhalgarry  et  plus  bas  estoit 
icelle  copie  signée  Lambert  Doupey  notarius  per  copiam. 

«  Messieurs  du  vénérable  chapitre  de  Liège  pour  certaines 
causes  et  raisons  eux  ad  ce  mouvantes  déclarent  que  le  con- 
tenu du  previlege  derier  escript  et  az  subjectz  de  Franchi- 
mont  puis  naguaires  accordé ,  ne  se  doit  entendre  d'autres 
grains ,  sinon  de  ce  que  lesdis  subjectz  et  surceantz 
mennent  et  faisent  menner  hors  la  cité  et  banlieu  pour 
leurs  provisions  domesticques  sans  y  pouvoir  vendre,  per- 
mower  ou  distribuer  a  autruy  sur  paine  de  payer  le  deubt 
et  redebvabilité  comme  estrangers. 

«  Donné  ce  siexième  d'octobre  an  mil  cinque  centz  qua- 
rante deux. 


-  275  - 

«Ainsy  subsigne  au  coman dénient  de  messieurs  des- 
susclis  Vhalgarry  notaire  et  au  dessoub  estoit  icelle  copie 
ainsy  signée  Lamb.  Doupey  notaire  pro  copiam.  » 


-^-0«>G»^- 


APPENDICES 


Je  possède  en  copie  deux  documents  qui  se  rapportent 
aux  privilèges  des  Franchimontois  dans  la  ville  de  Liège. 
Ne  pouvant  les  faire  entrer  dans  mon  travail ,  je  les  donne 
ici  en  annexe.  Ces  copies  ont,  selon  toute  vraisemblance, 
été  écrites  en  -1778  ou  1779  et  extraites  des  registres  du 
grand  greffe  des  Échevins  de  Liège. 

«  PRIVILÈGES  DES  FRANCHIMONTOIS. 

«  Les  Burghemestres  Jurez  et  Conseil  de  la  Cité  de  Liège 
come  de  la  parte  des  surceants  des  pays  et  marquisat  de 
Franchimont  nous  soit  cejourd'huy  daete  soubescritte  este 
remonstreit  comment  ils  auroient  entendu  que  le  receveur 
des  aydes  au  pays  de  Liège  accordées  en  subvention  de 
ceux  de  huy  leur  pretendoient  constraindre  a  payement  de 
certaines  tailles  et  exactions  qui  ne  tourneroit  tant  seule- 
ment a  l'infraction  de  leurs  anchiens  privilèges  et  libertez 
mais  aussy  a  la  diminution  des  supports  et  aydes  qui  sont 
envers  nous  et  ladite  cité  comme  membre  d'icelle  tenus 
nous  faire  oncqz  de  toute  antiquité  fait  et  nous  présente- 
ment faire  et  continuer,  scavoir  faisons  que  après  avoir  par 


—  276  - 

nous  entendus  ladite  remonstrance  ensemble  autres  par  eux 
mesmes  en  Conseil  de  la  dite  cité  piecha  cydevant  faites, 
avec  ce  que  par  nous  prédécesseurs  en  avoir  estez 
appoincter  aile  entretenance  de  la  hautainete  que  de  tout 
temps  passeit,  la  dite  cité  at  heu  sur  ceux  dudit  Franchi- 
mont  comme  membre  d'icelle  et  manutention  de  leur 
prememorez  privilèges  et  par  nous  esteit  conclud  et  arrestô 
que  demourants  empres  les  dites  ordonnances  l'on  soy 
debverat  de  parte  ladite  cité  opposer  et  par  tout  moyen 
raisonable  maintenir  les  dits  de  Franchimont  indemnes  des 
dites  tailles  et  prétendues  exactions  sans  le  laisser  disjoindre 
arrier  de  la  souvent  dite  cité  et  par  voye  de  droit  ou  que 
trouverons  estre  expédient  de  deffendre  et  en  la  querelle 
assister  come  dit  est  si  que  membre  d'icelle  dite  cité  faict 
en  dit  Conseil  ce  jour  S'-Pierre  premier  d'aoust  quinze 
cents  et  cinquante-trois  ainsy  soubescrit  et  signé  Stassart 
par  copie  collationé  à  l'original  sauve  et  en  enthiere  sellée 
du  scel  des  dits  Srs  et  signée  du  secrétaire  de  la  cité 
n.  de  la  cour,  puis  soubsigne  M.  Dechamps  par  copie  ex- 
traicte  hors  de  l'originele  escrit  susdite  copie  y  concor- 
dante :  étoit  signé  Lambert  Rochart,  notair  par  copie  ainsy 
signée  in  fidem. 

«  Etoit  signe  ita  est  F.  B.  La  Ruelle  notair  per  Copiam. 

«  Au  dos  estoit  escrit  Copia  facta  les  assistences  que  les 
Bourghmestres  jurez  de  la  Cité  de  Liège  ont  faict  au  pays 
de  Franchimont.  » 

PRIVILEGES  DES  FRANCHIMONTOIS. 

Les  Bourghemestres  Jurez  et  Conseil  de  la  cité  de  Liège 
ayants  entendus  et  incorporez  la  remonstrance  par  l'illus- 
trissime grâce  de  très  puissant  prince  et  seigneur  monsei- 
gneur de  Liège  au  faict  de  la  poursuite  que  font  ceux  de 
Huy,auffin  de^joindre  lamarquisatede  Franchimont  arrière 
de  ladite  cité  qui  sont  membre  ensemble  pour  les  annexer 
aux  dits  de  Huy  et  les  rendre  avec  eux  contributaires  ce  qui 


-  277  - 

ne    fut   jamais    veu    ny    paruy    aufiin    a    sa    dite    grâce 
Reverendissime  faire  responce  pertinent  avons  diligement 
advisez  et  recuillez    partie    de    nous    papiers   faisants   a 
faict   en   question  et  par  especial   la  tenure   de  la  paix 
de  Fexhe  qui   par  son   premier  article    dit   que    touttes 
franchises    et    anciens    usaiges    des    villes    et    plat   pays 
dudit  Liège  doibvent  désormais  estre  entièrement  entre- 
tenues sans  aucunement  estre  embrisez  et  chacun  soit  in- 
duit par  loix ,  or  c'est  choese  certaine  prince  illustrissime 
que  les  dits  de  Franchimont  sont  de  sy  longtemps  qu'il  n'est 
mémoire  au  contraire  subjects  au  service  de  la  cité  en 
touttes  nécessitez  occurantes  mesme  a  la  joyeuse  entrée  de 
votre  dite  Illustrissime  grâce  et  de  vos  prédécesseurs  feux 
princes  de  pays,  tenus  soy  trouver  a  garder  avec  l'estendart 
de  la  cité  l'entrée  de  vostre  Eglise  Cathédrale  dédit  Liège 
avec  autres  plusieurs  services  accoustumez,  au  moyen  des- 
quels ils  sont  estez  tenus  et  reputez  libres  et  exempts  de 
touttes  tailles  et  exactions  de  pays,  et  de  leurs  dits  privilèges 
ne  sont  jamais  cy  devant  estez  perturbez  ou  molestez,  ains 
sont  iceux  par  plusieurs  fois  estez  confirmez  et  approuvez 
parquoy  nous  lesdits  Bourghemestres  Jurez  et  Conseil  avec 
lesdits  de  Franchimont  par  ensemble  incorporez  de  vostre 
dite  Illustrissime  grâce  très  humbles  serviteurs,  la  supplient 
ne  permettre  iceux  estre  desurcis,  ains  traitez  par  loix  et  par 
justice  laquelle  ils  présentent  a  touts  opposants,  car  iceux 
'  dits  suppliants  après  avoir  considérez  l'advis  faict  ou  opinion 
par  les  Bourghemestres  dez  lors  donnée  en  l'an  quarante 
neuff,   polseit  que  l'un    d'iceux  acts  porte  daete  de  l'an 
cinquante  neuff  en  quoy  la  vérité  est  viciée ,  ne  treuvent 
telle  opinion  ou  advis  aucunement  estre  préjudiciable,  ains 
simple  advis  desdits  Bourghemestres  qui  n'ont  puissance  en 
tel  cas  porter  domaiges  ou  faire  choese  préjudiciable  a  la  cité 
tant  pour  les  raisons  précontenues  comme  d'autres  qu'ils 
veront  plus  outre  déduire  en  temps  et  en  lieu  estants  traitez 
par  loix  a  laquelle  de  recheff  vos  très  humbles  serviteurs 
supplient  par  votre  dite  Grâce  illustrissime  estre  renvoiez, 
faict  audit  Conseil  le  cinquième  de  décembre  quinze  cent 

19 


—  278  — 

soixante.  Au  dos  estoit  escrit  :  Touchant  les  remonstrances 
de  ceux  de  Huy(i).  » 

On  trouve  en  copie,  dans  un  registre  de  l'hôtel  de  ville 
de  Theux,  un  référendum  relatif  aux  démêlés  desHutois  et 
des  Franchimontois  et,  par  contre,  se  rapportant  aux  deux 
documents  qui  précèdent.  La  pièce  touche  à  l'histoire  de 
Franchimont ,  ainsi  qu'à  celle  d'une  autre  dépendance  de  la 
principauté  de  Liège  :  Huy  et  le  comté  de  Moha. 

Voici  cette  pièce  qui  montre  combien  on  cherchait  à 
molester  les  Franchimontois  : 

«  Remonstrance  avecque  appostille  tirée  de  l'originelle 
signée  de  la  propre  main  Gualtieu  Doupey,  notaire  du 
chapittre  catédralle. 

«  Vennerables  et  Nobles  Seigneurs  Messieurs  de  la  Cathe- 
dralle  Egliese  de  Liège. 

«  Remonstrent  en  toute  révérence  les  surceants  du  mar- 
quisat de  Franchimont ,  comment  de  toute  antiquité  ilz 
sont  assubjectis  quant  la  nécessité  presse  d'ayder  garder 
les  degrez  et  marché  de  Liège  avecqz  les  bourgeois  de 
ceste  cité  comme  ils  firent  en  l'an  '1568  lorsque  le  prince 
d'Orange  assiégea  la  dite  cité;  comme  aussy  ont  estez 
toujours  allyez  avecqz  ladite  cité  pour  ayder  payer  les  sub- 
sides impériaux,  Et  comme  les  Huitois  et  Railherie  de  Mout- 
hault  prétendent  assubjectir  lesdits  franchimontois  a  con- 
tribuer avecqz  eux  a  toutes  subsides  et  crenees  et  autres 
contributions  occurrentes,  et  que  pour  monstrer  leur  droit 
cleffensoir  et  qu'ilz  sont  assubjectiis  de  contribuer  avecqz 
ladite  cité.  Iceulx  dis  remonstrants  suplient  vouloir  députer 
aucun  de  vostre  collège  pour  aller  a  vos  archives  et  illecqz 
cercher  quelqz  reces  passé  le  troisième  jour  d'aoustl542  et 

(0  Les  archives  communales  de  Theux  possèdent  une  copie  d'un 
autre  document  concernant  les  privilèges  des  Franchimontois;  la 
îT-connaissance,  en  1571,  par  Gérard  de  Groesbeck,  des  privilèges  du 
village  d'Andrimont,  au  ban  de  Verviers.  M.  J.  S.  Renier  a  édité  ce 
document  dans  son  Histoire  (VAndrimont,  p.  372,  sous  le  titre  de: 
Attestation  de  bourgeoisie  liégeoise  en  faveur  d'Andrimont. 


—  279   - 

autres  precedentz  affin  s'en  pouvoir  servir  comme  ils  trou- 
veront par  conseil,  ce  ferez  œuvre  méritoire  et  obligerez 
les  snpliants  à  prier  le  Souverain  pour  vos  bonnes  félicitez. 

«  Messieurs  du  Révérend  Chapitre  de  Liège,  Ayeans 
entendu  le  contenu  de  la  présente  Remonstrance  ont 
député  Révérends  Seigneurs  Jean  Pennas  escholastre  et 
Charles  Oley  vice  doyen  leurs  confrers  pour  aller  aux 
archives  et  illqecz  cercher  les  documentz  demandez  et 
avenant  qu'il  y  en  ayet  accordent  aux  supliants  copie 
d'iceux. 

«  Fait  et  passé  au  chapitre  susdit  le  vingte  siexeme  de 
novembre  mil  siex  centz  huict  estoit  l'originelle  signée. 

«  Par  ordonnance  de  mesdis  Srs  Gualtieu  Doupey,  notaire 
1609.  » 


II 


L'industrie  sidérurgique ,  qui  florissait  à  Theux  depuis 
une  haute  antiquité  (  i  )  est  aujourd'hui  complètement  dis- 
parue; elle  est  tombée  dans  le  domaine  de  l'archéologie. 
En  attendant  qu'on  écrive  son  histoire,  un  court  aperçu  de 
ce  qu'elle  était  ne  paraîtra  pas  déplacé  ici. 

Au  siècle  dernier,  il  y  avait  dans  le  marquisat  de  Fran- 
chimont  deux  hauts-fourneaux,  situés  l'un  sur  la  Hoégne,  à 
Juslenville,  au  ban  de  Theux  ;  le  second,  au  Marteau,  ban 
de  Spa;  sur  le  ruisseau  de  Winanplanche  (2),  à  140  mètres 
en  amont  du  point  de  jonction  de  ce  ruisseau  avec  le  Wayai. 

Ces  fourneaux  s'alimentaient  de  minerais  extraits  princi- 
palement dans  la  communauté  de  Theux  et  à  Beaufays , 
près  de  Liège. 

(  1  )  On  sait  que  les  Romains  y  fondaient  le  fer  dès  le  commence- 
ment de  l'ère  chrétienne. 

(2)  Ce  ruisseau  délimitait  le  ban  de  Theux  et  le  ban  de  Spa.  Il 
sépare  aujourd'hui  les  communes  de  la  Reid  et  de  Spa. 


—  280  - 

Le  charbon  de  bois,  seul  combustible  employé,  leur  était 
fourni  par  les  forêts  de  l'Ardenne. 

Le  fourneau  de  Juslenville  ,  propriété  d'Edmond  Fyon , 
était  exploité  par  le  propriétaire,  conjointement  avec  deux 
associés,  Charles  Jeunechamps  et  Toussaint  Jason.  Le  1er 
mai  1765,  J.  P.  et  J.  B.  de  Limbourg  entrèrent  en  jouissance 
de  ce  fourneau ,  ensuite  d'un  bail  consenti  en  leur  faveur 
par  le  propriétaire  et  ses  co-intéressés.  Les  frères  de 
Limbourg  l'activèrent  jusqu'en  1789,  année  pendant  laquelle 
ils  mirent  à  feu  le  fourneau  du  Marteau,  dont  ils  avaient 
acquis  les  ruines  au  mois  de  janvier  1765.  Ce  fut  alors  que 
Fyon  édifia  sur  l'emplacement  de  son  fourneau  la  jolie  villa 
chantée  par  Leloup,  dans  :  Juslenville.  Souvenir  poétique  (î). 

On  coulait  au  haut-fourneau  des  gueuses ,  destinées  à 
l'affinage  (2),  et  toutes  les  pièces  de  fonte  nécessaires  au 
ménage  et  à  l'industrie  locale.  C'était  de  la  fonderie  theutoise 
que  sortaient  les  plaques  de  foyers  et  de  potagers,  ainsi  que 
les  poêles  carrés,  dits  poêles  à  taques ,  dont  des  spécimens 
sont  déposés  au  Musée  d'archéologie  de  Liège. 

Les  plaques  de  foyers  portent  ordinairement  à  leur  centre 
les  armoiries  d'un  Etat,  Autriche,  Espagne,  etc.  ;  quelque- 
fois un  sujet,  tel  que  le  Lustucru  (3). 

Les  poêles  carrés,  très  en  usage  dans  le  pays  de  Franchi- 
mont  et  dans  quelques  localités  avoisinantes,  étaient  formés 
de  cinq  plaques  dont  les  trois  de  face  étaient  ornées  d'un 
sujet  en  bas-relief,  comme,  par  exemple,  l'Homme  Sauvage, 
l'Industrie,  le  Mauvais  Riche,  la  Fortune,  la  Renommée, 
Diane,  S'-Remacle.  On  désignait  le  poêle  par  le  sujet  qui 
était  représenté  sur  ses  faces. 

(1)  Bovy,  Promenades  historiques  dans  le  Pays  de  Liège,  t.  II,  p.  56. 

(2)  J.  P.  de  Limbourg,  Amusements  deSpa,  2e  édition,  t.  II,  p.  290. 
On  y  coulait  des  gueuses  pesant  plus  de  2,000  livres. 

(n)  Il  représente  un  forgeron  aux  formes  athlétiques  martelant  des 
têtes  de  femmes  sur  son  enclume.  On  lit  en  dessous  : 
Qu'il  pleuve,  qu'il  vente,  qu'il  tonne, 
Il  n'en  fera  pas  une  honne. 


—  281  — 

Ces  poêles  étaient  d'une,  de  trois  ou  de  cinq  pièces,  selon 
qu'ils  étaient  coulés  en  un  ,  en  trois  ou  en  cinq  jets  (  i  ).  On 
moulait  également  des  poêles  ronds  nommés  poêles  à  la 
mode  et  des  poêles  à  l'anglaise,  espèces  de  foyers  composés 
de  neuf  pièces  qu'on  assemblait  dans  la  cheminée. 

La  poterie  de  fer,  chaudières,  marmites,  pots  ,  etc.  ren- 
trait dans  les  produits  de  la  fonderie  franchimontoise. 

Des  figures  plates  et  des  vases  propres  à  l'ornementation 
des  cours  et  des  jardins  sortirent  aussi  de  la  fonderie  de 
fer  de  Theux.  On  y  coula  (1776)  également  de  petits  canons 
de  même  que  leurs  boulets  de  deux,  de  trois  et  de  quatre 
livres.  Ces  canons  étaient  principalement  destinés  aux 
ports  de  France. 

Il  y  avait  à  proximité  du  haut-fourneau  une  affinerie  de 
fer  pour  la  transformation  des  gueuses  en  barres. 

Ces  barres  passaient,  pour  la  plupart,  dans  les  forges 
battant  le  fer,  martinets  et  platineries  (2),  assises  sur  le 
Wayai  ou  sur  la  Hoégne.  L'affinerie  ne  suffisait  pas  à  l'ali- 
mentation de  toutes  ses  forges.  Il  fallait  recourir  aux 
usines  de  l'extérieur,  notamment  aux  forges  de  Dieupart 
et  de  Férot,  pour  suppléer  au  manquant  de  la  production 
locale. 

(0  On  les  vendit  longtemps  à  raison  de  deux  sous  la  livre;  plus 
tard ,  ils  le  furent  à  la  pièce.  La  Diane,  d'une  pièce,  valait  36  fl; 
Saint-Remacle,  32  fl;  la  Renommée,  28  fl  ;  l'Industrie  et  la  For- 
tune, 26  fl  ;  l'Homme-Sauvage,  17  fl.  Une  Renommée  de  trois 
pièces  se  payait  26  fl  et  celle  de  cinq  pièces  21  fl.  Les  autres 
marques  à  proportion. 

On  payait  au  fondeur,  pour  couler  un  poêle  d'une  pièce,  3  fl;  un 
de  trois  pièces  ,  2  fl  et  un  de  cinq  pièces,  25  sous. 

(aï  Il  y  avait  à  Theux  et  aux  environs  au  moins  quatorze  forges 
mues  par  l'eau.  Chacune  de  ces  forges  appartenait  exceptionnelle- 
ment au  même  propriétaire  ;  les  partages  et  les  ventes  les  avaient 
divisées  de  sorte  qu'il  y  avait  des  personnes  qui  jouissaient  du  droit 
d'y  travailler  une  ou  plusieurs  semaines  par  mois.  On  rencontre,  dans 
1rs  anciens  actes,  des  transports  d'un  jour  de  forge.  Il  en  résultait  que 
le  nombre  des  maîtres  de  forges  était  plus  grand  que  celui  des  usines. 


—  282  — 

Dans  les  martinets  ou  maka  on  étendait  les  barres  et  on 
les  convertissait  en  fers  marchands.  On  y  transformait 
aussi  des  barres  de  fer  provenant  principalement  du 
Luxembourg ,  en  queues  de  poêles  à  frire  et  d'ustensiles 
divers. 

Les  platineries  fournissaient  la  tôle  et  les  platines  dont 
étaient  fabriqués  les  outils  et  les  ustensiles  de  ménage  dans 
de  nombreuses  forges  à  bras  rayonnant  autour  des  plati- 
neries. Les  ouvriers  façonnaient  dans  ces  forges  à  bras  des 
bêches ,  des  pelles  ou  escoupes ,  des  lèchefrites ,  des  cou- 
vercles à  pots  ,  des  poêles  à  frire ,  des  casseroles ,  des  écu- 
moires,  des  cuillers,  etc.  L'ensemble  de  ces  objets  était 
connu  sous  le  nom  de  batterie  de  fer  de  cuisine. 

Toutes  ces  forges  occupaient  un  grand  nombre  d'ouvriers; 
des  femmes  même  y  étaient  employées  à  la  confection  des 
menus  objets. 

La  batterie  de  fer  de  cuisine  était  expédiée  à  destination, 
emballée  dans  de  grands  paniers  appelés  hanses.  Le  poids 
net  des  banses  était  de  1,500  à  2,000  livres;  rarement  il 
atteignait  2,500  ou  descendait  à  1,000  livres  (  i  ). 

On  a  vu  (2)  que,  de  l'autorité  des  maîtres  et  jurés  de  la  cité 
de  Liège,  Jean  Malherbe  avait,  en  1586,  fait  saisir  une  banse 
de  poêles  appartenant  à  Jean  Lamoureux  ,  de  Theux.  Liège 
s'approvisionnait  donc  à  Theux  de  la  batterie  de  fer  de  cui- 
sine, qui  s'exportait  aussi  dans  différents  pays  étrangers  (s). 
Son  débouché  principal  était  la  France,  où  les  banses  étaient 
envoyées  par  axe,  s'il  s'agissait  de  l'intérieur  du  royaume, 
par  mer,  si  une  localité  du  littoral  était  le  lieu  de  réception. 
Dans  le  premier  cas ,  elles  prenaient  la  route  de  Sedan  ; 
dans  le  second,  elles  étaient  préalablement  dirigées  sur 


(  i  )  Le  poids  du  panier  contenant  1500  livres  de  marchandises 
était  d'environ  90  livres  et  celui  de  la  paille  d'emballage  de  85  livres. 

(2)  Bulletin  de  V Institut  archéologique  liéyeoi*,  t.  XXI,  p.  63. 

{3)  On  en  fournissait  notamment  à  la  Hollande  el  même  à  l'Amé- 
rique. 


—  283  — 

Rotterdam  ou  sur  Amsterdam,  où  elles  étaient  embarquées 
pour  leur  destination.  » 

Les  droits  d'entrée  en  France  étaient  minimes  (4).  Un  édit 
royal  du  18  mai  1705  frappa  les  fers  battus  d'un  droit  de  dix 
pour  cent,  évalué  à  3  livres  par  quintal  et,  soit  par  malen- 
tendu ,  comme  on  le  supposait  à  Theux ,  soit  pour  toute 
autre  cause,  les  anciens  droits  continuèrent  à  être  perçus , 
de  sorte  que  la  quincaillerie  fut  imposée  au  sixième  de  sa 
valeur.  Enfin,  le  marché  intérieur  .de  la  France  fut  fermé 
aux  fers  liégeois  auxquels  il  ne  resta  que  les  places  situées 
sur  les  côtes  du  pays. 

Les  mesures  fiscales  et  prohibitives  prises  par  la  France 
étaient  aussi  funestes  à  l'industrie  sidérurgique  de  Liège 
qu'à  celle  de  Theux.  Liège  lui  livrait  des  fléaux  de  balance 
et  des  clous,  rangés  dans  la  catégorie  des  fers  battus. 

Les  usiniers  supportèrent,  non  sans  murmurer,  les  aggra- 
vations de  taxes  et  les  entraves  mises  à  leur  négoce. 

Quelques  manufacturiers  de  Theux ,  pour  éviter  le 
paiement  de  droits  exorbitants ,  s'établirent  avec  leurs 
ouvriers  à  Sedan ,  où  la  batterie  de  fer  de  cuisine  pouvait 
arriver,  à  l'état  d'ébauche  ,  de  Theux  et  de  Luxembourg  , 
terre  de  S.  M.  L,  exempte  des  nouveaux  droits.  Là  ,  on 
l'achevait  en  lui  donnant  quelques  coups  de  marteau. 

La  guerre  entre  la  France  et  l'Angleterre  fut  une  cause 
d'inextricables  embarras  pour  les  manufacturiers  franchi- 
montois.  La  navigation  ne  jouissait  plus  d'une  entière 
liberté.  Pourtant  les  marchandises  voguant  sous  pavillon 
hollandais  ne  couraient  aucun  risque  de  capture  si  elles 
n'étaient  pas  en  destination  d'un  port  français.  De  plus,  les 
neutres  (et  les  Liégeois  l'étaient) ,  pouvaient,  en  qualité 
de  neutres,  faire  naviguer  leurs  fabricats  sans  être 
inquiétés.  On  usa  à  Theux  de  la  faculté  laissée  aux  neutres 
et  l'on  éluda  les  risques  de    la  guerre  :   les  marchands 

(  i  )  On  payait  pour  marque  de  1er  1  livre  3  sous  9  deniers  ;  pour 
acquit  du  Torcy,  2  livres,  par  cent  livres  5  sous,  et  par  livre  de  l'acquit 
un  sou,  soit  au  total  3  livres  10  sous  9  deniers. 


—  284   - 

s'adressaient  à  eux-mêmes  leur  propre  marchandise  dans 
un  port  étranger.  Malgré  toutes  les  précautions,  les  Danses 
étaient,  pendant  le  voyage,  exposées  à  subir  des  retards 
et  des  avaries,  à  être  capturées  par  des  navires  anglais. 

Lorsque  l'Angleterre  eut  déclaré  la  guerre  à  la  Hollande 
(décembre  1780),  il  fallut  renoncer  à  expédier  par  les 
ports  hollandais  et  recourir  aux  ports  d'Ostende  et  de 
Dunkerque. 

Ostende    était    moins    bien    outillée   que   Rotterdam   et 
qu'Amsterdam  ;  les  vaisseaux   y   étaient   plus   rares.    Les 
banses   y  séjournaient    pendant  des   mois   exposées   aux 
intempéries  du  temps  ,  la  marchandise  arrivait  en  France 
en  retard  et  avariée.  Il  en  résultait  non  seulement  des  diffi- 
cultés  innombrables   entre   les   manufacturiers    et    leurs 
clients,  mais  encore  des  pertes  pécuniaires  considérables 
que  les  premiers  avaient  à  subir.  Ils  les  supportaient  pa- 
tiemment; ils  nourrissaient  l'espoir  que  l'avenir  leur  ré- 
servait des  temps  meilleurs,  car  c'était  par    une  mesure 
dirigée  contre  l'Angleterre,  que  la  France  avait  fermé  sa 
frontière  à  la  quincaillerie  et  Ton   pouvait  croire  que  ,  la 
paix  faite,  la  mesure  de  prohibition,  n'ayant  plus  sa  raison 
d'être,  serait  levée  et  la  liberté  serait  rendue  au  commerce. 
En  4783,  après  la  conclusion  de  la  paix ,  la  navigation 
retrouva  la  liberté;  les  banses  reprirent  la  route  des  ports 
hollandais.  On  se  flattait  à  Theux  que  le  traité  de  commerce 
franco-anglais  ouvrirait  de  nouveau  le  marché  français  aux 
manufacturiers  liégeois  ,  que  les  droits  seraient  ramenés 
aux  taux  antérieurs  à  1705.  C'était  une  illusion  ;  les  droits 
furent  maintenus  au  chiffre  fixé  avant  la  guerre.  Ce  fut  le 
motif  d'une  adresse  au  prince  de  la  part  des  manufacturiers 
de  Theux.  Le  magistrat  de  Theux  ,  dans  son  assemblée  du 
21  octobre  1783,  députa  à  Liège  le  bourgmestre  Limbourg 
avec  mission  de  présenter  à  S.  A.  la  requête  des  manufac- 
turiers et  de  prier  sa  dite  altesse  d'agir  diplomatiquement 
auprès  du  gouvernement  français,  a!in  que  le  roi  consentit 
à  l'abaissement  des  droits  imposés  sur  les  fers  ouvrés. 
Les  manufacturiers,  n'obtenant  pas  la  satisfaction  qu'ils 


—  285  - 

attendaient  de  leur  requête  au  prince-évêque ,  tentèrent 
une  démarche  auprès  des  fermiers-généraux  de  France.  Ils 
résolurent  de  leur  adresser  la  remontrance  qui  suit ,  re- 
montrance que  le  magistrat  fit  sienne  dans  son  assemblée 
du  5  janvier  1784. 

«  Messieurs  les  fermiers  généraux , 

»  Les  entraves  mises  au  débit  de  la  batterie  de  fer  de  cui- 
sine de  notre  manufacture  par  l'augmentation  considérable 
des  droits  à  l'entrée  de  la  France,  sont  le  sujet  d'une  repré- 
sentation que  nous  prendrons  la  liberté  de  vous  faire,  Mes- 
sieurs, avec  d'autant  plus  de  confiance  dans  vos  intentions 
favorables  que  notre  perte  rejaillit  par  contre-coup  sur  les 
fermes  du  Roi  ;  de  sorte  qu'il  s'agit  d'un  intérêt  commun  à 
la  France  et  à  notre  endroit ,  Theux  ,  petit  bourg  du  pays 
de  Liège. 

»  Autrefois ,  on  ne  payoit  que  23  sous  et  9  deniers  ou 
environ  à  titre  de  marque  de  fer  sur  chaque  100  pesant  de 
toile  et  de  tous  autres  articles  de  batterie  de  fer. 

»  Par  édit  du  18e  de  mai  1765,  S.  M.  a  imposé  sur  ces 
marchandises  et  autres  en  fer  battu  un  droit  de  10  pour 
100  évalué  à  3  livres  pour  chaque  quintal. 

»  On  a  aussi  imposé  en  différens  temps  4  et  2  sous  par  livre. 

»  Et  comme,  malgré  l'imposition  d'un  droit,  les  autres  ont 
subsisté  (peut-être  par  erreur),  il  se  trouve  qu'au  lieu  de 
10  pour  100  ou  de  3  livres  de  droit ,  en  conformité  de  l'édit 
de  1765  ,  tous  ces  droits  cumulés  tels  qu'on  les  fait  payer , 
portent  depuis  une  vingtaine  d'années  5  livres  10  sous  ua 
denier  et  demi  par  quintal ,  ce  qui  fait  plus  d'un  6e  de  la 
valeur  delà  marchandise  rendue  à  l'entrée  du  Royaume. 

»  Si  l'on  croyait  que  la  somme  résultante  des  droits  d'en- 
trée augmentait  au  profit  des  fermes  à  proportion  de 
l'augmentation  des  droits,  on  pourroit  se  convaincre  du 
contraire  par  un  simple  coup  d'œil  sur  leur  produit  actuel 
comparé  à  ce  qu'ils  valoient  il  y  a  15  ou  20  ans  et  au-delà. 

»  La  raison  en  est  toute  simple  :  les  fabriques  de  Sedan  ne 


-  286  — 

payent  que  les  anciens  droits ,  savoir  la  marque  de  fer  et 
12  sous  pour  les  casernes  ;  en  tout,  36  sous  par  100  pesant, 
ce  qui  fait  environ  3  livres  15  sous  moins  que  nous. 

»  Cependant,  cette  exemption  de  ceux  de  Sedan  ne  tend 
qu'au  préjudice  des  fermes  du  Roi ,  car  outre  ce  qu'ils  tirent 
de  ces  articles  de  Theux  même  en  partie  tout  fabriqués  et 
en  partie  non  achevés,  et  sur  quoi  ils  ne  payent  pas  les  nou- 
veaux droits,  il  est  à  remarquer  que  la  plus  grande  partie 
des  fers  qu'ils  travaillent,  et  des  fers  battus  même,  leur 
viennent  du  pays  de  Luxembourg  ;  et  surtout  que  les 
3  quarts  au  moins  des  forges  de  platinerie  et  des  martinets 
où  on  travaille  leur  batterie  de  fer,  sont  situés  dans  la 
même  province;  en  sorte  qu'il  n'y  a  pas  un  10e  de  la 
matière  et  du  travail  qui  soit  du  sol  ou  des  habitans  de  la 
France,  mais  principalement  des  terres  de  S.  M.  l'Em- 
pereur. 

»  Cependant  cette  rehausse  des  droits  pour  nous  seuls  est 
cause  que  nous  n'envoions  presque  plus  de  nos  marchan- 
dises sur  les  villes  intérieures  du  Royaume,  ce  qui  est 
nuisible  aux  sujets  du  Roi  en  ce  qu'ils  sont  obligés  de  passer 
par  les  seuls  negocians  de  Sedan  a  plus  haut  prix  que  si 
nous  ne  payions  pas  les  mêmes  droits. 

»  Cela  étant,  Theux,  qui  n'envoie  plus  qu'à  ceux  de  Sedan, 
exempts  des  nouveaux  droits,  enverroit  dans  les  villes 
intérieures  du  Royaume  '2  ou  300,000  corne  du  passé  ;  ce  qui 
vaudroit,  sur  le  pied  de  3  livres  suivant  redit  de  1765,  6  à 
9  mille  livres  de  droits  annuels  ,  qui  sont  perdus  pour  les 
fermes  du  Roi,  tellement  qu'il  seroit  évidemment  utile  à  S.  M. 
et  à  ses  sujets  que  les  droits  ne  portassent  que  3  livres 
par  100,  en  conformité  dudit  édit  ou  qu'ils  fussent  remis 
comme  ils  étoient  avant  cet  édit. 

»  C'est  de  quoi  se  flattent  les  manufacturiers  de  ce  bourg 
d'autant  qu'en  cela  l'intérêt  de  la  France  s'accorde  avec  le 
notre.  » 

Les  manufacturiers  theutois  ne  furent  pas  plus  heureux 
dans  leurs  démarches  en  France  qu'à  Liège.  La  France 
devenait  chaque  jour  plus  sévère  pour  les  Liégeois;  elle  ne 


-  287  - 

voulait  plus  recevoir  chez  elle  leur  batterie  de  fer  en  con- 
currence avec  celle  des  Anglais.  Le  magistrat  de  Theux 
intervint  de  nouveau  en  1786;  il  renouvela  ses  instances 
auprès  du  prince,  le  suppliant  d'apporter  des  modifications 
au  traité  de  commerce  existant  entre  la  principauté  et  le 
gouvernement  du  roi.  Rien  n'y  fit:  la  prohibition  fut  main- 
tenue en  faveur  des  Anglais,  dont  les  articles  revenaient  aux 
Français  plus  chers  que  les  articles  similaires  d'origine  fran- 
chimontoise. 

Les  fers  battus  de  provenance  liégeoise  étaient,  en 
1787,  taxés  à  25  pour  cent  de  leur  valeur  et ,  pour  être 
admis  aux  frontières  du  royaume ,  ils  devaient  être  accom- 
pagnés d'un  certificat  d'origine  légalisé  par  le  ministre  du 
roi  à  Liège  (  i  ). 

En  1790,  la  batterie  de  fer  fut  prohibée  en  France  :  l'im- 
portation de  la  tôle  et  des  platines ,  propres  à  être  transfor- 
mées en  outils  et  en  ustensiles  de  ménage,  fut  seule  tolérée. 

La  manufacture  theutoise  périclitait  depuis  vingt-cinq  ans; 
elle  ne  put  surmonter  la  crise  amenée  par  le  coup  qui  lui 
était  porté  ;  des  forges  chômèrent  pendant  la  majeure  partie 
de  l'année,  d'autres  tombèrent  en  ruines. 

La  révolution  qui  venait  d'éclater  ne  fut  pas  plus  favorable 
à  l'industrie  sidérurgique  de  Theux  que  le  lui  avaient  été 
les  décrets  royaux.  Le  5  mars  1801 ,  le  maire  de  Spa ,  dans 
un  rapport  au  sous-préfet  L.  Bassenge,  écrivait  (2)  :  «  Il  y  a 
actuellement  à  Theux  cinq  forges  de  platineries  en  état.  Il 
y  avait  ci  devant  davantage  de  ces  platineries.  »  «  Une  de 
ces  cinq  platineries  chaume  faute  de  commerce.  »  «  Les  deux 
martinets  n'ont  pas  assez  d'ouvrage  par  faute  de  commerce.  » 
»  Un  troisième  chaume,  tombe  en  ruine.  » 

Le  même  rapport  constate  que  des  forges   étaient   en 


(\)  Les  négociants  de  Sedan ,  quoique  sujets  du  roi,  ne  purent 
obtenir  la  liberté  de  recevoir  de  Theux  ni  d'envoyer  au  cœur  de  la 
France.  Theux  continua  à  envoyer  eu  Lorraine. 

(î)  Archives  communales  de  Spa. 


ruines  dès  avant  la  révolution  et  que  d'autres  forges  avaient 
été  détruites  par  des  malveillants  depuis  la  révolution. 

Le  maire  de  la  commune  de  Theux  ,  dans  ses  rapports  de 
la  situation  de  la  mairie  au  sous-préfet  du  2e  arrondisse- 
ment (  i) ,  écrit,  1°  sous  la  date  du  10  novembre  1803  :  «  La 
manufacture  de  poêles  à  frire  qui  se  faisait  dans  la  commune 
est  totalement  tombée  depuis  la  mésintelligence  survenue 
entre  le  gouvernement  anglais  et  la  république  française.  » 
Et  2°  sous  celle  du  10  janvier  1805  :  «  La  manufacture  de 
poêles  à  frire  qu'on  fait  dans  cette  commune  est  totale- 
ment tombée  depuis  la  déclaration  de  guerre  entre  le  gou- 
vernement anglais  et  la  république  française.  » 

Lorsque  Thomassin  rédigeait  son  Mémoire  statistique 
du  département  de  VOurte  ,  le  fourneau  du  Marteau  était 
en  activité {2),  ainsi  que  l'aflinerie  de  fer,  un  martinet  (3)  et 
trois  platineries  (4).  Le  haut-fourneau  cessa  d'être  misa 
feu  au  mois  de  février  1818  ;  l'affinerie  de  fer  continua 
jusqu'au  26  février  1825.  Le  martinet  et  les  platineries  dis- 
parurent insensiblement  à  des  temps  plus  ou  moins  éloi- 
gnés l'un  de  l'autre  ,  de  sorte  que  ,  de  toutes  les  forges  du 
Franchimont ,  encore  si  nombreuses  au  XVIII'  siècle ,  il 
n'en  reste  plus  une  seule  depuis  l'année  1866  ,  année  pen- 
dant laquelle  le  dernier  coup  de  marteau  a  été  frappé  dans 
la  dernière  platinerie  de  Theux. 

Les  forges  ont  été  remplacées  par  des  moulins  à  farine  , 
par  des  fdatures  de  laine  et  par  des  fouleries  de  draps  ,  qui 
elles-mêmes  tendent  à  se  transporter  hors  de  la  commune 
de  Theux  pour  faire  place  à  des  lavoirs  ,  des  épaillages  et 
des  carbonisages  de  laine. 

Ph.  de  Limbourg. 

(i)  Archives  communales  de  Theux.  Correspondance. 

(2)  P.  434.  Propriétaire  :  Limbourg. 

(3)  P.  442.  Propriétaire  :  Bertrand. 

(■1)  P.  446.  Deux  platineries  à  la  Bouxherie.  Propriétaire:  Lim- 
bourg. Une  platinerie  à  Juslen ville.  Propriétaire:  Depresseux. 


LES  LIARDS  DE  FRANCHIHOST 


En  relisant  «  Une  promenade  à  Beaufkys,  »  par  M.  Arsène 
de  Noue  (1  ),  je  m'arrêtaià  cepassage  :  r<  Ce  que  nous  avons 
contesté  à  Theux,  nous  le  retrouvons  à  Louveigné  ;  ee 
village  a  eu  son  atelier  monétaire.  Battre  monnaie,  en  fixer 
b'aloi ,  lui  donner  cours ,  était  clans  le  principe  le  droit 
exclusif  de  l'empereur.  Ce  privilège  lut  accordé  aux  grands 
vassaux  de  l'Empire  comme  signe  caractéristique  de  la 
souveraineté  et  de  la  plénitude  de  la  puissance  civile. 
Toutefois,  les  villes,  les  abbés,  les  vassaux  jouissant  du 
droit  régalien,  ne  purent  jamais  battre  que  de  La  menue 
monnaie  (monetac  fortis),  et  non  de  la  monnaie  d'or, 
réservée  à  l'Empire.  Autour  de  nous,  Trêves,  Liège, 
Aix-la-Chapelle,  Metz  et  les  abbayes  de  Saint-Maximin  de 
Trêves    (1000),    de  Prume   (886),    d'Epternach    (977), 

(0  Bulletin  de  l'Institut  archeol.  liég.T.XW,  p.  421.  A  la 
page  430  du  même  Bulletin,  M.  de  Noue  dit:  «  Nous  prions 
M.  Schuermans  d'aller  à  la  recherche  de  la  monnaie  de  Theux  ; 
ce  serait  une  belle  découverte  numismatique.» 

20 


—  290  — 

jouissaient  de  ce  droit.  La  puissante  abbaye  de  Stavelot  possé- 
dait aussi  ce  droit  régalien,  et  cependant  nous  n'en  aper- 
cevons la  première  trace  que  clans  le  diplôme  cle  1152  de 
l'empereur  Frédéric,  où  il  est  parlé  cle  percussuram 
quoque  monetœ,  diplôme  affreusement  interpolé,  et  qui 
n'existe  aux  archives  de  Dusseldorf,  au  milieu  de  tous 
les  autres  diplômes,  que  dans  un  état  de  destruction 
complète.  Nous  avons  du  reste,  en  1567,  une  commis- 
sion de  battre  monnaie  à  Horion,  à  laquelle  les  Liégeois 
s'opposèrent.  Quant  à  la  monnaie  frappée  à  Louveigné,  son 
existence  est  incontestable  ;  on  en  possède  des  exem- 
plaires, et  Ferdinand  de  Bavière,  dans  son  éclit  du  22  juin 
1650,  donné  en  son  conseil,  à  Stavelot,  «  a  trouvé 
»  expédient  cle  mettre  derechef  à  billon  tous  liards  de 
»  Reichem ,  Gronsfeldt,  même  ceux  forgés  à  Louveigné , 
»  sans  tête  et  autres  qui  ne  sont  au  coin  de  Liège  ».  <c  Nos 
manuscrits  nous  renseignent  que  ce  fut  en  1643  que 
des  liards  furent  frappés  à  Louveigné  ». 

Mon  attention  se  fixa  particulièrement  sur  le  millé- 
sime 1643.  Je  me  rappelais  avoir,  il  y  a  une  quinzaine 
d'années,  vu  dans  les  archives  communales  de  Theux, 
et  avoir  copié  une  pièce  détachée  touchant  des  liards  à 
frapper  à  Theux  ou  à  Franchimont.  Je  relus  ma  pièce  et  je 
lui  trouvai  certaine  concordance  avec  ce  que  M.  de  Noue 
dit  de  l'atelier  monétaire  de  Louveigné.  Le  document  de 
l'hôtel-de-ville.  de  Theux  intéresse  le  marquisat  de  Fran- 
chimont et  la  principauté  de  Stavelot.  Il  est  peu  ou  point 
connu,  et,  à  ce  titre,  il  me  paraît  mériter  les  honneurs  de 
l'impression.  Le  voici  : 

«  1643.  Requeste   touchant  les  monoies  cle  métal. 

«  A  noble  et  généreux  Seigr  Ferdinand  Baron  de  Lynden 
et  cle  Froidcourt  viscomte  de  la  haute  et  basse  Dormal , 
gentilhomme  de  la  Chambre  de  Son  Alteze  Sme  son  Gou- 
verneur du  marquisat  de  Franchimont,  etc. 


—  291  — 

«  Remonstrent  avecq  toutes  submissions  et  respects,  les 
subjects  cludit  Marquisat  de  Franchimont,  que  comme  il 
se  fait  journellement  plaintes  entre  eux  qu'ils  sont  en 
grandes  nécessitez  de  Lyards  pour  l'usaige  et  exercice  du 
commerce  les  ung  avecq  les  autres ,  n'estant  suffisamment 
de  ce  serveu  pour  leur  ayse  et  cômodité  journalière 
encore  bien  qu'ils  s'en  forgeroit  dans  la  cité  de  Liège  pour 
ce  qu'aucuns  marchants  les  envoient  en  autres  pays  et 
par  ainsy  ne  s'en  tire  en  ceste  marquisate  tant  que  pour 
suffir  à  la  cômodité  du  populace  par  la  conduite  et 
exercice  de  là  marchandise  et  autrement.  Ils  suplient 
V.  S.  estre  servie  d'employer  son  crédit  envers  sadite 
Alteze  Sme  leur  Prince  luy  remonstrant  le  prends,  et 
obtenir  d'icelle  sy  possible  est  la  permission  de  faire  battre 
une  bonne  quantité  de  lyards  sur  le  coings  dudit 
Marquisat,  ou  à  la  mesme  façon  que  ceux  qui  se  font  à 
Liège  et  par  le  mesme  wardin  et  tailleurs  de  coings  en 
payeant  les  regaux  deu  et  accoustumez.  En  quoy  faisant,  etc. 

«  Au  nom  des  supliants,  Jean  de  Limbourg.  » 

«  Doble  de  la  requeste  A  Monseigneur  le  baron  Dolincof, 
touchant  la  monoye  1643  en  avril. 

«  Monseigneur, 

«  Remonstrent  en  toute  submission  Guillaume  Ticquet  et 
Pacquea  Brixbe  que  pour  l'accomodité  du  trafique  et 
commerce  tant  en  votre  Principauté  de  Staveloz  que 
Marquisat  de  Franchimont  et  autres  Pays  .circonvoisins  il  y 
aurait  disette  de  liards  et  que  nonobstant  la  quantité  qui  se 
forge  présentement  pour  l'usaige  de  Vre  principauté  de 
Staveloz  pour  nestiv  icelle  suffisante  pour  l'accomodement 
d'icelle  laquelle  pour  estre  de  laide  mise  estant  imprimée 
avec  certaines  presses  instruments  qui  ne  sont  bien  dirigez 
en  ces  quarteirs  ou  l'employ  n'a  esté  bien  pratiqué  jusqu'au 


292  — 

présent.  Us  supplient  V.  Sritî  Illustrissime  leur  octroyer  la 
fabrication  d'une  quantité  de  vingt  mils  ff  laquelle  ils  feront 
battre  par  les  ouvriers  serimentez  de  ta  monoye  employant 
à  cest  elîect  le  Wardain  serimenté  et  tailleur  de  coings 
pour  esviter  toute  supercherie  suplienl  pariant  V.  S.  Illus- 
trissime d'estre  servie  leur  taire  caste  faveur  soûl)  obliga- 
tion qu'ils  feront  suivre  à  Y.  S.  Illustrissime  les  régaux 
accoustumez. 

«  Quoy  faisant,  etc. 

«  Mons1', 
«  Comme  nous  avons  journalièrernent  plainte  des  surceans 
de  la  marqte  de  Franchimont  que  ils  sont  en  grand  nécessité 
de  liars  pour  faire  leur  commerce  les  uns  avec  les  autres, 
et  que  ceux  qui  sont  forgez  dans  la  cité  de  Liège  ne  sont 
suffisant  pour  en  pouvoir  tirer  en  eest  marquis  pour 
soulager  la  communauté  ors  comme  Vre  Se  est  nre  Gouver- 
neur et  que  entièrement  scavons  que  ne  désire  autre 
chose  que  de  nous  soulager  en  noz  nécessitez  ,  nous  nous 
prions  nous  favorisser  d'employer  vre  crédil  envers  S.  A. 
nre  redouté  prince  qu'il  vous  donne  la  permission  de  faire 
battre  quantité  de  liars  pour  nre  marquis  de  mesme  coings  , 
façons  de  ceux  qui  se  forgent  à  Liège  et  en  payant  le 
mesme  regaux,  mesme  wardin  et  tailleur  de  coings  ». 

Il  n'existe ,  à  ma  connaissance,  aucune  preuve  que  le 
prince  accéda  aux  sollicitations  des.  Franchimontois. 
Cependant  il  est  certain  qu'une  monnaie  spéciale  à  Franchi- 
mont  et  à  Horne  fut  frappée  à  Liège  sous  le  règne  de 
Ferdinand  de  Bavière.  M.  Schoonbroodt,  conservateur  des 
archives  de  l'Etat,  à  Liège,  a  édité,  dans  le  Bulletin  de 
l'Institut  archéologique  Liégeois  (])  :  «  Essai  sur  le  droit 
de  battre   monnoie  qu'avaient  les   prunes  de   Liège  et  qui 

(1)  Tome  XIII,  p.  73. 


-  293  - 

était  exercé  par  le  Chapitre  de  la  cathédrale  pendant  la 
vacance  du  siège  épiscopal.  » 

J'extrais  de  cet  essai,  dû  à  Jacques  de  Heusy,  bourg- 
mestre de  Liège  en  1760,  le  paragraphe  ci-après  : 

«Ferdinand  de  Bavière  a  aussi  fait  battre  des  liards 
comme  marquis  de  Franchimont  et  comte  de  Horne,  ayant 
d'un  côté  les  armes  de  Bavière  et  la  légende  :  FERDI- 
NAND VS  ELEG  :  COL  :  PRIN  :  LEOD  ;  et  au  revers  le 
perron  surmonté  de  la  couronne  qui  termine  les  armes 
de  Liège,  l'écusson  de  Franchimont  à  droite  et  celui  de 
Horne  à  gauche  et  celui  de  l'Empire  sur  le  Perron  avec  la 
légende  :  MARCH  :  FRANCHIMONT  :  COMES  HORN  : ,  ce 
qui  démontre  qu'il  a  été  battu  des  monnoies  aux  coins  de 
toutes  les  provinces  du  pays  de  Liège.  » 

Vilkrs,  de  son  côté,  écrivait  (l)  :  «Enfin,  le  c22  juin  1650, 
Ferdinand  fit  en  ce  pays  son  dernier  acte  de  juridiction 
par  un  mandement  qu'il  porta,  touchant  les  monnoies  de 
cuivre.  Il  y  mit  au  billon  les  liards  de  Reickem  et  Gronsfeld, 
ceux  forgés  à  Louvegnez  sans  tête  et  autres  qui  n'étoient 
point  frappés  au  coin  de  Liège  ;  voire  néanmoins  que  ceux- 
là  dévoient  avoir  cours  à  l'évaluation  de  six  pour  un 
pattar  »  (2). 

En  rapprochant  le  document  des  archives  de  Theux  des 
faits  rapportés  parles  trois  historiens  cités,  il  existe,  on 
doit  l'avouer ,  des  présomptions  sur  la  résolution  prise  par 


(  1  )  Histoire  chronologique  des  abbés-princes  de  Stavelot  et  de 
Mahncdij,  éditée  par  M.  J.  Alexandre,  tome  I,  p.  361.  M.  de 
Noue,  à  la  page  409  de  ses  «  Etudes  historiques  sur  V  ancien  pays 
de  Stavelot  et  Malmedy  <> ,  cite,  à  propos  des  monnaies  de 
Louveigné,  le  manuscrit  de  Yillers  et  un  autre  de  David.  Ce 
dernier  est,  je  crois,  encore  inédit. 

(2)  Le  patar  valait  quatre  liards.  L'édit  de  1650  réduisit  donc 
d'un  tiers  la  valeur  des  liards  frappés  dans  ces  localités. 


-  294  - 

Ferdinand  de  Bavière.  Ferdinand  réunissait  en  lui  les 
dignités  princières  d'évêque  de  Liège  et  d'abbé  de 
Stavelot.  Il  approuva,  il  est  vraisemblable, les  requêtes  des 
habitants  du  marquisat,  leur  donnant  la  satisfaction  qu'il 
avait  accordée  à  ses  sujets  du  Comté  de  Logne.  Quel  motif 
aurail  eu  le  prince  de  refuser  aux:  premiers  ce  qu'il  avait 
concédé  aux  seconds  ? 

C'est  en  1643  que  Son  Altesse  est  priée  d'octroyer  l'auto- 
risation de  forger  des  liards  dans  la  principauté  de  Stavelot 
et  clans  le  marquisat  de  Franchimont. 

C'est  en  1643  que  Louveigné ,  comté  de  Logne,  possède 
un  atelier  monétaire.  Si  la  requête  de  Stavelot  a  été 
accueillie  favorablement,  si  Louveigné  a  été  choisi  pour 
lieu  où  la  monnaie  abbatiale  serait  frappée  ,  Franchimont 
peut  avoir  joui  momentanément  du  droit  de  battre  ta 
monnaie  nécessaire  aux  habitants  du  marquisat.  Il  ressort 
des  pétitions  des  archives  communales  de  Theux,  que 
l'hôtel  des  monnaies  de  Liège  était  insuffisant  pour  pourvoir 
les  Franchimoiitois  de  la  quantité  de  liards  nécessaire  à 
leurs  besoins  journaliers.  Il  fallait  y  suppléer  par  une  frappe 
extraordinaire  de  menues  pièces  clans  une  autre  localité 
que  Liège,  et  ce  ne  pouvait  être  qu'à  Franchimont  ou  à 
Theux,  capitale  du  marquisat.  Si  des  coins  n'existaient  pas 
encore  à  Franchimont,  on  pouvait  y  transporter  ceux  de 
Liège,  dont  parle  de  Heusy. 

Theux  ou  Franchimont,  dira-t-on,  n'est  pas  au  nombre 
des  endroils  cités  dans  l'édit  du  22  juin  1650.  Une  telle 
objection  n'est  pas  admissible  ;  elle  tombe  en  présence  du 
texte  do  Villers  ;  les  monnaies  visées  dans  ce  mandement 
n'étàienl  poinl  frappées  au  coin  de  Liège  ;  de  plus,  les 
monnaies  à  l'usage  de  Stavelol  étaient  défectueuses  d'après 
les  documents  dos  archives  de  Theux.  Los  monnaies  do 
franchimont,  au  contraire,  frappées  au  coin  de  Liège,  coin 
spécial  au  marquisal ,  remplissaient  les  conditions  exigées 


—  295  — 

et  se  confondaient  avec  les  liards  sortis  de  l'hôtel  de  la 
capitale.  Le  mandement  de  4650  ne  leur  était  pas  applicable. 

D'autre  part,  si  les  liards  frappés  dans  le  marquisat 
n'avaient  pas  été  battus  au  coin  de  Liège,  contrairement  au 
vœu  émis  dans  la  requête  de  1643,  l'édit  du  22  juin  1650 
les  atteignait,  puisqu'il  est  ajouté  à  la  nomenclature  des 
lieux  ayant  joui  d'un  atelier  monétaire  et  autres  qui  n'étoient 
point  frappés  au  coin  de  Liège. 

A  Dieu  ne  plaise  que  je  veuille  prétendre  d'une  manière 
absolue  qu'un  atelier  monétaire  a  existé  à  Franchimont  ou 
à  Theux.  Mes  connaissances  numisinatiques  sont  trop  res- 
treintes pour  avoir  une  telle  prétention.  Mon  intention  a 
simplement  été  de  faire  connaître  trois  lettres  non  dépour- 
vues d'intérêt  pour  une   partie  de  la  province  de  Liège. 

La  question  reste  donc  entière. 

Un  jeune  numismate ,  membre  de  l'Institut  archéolo- 
gique liégeois ,  qui  a  des  attaches  dans  le  marquisat  de 
Franchimont,  voudra,  peut-être  ,  étudier  sa  collection  de 
monnaies  et  découvrira-t-il  sur  l'une  d'entre  elles  un  signe 
distinctif  et  caractéristique  propre  à  établir  que  des  liards 
ont  été  frappés  dans  notre  vieux  caste!. 

Theux,  le  28  août  1889.  Ph.  de  Limbourg. 


HJLL.  DE    LINST.  ARCH    L!  ÉGEO  I  S.  T.  XX  l 


PL.  XI 


É  siii)  -il 


Photo.Ch.Claesen  à  Liéèe 


<  /  '    7  7  7/ 


LA  VIOLETTE 


HISTOIRE    DE    LA    MAISON  DE   LA   CITÉ 

A    LIÈGE 


Viola  in  foro. 
(Obituaide  de  S'-Lambert.  ) 

Ce  ne  serait  pas  pissez  faire  que  de  rechercher  ce  que  fut 
la  Violette ,  l'ancienne  Maison  de  la  Cité ,  à  Liège ,  ni  de 
rappeler  à  la  mémoire  divers  édifices,  généralement  oubliés, 
qui  se  sont  succédé  sous  ce  nom  ;  nous  pourrons  môme , 
grâce  à  de  nouveaux  documents ,  remettre  en  lumière  la 
Maison  civique  telle  qu'elle  se  montra  sous  sa  principale 
forme  architecturale  :  mais,  il  conviendra  aussi  d'étudier  les 
institutions  communales  qu'elle  abrita,  et  cet  examen  ne 
se  peut  faire  utilement  qu'en  prenant  pour  cadre  l'histoire 
de  la  ville  de  Liège. 

Telle  est,  en  réalité,  la  tâche  à  remplir,  difficile  et  péril- 
leuse, si  l'on  considère  la  longueur  du  temps  qui  s'est 
écoulé  depuis  les  premiers  efforts  du  mouvement  communal, 
et  si  rempli  de  faits  constants  ou  contradictoires,  que  la 
vie  entière  d'un  écrivain  ne  suffirait  pas  pour  les  relater. 

21 


-  298   - 

Cependant ,  dût  cet  essai  sur  l'histoire  communale 
liégeoise,  étudiée  en  elle-même,  n'arriver  encore  qu'à  des 
résultats  incomplets,  il  vaut  la  peine  de  contribuer  pour  une 
pari  à  la  découverte  ou  à  l'affirmation  de  la  vérité  historique, 
dans  un  ordre  de  faits  importants  et  coordonnés  suivant  la 
méthode  des  antiquités  politiques.  Sans  doute ,  on  nous 
tiendra  compte  d'être  entré  dans  une  voie  où  d'autres 
iront  plus  loin,  si  l'on  songe  que  de  plus  petites  villes  du 
pays,  moins  préoccupées  des  pompes  extérieures  de  la 
principauté,  possèdent  déjà,  avant  nous,  l'histoire  interne 
de  leur  bourgeoisie. 

Il  nous  faut,  comme  elles  et  avec  elles,  conserver  la 
tradition  commune  des  anciennes  franchises,  qui  sont 
l'honneur  de  nos  annales,  et  dont  les  premiers  exemples 
vinrent  généralement  de  la  Cité  liégeoise;  il  convient  d'au- 
tant plus  d'étudier  leur  histoire,  que  des  diverses  formes 
politiques,  nos  institutions  communales  ont  seules  été  assez 
puissantes  pour  survivre  au  passé. 


I.  Développement  de  la  Commune  liégeoise;  origines  et  histoire 
des  magistratures  populaires.  La  Halle  et  la  première  Maison 
de  la  Cité  dite  à  la  Violette;  —  1394. 

II.  La  Violette,  Maison  de  la  Cité,  deuxième  édifice;  organisation 
intérieure  et  fonctions  des  magistrats.,  principalement 
suivant  Jean  de  Stavelot  et  les  documents  de  Bartollet;  auto- 
nomie communale.  La  destruction  de  la  ville  par  le  duc  de 
Bourgogne  et  ses  suites;  1394-1497. 

III.  La  Violette,  troisième  Maison  de  la  Cité  ;  §  1  origines  du  Recueil 

héraldique;  description  de  la  Violette,  suivant  un  manuscrit 
d'Abry;  dessin  de  la  Violette;  §  2  historique  d'après  les 
registres  aux  recès  et  les  chroniques  ;  voisinage  du  monu- 
ment et  topographie  des  chambres  de  métiers  ;  événements 
communaux,  et  bombardement  de  Boufflers;  1497-1691. 

IV.  L'Hôtel  de  ville,  1714.  La  Révolution,  1789-1794. 

V.  Le  perron ,  origines  de  l'emblème  ;  histoire  du  perron  monu- 
ment liégeois;  restitution  archéologique  suivant  le  manus- 
crit de  Warfusée. 


Développement  de  la  Commune  liégeoise;  origines  et 
histoire  des  magistratures  populaires  ;  la  Halle  et  la 
première  Maison  de  la  Cité,  dite  à  la  Violette  ;  —  1394. 

L'histoire  de  la  Maison  communale  liégeoise  trouve 
naturellement  son  point  de  départ  dans  l'existence  préa- 
lable, à  une  date  reculée,  d'une  population  libre,  reven- 
diquant ses  droits  politiques,  puis  assurant,  par  des 
magistrats,  sa  propre  administration.  En  attendant  de 
voir  ces  besoins  successivement  s'affirmer,  jetons  un 
coup  d'œil  sur  nos  origines  mêmes. 

«La  Ville  de  Liège,  dit  Wohlwill  (Die  Antange  der 
landstândischen  Verfassung  im  Bistbùm  Luttich,  p.  72), 
n'est  nulle  part  indiquée  comme  étant  la  propriété  de 
l'église  dans  la  désignation  des  biens  de  celle-ci.  L'église  de 
Liège  ne  paraît  avoir  possédé  qu'une  partie  seulement  du 
territoire  urbain.  Dans  le  Privilège  de  Henri  V  (Chapeav., 
II,  54),  à  l'égard  du  Chapitre  de  la  Cathédrale,  il  est  formel- 
lement établi  quels  droits  de  la  Forensis  potestas ,  c'est-à- 
dire  du  mayeur  et  des  échevins  de  la  ville,  sont  admis  ou 
interdits  à  l'intérieur  de  la  Terra  mansionaria.  Cette 
dernière,  dont  le  fonds  était  bien  d'église,  est  ainsi  séparée 
du  reste  de  la  Cité,  qui  était  absolument  placé  sous  la 
Forensis  potestas,  soumis,  à  savoir,  au  pouvoir  civil.  » 

Il  ne  rentre  point  dans  notre  sujet  d'examiner  les  insti- 
tutions princièreset  épiscopales.  Phénomène  qui  n'est  point 


-  302  — 

rare  au  moyen-âge,  une  importante  fondation  religieuse 
s'était  établie  politiquement  chez  nous,  suivant  le  type, 
agrandi  par  la  translation  d'un  évêçhé,  du  monastère  gou- 
verné par  un  abbé  élu  et  seigneur  terrien.  Favorisés  par  les 
princes  francs,  riches  de  leurs  propres  apports  augmentés 
par  de  grandes  donations  faites  à  saint  Lambert,  patron 
du  pays  toujours  vivant,  finalement  par  leurs  acquêts,  les 
princes-évêques  avaient  fixé  sur  notre  territoire  libre  et  ne 
dépendant  que  de  la  couronne ,  dans  le  viens  leudicus ,  le 
siège  de  leur  puissance;  et  ici  comme  ailleurs,  forts  de 
leurs  droits  personnels,  ils  se  souvinrent  facilement  des 
pouvoirs  politiques  que  leur  avait  déjà  conférés  en  général 
le  code  de  Justinien ,  pour  organiser  un  état  que  recon- 
nurent les  empereurs  germaniques. 

Après  les  premiers  âges  des  apôtres  et  des  cénobites,  le 
temps  de  la  politique  énergique  et  entreprenante  était  déjà 
arrivé  avec  Nolger,  le  véritable  fondateur  de  la  principauté, 
reconnu  par  Otton.  Un  partage  du  patrimoine  de  saint 
Lambert  s'opéra  entre  l'évêque,  le  chapitre  et  une  noblesse 
féodale,  et  cette  première  organisation  de  la  vie  natio- 
nale fut  complétée  ultérieurement  par  l'accession  des 
citains. 

Quelque  grands  qu'aient  été  les  progrès  politiques 
accomplis  plus  tard  par  la  bourgeoisie,  Liège,  qui  n'avait 
point  été  un  municipe  romain,  n'était  pas,  vu  la  présence 
d'un  prince  souverain,  appelée  à  devenir  une  de  ces  villes 
libres  comme  il  en  exista  en  Allemagne  ou  en  Italie;  néan- 
moins elle  parvint  à  l'autonomie  communale. 

Antérieurement  à  Notger ,  saint  Hubert,  comme  le  dit 
Anselme,  avait  attribué  aux  habitants  la  jouissance  du 
droit  civil  connut'  aussi  l'usage  des  poids  cl  mesures.  Il 
est  remarquable  que  cette  reconnaissance  des  droits 
civils  coïncide  avec  l'établissement  à  Liège  des  anciens 
évèques  romains  de  Tongres ,  abandonnant  leur  second 


—  303  - 

siège,  Maestricht,  en  territoire  germain,  où  d'ailleurs  la 
puissance  d'un  comte  n'aurait  pu  que  leur  porter  ombrage. 
Si  peu  explicite  que  soit  la  brève  affirmation  d'Anselme, 
l'attribution  ou  la  reconnaissance  d'une  juridiction  civile 
apparaît  comme  une  des  conditions  premières  de  la 
fondation  épiscopale  dans  la  vallée  de  la  Meuse  romane. 

La  condition  exacte  de  ces  premiers  oppidani  doit  être 
étudiée  dans  tout  le  groupe  ethnographique  qui  nous 
avoisine,  et  ce  qu'on  en  peut  connaître  dépend  en  grande 
partie  d'inductions  tirées  des  documents  hagiographiques. 
C'est  là  le  point  le  plus  éloigné  des  origines  de  nos  futurs 
citains,  et  ce  n'est  guère  qu'à  partir  des  aspirations  du 
XIe  siècle  que  se  marque  la  direction  de  cette  classe  d'habi- 
tants. On  leur  doit  à  ceux-là  qu'il  soit  parlé  de  très  bonne 
heure ,  dans  nos  villes  de  Liège  et  de  Huy,  de  droits  et 
privilèges  :  soit  que  ceux-ci  datassent  de  plus  loin,  soit 
qu'ils  aient  été  reconnus  sur  un  territoire  dont  le  prince 
souverain  n'avait  pas  la  continue  possession. 

De  ces  anciens  propriétaires  du  sol ,  qui  avaient  natu- 
rellement le  droit  de  se  régir,  sortirent  les  chefs  des 
lignages  ou  gentilités,  diversement  appelés  en  latin  au 
XIII0  siècle,  cives,  nobiles,  divites,  insignes,  etc.  ;  ou,  dans 
les  chroniques,  nommés  bourgeois,  grands,  nobles,  citains  ; 
on  trouve  les  cives  leadienses  mentionnés  dans  nos  premiers 
documents,  comme  les  majores  civitatis  le  sont  dès  le 
onzième  siècle.  Sans  parler  de  ceux  qui  passèrent  dans  les 
rangs  de  la  noblesse  établie  ,  ceux-là  devinrent  les  chefs  des 
familles  politiques,  les  grands  citains;  tandis  que  se  formait 
en-dessous  d'eux  le  corps  compact  des  petites  gens  ,  les 
communs,  de  diverse  origine,  anciens  serfs,  manouvriers, 
aubains  ou  afforains  qui  ,  en  vertu  d'un  établissement 
devenant  toujours  plus  ancien,  recoururent  à  la  ligue, 
le  puissant  moyen  de  l'époque,  et  firent  valoir  aussi  des 
droits  grandissant  avec  leur  fortune. 


—  304  — 

Les  renseignements  les  plus  anciens  nous  montrent 
l'administration  intérieure  urbaine  dans  tout  notre  pays  de 
Liège,  dès  le  commencement ,  aux  mains  d'un  mayeur  ou 
major  et  d'échevins ,  les  scabini. 

Remplissant  des  offices  seigneuriaux  et  restant  à  la 
nomination  du  prince,  ils  sont  choisis  parmi  les  grands 
citains.  Ils  constituent  les  premiers  magistrats  civils. 

De  la  même  façon  qu'il  y  eut  l'avoué  ou  représentant 
laïque  de  l'évêque  pour  les  affaires  d'ordre  général ,  le 
mayeur  ou  maire  est  particulièrement  placé  à  la  tête  du 
gouvernement  intérieur  de  Liège.  Il  est,  dès  l'origine,  le 
maître  de  la  Cité  ,  assermenté  devant  le  Chapitre  et  nommé 
pour  un  terme  illimité  par  le  prince,  qui  ne  pouvait  tra- 
fiquer de  cet  office  à  conférer.  Investi  lui-même  de  certaine 
juridiction  civile ,  notamment  quant  aux  choses  vénales , 
il  s'appuie  sur  les  échevins,  dont  il  fait  appliquer  les 
sentences  ;  le  mayeur  devient  une  sorte  de  lieutenant 
exécuteur ,  très  redoutable  et  ayant  sa  prison  ;  tout  au 
moins  comme  dénomination  locale ,  le  nom  de  prison  des 
maires  s'est  transmis  ,  sur  place ,  jusqu'à  nous. 

Ainsi,  représentant  le  prince-évêque  dans  la  Cité  comme 
d'autres  le  faisaient  dans  les  bonnes  villes,  le  mayeur  vendait 
les  récoltes  domaniales,  percevait  les  taxes  sur  les  mar- 
chés, prélevait  le  tiers  des  amendes  comminées  par  la 
cour  échevinale.  Plus  tard,  confondant  à  dessein  les  droi- 
tures fiscales  des  fora  avec  le  lieu  même,  il  s'arrogea  la 
disposition  volontaire  des  marchés  ou  des  foires.  A  l'ori- 
gine, il  veillait  là  au  respect  de  l'ordre  public,  au  nom 
du  prince.  Quant  à  la  police  de  la  Cité,  expéditive  en  cas 
de  flagrant  délit,  elle  était  faite  par  les  varlets  du  mayeur, 
et  nous  savons  ,  par  des  détails  rétrospectifs,  que  ceux-là 
devaient  être  bourgeois  de  la  Cité,  de  bonne  réputation;  leurs 
noms,  suivant  la  Lettre  de  Sl-Jacques  (4433),  devaient,  au 
préalable ,  être  adressés  aux  maîtres  de  la  Cité.  Ces  agents 


-  305  - 

ou  varlets  ne  pouvaient ,  même  de  nuit ,  arrêter  un  tran- 
quille citain  ou  étranger.  Ils  ne  pouvaient  conduire  et  tenir 
en  prison  jusqu'au  jour,  qu'aucune  personne  suspectueuse , 
causant  trouble  et  dommage. 

Les  échevins  sont  des  juges  suivant  la  Loy ,  constituant 
le  tribunal  privilégié  de  la  population  bourgeoise,  tout  en 
composant  cependant  une  cour  seigneuriale  aussi,  puisque 
c'est  le  prince  qui  en  nomme  les  membres.  En  Flandre , 
au  contraire,  on  voit  bientôt  la  bourgeoisie  intervenir  dans 
leur  nomination.  Dès  lors,  la  différence  même,  dans 
l'origine  du  mandat,  transforme  l'institution.  Tandis  que 
les  échevins  flamands  deviennent  principalement  des 
magistrats  communaux,  les  échevins  liégeois  gardent  leur 
caractère  originel ,  qui  les  isole  davantage  de  la  popula- 
tion. Ils  sont  avec  elle  d'abord  parce  que  celle-ci  est  avec 
eux  ,  le  premier  effort  d'une  démocratie  naissante  étant 
toujours  de  s'assurer  d'une  justice  distribuée  suivant  un 
droit  au  moins  connu  ;  mais  au  jour  où  celle-là  veut 
davantage,  elle  se  sépare  des  échevins  et  répudie  une 
administration  trop  souvent  dirigée  contre  ses  nouveaux 
besoins. 

L'autonomie  urbaine  ,  ainsi  que  le  dit  M.  II.  Pirenne  , 
dans  un  tout  récent  ouvrage  sur  la  Constitution  de  Dinant 
(p.  21),  n'a  pas  trouvé  son  expression  dans  les  échevins, 
mais  dans  les  jurés. 

L'insuffisance  de  l'ancien  droit  administratif,  le  manque 
de  garanties  nécessaires,  le  contrôle  des  finances  publiques, 
l'extension  du  domaine  propre  à  la  Cité,  la  surveillance  de 
franchises  toujours  plus  grandes  ne  pouvaient  manquer  de 
leur  donner  des  subrogés. 

C'est  néanmoins  aux  échevins  qu'il  faut  faire  remonter 
les  premiers  actes  publics  de  la  Cité.  Avant  les  jiirati ,  ils 
composent  avec  le  mayeur  le  conseil  de  celle-ci.  Tout  le 
tribunal  échevinal?  On  peut  ne  pas  le  croire,  si  celui-là  avait 


—  306  - 

la  garde  du  droit  commun,  il  est  vraisemblable  qu'à  une 
partie  des  échevins  seulement  était  dévolu,  conjointement 
avec  le  mayeur  qui  les  présidait,  l'exercice  des  fonctions 
administratives. 

Administrateurs  et  juges,  les  échevins  régissent  la  Cité, 
connaissant  de  toutes  les  affaires:  «  C'est  à  savoir  (document 
de  1250)  ke  toutes  amendes,  tout  mesfait,  toutes  enfrein- 
tures,  toutes  entrepresures ,  tout  ban,  toutes  deffenses, 
toutes  commandizes  et  tout  estatut  sont  l'ait  à  Liège  par 
le  mayeur  et  les  Eskevins  et  toutes  amendes  de  quoi  ke  che 
soit,  toutes  escances,  toutes  peines,  tout  fourfait  et  toutes 
droitures  levées.  » 

Issus  des  lignages,  ils  constituaient  de  toute  façon  une 
caste  privilégiée.  «  A  cel  temps  (1200)  les  Eskevins 
estoient  Sangnours  de  Liège,  o  dit  Jean  d'Outremeuse  (  Y. 
p.  207);  Hemricourt  nous  montre  l'écbevin  Louis  de  Surlet 
plus  puissant  que  le  prince-évêque  Hugues  de  Pierreponl: 
«  Sire  Lowy  Surlet  (Miroir,  p.  211)  fut  tous  maistre  délie 
citeit  miez  que  li  Evesque  Ilouwe  de  Pirpont.  » 

De  bonne  heure,  la  juridiction  des  échevins  pris  comme 
juges,  subit  la  loi  d'une  localisation  très  compliquée;  on  les 
retrouve  partout  dans  le  groupe  liégeois.  Généralement 
une  cour  échevinale  se  composait  de  sept  membres;  à 
Liège  «  cité  mère  et  chef  des  bonnes  vides  »  comme 
l'appelle  Hemricourt,  il  y  avait, quatorze  échevins.  Leurs 
fonctions  «  perpétuées  aile  vie  de  ceux  qui  les  tiennent  » 
restaient  le  plus  souvent  dans  une  même  caste,  et  ce  mono- 
pole de  fait  contribua  à  former  une  sorte  d'aristocratie  de 
robe,  bientôt  trop  séparée  de  la  population  urbaine  dont 
elle  sortait:  de  là  des  tendances  politiques  particulières,  des 
occasions  de  corruption  el  *\r>,  incriminations  continuelles. 

Accusés  de  partialité  dans  les  longues  luttes  soutenues  par 
les  Petits  contre  les  Grands,  hommes  issus  des  lignages, 
conservateurs  obstinés  j  les  échevins  si1  virent  même  per- 


-  307  — 

srm nullement  menacés  dans  l'exercice  de  leurs  fonctions 
de  juges.  La  Cité  offrait  en  1347,  cent  vingt  mille  écus  d'or 
au  prince  à  la  condition  de  prendre  annuellement  des 
échevins  parmi  les  membres  du  conseil  de  la  Cité.  La 
commune,  par  le  mandat  annuel  et  électif,  serait  revenue 
naturellement  et  sans  le  savoir  aux  procédés  des  anciennes 
républiques,  maîtresse  du  droit  et  en  réglant  toujours 
l'exercice. 

Mais  il  n'en  alla  point  ainsi. 

Bien  que  dans  une  Lettre  le  prince  (1386)  se  soit  déclaré 
«  Sires  Soverains  et  Singuliers  Correcteur  des  Esquevins  »  , 
ceux-ci  restèrent  inamovibles  et  infaillibles,  juges  d'appel 
des  autres  cours,  sans  appel  eux-mêmes  dans  le  pays, 
«  Chieff  délie  Loy  ».  Comme  d'autres,  la  paix  d'Angleur, 
organisa  à  nouveau  la  coutume  générale  du  pays,  en  suite 
de  la  victoire  des  Petits.  Celle-ci,  après  le  massacre  de  Saint- 
Martin  (1312),  expulsa  les  grands  lignages  de  la  juridiction 
qu'ils  avaient  seuls  exercée.  L'écbevinagefut  encore  réformé 
(1385),  après  une  enquête  tenue  du  chef  de  vénalité  contre 
les  1-4  échevins,  tous  reconnus  coupables,  sauf  un  seul 
qui  ne  siégeait  jamais. 

Dans  la  partie  de  la  chronique  de  Zantfliet  relative  à 
cette  grave  affaire,  le  lecteur  retrouve,  aisément, 
nombre  de  traits  de  mœurs.  On  y  voit,  par  exemple, 
comment  un  mécontent  use  de  tous  les  moyens  ,  ordinaires 
déjà,  pour  former  l'opinion  populaire. 

Irrité  contre  ses  juges  les  échevins,  qui  l'avaient 
dépossédé  d'un  héritage,  un  certain  Gilles  de  Laveu , 
manant  de  four  Casteal ,  dit  Hemricourt  —  «  s'en  va  par 
le  marché,  les  tavernes,  les  carrefours,  les  places  publiques, 
les  villes,  les  bourgades,  partout  où  il  pouvait  aller, 
diffamant  tous  les  échevins  comme  vendant  la  justice, 
faussaires,  les  pires  des  larrons  ». 

Le  peuple  s'était  assemblé  au  palais  suivant  la  coutume, 


—  308  — 

pour  régler  des  affaires  auprès  du  prince;  le  tribun  impro- 
visé, sûr  après  entente  préalable  d'être  soutenu,  se  mit 
au  milieu  du  cercle  des  citains  et  prononça  un  réquisitoire 
virulent,  dont  le  chroniqueur  latin  refait  aisément  une  de 
ces  diatribes  passionnées,  prononcées  au  forum  romain 
au  temps  des  luttes  soutenues  par  la  plèbe  contre  le 
patriciat.  La  mise  en  accusation  fut  décidée  et  une  com- 
mission générale  fit  l'enquête.  Notons  sinon  à  propos  de 
cette  condamnation  ,  du  moins  s'il  s'agit  des  échevins 
en  général,  qu'il  faut  faire  la  part  de  l'exagération,  et 
croire  que  dans  la  défaveur  qui  les  poursuivit,  l'exercice 
même  de  la  justice,  ou  le  maintien  de  la  légalité,  dange- 
reux surtout  alors,  reste  un  motif  qui  ne  doit  pas  être 
passé  sous  silence. 

A  la  suite  de  l'enquête ,  sur  l'avis  conforme  de  l'em- 
pereur, le  prince  choisit  de  nouveaux  échevins,  s'adres- 
sant  même  à  de  simples  citains  intègres  et  instruits. 
Ceux-ci  remplacèrent  donc  avec  les  grands,  et  non  sans 
ditficultés  d'abord,  l'ancien  sénat  judiciaire  par  un  nouveau 
corps.  Il  se  composa  finalement  de  jurisconsultes  de  car- 
rière,  conservateurs  de  l'ancien  droit,  familiers  du  palais 
qui,  pour  se  hausser,  se  séparèrent  du  populaire,  et  d'autre 
part,  furent  soigneusement  tenus  à  l'écart  du  mouvement 
communal.  La  cour  resta  seigneuriale. 

Telle  est,  en  résumé,  l'histoire  initiale  de  l'échevinage 
liégeois,  représentation  primitive  de  la  bourgeoisie,  laquelle 
finalement  l'abandonne,  tandis  qu'il  revient  à  la  noblesse, 
au  clergé  et  au  prince. 

Reprenons  encore  la  question  des  origines. 

A  une  date  reculée  même,  les  anciens  habitants  du 
territoire  urbain,  que  nous  avons  tenu  à  mentionner  tout 
d'abord ,  avaient  prospéré ,  et  ils  restaient  sous  l'empire 
d'une  première  organisation  politique  dont  ils  étaient  exclus. 
Les  chefs  de  famille,  marchands,  exerçant  une  profession, 


-    309  - 

propriétaires,  s'étaient  multipliés.  Ils  se  groupèrent  en  vue 
de  la  protection  de  leurs  intérêts,  source  de  droits  nouveaux. 
La  Meuse ,  comme  le  Rhin,  servait  de  voie  naturelle 
au  négoce;  Dînant,  Huy,  Liège  étaient  des  marchés,  et  les 
bourgeois-marchands  semblent  s'être ,  des  premiers  , 
entendus  et  ligués  ;  les  métiers  durent  former  très  ancienne- 
ment aussi  de  ces  corporations  d'artisans  connues  déjà  à 
Rome  et  dans  le  vieux  monde  romain.  Certains  métiers 
devinrent  même  d'autant  plus  puissants  par  le  nombre 
qu'ils  avaient  été  moins  en  honneur  auprès  des  riches. 
L'œuvre  de  l'association  obtint  tout  succès,  en  ce  temps 
où  l'individualité  isolée  ne  comptait  pas. 

Il  se  forma,  on  le  sait,  des  alliances  jurées.  Quant  à 
Liège  spécialement,  il  vaut  la  peine ,  nous  semble-t-il ,  de 
voir  comment,  dans  les  diplômes  de  Henri  VII,  roi  des 
Romains,  des  années  1229-30-31 ,  la  stylistique  latine  de  la 
chancellerie  princière  cherche  à  nommer  cette  chose 
nouvelle,  qui  s'était  simplement  appelée  la  commune  ou 
communalteit  de  Liège. 

C'est  la  «  conjuratio  quam  inter  se  cives  fecisse  dinos- 
cuntur  ad  omnia  jura  ipsorum  conservanda  ».  Ailleurs 
les  termes  assemblés  de  «  communiones  ,  confederationes, 
colligationes  seu  conjurationes» ,  désignent  encore  la 
commune  «  quoeunque  nomine  censeatuvî>  ;  et  cette 
communion  des  citains  ou  leur  conjuration  représente 
leurs  libertates,  jura  et  paces.  Un  autre  texte  décrit  et 
apprécie  ainsi  l'organisation  et  la  portée  du  mouvement 
communal  :  «  quidquid  a  burgensibus  seu  oppidanis  ali- 
quibus  in  praejudicium  Ecclesiae  et  cpiscopi  Lcodiensis 
juramentis  seu  colligationibus,  extitit  ordinatum  vel  cons- 
titutione  quadani  attemplatum.  » 

Généralement,  dans  les  communautés,  des  membres  dési- 
gnés, assermentés,  furent  commis  pour  surveiller  toutes 
les  affaires  locales  et  d'ordre  intérieur.  Il  fallait  à  la  bour- 
geoisie de  nouveaux  moyens  d'administration  pour  arriver 


—  310  — 

au  gouvernement  d'elle-même  ;  elle  les  obtint  en  vertu 
du  besoin  qu'on  avait  d'elle;  son  importance  économique 
lui  valut  une  position  sociale  sans  cesse  améliorée  et  des 
droits  politiques  toujours  plus  complets;  elle  devait  un  jour 
arriver  à  la  prépondérance. 

Le  début  du  mouvement  de  la  commune  liégeoise  est 
donc  signalé  par  l'apparition  des  jurés.  Les  jurati  prêtaient 
serment  de  fidélité  à  la  chose  commune  ;  comme  après 
l'obtention  d'une  convention  plus  avantageuse,  ils  en  juraient 
l'observation  au  nom  de  leurs  mandants.  Le  serment  inves- 
tissait le  mandataire  d'une  double  fonction.  Il  devenait 
homme  public,  et,  vis-à-vis  du  pouvoir,  comme  contractant, 
il  pouvait  être  un  surveillant  redoutable.  Le  même  serment 
unisssait  les  jurés,  qui  formèrent  un  corps  nombreux, 
investi  même  de  pouvoirs  au  criminel  quand  il  s'agissait 
de  l'observation  des  franchises  ;  ils  étaient  alors  d'actifs 
inquisiteurs;  de  la  même  façon,  toutes  les  affaires  d'orga- 
nisation intérieure,  entre  bourgeois,  leur  étaient  déférées. 

La  bourgeoisie  sut,  ici  comme  ailleurs,  mettre  à  profit 
des  circonstances  favorables,  comme  le  meurtre  d'Albert  de 
Louvain  (1192),  et  la  lutte  de  deux  prétendants  ;  l'occasion 
chez  nous  du  sedes  vacans  était  toujours  prête ,  souvent 
attendue.  L'élection  d'Albert  de  Cuyck  (1193-1200)  marque 
dans  notre  histoire  une  date  d'une  importance  capitale. 
Gomme  d'autres  princes ,  il  se  montra  favorable  aux  bour- 
geois. Les  princes,  d'ailleurs,  soutinrent  en  général,  tantôt 
les  intérêts  de  la  noblesse ,  tantôt  ceux  du  peuple ,  préoc- 
cupés avant  tout  de  l'exercice  de  leurs  droits  seigneuriaux. 
La  charte  d'Albert  de  Cuyck  fait  passer  dans  le  droit  politique 
du  pays  les  avantages  réclamés  par  la  bourgeoisie,  dont  la 
situation  juridique  à  cette  époque  est  ainsi  nettement  déter- 
minée. Thierry  d'Alsace  joue  en  Flandre  le  même  rôle 
protecteur,  et  un  mouvement  général  produit  des  effets 
identiques  :  les  jurés  apparaissent,  en  signe  de  l'autonomie 
partiellement  acquise  ou  à  compléter.  Les  jurati  sont  men- 


—  311  _ 

tionnés  en  1127  dans  la  heure  de  S'-Omer,  à  Utrecht  en 
1251;  à  Dinant,  pour  la  première  fois  au  pays  de  Liège, 
en  1196.  Ainsi  qu'à  Liège,  il  y  eut  des  jurés  à  Metz,  à  Verdun,' 
à  Noyon,   et  il  est  utile  de  remarquer  avec  M.   Pirenne 
(op.  cit. ,  35),  que  Noyon,  Verdun,  Utrecht  sont  aussi  des 
villes  épiscopales.  Si  l'échevinage  garde  à  Liège  son  carac- 
tère seigneurial,  les  jurés,  mentionnés  en  1231,  se  main- 
tinrent en  revanche  comme  dans  le  nord  de  la  France 
tandis  qu'Outre-Rhin,  où  l'église  impériale  garda  plus  de 
puissance,  ils  ne  purent  se  soutenir.  La  lutte  communale, 
presque  révolutionnaire,   qui  commença  en  1229,  vit  en 
1254-55  nos  villes  soulevées  contre  Henri  de  Gueldre  ;  mal- 
gré l'intervention  de  l'empereur  d'Allemagne  et  des  princes 
de  l'empire,  cette  lutte,  finalement,  tourna  à  l'avantage  des 
communes  de  noire  pays,  liguées  aussi  et  conduites  par 
leurs  jurés  et  des  chefs  ou  maîtres  de  la  bourgeoisie.  Bien 
avant  la  fin  du  XIIL  siècle,  le  prince  reconnaît  les  magis- 
tratures communales;  les  jurés  sont  officiellement  et  léga- 
lement constitués  par  la  charte  de  commune   donnée  à 
S'-Trond  en  1288.  Les  aspirations  du  XL  siècle  étaient,  à 
la  fin  du  XIII",  devenues  clés  faits  accomplis. 

Les  jurés  sont-ils  plus  anciens  que  les  maîtres  de  la 
Cité?  S'il  est  difficile  de  répondre  à  cette  question  par 
des  laits  et  des  dates  précises,  prises  dans  notre  ancienne 
histoire  liégeoise,  on  peut  dire  d'abord  que  les  jurés  ont 
constitué  vraisemblablement  la  première  magistrature 
populaire  qui  ait  répondu  aux  nouveaux  sentiments  d'in- 
dépendance; premièrement  à  cause  des  dates  plus  reculées 
auxquelles  dans  les  pays  rhénans,  nord-français  et  belges, 
on  constate  l'existence  des  corps  de  jurés;  à  cause  aussi 
du  caractère  collectif  ordinaire  aux  premiers  mandats 
donnés  par  des  ligues  bourgeoises;  enfin  il  parait  naturel 
que  des  chefs  comme  les  maîtres  de  la  Cité  aient  été 
nommés  seulement  après  la  première  organisation  de  cette 
milice  choisie  que  composaient  les  jurés. 


—  312  — 

Mention  est  faite  fréquemment  de  ceux-ci  dans  le  courant 
du  XIIe  siècle;  on  compte  dans  les  villes  des  pays  sus- 
mentionnés, treize,  trente,  trente-deux  et  diversement 
jusqu'à  quatre-vingts  jurés  magistrats,  comme  à  Cambrai; 
partout  ils  sont  nombreux.  Leur  existence,  nous  l'avons  dit, 
est  mentionnée  à  Dinant  avant  que  nous  puissions  le  faire  à 
Liège.  Dans  cette  dernière  ville,  on  les  cite  en  1231, 
à  propos  d'une  convention  intervenue  le  12  décembre  au 
sujet  des  Degrés,  entre  le  Chapitre  de  Saint-Lambert, 
le  mayeur  et  les  échevins;  la  connaissance  incomplète 
qu'on  a  des  documents,  fait  que  l'histoire  des  jurés  se 
confond  avec  celle  des  maîtres.  Si  les  faits  étaient  mieux 
connus,  il  y  aurait  évidemment  à  discerner  des  différences 
de  dates  :  la  logique  de  l'histoire  a  confondu  comme 
auteurs  chez  nous  des  mêmes  effets,  jurés  et  maîtres. 

Pour  terminer  nos  observations  sur  ce  point  mal 
établi  dans  nos  annales,  disons  qu'en  général  le  nom 
de  juré  a  dès  l'origine  une  très  grande  extension.  Les 
jurés  de  communes,  jurati  communie,  désignent  même 
fréquemment  en  France  les  bourgeois  ou  voisins,  les 
habitants  des  voisinages,  les  vinâves  liégeois,  qui  ont 
joué  un  grand  rôle  dans  l'organisation  de  la  bourgeoisie. 
L'expression  juré  de  commune  vient  du  serment  de  com- 
mune, juramentum  communie,  prêté  publiquement  par 
ceux  qui  s'affiliaient  à  la  communauté.  Le  juré  magistrat 
en  prêtait  un  second  de  fidélité  aux  intérêts  de  la  Cité,  qui 
l'affranchissait  de  tous  autres  serments,  quia  juraverat 
initia. 

Les  premiers  magistrats  populaires  gardent  ce  nom 
d'assermentés  ou  jurés.  Dans  des  villes  régies  par  les 
établissements  de  Rouen  (V.  Giry,  Bïbl.  de  l'Ecole  des  hautes 
études,  II),  les  échevins,  les  conseillers,  ceux  des  conseillers 
qui  remplissent  les  deux  charges  de  maire  et  de  sous- 
maire  ,  sont  compris  sous  ce  même  nom  de  jurés. 


—  313  — 

A  Liège,  les  deux  maîtres  sont  de  fait  deux  des  jurés,  et, 
dans  leur  ensemble,  ceux-ci  sont  les  conseillers  naturels  et 
permanents  des  maîtres  reconnus.  Ils  constituent  le  conseil 
primitif  de  la  Cité,  dont  ils  sont  magistrats,  en  commun  et  à 
part. 

Il  est  de  l'essence  même  delà  commune  d'avoir,  suivant 
ses  franchises ,  une  juridiction  spéciale.  Les  jurés  liégeois 
ont  avec  les  maîtres  des  droits  politiques  et  une  juridiction 
contentieuse.  Les  jurés  des  vinâvés,  témoins  légaux, 
enquêteurs,  étaient  les  juges  qu'invoquaient  leurs  pairs, 
les  bourgeois,  après  leurs  querelles  :  «  Li  jureis  en  chascun 
Vinavle  doient  et  puelent  enqueirre  et  jugier  des  meffais 
qui  advenront  en  tous  Vinavle  ou  defours  la  Citeit  à  plus 
près  de  leur  Vinavle.  »  (  Statuts  ,  1328). 

Ce  juge  bourgeois  assermenté  existe  simultanément  avec 
le  juré  spécialement  conseiller,  avec  les  consiliarii  ou  con- 
sultorcs;  aux  termes  de  la  lettre  dite  de  S'-Jacques  (  1343) , 
quarante-six  jurés  et  quatre-vingts  conseillers  adminis- 
traient la  Cité  avec  les  deux  maîtres. 

Finalement,  comme  dans  le  Nord-Français,  le  nom  de 
juré  disparaît,  celui  de  conseiller  reste,  et  le  nom  de  juré 
est  gardé  chez  nous  par  certains  fonctionnaires  adminis- 
tratifs chargés  de  services  spéciaux  et  rattachés  par  la 
bourgeoisie  à  la  Cour  échevinale. 

C'est  surtout  au  mouvement  communal  de  1230  qu'il 
convient  de  rattacher  l'existence  des  maîtres  de  la  Cité. 
Une  indication  de  Bartollet  (Epitoma  CCXLIX)  la  reporte 
beaucoup  plus  haut ,  puisque ,  résumant  une  lettre  de 
la  Cité  à  propos  du  moulin  de  Longdoz ,  ce  document 
établit,  est-il  dit,  qu'il  y  eut  des  bourgmestres  de  Liège  , 
Leodii  burgimagistri ,  dès  l'an  1069.  Malgré  l'autorité  de 
Bartollet  et  en  l'absence  du  texte  de  la  pièce  même  ,  le 
renseignement  est  peu  sûr  ;  il  y  eut  d'ailleurs ,  en  général , 
des  magistri  civium  de  diverses  catégories. 

22 


—  314  — 

On  trouve  les  maîtres  jurés  mentionnés  en  1231  (V. 
Schoonbroodt,  Archiv.  L.,  n°  82,  et  Bullet.  Inst.  arch., 
t.  II,  annexe):  «  Magistratus  vero  popidi ,  videlicct  /Egi- 
dius  et  Alexander  cives  Leodienses...  pro  se  et  pro  toto 
communi  Leodiensi  juraverunt ,   etc.  » 

»  Les  magistrats  du  peuple,  Alexandre  et  Gilles,  citains 
de  Liège ,  jurèrent  pour  eux  et  pour  toute  la  commune 
liégeoise,  etc.  »  Dans  une  pièce  de  décembre  1231,  on  trouve 
énumérés  seulement  li  maire ,  les  esquevins,  les  jureis  —  et 
toute  la  commone  (Jean  d'Outremeuse,  III,  68);  mais, 
immédiatement,  en  1242,  les  maîtres  aussi  sont  cités: 
(c  ly  maire  et  les  esquevins ,  et  les  maistres  et  jureis  et 
tout  le  commonalteit  del  citeit  de  Liège  (Jean  d'Outre- 
meuse, III,  69).  » 

Ces  maîtres,  qui  arrivèrent  cà  occuper  la  magistrature 
suprême  de  la  Cité,  paraissent  n'avoir  eu  d'abord  qu'une 
existence -intermittente  ;  ils  sont  irrégulièrement  men- 
tionnés; certains  sont  à  la  fois  écbevins  et  maîtres. 
Les  premières  armes  magistrales  que  donne  le  Recueil 
héraldique  des  bourgmestres  de  la  cité  de  Liège  sont  celles 
de  Louis  Surlet ,  écbevin  ;  la  deuxième  mention  relate  les 
noms  de  Pierre  de  Skendremal ,  maître  de  la  Cité  de 
Liège  en  1242 ,  et  de  son  collègue  Jacques  de  Sl-Martin  ; 
ils  sont  cités  d'après  une  charte  relative  au  départ  des 
Frères  mineurs  quittant  Beaurepart  pour  s'établir  près  du 
Marché.  D'autres  maîtres,  parmi  les  suivants,  sont  égale- 
ment échevins.  Les  uns  comme  les  autres  sortent  d'ailleurs 
de  la  bourgeoisie ,  au  milieu  de  laquelle  les  échevins 
occupaient  encore  une  position  prédominante.  Mais  les 
fonctions  de  ceux-ci,  distributeurs  de  la  justice  urbaine 
et  administrateurs  des  citains ,  leur  sont  enlevées  par  les 
maîtres,  leurs  subrogés  et,  à  l'origine,  leurs  adjoints.  Les 
maîtres  le  font  en  vertu  des  premières  franchises,  puis 
viennent  de  nouveaux  statuts. 


—  316  — 

G^st  poser  une  question  curieuse  et  importante  que  de 
chercher  à  savoir  comment  les  fonctions  de  maîtres-jurés 
de  la  Cité  se  sont  détachées  de  celles  des  échevins  ?  Nous 
n'avons  pas  d'annaliste  qui  nous  fasse  assister  à  la  naissance 
comme  aux  premiers  développements  du  mouvement 
communal;  au  défaut  du  détail,  il  nous  faut  aujourd'hui 
tenir  pour  satisfaits,  si  nous  savons  par  quelle  tactique, 
de  paix  ou  de  guerre,  l'échevinage  et  la  bourgeoisie  se  sont 
combattus  ou  entendus. 

Jean  de  Warnant,  prêtre  hèsbignon,  qui  écrivait  vers 
137 i  sa  chronique,  rattache,  suivant  la  mode  de  son 
temps,  les  luttes  dirigées  par  les  communiers  contre  le 
Chapitre  et  le  clergé,  à  un  senl  fait  concret  :  une  bagarre, 
où  le  valet  d'un  chanoine  de  Ste-Groix  trouva  l'occasion 
de  percer  un  laïque  d'un  coup  de  stylet,  arme  défendue  par 
la  loi.  S'exclamant  sur  la  haine  et  l'orgueil,  c'est  de 
cette  querelle,  dit  le  chroniqueur,  que  provinrent  tant 
de  maux.  Le  texte  même  de  ce  Johannes  Presbyter  mérite 
d'être  cité  :  «  Après  le  retour  des  chanoines  (ils 
avaient  suivi  l'élu,  Henri  de  Gueldre,  dans  son  exode), 
les  échevins  (ils  avaient  rétabliles  droits  laïques  aux  dépens 
du  clergé)  craignirent  que  l'élu,  vu  leur  conduite,  ne  fît 
abattre  leur  maison.  C'était  alors  la  coutume  de  jeter  par 
terre  la  demeure  des  malfaiteurs  Aussi ,  pour  mieux 
résister  aux  chanoines ,  firent-ils  cause  commune  avec  le 
populaire ,  et  ils  choisirent,  de  leur  côté,  en  qualité  de 
maître  du  peuple,  certaine  idole  de  la  cité,  Henri  de 
Dinant,  comme  on  l'appelait.  Ils  voulaient  pousser  la 
foule  à  conserver  la  liberté  de  la  ville.  Ils  forcèrent  Henri 
à  jurer  qu'il  la  maintiendrait  fermement  et  défendrait  le 
peuple  contre  l'élu  et  tous  autres.  En  outre,  ils  organi- 
sèrent, dans  la  cité,  les  Vinâves,  placés  chacun  sous  les 
ordres  d'un  chef,  afin  qu'ainsi ,  en  cas  de  besoin  ,  le  popu- 
laire fût  plus  vite  rassemblé  et  conduit  en   guerre.   Les 


—  316  — 

échevins  le  faisaient  ainsi  pour  abattre  le  clergé ,  mais 
cela  retomba  sur  leur  tête  :  «  retortum  est  in  caput  eorum.  » 

Cette  simple  et  dernière  phrase  du  fragment  cité  par 
Chapeauville  annotant  Hocsem  (p.  282  ),  paraît  résumer 
l'évolution  liégeoise. 

Des  intérêts  communs,  maintenir  les  droits  des  laïques  et 
desserrer  ou  rompre  des  liens  féodaux  et  ecclésiastiques , 
unissent  les  patriciens  et  le  peuple  ;  et  les  échevins  favo- 
risent les  premières  entreprises  d'organisation  populaire , 
la  commune,  dont  ils  ne  soupçonnaient  pas  l'importance 
future.  Ils  coopèi^ent  à  l'établissement  des  maîtres  de  la 
Cité,  des  burgimagistri ,  leur  premier  mandat  paraissant 
utile  dans  le  présent,  point  menaçant  dans  l'avenir. 

Mais  bientôt  leur  administration,  conjointe  d'abord,  se 
sépare.  Les  échevins  désabusés,  se  résignant  ensuite(  1313) 
à  partager  le  gouvernement  avec  les  métiers ,  sont  exclus 
finalement  de  l'administration  de  la  Cité. 

La  question  fut  solennellement  posée  le  9  janvier  1312, 
dans  la  salle  de  la  Violette,  où  étaient  assemblés  les  Grands 
et  les  Petits  :  Les  échevins  de  la  Cité  ou  autres  ont-ils  à 
connaître  contre  les  maîtres  et  les  jurés  de  toutes  paroles 
ou  faits  passés  ou  futurs,  particuliers  ou  communs , 
commis  au  nom  de  la  communauté  pour  les  besoins  du 
peuple  et  de  la  Cité?  —  Ils  n'ont  pas  à  en  juger,  lut-il 
répondu  en  autant  de  termes  que  la  question  en  compor- 
tait; et  ainsi,  tandis  que  l'échevinage  perdait  tout  contrôle 
sur  l'administration  publique,  les  maîtres  et  les  jurés 
devinrent  les  chefs  reconnus  de  la  Cité. 

Adolphe  de  la  Marck  a  beau  se  plaindre  que  les  maîtres 
s'arrogent  le  droit  de  décerner  la  bourgeoisie  ,  font  des 
ordonnances  de  leur  propre  mouvement  et  punissent  les 
contrevenants  :  le  prince  souverain  est  débordé. 

Élus  par  le  peuple  ou  par  leurs  pairs  les  jurés,  les  maîtres 
n'ont  plus  laissé  à  l'échevinage, placé  jadis  à  la  tête  du  gou- 


—  317  — 

vernement  urbain,  que  la  juridiction  de  la  Loy.  Forts  des 
franchises,  ils  surveilleront  même  les  échevins  quant  à 
l'observation  de  celles-là ,  décrétant  contre  eux  le  bannis- 
sement, en  cas  de  déni  de  justice. 

Il  fallait  à  la  direction  utile  de  la  bourgeoisie  une  action 
plus  personnelle  et  décidée  que  celle  des  jurés,  dont  le 
grand  nombre  diminuait  la  force.  Qui  présiderait  les 
conseils?  qui  tes  assemblées?  A  qui  attribuer  le  mandat 
d'une  mission  importante,  le  commandement  de  milices? 
La  tâche  devait  revenir  aux  maîtres,  annuels  chez  nous 
comme  dans  les  démocraties,  au  nombre  de  deux,  peut-être 
parce  que,  des  quatorze  membres  qui  composaient  la 
cour  échevinale ,  deux  auraient  été  jadis  chargés,  avec  le 
grand-mayeur ,  de  l'administration  intérieure  de  la  ville? 
Cette  même  magistrature  de  la  maîtrise,  sans  parler  des 
villes  du  pays  de  Liège,  se  retrouve  là  où  se  fonde  et 
se  développe  la  Commune,  à  Wesel,  à  Maestricht,  Louvain, 
Aix-la-Chapelle ,  Cologne  et  autres  cités  ;  on  appelle  les 
titulaires  de  ces  charges  importantes,  maîtres  simplement, 
ou  maîtres  des  échevins,  sénateurs  de  la  cité,  prévôts, 
maires,  préfets,  rewards ,  avoués;  en  dépit  des  empereurs 
(V.  A.'  Wauters,  Lib.  corn.,  p.  608),  ils  sont  maintenus 
forcément  par  les  communier*;  les  maîtres  occupent  par- 
tiellement le  cours  du  XIIIe  siècle  de  leur  puissance 
naissante;  et  chez  nous,  dès  1288,  ils  sont  régulièrement 
reconnus  en  même  temps  que  les  jurés. 

Ce  ne  fut  pas  seulement  Liège  qui  obtint  et  garda  ces 
maîtres  assermentés  .  jurant  de  maintenir  intactes  les 
franchises  de  la  ville  et  prenant  à  l'intérieur  comme  du  côté 
extérieur  les  mesures  propres  à  protéger  et  à  conserver 
la  liberté  acquise,  prêts  aussi  à  l'étendre  encore.  Le 
second  mouvement  communal  de  1254,  auquel  s'associe  le 
nom  de  Henri  de  Binant,  avait  été  irrésistible.  Partout,  dans 
le  groupe  des  villes  liégeoises,  on  avait  chassé  les  hommes 


—  318  — 

revêtus  d.e  la  dignité  échevinale,  du  moment  qu'ils  se  refu- 
saient à  jurer  fidélité  aux  privilèges  de  la  Cité.  Le  droit  des 
bourgeois  à  former  une  communité  ou  commune  s'était  fait 
reconnaître,  et  partout  ils  avaient  la  ban-cloche  et  le  sceau 
de  la  communaulté.  Et  voici  comment  on  entendait  à  Liège 
la  protection  garantie  à  chaque  commune  du  pays  ;  la  décla- 
ration a  la  valeur  d'un  exemple  de  ces  anciennes  fédérations 
jurées:  «  Nous  ly  maistres  ,  eschevins ,  jureis  et  toute  la 
communaulté  de  la  citeit  de  Liège  —  en  tous  cas  qui  tou- 
cheront les  franchises  le  pays,  les  droitures  et  le  proffit  de 
notre  citeit  et  de  nous ,  soit  à  statut  ou  par  tout  autre 
manière  —  nous  serons  tous  ensemble  et  chacun  de  nous 
pour  luy  aidant,  et  tout  à  ung,  encontre  tous  ceux  qui 
encontre  les  franchises  yront  ou  voiront  alleir.  »  (Lou- 
vrex,  II,  8).  C'était  l'organisation  de  la  ligue  des  bonnes 
villes,  des  communes  liégeoises. 

La  bourgeoisie  arrivait  à  son  but  :  l'établissement  et  la 
reconnaissance  de  l'état-tiers ,  à  côté  de  la  noblesse  et  du 
clergé  ,  comme  troisième  pouvoir. 

Elle  s'appuyait  d'ailleurs  sur  la  progression  constante 
d'une  suite  de  constitutions  consenties  par  le  prince  et 
dont  le  nom  parle  assez  haut  :  les  paix ,  traités  conclus  pour 
obtenir  la  tranquillité  publique,  et  dontles  clauses  constituent 
le  droit  politique  liégeois.  Ce  droit  reste  constamment  en  évo- 
lution, et  à  cause  du  développement  historique  qui  le  modifie 
toujours,  successivement  au  profit  du  patriciat  urbain, 
des  Grands ,  des  Petits,  de  la  démocratie  extrême  ,  il  paraît 
impossible  de  présenter  comme  en  un  synchronisme  le 
résumé  des  institutions  tant  liégeoises  que  de  la  Cité  parti- 
culièrement. Il  est  cependant  telles  paix  publiques  qu'on 
ne  peut  s'empêcher  de  mentionner,  à  cause  de  leur  impor- 
tance politique.  Celle  de  Fexhe,  de  1316,  déclarait  que  les 
Liégeois  ne  pouvaient  être  «  meneis  et  traitiés  que  par  loy 
et  jugement   d'eschevins   ou  d'homes    solonc   ce   que  à 


—  319  - 

chascun  et  au  kas  afferra ,  et  nient  autrement  ;  que  si  loy 
et  costume  du  pays  sont  trop  larges  ou  trop  estroites,  ce 
doibt  estre  attempré  (modéré)  par  le  sens  du  pays.  »  Le 
sens  du  pays,  c'était  la  consultation  du  prince  et  des  trois 
états,  le  clergé,  la  noblesse,  la  bourgeoisie.  Faire  observer 
que  tout  représentant  se  considérait,  non  comme  le  manda- 
taire exclusif  de  son  ordre,  mais  comme  le  membre  con- 
sulté d'une  assemblée  ayant  en  vue  l'utilité  générale  du  pays, 
c'est  aussi  dire  que  l'université  liégeoise,  grâce  au  mouve- 
ment communal,  nous  offre  au  XIVe  siècle  le  spectacle  d'un 
des  plus  anciens  gouvernements  parlementaires  de  l'Europe. 

C'est  encore  du  règne  —  caractéristique  dans  l'histoire  de 
la  bourgeoisie  —  d'Adolphe  de  la  Marck,  obligé  de  conclure 
sept  ou  huit  paix,  que  date  l'établissement  du  Tribunal  des 
XXII,  réuni  à  certain  jour  pour  connaître  de  toute  violation 
de  loi  ou  déni  de  justice  de  la  part  des  gens  du  prince;  il 
comptait  quatre  membres  du  Chapitre  de  Saint-Lambert, 
quatre  chevaliers  el  quatorze  bourgeois.  Pareille  institution 
fait  le  mieux  juger  des  progrès  accomplis  au  bout  de  la 
longue  lutte  constitutionnelle  qui  signale  le  XIIIe  et  le 
XIVe  siècle.  Avec  le  tribunal  dit  des  XXII  se  marque  l'achè- 
vement des  institutions  politiques  liégeoises. 

S'agit-il  de  la  Cité  même ,  elle  vit  en  13-43  abolir  à  son 
profit  le  délit  politique ,  sauf  en  certains  cas  où  le  consen- 
tement des  maîtres  n'avait  pas  été  donné  ;  encore,  enquête 
ou  poursuite  ne  pouvait  avoir  lieu  sans  le  consentement  de 
la  Franchise,  commission  composée  des  deux  maîtres  et  de 
douze  jurés  dont  six  Grands  et  six  Petits.  Bientôt,  les  bonnes 
villes  du  pays  se  pourvurent  de  ce  jury  communal,  en 
garantie  de  leurs  droits  et  liberté  d'action. 

Ajoutons  que  la  Commission  précitée  tirait  son  nom  île 
celui  que  portait  l'ancien  territoire  des  Citains ,  privilégié, 
appelé  la  Franchise  à  cause  des  libertés  dont  ils  y  jouis- 
saient.   Quant  au  temps,    la  charte  d'Albert  de   Çuyck  , 


—  3^0  — 

ratifiée  en  1208  par  Albert,  roi  des  Romains,  ne  fait, 
comme  le  dit  un  de  nos  plus  savants  juristes  (  V.  Raikem, 
Discours  de  rentrée  de  18(32),  «  que  confirmer  un  état 
de  choses  préexistant  »  ;  le  droit  existait  avec  la  coutume. 
Relativement  aux  limites  de  la  Franchise,  les  échevins  et 
et  les  jurés  en  gardaient  la  tradition.  Au  sujet  de  l'espace, 
si  le  territoire  de  la  Franchise  fut  exigu ,  disons  qu'à 
l'ancien  vinàve  du  Marché  s'ajoutèrent  successivement  cinq 
antres  vinâves  ou  voisinages  étendant  toujours  la  Fran- 
chise, et  dont  on  peut  ainsi  relever  les  bornes  :  le  chtici 
ou  clou,  pilotis  planté  au  Pont  d'Avroy ,  la  hauteur  de 
Ste-Walburge ,  la  liche  ou  frontière  de  Goronmeuse ,  le 
«  clavier  de  pont  d'Amécourt  ». 

Avec  quelques  différences  de  droits,  la  banlieue,  dis- 
tincte d'abord  de  la  Franchise,  finit  bientôt  par  faire  corps 
avec  elle  ;  les  leucales  ou  leucaux,  gens  vivant  à  une  lieue 
du  Perron,  partagèrent  naturellement  les  destinées  des 
citains,  leurs  alliés  par  les  intérêts  et  par  le  sang.  Ainsi  se 
compléta  l'expression  officielle  :  la  Cité ,  franchise  et  ban- 
lieue de  Liège. 

On  sait  quelle  matière  offrent  aux  études  de  l'historien 
jurisconsulte  les  documents  politiques  et  administratifs  de 
la  principauté  :  le  commentaire  comporte  plus  d'étendue 
encore,  et  nous  avons  à  rester  dans  le  champ  plus  étroit  de 
l'exercice  des  pouvoirs  communaux.  Rornons-nous  à 
rappeler  que  si  la  Cité,  autonome  dans  les  limites  de  ses 
franchises,  sut  se  donner  à  elle-même  une  administration 
complète,  dans  les  paix,  ces  actes  constituants  émanés  du 
prince  souverain,  se  retrouve  aussi  l'action  indirecte  du 
peuple  et  de  ses  magistrats.  Même  des  restrictions  à  la 
puissance  populaire  n'ont  fait  qu'augmenter  les  moyens  et 
le  nombre  de  ceux  qui  la  dirigeaient.  Ainsi  ,  quant  à  la 
représentation  communale,  organisée  par  certaine  paix  dite 
loi  de  murmure  ou  de  sédition ,  ce  fut  malgré  elle  qu'en 


-  321  - 

1330  des  restrictions  furent  apportées  au  rassemblement  de 
la  commune  tout  entière,  réduit  à  de  certains  cas  et  que 
délégation  fut  donnée  à  des  Conseilhours  de  la  représenter. 
Les  maîtres  avaient  eu  dès  l'origine  des  conseillers  naturels 
dans  la  personne  des  jurés.  La  paix  de  Geneffe  laissait 
subsister  les  jurés  comme  jadis  ;  d'autre  part,  elle  réduisit 
à  quatre  les  cas  où  l'on  pourrait  assembler  la  commune 
entière  :  oust  (levée),  obligies,  talhe,  escot;  autrement, 
quatre-vingts  conseillers  à  élire  par  les  maîtres  et  les 
jurés  avaient  à  représenter  la  commune  pour  délibérer 
avec  eux  (Lib.  cart.,  859).  Peu  après,  en  1331,  pendant 
une  période  de  luttes  qui  durèrent  quarante-cinq  ans, 
la  paix  de  Vottem  adjoignit  aux  maîtres  de  la  Cité  un 
petit  conseil  de  quarante  et  un  grand  conseil  de  quatre- 
vingts  membres.  Vingt  membres  sortaient  annuellement  du 
petit  conseil ,  et  douze  électeurs  choisis  par  le  conseil 
lui-même,  pourvoyaient,  à  leur  remplacement.  Le  petit 
conseil,  ainsi  reformé,  avait  alors  à  élire  deux  maîtres  et 
quatre-vingts  membres  du  grand  conseil  ;  la  moitié  des  élus 
devait  toujours  appartenir  aux  Petits ,  l'autre  moitié  aux 
Grands. 

Dans  la  Cité,  les  six  rues  d'Ile,  S'-Servais,  de  Sl-Jeanstrée 
(vis-à-vis  Sl-Jean-Baptiste)  et  la  rue  des  Prés,  servaient  au 
séjour  ordinaire  des  Grands,  chacune  ayant  blason  et  cri 
d'armes.  Les  nobles  ,  finalement,  se  trouvaient  remparés 
dans  le  Vinâve  de  la  Chaussée  des  Prés.  Hemricourt  ajoute 
à  ce  propos  ce  détail  significatif:  «  Dans  le  reste  de  la  cité, 
il  n'y  avait  nul  chevalier.  » 

On  comprend  quelles  préoccupations  soulevaient  annuel- 
lement dans  la  Cité  des  élections  à  faire  dans  les  conditions 
susmentionnées,  et  quel  écho  elles  trouvaient  au  siège 
même  des  magistrats  communaux.  C'est  alors  surtout 
qu'on  voyait,  sortant  de  leur  Chambre,  s'agiter  autour  d'une 
Maison  de  Cité,  sur  la  place  publique  du  Marché,  les  corps 


—  322  — 

de  Métiers  formés  vers  1297 ,  confréries  établies  par 
la  communauté  des  intérêts  professionnels,  politiques  et 
militaires,  cause  et  effet  tout  à  la  fois  du  mouvement  com- 
munal. 

Jusqu'en  1394,  les  bourgmestres  furent  mixtes;  après 
cette  date,  la  magistrature  devint  plébéienne.  Sans  doute, 
on  rencontre  dans  ses  rangs  un  grand  nombre  de  patri- 
ciens, mais  ils  ne  sont  élus  qu'à  la  condition  de  s'être  fait 
inscrire  dans  une  corporation;  et,  comme  le  fait  remarquer 
de  Gerlache,  s'ils  se  trouvent  les  patrons  du  peuple ,  ils 
sont  aussi  ses  créatures. 

Ainsi  s'affirme  dans  la  Cité  le  triomphe  de  la  bourgeoisie 
enrichie  par  le  travail ,  sur  la  noblesse  décimée  et  ruinée 
par  les  guerres,  par  celle-là  surtout  qui  éclata  entre  Awans 
et  Waroux  et  termina  son  cours  tragique  par  un  mariage, 
de  la  même  façon  qu'elle  avait  débuté  par  un  enlèvement. 

La  lutte  est  ensuite  dirigée  contre  le  prince;  et,  jusqu'à 
l'intervention  fatale  des  ducs  de  Bourgogne  ,  la  puissance 
de  la  bourgeoisie  ne  fait  que  grandir. 

Si ,  laissant  le  développement  général  des  institutions , 
nous  cherchons  à  localiser  les  faits ,  à  rétablir  ou  indiquer 
seulement  d'une  manière  précise  les  lieux  politiques  de 
l'ancienne  Cité  liégeoise,  la  tâche  devient  difficile,  vu  l'éloi- 
gnement  où  nous  sommes  maintenant  de  nos  propres 
origines,  à  cause  aussi  de  l'interruption  des  traditions 
causée  par   le   désastre  de  1468. 

La  Maison  de  la  Cité,  disions-nous  pour  désigner  le  local 
où  se  réunissaient  les  magistrats  populaires:  où  fut-il,  quel 
était-il  dès  le  début  ?  Dût-on  recourir  sur  la  question 
originelle,  à  certaines  conjectures,  on  serait  aujourd'hui 
d'autant  plus  curieux  de  savoir,  qu'on  se  croirait  tout 
d'abord  dans  un  cas  d'ignorance  forcée. 

Il  semble  naturel  de  penser  que  la  fondation  religieuse 
de  S;iinl-Lainbert,  en  suite  même  de  sa  richesse,  a  eu  les 


-  323  - 

premiers  locaux  publics  ou  communs.  A  côté  de  l'église 
étaient  les  cloîtres,  les  encloîtres  ou  èclôses ,  vaste  espace 
de  terrains  et  de  constructions  entourant  Saint-Lambert. 
C'est  là  sans  doute  que  se  sont  débattues  les  premières 
questions  intéressant  à  la  fois  la  population  d'une  part,  et 
le  prince  avec  le  Chapitre,  qui,  s'ils  avaient  de  grandes 
ressources,  avaient  aussi  des  besoins  égaux. 

Des  conventions  ont  dû  établir  certaines  façons  de  vivre, 
d'administrer ,  qui  visaient  à  constituer  des  règles  de 
conduite  et  des  principes  de  droit.  Le  règlement  des  taxes 
occupe  dans  l'histoire  communale  une  place  importante  et, 
comme  le  droit,  regardait  le  mayeur  et  les  échevins.  Le 
Chapitre  leur  fournit,  à  eux  et  à  leurs  justiciables  le  premier 
local.  C'est  à  celui-ci,  probablement  la  maison  des  échevins, 
que  s'applique  ce  texte  de  la  chronique  de  Gembloux 
(fol.  38),  très-intéressant,  encore  que  l'indication  ne  soit  pas 
absolument  précise  : 

«  Est  autem  locus  in  claustro  Sancti  Lamberti  Leodiensis, 
in  quo  cives  consueverant  àb  antiquo  in  unwm  convenire  ad 
tractandum  de  re  commuai.  Hic  ergo  mm  quodam  die 
convenissent  scabini,  magistri,  vinitores  civitatis,  ui  per  eos 
taxatio  fieret,  etc.  »  —  «  Il  y  a  un  lieu  dans  les  encloîtres 
de  Saint-Lambert  où  les  citains  avaient  pris  l'habitude  dès 
l'ancien  temps  de  se  réunir  pour  traiter  des  intérêts  com- 
muns. Là  donc  certain  jour  s'assemblèrent  les  échevins,  les 
maîtres  et  les  viniers  ou  vendeurs  de  vin  de  la  Cité,  au 
sujet  de  l'établissement  d'une  taxe » 

Les  échevins  sont  nommés  avant  les  maîtres,  c'est  à 
cause  de  leur  local  ;  c'est  aussi  en  suite  de  l'importance  de 
leur  personne  et  de  leurs  fonctions  en  matière  de  législation 
et  de  lois  fiscales.  La  première  bourgeoisie  avait  été 
heureuse  de  pouvoir  recourir  à  la  protection  du  droit, 
administré  par  des  concitoyens  lettrés  ,  et  la  maison  des 
échevins ,  placée  entre  les  degrés  de  Saint-Lambert  et  le 


—  32A  — 

Marché,  servit  de  siège  au  pouvoir  judiciaire  seigneurial,  et 
de  lieu  de  recours  aux  citains.  Mais  ceux-ci  trouvèrent  que 
trop  souvent  le  droit  était  appliqué  à  leurs  dépens,  et, 
nous  l'avons  dit,  ils  ne  manquèrent  pas  d'articuler  contre 
leurs  juges  des  griefs  durables  ,  dont  le  moins  terrible 
n'était  pas  celui  de  vénalité.  (V.  Northof  Chronicon  Comi- 
lum  de  Marka,  préf.  Tross  12  et  14.)  Ils  cherchèrent 
leur  protection  ailleurs,  et  le  tribunal,  dont  eux-mêmes, 
du  moins  les  Grands,  avaient  fourni  les  juges  ,  leur  devint 
odieux.  La  simple  mention  des  maîtres,  dans  le  texte  pré- 
cédent, indique  assez  que  bientôt,  quelque  part  dans  la 
Cité,  ils  seront  maîtres  chez  eux. 

Consultons ,  pour  examiner  leur  dire ,  les  écrivains 
nationaux. 

Réveillant  d'anciens  souvenirs  locaux,  dans  son  Liège 
pittoresque,  M.  Polain  a  essayé,  en  1843,  de  retracer 
l'histoire  de  l'édifice  populaire  par  excellence  auquel  on 
pense  tout  de  suite  à  Liège  comme  en  Brabant  ou  en 
Flandre,  s'il  s'agit  de  la  bourgeoisie  :  celle  de  la  Violette, 
de  notre  plus  ancienne  Maison  de  Ville  liégeoise,  dont 
les  destinées  se  lient  intimement  à  toutes  les  péripéties 
de  nos  annales. 

Après  avoir  indiqué,  dans  la  manière  de  l'époque, 
l'importance  du  rôle  politique  de  l'édifice  communal, 
«  Il  est  à  supposer,  dit  l'auteur,  que  notre  premier 
monument  de  ce  genre  date  du  XIe  siècle,  époque  à 
laquelle  les  bourgeois  de  Liège  commencèrent  à  obtenir 
d'importantes  franchises.  L'emplacement  de  cet  édifice 
n'a  pas  varié  chez  nous ,  et  c'est  devant  lui  que  se  sont 
déroulés  les  plus  grands  drames  de  notre  histoire.  » 

Et  l'écrivain  liégeois  de  nous -montrer  notre  Maison 
de  Ville  située  en  face  du  marché,  au-dessus  de  la  Légia, 
et  séparée  du  Palais  épiscopal  par  une  église,  celle  de 
Saint-Lambert. 


-  325  — 

Ce  ne  sont  là  que  des  données  d'un  caractère  général  ; 
grâce  à  la  connaissance  des  textes,  on  a  pu  de  nos  jours 
préciser  davantage. 

Usant  des  procédés  de  la  critique  ,  tant  au  point  de 
vue  de  l'histoire  que  de  la  topographie ,  M.  S.  Bormans, 
qui  a  relevé  nombre  de  documents  de  diverse  valeur, 
fait  observer,  dans  son  curieux  livre  sur  la  Paroisse  Saint- 
André  ,  p.  414,  que  le  peuple  n'eut  de  magistrats,  que 
vers  le  milieu  du  XIIIe  siècle,  bien  que  ses  premières 
franchises  soient  antérieures.  «  Mais,  ajoute  l'auteur,  on 
peut  supposer,  avec  vraisemblance,  que  même  avant  la 
création  des  maîtres,  des  hommes  influents,  considérés 
comme  les  chefs  du  peuple,  avaient  l'habitude  de  se 
réunir  dans  une  maison  portant  pour  enseigne  une  Vio- 
lette, ayant  peut-être  une  fenêtre  ronde,  une  .rosace,  et 
transformée  ensuite  peu    à  peu  en  maison  communale.  » 

Le  raisonnement  est  juste  sur  la  question  des  locaux;  et 
ce  moment  où  existent  les  magistratures  communales  est 
décisif.  Ajoutons  que  des  documents,  plus  récemment 
dépouillés,  permettent  de  reculer  l'avènement  de  celles-ci 
de  vingt  années  dans  le  passé  ;  et  leurs  origines  ,  plus  loin- 
taines ,  nous  conduisant  jusque  à  peu  près  vers  l'an  1200. 
Il  y  a  en  outre  certaines  conclusions  ;'t  'tirer  tant  du  voi- 
sinage de  la  Violette ,  de  la  Halle ,  que  de  deux  textes 
de  chroniqueurs. 

Relativement  à  l'emplacement,  qui  n'a  jamais  changé, 
de  la  Maison  de  la  Violette ,  nous  connaissons  cet  ordre 
de  voisinage  :  devant  le  marché ,  le  petit  édifice  dit  à  la 
Violette,  qui  devant  la  Maison  de  la  Cité;  la  Halle  des 
tanneurs,  bien  autrement  considérable  ;  enfin,  la  manghenie 
ou  boucherie. 

Le  lieu  était  fréquenté  par  les  bouchers  et  les  tanneurs , 
leurs  confrères;  des  échoppes  ou  staux,  s'établissaient 
tout  autour  de  leur  Halle,  et  l'on  n'ignore  pas  que  les 


—  326  — 

gens  de  cette  profession,  les  bouchers  surtout,  se  sont 
distingués  dans  le  cours  de  toute  notre  histoire  par  leur 
esprit  de  corps  et  une  indépendance  des  plus  turbulentes. 
Il  est  assez  naturel  cle  penser  que  c'est  dans  la  Halle 
des  tanneurs,  local  qui  s'y  prêtait  sans  doute  le  mieux, 
que  se  sont  noués  d'abord  pour  continuer  ensuite,  les 
divers  projets  d'organisation  de  nos  premières  corpora- 
tions. Plus  tard,  les  réunions  devenues  régulières  se  seront 
tenues  dans  la  maison  voisine  ,  celle  de  la  Violette,  devenue 
la  Curia  civium,  la  maison  civique ,  pour  répondre  à  des 
besoins  communs,  définitivement  reconnus. 

Il  a  dû  en  être  ainsi  ;  et  partout,  dans  la  vie  publique, 
l'établissement  des  locaux  est  devancé  par  les  faits  qui 
rendent  ceux-ci  utiles  ou  nécessaires. 

Nous  rencontrons  d'ailleurs,  chez  nos  premiers  his- 
toriens ,  ces  textes  dont  nous  avons  à  tenir  compte ,  car 
ils  visent  les  commencements  de  nos  annales  politiques. 

Gilles  de  Liège,  dit  le  moine  d'Orval  (II,  p.  209), 
raconte  comment,  avant  d'être  vaincu  à  Steppes  en  1213, 
le  duc  de  Brabant  avait  réussi  à  s'emparer  de  Liège  par 
surprise  : 

«  Le  jour  suivant,  dit-il  en  latin,  le  duc  de  Brabant  n'hésita 
pas ,  bien  que  ce  fût  dimanche ,  à  enfoncer  la  Halle  et  à 
en  tirer  pour  l'emporter,  tout  ce  qu'il  y  avait  trouvé...  « 

D'autre  part,  Placentius  ( Catalogus  Antistitum  Leo- 
diensium)  relate  ainsi  le  pillage  de  1212  : 

f<  La  maison  civique  , qu'on  appelait  la  Halle,  où  les 
insignes  des  maîtres ,  les  décrets  et  les  privilèges  étaient 
conservés,  fut  incendiée  de  sa  propre  main,  et  réduite 
en  cendres.  » 

Que  l'annaliste  ait  ou  •  non  attribué  à  cette  époque 
reculée  des  habitudes  subséquentes,  il  n'en  parait  pas 
moins  établi  que  la  Halle  a  joué  tout  d'abord  un  rôle  plus 
important  que  celui  d'un  simple  local  de  métier.  Elle  a 
devancé  la  Violette.   Mais  la  Halle  devait  rester  la  pro- 


-   327  — 

priété  des  tanneurs ,  destinée  à  l'usage  exclusif  du  métier. 
Du  moment  où  les  réunions  des  chefs  des  métiers,  des 
maîtres,  des  premiers  magistrats  populaires,  devinrent 
régulières ,  la  petite  maison  «  joindante,  »  probablement 
enseignée  à  la  Fleur  de  Violette ,  leur  servit  de  siège ,  non 
plus  occasionnellement,  mais  régulièrement. 

La  Violette ,  remplace  donc  la  Halle  ;  puis ,  nous  le 
verrons,  elle  la  fait  reculer;  finalement,  elle  la  supprime. 

Il  en  arrive  sur  le  marché  de  Liège  comme  au  Forum 
Romanum.  Précisément  les  bouchers  évacuent  aussi  la 
place  pour  se  retirer  de  leurs  tabernae,  dans  le  macelliim 
établi  loin  des  basiliques.  On  retrouvera  les  nôtres  en  leur 
Mangonie  de  la  Vesque-Court. 

Quant  à  la  Violette,  l'état  de  propriété  de  celle-ci  dut  de 
bonne  heure  être  compliqué  pour  toutes  sortes  de  conven- 
tions auxquelles  elle  servit  de  gage.  Probablement  le  dé- 
pouillement des  chartes,  plus  avancé,  fournira  de  nou- 
veaux éléments  de  connaissance  sur  ce  point.  En  attendant, 
dans  la  copie  manuscrite  du  cartulaire  de  S'-Lambert  faite 
par  Hinnisdael,  (dépôt  de  l'Université)  nous  relevons 
de  notre  côté,  cette  pièce,  n°  461,  dont  il  n'est 
pas  parlé  dans  l'inventaire  des  chartes  dressé  par 
G.  Schoonbroodt.  Nous  la  traduisons:  «Assignation  de  50 
sols  sur  la  maison  de  la  Violette.  Après  des  dissen- 
timents survenus  entre  le  Chapitre ,  d'une  part ,  et  les 
Maîtres,  Échevins ,  Jurés,  etc.,  d'autre  part,  une  con- 
vention est  intervenue  au  moyen  de  300  marcs  en  deniers 
liégeois ,  à  payer  par  les  Maîtres ,  les  Échevins,  etc. ,  au 
Chapitre ,  sur  laquelle  somme  le  Chapitre  a  assigné  à 
A.  De  Blankenhem  Prévôt,  pour  le  bien  de  la  paix  50  sols 
sur  la  maison  de  la  Violette.  La  discorde  était  née  à  l'oc- 
casion de  la  Sauyenière  et  d'autres  affaires.  L'an  1294, 
le  samedi  après  la  Toussaint.  »  Faisons  observer  que  le 
Prévôt  de  S'-Lambert  avait  la  Sablonnière  ou  Sauvenièrç 


—  328  — 

dans  sa  juridiction;  et,  quant,  à  l'hypothèque  prise  sur  la 
maison,  elle  implique  précisément  la  reconnaissance  du 
siège  social  de  la  commune  et  sa  valeur  en  général  dans 
les  transactions. 

L'obituaire  de  Saint-Lambert  porte  la  mention,  sans  date, 
d'un  don  de  30  marcs  par  un  chanoine ,  prévôt  de  Saint- 
Denis,  pour  lequel  le  Chapitre  avait  à  toucher  40  sous  sur 
la  Violette. 

Un  texte  latin  du  registre  de  la  dite  église,  cité  aussi  par 
M.  Bormans  (Par.  Sl-André .  p.  414),  nous  dit  à  l'an  1348: 
«  La  maison  de  la  Violette,  sise  près  du  Marché,  Viola  in 
foro,  doit  à  l'église  annuellement  12  marcs  et  les  maîtres  de 
la  cité  l'occupent  avec  les  Quatre  dits  de  la  Violette ,  pour 
le  cens  susdit.  » 

Sur  le  Marché,  ce  centre  de  l'ancienne  ville,  où  tout 
aboutissait,  venaient  se  grouper,  dans  toute  condition,  les 
monuments  les  plus  divers  par  leur  destination ,  il  s'élevait 
une  autre  construction,  de  pierres ,  jadis  propriété  du  Cha- 
pitre. C'était  la  maison  échevinale  dite  le  Destroit  des 
Echevins,  qui  y  avaient  établi  le  siège  de  leur  office, 
moyennant  une  redevance. 

Le  Détroit  était  situé  au  pied  des  degrés  de  St-Lambert, 
donnant  sur  le  Marché ,  proche  cle  la  Violette ,  et  presque 
vis-à-vis.  La  maison  des  echevins  était  autant  à  l'usage 
de  leur  collège  qu'à  celui  de  leur  tribunal.  Ils  s'y  rassem- 
blaient en  cérémonie ,  y  avaient  une  petite  chapelle  où 
tous  les  jours  ils  entendaient  la  messe,  et  une  salle  dite 
de  Saint-Michel,  où  ne  se  pouvait  faire  autre  œuvre  de 
justice  que  de  juger  et  d'enregistrer  des  actes  de  notaire. 

Le  Patron  de  la  temporalité,  publié  par  M.  Polain 
(Hist.  de  Liège,  II,  p.  433),  s'explique  ainsi  sur  le  Détroit: 

«  Item,  affiert  az  esquevins  de  Liège  en  général  comme 
leur  bon  hôritaige  ly  maison  où  ilz  jugent,  assavoir  :  celle 
de  pierre  commenchant  après  des  degrez  de  la  grande 


—  329  — 

égliese  de  Liège  et  allant  en  arrière  vers  le  parvis, 
excepté  le  cellier  et  salveit  (sauf)  le  droiture  délie  égliese 
et  parmy  sept  marcs  de  cens  qu'ilz  en  rendent  à  privost 
de  la  ditte  égliese ,  et  che  qu'ilz  en  rechoivent  defours 
(dehors)  tourne  en  leur  singulier  profit.  Et  debveis  scavoir 
que  totte  la  ditte  maison  gist  es  borne  délie  encloistre  et 
n'y  puelt-on  faire  nulles  œvres  de  Justiche  ne  rien 
mettre  en  warde;  mains  ly  maison  de  planche  à  devant 
sur  le  marchiet ,  giest  sur  le  warissay...  » 

Donc,  ne  pouvant  avoir  d'action  effective  sur  les  citains, 
si  ce  n'est,  comme  on  disait,  «rsor  leur  propre  xhamme»,' 
à  savoir  d'un  local  établi  sur  le  Waryssai  (Wérixhay, 
Wérisket)  ou  terrain  communal,  les  échevins  avaient 
obtenu  de  leur  saingnor,  du  prince,  l'érection  d'un 
édicule  de  planches  devant  la  maison  de  pierres  sise 
sur  le  territoire  du  Chapitre.  Leur  office  public,  mesures 
d'exécution  et  proclamation  de  mise  en  garde  de  loi,  se 
trouvait  là  sur  le  territoire   urbain. 

Le  sens  du  mot  Détroit  dès  lors  nous  paraît  clair.  Le 
terme  destrictus  a  donné  à  la  langue  française  dcstreiz, 
destroit,  détroit  et  district.  Il  signifie  emplacement,  terri- 
toire,  étendue  de  juridiction.  Après  ce  sens  premier  de 
Juridiction  scabinale  liégeoise ,  le  Détroit  a  désigné  simple- 
ment le  Prétoire  des  échevins. 

Il  convient,  avant  d'aller  plus  loin,  d'achever  la  citation 
de  Hemricourt,  qui  nous  renseigne  sur  la  loge  de  bois 
du  Détroit.  Elle  est  sise  sur  le  Warissay,  mais  les 
matériaux  appartiennent  «  à  Saingnor  ,  et  le  doib  tenir 
h  ses  frais,  c'est  à  entendre  des  émolements  délie  jus- 
tiche ,  où  ly  Voweit  prend  et  maintient  ly  Prévost  ;  et 
dyent  ly  saingnors  de  Capitle  que  si  nécessiteit  leur 
astoit,  à  cause  de  leur  fabricque,  de  ravoir  por  l'amende- 
ment délie  Engliese  la  ditte  maison,  qu'iiz  le  poroyent 
reprendre  et  faire  leur  volonteit.  » 

23 


—  330  — 

Là,  comme  partout,  les  froissements  suivaient  le  point 
de  contact. 

L'histoire  du  Détroit  des  échevins  est  liée  à  celle  de  la 
maison  des  maîtres  ;  mais  les  deux  édifices ,  comme 
leur  rôle,  sont  placés  à  l'opposite  l'un  de  l'autre.  D'une  part, 
l'ancien  droit  et  la  Loy ,  les  vieilles  traditions  d'une 
première  administration  urbaine  déjà  surannée ,  conservées 
par  une  aristocratie  de  robe  ,  gardant  son  mandat  seigneu- 
rial ;  de  l'autre,  des  besoins  nouveaux,  une  administration 
populaire  toujours  renaissante,  s'assurant  pour  l'avenir 
une  puissance  plus  grande,  même  prête  à  frapper  de  mort 
qui  touchait  aux  franchises  obtenues. 

Marquons  donc  ici  les  points  principaux  de  notre  ancienne 
topographie  politique  :  le  territoire  claustral,  la  double 
maison  des  échevins  ,  la  halle  des  tanneurs,  puis  l'édifice 
séparé  et  indépendant  de  la  Violette,  telles  sont  en  résumé 
les  étapes  que  nous  avons  à  désigner  sur  cette  voie  de 
progrès  continu  suivie  par  notre  bourgeoisie  avant 
d'asseoir  définitivement  son  siège  et  d'y  augmenter  sa 
puissance. 


II 


La  Violette,  deuxième  édifice  ;  organisation  intérieure 
et  fonctions  des  magistrats ,  principalement  suivant 
la  chronique  de  Jean  de  Stavelot  et  les  documents 
de  Bartollet;  autonomie  communale;  la  destruction 
de  la  ville  par  le  duc  de  Bourgogne  et  ses  suites. 
1394-1497. 


Ce  fut  précisément  la  plus  petite  de  nos  Maisons  de  Ville 
qui  présida  aux  destinées  de  la  commune  pendant  la 
période  importante  de  l'affranchissement  de  la  bourgeoisie. 
Elle  vit  l'effort  le  plus  puissant  comme  le  plus  utile  à  la 
consolidation  des  pouvoirs  communaux  :  elle  reste  d'autre 
part,  la  plus  inconnue  comme  édifice.  Mais  l'emplacement 
est  fixé ,  et  si  déjà,  remplissant  son  premier  rôle ,  la  pre- 
mière Maison  de  la  Cité  a  vécu ,  ses  traditions  restent. 

Vers  l'an  1394,  la  Violette  tombant  de  vétusté,  on  la 
réédifia. 

C'est  cette  nouvelle  construction  et  l'ancienne  à  la  fois, 
que  vise  le  texte  manuscrit  du  Répertoire  de  quelques 
antiquités  recueillies  par  Maître  Jean  Ryckman  en  1590  : 
«  Elle  avait  été  en  estre  deis  l'an  1404,  et  plus  avant  comme 
je  croy».  Précisant  davantage,  comme  d'autres  historiens 
liégeois,  Foullon  (Hist.  pop.  Leod.  II,  p.  42)  raconte  qu'  «il 
fut  accordé  par  une  décision  de  la  cité  du  28  mai  1394, 


—  332  - 

des  exemptions  d'impôt ,  de  corvées  et  du  guet,  et  la 
jouissance  des  droits  de  bourgeoisie  pendant  treize  ans, 
à  des  Lombards  ou  prêteurs  sur  gages ,  disons  banquiers,  à 
la  condition  qu'ils  compteraient  une  somme  nécessaire  à  la 
construction  de  la  Maison  de  Ville  :  «  pro  xdificio  novx 
domus  civicx  dette  Violette». 

Ce  fut  toujours  dans  l'ancien  temps,  une  opération 
imprévue  et  difficile,  que  de  faire  un  fonds  pour  l'édifica- 
tion d'un  monument  civil.  De  plus ,  il  faut  admettre  que  la 
bourgeoisie  entendait  que  la  Maison  de  la  Cité  fût  cons- 
truite dans  de  meilleures  conditions  que  l'ancien  local 
fortuit.  Néanmoins  on  voit  combien  restait  pénible  encore 
le  maintien  de  cet  établissement  communal,  où  ne  s'exer- 
çaient d'abord  que  certains  pouvoirs  administratifs  ;  mais, 
ceux-ci  vont  toujours  grandissant ,  au  point  de  contre- 
balancer tous  les  autres,  même  de  les  déborder. 

Cela  se  vit  surtout  au  temps  de  la  faction  populaire  des 
Haydroits,  révoltés  contre  Jean  de  Bavière  (1390),  finale- 
ment ennemis  déclarés  de  la  Loi,  d'où  vint,  dit-on,  le  nom 
injurieux  d'osores  juris.  Cette  loi  paraît  avoir  été  celle 
du  prince  ,  dominée  par  le  principe  mal  traduit  d'Ulpien  : 
«  quod  principi  placuit  legis  babet  vigorem.  » 

De  plus,  la  nouvelle  Maison  communale  était  à  peine 
assise,  que  déjà  la  ruine  s'annonçait,  la  ruine  même  de  la 
commune  enveloppée  dans  un  désastre  complet. 

Du  moment  où  le  Chapitre  eût  porté  ambitieusement  son 
choix  sur  Jean,  prince  de  Bavière,  allié  aux  ducs  de 
Bourgogne  comme  aux  principales  maisons  souveraines  de 
l'Europe ,  la  direction  de  la  principauté  se  mêle  à  la 
grande  politique  de  l'époque  et  cette  rencontre,  comme 
elle  le  fut  toujours,  ne  pouvait  manquer  de  lui  être  fatale. 
Elu  à  17  ans,  le  prince  maladroitement  conseillé,  fut 
chassé,  et  de  Maestricht,  où  il  avait  établi  la  cour  de 
l'official ,  tout  en  fermant  celle  des  échevins  de  Liège ,  il 


-  333  - 

appela  à  son  aide  le  duc  de  Bourgogne.  Henri  de  Perwez 
fut  à  Liège  nommé  Mambourg,  et  Thierry,  son  jeune  fils, 
prince  désigné.  En  ces  temps  troublés,  il  y  avait  tout  aussi 
bien  deux  empereurs  et  deux  papes,  et  chaque  parti 
liégeois  trouva  à  qui  recourir ,  tandis  que  dans  la  Cité 
régnaient  la  vengeance  et  la  persécution.  La  bataille  d'Othée 
(22  sept.  1408)  mit  fin  à  cette  situation.  Elle  fut  gagnée 
par  le  duc  de  Bourgogne  et  le  comte  de  Hainaut,  sur  les 
Liégeois,  qui  perdirent  sur  le  terrain  une  quinzaine  de 
mille  hommes.  Le  prince-évêque  reçut,  en  guise  de 
trophée,  la  tête  de  son  rival,  et  il  n'y  eut  de  cruautés 
que  les  princes  ne  commirent.  La  sentence  qu'ils  rendirent 
contre  la  Cité  (24  oct.  1408)  supprima  tous  ses  droits:  plus 
de  maîtres,  ni  de  corps  de  métiers  ;  la  justice  au  prince, 
et  passage  libre  aux  ducs  avec  gens  d'armes  et  autres  ; 
220,000  écus  d'or  à  payer. 

On  brûla  sur  le  marché  les  étendards  des  métiers  ; 
les  chartes  et  lettres  de  la  Cité  furent  transportées  à  Mons , 
où  l'on  fit  disparaître  notamment  l'ancien  acte  par  lequel 
Richilde  inféodait  le  Hainaut  à  la  principauté  liégeoise. 

Cependant,  le  Chapitre  représentant  au  Prince  que  ses 
alliés  consommaient  la  ruine  même  du  pays,  un  rétablisse- 
ment partiel  s'ensuivit.  Si  le  Chapitre  ,  qui  le  désirait 
avant  tout,  obtint  à  nouveau  des  privilèges ,  la  Cité  rentra 
en  possession  d'un  certain  nombre  de  ses  chartes,  et  en 
1418,  Jean  de  Bavière,  cherchant  à  faire  profit  des  biens  de 
sa  nièce  Jacqueline  de  Bavière,  résigna  l'évêché.  Son 
successeur  Walenrode  régna  dix  mois ,  tout  juste  assez 
de  temps  pour  rendre  à  la  Cité  ses  anciennes  franchises. 

Il  nous  fallait  résumer  au  moins  le  règne  de  ce  prince  de 
Bavière  —  que  Monstrelet  appelle  Jean-sans-pitié  —  pour 
rester  au  courant  des  faits  d'une  importance  générale, 
et  marquer  les  conséquences  qu'ils  entraînent  au  point  de 
vue  de  l'histoire  de  la  commune.  Si  malheureux  qu'ait  été 


—  334  — 

le  règne  de  Jean,  il  n'est  encore  que  le  prologue  de  celui 
de  Louis  de  Bourbon.  Au  vainqueur  d'Othée,  à  Philippe  dit 
le  bon  duc,  succédera  Charles  le  Hardi  :  la  Bourgogne 
victorieuse ,  tiendra  à  garder  sur  Liège  une  influence  que 
déjà  lui  dispute  la  France  ,  car  les  intrigues  de  Charles  VII 
précèdent  celles  de  Louis  XL  Dès  le  début  du  XVe  siècle, 
après  la  période  d'expansion,  la  commune  liégeoise, 
comme  les  autres,  a  rencontré  les  princes,  puissants  et 
coalisés,  abusant  du  droit  draconien  de  la  guerre.  Il  n'a 
manqué  à  leur  entrée  dans  Liège ,  après  la  victoire 
d'Othée ,  que  le  meurtre  et  l'incendie  organisé  :  cela 
viendra  au  lendemain  de  la  journée  de  Brusthem. 

On  ne  peut  cependant  qu'admirer  la  force  de  ces  institu- 
tions communales,  si  nécessaires  qu'elles  renaissent  avec  la 
génération  nouvelle  :  quelque  grand  que  soit  le  désastre, 
il  est  suivi  d'une  restauration,  et  le  peuple  de  la  Cité 
ressaisit  ses  droits. 

Précisément,  c'est  au  début  même  des  succès  sanglants 
de  l'époque  princière,  que  l'on  peut  le  mieux  étudier 
l'organisation  communale,  laquelle  se  résume  complète  vers 
la  fin  du  XIVe  siècle.  Betraçons  celle  de  Liège,  non  d'une 
façon  abstraite,  mais  directement ,  en  suivant  d'abord  le 
texte  même  d'un  chroniqueur  contemporain,  Jean  de 
Stavelot.  Comme  il  raconte  dès  l'an  1400  les  événements 
auxquels  il  assiste ,  et  ceux-ci  se  passant  généralement  a 
l'intérieur  de  la  Cité  ,  nous  avons,  suivant  la  loi  naturelle 
du  Myreur  des  histors,  un  tableau  ad  vivum  de  nos 
anciennes  institutions.  Il  ne  faut  qu'un  peu  d'attention  au 
lecteur  pour  en  apprécier  les  traits  ici  rassemblés. 

Alors  que  tout  entier,  comme  Froissard  ou  Hemricourt, 
aux  grandeurs  mondaines,  Jean  d'Outremeuse  le  père  de 
l'histoire  liégeoise,  ne  parle  que  l'une  ou  l'autre  fois  à 
peine  de  la  Violette;  celle-ci  est,  tout  compte  fait,  nomi- 
nalement  citée   trente-cinq   fois   par   Jean    de    Stavelot  , 


—  335  — 

continuateur  du  premier,  «  vestu  et  tondu  moine  »  en  notre 
abbaye  de  Saint-Laurent. 

Pareille  mention  ne  pouvait  manquer  d'être  fréquente 
dans  une  chronique  qui ,  suivant  son  sujet  et  prenant 
l'histoire  au  point  où  nous  venons  de  la  laisser,  rencontre, 
après  le  règlement  des  affaires  papales,  toutes  sortes 
d'événements  liégeois  intéressant  le  centre  de  la  Cité. 

Relevons,  pour  commencer  ce  chapitre  d'antiquités 
liégeoises  ou  wallonnes ,  les  passages  où  l'importance  et 
l'utilité  de  la  Violette  sont  signalées. 

On  tenait  en  celle-ci  comptabilité  et  registre  de  la 
bourgeoisie,  appelée  bourgeoisie  de  la  Violette  :  «  Chascon 
qui  acquérir  voirai  la  borgerie  de  ladit  citeit,  assavoir  del 
Violet ,  acquérir  le  porat  d'hors  en  avant ,  solonc  la  tenure 
délie  paix  diérainment  faite  à  Tongre ,  parmi  X  florins  de 
Riens  (  Rhin  ) ,  paiant  aux  I1II  rentiers  deldit  citeit,  et  non 
plus  avant  (Lettre  des  VIII,  touchant  les  statuts,  scellée 
en  la  grande  salle  de  la  cité ,  1403). 

Les  chefs  des  Haydroits  que  l'on  peut  saisir  sont  empri- 
sonnés à  la  Violette  (p.  120  de  la  dite  Chronique  de  J.  de 
Stav. ,  publiée  par  Rorgnet)  «  canoynes ,  clercs,  preistres 
et  laiics  gens  qui  estaient  del  partie  del  Hédrie... ,  furent 
ameneis  en  prison  elle  Violete  ;  et  cheaz  qui  porent  esca- 
pair,  chu  fut  bon  por  eaux.  » 

Dans  le  Noveal  régiment  de  Liège,  par  Heinsberg  (Ibid,, 
p.  208)  :  «  ...Ordinons  que  les  quattres  délie  Violette 
ne  soy  nielleront  d'ors  en  avant  de  rechivoir  les  rentez, 
emolumens,  profis  ou  altres  queilconques  redevabiliteiz  ou 
droitures  délie  citeit  ;  mais  y  seirat  deputeis  par  le  citeit 
une  personne  idone  (  capable  )  à  Rentier  ,  qui  les  leverat  et 
rechurat  et  aussi  paierait  chu  qu'ilh  besognerat  à  payer 
tant  pour  les  frais  des  maistres,  jureis,  conseille  ,  clercs  et 
variés  qui  seiront  a  tenir  journeez  ou  parlement,  comme 
pair  aultres  necessiteis...    »    Plus  loin,   ces  pouvoirs  de 


—  336  - 

Tunique  Rentier  ou  Receveur  de  la  cité  sont  limités  au 
temps  de  paix;  autrement,  il  faut  l'avis  de  la  Cité,  et  le 
traitement  annuel  de  cette  charge  est  fixé  à  20  florins 
du  Rhin. 

La  première   moitié   du   XVe  siècle  (1427-1433),  sous 
Heinsberg,    est  signalée    dans    notre     histoire    par    les 
troubles  suscités  par  les  d'Athin.   C'était   ceux-ci,   toute 
une   famille  de  démagogues  ambitieux  et  populaires,    si 
adroits  qu'aujourd'hui    encore,  à   quatre    siècles  de    dis- 
tance,   leur    mémoire    s'est    conservée   dans  un   dicton 
wallon  :  en  savoir  aussi  long  que  Wathieu  d'Athin.  Celui-ci 
était  l'aîné  ;    il    avait  accaparé  toutes  les  charges  et  les 
profits  de  la  chose  publique ,  et  il  était  assez  puissant  pour 
faire  mettre  au  ban  des  métiers  le  Chapitre  de  Sl-Lambert, 
condamnée  la  disette.  Ce  moyen,  connu  du  populaire  ,  de 
réduire  à  merci  des  adversaires,  fut  de  même  pratiqué  à 
l'égard  des  échevins.  A  la  fin,  les  exigences tyranniques  de 
Wathieu  révoltèrent   le  peuple  lui-même,  et  il  fut  exilé. 
Mais  il  laissait  en  ville  son  frère  Guillaume,  ancien  bourg- 
mestre, et  celui-ci  souleva  la  cité,  faisant  fuir  l'évèque, 
qui  traita  avec  Wathieu.  Effet  de  la  haine  des  Grands, 
la  bourgeoisie  refusa'  de  réintégrer    Wathieu    dans    ses 
droits.  Mais  il  avait  ses  partisans,   gens  de  la  campagne 
surtout.  Une  vaste  conspiration  fut  ourdie,  qui  eût  eu  pour 
effet  de  donner  Liège  tout  entière  au  chef  de  la  faction ,  si 
des  bourgeois  attardés  la  nuit  du  5  janvier  1433  ,  veille  des 
Rois,  entendant  du  bruit,  n'eussent  constaté  que  le  Pont- 
d'Ile ,  le  Marché,  étaient  occupés   par   des   gens   armés  : 
ceux-ci  étaient  déjà  à  la  Violette  avec  leur  chef...  On  sonna 
la  cloche;  les  métiers  accoururent,   et,  après  une  lutte 
sanglante,  mirent  en  fuite  les  d'Athin  et  leurs  gens... 

Il  serait  long  de  suivre  pas  à  pas  Jean  de  Stavelot, 
prévenu  contre  toute  faction  populaire  et  racontant  en  son 
langage    d'Ardennais  lettré  les  faits   qui  précèdent,   car 


-   337  — 

ceux-ci  occupent  une  très-grande  part  de  sa  chronique. 
Il  doit  nous  suffire ,  après  le  résumé  qui  précède  ,  de 
rappeler  sommairement  les  circonstances  intéressant 
spécialement  l'histoire   communale. 

Au  jour  de  la  Visitation  de  N.-D.,  de  l'an  1432,  éclate 
une  sédition  causée  par  l'abrogation  violente  du  règlement 
de  Heinsberg  sur  l'élection  magistrale.  Guillaume  d'Atbin 
vit  contester  son  élection  faite  par  craie  et  à  sieulte ,  c'est-à- 
dire  comme  jadis,  par  XXXII  électeurs,  nommés  chacun 
directement  par  un  des  métiers  votant  dans  sa  Chambre 
en  séance  (sieulte),  où  les  votes  étaient  inscrits  à  la  craie 
en-dessous  du  nom  de  chaque  candidat. 

Le  moine  de  S'-Laurent  nous  montre  (p.  285  et  suiv.) 
la  bande  des  d'Albin  descendant  la  Sauvenière,  l'évêque 
se  sauvant  à  S'-Larnbert  par  les  degrés  du  Marché,  non 
sans  dire  aux  deux  bourgmestres  :  «  Maistres ,  pensez  à 
vos  ;  car  je  ne  say  que  ches  gens  vuelent  faire  ;  ilh  acurent 
enssi  com  gens  qui  sont  fours  de  leurs  sens.  »  En  effet, 
les  fenêtres  de  la  Violette  sont  brisées  à  coups  «  de  glaives 
et  de  bastons».  Les  maîtres,  qui  étaient  ((montés  sur  la 
Violette  » ,  des  fenêtres ,  essayent  de  parlementer ,  et 
Guillaume  d'Athin  en  fait  autant  des  «greit»  ou  escaliers  de 
Saint-Lambert.  Tous  les  pennonceaux  des  métiers  sont  sur 
le  Marché  ;  quelques-uns  de  ceux-ci  portaient  leur 
grande  bannière,  et  il  y  en  avait  jusqu'à  la  rue  des 
Mineurs.  On  lit  venir  à  la  Violette  le  Coffre  de  Sl-Jacques, 
où  étaient  les  franchises  ;  et  comme  il  était  «grand  et 
pessanto  il  y  fut  transporté  sur  des  tinâs,  jougs  qui 
servent  à  porter  les  seaux  d'eau  ou  la  bière...  On  consulta 
sans  doute  la  lettre  des  anciennes  chartes,  et  cette  journée 
se  passa  sans  malheur.  «  Lendemain  del  Notre-Dame,  mon- 
tant les  Maistres  en  charge  sur  la  Violette ,  avoient  avec 
eux  et  leur  Conselh  grands  arguments  por  les  parties». 
Le  jour  suivant,  le  Conseil  de  la  Cité  se  rassemble  encore 
«  com  ilh  est  accoustumeit», 


—  338  - 

Cependant  les  troubles  continuent,  et  après  le  guet,  on 
voit  chaque  métier  revenir  par  le  Marché,  faire  sa  montre, 
ou  défilé,  devant  la  Violette.  Plus  d'une  fois  on  «  met  le 
grant  Conselh  de  la  Citeit  ensemble;  »  Guillaume  d'Athin 
vient  à  la  Violette  :  «  et  là  s'assèit  Wilhelm  d'Atin  deleis 
li  chabas  (escabeaux,  scamna,  xhammes);  là  on  tient  les 
plais  des  Maistres  à  la  tauble  ;  et  là  oit-ilh  pluseurs  parloirs, 
car  ilh  y  oit  grans  gens.  » 

Peu  à  peu  ,  vers  le  soir ,  les  partisans  de  d'Athin  le 
rejoignent,  remplissent  le  local  de  la  Violette,  s'éta- 
blissent sur  les  degrés  de  Sl-Lambert  dominant  le  Marché; 
ils  élèvent  devant  eux  des  barricades  de  bancs  et  de  paniers, 
et  ils  barrent  par  des  chaînes  l'entrée  des  rues  voisines. 
D'autres  avaient  occupé  les  ponts  d'Avroy  et  de  l'Ile  et  les 
hauteurs  vers  Ste-Walburge.  —  «  Maître,  vinrent  dire  la 
nuit  quelques  bourgeois  à  d'Athin ,  que  fait-on  là  dehors  ? 
Car  nous  y  entendons  bolorquier  (se  remparer,  du  mot 
bolwerk  )  et  nous  voyons  tant  de  gens  s'assembler  !  «  — 
S'il  y  a  des  gens  assemblés  ici,  répond-il,  les  autres  en  ont 
aussi  assemblé.  »  Les  bonnes  gens,  partisans  de  la  paix, 
disent  encore  :  «  Maître,  que  voulez-vous  faire?  Nous  ne 
savons  à  quoi  tout  cela  peut  servir;  il  nous  semble  que  ce 
soit  pour  détruire  la  Cité,  et  mettre  le  peuple  à  bas.  »  Et 
il  répondit  que  par  le  maillet  qu'il  tenait  en  sa  main,  il  ne 
voudrait  point  qu'il  arrivât  mal  à  la  ville.  Cependant  ses 
partisans  portaient  des  armes  sur  les  Degrés.  D'autre  part , 
le  métier  des  Houilleurs,  grands  partisans  de  d'Athin  pro- 
priétaire de  fosses,  se  disposaient  à  sortir  de  leur  Chambre, 
qui  était  «  as  grandes  ballanches  déleis  le  fàchon  (faucon), 
«  pour  aider  ceux  des  Degrés  ;  et  les  mangons  étaient  en 
Manghenie  en  rangs  serrés  sous  leur  pennonceau  ;  mais , 
tandis  que  les  Drapiers  hésitaient  à  l'annonce  du  tumulte, 
les  Fèvres  de  la  Vesque-Court,  firent  descendre  dans  la 
rue  leur  grande  bannière,  et  en  deux  détachements,  l'un 


-  339  - 

par  la  ruelle  de  la  Clé,  l'autre  par  la  grande  rue  du  Pont, 
arrivent  sur  le  Marché  ;  les  autres  métiers,  qui  étaient 
«  .en  Marchiet  sour  leur  Chambre  »  les  virent  venir ,  et 
«  cascon  avalât  les  degrés  (escalier)  là  où  ilz  estoient ;  et 
mirent  leur  penynecheais  delès  la  banire  des  Fèvres  » 
qui  étaient  venus  rejoindre,  de  Féronstrée,  lesCarliers, 
Merciers  et  Scieurs  ;  tandis  que  tous  ces  gens  se  massent 
en  face  de  la  "Violette  et  des  degrés  de- Sl-Lambert ,  les 
bonnes  gens  du  Vinàve  d'Outre-Meuse  gardaient  contre 
d'Athin  ce  pont  des  Arches  dont  si  souvent  on  barrait 
l'accès  contre  eux-mêmes.  Les  Meuniers  étaient  au  complet 
avec  la  grande  bannière  ;  il  n'y  avait  des  autres  que  des 
pelotons,  des  pennonceaux  des  Tanneurs,  Pesseurs 
( Pêcheurs ) ,  Cureurs  ( de  toile)  et  des  Carliers  ou  Charrons. 
La  foule  d'Outre-Meuse  les  suivit  par  Neuvice,  et  sur  le 
Marché  coururent  en  avant  quatre  compagnons  «  mult 
bien  armeis  et  qui  avoient  quatre  grands  espaffus  (armes 
défendues  par  les  statuts  )  en  leurs  mains  et  en  cenglant 
tout  le  marchiet  en  criant  haultement  :  «  Où  chont  ches 
trahitres  d'Atin  ?  »  Ce  fut  devant  eux  qu'eut  lieu  la 
première  débandade ,  et,  après  une  lutte  générale,  où  périt 
un  des  d'Athin,  les  partisans  de  ceux-ci  s'enfuirent 
«  leurs  voies.  » 

Tandis  que  les  Seigneurs  de  Saint-Lambert  chantaient 
matines,  on  annonça  partout  que  «  les  Fèvres  étoient 
maistres,  avoient  gangniet  les  grez  et  ootenut  la  plache 
ou  Marché.  »  Ceux-là  en  effet,  aidés  d'autres  gens  des 
métiers,  étaient  finalement  occupés  à  déconfire  les  Houil- 
leurs  en  leur  Chambre,  tuant  les  uns,  jetant  les  autres 
«  par  les  fenestres  des  planchiers  tou  viefs  chaïus  cre- 
veteis  ».  Et  le  cri  des  Fèvres  était  :  «  Où  sont-ilh  les 
trahitres  qui  nos  vuelent  r'oisteir  nos  frankies?  «  Quant 
à  d'Athin,  il  avait  pu  gagner  Montegnée,  et,  ajoute  le 
chroniqueur,  parlant  de  lui  et  des  siens  :  «  oncques  depuis 


—  340  — 

ne  revinrent.  «  Le  parti  des  Petits  n'était  pourtant  écrasé 
que  momentanément. 

Ce  fut  à  la  suite  de  ces  affaires  que  fut  créée  cette  Com- 
pagnie dite  des  X  hommes  ou  délie  Halle,  chargée  de  la 
garde  de  la  Violette  et  des  maîtres  en  charge  delà  Cité,  sur 
l'organisation  de  laquelle  nous  reviendrons. 

La  sédition  des  d'Athin  finit  heureusement  par  une  fête 
célébrée  en  commun  tant  par  les  gens  du  prince  que  par 
les  bonnes  gens  de  la  grande  bourgeoisie.  On  illumina  à  la 
Violette  avec  des  fallots. 

Une  lettre,  relatant  les  faits  et  scellée  du  grand  sceau  de 
la  Cité  et  de  ceux  des  32  métiers,  fut  ordonnée  «  par  manire 
d'alloianche  et  la  liist-ons  tous  les  ains  devant  le  peuple  en 
marchiet  le  jour  des  Trois  sains  Roys,  por  avoir  sovenanche 
del  victoir  que  le  peuple  del  citeit  eut  contre  cheaux 
d'Atin  cheli  nuit.  Et  en  font  les  mestiers  en  la  citeit  grant 
fieste  et  joie,  en  démontrant  grant  amour  h  uns  à  l'autre,  et 
soy  donnent  pluseurs  fois  des  beaux  dons  et  presens  en 
sovenanche  del  dit  journée.  Et  fait-ons  cheli  jour  trois  grans 
feux  sor  le  marchiet ,  et  y  art-ons  maintes  torches  et  fallos 
sur  le  Violet  et  sus  le  Destroit  car  les  sangnours  et  esque- 
vins  de  Liège  en  font  grant  fieste  avec  les  Mestiers  et  les 
altres  bons  borgeois;  et  les  bons  Mestiers  de  la  Citeit  en 
mynent  sour  leurs  Chambres  en  Marchiet  grant  fieste  cheli 
jour  et  la  nuit,ensiwant  annuelement,  détrompes,  de  nakars 
et  de  menestreis,  et  y  font  plusieurs  embattements  et  font  là 
leur  Roys  et  y  cantent  Noyel  noyel  et  plusieurs  altres 
chansons  en  grant  solas  » . 

Tels  sont  le  résumé  et  la  fin  d'un  long  épisode  relaté  par 
Jean  de  Stavelot,  riche  de  détails  sur  nos  antiquités  com- 
munales ;  ils  nous  représentent  d'une  part  la  topographie  du 
centre  de  la  Cité  Liégeoise  avant  sa  destruction  par  le 
Téméraire,  semblable  à  celle  que  nous  connaissons  aujour- 
d'hui; et,  d'un  autre  côté,  ils  nous  font  reconnaître,  dans 


-  341  — 

cette  ancienne  Maison  de  la  Violette,  le  prototype  de  l'édifice 
qui  lui  succéda  et  que  nous  pourrons  décrire  avec  plus 
de  détails  malgré  sa  disparition. 

Pour  achever  d'obtenir  les  renseignements  que  nous 
cherchons ,  suivons  encore  dans  les  diverses  parties  de  sa 
chronique  notre  moine  de  Saint-Laurent,  embesogné,«sans 
le  faire  exprès,  à  écrire  pour  nous  l'histoire  de  la  commune, 
encore  qu'il  ne  l'aime  point  tant  ;  à  preuve  qu'au  sujet  de 
louanges  publiques  adressées  à  l'un  de  ces  deux  varlets 
portant  la  livrée  du  perron  qui  servaient  d'agents  aux 
maîtres,  il  ajoute  malicieusement  :  «  Ghe  n'avient  nin  sovent 
à  cheaux  qui  servent  la  commone,  partant  que  en  la  com- 
mune sont  tant  de  maistres  que  ons  ne  les  puet  bien  servir  ». 

Néanmoins,  si  le  moine  chroniqueur  trouve  moins  avan- 
tageux de  servir  tout  le  monde  qu'un  seul  maître,  il 
connaît  bien ,  en  dépit  de  ses  préjugés  ,  la  commune 
liégeoise  et  son  récit  nous  est  aujourd'hui  d'autant  plus 
précieux  qu'il  n'a  été  publié  qu'après  l'étude  des  antiquités 
liégeoises  faite  par  nos  historiens  ou  nos  jurisconsultes.  En 
ramenant  ce  récit  même  à  l'ordre  systématique,  nous  allons 
tour  à  tour  rencontrer,  faisant  leur  office,  les  échevins,  les 
maîtres,  les  jurés  de  diverses  catégories,  les  fonctionnaires 
ordinaires  de  la  Violette,  la  garde  bourgeoise,  sans  que 
soient  oubliés  les  sceaux,  la  cloche  communale,  la  prison 
des  citains,  la  place  publique,  bref,  tout  ce  qui  composait  le 
personnel  et  l'appareil  de  la  communauté  liégeoise  avant  sa 
rencontre  avec  le  Bourguignon.  Sans  doute  il  n'est  question 
que  d'une  seule  période  de  l'histoire  qui  commence  vers 
l'an  1400;  mais  celle-là  est  d'une  importance  caractéris- 
tique, et  l'image  bien  datée  apparaît  ressemblante  et  sûre. 

S'agit-il  des  Echevins,  il  convient  cependant  d'ajouter 
aux  renseignements  tirés  de  ces  Chroniques,  quelques  autres 
indications. 

On  ne  peut  tout  d'abord  s'empêcher  de  regretter  la  perte 


—  342  — 

des  archives  de  la  cour  scabinale,  égarées  finalement,  à  ce 
qu'on  peut  croire,  dans  la  Flandre  française.  Avec  les 
comptes  communaux ,  ce  répertoire  constituerait  une 
double  série  de  documents  d'une  haute  valeur  pour  l'histoire 
morale  et  archéologique  de  la  Cité. 

D'autre  part,  on  possède  certains  commentaires  sur 
la  coutume  de  Liège ,  émanant  d'anciens  échevins ,  où 
dans  la  discussion  de  points  de  droit  se  retrouvent  des 
principes  d'organisation  générale. 

Nous  n'ignorons  pas  non  plus  l'existence  d'un  manus- 
crit de  notre  Abry  traitant  des  échevins  et  naturellement 
rendu  précieux  par  son  sujet  même;  s'il  est  pauvre  en 
observations  politiques ,  il  est  riche  sous  le  rapport  de 
la  nomenclature  personnelle,  des  généalogies  et  de  l'art 
héraldique. 

Le  manuscrit  d'Abry  est  ainsi  intitulé  :  Le  haut  et 
souverain  consistoire  des  seigneurs  échevins  de  Liège 
assemblé  sur  le  Dcstroit  au  Marché  dans  la  salle  Saint- 
Michel,  convoqué  des  tombeaux  et  archives ,  recueil  curieux 
de  leurs  blasons  et  qualités,  qu'ils  ont  portés  de  leur 
vivant,  de  leurs  alliances,  promotions ,  familles  et  obit. 

Ce  titre,  comme  ceux  de  l'époque,  présenté  à  Yaymante 
postérité,  équivaut  à  une  table  des  matières;  quant  à  la 
distribution  de  celles-ci ,  il  convient  de  dire  que  la  liste 
commence  à  Jean  de  Féronstrée ,  échevin  de  Liège  l'an 
1224,  et  plus  de  cent  cinquante  blasons  coloriés  sont  suivis 
chacun  d'une  très-courte  notice  personnelle  ;  finalement 
celle-là  se  poursuit  sans  dessins  jusqu'en  1793,  et  cet 
achèvement  est  dû  à  Simon  Abry,  successeur  de  son  père. 

Ce  travail  de  généalogiste  n'a  pu  nous  être  utile  : 
cependant  nous  pouvons  lui  emprunter  une  note  d'ordre 
politique  : 

«  Les  14  échevins  suivants,  est-il  dit,  ont  signé  la 
Lettre  de  ne  pas  contrevenir  aux  Franchises  et  paix  faites 


—  343  — 

Fan  1299,    la   nuitte  délie    Saint-Servaix,  comme   ils    se 
voyent  par  icelle  en  cet  ordre  : 

M.  Henry  Polard,  {14e  blason), 

Louys  Surlet , 

Thierry  de  Saint-Servaix , 

Jacques  de  Lardier , 

Jacques  Chabot,' 

Jean  de  Saint-Martin , 

Gérard  de  Gypleit , 

Jacques  de  Goires , 

Jean  de  Lardier , 

Jean  Surlet, 

Henry  de  Saint-Servaix , 

Lambert  délie  fontaine , 

Gilles  délie  Canges  ; 
et  fut  fait  en  pleine  obédience  sur  Saint-Michel.  » 

On  remarquera  l'appellation  locale ,  d'église ,  de  maison 
enseignée  ou  de  métier ,  qui  suit  le  simple  prénom  de  ces 
patriciens  et  seigneurs  bourgeois.  Quant  à  Jacques  de  la 
maison  du  Coires,  du  cor  ou  coin,  Abry  rappelle  plus 
loin  —  et  l'on  nous  permettra  de  citer  ce  détail  de  mœurs 
populaires,  que  le  dit  échevin  était  aussi  dit  «le  gros  nez», 
surnom  que  lui  avaient  appliqué  sans  doute  les  plaideurs 
wallons  et  les  voisins  du  Marché. 

L'excellente  préface  au  Paweilhars ,  ce  recueil  de 
décisions  judiciaires  rendues  par  les  échevins  (dans  les 
Coutumes  du  pays  de  Liège,  publiées  en  1870,  par 
Raikem  et  Polain ,  I  ) ,  offre  avec  le  Patron  de  la  Tem- 
poralité ,  de  Hemricourt ,  une  source  abondante  de 
connaissances. 

Bornons-nous  à  cette  partie  du  sujet  qui  touche  le  plus 
près  à  l'organisation  communale.  Le  résumé  partiel  du 
titre  XLIII  du  1.  I,  des  Instituts  de  droit,  de  Sohet,  peut 
suffire    à    notre    tâche.    Le    titre    est    ainsi    indiqué  ; 


—  344  — 

Les  Mayeur  et  Echevins  de  Liège.  On  y  retrouve  d'anciennes 
traditions  : 

1-5.  Etablissement  de  ce  .tribunal ,  —  attribué  à  saint 
Hubert. 

6.  «  Les  Echevins  de  Liège  ,  chargés  anciennement  de  la 
police  ,  députoient  tous  les  ans  deux  de  leur  corps  pour 
faire  les  fonctions  de  bourguemaitres ,  d'où  ils  ont  retenu 
une  clef  magistrale,  pour  faire  ouvrir  les  maisons  des 
bourgeois  aux  livrements  de  possession ,  et  le  droit  de 
taxer  le  pain  et  la  viande  en  carême,  le  droit  de  faire  les 
effractions  du  muid  et  d'établir  les  rewards  (jurés, 
arpenteurs).  Ils  gardent  les  prototypes  des  poids  et 
mesures.  (17-18). 

7-18.  La  juridiction  des  Echevins  de  Liège  était  autrefois 
souveraine  en  civil  comme  en  criminel;  leur  juridiction  en 
première  et  seconde  instances  es  causes  civiles  per- 
sonnelles ;  en  action  réelle  et  quand?  en  matières  criminelle, 
de  séquestration. 

19.  Il  y  a  toujours  ordinairement  deux  Echevins  avec  le 
grand  Mayeur  qui  sont  du  conseil  privé. 

20.  Ils  assistent,  aux  anniversaires  fondés  par  Erard  de- 
là Marck,  et  suivent  le  Prince  dans  les  processions 
publiques. 

21-23.  Ils  ont  la  préséance  sur  Messieurs  du  Conseil 
ordinaire. 

24.  Les  echevins  de  Liège  sont  nommés  par  le  Prince  et 
doivent  être  gens  de  bien,  capables,  non  artisans,  de 
mariage  légitime,  recouvrables  et  qualifiés  selon  les  paix  de 
Fexhe  et  des  Vingt-Deux,  et  comme  il  est  requis  par  les  lois 
de  l'empire  pour  juger  au  criminel. 

25.  Ne  peuvent  être  Echevins  de  Liège  ensemble,  père, 
fils,  frères,  oncles  et  neveux,  et  ce  nonobstant  toutes  dis- 
penses ou  contraire. 

26.  Ils  doivent  jurer  au  Chapitre  le  Serment  accoutumé. 
(Il  s'est  perpétué  jusqu'en  1794). 


—  345  — 

27.  Etant  reçus,  ils  doivent  avoir  rang  et  séance  selon 
l'ordre  de  leur  réception,  s'ils  ne  sont  nobles  de  race,  qui 
précèdent  «  les  ignobles  » . 

28-31.  Après  leur  réception,  ils  ne  peuvent  plus  se  rendre 
pensionnaires  d'aucun  Seigneur  Prélat  ni  autre  ;  ils  sont 
tenus  à  réside)-  au  lieu  de  leur  office;  tous  les  deux  ans,  ils 
ont  coutume  de  choisir  deux  de  leur  Collège,  sous  les  sceaux 
des  quels  ils  l'ont  expédier  les  actes  qui  se  passent  au  nom 
de  Liège  :  ce  sont  les    Maîtres  des  Echevins. 

32.  Les  Mayeur  et  Echevins  de  Liège  doivent  tenir  leurs 
plaids  ordinaires,  les  lundi,  mercredi  et  vendredi;  au  jeudi 
les  remises  ;«  esquels  plaids  sont  tenus  de  paroitre  en 
nombre  suffisant  et  pour  le  moins  de  9  heures  jusau'à 
midi  ». 

33.  Du  rang  et  de  la  «modestie  »  que  doivent  avon  les 
Avocats  et  les  Prélocuteurs  dans  la  Chambre  d'audience 
(  Maison  du  Détroit  ). 

Suivant  Jean  de  Stavelot,  "  Injure  ou  vilenie  dite  aux 
echevins  de  Liège  siégeant  en  justice,  ou  à  leurs  secrétaires, 
se  payait  par  une  amende  de  2  voyages  à  Roquemadour, 
près  Cahors,  suit  en  tout  20  florins  d'or  (p.  il). 

Les  echevins  ne  pouvaient  remettre  les  parues  qu'à  trois 
quinzaines  sans  plus,  ou  les  devaient  indemniser  pour  toute 
autre  citation  et  porte  de  temps;  ifs  n'avaient  nulle  part  aux 
amendes  prononcées  (p.  43). 

On  ne  pouvait  en  appeler  de  leur  tribunal  ;  le  prince- 
évêque  seul  était  leur  prince  souverain.  Ils  étaient  bien 
les  «  Chief  délie  loy  de  paiis  (p.  49)  ». 

Quand  ils  étaient  reçus  devant  le  Chapitre,  ils  juraient 
sur  les  Saints,  touchant  de  la  main  les  évangiles,  que 
jamais  et  en  aucune  façon  ils  ne  recevraient  rien  des 
parties  (p.  66). 

Uncitain,  tant  qu'il  veut  ester  en  justice  devant  le  mayeur 
et  les  echevins,  ne  peut  être  attrait  en  plus  grande  justice 


-  346  — 

(p.  153,  lettre  de  Philippe  I,  roi  des  Romains);  ils  étaient 
constitués  juges  naturels  des  bourgeois. 

Les  échevins,  ces  gardiens  de  la  loi  (p.  270),  étaient,  nous 
l'avons  dit,  au  nombre  de  14.  Dans  l'ordre  de  notre  cité, 
d'un  caractère  à  la  fois  très-composite  et  très-tranché,  les 
incompatibilités  étaient  marquées.  Nous  savons  qu'après  la 
rupture  déclarée  de  la  démocratie  avec  la  première  bour- 
geoisie riche  unie  à  l'aristocratie,  les  échevins  ne  font  plus 
partie  du  Conseil  de  la  Cité,  dès  432-4;  par  la  paix  de 
Wihogne,  en  1326,  ils  en  sont  exclus  d'une  manière 
déclarée.  De  même  qu'un  prêtre  ne  pouvait  être  inscrit  dans 
un  métier,  il  était  interdit  à  un  membre  du  Conseil  de  la 
Cité  de  faire  partie  du  Conseil  de  l-'évêque  ;  ce  dernier 
(Règlement  de  Heinsberg)  ne  pouvait  admettre  en  son 
Conseil  que  deux  des  échevins  et  le  mayeur.  Ne  fussent-ils 
que  deux,  encore  ceux-là  y  entraient-ils;  des  relations 
permanentes  restaient  ainsi  établies  entre  le  Palais  et  le 
Détroit.  A  la  suite  d'un  jugement  rendu  contre  lui,  le 
chanoine  Jean  de  Stembert,  écolâtre  de  Sl-Lambert,  profère 
contre  le  mayeur  et  les  échevins  des  propos  injurieux  :  le 
Chapitre  se  réserve  de  le  punir  d'une  forte  amende,  deux 
fois  la  taxe  du  voyage  de  Rome  (p.  578,  an.  1446). 

Quant  au  Détroit ,  le  local  des  échevins  ,  ajoutons  que  si 
on  y  déposait  les  actes  des  notaires,  on  y  rédigeait  les 
pièces ,  jugements  et  tous  actes  échevinaux,  en  langue 
latine  surtout,  tradition  gardée  par  un  corps  de  Scribes 
important;  les  maîtres  de  la  Cité  et  le  conseil  y  viennnil 
présenter  leur  requête  en  fixation  de  droit  (p.  504),  et 
l'évêque  Jean  de  Heinsberg  y  «  Jure  la  loy  »  (p.  1601  ). 

Les  citains  avaient  pour  juge  la  Loi,  appliquée  par  la 
cour  échevinale  ;  bientôt,  ils  mirent  au-dessus.de  la  Loi, 
le  Droit,  et  comme  troisième  principe  se  présente  le  Statut  : 
«  Très  judices  in  civitate:  Jus,  Lex ,  Statutum.  »  Des  lettres 
de  la  cité  (Barlollet,  Epitoma),  le  déclarent  ainsi.         * 


-  347  — 

Quant  à  la  Loi,  c'était  la  loi  du  pays,  territoriale,  gardée 
par  les  échevins  liégeois ,  auprès  desquels  se  conseillaient 
les  autres  cours  scabinales  :  plus  de  3,000  cours  de  hauteur, 
suivant  Hemricourt,  étaient  doctrinées  par  eux.  En  dehors 
des  droits  politiques  acquis  ou  qu'on  était  occupé  à  con- 
quérir, «  il  n'y  a  dans  la  Cité  de  Liège  qu'une  loi  en  vigueur, 
la  Caroline,  c'est-à-dire  de  Charlemagne,  et  le  Prince  n'en 
peut  établir  une  autre  sans  le  consentement  du  peuple.  » 
(Bartollet,  Epitoma  XXXVIII,  document  échevinal  de  1325.) 

Si  nous  observons  l'action  des  Maîtres,  commençons  par 
dire  que  ceux-ci  avaient  étendu  leur  juridiction  au  détri- 
ment des  autres  tribunaux.  La  paix  de  Tongres  ,  de  1403, 
leur  enleva  l'examen  des  cas  touchant  «  les  héritages , 
testaments ,  convenance  de  mariage ,  biens  de  sainte 
Eglise,  et  exécutions.  »  Ils  ne  devaient  plus  connaître  que 
des  cas  relatifs  aux  statuts,  franchises  et  libertés  de  la 
Cité,  aux  affaires  commerciales,  dettes  et  conventions. 
Encore ,  pendant  le  laps  de  temps  où  cette  loi  restrictive 
sortit  ses  effets,  tout  bourgeois  pouvait-il  même,  en  ces 
derniers  cas ,  recourir  au  tribunal  de  l'official ,  du  mayeur 
et  des  échevins  (p.  21). 

Les  maîtres  prêtaient  ce  serment  (p.  207)  :  «  quiconques 
seirat  esleus  Maistre  d'ores  en  avant  de  la  citeit ,  deverat 
avant  son  institution,  aile  présenche  des  anchiens  maistres  et 
conselhe  qui  eistre  y  vorront,  jureir  solempnellemenl  sour 
Saint,  que  pour  avoir  la  ditte  offiche,  il  n'a  donneit  ne 
promis  ,  ne  donrat  ne  promettrat  à  queilconqurs  personne, 
ne  par  luy  ne  par  altruit  en  secreit  ne  en  apeirt ,  IIII 
deniers  de  mannoye  de  Liège  ou  le  valoir  (équivalent), 
et  que  son  offiche  ferat  bien  et  loyalement  sans  fraude  ne 
mâlengien  et  quilh  feroit  tout  diligenche  de  faire  le  profit 
et  utiliteit  deldit  citeit  des  adventures  et  émoluments  et 
rapporteir  entirement  sens  fraude  ens  mains  de  Rentier, 
sens  riens  concelleir  ou  convertir  en  son  profit,  » 


—  348  - 

Les  maîtres  obtinrent  une  indemnité  pour  leurs  frais  de 
chevauchées ,  déplacements  et  autres  ,  occasionnés  par 
leur  charge  :  «  pour  subvenir  aux  fauz  ou  charges  qu'ils 
ont,  reçoivent  C.  florins  du  Rhin,  chascun  LXXII  frans  aux 
Lombard  (banquiers  publics)  et  le  remanant  aux  chéus, 
rentes ,  profits  et  émoluments  del  Citeit.  » 

En  1429,  on  voit  les  deux  maîtres,  Alexandre  de  Seraing 
et  Gauthier  de  Fléron  «  enherbés,  »  c'est-à-dire  empoi- 
sonnés, alités,  et  obligés  de  se  faire  remplacer.  Le  lieu- 
tenant qu'ils  nomment  chacun  eux-mêmes ,  remplit  leur 
charge  jusqu'au  bout  de  l'année  (p.  2-42).  D'autre  part, 
les  bourgeois  se  sentant  trop  «  opresseis  del  Loy  » , 
c'est-à-dire  serrés  de  trop  près  par  l'échevinage,  deman- 
dèrent à  ce  dernier  de  fixer  équitablement  par  écrit  les 
points  de  droit  douteux  et  contestés.  Les  échevins  font 
la  sourde  oreille ,  les  Fèvres  se  liguent  ;  les  maîtres  et  le 
peuple  donnent  au  tribunal  tout  le  temps  qu'il  désire , 
celui  des  vacances  d,e  Noël,  huit  jours  avant,  huit  jours 
après.  Malgré  la  fermeture  des  métiers,  résolue  contre 
eux,  les  échevins  traînent  encore  le  temps  en  longueur; 
et,  à  la  requête  des  bourgeois  qui  avaient  eu  soin  de 
garder  copie  de  leur  papier ,  ils  opposent  «  tant  d'aliter 
et  de  contraire,  que  par  le  défaut  de  recors  à  rendre  », 
les  échevins  furent  déclarés  aubains,  «  et  vuidèrent  la 
citeit  »   c'étoit  la  peine  du  déni  de   justice. 

Les  jurés  et  maistres  de  la  Cité  n'étaient  pas  justiciables 
de  la  cour  échevinale.  Ni  celle-ci  ni  autres  n'avait  à 
connaître  ni  à  juger  de  fait  ni  de  dit,  des  maistres  de  la 
Cité  ni  du  Conseil  agissant  ou  parlant  pour  la  Cité  et  au 
nom  de  la  Cité.  Copie  nous  est  donnée,  à  la  page  264 
de  la  Chronique,  d'un  instrument  de  1312,  conservé 
soigneusement  par  les  citains  ,  pour  être  au  besoin 
exhibé,  où  ce  principe  était  énoncé  et,  établi  par  de  nom- 
breux   exemples  :  ceux-ci    montraient     comme     quoi    il 


—  349  — 

avait  été  procédé,  même  par  la  violence,  au  nom  des 
franchises,  à  des  exécutions  publiques,  maisons  d'officiers 
ou  prisons  forcées,  même  la  tour  de  l'official,  sans  que 
l'échevinage  eût  recours  contre  les  pouvoirs  communaux. 
La  pièce  était  signée  et  scellée  par  Jean  délie  Ville  «  puble 
notaire  et' notaire  de  nostre  citeit»  ;  et  d'abondance,  est- 
il  dit,  «  nous  y  avons  appendu  le  plus  grand  seaul  de  notre 
citeit,  en  tesmoignagnes  de  vériteit»'. 

La  Cité  avait  plusieurs  sceaux  marqués  au  Perron, 
de  dimensions  diverses  suivant  l'importance  des  pièces, 
et  Ton  voit  qu'on  faisail  prévaloir,  en  certains  cas  touchant 
aux  franchises ,  le  sceau  communal ,  non-seulement  sur 
l'échevinage,  niais  aussi  contre  l'Anneau  du  Palais  et  les 
tribunaux  du  Prince. 

Les  maistres,  qui  disposaient  de  la  garde  veillant  sur 
la  Violette  ,  avaient  une  bannière  (p.  303)  ;  des  Lombards 
leur  servaient  de  banquiers  (p.  496).  Relevons  aussi 
l'emploi  régulier  de  certaine  expression  de  la  langue 
politique  communale.  Qui  dit  vieux  maître  ou  maître 
d'antan,  entend  le  bourgmestre  sorti  de  charge,  et  il  con- 
servait, sinon  des  droits  ,  en  tous  cas  certaine  influence. 
Ils  assistaient  notamment  à  la  prestation  de  serment  des 
maîtres  nouveaux.  Le  maître  por  le  temps  est  celui  qui  est 
en  charge. 

L'action  des  maîtres  est  de  nature  très-diverse,  aussi 
complexe  que  l'organisation  politique  du  pays.  On  les 
voit  agir  auprès  du  prince,  et  de  même  celui-ci  s'adresse 
à  eux  pour  obtenir  leur  intervention.  Le  prince-évêque 
leur  demande  par  exemple  de  ne  pas  soutenir  ceux  de 
Maestricht  (pp.  452,  454),  ou  les  Lossains  (  p.  483)  ; 
d'autre  pari,  les  maîtres  prient  le  Prince  de  ne  pas  entre- 
prendre le  voyage  de  Palestine,  et  ils  réclamèrent  plus  tard 
du  clergé  l'exécution,  en  ce  qui  le  concerne,  du  Règle- 
ment de  Heinsberg.  Le  clergé  s'adresse  à  eux  pour  agir 
sur  les  métiers  (p.  527).  Les  maîtres  interviennent  même 


—  350  — 

dans  la  direction  de  la  politique  extérieure  de  la  Cité  : 
ils  délibèrent  avec  le  Chapitre  sur  l'alliance  proposée  par 
le  roi  de  France,  Charles  VII  (p.  552).  Ils  en  avaient 
appelé  à  l'empereur  des  prétentions  du  marquis  de  Brande- 
bourg (p.  503)  ;  après  la  conspiration  des  d'Athin  , 
un  des  maîtres,  accompagné  de  deux  clerc*  de  la  Clic, 
est  envoyé  directement  à  l'empereur  d'Allemagne  pour 

traiter  de  la  confiscation  des  biens  des  bannis.    Il  revient 
» 

avec  une  Lettre  impériale ,  dont  la  seconde  expédition 
est  adressée  au  tribunal  des  échevins.  Plus  tard  ,  en 
maintes  circonstances ,  des  chargés  d'affaires  de  puissances 
étrangères  s'adressent  aux  maîtres. 

Du  long  règne  de  Heinsberg,  sous  lequel  se  passèrent 
nombre  de  faits  et  actes  relatés  par  Jean  de  Stavelot, 
il  nous  faut  garder  la  mémoire  du  règlement  de  l'élection 
magistrale  de  1424.  La  charge  de  maître  de  la  Cité  — 
Bouille  relève  aussi  le  fait  —  avait  acquis  dès  le  milieu  du 
XIII0  siècle,  une  telle  importance ,  que  les  principaux 
citoyens,  tant  nobles  que  bourgeois,  se  la  disputaient; 
de  là  des  querelles  continuelles,  effet  de  la  brigue  des 
candidats  :  «  Breuvages,  dons  ,  promesses ,  prières  et 
menaces,  disait  le  prince,  corrompaient  les  élections 
dans  les  chambres  des  métiers».  La  Cité  «  grandement 
ornée  de  privilèges,  franchises  et  libertés»,  en  usait 
fort,  aux  termes  mêmes  du  nouveau  «régiment»,  et  celui-ci 
remplaça  l'élection  populaire  par  un  système  d'élection 
à  trois  degrés.  Vingt-deux  commissaires,  dont  seize 
étaient  désignés  par  les  paroisses  et  six  seulement  par 
le  prince,  choisissaient  trente-deux  électeurs  de  bonne 
vie  et.  mœurs,  et  ceux-ci  nommaient  les  maîtres.  Ce 
règlement,  supprimé  par  le  Téméraire,'  décrié  par  la 
démocratie,  dura  somme  toute  jusqu'en  1003. 

Nous  rencontrons  encore,  avant  l'époque  bourguignonne, 
les  anciens  jurati.  Ils  exerçaient  à  côté  de  l'échevinage, 


—  351  — 

des  pouvoirs  qu'ils  tenaient  du  peuple  ;  c'était  une  juri- 
diction de  paix,  intra  muros,  et  on  voyait  en  eux  les 
organes  de  l'autonomie  intérieure  de  la  commune.  Partout 
où  étaient  en  jeu  les  intérêts  particuliers  des  bourgeois, 
ils  intervenaient.  Devons-nous  les  regarder,  ainsi  que 
nous  le  pensons ,  comme  représentant  un  ordre  de  choses 
antérieur  à  leur  date ,  trois  pièces  des  archives  de  la 
Cité  résumées  par  Bartollet,  les  jurés  (1422)  se  livraient 
à  des  enquêtes  dans  la  Cité  ;  des  enquêtes  se  faisaient 
au  nom  des  franchises  et  ils  jugeaient  alors  au  crimi- 
nel ;  ils  connaissaient  des  injures,  entendaient  les  plaintes 
dans  la  Cité  franchise  et  banlieue  de  Liège  ;  finalement, 
ces  placitationes  ou  plaids  tenus  partout  devant  les  jurés, 
sont  transférés  dans  la  Maison  civique ,  c'est-à-dire  à 
la  Violette,  siège  commun  des  magistrats  communaux. 

Unis  aux  maîtres ,  les  membres  du  Conseil  se  séparent 
avec  eux  de  la  Cour  scabinale  ;  ils  tenaient  jadis  leurs 
séances  solennelles  clans  la  grande  salle  St-Michel,  à  l'étage 
même  de  la  Maison  du  Détroit.  Là,  dit  un  document 
de  l'an  1312  «  li  Maître,  li  jureit  et  le  consel  de  nostre 
'  citeit  soy  souloient  assembleir  et  être  pour  les  besongnes 
de  nous  et  de  nostre  citeit.  »  Ce  fut  pour  eux  tous  que 
fut  édifiée  la  Violette.  Les  jurés,  le  Conseil,  inspirent  les 
maîtres  en  toute  circonstance  ;  partout  ils  sont  derrière 
eux,  les  rendant  forts  de  l'opinion  commune.  11  n'est  pas 
possible  de  distinguer  maîtres,  jurés  et  conseillers  effec- 
tifs ;  ils  jouent  le  même  rôle  dans  les  chroniques  comme 
dans  l'histoire,  et  il  les  faut  classer  tous  ensemble  sous 
la  même  rubrique,  les  uns  remplissant  un  mandat  nomi- 
nal, les  autres  un  rôle  anonyme  aujourd'hui,  mais  aussi 
important.  Dans  la  perpétuelle  évolution  de  l'histoire 
intérieure  liégeoise ,  le  nombre  des  jurés ,  le  mode  de  leur 
élection  a  changé,  et  ils  ont  été  choisis  parmi  des  hommes 
de  toute  condition.   Du  temps  de  Jacques  de  Hemncourt, 


—  352  — 

il  y  avait,  suivant  lui,  deux  cents  membres  au  Conseil. 
C'était  là  sans  doute  l'ensemble  de  ceux  qui,  à  tout  litre, 
composaient  le  Grand  Conseil  et  le  Petit  Conseil  de  la  Cité  , 
établis  par  la  Paix  de  Vottem  (1331).  Hemiïcourt,  qui  fut 
bourgmestre  de  Liège  en  1390,  est  loin  de  louer  l'état 
de  choses  créé  par  l'administration  populaire.  Dans  sou 
Patron  del  Temporaliteit ,  il  lui  attribue  tout  le  désordre 
du  temps  :  car  c'est  ainsi  qu'il  envisage  la  victoire,  au 
XIVe  siècle,  de  l'élément  communal  démocratique  sur 
la  ploutocratie  ou  patriciat  urbain.  L'auteur  du  Miroir  des 
Nobles  de  Hesbaye  ne  pouvait  penser  autrement.  La  mul- 
titude, dit-il,  engendre  confusion,  et  il  eût  voulu  qu'on 
réduisît  de  beaucoup  le  nombre  des  membres  du  Conseil, 
ne  comprenant  pas  que  le  souvenir  des  assemblées  plé- 
niéres  vécût  encore,  ni  que  chacun  fût  si  jaloux  d'exercer 
les  droits  de  la  bourgeoisie.  Partisan  des  privilèges,  il  n'ai- 
mait pas  le  petit  peuple,  les  petit*  métiers,  n'admettant 
que  les  forts  et  lionorables,  les  gens  de  lignage.  Le  coup 
d'étal  de  Maxiinilien  de  Bavière  devait  un  jour  remplir  ses 
vœux. 

N'oublions  pas  certains  jurés  spéciaux,  gardant  ce 
nom  d'assermentés  en  suite  de  fonctions  particulières  et 
permanentes.  Ce  sont  des  fonctionnaires  communaux  mis 
en  rapport  avec  la  Cour  scabinale. 

Dans  les  statuts  de  la  Cité,  établis  en  la  Loy  nouvelle 
de  1403,  par  l'élu  Jehans  de  Bealwier,  (Jean  de  Stav.,  pp. 
41  et  51),  il  est  parlé  du  service  public  des  Ju>;:s  des  eaux 
et  des  Jurés  du  cordeau.  Les  premiers  avaient  la  sur- 
veillance des  cours  d'eau,  si  nombreux  ;  ceux-là  visitaient 
les  usines  et  les  moulins,  veillant  au  curage  du  lit  à  faire 
par  chacun,  connue  à  l'usage  régulier  de  la  force  motrice. 

Il  leur  revenait  aussi  de  planter  les  «  clawî  »  ou  pilotis 
indicateurs  d'une  limite  de  juridiction;  l'on  s'adressait  à 
eux  dans  des  questions  d'hérédité  [tour  faire    l'estimation 


—  353  — 

des  moulins,  et  ils  avaient  à  en  donner  lettres  aux  parties. 
Les  Jurés  du  cordeau  jouaient  ce  même  rôle  d'experts  et 
d'arbitres  dans  les  questions  d'héritage,  qu'il  s'agît,  soit 
de  maisons ,  soit  de  terres,  de  parcelles  de  terrain  ou  bien 
encore  de  mitoyenneté  et  d'alignement.  On  appelait  «  le 
voire-jureit  por  le  débat  apasenteir,  sans  prendre  congier 
al  justice»;  mais  si  l'une  des  parties  refusait  d'accepter 
l'avis,  il  fallait  recourir  à  la  justice  du  lieu,  à  savoir  à 
Liège  au  tribunal  des  échevins.  Chacun  pouvait  là  amener 
avec  soi,  mais  sans  plus,  cinq  personnes  et,  tant  seulement 
un  parlier  ou  parolier,  disons  un  avocat.  Or,  c'était  pour 
éviter  ce  tribunal  que  la  bourgeoisie  avait  institué  des 
arbitres,  choisis  parmi  des  pairs,  ne  relevant  que  de  leur 
serment ,  et ,  comme  toutes  les  institutions  populaires , 
celle-ci  se  rattache  à  l'organisation  des  services  de  la  Vio- 
lette. Dans  la  division  du  travail  administratif  de  l'époque , 
les  Voire-jurés,  appelés  par  les  intéressés,  jugeant  sur 
place  de  visu,  représentaient  les  travaux  publics.  Le  chro- 
niqueur ne  parle,  pas  encore  du  Maître  Maçon  de  la  Cité, 
prédécesseur  de  nos  architectes.  Les  Jurés  de  la  Cité 
avaient  cl  ers  et  varlet ,  les  Jurés  des   Vinâves  notamment. 

Sous  une  forme  rajeunie ,  pour  ne  point  retarder  le 
lecteur,  voici  comment  Jean  de  Stavelot  expose,  à  propos 
des  événements  de  l'an  1433,  l'organisation  de  la  garde 
bourgeoise  dite  les  X  délie  Halle  : 

On  forma  d'abord  un  corps  de  quatre-vingts  hommes 
qui,  de  jour  comme  de  nuit,  pouvaient  porter  des  armes; 
ils  devaient  assister  les  maîtres  de  la  Cité  et  garder  le 
peuple  et  la  ville  de  tout  péril.  Cette  compagnie  fut  abolie 
la  même  année  et  remplacée  par  une  autre  ,  composée  de 
X  hommes  pris  dans  chacun  des  XXXII  métiers  (320  h.  ). 
Ils  juraient  de  garder  les  maîtres  et  la  Cité  si  quelque 
danger  les  menaçait;  que,  si  les  échevins  tardaient  à  rendre 
la  justice ,  ils  les  obligeraient  à  remplir  leur  office  suivant 


—  354  — 

la  loi,  comme  aussi  les  XVI  des  Vinàves;  ils  feraient  res- 
pecter les  avantages  communs  et  la  Constitution.  Ils  furent 
appelés  les  X  de  la  Halle,  parce  que,  en  cas  de  besoin,  ils 
se  l'assemblaient  dans  la  Halle  des  Tanneurs,  voisine  de  la 
Violette,  où  les  maîtres  se  tenaient  d'ordinaire.  Les  X  de 
la  Halle  durèrent  longtemps,  et,  si  l'un  d'eux  mourait,  il 
était  remplacé  par  un  autre  féable  ayant  t'ait  le  même 
serment. 

Ils  portaient  continuellement ,  au  côté  ,  des  dagues  ou 
longs  couteaux  (  X  viros  qui  siens  vel  longos  cultellos  ad 
latera  continuo  déférant  —  Amplis.  Collect.  V.  492. 
Ghronic.  Leod.)  et  devaient  répondre,  à  toute  heure,  à  la 
convocation  des  bourgmestres.  Un  texte  tiré  de  la  CÂvitatis 
Delegatio,  p.  94  ,  explique  que  la  Maison  civique,  dite  aussi 
Basilica ,  étant  sise  juste  au  milieu  même  de  la  ville,  il 
importe  à  la  sûreté  générale  que  celle-là  soit  bien  gardée  : 
aussi  a-t-on  institué  les  Dix-Hommes  qui,  exempts  du  guet 
et  des  autres  prestations  militaires,  recevant  même  annuel- 
lement une  solde  de  quatre  florins ,  étaient  convoqués,  en 
cas  de  tumulte  subit,  à  la  Violette,  où  se  réunissait  le 
Conseil  de  la  Cité.  Ils  étaient  constitués  les  gardiens  de  la 
Maison,  et  pour  y  veiller  la  nuit,  qui  in  Basilicae  atrio 
vigilarent. 

Cbargés  de  faire  respecter  la  légalité,  et  cela  tout 
d'abord  par  les  grands  contre  les  petits  métiers,  ils  étaient 
choisis  de  bonne  condition,  qui  fuerint  malae  conditionis, 
per  Collegia  removeantur  (Bartollet). 

Parmi  les  indications  qui  ressortent  du  texte  de  Jean  de 
Stavelot,  il  faut  remarquer  le  rôle  joué  encore  une  fois  par 
la  Halle  des  Tanneurs;  c'est  celle-ci ,  la  maison-mère,  plus 
grande,  qui  garde  toujours  la  Violette  détachée  d'elle  en 
vue  de  l'indépendance  commune  îles  métiers.  De  plus, 
affecter  ;'i  la  protection  des  maîtres,  puis  ;'i  celle  de  la 
Cité  e1  de  sa  banlieue,  nue  force  militaire  régulièrement 


—  355  — 

organisée,   c'était  attribuer   au   Magistrat  populaire  une 
partie  du  pouvoir  souverain. 

Nous  avons  dit  i#n  mot  du  sceau  de  la  Cité  ,  signe  de  ses 
franchises.  Il  convient  aussi  de  parler  de  la  Cloclie  du  Ban . 
Citons  quelques  textes;  ils  en  feront  l'histoire. 

L'usage  de  la  ban-cloche  compte  parmi  les  attributs  du 
pouvoir  souverain  ;  on  en  voit  la  garde  remise  par  le  Cha- 
pitre au  Mambour  ou  tuteur  du  pays  : 

«  Peu  de  temps  après  la  mort  de  Walenrode,  en  1429, 
«  Adonc,  dit  Jean  de  Stavelot  (  p.  1G8) ,  fut  encore  recheu 
à  Mambor  por  le  Capitle  de  Liège  dameseal  Evrar  del 
Marche ,  por  estre  protecteur  del  englieze  et  défenseur  de 
pais ,  en  délivrant  à  lui  le  baincloke  et  autres  sollempniteiz 
accoustumeit.  » 

La  Ban-cloche,  mise  en  branle  par  ordre  de  l'évêque, 
sert  d'appel  ordinaire  pour  les  citations  au  tribunal  du 
prince. 

«  Après  (en  1441 ,  p.  484),  le  XIIIe  jour  de  novembre, 
Monsangneur  fist  huchier  al  aneal  de  palais  de  ches  de 
Hasque  ;  et  portant  (partant)  que  la  bancloke  estoit 
défendue  et  failhée  (brisée),  sonat-ons  Lambert  por  ledit 
appeal.  » 

Deux  ans  après  (p.  514),  Henri  del  Cachie ,  mayeur  de 
Liège  —  Henri  de  la  Chaussée ,  ce  bon  justicier  qui  fit  si 
bien  «parer»  de  voleurs  et  de  moudreurs  les  trois  nouveaux 
piliers  du  gibet  de  Saint-Gilles  rétabli  par  le  prince  —  lit 
faire  une  nouvelle  ban-cloche  «  por  et  nom  et,  aux  dépense 
Monsangnour  l'evesque  de  Liège  »  ;  la  précédente  avait 
duré  115  ans;  celle-ci ,  du  poids  de  6,500  livres  et  d'une 
valeur  de  l^OO  florins  du  Rhin,  fut  appelée  Horrida, 
à  savoir  la  Terrible. 

Cette  cloche  (p.  549)  sonne  l'appel  lors  de  la  séance 
du  tribunal  de  Paix  tenue  par  le  prince-évêque  à  Notre- 
Dame-aux-Fonts ,  où  lurent  «  forjugiés  et  anamathémati- 
siés  »  trois  des  échevins  et  gouverneurs  de  Rureuionde. 


-    356  — 

Ainsi  l'ancienne  ban-cloche  vient  du  prince,  et  lui  ou  le 
Màmbour  en  sa  place  en  ont  la  garde.  Mais  elle  est  donnée 
à  la  Cité  et,  bien  que  suspendue  dans  une  des  tours  de  la 
cathédrale  Sl-Lambert  qui  sert  de  beffroi ,  elle  est  à  usage 
civil.  A  côté  des  cloches  annonçant  les  pompes  des  céré-, 
monies  religieuses  ,  il  y  a  aussi  une  voix  connue  pour  tenir 
la  bourgeoisie  attentive  à  l'exercice  solennel  de  la  justice. 
Telle  est  bien  la  première  partie  de  l'histoire  de  la  cloche 
commune ,  instrument  jugé  trop  dangereux  pour  être 
confié  aux  mains  des  chefs  populaires,  en  lace  même  du 
palais  du  prince.  Mais  les  destinées  de  cette  ban-cloche 
qui,  d'après  son  nom,  pouvait  taire  lever  le  peuple  lié- 
geois, suivent  le  cours  des  progrès  de  la  bourgeoisie; 
bientôt ,  la  vraie  cloche  communale  changera  de  place  et 
d'emploi  comme  de  maître.  Nous  la  retrouverons  à  la 
Violette  :  c'est  alors  la  cloche  d'alarme ,  la  eampana 
armorum. 

Du  moment  que  la  Violette  existe,  les  anciennes  réu- 
nions populaires  dans  la  cour  du  Palais  des  princes  se 
transportent  devant  cette  maison  de  la  Cité.  Et  ce  n'est 
pas  seulement  dans  une  échauffourée  subite  que  le  Marche 
sert  de  lieu  de  rassemblement  aux  citains  :  il  est  la  place 
du  peuple,  sa  place  d'armes  naturelle. 

Un  passage  latin  de  la  Chronique  de  Jean  de  Stavelof 
(p.  XII)  nous  montre  en  1486  le  peuple  accourant  tout 
entier  en  armes  sur  le  marché  de  Liège,  un  matin  de 
certain  dimanche  ,  et  bannières  en  tête;  c'était  pour  retirer 
le  mandat  conféré  à  Guy  de  Kanne ,  mambour;  et  comme 
celui-ci  s'était  présenté  devant  la  foule  sur  les  Degrés,  il 
y  eut  contre  lui  grande  clameur;  on  le  précipita  sur  la  voie 
publique,  où  il  fut  occis,  et  de  là  tiré  par  les  pieds  à  tra- 
vers le  marché,  jusque  chez  les  Frères  mineurs  ,  qui  l' in 
humèrent. 

Dans   la  poursuite  des  Haydroits ,  en    1403,   le  résultai 


—  357  — 

de  l'enquête  des  XVI  fut  lu  à  haute  voix  devant  le  prince 
et  le  peuple  de  la  Cité  à  cette  fin  assemblé  dans  la  cour  du 
Palais.  Là  «  li  universitait  ciel  Citeit,  sens  alleir  les 
maistres  à  conseille  »  réclama  nominalement  ceux  qu'elle 
voulait  voir  coudamner.  Il  y  eut  alors  «  grant  hahai  »  , 
assez  sans  doute  pour  que  l'élu  engageât  les  métiers  à 
aller  se  rassembler  avec  leurs  armes  sur  le  marché.  Ainsi 
fut  fait,  et  le  bannissement  des  Haydroits  y  fut  proclamé. 

«  Crueux  justiche  »  porte  en  marge  le  texte  de  la 
Chronique.  Les  Haydroits  fugitifs,  qui  s'étaient  emparés  de 
la  ville  de  Herke ,  furent  pris ,  et  les  derniers  vivants ,  au 
nombre  de  18,  furent  amenés  à  Liège.  Un  de  leurs  chefs, 
Johans  cle  Spauze,  fut  écartelé  tout  vif  sur  le  marché. 
Tous  les  autres,  dont  quatre  portaient  un  "des  quartiers  de 
la  victime,  furent  conduits  au  lieu  d'exécution  de  Sainte- 
Walburge ,  là  sans  doute  où  s'éleva  jusqu'à  une  époque 
relativement  récente  cette  morgue  des  suppliciés  connue 
sous  le  sobriquet  populaire  de  Cimetière  à  l'oseille ,  près 
des  remparts. 

Le  marché,  cette  place  à  l'avant-plan  de  la  Violette, 
du  Détroit  et  des  Degrés  de  S'-Lambert ,  qui  servait  à  la 
vente  des  denrées  (p.  '226),  où  plusieurs  «  bons  Mestiers 
estoient  en  leurs  Chambres  «  (p.  302),  et  où  se  faisait  la 
revue  du  guet  (p.  292),  était,  comme  on  le  voit,  le  lieu 
aussi  où  la  justice  criminelle  suivait  sou  dernier  cours. 
Des  Dinantais,  condamnés  à  l'Anneau  du  palais  pour  avoir 
brûlé  les  lettres  des  pensions  qu'avaient  leurs  bourgeois 
sur  leur  ville,  furent  «  en  Marchiet  à  Liège  décolleis.  » 
(p.  195).  Une  des  plus  terribles  exécutions  qui  s'y  firent 
est  celle  de  Laurent  le  Batteur,  partisan  dos  d'Albin. 
Après  l'enquête,  il  fut  livré  au  mayeur  Istause  Chabot, 
seigneur  cle  Mosaie  ,  qui  demeurait  Chaussée-des-Prés  ,  au 
pied  du  Pou' -des -Arches.  Et  voici  la  traduction  des  faits 
relatés  dans  notre  chronique  :  «  Pour  faire  un  exemple  ,  le 


-  358  - 

vnayeur  fit  mettre  un  banc  devant  le  Détroit  et  les  Degrés 
du  marché,  'et  amener  le  dit  Laurent  devant  lui.  Laurent 
savait  fort  bien  parler,  et  là,  devant  la  Justice,  à  savoir 
les  mayeur  et  échevins  de  Liège,  comme  aussi  en  présence 
de  tout  le  peuple  assemblé,  il  reconnut  la  vérité  de  tout  ce 
qu'auparavant  il  avait  avoué.  En  suite  de  quoi,  on  lui 
trancha  la  tête.  Le  corps  fut  alors  étendu  sur  le  banc, 
et  Maître  Copkin,  qui  était  bouclier  à  Maestricht,  fit  quatre 
quartiers,  que  l'on  alla  exposer  avec  la  tête  aux  portes 
et  au  plus  près  de  la  ville.  Le  dit  Copkin  les  traînait  en  un 
panier  tiré  par  une-  corde  là  où  il  les  voulait  avoir,  et 
derrière  lui  suivaient  des  enfants  qui  voulaient  voir.  Le 
tronc  du  supplicié,  après  la  distribution  des  membres, 
fut  mis  dans  le.  panier,  qui  resta  devant  les  Degrés... 
C'était  un  spectacle  cruel  et  hideux  à  contempler.  » 

Si,  passant  sur  les  détails  sanglants  des  exécutions 
publiques,  nous  gardons  la  mémoire  des  autres  traits  divers 
qui  composent  aux  XIVe  et  XVe  siècles  la  physionomie  du 
marché  —  ce  cadre  naturel  de  la  Violette  —  nous  éprou- 
verons un  intérêt  renouvelé,  à  voir  plus  loin  ces  mêmes 
Ira  ils  agrandis,  à  une  époque  où  la  topographie  du  centre 
de  la  Cité  ,  maison  par  maison,  nous  sera  plus  connue. 

La  Violette  servit  de  lieu  de  détention.  Quelques  Hes- 
bignons,  nous  dit  Jean  de  Stavelot  (pages  306,  308 
et  354),  venus  innocemment  sur  le  marché,  lors  de 
l'affaire  des  d'Athin,  furent  épargnés,  mais  enfermés  en 
la  prison  des  bourgeois  à  la  Violette.  Lorent  «  le  bateure  »  , 
ce  partisan  des  d'Athin  ,  dont  nous  venons  de  parler, 
trouvé  dans  un  cellier  des  Écoliers,  fut  tout  d'abord 
amené  couvert  d'eau  à  la  prison  de  la  Violette  ;  Jacques  le 
bastart,  déclaré  aubain  ou  banni  «pour  vilain  cas»  et 
venu  à  Liège  avec  un  sauf-conduit  du  prince,  fut  ce 
nonobstant,  mis  en  la  ferme  de  la  Violette  et  décollé  en 
vertu  des  franchises. 


—  359  - 

Aux  pages  601,  603,  605  et  606,  texte  latin,  on  voit  une 
femme  étrangère  et  arrêtée  au  dehors,  soustraite  par  la 
violence  à  la  juridiction  épiscopale,  et  amenée  en  la  prison 
de  la  Violette  ;  une  sentence  punit  les  coupables,  gouver- 
neurs de  métiers,  et  cette  femme  est  ramenée  à  Bruck, 
où  elle  subit  la  peine  capitale,  par  la  noyade  en  un  étang. 
D'autre  part,  un  membre  du  métier  des  orfèvres,  arrêté 
de  même  au  dehors  ,  lors  d'une  conspiration  à  Maestricht, 
fut  délivré  par  des  compagnons  et  conduit  à  la  Violette  ; 
comme  le  Palais  revendiquait  le  captif,  celui-ci  fut  mis  en 
liberté  et  conduit  en  sûreté  Outre-Meuse  ;  il  fut  exigé 
que  ceux  de  son  métier  qui  avaient  limé  les  fers  fussent 
livrés  ou  mis  à  la  Violette,  et  ceux-ci  au  nombre  de  22 
demeurèrent  là  cent  et  quatre  jours.  Un  arbitrage  et  une 
amende  terminèrent  l'affaire  ;  le  sellier  Rigaux,  qui  n'avait 
pas  voulu  entrer  à  la  Violette,  paya  200  florins  du  Rhin. 
La  même  année  (1449),  au  jour  de  Sl-Jacques,  un  grand 
tumulte  s'éleva  sur  le  marché,  à  l'occasion  de  l'élection 
des  chefs  des  métiers  ;  la  compagnie  des  X  de  la  Halle 
s'arma  et  mit  à  la  Violette  les  prisonniers  qu'elle  fit. 
Il  y  avait  eu  mort  d'homme,  mais  comme  on  ne  put 
découvrir  l'auteur  du  meurtre,  vu  le  nombre  des  émeu- 
tiers  coupabres  d'avoir  lancé  des  pierres  et  tiré  des 
couteaux,  la  peine  d'une  amende  commune  fut  prononcée. 

Le  rôle  de  la  ferme  de  la  Violette  apparaît  clairement  : 
prison  des  bourgeois,  encourue  pour  divers  chefs,  dis- 
tincte de  la  prison  des  autres  juridictions,  de  la  cour 
ecclésiastique ,  de  l'olficial  avec  sa  tour  redoutée ,  de 
celle  du  mayeur  gardien  de  la  ferme  du  tribunal  des 
écbevins.  Les  vagabonds  ou  étrangers  étaient  générale- 
ment emprisonnés  dans  les  réduits  d'une  des  portes  de  la 
ville,  à  Sainte-Marguerite,  au  Pont-d'Avroy,  à  Sl-Léonard  : 
ils  él aient  de  là  plus  vite  et  facilement  expulsés.  Dans 
la  Cité ,  où  des  pouvoirs  mal  définis  étaient  une  cause 


-  360  - 

constante  d'erreurs  et  de  troubles  ,  même  le  droit  à  la 
prison  était  disputé.  Ajoutons  pour  bien  comprendre  les 
exemples  précédents  relatifs  à  la  Violette,  que  l'empri- 
sonnement n'était  pas,  suivant  l'ancien  droit  pénal,  la 
peine  elle-même,  mais  un  moyen  de  l'assurer  ;  la  peine 
était  de  très-diverse  nature ,  amende ,  voyage  taxé , 
bannissement  comminé  ,  etc.,  etc.  Le  nombre  des  pri- 
sonniers cités  dans  le  dernier  cas,  22  à  la  fois,  prouve 
l'existence  à  la  Violette  même,  d'une  ou  plusieurs  ebambres 
communes  pour  les  prisonniers,  comme  les  fers  limés 
établissent  celle  de  l'appareil  ordinaire  aux  prisons  du 
temps.  Ajoutons,  pour  finir,  que  la  prison  bourgeoise 
de  la  Violette  servit  aussi  parfois  d'asile  à  l'aliénation 
mentale. 

On  trouve  dans  un  M.  S.  cette  curieuse  relation  : 
«  Le  27  d'octobre  16'40  mourut  en  prison  dans  une  cache 
en  la  maison  de  ville  ,  un  nommé  Henry  Mosdent,  lequel 
estoit  fol.  Néanmoins,  homme  fort  et  robuste,  après  avoir 
demeuré  en  la  dite  cage  vingt-deux  ans ,  sur  lequel  temps, 
la  chevelure  lui  estoit  crue  de  dix-neuf  poignées  de 
longueur,  tellement  qu'elle  lui  servait  de  couverture  et 
d'habit,  et  avoit  les  ongles  des  pieds  et  des  mains  comme 
cornes.  » 

D'un  autre  passage  (.1.  de  S.,  p.  399),  il  appert  qu'en  suite 
d'une  famine  et  de  mesures  prises  pour  approvisionner  la 
Cité  de  blés  de  la  Hesbaye  et  comté  de  Looz ,  tout  fermier 
ferait  connaître  les  rentes  de  blé,  pour  être,  celles-ci,  enre- 
gistrées à  la  Violette  ,  où  il  était  tenu  note  des  céréales 
amenées  en  ville. 

A  propos  de  la  place  de  Bouillon  qu'il  s'agissait  de 
détendre,  le  Prince-Évèque,  revenu  de  Cologne,  requiert 
l'aide  de  la  Cité,  et  pour  ce,  fait  porter  son  pennonceau 
à  la  Violette. 

Les  affaires  de  Trêves  (p.  -4G5)  traînant  en  longueur, 


-  361  — 

non  sans  grandes  dépenses,  le  prince-évêque  comparaît 
personnellement  en  séance  à  la  Violette,  priant  «  qu'on  le 
volsit  servir  sor  l'archevesqueit  de  Trive ,  ensiwant  la 
conclusion  de  palais  quant  on  butât  fours  les  baniers, 
et  soilement  y  ne  requeroit  que  XXX  hommes  de  cascun 
mestier.  » 

Ainsi  donc,  en  résumé,  siège  de  l'état-civil  liégeois, 
de  la  comptabilité  du  rentier ,  de  la  garde  dite  des  X 
hommes,  du  Conseil  de  la  Cité ,  des  plaids  à  la  table  des 
maîtres,  des  jurés ,  des  fonctionnaires  communaux  et  de 
leurs  clercs ,  prison  des  bourgeois,  bureau  d'enregistre- 
ment de  l'annone  en  des  temps  calamiteux ,  tel  était  le 
rôle  de  cette  Maison  de  la  Cité  sise  au  Marché ,  où  la 
bourgeoisie,  représentée  surtout  par  ses  deux  maîtres  , 
avait  élu  domicile  pour  passer  tous  actes  publics. 

Mais ,  s'il  suffit  déjà  pour  la  Violette ,  nous  n'avons  pas 
encore  accompagné  nos  communiers  jusqu'au  point 
d'achèvement  de  leurs  institutions. 

L'organisation  intérieure  que  nous  montrent  en  action  les 
récits  de  notre  chroniqueur,  se  trouve  pour  nous  heureu- 
sement complétée  par  quelques-uns  de  ces  547  documents 
de  la  Cité  analysés  brièvement  par  Bartollet,  en  son  Epi- 
toma  latin,  et  dont  il  nous  semble  qu'on  n'a  pas  assez 
apprécié  la  valeur  et  l'utilité.  Notre  ancien  jurisconsulte 
paraît  avoir  eu  en  mains  les  archives  de  la  Ville  telles  à 
peu  près  que  les  pouvait  contenir  le  Coffre  de  Saint-Jacques, 
ainsi  dit  de  l'abbaye,  où  nos  pères,  instruits  par  les  guerres 
qui  les  avaient,  dépouillés  de  leurs  titres,  avaient  déposé 
ceux-ci  comme  en  un  asile  inviolable  en  ce  temps-là. 

Le  dominium.  le  domaine  propre  de  la  Cité  est  notam- 
ment bien  établi. 

La  paix  des  Clercs  (1287)  en  réglant  la  part  de  la  con- 
tribution du  clergé  aux  charges  communes,  avait  établi 
une  commission  dite  de  la  Fermeteit ,  composée  de  douze 

25 


—  362  — 

membres  ,  et  aux  six  Fermetiers  bourgeois  élus  par  les 
bourgeois ,  six  chanoines  furent  adjoints  par  la  raison  que 
les  clercs  aussi  bien  que  les  laïques,  auraient  à  payer  l'accise 
sur  la  bière.  «  Pour  les  frais  ke  cil  de  le  Ville  de  Liège  ont 
fais  en  Murs  en  Ponts  et  en  Chauchies  (chaussées)  il  âront  et 
lèveront  lassise  des  cervoises  jukes  à  dis  et  wit  ans  venans 
prochainement  et  poront  prendre  wit  deniers  Liégeois  al 
eime  et  nient  plus  dedans  le  Citeit.  »  L'élection  se  faisait 
annuellement  le  jour  Saint-Houbert. 

La  Lettre  de  la  paix  de  Flône  déclare  en  1330  que  les 
murs,  les  fossés  et  les  ponts  de  la  Cité,  sont  du  domaine 
du  peuple  et  sont  remis  à  sa  garde  et  à  son  administration. 
C'est  ce  que  disait  déjà  une  Lettre  des  échevins  de  1325  : 
«  Nous  wardons  si  comme^  Echevins ,  et  par  Loy ,  que  li 
pons,  li  murs  et  fosseis  délie  dite  Citeit  et  li  aysement 
d'eux  sont  à  la  dite  Citeit  entièrement  et  en  puellent  li 
Maistres,  li  Jureis,  et  li  Conselh  délie  dite  Citeit  faire  leur 
profit  comme  délie  dite  Citeit.  »  Après  la  guerre  faite  à 
Liège  par  l'évêque  Jean  de  Bavière  et  Jean  de  Bourgogne, 
une  Lettre  de  l'empereur  Sigismond  «  remet  la  Cité  en 
possession  de  toutes  ses  libertés,  biens,  bannières, 
sceaux,  monnaies,  édifices,  tours,  fossés,  ponts,  portes 
et  tous  droits  possédés  avant  la  guerre  de  Bourgogne  et 
Bavière.  » 

La  Maison  des  pauvres,  Domus  pauperum  ou  Hôpital 
de  Cornillon ,  dont  les  citains  étaient  seigneurs ,  faisait 
partie  du  domaine  communal  et  les  comptes  de  ses  quatre 
Maîtres  étaient  examinés  à  la  Violette.  Les  délégués  des 
métiers ,  à  ce  commis ,  recevaient  un  manteau  pour  leurs 
peines.  Ajoutons  que  pour  être  admis  à  l'Hospice  de  Cor- 
nillon, propriété  des  citains,  il  fallait  être  bourgeois,  né  de 
père  et  mère  bourgeois.  D'autre  part,  quatre  fois  l'an  des 
distributions  en  nature  étaient  faites  aux  communs 
pauvres,  à  l'Hospice  Sl-Michel  dont  la  fondation  est  peu 


—  S63  - 

connue,  et  que  dirigeaient  deux  Maîtres.  Quant  à  l'ordre 
judiciaire,  «  s'il  arrivait  qu'un  bourgeois  ne  pût  se  faire 
entendre  en  Justice  ni  défendre  son  droit,  »  les  citains  de 
Liège,  dit  la  Lettre  sur  l'Avocature  de  la  Cité  du  8  janvier 
14-62,  doivent,  en  cas  de  déni  de  justice  ou  de  défaut  du 
tribunal,  être  défendus  par  l'Avocat  de  la  Cité.  Celui-ci 
est  reçu  par  les  échevins  à  la  prestation  du  serment  que 
doivent  jurer  les  Avocats  de  la  Ville. 

Les  contrats  et  les  délits  en  foires  et  marchés  (litt.  de 
nundinis  1350)  relèvent  de  la  justice  et  des  maîtres  de  la 
Cité;  le  tribunal  et  ceux-ci  nommaient  de  chaque  côté  trois 
commissaires. 

Rappelons,  à  l'occasion  de  cette  double  surveillance, 
qu'en  général  le  gouvernement  démocratique  doit  son 
succès  sur  le  patriciat  bourgeois,  tant  au  besoin  d'un 
contrôle  efficace  des  finances  publiques  qu'aux  aspirations 
politiques  des  métiers. 

Nombre  d'Hôtels- de-Ville  du  Hainaut  ont  porté  le  nom 
de  Maison  de  la  paix;  c'est  par  allusion  à  cette  justice  de 
paix  exercée  par  les  ancêtres  de  nos  bourgmestres  actuels. 
Les  plaids  qui  se  tenaient  à  la  Violette  «  à  la  table  des 
maîtres  »  comme  dit  Jean  de  Stavelot,  son'  visés  par  la 
Lettre  du  Prévôt  (de  S'-Lambert)  du  1er  juillet  13-49  :  «  Les 
magistrats  liégeois  bannissent  de  la  Cité  ,  ils  partagent 
avec  le  Prévôt  le  produit  des  amendes  infligées  à  la  suite  de 
rixes  entre  femmes  ;  ils  connaissent  des  injures;  de  même 
de  la  diffamation  d'une  femme  de  bonne  vie  et  mœurs.  » 

Si ,  laissant  maintenant  le  détail  des  faits  et  la  nomen- 
clature des  anciens  fonctionnaires  communaux  dont  les 
efforts  se  concentraient  à  la  Maison  civique,  nous  revenons 
à  la  politique  générale,  il  ne  nous  faut  pas  oublier  de 
relever  dans  VEpitoma  de  Barlollet ,  le  traité  de  paix  et  de 
liberté  commerciale  conclu  par  nos  bourgeois  et  ceux  d'Aix- 
la-Cbapelle,  ni  cette  Lettre  de  l'évêque   Jean  de  Flandre, 


—  364  — 

du  comte  de  Namur  et  du  comte  Gui  de  Flandre,  de 
l'an  1310,  déclarant  que  «  la  Cité  de  Liège  et  les  deux 
comtes ,  en  tous  cas  de  contestation  et  de  conflit ,  soumet- 
tront le  litige  à  la  décision  de  quatre  arbitres  qui  établiront 
les  conditions  de   la   paix   commune.  » 

Dans  plusieurs  de  ses  Lettres  ,  la  Cité  se  déclare  la  tête 
de  la  patrie,  Civitas  caput  patriae ,  et  en  effet  elle  l'était. 
Capitale  du  pays ,  inspiratrice  de  la  ligue  des  bonnes  villes, 
la  Cité  de  Liège  gardait  le  rang  que  lui  assignaient  naturel- 
lement son  importance  matérielle  et  son  énergie  politique. 

Outre  le  désir,  souvent  exprimé  par  ses  bourgeois,  de 
rester  «  neutraux  s>  entre  les  grandes  puissances  voisines, 
des  traités  spéciaux,  passés  avec  les  autres  pays  belges,  lui 
assuraient  encore  une  position  sûre  autant  que  brillante. 
«De  même  que  la  Flandre,  dit  M.  A.  Wauters  (op.  cit. 
274,  I),  fut  longtemps  regardée  comme  un  des  plus  riches 
états  laïques,  de  même  le  pays  de  Liège  prit  place  au 
premier  rang  des  états  ecclésiastiques.  Pendant  plusieurs 
siècles,  ces  deux  créations  du  moyen-âge  grandirent  à 
proximité  l'une  de  l'autre ,  se  développant  pour  ainsi  dire 
parallèlement ,  et ,  après  une  époque  de  décadence  mo- 
mentanée, retrouvèrent  une  vie  nouvelle.  » 

Sans  doute  ,  et  l'on  peut  ainsi  caractériser  deux  natio- 
nalités différentes  ,  actives  et  opulentes ,  vivant  l'une  sous 
la  suzeraineté  d'un  comte,  l'autre  d'un  prince-évêque.  Mais, 
tout  en  rendant  justice  à  des  princes  généreux  ou  éclairés, 
et  tout  en  respectant  une  organisation  générale  histo- 
riquement établie,  il  convient  de  dire  aussi  que  la  commune 
liégeoise  n'est  pas  plus  ecclésiastique  que  la  commune 
flamande  n'est  comtale.  Elle  existe  par  elle-même,  pour 
elle-même,  et  ce  qui  unit  les  deux  pays,  en  dépit  de  la  diffé- 
rence de  la  race,  de  la  langue  et  de  la  forme  extérieure  du 
gouvernement ,  ce  sont  des  aspirations  politiques  pareilles, 
qui  toutes  se  résument  en  ces  mots  :  autonomie  communale. 


—  365  — 

La  commune  liégeoise  était  à  elle-même  son  propre 
auteur.  Elle  avait  fondé  sa  puissance  sur  la  multiplication, 
tant  de  sa  population  que  de  ses  ressources,  et  dans  une 
société  basée  tout  entière  sur  le  privilège,  elle  avait  su 
établir  e1  défendre  ses  droits  vis-à-vis  des  immunités 
seigneuriales  et  ecclésiastiques. 

Il  faut  lire  dans  Froissard  le  discours  tenu  aux  Gantois 
affamés  par  les  maîtres  de  Liège  qui  leur  envoient  des 
vivres  pour  les  soutenir  dans  la  lutte  entreprise  contre 
le  comte.  Aucune  pièce  ne  montre  mieux  la  puissance 
du  mouvement  communal  liégeois,  assez  grande  pour  se 
manifester  en  dehors  même  des  murs  de  la  Cité,  pour 
donner  une  extension  imprévue,  mais  naturelle  ,  à  l'union 
des  bonnes  villes  liégeoises. 

«  Si,  dirent  en  ce  temps-là  (1380),  ceux  de  Liège  à  ceux 
de  Gand ,  si  cil  pays  de  Liège  vous  fut  aussi  prochain 
comme  Haut-Brabant  et  Hainaut ,  vous  fussiez  autrement 
confortés  de  nous  que  vous  n'êtes ,  car  nous  savons  bien 
que  tout  ce  que  vous  faites ,  c'est  sur  votre  bon  droit  et 
pour  garder  vos  franchises  ;  et  nonobstant  tout  ce,  si  vous 
aiderons  nous  et  conforterons  ce  que  nous  pourrons  et 
voulons  que  présentement  vous  le  soyez. 

»  Vous  êtes  marchands  et  marchandises  doivent  et  puent 
par  raison  aller  en  tout  pays.  Cueillez  et  levez  en  ce  pays 
jusques  à  la  somme  de  cinq  cents  ou  de  six  cents  chars 
chargés  de  blés  et  de  farines  ;  nous  vous  le  accordons  ; 
mais  que  les  bonnes  gens  dont  les  pourvéances  venront, 
soient  satisfaits. 

»  On  laissera  bien  nos  marchandises  passer  parmi 
Brabant  :  le  pays  ne  nous  veut  mal,  et  aussi  ne  faisons 
nous  à  lui.  Et  quoique  Bruxelles  vous  soit  close,  si  savons 
nous  bien  que  c'est  plus  par  contrainte  que  de  volonté, 
car  de_  vos  ennuis  les  Bruxellois  ont  grande  compassion: 
mais  le  duc  de  Brabant  et  la  duchesse,  par  prière  de  leur 


—  366  — 

cousin  le  comte  de  Flandre,  s'inclinent  plus  à  lui  qu'à  vous  ; 
et  c'est  raison,  car  toujours  sont  les  seigneurs  l'un  pour 
l'autre.  » 

Voilà  bien  paroles  de  communiers,  et  cette  affirmation 
d'une  solidarité  naturelle  constitue  le  premier  en  date  des 
discours  belges  à  notre  connaissance. 

Le  mal  devait  venir  plus  tard  du  Brabant,  qui  fut  toujours 
terre  princière.  S'il  est  plus  parlé  dans  notre  histoire  belge 
du  renom  des  communiers  flamands  que  des  communiers 
liégeois  ,  c'est  grâce  au  prestige  de  celle  victoire  de 
Courtrai  qui  enthousiasma  les  villes  :  le  duc  de  Bourgogne, 
au  contraire  ,  successeur  des  anciens  ducs  de  Brabant  déjà 
vainqueurs  à  Othée,  put  infliger  à  Liège  une  désastreuse 
défaite,  qui  terrifia  les  communes. 

Reprenons  ici,  suivant  la  chronologie,  le  cours  d'une 
histoire  qui  ne  devient  que  trop  dramatique. 

Soit  de  gré,  soit  de  force,  et  sous  la  pression  de  Philippe 
de  Bourgogne,  le  prince-évêque  Heinsberg,  sous  le  règne 
duquel  se  passent  les  derniers  événements  relatés  par  Jean 
de  Stavelot,  résigna  son  évêché  en  faveur  du  neveu  du  duc. 
Quels  que  soient  les  reproches  qu'on  ait  à  adresser  à 
Heinsberg  ,  au  moins  eut-il  la  sagesse  de  ne  jamais  rendre 
l'étranger  arbitre  des  dissentiments  survenant,  à  propos  de 
l'administration  de  la  Cité.  Celle-ci  perdit  le  bénéfice  de  cette 
bonne  gouverne  du  moment  où  le  nouvel  élu  Louis  de 
Bourbon  fit  son  entrée  dans  le  palais  de  Liège.  Il  eut 
bientôt  donné  toute  preuve  d'incapacité  à  l'intérieur;  il 
fut  chassé  par  une  bourgeoisie  ameutée,  heureuse  de  voir 
inoccupé  le  palais  épiscopal ,  car  elle  était  dès  lors  seule 
souveraine.  A  ce  moment ,  la  Cité ,  dont  l'intérêt  capital 
était,  comme  toujours.,  de  garder  la  neutralité,  fut  mêlée 
aux  trop  grandes  querelles  de  Louis  XI  de  France  et  de 
Charles  de  Bourgogne.  Dès  longtemps ,  nos  historiens 
liégeois  ont   marqué  ces   étapes   douloureuses   de   notre 


—  367  — 

histoire  :  la  bataille  de  Montenaeken  et  la  Cité  humiliée  ;  le 
sac  de  Dinant,  la  défaite  de  Brusthem  ,  puis,  désastre  sans 
précédent,  la  destruction  même  de  Liège. 

Huit  jours  après  la  journée  de  Brusthem,  perdue  par  les 
Liégeois  inférieurs  en  nombre ,  mal  retranchés ,  et  qui 
laissèrent  6,000  au  moins  des  leurs  sur  le  terrain,  Charles- 
le-Hardi  fit,  le  17  octobre  1467,  son  entrée  dans  la  Cité  par 
une  brèche  de  20  toises  à  la  porte  Ste-Marguerite.  Un  traité 
enleva  savamment  à  la  Cité  ses  franchises  et  toute 
indépendance  :  les  46  articles  nous  montrent  assez  tout  ce 
que  notre  bourgeoisie  avait  conquis  par  l'énumération  de 
tout  ce  qu'elle  perdait.  Ils  nous  font  voir  d'autre  part 
comment  les  princes  entendaient,  après  bataille  gagnée, 
l'organisation  du  pouvoir  souverain.  Plus  de  métiers 
corporatifs  ni  de  privilèges  de  bourgeoisie,  plus  de  magis- 
trats populaires  ;  plus  de  droit  d'alliance  ni  de  murs  de 
défense,  la  ville  devait  être  ouverte  «  de  tous  costez  comme 
ung  village  ou  ville  champestre»,  la  juridiction  souveraine 
au  prince-évèque,  service  dû  au  duc  de  Bourgogne  ;  contri- 
bution de  guerre  énorme,  l'exil  et  la  confiscation  des  biens 
des  vaincus....  Tout  ce  qu'avaient  su  obtenir  peu  à  peu 
les  magistrats  siégeant  à  la  Violette  était  perdu  :  l'épée  du 
vainqueur  remplaçait  le  droit  commun.  Et  tout  en  ruinant 
la  Cité,  on  l'insultait.  Certain  trouvère  (V.  les  Documents 
pour  servir  à  l'histoire  de  Louis  de  Bourbon,  par  De  Ram, 
p.  302  ,  au  vers  393),  égaya  le  camp  des  bourguignons  aux 
dépens  des  malheureux  bourgeois  dépouillés  : 

«  Perdu  havez  Chartes  et  Lettres, 

Vos  Jurez  et  vos  Vingt-Deux, 

Les  Douze  aussi,  les  quatre  Mettres, 

Des  quels  vous  faisiez  un  Dieu  d'eux. 

Ensy  n'avez  plus  nul  de  cheux 

De  la  Violette  qui  furent. 

On  vous  a  fait  estatus  neus 

Adiin  que  plus  longuement  durent, 


-  368  - 

Il  était  défendu  aux  Liégeois  «  de  forger  artillerie  ou 

munitions  de  guerre sous  peine  d'une  amende  de 

200,000  florins  du  Rhin.  »  Le  lieutenant-général  du  duc 
de  Bourgogne ,  Guy  de  Humbercour ,  prit  possession  de  la 
Maison  de  Ville;  ce  fut  la  Violette  qui  servit  de  dépôt  aux 
armes  dont  les  bourgeois  durent  se  dessaisir. 

L'article  3  des  conditions  imposées  aux  gens  du  pays  de 
Franchimont  fait  cette  énumération  :  «  Ils  apporteront  dès 
maintenant  au  sieur  de  Humbercour  et  à  Messire  Thierry 
de  Mousset,  sénéchal  de  Limbourg,  tous  leurs  bâtons  à 
poudre,  arbalètes,  crennequins,  bâtons  à  main  et  armures 
de  toute  espèce,  sans  pouvoir  jamais  en  avoir  d'autres 
qu'avec  sa  permission  ». 

C'est  ce  que  le  poème  Bourguignon  (La  correction  des 
Liégeois)   exprime   encore  ainsi,  cyniquement  : 

«  Après  vos  artilleries  toutes 
Dont  vous  baviez  fait  vos  vacarmes  , 
Harnois,  picques  et  Sacqueboutes 
Haubeigeons  ,  haches  et  guizarmes  , 
Rien  n'y  valleut,  ne  pleurs  ne  larmes, 
Tout  vous  faut  perdre  et  confisquier, 
Et  ne  vous  laissat-on  autres  armes 
Que  vos  mains  pour  vos  nez  mouchier.» 

Le  duc  occupa  le  palais  de  l'évêque,  et  celui-ci,  Louis 
de  Bourbon ,  qui  assistait  indolemment  aux  funérailles 
de  son  pays,  comme  dit  de  Gerlache  ,  se  logea  dans  la 
maison  de  Mérode ,  Place  Verte.  Humbercour,  qui  devait 
présider  à  l'exécution  rigoureuse  d'un  traité  qui  mettait 
à  sa  merci  la  personne  et  les  biens  des  vaincus,  se  retran- 
chait au  quartier  de  l'Ile,  dans  la  maison  de  Cloës 
d'Amagne  ;  et,  nonobstant  son  courage  ordinaire,  en  tyran 
précautionneux  pour  sa  personne,  «il  communiquait  du 
jardin  par  un  pont  à  l'église  des  Dominicains  où  il  allait 
entendre  la  messe»  (Recueil  héraldique,  p.  177).  Ilumber- 


—  369  - 

cour,  au  cœur  même  de  la  Cité,  que  sa  domination 
violente  et  rusée  allait  pousser  à  bout,  usa  une  seconde 
fois  du  même  moyen  :  il  fit  jeter  un  pont  de  bois,  allant 
obliquement  de  la  Maison  où  s'exerçait  la  juridiction  sca- 
binale  du  Détroit  des  échevins  à  la  Violette  ,  laquelle 
était  à  peu  près  vis-à-vis,  sur  la  gauche.  Ainsi,  il  pouvait 
s'entendre  avec  ces  conseillers  de  l'évêque  qui  rempla- 
çaient les  magistrats  régulièrement  élus,  en  même  temps 
qu'il  établissait  là  le  siège  de  son  pouvoir  personnel. 
Il  s'y  érigeait  en  justicier.  Le  fait,  avec  ses  conséquences, 
est  raconté  dans  le  texte  latin  de  la  chronique  liégeoise 
d'Adrianus  de  Veteri  Bosco  (Amplis .  collect.  IV,  p.  1328 )  : 
«  A  cette  époque  on  établissait  un  pont  de  bois  entre  la 
maison  des  échevins  de  Liège  et  la  Violette  qui  était 
la  maison  des  maîtres  et  des  conseillers  ;  mais  à  ce 
moment  y  [siégeait  le  conseil  du  prince  pour  juger  ;  ainsi 
on  passait  de  l'une  à  l'autre.  » 

Qu'on  veuille  bien  se  représenter  l'état  des  lieux. 
Humbercour  logeant  dans  la  maison  forte  de  Cloes 
d'Amagne,  un  banni  sans  doute,  habitait  la  quatrième 
demeure  du  Pont-d'Ile  à  droite,  en  venant  de  Notre-Dame 
à  la  Chaîne  ou  Place  aux  Chevaux,  (  Cloes  —  Masset  — 
Gouverneur  —  Latour  —  Schaltin).  Du  Pont  d'Ile,  au 
lieu  de  suivre  la  rue  pour  entrer,  en  tournant  à  droite, 
dans  l'église  des  Dominicains,  afin  d'y  entendre  la  messe, 
il  descendait  dans  les  jardins  de  l'île  dite  de  la  Venne, 
et  traversait,  par  un  pont  de  bois  jeté  pour  lui,  le  cours 
d'eau  qui  le  séparait  de  l'enclos  du  couvent. 

D'autre  part,  de  sa  maison  de  l'Ile,  il  n'avait  que  l'autre 
bras  de  la  rivière  de  Meuse  à  passer  pour  se  trouver 
bientôt  (Place  Verte)  devant  les  maisons  du  Chapitre  ; 
traversant  St-Lambert,  il  se  trouvait  au  Détroit  :  le  second 
pont  de  bois  lui  faisait  mettre,  et  de  haut,  le  pied  sur  la 
Violette, 


—  370  — 

Tels  étaient  les  deux  itinéraires ,  assez  caractéristiques, 
que  suivait  Humbercour  traversant,  à  sa  manière,  le  cœur 
de  la  Cité. 

Quant  au  pont  de  bois  jeté  sur  la  petite  place  du  Marché, 
ce  n'était  qu'un  retour  à  certain  ancien  état  de  choses. 
Entouré  des  gens  de  l'évêque ,  le  Bourguignon  ne  dut  pas 
manquer  de  conseillers  qui  lui  rappelèrent  le  passé.  Après 
la  bataille  d'Othée ,  en  1408  ,  on  avait  réuni  par  ce  même 
moyen  la  Maison  de  Ville  et  le  Détroit.  Le  pont  ne  fut 
abattu  que  quand  mourut  Jean-sans-Pitié.  La  chronique 
latine  de  Corneille  Zantfliet  [Amplis,  collect. ,  V,  p.  410), 
à  l'année  1418,  nous  dit  qu'au  temps  de  Jean  de  Walenrode, 
le  peuple  liégeois  put  récupérer  les  franchises  et  privilèges 
perdus  à  la  bataille  d'Othée;  on  broda  trente-deux  bannières, 
nombre  égal  à  celui  des  métiers  ;  suivant  la  coutume 
ancienne ,  le  peuple  fut  convoqué  au  palais  et  non  plus  en 
Mèrechoule  (au  Marché).  «  Certain  pont  de  bois  par  lequel 
on  passait  d'habitude  de  la  Maison  des  échevins  à  la 
Violette,  siège  des  maîtres  et  du  conseil  de  la  Cité ,  fut  mis 
à  bas  et  brisé.  » 

Était-ce  là  la  disposition  ordinaire  des  lieux  dans  l'ancien 
temps  ?  Cette  voie  spéciale  était-elle  le  lien  originel  qui 
réunissait  forcément  à  la  maison  scabinale  la  Violette, 
qui  ne  pouvait  encore  s'en  débarrasser  ?  La  Loy  ne  per- 
mettait-elle pas  à  des  magistrats  administrateurs  de 
gouverner,  si  ce  n'était  dans  une  de  ses  dépendances 
effectives?  Encore  qu'il  soit  possible,  le  fait  paraît  peu 
probable.  C'est  après  les  deux  grands  désastres  liégeois 
qu'on  retrouve  ce  pont,  signe  d'une  main-mise  confisquant 
les  franchises  de  la  Violette,  et  à  chaque  fois,  sous  l'admi- 
nistration paisible  et  réparatrice  qui  suit,  il  est  abattu.  On 
peut  donc  voir  dans  la  construction  de  cette  passerelle 
l'effet  de  circonstances  spéciales,  naturel  à  une  époque  de 
crise  violente  ;  l'intégrité  absolue   de    l'ancien    territoire 


—  371   — 

claustral  était  rétablie,  et  le  prince,  sûr  d'exercer  à  son 
profit  les  pouvoirs  tant  administratifs  que  judiciaires. 
Comme  à  l'heure  des  débuts  politiques  de  la  bourgeoisie  , 
les  décisions  de  la  Violette  devaient  se  régler  uniquement 
sur  la  légalité  établie  au  Détroit,  et  grâce  à  ce  pont  de  bois 
aérien,  qui  venait  faire  brèche  dans  la  maison  des  magistrats 
populaires,  ceux-ci  perdaient  toute  indépendance.  Dans 
Liège ,  que  sa  bourgeoisie  avait  «  merveilleusement 
peuplée  » ,  rendue  prospère  et  libre ,  auprès  Othée  et 
Brusthem,  il  n'y  avait  plus  qu'un  maître. 

Cependant,  un  parti  de  bannis  surprit  à  Tongres  Hum- 
bercour  et  l'évêque,  lequel  avait  quitté  la  ville  —  sur  une 
barque  pavoisée  et  au  son  d'une  harmonie  joyeuse,  sous 
les  yeux  de  tout  un  peuple  indigné.  —  On  ramena  le  prince, 
on  remit  en  liberté  conditionnellement  Humbercour,  et 
tandis  que  les  Bourguignons  fuyaient ,  la  Cité  se  souleva. 

On  sait  le  reste;  comment  le  Téméraire  fut  pris  d'une 
colère  terrible,  força  Louis  XI,  prisonnier  de  fait  à 
Péronne  ,  à  venir  assister  à  la  ruine  des  Liégeois  ses  alliés, 
au  lieu  d'aller  combattre  le  duc  de  Bretagne  ,  ami  de  la 
Bourgogne.  Le  dévouement  des  Franchimontois  ne  sauva 
pas  une  ville  démantelée  et  sans  chefs,  «  tenue  en  révérence 
et  en  crainte  »,  d'un  désastre  inouï:  on  a  peine  aujourd'hui 
à  comprendre  comment  ont  pu  conduire  à  d'aussi  atroces 
résultats  des  hostilités  entreprises  tout  d'abord  pour  récon- 
cilier un  prince-évêque  avec  son  peuple. 

Mais  il  faut  songer  à  l'ambition  irrésistible  de  la  maison 
de  Bourgogne  et  se  rendre  compte  des  mœurs  tant  de 
l'époque  que  des  personnages:  une  population,  tour  à 
tour  arrogante  ou  découragée  ;  Louis  XI ,  traître  à  tous  ; 
le  cardinal  la  Ballue,  traître  à  son  maître  ;  des  coureurs 
d'aventures  comme  Jean  de  Ville  ;  un  gouverneur  qui, 
avant  de  porter  sa  tête  à  Bruges  sur  le  billot ,  se  dérobait 
tout  en  exterminant  une   population  entière  ;  un  prince- 


—  372  — 

évêque  n'ayant  pas  même  conscience  de  sa  responsabilité  ; 
le  duc  Charles  de  Bourgogne,  sanguinaire  jusqu'à  la 
démence  ;  enfin ,  au  milieu  d'eux,  le  légat  du  pape,  Onofrio, 
inutilement  agité,  irritant  chacun  davantage,  blâmé  du 
pape  et  mourant  de  chagrin  :  quels  acteurs  et  quel  drame  ! 
Quant  à  Charles,  le  protagoniste,  c'est  lui  qui  disait,  en 
condamnant  des  cités  entières  au  feu  et  à  l'épée ,  et  les 
voyant  brûler  :  «  Tel  fruit  porte  l'arbre  de  guerre  !  » 

Dans  son  livre  sur  l'Histoire  de  Liège,  l'ancien  président 
de  Gerlache  nous  le  dit  (p.  219,  en  note),  à  propos  de  Gilles 
de  Lens ,  précipité  du  pont  des  Arches  :  «  Depuis  le  com- 
mencement des  troubles ,  cela  faisait  de  bon  compte  neuf 
bourgmestres  qui  avaient  péri  de  mort  violente,  de  la  main 
de  l'ennemi,  du  peuple  ou  du  bourreau,  ou  subi  l'exil  en 
terre  étrangère.  »  Tel  était  le  sort  de  nos  magistrats  : 
voyons  de  près  quel  fut  celui  de  la  ville ,  de  la  commune , 
au  milieu  de  la  tourmente  bourguignonne,  et  dans  la  suite. 

Un  passage  de  Commines  (1.  II,  14),  de  ceux  qu'on  relit 
et  qui  donnent  à  penser ,  relate  sommairement ,  tout  en  le 
dépeignant  de  la  façon  la  plus  significative,  le  sac  de  notre 
ville  de  Liège  :  «  Avant  que  le  Duc  partit  de  la  dite  Cité 
furent  noyés  en  grand  nombre  les  pauvres  gens  prisonniers 
qui  avoient  esté  trouvés  cachés  es  maisons  à  l'heure  que 
cette  cité  fut  prise.  Outre  fut  délibéré  de  faire  brûler  la  dite 
Cité,  laquelle  en  tout  temps  a  esté  fort  peuplée,  et  fut  dit 
qu'on  la  bruslerait  à  trois  fois,  et  furent  ordonnés  trois  ou 
quatre  mille  hommes  de  pied,  du  pais  de  Luxembourg, 
pour  faire  cette  désolation  et  pour  deffendre  les  églises. 
Premièrement  fut  abbatu  un  grand  pont  qui  estoit  au 
travers  de  la  rivière  de  Meuse;  et  puis  fut  ordonné  grand 
nombre  de  gens  pour  deffendre  les  maisons  des  chanoines 
àl'environ  de  la  grande  église,  afin  qu'il  put  demeurer  logis 
pour  faire  le  divin  service.  Semblablement  en  fut  ordonné 
pour  garder  les  autres  églises*  Et  cela  fait,  partit  le  duc 


—  373  - 

pour  aller  au  païs  de  Franchemont;  et  incontinent  qu'il  fut 
dehors  la  Cité,  il  vit  le  feu  en  grand  nombre  de  maisons  du 
côté  de  la  rivière.  Il  alla  loger  à  quatre  lieues. 

«  Mais  nous  oyons  le  bruit  comme  si  nous  eussions  esté 
sor  le  lieu.  Je  ne  sçay  si  le  vent  y  servoit  ou  si  c'estoit  à 
cause  de  la  rivière.  Le  lendemain  le  duc  partit,  et  ceux 
qui  estoient  demourés  en  ladite  ville  continuèrent  la  déso- 
lation ,  comme  il  leur  avoit  esté  commandé  ;  mais  toutes 
les  églises  furent  sauvées  ou  peu  s'en  falut,  et  plus  de 
trois  cent  maisons  pour  loger  les  gens  d'église.  Et  cela  a 
esté  cause  que  sitôt  a  esté  repeuplée ,  car  grand  peuple 
revint  demourer  avec  ces  prestres.  » 

Voilà  les  paroles  d'un  écrivain  inaugurant  dans  les  pays 
du  nord  de  langue  française,  l'ère  des  historiens  diplo- 
matiques et  qui  se  désintéresse  des  humains  sentiments. 
Que  l'on  considère,  au  prix  de  la  réalité,  comme  vaine 
rhétorique  le  poème  d'Angelus  de  Curribus,  intitulé  De 
excidio  civitatis  leodiensis  :  on  peut  s'en  tenir  au  sens 
complet  de  la  déclaration  de  l'annaliste  Triphtême  esti- 
mant que  l'imagination  ne  saurait  représenter  les  horreurs 
de  la  catastrophe.  Celle-ci  en  effet  compte  parmi  les  plus 
grandes  qu'ait  enregistrées  l'histoire  politique,  ou  crimi- 
nelle, de  l'Europe. 

Rien  d'étonnant  que  nos  anciennes  archives  aient  dis- 
paru ou  se  soient  dispersées ,  que  les  documents  officiels 
des  franchises  de  la  bourgeoisie  et  de  ses  actes  aient  été  — 
comme  le  Perron  —  transportés  à  Bruges ,  de  là  vers  le 
sud  de  la  Flandre.  A  partir  de  cette  date  fatale  de  1468, 
l'année  de  l'hégyre  pour  nous ,  de  la  fuite  en  Ardenne , 
notre  histoire  est  à  recommencer. 

Un  premier  coup  avait  été  porté  à  la  Cité  liégeoise  par 
les  vainqueurs  d'Othée  (1408).  Fermant  la  longue  et  belle 
période  communale ,  l'époque  princière  marque  chez  nous 
son  triomphe  par  un  crime  politique  que  ne  justifient  pas 


-  374  - 

même  les  mœurs  violentes  du  temps.  Ou  est  absolument 
fondé  à  croire  que  la  haine  de  la  commune  en  inspira  sur- 
tout le  dessein  :  «  Châtier  Liège  pourrait  en  conclusion  — 
au  rapport  de  Mpnstrelet  —  être  exemple  à  telles  manières 
de  gens  qui  sont  communautés  et  commencement  de  rébel- 
lion universelle.  » 

Eussent-ils  eu  d'autres  princes-évêques  qu'un  Jean 
de  Bavière  ou  un  Louis  de  Bourbon  —  point  évêques 
et  fort  peu  princes  —  eussent-ils  d'autre  part  eu  le  temps 
de  la  tranquille  réflexion,  sans  aucun  doute  les  Liégeois, 
mieux  avisés ,  se  seraient  gardés  d'entrer  en  conflit  ou  en 
contact  avec  le  puissant  dynaste  étranger ,  ennemi  né  des 
communiers,  et  uniquement  occupé  à  concentrer  par  tous 
moyens  les  pouvoirs  personnels  :  avant  Granson ,  Morat  ou 
Nancy,  un  duc  de  Bourgogne,  appuyé  sur  son  épée,  était 
autrement  redoutable  qu'un  de  ces  princes  élus  à  tour  de 
rôle  par  des  chanoines ,  régnant  d'une  façon  souvent  no- 
minale sur  une  bourgeoisie  qui  lui  faisait,  de  sa  maison, 
où  pauvre  homme  était  roi,  impunément  la  guerre. 

Liège,  qu'était  venue  solliciter  la  politique  de  grand 
état,  était  mal  organisée  pour  la  comprendre  à  l'instant  : 
elle  vivait  isolée,  à  l'abri  d'une  puissance  ecclésiastique 
dont  le  titre  souverain  semblait  encore  immuable.  Puis- 
sante à  l'intérieur,  d'une  activité  débordante,  la  commune, 
se  jetant  dans  la  mêlée  européenne,  se  trouve  inhabile,  et 
ne  peut  que  porter  la  peine  d'une  ignorance  dont  n'aurait 
pas  été  victime  une  ville  libre,  ayant  l'habitude  au  dehors 
de  sa  propre  direction  politique,  renseignée  par  exemple 
comme  le  furent  les  républiques  italiennes. 

Cependant,  n'eût  été  la  qualité  de  territoire  ecclésias- 
tique reconnu  à  la  principauté  ,  ni  Philippe,  ni  Charles  de 
Bourgogne  ne  se  fussent  contentés  du  titre  de  mambour, 
avoué  ou  tuteur  du  pays.  Ce  dernier,  après  le  désastre, 
retrouva  sa  forme  politique  extérieure,  mais  au  dedans 
quel  changement  ! 


—  375  — 

L'apologue  ésopien  de  Louis  XI,  racontant  à  Charles 
comment,  pour  détruire  des  oiseaux  criards,  il  avait  fallu 
non  seulement  abattre  le  nid ,  mais  couper  l'arbre ,  n'eut 
que  trop  de  portée. 

Sous  le  règne  de  Jean  et  de  Louis ,  le  peuple  liégeois 
s'était  habitué  à  braver  loi  ou  règlements  ;  la  prospérité  de 
la  bourgeoisie  avait  pris  fin  avec  son  travail,  source  de 
sa  richesse  ;  la  ville  n'était  plus  qu'un  monceau  de  cendres; 
une  génération  avait  été  supprimée.  Les  nouvelles  classes 
bourgeoises  qui  se  reformèrent  n'arrivèrent  plus  à  la  hau- 
teur des  anciennes,  animées  celles-ci  de  la  foi  politique  et 
laissant  après  elles  une  organisation  dont  on  ne  sut  plus 
bien  faire  fonctionner  le  mécanisme  souvent  incompris.  Ces 
institutions  subsistèrent  sans  doute,  mais  avec  des  vicis- 
situdes diverses,  passant  par  tradition  à  l'état  d'habitudes 
intermittentes  ou  accidentellement  avivées. 

La  défaite  de  Brusthem  et  le  sac  de  1468  indiquent  la 
date  fatale  de  la  première  et  belle  période  communale 
liégeoise.  Deux  siècles  éloignent  encore  la  Cité  de  l'avé- 
nement  de  Maximilien  de  Bavière  ;  mais ,  de  Brusthem  au 
coup  d'état  de  Maximilien  supprimant  en  1684  toute  l'orga- 
nisation communale ,  il  n'y  a  que  la  distance  d'un  pas 
uniquement  difficile  à  franchir.  En  dépit  des  derniers 
Grignoux,  Maximilien  de  Bavière  acheva  l'œuvre  de  Jean 
de  Bavière ,  et  il  fallut  des  événements  bien  lointains  qui 
n'arrivent  qu'à  la  fin  du  XVIIIe  siècle ,  pour  rendre ,  et  en 
vertu  d'autres  principes,  une  vie  nouvelle  à  la  bourgeoisie. 


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III 


§  I.  —  La  Violette,  troisième  Maison  de  la  Cité  ;  origines 
du  Recueil  héraldique  ;  description  de  la  Violette 
suivant  un  manuscrit  d'Abry;  dessin  de  la  Violette. 
§  2.  — Historique  d'après  les  registres  aux  recès  et  les 
chroniques  ;  voisinage  du  monument  et  topographie 
des  chambres  des  métiers;  événements  communaux 
et  bombardement  de  Boufïlers,  1497-1691. 

Reprenons  le  cours  des  événements,  interrompu  au 
moment  où  nous  signalions  la  mort  tragique  de  nos  anciens 
magistrats.  Quel  fut  le  sort  ,  dans  le  plein  accès  de  la 
furie  bourguignonne,  de  la  Maison  où  ceux-là  exerçaient 
leur  office  ? 

Il  ne  paraît  pas  que  la  Violette  ait  été  détruite,  contraire- 
ment à  ce  qu'on  devrait  croire  en  présence  de  la  dévastation 
systématique  de  tous  les  édifices  civils  de  Liège.  Il  fallait 
sans  doute  quelque  endroit  qui  ne  fût  ni  église,  ni  maison 
claustrale,  d'où  l'on  pût  continuer  à  organiser  la  destruction 
du  reste  de  la  Cité,  comme  aussi  la  possession  militaire  du 
pays.  Usage  bien  contraire  a  sa  destination,  la  Violette  y 
aurait  été  employée. 

Elle  resta  dix  ans  sans  revoir  ses  magistrats  réguliers, 
et  après  la  mort,  violente  aussi,  comme  le  font  remarquer 
les  vieux  auteurs,  de  la  plupart  de  ceux  qui  avaient  présidé 

26 


—  378  — 

au  sac  de  Liège,  dans  quel  étal  on  retrouvait  en  1477 
l'ancienne  Maison  de  la  Cité!  «Elle  allait  à  sa  ruine» 
disent  nos  historiens  (V.  le  Recueil  héraldique,  p.  213)* 
saccagée  à  l'intérieur  e1  viciée,  souffranl  des  intempéries, 
à  demi-brûlée  par  les  flammes  du  voisinage,  elle  supportait 
encore,  suivant  Loyens,  ce  pont  de  bois  des  Bourguignons 
pesant  comme  un  joug, sur  les  citains  qui  avaient  pu  revenir. 
De  fait,  elle  ne  pouvait  plus  que  rappeler  les  plus  terribles 
des  souvenirs. 

On  doil  admirer  l'active  ténacité  —  celle  de  l'essaim  ou 
de  la  fourmilière   qui   se    reforme   quand   même   —   des 
bourgeois    survivants,    s'employant    avec   leur    lignée   à 
rétablir,  presque  au  lendemain  du  désastre  ,  la  Cité  dans 
son  assiette  et  la  commune  dans  ses  droits.  Le  sens  de 
quelques  rares  documents  publics  du  temps,  résumés  par 
Bartollet  (v.  YEpitoma)  en  fait  foi.  Dès  1-478  (Litt.  edicti 
24  apr.)  sur  l'ordre  des  magistrats,  des  corvées  sont  im- 
posées  à    toutes   les    paroisses   pour   le    relèvement   des 
remparts  et  des  murs.  En  1484,  la  Cité  préserve  ses  cours 
d'eau,  et  défense  est  faite  de  jeter  les  détritus  et  les  débris 
encombrant  le  sol,  au  pont  des  Arches  et  à  la  Sauvenière, 
Une  Lettre  du  peuple,  de  1486,  interdit  le  port  de  tout 
insigne  autre  que  le  Perron.  La  même  année,  la  ville  établit 
des  péagers  sur  ses  ponts,  à  sa  livrée,  pour  surveiller  la 
navigation  intérieure.  Toutes  sortes  de  mesures  militaires 
sont  prises  directement  par  la  Cité  :  elle  soudoie,  notamment 
dos   soldats  allemands  pour  sa  défense   (31  mars  i486). 
Donation    est    faite    aux.    Arbalétriers    de    la    construction 
élevée  sur  le  ponl  des  Arches  (1494).  Tandis  qu'on  défend 
d'ajouter  à  toute  armoirie  la  croix  droiteel  la  croix  couchée, 
divers  (''dits  rendus  directement  parla  Cité  visent  les  bannis, 
rentrée  des  grains,  les  accises,  l'incarcération,  le  cours  des 
monnaies.  Un  (''dit  rendu  en  commun  par  le  prince  et  par 
la  commune,  d'un  genre  particulier  et  en  vue  d'assurer 


-  379  - 

une  meilleure  police,  interdit  après  l'heure  du  couvre-feu 
sonné  parla  cloche  dite  Côpareie ,  à  moins  d'être  porteur 
d'une  lumière,  la  circulation  dans  la  Cité,  —  comme  près 
des  cabarets  suspects  —  les  étrangers  devaient  laisser  leurs 
armes  à  l'auberge.  Une  Lettre  de  la  Ville,  du  jour  de 
Saint-Jacques  (1477),  a  une  autre  importance  :  les  gabelles, 
est-il  dit ,  sont  du  domaine  du  peuple.  Celui-ci  décide 
qu'il  sera  payé  sur  le  vin  et  la  bière  le  denier  quart;  sur  le 
pain,  le  vingtième;  les  houilles,  le  quinzième,  les  citains 
en  t'Iant  exempts;  sur  le  quartier  de  sel,  deux  sols;  les 
grains  exportés,  le  vingtième.  Le  peuple,  en  concorde 
avec  le  prince  de  Bourbon ,  lui  cède  pour  la  vie  les 
gabelles  du  peuple.  C'était  une  compensation  politique. 
Une  Lettre  de  la  Cité  (15  juillet  1494),  sur  la  demande  du 
prince  de  Homes,  lui  concède  pour  le  mois  courant  le 
produit  des  gabelles. 

D'autre  part  ,  faute  de  ressources,  la  Maison  du  Magis- 
trat, ruinée,  restait  telle  quelle.  Elle  avait  duré  un  pou 
,plus  d'un  siècle,  quand  on  entreprit,  en  mars  1-480,  de  la 
démolir  pour  la  reconstruire  de  fond  en  comble. 

Des  chroniques  mentionnent  le  l'ait: 

«  Auno  1480,  in  mense  Martii  incepta  fuit  Domus  Civi- 
talis  in  Leodio  fundari  quae  dicitur  Violetta  ».  (Adr.  de 
Veteri  Bosco ,  Chronicori,  p.  1371 ,  cité  par  F.  Henaux). 
—  «  En  1 4!>8  fui  édifiée  la  Maison  de  la  Cité  dite  Violette  ». 
(Chron.  de  4591,  p.  91  ,  105,  citée  par  M.  S.  Bormans)". 
A.  dessein,  nous  relevons  ici  les  deux  dates  extrêmes,  de 
la  construction  première  à  l'achèvement  (1480  et  1198),  de 
la  Violette,  sous  sa  troisième  l'orme. 

Nous  nous  attacherons  d'autant  plus  particulièrement  à 
l'histoire  de  celle-ci  que  (\e^  documents  nouveaux  nous 
permettent  de  la  rétablir  en  détail. 

Au  préalable,  certaine  élude  de  critique  bibliographique 
s'impose  rn  vue  de  fixe)- l'origine  et  la  valeur  des  documents. 


—  380   - 

Le  lecteur  liégeois  connaît  le  Recueil  héraldique  des 
Bourguemestres  de  la  noble  Cité  de  Liège.  Celui-ci  présente 

notamment,  sur  l'histoire  de  la  Violette,  des  renseignements 
qu'ont  repris  MM.  Polain,  F.  Henaux  et  d'autres  écrivains 
contemporains;  au  moment  de  présenter  des  détails  plus 
complets,  bornons-nous  à  renvoyer  au  Recueil  le  lecteur 
curieux  d'une  simple  comparaison,  inutile  pour  certains 
d'entre  eux. 

Rappelons  seulement  la  suite  du  titre  du  Recueil,  qui 
équivaut  à  une  table  des  matières  :  On  y  voit,  est-il  dit,  la 
généalogie  des  Evêques  et  Prince*,  de  la  noblesse  et  des 
principales  familles  de  ce  paiis  urée  leurs  inscriptions  cl 
épitaphes,  le  tout  enrichi  de  leurs  armes  et  blasons.  Enfin, 
pour  terminer  l'indication  générale  :  on  y  a  joint  quelques 
petits  traits  d'histoire,  rapportez  suivant  le  temps  de  leur 
événement,  depuis  1200  jusques  en  1720. 

Quant  aux  sources,  aux  origines  mêmes  du  Recueil 
héraldique .  «  il  est,  dit  M.  X.  de  Theux ,  dans  sa  Biblio- 
graphie  liégeoise ,  à  la  page  '212,  du  généalogiste  Abry, 
qui  reçut  du  Conseil  de  la  Cité,  pour  l'impression,  un 
subside  de  1,600  florins.  Loyens,  auquel  on  l'attribue 
généralement  ,  n'a  publié  que  la  continuation  de  10  pages 
imprimées  en  1721.  Il  recul  aussi  des  subsides  de  la 
Ville,  ainsi  que  l'imprimeur  J.  P,  Gramme  et  le  graveur 
Du  Vivier.  »  . 

Il  s'agit,  on  le  voit,  d  un  ouvrage  remanié,  et  d'une  forme 
précise,  auquel  la  Cité  reconnut  un  caractère  d'utilité 
publique,  si  bien  qu'après  une  continuation  par  Ophoven, 
notre  Ville  aujourd'hui  encore  poursuit  sur  le  même  plan 
la  publication  de  son  Mémorial . 

Le  Recueil  héraldique,  dit  de  Loyens,  représente  une 
œuvre  collective,  dont  un  manuscrit  d'Abry  a  élé  le  proto- 
type. Qu'en  est-il  au  juste  de  la  participation  de  Loyens? 
Avant  M.  de  Theux,  M.  S.   Iiorinans  déjà  avait  donné  dans 


-  381   - 

le  Bibliopliile  belge  (t.  Il)  des  éclaircissements  dont. il  résulte 
que  si  Abry  avait  vendu  au  Magistrat  son  travail,  il  n'avait 
pas  sans  doute  entendu  aliéner  jusqu'à  son  nom. 

M.  E.  Posvvick,  en  publiant  une  analyse  de  Manuscrit  s 
historiques  sur  le  pays  de  Liège  (Bulletin  de  la  Société  des 
Bibliophiles  liégeois,  I,  p.  44-168),  a  rendu  aussi  complè- 
tement hommage  à  Louis  Abry,  dont  la  riche  bibliothèque 
de  M.  le  comte  d'Oultremont  de  Warfusée  contient  nombre 
de  précieux  ouvrages.  C'est  un  de  ceux-ci  qui  nous  donne 
des  lumières  nouvelles,  tant  sur  l'histoire  liégeoise  que  sur 
les  travaux  considérables  de  notre  vieux  généalogiste  Abry. 
Est-ce  à  dire  que  Loyens  n'aurait  été  que  son  éditeur  tout 
en  le  masquant?  Tout  à  l'heure  nous  parlions  d'une  œuvre 
collective.  Lu  manuscrit  autographe  de  l'avocat  Loyens, 
membre  delà  Cour  scabinale  de  Jupille,  appartient  aujour- 
d'hui à  M.  l'avocat  Victor Henaux,  frère  de  t'en  M.  F.  Henaux, 
l'historien  liégeois.  Il  est  intitulé  :  Recueil  héraldique  des 
armes  et  <juulités  des  fflustmes  el  Smes  évêques,  des  bour- 
guemailres  de  la  noble  Cité  de  Liège  et  «niées  distingués 
personnages,  tirées  de  leurs  propres  scéls,  sépultures  el 
blasons  depuis  cinq  cents  uns. 

Ce  manuscrit,  de  484  pages,  «achevez  ce  19  mars  1718  », 
finit  par  une  rature  comme  il  commence  par  des  corrections, 
et  il  porte  en  nue  note  signée  F.  Henaux  :  «  Ms.  autographe 
de  Loyens  urée  des  corrections,  ajoutes  et  suppressions  de 
Louvrex,  de  Crassier,  de  Gaen,  etc.  »  Le  volume  est  orné 
de  blasons  déjà  gravés  sur  bois,  et  le  texte  n'est  pas  encore 
celui  qui  a  servi  directement  à  l'impression.  On  le  voit  de 
plus  en  plus  :  une  œuvre  première,  celle  d'Abry,  a  été 
complètement  et  pendant  longtemps  soumise  à  une  commis- 
sion tle  revision  qui  a  fini  par  la  transformer  complète- 
ment. On  a  enlevé  au  cadre  assez  étroit  que  présentait 
la  succession  des  deux  bourgmestres  annuels,  toutes  les 
parties  trop  générales  qu'Abry  y  avail    placées  ;  mais,  de 


—  382  - 

même  que  les  généalogies,  la  .formule1  première  du 
livre  a  été  conservée,  et  c'est  plus  qu'il  n'en  faut  pour 
regretter  que  des  hommes  assez  haul  placés  dans  l'ancienne 
Cité,  jurisconsultes  ,  échevins  et  chanoines,  aient  publié  le 
Recueil  héraldique  sans  que  même  le  nom  du  modeste  et 
consciencieux  travailleur  de  la  première  heure  y  fût 
mentionné: 

Ces  renseignements  étaient  de  mise  avant  de  faire 
connaître  le  manuscrit  d'Abry,  delà  bibliothèque  castralé 
d'Oultremont  de  Warfusée  ;  après  la  description  du  dit. 
document,  nous  produirons  les  renseignements  spéciaux 
sur  la  Violette  qu'il  renferme  et  nous  les  replacerons  dans 
leur  cadre  historique. 

Quant  au  manuscrit  lui-même ,  il  est  bien  de  l'écriture 
d'Abry,  et  il  constitue  un  curieux  et  magnifique  volume  de 
170  feuillets,  dont  les  pages  sont  numérotées  jusqu'à  la 
108e  ;les  avant-dernières  ne  sont  pas  remplies;  les  dernières 
n'offrent  plus  qu'une  simple  inscription,  et  an  verso  de 
l'ultième  page ,  il  n'y  a  plus  qu'une  date  :  1716. 

Le  titre  annonce  comme  poinl  d'arrêt  l'année- 1684,  niais 
ce  recueil  du  Fameux  Magistrat  de  Liège ,  comme  il  est 
intitulé  au  haut  de  chaque  page,  a  été  continué  et  remis  au 
courant.  La  méthode  suivie  est  celle  du  Recueil  héraldique 
qui  procède  par  magistrature  :  on  donne  les  armes  de 
l'évêque,  puis  sous  son  règne,  celles  des  bourgmestres; 
et  aux  deux  côtés  en  marge,  les  blasons  de  leur  famille  , 
des  officiers  de  la  Cité,  des  personnages  dont  les  pages 
relatent  l'histoire  ou  la  filiation.  Les  enluminures  sont 
vives,  et  le  trait  des  plus  nets. 

Le  manuscrit  dont  nous  nous  occupons  porte  un  litre 
étendu,  rédigé  dans  la  même  manière  que  celui  i\e> 
Hommes  Illustres,  ;uis-i  d'Abry,  et  trouvé  dans  la  même  et 
riche  bibliothèque.  C'esl  :  Le  retour  annuel  do  magistral 
de  Liège  apprès  tant  de  revers  restituez  pour  in  police  et 


-  383  — 

fœlicité  des  peuples,  traité  de  son  antiquité,  de  sa  qualité, 
noblesse,  leur  descente  et  blasons,  cueilli  des  Histoires 
archives  sépultures  verrières  et  outres  monuments  pu- 
blicques,  restes  de  nos  débris ,  présentés  à  la  postérité 
Liégeoise  Van  1684. 

Comme  le  style  en  général  de  celte  chronique  illustrée , 
l'explication  donnée  au  titre  est  assez  diffuse;  mais  il  ne 
convient  guère,  au  moment  de  profiter  une  fois  de  plus  des 
services  d'Abry,  de  le  desservir  auprès  du  lecteur  par  une 
critique  trop  sévère:  tenons  compte  du  milieu  où  l'auteur 
vécut,  comme  de  l'ancienne  façon  de  s'exprimer,  et  recon- 
naissons dans  Abry,  peintre,  dessinateur,  et  chroniqueur 
sincère,  sinon  un  véritable  écrivain,  du  moins  un  infatigable 
travailleur,  assez  épris  de  son  pays  pour  avoir  consacré  le 
cours  d'une  longue  vie  (1643-1720)  à  des  recherches 
directes  de  tout  genre,  mises,  comme  il  le  dit,  à  la  dispo- 
sition de  la  postérité.  Le  vieil  Abry  se  met  d'ailleurs 
lui-même  malicieusement  en  garde,  car,  s'adressant  au 
lecteur,  il  inscrit  celle  devise  à  sa  première  page: 

Haec  tacitus perpende  priusquam  temnere  ,  si  quid 
Exciderii  cœptis,  addequod  ipse  cupis. 

Probablement  noire  auteur  a-t-il  pensé  en  wallon  ce  qu'il 
dit  en  latin;  soil  en  français  :  «  Avant  de  dédaigner,  examine 
sans  rien  dire;  et  ^'il  manque  à  l'entreprise  quelque  chose, 
mets-l'y  toi-même  !  » 

Le  registre  manuscrit  du  Retour  annuel  du  magistrat 
de  Liérje,  présenté  l'an  1684,  est  relativemenl  plus  volu- 
mineux que  le  Recueil  héraldique  imprimé  en  1720.  C'est 
aussi  que  le  manuscrit  de  Warfusée  renferme,  nous  l'avons 
dit ,  plus  de  détails,  et  précisément  ceux-là  qui  intéressent 
davantage  la  Violette,  à  savoir  une  représentation  graphique 
du  monument  communal,  accompagnée  d'un  texte  expli- 
catif. Ils  ont  été  maladroitement  supprimés  tant  par  Loyens 
que  par  ses  collaborateurs. 


-  384  - 

Au  moment  de  parler  de  noire  Maison  de  Ville,  une 
page  du  manuscrit,  d'une  composition  peu  serrée  ,  nous 
entretient,  en  guise  de  préambule,  de  la  question  de  savoir  si 
Liège  exerçait  un  pouvoir  souverain,  ce  que  contrediraient 
l'inscription  du  fronton  et  l'aigle  impériale  qui  surmontent 
par  deux  fois  la  Maison  du  Magistrat.  Mais  Liège ,  dit 
l'auteur,  se  dit  libre  avec  raison;  bien  plus  ,  elle  est  Ville 
suzeraine,  exerçant  le  pouvoir  sur  ses  voisins.  Elle  prit ,  à 
la  vérité,  son  recours  auprès  du  roi  de  France  contre  le 
duc  de  Bourgogne,  mais  sa  demande  n'eut  point  d'effet. 
La  Cité  ne  requit  la  protection  effective  d'aucuns  avant  le 
cardinal  de  la  Marck,  qui,  vu  la  situation  générale  de 
l'Europe,  se  mit  sous  la  protection  de  l'Empire  vers  1507; 
«  d'où  vient  que  l'aigle  impériale  fut  placée  au  sommet  de 
la  Maison  de  Ville,  avec  ces  vers  en  lettres  d'or  et  placés 
plus  bas  que  ceux  du  fronton  même  : 

Legia  sis  felix  Aquilac  quae  tuta  sub  alis 
Semper  et  Imperii  digna  fovere  sinu.  » 

On  le  voit,  l'auteur,  sans  remonter  aux  anciens  liens  de 
la  suzeraineté  impériale  germanique,  invoquée  et  subie  dès 
l'origine  par  l'évêché,  puis  toujours  facilement  oubliée,  ne 
parle  que  de  la  Cité  même,  émancipée,  alliée  par  son  prince 
à  la  fortune  de  l'empire  de  Charles-Quint. 

Mais  ces  explications  sont  de  peu  d'importance  au  regard 
de  la  représentation  figurée  de  l'édifice  lui-même  et  de 
son  texte  explicatif.  C'est  là  précisément  où  nous  en  vou- 
lions venir. 

Nous  reproduisons  le  premier  à  titre  de  document 
précieux  pour  notre  histoire,  pareille  trouvaille,  tant  les 
bibliothèques  ont  été  fouillées,  ne  se  rencontrant  plus 
souvent  de  nos  jours. 

Ce  dessin  ,  jusqu'aujourd'hui  connu  de  quelques  initiés 
seulement ,  nous  représente,  en  effet ,  tel  qu'il  fut  dans  ses 


-  385   - 

grandes  lignes  el  principaux  détails,  l'édifice  de  la  Violette 
pendant  les  deux  siècles  qu'il  dura  ,  de  1 497  à  1G91  ,  et  ce 
simple  croquis  authentique  jette  ,  on  s'en  convaincra 
aisément,  un  jour  tout  nouveau  sur  un  coin  important  de 
l'histoire  de  la  Cité  liégeoise,  généralement  ignoré. 

Quant  au  texte,  avant  toute  remarque,  le  voici  inté- 
gralement : 

;)  Gomme  la  beauté  d'une  ville  consiste  aux  édiiices  , 
ainsi  le  magistrat  songea  de  pourvoir  à  un  tonds  pour  le 
rétablissement  de  la  Maison  de  Ville  ;  elle  était  ruinée  et  le 
pont  de  bois  qui  se  communiquait  d'icelle  au  consistoire 
des  esclievins  nommé  à  Je  Deslùr  vis-à-vis  d'icelle,  déplaisait 
à  merveille,  parce  que  Guy  de  Brimeux-Humbercourt 
l'avait  fait  dressé  pour  son  plaisir  l'an  1466  qu'il  possédait 
en  Liège  comme  substitué  du  duc  de  Bourgogne,  pour 
dompter  également  les  Maîtres  et  les  Eschevins. 

»  Can  1497  ,  ils  eurent  l'honneur  de  la  mettre  en  état  de 
service  comme  on  la  voit  aujourd'hui;  ce  bâtiment  tut  consi- 
déré pour  un  des  plus  beaux  des  pays  d'alentour,  tout 
irrégulier  qu'il  est  parla  voûte  de  sa  salle  haute,  qui  rompt 
la  régularité   du  front. 

»  Le  dessous  n'est  pas  méchant,  encore  bien  qu'il  est 
gothique. 

v>  Son  sommet  est  haussé  d'une  bannière  de  fer  à  l'aigle 
éployée  et  dans  son  timpan  pointu  la  même  aigle  notable- 
ment plus  grande  y  est  dorée. 

»  Les  écussons  de  l'empire  et  de  l'évêque  de  Horn  suivent 
immédiatement;  les  écussons  de  Liège,  Tongres,  Maestricht, 
Huy  et  Dinant  y  sont  posés  un  peu  plus  bas  ,  qui  sont  suivis 
des  autres  comme  ils  sont  rangés  ci -dessus. 

>  Plus  bas  que  les  fenêtres  de  la  salle,  on  y  voit  aussi  les 
blasons  des  trente-deux  métiers  disposés  selon  leur  [.lus 
ancien  usage;  cette  rangée  est  toute  en  largeur,  soutenue 
de  six  consoles  de  cinq  à  six  pieds  hautes,   sculpturées 


—  386  - 

chacune  :  la  première  des  armes  du  pape  Alexandre  VI  de 
la  maison  des  Borgia,  espagnols  de  Valence,  de  l'empereur 
Maximilieh,  de  l'évêque  de  Horn,  de  la  ville  de  Liège  et 
des  dits  bourgmestres  de  Warfusée  et  de  Huy;  tout  ceci 
fut  reluminé  et  doré  plus  curieusement  que  devant. 

»  L'an  1568,  du  temps  Jean  de  Streel  et  Pierre  Bex , 
alors  bourgmestres,  la  voûte  même  de  la  salle  haute  était 
ornée  des  armes  ou  écussons  de  tous  les  royaumes  joints  à 
la  maison  d'Autriche.  C'est  ce  que  l'on  voit  encore  aujour- 
d'hui avec  des  lambrissements  de  bois  portant  les  écussons 
des  trente-deux  métiers,  des  quatre  chanceliers  et  des 
divers  couples  de  bourgmestres  qui  les  ont  fait  faire  de 
temps  en  temps. 

»  Le  balcon  de  cuivre  est  une  addition  de  l'an  1609  par 
les  bourgmestres  Jean  de  Merlemont  et  Hubert  de  Loen  ; 
c'est  aussi  le  plus  beau  de  tout  et  ce  qui  le  relève  ;  il  est 
couvert  d'un  toit  de  plomb  souporté  de  deux  colonnes  ;mssi 
de  cuivre  adossées  des  images  de  Notre-Dame  et  Saint- 
Lambert.  Les  piédestaux  portent  leurs  dits  blasons  et  les 
pilastres  de  dessous  qui  forment  l'entrée  de  la  cave  d'icelle. 

»  Leurs  successeurs  firent  aussi  renouveler  les  vitres  de 
l'arcade  de  la  salle  du  côté  du  marché ,  comme  on  voit  par 
leurs  blasons  rangés  sous  ceux  du  prince  Ernest  de  Bavière, 
de  Liège,  de  Bouillon,  Franchimont  et  de  Looz. 

»  Tout  le  dessous  est  de  pierre  de  taille  jusque  aux 
consoles,  le  reste  est  de  bois.  L'arc  de  la  porte  principale 
porte  encore  deux  écussons  de  l'évêque  de  Horn  coupés  el 
au-dessus  d'icelle  ,  on  voit  un  tableau  avec  les  chrono- 
grammes en  vers. 

.  .  .  «  Il  y  a  aussi  des  blasons  de  divers  bourgmestres  qui 
ont  été  posés  sus  diverses  réparations  (qui  servironl  dans 
ce  recueil),  comme  portes  ,  lambris,  chapelle,  la  cheminée 
et  autres.  On  a  aussi  divers  tableaux  aux  armes  des 
bourgmestres.  .  .  » 


—  387  — 

Le  manuscrit  Abry-Loyens  (que  M.Victor  Henaux  amis 
obligeamment  à  notre  disposition)  renferme  cette  phrase 
significative,  supprimée  dans  le  Loyens  imprimé,  de  même 
que  Je  dessin:  «  L'auteur  de  ce  présent  recueil  a  tiré  le  fron- 
tispice de  cet  hôtel  avant  que  le  bombardement  de  1691  ne 
l'eût  détruit,  «  Sauf  certaines  corrections  de  détail,  le  texte 
du  dit  manuscrit  est  conforme  à  celui  du  Recueil  héraldique. 
Nous  remarquons  cependant  dans  ce  manuscrit  même  la 
suppression  d'une  phrase  finale  :  «  Cette  maison,  achevée 
en  5  ou  G  ans,  toute  irrégulière  qu'elle  fut,  ne  laissa  point 
d'être  considérée  comme  un  dés  plus  magniliques  édifices 
de  ce  temps-là.   > 

Notre  dessin,  dont  la  vue  constilue  une  intéressante 
révélation  pour  nous  tous  qui  cherchions  inutilement  à 
nous  faire  jusqu'ici  une  idée  exacte  de  l'ancienne  Maison 
communale,  occupe  presque  une  page  entière  de  l'in- 
folio,  et  il  a  été  enlevé  très  lestement  par  Abry,  homme 
exercé,  ainsi  qu'on  s;iit.  Il  est  tracé  à  l'encre;  le  balcon  de 
cuivre  de  l'escalier  et  les  statues  de  Saint-Lambert  et  de  la 
Vierge,  patrons  de  la  ville,  sont  enluminés  de  jaune.  Les 
fenêtres  de  l'étage  étaient  autant  de  verrières  armoriées; 
des  inscriptions  indiquent  surles  vitres  de  lasalle  ronde  les 
armes  de  Franchimont,  Liège,  Ernest  de  Bavière, Bouillon, 
Looz  (5);  Trouillet,  Woot  ,  Ghockier,  Trappe,  Werteau, 
Beeckman,  Franck  (7)  ;  Saunier,  Dans,  Méau,  Trouillet, 
Blisia;  Merlemont,  Liverloo(7),  à  gauche  de  la  fenêtre 
ronde,  des  bonnes  villes  :  Beeringen,  Peer,  Brée,  Visé  (4)  ; 
à  droite,    Bilsen,    Stockem ,    Maeseyck,  Verviers  (4). 

Au  second  étage,  des  deux  côtés  de  l'aigle  impériale,  es1 
inscrit  ce  distique,  qui  implique,  dans  des  termes  moins 
forcés  que  ceux  transcrits  plus  haut  ,  la  suzeraineté 
impériale  : 

Nos  teget  alarum,  Jovis  armiger,  umbra  tuarum 
Sub  ijiiibusinstabit  nullus  ab  hoste  timor. 


-  388  — 

En-dessous  viennent  les  éeussons  (Vautres  lionnes  villes 
du  pays  :  Bouillon,  Franchimont,  Looz,  Homes  (A);  Dinant, 
Tongres ,  Liège,  Trecht,  lluy  (5);  Waremme ,  Fosses, 
Thuin,  Couvin,  Ciney,  S'-Trond,  Chàlelet,  Looz,  Hasselt, 
Herck  (10). 

Il  est  inutile  de  remarquer  l'importance  publique  du 
blason;  la  mémoire  historique  avail  pris  cette  forme  expres- 
sive, et  le  monument  communal  lui  emprunte  sa  parole. 
L'ancienne  Violette  n'était  qu'un  blason;  sur  la  place  du 
Marché,  elle  était  comme  le  Miroir,  pour  employer  un 
terme  de  Hemricourt,  où  se  reflétait  tout  entière  l'orga- 
nisation politique  et  civile  du  pays.  La  commune  emprunte 
les  formes  extérieures  du  pouvoir  souverain,  les  armes.du 
pape,  de  l'évoque,  avec  l'aigle  du  Saint-Empire.  L'état  clerc 
liégeois  n'est  pas  représenté  ;  l'état  noble  ne  figure  qu'en 
suite  de  l'investiture  populaire  donnée  aux  magistrats,  et 
la  série  des  écussons  des  bonnes  villes  fait  revivre  l'an- 
cienne union  des  communes. 

Qu'on  ne  s'étonne  point  trop  de  cette  fenêtre  ronde,  dont 
l'effet  en  façade  ,  à  côté  d'une  fenêtre  carrée  et  de  date 
postérieure  peut-être,  est  assez  singulier.  Nous  devons 
penser  que  le  plancher  intérieur  derrière  ce  cintre  se  trouve 
bien  en-dessous  de  la  base  extérieure  de  la  fenêtre  même. 
La  Violette  avait  là  pour  pièce  principale  une  de  ces  salles 
à  voûte  ronde,  toute  en  boiseries  enluminées,  qui  étaienl 
un  des  ornements  les  plus  prisés  dos  anciens  édifices ,  de 
ceux  qu'on  s'est  ingénié,  quand  on  l'a  pu  tenter  do  nos 
jours,  à  restaurer  dans  divers  monuments  du  meilleur  style. 
Au-dessus  du  toit,  à  gauche  et  à  droite,  sont  inscrites 
ces  deux  dates  :  1493-1497. 

L'ensemble  se  compose  :  d'un  rez-de-chaussée  avec 
grand  escalier  et  palier  extérieur,  en-dessous  duquel  est 
une  cave;  d'un  premier  étage  en  encorbellemenl  et  d'un 
second  étage  à  fronton  triangulaire.  Ce  sont  là  les  dispo- 


-  389  - 

sitions  générales   de  noire    Hotel-de-Ville    d'aujourd'hui, 

qui  a  succédé  à  l'ancienne  Violette.  Malgré  de  notables 
changements,  la  tradition  a  été  en  général  conservée,  et 
celle-ci  remonte  loin. 

La  Violet  te,  maison  centrale  des  Métiers,  était  construite 
à  l'instar  des  habitations  bourgeoises  où  les  métiers  eux- 
mêmes  avaient  leur  Chambre.  La  grande  salle  du  Conseil 
reposait  au  premier  étage  sur  un  encorbellement  ;  cette 
saillie,  propre  à  nos  anciennes  constructions,  était  dite 
sèieûtc  ou  sèeute,  (du  verbe  sâii  ou  sèii,  salire ,  sauter  ou 
saillir).  Une  chambre  de  métiers  occupait  aussi  générale- 
ment un  premier  étage,  au-dessus  de  la  sèieûte;  le  Conseil 
de  la  Clilé  tenait  de  même  ,  à  celte  place  de  la  Violette,  sa 
sieulte  (seule,  siete  ou  siiète,  du  verbe  sedere,  seoir,  qui  a 
donné  séance),  autrement  dit  ses  assises  ou  délibérations. 
L'usage  a  t'ait  rencontrer  dans  une  même  place  et  sous 
une  forme  presqu' identique  deux  mots  d'une  origine 
différente. 

Que  ces  étages  de  bois  sur  encorbellement  au-dessus  d'un 
rez-de-chaussée  en  pierre  de  taille  aient  duré  du  temps  de 
l'époux  de  Marie  de  Bourgogne  jusqu'à  celui  du  marquis 
de  Boufflers ,  de  1497  à  1691,  d'un  désastre  à  un  autre 
désastre,  cela  s'explique  encore  quand  on  songe  à  la  résis- 
tance de  ces  anciennes  charpentes  de  cbène  taillées  à  vive 
arête ,  savamment  entrecroisées ,  mortaisées  solidement 
dans  le  cœur  du  bois  et  bien  couvertes  d'ailleurs. 

Généralement,  on  trouve  à  la  fin  des  actes  de  la  Cité  la 
mention  laite  du  Conseil  tenu  en  la  salle  haute  de  la 
Violette.  Qu'on  m  mis  permette  de  rappeler  le  sens  du  mot  : 
haut  ne  se  disant  pas  seulement  pour  marquer  l'étendue  du 
lias  vers  un  point  élevé,  désigne  aussi  ce  qui  est  placé  au- 
dessus  relativement  à  d'autres  parties.  Une  chambre  haute, 
dans  l'ancienne  langue,  classique  ou  populaire,  est  une 
chambre  siseà  l'étage,  et  c'est  dans  ce  sens  que  l'expression 


-  390  - 

est,  par  exemple,  employée  au  XVIIe  siècle  par  Boileau  ou 
Scarron.  La  salle  haute  de  la  Violette  étail  cette  même  salle 

ronde  dont  on  voil  la  fenêtre  sur  le  dessin.  11  y  avait  aussi 
une  salle  basse. 

Le  perron  de  l'escalier  avançait  plus  que  la  sèieute  de 
l'étage.  C'était,  celui-là,  un  signe  de  puissance  comme  de 
juridiction;  les  châteaux  avaient  leur  perron,  où,  au  moyen- 
âge,  le  suzerain  recevait  ses  vassaux;  la  Maison  de  la  Cité 
voulut  donc  avoir  son  perron.  Elle  eut  le  sien  comme  géné- 
ralemenl  les  laôtels-de-ville ,  et  de  celte  haute  plate-forme 
architecturale,  on  proclamait  les  volontés  du  gouvernement 
populaire.  Enlever  à  une  Maison  de  Cité  son  perron,*c'étai1 
la  priver  de  ses  droits,  comme  il  arriva  effectivement  en 
d'autres  villes,  à  la  suite  d'une  rébellion  ouverte,  puis 
comprimée. 

L'intérieur  même  de  l'ancien  édifice  était  orné,  aulanl 
que  la  façade,  de  blasons  de  toute  sorte.  Les  Magistrats  qui 
se  succédaient,  deux  par  an,  tenaient  à  honneur  de  laisser 
un  souvenir  durable  de  leur  séjour  à  la  Violette,  en  y 
apportant  un  embellissement  ou  en  la  réparant  sur  quelque 
point.  Cheminée,  balustrade,  porte,  corridor,  rien  n'y  était 
établi  sans  porter  les  blasons  couplés  du  Magistral  sous 
une  inscription,  généralement  en  vers  latins,  indiquanl  en 
même  temps  la  date  au  moyen  du  chronogramme.  Ce  genre 
('■lait  à  la  mode. dans  une  principauté  ecclésiastique.  Mais 
généralement  la  phrase  es1  compliquée  par  les  besoins  du 
mètre,  les  mots  sont  employés  dans  un  sens  détourné  on 
vue  de  lettres  servant  de  chiffres,  si  bien  que,  détachées 
de  leur  objet,  comme  le  sont  quelques  inscriptions  conser- 
vées, celles-ci  n'ont  plus  qu'une  signification  banale  ou 
bien  n'arrivent  plus  qu'à  n'être  pas  intraduisibles. 

L'édifice,  dans  le  cours  de  sa  longue  e:x5stence,  a-l-il 
subi  des  transformai  ions  1res  notables?  Aucun  texte,  à 
notre  connaissance,  no  l'indique,   el    l'on  no  manquerait 


-  391  - 

sans  doute  pas  de  renseignements  écrits,  alors  qu'il  n'est, 
pour  ainsi  dire,  pas  de  chronique  manuscrite  liégeoise  qui 
ne  porte  la  date  première  de  la  construction  :  «  En  1498 
fut  faite  el  dressée  la  Maison  de  Ville  qu'on  appelle  la 
Violette.  » 

La  question  la  plus  curieuse  que  soulève  la  vue  du  dessin 
d'Abry  est  celle  qui  concerne  le  soubassement.  Celui-ci,  en 
pierre  de  taille  et  avec  ses  belles  fenêtres  de  style  gothique, 
serait-il  un  reste  du  monument  antérieur,  de  celui-là  qui 
fut  construil  vers  1394,  et  démoli  après  le  sac  de  la  ville? 
On  aimerait  à  retrouver  ainsi  une  partie  importante  du 
principal  de  nos  monuments  civils  datant  de  la  fin  du  XIV0 
siècle,  antérieur  à  la  dévastation  de  14G8,  comme  à  l'édifi- 
cation de  4497. 

Il  conste  que  la  Violette,  saccagée,  atteinte  même,  mais 
partiellement  par  l'incendie  qui  dévora  les  maisons 
particulières  d'alentour,  était  encore  debout  au  départ  de 
Charles  le  Hardi,  puis  de  son  lieutenant  Ilumbercourt. 
Elle  allait  à  sa  ruine,  mais  supportait  encore  le  pont  des 
Bourguignons. 

Sans  doute,  c'est  la  base  d'un  édifice  qui  présentera 
dernière  et  le  mieux,  les  qualités  de  solidité  requise;  a-t-on 
pu  garder  et  utiliser  celle-là  en  un  temps  où  les  ressources 
pécuniaires  étaient  des  plus  rares?  Examinons  ce  point. 

La  reconstruction  de  la  Violette  nouvelle  a  duré  long- 
temps. Abry  ,  comme  Lovons,  synthétisant,  ramènent  les 
travaux,  tant  ilu  commencement  que  de  la  fin,  aux  années 
1493  et  1497;  mais  ils  y  sont  entraînés  parla  répétition 
des  mêmes  magistratures:  Raes  de  Warfusée  et  Cilles  de 
Huy,  collègues  à  ces  deux  dates,  en  ont  l'honneur  tout 
entier. 

WarfVsé  aVkC  nVV  en  sTxoVE  années  InCLVes 
M'ont  aCheVés  IGY,  est-il  dit  au-dessus  du  dessin  du 
manuscril  de  Warfuzée.   II  s'agit  sans  doute  des  travaux 


-  392  — 

les  plus  importants ,  et  l'on  doit  croire  que  l'édification  a 
été  poursuivie  pendant  l'intervalle;  de  même  aussi  ils  ont 
été  commencés  beaucoup  plus  tôt.  Le  texte  du  Chronicon 
Leodiense  cité  plus  haut  précise  :  Au  mois  de  rtïSrs,  dit-il, 
de  l'an  1480,  on  commença  à  jeter  les  fondements  (fundari) 
de  la  Violette.  Voilà  17  années  bien  comptées,  et  l'on  a  eu 
certes  le  temps  de  tailler,  par  exemple,  ces  jolies  fenêtres 
du  rez-de-chaussée  qui  ressemblent  à  celles  de  l'ancien 
Hôtel-de- Ville  de  Maestricht.  Le  terme  fundari  est  signi- 
ficatif, et  Ton  doit  croire  qu'il  a  été  employé  à  dessein. 
Enfin,  dernier  et  meilleur  argument,  la  Cité  entendit 
reconstruire  la  Violette  dans  de  plus  grandes  dimensions, 
et  elle  demanda,  en  1  480  encore,  au  Métier  des  Tanneurs, 
dont  la  Halle  était  contiguë,  qu'ils  voulussent  bien  lui  céder 
15  pieds  et  demi  de  terrain:  ce  qui  fut  fait,  en  échange  du 
même  espace  repris  sur  la  Mangonie,  sise  plus  loin  et 
voisine. 

Si  c'est  à  la  façade  que  l'ancien  monument,  très  symé- 
trique, gagne  cet  espace,  on  pourra  justement  en  inférer 
que  la  façade  tout  entière  a  été  refaite  à  nouveau. 

Or,  il  résulte  de  la  teneur  de  la  charte  même  de  la  Cité, 
émanée  à  ce  sujet  à  la  date  du  4  mars  1480,  que  l'emprise 
sur  la  Halle  porte  à  la  fois  sur  le  devant  et  sur  le  fond. 
Voici  le  texte  même  de  cet  important  document ,  copié  et 
collationné  sur  l'original  en  parchemin  par  M.  S.  Bormans, 
l'auteur  du  bon  Métier  des  Tanneurs  (  p.  322)  : 

«  Nous,  les  maistres,  jurez  et  conseil  de  la  cité,  franchise 
et  banlieue  de  Liège,  à  tous  ceulx  qui  ces  présentes  lettres 
verront  ou  oront,  salut.  Gomme,  ensuyvant  la  conclusion 
par  nous  prinse  de  par  lassistence  de  nous  amis  et  bien- 
vueillants  étal  honneur  de  ladite  cité,  de  nous  faire  refaire 
et  rediffyer  la  maison  de  ladite  cité,  nomée  la  Vyolel ;, 
qui  à  la  ruwinne  el  destruction  de  ladite  cité  a  esté 
totalement   ruwinée   e1    brûlée,    et  la  faire  construire  et 


—  393  - 

ediflyer  plus  grande,  plus  belle  et  plus  honorable  qu'elle 
ne  soûlait  estre  de  paravant ,  pour  nous  y  reparier 
pour  les  besoingnes  de  ladite  cité  et  aussi  pour  en  icelle 
recueillir  et  recepvoir  plus  bonoralmant  et  honnestement 
les  seigneurs  et  amis  de  ladite  cité,  aux  jours  que  l'on  a 
accoustumeit  y  tenir  les  fiestes  et  solempniteis,  et  aussi  les 
ambassiades  qui,  le  temps  advenir,  pourront  estre  députez 
et  envoyez  par  devers  ceste  dicte  cité  ;  au  moyen  dequoy 
les  officiers  et  personnes  du  bon  mestier  des  tanneurs  de 
ladictecité,  condeschendans  au  notre  pryèr  et  requeste , 
ayent  esté  contens  et  nous  aient  accordeit  de  reculler  leur 
maisonnaige  et  édifice  en  allant  vers  le  manghenie  environ 
quinze  piets  et  demy  au  front  devant  et  autant  dévier  ,  à 
telles  conditions  et  moyennant  les  choeses  que  sensuyrent, 
cest  assavoir  :  que ,  de  ce  que ,  en  recullant  leurdict 
ovraige ,  leur  covenrat  avoir  de  place  sur  ladicte  man- 
ghenie, qui  monterat,  comme  dit  est,  quinze  piets  et 
demy  devant  et  quinze  piets  et  demy  derier,  que  les  en 
feriens  joyr  aussi  ligeinent  quilz  faisaient  délie  place  par 
eulx  accordée  à  la  dicte  cité;  savoir  faisons  que  nous, 
pour  les  causes  dictes ,  et  en  rémunération  de  ce  que  dit 
est,  avons  promis  et  promectons  ausdits  dudit  bon  mestier 
des  tanneurs,  que  nous  leur  ferons  joyr  de  ladite  plache 
par  eulx  accordée  à  ladite  cité,  et  que  se  aucuns  les  en 
vouloient  moleisteir  et  parturbeir,  que  nous  serons  tenus 
et  promectons  de  eulx  en  respondre  et  deffendre  à  nous 
propre  despens,  envers  et  contre  tous,  sans  quelque 
faulte,  par  le  tesmoing  de  ceste  dictes  présentes  aux- 
quelles avons  fait  appendre  le  grand  seel  de  ladicte 
cité,  sur  lan  quatuors  cens  et  quattre  vingts,  le  quat- 
trieme  jour  du  mois  de  mars.   » 

On  le  voit,  la  nouvelle  Maison  de  la  Cité  s'étendit  en 
façade  et  à  l'arrière  sur  une  base  symétrique,  celle  de 
son   rez-de-chaussée;  et   si  nous  rapprochons  ce  texte  de 

27 


-  394  — 

ceux  qui  précèdent,  nous  constatons,  au  regret  peut-être  des 
amateurs  curieux,  que  la  Violette  de  1497  n'a  rien  dû 
conserver  de  l'édifice  antérieur  à  la  destruction  de  la  ville 
par  les  Bourguignons. 

Après  l'examen  de  ces  laits,  qui  relèvent  de  la  critique 
historique,   il  revient  naturellement  dans  ces  pages  une 
place  aux  considérations  qu'inspire  à  l'archéologue  la  vue 
même  du  dessin  d'Abry.  Ce  dernier  a  exécuté  à  main  levée 
une  image  sommaire  de  l'ancienne  Violette,  fidèle  certai- 
nement,   mais    l'auteur   même'  connut-il   assez  les  prin- 
cipes   de    l'art    monumental    pour    être   minutieux  ?   Un 
architecte  instruit  a  vite  fait  de  compléter  les  à  peu  près 
du  crayon  et  de  rétablir  par  le  menu  ,  comme  il  convient, 
le  détail  exact  du  style  gothique.  Evidemment,  la  partie 
supérieure  du  monument,  qui  commence  à  l'encorbellement 
de  bois,  témoigne  d'une  construction  assez  hâtive  :  la  partie 
la  plus  importante,  le  soubassement  de  pierres  de  taille, 
très  travaillé,   présente  un  sujet  d'étude  des  plus  inté- 
ressants au  point  de  vue  de  l'art  liégeois.  L'œuvre  nous 
dit,   à  l'avantage  de  celui-ci,  ce  qu'il  était  au  commen- 
cement du  XVe  siècle  ;  chacune  de  ces  jolies  baies  cons- 
titue une  fenêtre   garnie  de  ses  meneaux,    avec  tympan 
historié  donnant  également  éclairage. 

Entre  les  fenêtres ,  les  colonnettes  supportant  le  larmier 
de  couverture ,  prennent  naissance  sur  la  plinthe  ou  sou- 
bassement. A  calculer  la  largeur  ordinaire  de  la  fenêtre 
gothique  liégeoise,  la  façade  de  l'édifice  tout  entier 
aurait  occupé  un  espace  de  treize  mètres  environ. 

Nous  ne  pouvons  manquer  de  signaler  des  points  de 
comparaison  :  nous  en  trouvons  un  dans  les  baies,  plus 
grandes,  de  la  seconde  cour  intérieure  de  notre  palais  : 
quand  Erard  de  la  Marck  reconstruisit  celui-ci,  ses  archi- 
tectes s'inspirèrent  du  même  art  qui  avait  présidé  à  la 
reconstruction  de  La  maison  commune  des  bourgeois. 


-  395  - 

D'autre  part,  les  trois  baies  qui  occupent  la  façade  de 
l'étroit  et  haut  monument  anciennement  élevé  à  Maestricht 
pour  servir  d'Hôtel  de  ville,  actuellement  le  Musée,  se 
rapprochent  de  très  près  de  l'ordonnance  des  fenêtres  de 
notre  Violette. 

§  2.  L'édifice  constituant  la  Violette  ,  telle  que  nous  la 
présente  le  ms.  de  Warfusée,  dura  longtemps,  nous  l'avons 
dit  :  de  1493  à  1691  ,  et  c'est  une  vie  longue  que  deux 
siècles  pour  une  maison  liégeoise. 

Le  temps  vint  sans  tarder  où  la  peinture  des  blasons 
fut  défraîchie  par  les  intempéries  :  les  croisillons  de  bois 
qui  soutenaient  les  fenêtres  et  toute  la  façade  deman- 
dèrent des  réparations  ,  faites  telles  quelles  peut-être  ;  les 
murs  étaient  décrépits.  L'Hôtel  du  Magistrat  était  devenu 
une  vraie  Maison  populaire ,  et  pour  un  étranger  ,  habitué 
par  exemple  à  la  vue  des  somptueux  et  durables  Hôtels 
de  ville  des  Flandres,  notre  Violette  de  bois,  assise 
en  encorbellement  sur  un  rez-de-chaussée  de  pierres, 
à  l'instar  de  la  maison  d'un  bourgeois,  devait  présenter 
à  peu  près  l'aspect  d'un  chalet  construit  sur  le  Marché. 

Précisément ,  nous  pouvons  connaître  directement  l'im- 
pression qu'elle  causa,  un  siècle  après  sa  construction, 
à  un  voyageur  perspicace  qui  use  dans  sa  relation  d'une 
grande  liberté  d'esprit. 

Philippe  de  Hurges  (Voyage  à  Liège  et  à  Maestricht 
en  1615,  11e  publication  des  Bibliophiles  liégeois)  se 
complaît  à  décrire  le  magnifique  hôtel  de  Curtius, 
munitionnaire  enrichi  des  armées  d'Espagne  ,  et  ne  con- 
sacre que  quelques  lignes  (pp.  118  et  119)  à  la  Maison  du 
Magistrat  liégeois  : 

«  Quant  à  ce  marché,  quoy  qu'il  soit  tenu  pour  le  plus 
grand  de  Liège,  si  n'est-ce  pas  grand  chose,  comme 
n'excédant  pas  les  150  pas  en  longueur,  ny  100  en  largeur. 
La  Maison  de  ville  n'a  aussi  guères  de  beauté  extérieure, 


—  396  — 

ains  estant  assise  en  l'un  des  coins  de  ce  marché ,  sçavoir 
du  costé  de  S'-Lambert,  peinte  de  verd  sur  bois,  et 
agencée  par  endroits  d'armoiries  et  d'escussons,  paroist 
proprement  comme  font  les  tavernes  en  Suisse  ou  à  Notre- 
Dame  de  Haulx.  Ce  que  j'y  ve'is  de  plus  beau  furent  les 
piliers  de  bronze  qui ,  soustiennent  l'accoudoir  de  la 
galerie  qui  regarde  le  marché,  les  quels  sont  gros  et 
massifs ,  bien  ouvrez  et  en  grand  nombre ,  par  conséquent 
de  grande  mise  et  despense.  Le  surplus  n'est  qu'une 
simple  devanture  de  bois,  à  un  simple  pignon  comme  es 
maisons  particulières,  qui  est  bien  peu  de  cas  pour  une 
telle  ville.  Mais  il  faut  croire  que ,  comme  toute  ceste 
grande  cité  fut  mise  à  feu  et  à  sang  l'an  1468,  par  Charles 
le  Hardy,  duc  de  Bourgongne  qui  n'espargna  que  les 
églises,  la  Maison  de  ville  ,  qu'il  ne  faut  doubter  voir  esté 
belle  par  le  jugement  que  l'on  en  peut  faire  des  autres 
bastiments  publics  y  restez ,  fut  dévorée  des  flammes  et 
enveloppée  comme  les  édifices  particuliers  en  l'orage  de 
ceste  calamité  générale,  après  le  quel  on  remit  sus,  par 
forme  de  provision ,  ce  bastiment  de  bois,  sous  espoir  de 
l'embellir  davantage  à  F  advenir.  Et  de  ce  sac  de  l'an  men- 
tionné, vient  à  mon  avis  que  la  plupart  des  maisons  de 
Liège  sont  toutes  faites  de  charpentage ,  de  piastres ,  de 
lattes ,  d'argille  et  autres  matières  légères ,  que  ce  pauvre 
peuple  ruiné  mis  sus  à  la  haste  et  sans  ordre.  » 

De  Hurges  recherchait  en  voyageant  les  raisons  de  l'his- 
toire; mais  il  n'avait  pas  les  preuves  historiques  en  main, 
et  il  ne  connaissait  pas  ce  type  de  construction  particulier 
à  la  Cité  liégeoise  :  un  rez-de-chaussée  de  pierres  de  taille 
restant  sec  et  solide  dans  l'humide  vallée  de  la  Meuse  ; 
par  dessus ,  une  charpente  de  chêne  dont  il  était  facile  de 
se  procurer  les  pièces  dans  les  bois  de  S'-Gilles,  d'Angleur 
et  de  Chènée.  N'importe,  conduit  par  l'induction,  il  n'est 
pas   loin   de   dire   très  nettement  que  le   solide  et    beau 


—  397  — 

rez-de-chaussée  en  pierres  de  taille  de  la  Violette  n'était 
autre  que  celui  de  la  Maison  du  Magistrat  liégeois  avant 
le  sac  de  la  Cité. 

Il  admire  les  pilastres  de  l'escalier  extérieur;  ils  étaient 
tout  neufs  lors  du  voyage  de  Philippe  en  1615,  car  voici 
ce  qu'en  dit  Abry  dans  le  manuscrit  d'Oultremont,  arrivant 
à  la  magistrature  de  Jean  de  Merlemont  et  de  Hubert  de 
Loen  de  1609-1610  : 

«  Le  balcon  de  la  Maison  de  ville  est  de  cette  adminis- 
tration, ses  balustres  et  ses.  colonnes  de  cuivre  qui  sou- 
tiennent le  toit  de  plomb ,  les  degrez  et  les  treilles  de  fer 
qui  le  renferment  font  voir  le  plus  beau  de  tout  l'édifice  à 
l'entrée  duquel  se  voit  ce  beau  chronogramme.  » 

Ce  chronogramme,  Abry  ne  le  donne  pas;  peut-être 
n'a-t-il  pu  d'abord  bien  le  lire  d'en  bas,  car  celui-ci  était 
placé  au-dessus  de  la  porte  d'entrée  et ,  se  promettant  d'y 
revenir,  le  chroniqueur  l'aura  oublié. 

D'autre  part,  il  nous  a  été  conservé,  dans  les  volumineux 
manuscrits  de  l'ancien  chanoine  Van  den  Berch  ,  certain 
décachronicon  détaché ,  présenté  comme  ayant  été  inscrit 
sur  la  Violette.  Le  voici  : 

LeoDIIs  opIMa   ponVnt   LegII 
En  atrIa  DIarChae  optIMI  penatIbVs, 
GeMInata  qVos  hIC  Dénotant  InsIgnIa. 
IstIs  sVb  asTrïs  hae  bases  et  hIC  DoMI 
AssVrgIt  honor;  et  aLMa  LegIa  nItIdIs 
VernantIor  steLLIs  renIDet  ;  IMpf^rII 
IntaMInato  fréta  sVBsIDIo  saCrI 
VIget  perennIs,  neMpe  nIL  DIrI  Latrans 
Attentet  hIC  hostIs  :  en  etenIM  IoVe 
TVtore  nIDet  ,  fLoret  IMperII  aLIte. 

Ce  qui  veut  dire  ,  dans  le  style  même  : 

«.  Voici  que  les  excellents  bourgmestres  liégeois  placent 


—  398  — 

une  galerie,  atvia,  h  la  Maison  de  Liège,  et  ils  sont  désignés 
par  ces  écussons;  sous  ces  astres  se  dressent  les  balustres, 
bases,  honneur  de  l'édifice  et  la  patrie  liégeoise  brille  rajeu- 
nie sous  les  étoiles.  Sa  puissance  est  durable,  appuyée  de 
l'irréprochable  secours  du  Saint-Empire  ;  et  que  l'ennemi 
qui  gronde  n'y  porte  point  atteinte,  car  elle  fleurit  écla- 
tante sous  la  tutelle  du  Maître  des  Dieux  et  de  son  Aigle.  » 

Probablement  le  toit  qui  couvrait  le  palier  extérieur  du 
perron  garni  de  pilastres  présentait-il  une  voûte  constellée, 
car  les  armes  des  magistrats  susnommés ,  de  Loen  et  de 
Merlemont,  ne  portent  pas  d'étoiles.  En  tout  cas,  la  date 
de  1610  se  retrouve  en  lettres  à  chaque  vers,  donc  dix  fois, 
et  le  sens  du  texte ,  comme  le  décachronicon ,  nous  fait 
bien  retrouver  cette  inscription  omise  par  Abry. 

Il  est  regrettable  que  l'état  incomplet  de  nos  archives 
communales ,  telles  que  les  luttes  et  les  hasards  du  temps 
nous  les  ont  finalement  transmises ,  ne  nous  fournisse 
pas  de  documents  directs  sur  l'édification  même  de  la 
Violette.  Si  nous  trouvons  celle-ci  toute  faite,  à  l'instar 
d'un  de  ces  monuments  qu'on  découvre  quelque  jour ,  le 
voile  tombant  en  public  quand  tout  ce  qui  rappelle  la  main- 
d'œuvre  a  disparu,  en  revanche,  à  partir  du  milieu  du 
XVIe  siècle,  nous  rencontrons  dans  les  registres  aux  Recès 
ou  délibérations  de  la  Cité  des  indications  relatives  à  notre 
Maison  de  ville,  d'un  assez  curieux  caractère  ;  il  y  a 
là  des  données  positives  sur  les  différentes  parties  de 
l'édifice  public,  et  elles  nous  font  en  même  temps  assister 
à  des  scènes- caractéristiques,  dont  il  fut  le  témoin. 

Laissant  au  lecteur  le  soin  de  généraliser ,  suivons  la 
simple  voie  des  annales ,  de  date  en  date  ;  nous  allons 
retrouver  notre  ancienne  Violette  pourvue  des  mêmes 
services  que  cet  Hôtel  de  ville  d'aujourd'hui ,  qui  lui  a 
succédé  sur  le  même  emplacement. 

Noël  de  Haneffe  est,  pour  suivre  la  chronologie,  nommé 


—  399  — 

à  la  date  du  5  novembre  1566,  par  les  métiers,  concierge 
de  la  Maison  et  prison  de  la  Violette. 

Nous  voyons  au  12  novembre,  même  année,  qu'un 
homme  de  chaque  métier  fera  chaque  jour  le  guet  à  la 
Violette  et  sera  à  la  disposition  des  bourgmestres. 

Au  19  septembre  1567.  —  Sur  les  réclamations  des 
bourgeois  de  Liège,  il  est  ordonné  aux  sergents,  lorsqu'ils 
appréhendent  un  bourgeois  de  la  Cité,  de  le  mener  à  la 
prison  de  la  Violette,  et  non  à  celle  du  mayeur,  en  confor- 
mité de  leurs  privilèges. 

du  3  janvier  1576.  —  «  Touchant  la  maison  et  halle 
aux  grains  commencée  sur  la  batte  à  la  Goffe,  a  été 
ordonné  et  approuvé  que  Messieurs  les  bourgmestres  de 
la  dite  Cité  pourront  communiquer  avec  les  officiers  et 
compagnons  du  bon  métier  des  tanneurs  de  cette  Cité, 
donc  entendre  d'eux  s'ils  devront  faire  quelque  marché  ou 
échange  de  leur  maison  et  Halle  qu'ils  ont  sur  le  Marché 
de  la  dite  Cité  près  et  joindante  à  la  Maison  de  ville  qu'est 
la  Violette,  à  l 'encontre  du  dessous  de  la  dite  maison  et 
halle  aux  grains,  afin  qu'après  en  temps  qui  vale  et  oppor- 
tun ,  annexer  la  dite  maison  et  Halle  des  tanneurs  aux 
celles  de  la  dite  Cité.  » 

le  7  février  1576.  —  Requête  de  Gilles  Massillon  de 
mot  à  autre  remontrant  qu'en  suite  des  retraites  de  la 
Violette  (secrètes)  on  a  pollué  l'eau  du  puits  qui  se  trouve 
dans  sa  «scaillie»  ;  celle-ci  étant  trop  petite  pour  y  faire 
autre  travail,  il  demande  qu'on  fasse  dériver  de  la  fontaine 
qui  se  trouve  à  la  Maison  de  ville,  l'eau  nécessaire  à  son 
usage. 

Rapport  transcrit  des  Voire-jurés  du  cordeau  estimant 
que  vu  le  préjudice  causé,  il  y  a  lieu  d'accorder  le 
bénéfice  d'une  branchette  de  la  dite  fontaine  ;  ce  qui  est 
fait,  sous  certaines  conditions. 

25  mai  1576.  —  Requête  de  J.  de  Lambermont  prison- 


-  400  - 

nier  dans  les  hasses-fosses  de  la  tour  de  l'Official  au  lieu 
d'être  enfermé  dans  «  la  Ferme  ou  prison  sur  la  Maison 
des  bourgeois,  en  la  Violette,  comme  étant  bourgeois  de 
Liège. 

22  mars  1586.  —  Une  enquête  est  faite  du  chef  d'usur- 
pation du  Manteau  rouge  de  la  Cité  porté  par  les  officiers 
de  la  Ville  à  charge  du  portier  d'Avroy  et  autres,  qui,  sous 
ce  costume,  avaient  mis  à  rançon  des  habitants  de  Tilleur, 
Jemeppe  et  Seraing. 

24  avril  1594.  —  Le  Conseil  décide  que  la  Maison  de 
ville  est  aussi  inviolable  que  celle  d'un  bourgeois,  et  que 
nul  n'y  peut  être  arrêté,  et  à  plus  forte  raison  un  membre 
du  Conseil  qui  y  siège  pour  les  affaires  publiques. 

6  février  1595.  —  L'évêque  comparait  en  personne 
dans  la  salle  du  Conseil,  explique  les  causes  du  retard 
qu'a  éprouvé  son  voyage  de  Huy  à  Liège,  gémit  de  la 
prise  du  Château  de  Huy  par  des  soldats  se  disant  au 
service  des  Etats  Généraux  des  Provinces-Unies,  et  expose 
les  mesures  à  prendre  pour  prévenir  d'autres  désastres. 
10  février  1595.  —  Ordre  est  donné  à  tous  bourgeois 
de  se  rendre  à  leur  poste  au  son  de  la  cloche  Lambert. 

14  avril  1620.  —  Le  Conseil  loue  à  plusieurs  bourgeois 
marchands  de  vin  de  la  Cité,  pour  un  terme  de  9  ans ,  les 
deux  grandes  caves  de  la  Violette. 

18  avril  1620.  —  François  des  Trois-dits  (dés)  étant 
décédé  en  Ferme  de  la  Maison  de  ville,  le  Conseil  ordonne 
à  sa  veuve  et  à  ses  enfants  d'aller  prendre  le  corps  mort 
dans  le  délai  d'une  heure  pour  en  faire  les  funérailles  suivant 
son  rang  et  qualité  ;  sinon  le  concierge  leur  enverra  le  dit 
corps  ou  le  mettra  sur  la  rue. 

8  mars  1627.  —  Visitation  d'une  construction  proche  de 
l'Hôtel  de  ville,  qui  pourrait  enlever  du  jour  à  cet  édifice. 
24  juillet  1627.  —  «  S'ensuyt  les  preuves  de  Yémeutc 
faite  le  25  octobre  1626,  vers  le  marché. 


-  401  _ 

Extrait  de  cette  enquête  très  étendue  (23  témoins, 
21  pages )  : 

«  Le  duc  de  Saxe,  étant  arrivé  à  Liège  et  descendu  à 
l'hôtel  de  l'Aigle  noire,  invita  le  bourgmlre  Plainevaux  et 
autres  à  dîner. 

«  1er  témoin.  Henri  Le  Clerc,  souverain  greffier  d'ycelle 
cité,  a  par  son  serment  qu'il  a  preste  solennellement  attesté 
le  dit  jourd'hui  avoir  esté  invité  et  présent  au  dîner  avec  le 
s1"  Bourgmestre  Plainevaux  et,  soy  tenant  le  dit  dîner  en  la 
maison  Jean  Radoux  à  l'aigle  noire  dans  la  salle  d'en  hault 
présent  son  Exce  le  duc  de  Saxe,  le  sr  Horion  de  Geel , 
comte  de  Ferre  et  autres  invitez,  où  après  avoir  esté 
tenus  divers  propos  par  la  ditte  Excelle  de  Saxe  au  dit 
Bourgme  Plainevaux  par  lequel  il  monstrait  d'estre  émer- 
veillé de  ce  que  de  nuict  iceluy  estant  à  Liège  l'on  aurait 
fait  tendre  des  chaînes  en  certaines  rues  de  cette  cité,  et  de 
ce  que  on  debvait  avoir  prins  en  mauvaise  parte  que  ses 
gens  auraient  passé  par  la  Cité  l'espée  nue  en  mains  et  le 
pistolet  de  l'autre,  comme  quoi  ayant  esté  expliqué  par  le 
dit  Bourgmtrt'  Plainevaux  que  ce  n'estait  pas  la  coutume 
d'ainsy  marcher,  et  le  dit  s1'  duc  dit  que  c'estoit  le  plus  grand 
honneur  que  l'on  scaurait  faire  à  S.  M.  Impériale  d'entrer 
en  quelque  ville  de  la  sorte  ,  et  après  avoir  le  dit  Bourgtre 
avec  tout  honneur  et  respect  discouru  avec  le  dit  Seigr 
d'autres  diverses  choses  ,  tenant  le  chapeau  en  main ,  le 
dit  sr  de  Horion  tirât  au  dit  sr  Bourgmestre  son  chapeau  des 

mains  et  lui  en  frappa  le  visage  luy  disant:  Jean-F , 

mettant  la  main  à  l'espée  et  proférant  autres  injures,  les- 
quelles le  déposant  n'a  sceu  bonnement  entendre.  Quoy  fait, 
toute  l'assemblée  se  mût  en  pied  et  le  dit  Bourgmtre  prins  en 
témoin  Sa  dite  Alt.  de  l'affront  luy  fait  par  le  dit  Horion  et 
là  dessus  se  retirât.  (Les  autres  témoins  disent  à  peu  près 
la  même  chose).  » 

Il  s'agit  ici  d'une  enquête  administrative  qui  démontra 


—  402  — 

que  le  bourgmestre  avait  donné  à  l'affront  reçu  des  suites 
publiques  trop  graves  ;  en  effet ,  les  chroniques  du  temps 
nous  dépeignent  l'émeute  au  Marché,  et  nous  nous  trouvons 
là  en  présence  d'une  de  ces  scènes  violentes  caractéristiques 
dont  notre  Hôtel  de  ville  et  le  Marché  vis-à-vis  furent 
trop  souvent  le  théâtre.  Plainevaux  sortit  de  la  salle  de 
l'Aigle  noire  ,  criant  :  «  Aux  armes ,  mes  bourgeois  !  »  Et 
rentrant  à  la  Violette,  il  fit  «  toucher  le  tambour,  tellement, 
dit  une  chronique  (ms.  appartenant  à  M.  L.  Béthune)  que 
tous  les  bourgeois  accoururent  de  toutes  parts  et  vinrent  la 
plus  grande  partie  sur  le  Marché  et  devant  la  dite  Maison 
de  l'Aigle,  entrant  en  icelle  et  la  pillant,  et  ceux  du  dedans 
se  deffendirent  tellement  qu'il  y  eut  deux  hommes  tués  sur 
la  place  et  un  ou  deux  soldats  du  dit  duc ,  et  plusieurs 
grièvement  blessés  tant  d'un  côté  que  de  l'autre.  Quoi 
voyant,  lesdits  bourgeois  furent  si  animés  et  téméraires  que 
de  vouloir  bouter  le  feu  dans  la  dite  maison ,  laquelle  ils 
pillèrent,  et  rompirent  tout  ce  qu'il  y  avait  dedans...,  et 
personne  au  monde  ne  les  pouvait  divertir.  Le  duc  fut  tiré 
d'un  coup  de  musqueton  dedans  la  balderière  qu'il  avait  à 
son  col ,  laquelle  fut  emportée  arrière  de  lui ,  et  lors  fut 
contraint  de  se  rendre  prisonnier  avec  aucuns  de  sa  suite 
qui  furent  emmenés  en  la  Maison  de  ville. 

«  Ce  temps  pendant  ,  survint  le  mayeur  Roisin ,  lequel 
faisait  toute  constance  d'apaiser  le  peuple,  leur  remontrant 
le  peu  de  sujet  qu'avait  eu  le  susdit  bourgmestre  d'appeler 
aux  armes;  pour  quel  propos  le  dit  mayeur  fut  contraint  de 
se  sauver  pour  respect  des  coups  que  les  bourgeois 
donnaient  après  lui. 

«  En  voyant  les  dits  bourgeois  que  le  sieur  Horion  était 
eschappé  de  la  dite  Maison  de  l'Aigle  (  il  se  cachât  dans  une 
piscine,  dit  une  autre  chronique ,  puis  se  sauvât  sans  mal , 
mais  son  page  y  fut  estropié  d'une  jambe)  sont  allés  le 
chercher  dans  plusieurs  maisons  voisines,  même   dedans 


—  403  — 

les  claustrales  de  Saint-Lambert,  qui  n'osaient  dire  mot 
ni  refuser  l'entrée  de  leurs  maisons  à  cause  de  l'animation 
des  dits  bourgeois  les  quels  eussent  peut-être  entrés  à  la 
force. 

«  Puis,  après  le  tout  apaisé,  le  susdit  bourgmestre  (Plai- 
nevaux)  en  a  eu  grand  reproche  en  tant  que  le  cas  était 
petit  pour  mettre  une  cité  entièrement  en  armes  comme 
elle  était  lors;  mesme,  de  MM.  Seigneurs  de  Saint-Lam- 
bert, qui  l'excomunièrent  pour  avoir  forcé  leur  encloitre. 

«  Le  dit  duc  fut  relâché  de  prison  avec  toutes  ses  gens , 
lequel  jactitait  qu'il  aurait  correction  du  sieur  bourg- 
mestre... T> 

Insérons  ici  certains  détails  de  costume ,  à  l'adresse 
des  lecteurs  curieux  de  savoir  comment  se  présentait  la 
personne  d'un  bourgmestre  de  Liège.  Au-dessus  de  cette 
dernière  légende ,  un  vieux  bois  gravé  du  livre  de  Jean 
de  Glen,  Habits  ,  mœurs  ,  cérémonies  ,  etc.  ,  publié  à  Liège 
en  1601 ,  nous  montre  comment  était  vêtu  le  premier 
magistrat  de  la  Cité  à  la  fin  du  16e  et  au  commencement 
du  17e  siècle  :  chapeau  mou  haut  et  large;  la  fraise,  et  sur 
un  pourpoint  un  manteau  ;  culottes  courtes  et  souliers  bas  ; 
la  main  gauche  près  de  l'épée,  un  pli  dans  la  droite;  il  est 
accompagné  de  sa  suite  ordinaire,  gens  revêtus  du  man- 
teau de  la  Cité. 

Nombre  de  familles  possèdent  de  bonnes  peintures  de 
ce  genre,  datant  du  XVIIIe  siècle  surtout;  elles  représentent 
de  nos  bourgmestres  en  costume  de  cour  à  la  mode  sous 
Louis  XV,  petite  perruque,  écharpe  blanche  en  cravate, 
justaucorps  de  soie  claire,  et  manteau  en  draperie.  Tel 
est  précisément  le  joli  portrait  de  Du  Château  peint  par 
Plumier,  que  possède  M.  E.  Brahy.  Le  bourgmestre  lié- 
geois ayant  exercé  deux  fois  la  magistrature,  on  voit  dans 
un  coin  du  tableau  deux  grandes  cannes  à  pommeau  d'or; 
la  canne  est  un  attribut  ordinaire,  où  sont  peintes  les 


—  404  — 

armes  du  titulaire ,  ce  qui  permet  de  reconnaître  le  nom  et 
la  date.  La  canne  d'un  bourgmestre  est  blanche;  le  portrait 
est-il  celui  d'un  échevin,  la  canne  est  rouge.  D'autres 
portraits  de  bourgmestres  se  retrouvent  par  exemple  au 
Musée  communal  ;  chez  MM.  de  Geloes,  au  château 
d'Eysden;  de  Sélys-Longchamps,  à  Liège; chez  M.  Van  den 
Steen,  au  château  de  Bassine. 

Prenons  en  passant  note  aussi  des  portraits  d'échevins 
qu'on  peut  voir  à  Kinkempois  ,  chez  Mme  de  Peralta  ;  celui 
de  l'échevin  Raick,  appartenant  à  M.  de  Lamine ,  ou  de 
Rosen,  chez  M.  Ferd.  Demany. 

23  octobre  1*634;.  —  Toute  procédure  par  devant  le 
Conseil  de  la  Cité  est  suspendue  à  cause  de  la  peste  qui 
augmente. 

10  novembre  1634.  —  Le  nonce  d'Urbain  VIII,  Aloysius 
Caraffa,  fait  savoir  aux  bourgmestres  Rossius ,  et  Lambert 
de  Fléron,  qu'il  est  au  moment  de  son  «  déparlement  » 
pour  Rome  et  qu'il  a  l'intention  de  faire  ses  adieux  publi- 
quement ;  il  les  prie  de  convoquer  le  Conseil  de  la  Cité  en 
la  salle  liante  à  cet  effet. 

Furent  présents,  outre  les  magistrats  en  charge,  les 
anciens  bourgmestres,  commissaires  ,  et  un  grand  nombre 
d'avocats,  gens  de  lettres  et  personnages  signalés.  Vers  les 
10  h.  du  matin  ,  on  alla  à  la  rencontre  du  prélat  hors  de  la 
Maison  de  ville  aussitôt  qu'on  vit  arriver  «  sa  carrosse.  » 

«  Il  est  conduit  au  trône  magistral  richement  orné  et 
tapissé;  ce  fait,  les  bourgmestres  en  fonction  ont  pris 
place  des  deux  côtés  en  des  sièges  plus  bas  et  inférieurs, 
et  conséquemment  les  autres  se  sont  assis  selon  leur  rang 
et  qualité.  Peu  après  le  dit  sieur  nonce  avec  une  douce  et 
majestueuse  gravité  a  fait  une  harangue  séquente  en  latin, 
embellie  de  doctrine  et  de  plusieurs  belles  sentences,  s'ex- 
cusant  de  ne  le  pouvoir  faire  en  français  encore  qu'il 
entende  bien  cette  langue ,  donnant  beaucoup  de  louanges 


-  405  - 

à  la  nation  liégeoise  et  témoignant  une  extrême  bienveil- 
lance envers  toute  la  bourgeoisie;  et  parmi  ces  riches 
discours  il  a  recommandé  le  maintien  de  la  religion 
catholique,  apostolique  et  romaine  et  l'observation  des  édits 
publiés  contre  les  hérésies,  ensemble  d'assister  les  juges 
ecclésiastiques....  Et  pour  les  3e  et  4e  points,  il  a  inculqué 
le  respect  qui  doit  être  porté  et  déféré  à  Son  Altesse ,  et 
l'union  avec  les  autres  Etats  du  pays  de  Liège  ;  et  sur  la 
fin  s'adresse  à  Notre-Dame ,  patronne  et  tutélaire  de  cette 
cité  ,  en  prisant  grandement  le  zèle  et  l'ardente  dévotion 
que  tout  le  peuple  liégeois  fait  profession  de  porter  envers 
icelle.  » 

La  péroraison  appelait  la  bénédiction  de  la  protectrice 
de  la  ville  sur  la  population  éprouvée  par  la  peste ,  cette 
contagion  que  des  chroniqueurs  appellent  le  mal  de  Mon- 
seigneur Saint  Ladre.  La  harangue  du  prélat ,  est-il  ajouté 
au  procès-verbal  de  cette  curieuse  séance,  «  a  tiré  la  pluie 
des  larmes  des  yeux  d'un  grand  nombre  des  assistants, 
dont  les  plus  fermes  et  constants  n'en  étaient  pas  entière- 
ment exempts,  quoiqu'ils  se  contraignissent  au  dehors  ». 

Les  «édits  contre  les  hérésies»,  dont  il  est  parlé, 
avaient  été  portés  par  le  prince-évêque  en  1532  ,  non 
sans  qu'Erard  de  la  Marck  eût  protesté,  sur  les  réclama- 
tions des  bourgeois  inquiets,  qu'il  ne  s'agissait  point  de 
troubler  l'ordre  des  juridictions  établies. 

D'autre  part,  en  1585,  le  nonce  apostolique  eut  fort  à 
faire  pour  imposer  au  clergé  l'observation  des  canons  du 
Concile  de  Trente  réformant  les  abus  ecclésiastiques. 

'13  décembre  1G34  —  Ayant  reconnu  les  désordres  qui  se 
commettent  dans  la  maison  de  ville  sur  la  salle  grande 
d'icelle  à  cause  des  festins  de  noces  que  l'on  permet  y  être 
faits,  le  dit  Conseil  résout  unanimement  qu'au  futur  ne 
se  donnera  semblable  faculté  à  quelque  oncque  que  ce 
soit,  nonobstant   toute  intercession  qui  se  pourrait  faire». 


—  406  - 

29  janvier  1635.  —  Uéchevin  Erasme  Loffuelt  est  cité 
à  comparai^  à  la  Violette  pour  avoir,  séant  en  justice, 
prononcé  des  mots  injurieux  pour  la  réputation  de 
certaines  femmes  dénommées,  et  le  dit  échevin  vient 
fournir  des  excuses  au  Conseil  de  la  Cité. 

18  mai  1035.  —  Ordre  aux  capitaines  de  la  banlieue  de 
tenir  leurs  hommes  prêts  à  prendre  les  armes,  aux  com- 
pagnies des  Dix-hommes  de  monter  la  garde  à  la  Maison 
de  ville  ,  de  fermer  toutes  les  fausses  portes  de  la  Cité,  de 
garder  le  Pont  des  Arches  ,  de  tendre  des  chaînes  dans 
les  rues  ,   et  prendre  autres  précautions. 

6  août  1635.  —  Le  Conseil  interdit  à  Antoine,  joueur  de 
tambour  «  de  s'ingérer  au  futur  à  mettre  les  estreines  ny 
donner  les  bienvenues  ou  bonjours  aux  estrangiers  arri- 
vant en  ceste  cité»,  ce  droit  appartenant  aux  tambourins 
assermentés  de  la  ville. 

16  octobre  1640.  —  Le  Conseil  décide  que  les  gardes  qui 
se  trouvaient  à  l'Hôtef  de  ville,  lors  de  l'attaque  dont  il 
fut  l'objet,  seront  à  perpétuité  bannis  de  la  Cité. 

Le  22  juillet  1653,  en  suite  d'une  ordonnance  et  dépu- 
tation  du  Conseil,  les  deux  bourgmestres,  quatre  avocats 
de  la  Cité  et  deux  commissaires  procèdent  à  l'inventaire 
des  pièces  originales  contenues  en  un  coffre  à  quatre 
serrures,  rompu  par  devant  et  trouvé  clans  la  salle  basse 
de  la  Violette;  ces  documents,  est-il  dit,  «  ont  tout  leur 
alphabet  comme  s'en  suit  »  et  ils  sont  énumérés  en  effet, 
portant  chacun  une  lettre  d'ordre.  Le  catalogue,  au  regret 
du  curieux,  n'offre  qu'un  intitulé  trop  court  pour  servir  de 
résumé.  Cent  quarante -cinq  documents  sont  indiqués 
sommairement  et  sans  ordre  chronologique.  Le  plus  ancien 
est  de  l'an  1100;  c'est  une  lettre  en  parchemin  de  l'arche- 
vêque de  Cologne  sur  ce  que  ceux  de  Liège  et  de  II uy 
doivent  (tonlieu)  à  sa  ville.  On  relève  notamment  les  privi- 
lèges de  l'empereur  Philippe,  de  Tan   1200,  et  la  confir- 


—  407  — 

mation  d'Albert,  roi  des  Romains,  1299;  de  Sigismond  , 
empereur,  de  l'an  1417;  des  textes  de  paix,  comme  de 
Wihogne,  de  S'-Jacques;  un  grand  nombre  de  Lettres  des 
princes-évêques,  des  ducs  de  Bourgogne,  antérieures  au 
sac  de  la  Cité ,  le  traité  d'alliance  entre  Liège  et  Brabant  ; 
des  Lettres  de  l'université  ou  communauté  de  Liège ,  de  la 
Cité  ;  l'alliance  entre  Liège  et  les  bonnes  villes ,  avec  douze 
sceaux  ;  des  Grands  Records  de  dates  diverses  ;  la  décla- 
ration (1572)  que  les  échevins  ne  seront  plus  bourgmestres, 
enfermée  dans  une  boîte  de  1er  étamé  ;  celle  qui  fait  con- 
naître que  Liège  est  le  chef  du  ressort  du  pays;  le  régiment 
de  Heinsberg ,  des  Lettres  de  rois  de  France  mettant  en 
sauvegarde  la  Cité  et  les  villes  du  pays;  des  traités  entre 
Liège  et  des  villes  voisines,  certains  textes  allemands  et 
flamands,  plus  des  sentences,  des  reconnaissances,  etc., 
et  plusieurs  volumes  contenant  soit  la  teneur  d'une  pièce 
politique  ou  un  recueil  des  lois  du  pays. 

Que  sont  devenus  ces  documents  précieux,  dont  l'inven- 
taire ressemble  à  celui,  plus  complet  et  explicite,  qu'a 
dressé  Bartollet  en  latin?  Us  furent  remis  par  les  commis- 
saires dans  le  coffre  Sl-Jacques,  à  la  date  du  23  juillet  1653. 

Plus  tard,  le  16  juillet  1756,  nous  voyons  le  Conseil 
ordonner  «  à  Everard  Kints ,  bibliothécaire  de  la  Ville ,  de 
remettre  aux  archives  le  statut  de  la  Cité  et  pays  de  Liège 
contenant  le  Pavillar,  ensemble  toutes  paix  faites  passées 
et  accordées  au  pays  de  Liège  par  les  empereurs  et  roi  des 
Romains,  joint  la  Bulle  d'or  et  plusieurs  points  de  pratique, 
pour  y  être  conservés.  » 

On  connaît  le  sort  de  la  plupart  de  nos  titres  politiques, 
dispersés  et  perdus": 

13  décembre  1659.  —  Les  Vingt-deux  de  la  Cité  sont 
publiés  au  balustre  de  la  Maison  de  ville. 

On  connaît  de  l'an  1571 ,  un  «  Cry  proclamé  à  la  baille 
de  la  Maison  de  la  Cité  qu'on  dit  la  Violette.  » 


-  408  - 

Rapportons  ici  ,  suivant  les  dates ,  cet  extrait  d'une 
chronique  liégeoise  manuscrite  relatant  une  scène  carac- 
téristique :  , 

«  L'an  1660,  le  25  juillet,  furent  faits  magistrats  Pierre 
Rossius  et  Arnold  Budbach ,  avec  lesquels  le  Prince  alla 
ce  jour-là  dîner  sur  la  Maison  de  ville  ,  accompagné  de 
ses  principaux  ministres,  qui  étaient  le  comte  de  Fursten- 
berg  et  son  frère ,  le  grand  chancelier  Rosen ,  les  tréfon- 
ciers  Liverloo  et  Sluze ,  monsieur.de  Hopertin,  le  sieur 
baron  de  Lynden  grand  mayeur ,  et  les  échevins  Lapide  et 
Gélys  et  de  toute  sa  court. 

«  Le  dîner  étant  achevé  ,  la  noblesse  vint  à  une  fenêtre 
et  jetta  de  haut  en  bas  toute  la  desserve  de  la  table  avec  les 
plats  au  peuple  assemblé  en  grand  nombre  sur  le  Marché 
et  devant  la  Maison  de  ville  attendant  pour  voir  si  l'on 
ôterait  les  impôts.  La  desserve  étant  jettée,  le  Prince  vint 
aux  fenêtres  appuyé  sur  les  épaules  du  tréfoncier  Sluze  et 
du  comte  de  Furstenberg,  les  Bourgmestres  faisant  signe 
au  peuple  de  crier  Vive  Son  Altesse ,  mais  ils  n'étaient  pas 
aimés  des  bourgeois,  qui  ne  dirent  mot  pour  leur  respect. 
Alors  le  S1'  baron  de  Lynden,  assez  bien  voulu  du  peuple  , 
monta  en  baut  d'une  fenêtre  et  fit  signe  au  peuple  qu'il 
criât  :  Vive  Son  Altesse ,  ce  qu'aucuns  firent  ;  après  quoi 
sa  ditte  Altesse  jetta  lui-même  quantité  de  succades  et 
confitures  au  peuple  avec  plats  et  assiettes,  puis  prit  un 
verre  et  but  par  trois  fois  à  la  santé  des  bourgeois ,  et  le 
verre  étant  vide,  le  précipitât  en  bas,  puis  il  fit  voler  plu- 
sieurs poignées  d'argent  parmi  le  peuple,  et  enlesjettantson 
anneau  pastorale  lui  cbut  du  doigt ,  mais  quelques  gentil- 
hommes  y  accoururent  aussitôt  et  le  vinrent  rechercher.  » 

Le  13  juin  1662.  —  Le  Conseil  ordonne  aux  boulangers 
et  aux  meuniers  do  venir  à  l'Hôtel  de  ville  «  déclarer  sous 
serment  la  quantité  de  farine  cl  de  grain  qu'ils  ont  chez 
eux  »  ;  ce  qui  sera  recelé  et  découvert  sera  distribué  aux 
pauvres. 


1er  DE  l'an  1077.  —  «  Estant  informés  que  la  bourgeoisie 
de  ceste  cité  souhaite  et  désire  voir  renouveler  les  feux  des 
Bois  sur  le  marché  de  Liège,  suivant  L'ancienne  coutume 
(depuis  l'émeufb  des  d'Athin),  nous  avons  ordonné  et 
ordonnons  que  les  dits  feux  soient  remis  en  pratique  et 
qu'il  soit  commencé  à  les  refaire  à  la  teste  des  Rois 
prochains,  acceptanl  à  cel  effel  l'offre  faite  par  Jacques 
Piette  de  vendre  el  livrer  Chaque  jongue  de  houille  sur  le 
marché  au  prix  de  18  patars  el  que  chaque  charrée  devera 
contenir  G  jongues  de  sorte  que  l'importance  totale  sera 
de  324 jongues  de  houille  faisant  54  charrées.  » 

1  i  mars  1077.  —  «  Attendu  les  actions  despejitueuses  et 
crimineles  commises  tant  dans  noire  assemblée  qu'à  la 
sortie  de  la  salle  lu/ullc  par  Nicolas  Geoiris  et.  en  d'autres 
endroits  de  la  Maison  de  ville,  ordonnons  d'en  prendre 
informations  convenables  pour  examiner  le  cas  personnel 
du  dit  Geoiris  constitué  en  ferme  et  pour  audition  sommaire 
des  témoins;  à  quel  effet  députons  les  srs  André  Rossius  et 
Plainevaux  avocats  pour  y  vaquer.  » 

21  may  1077.  —  «  Les  accusations,  confessions  et  infor- 
mations sommairement  prises  et  nous  données,,  ordonnons 
à  Nicolas  Geoiris  de  comparaître  par  devant  nous  et 
demander  pardon  à  genoux  de  ses  olïences  contre  le 
publicqùe ,  le  relaxant  présentemenl  parmy  tous  frais  et 
serment  de  se  relivrer  à  la  première  semonce.    » 

16  mat  Ki77.  —  «  Les  propriétaires  des  maisons  du 
Marché  demandent  que  les  maîtres-maçons  de  In  Cité 
visitent  VArvoz  sous  la  Maison  de  ville.  » 

5  d'octobre  1077.  —  «.  Ordonnons  à  Geoiris  Bodet  de 

livrer  à   la  garde   de  la   Maison  de  ville  une  lanterne  et 

< 

quattres  chandelles  par  nuit  durant  l'hiver  aux  frais  de  la 
Ville.» 

12  janvier  1078.  —  «  Ordre  à  l'huissier  des  Commis- 
saires  d'apporter  sur  la  Maison   de   ville  le  Pavillart  et 

2S 


—  440  — 

autres  registres  concernant  les  Droits  de  la  Cité,  qu'il  avait 
enlevés.  » 

17  octobre  4678.  —  «  La  grande  Halle  est  louée  au  plus 
offrant.  »  « 

Une  lacune  dans  les  registres  nous  prive  de  renseigne- 
ments ultérieurs  jusqu'à  l'an  1735;  une  nouvelle  Maison  de 
ville  a  remplacé  notre  édifice  détruit  par  le  feu. 

Les  registres  aux  recès  de  la  Cité ,  dont  nous  extrayons 
ces  annales ,  étaient  déposés  à  l'Hôtel  de  ville  et  tous  ceux 
qui  nous  restent  jusqu'à  la  date  dernière  que  nous  venons 
d'indiquer,  proviennent  des  coffres  mêmes  de  la  Violette. 
La  lacune  constatée ,  comme  d'autres  aussi,  est  la.  consé- 
quence d'une  lutte,  entre  le  prince  et  les  bourgeois,  qui 
n'est  pas  un  des  épisodes  les  moins  intéressants  de  notre 
histoire  intérieure.  Il  ressemble  à  la  dispute  soulevée  à 
propos  des  Clés  de  la  Cité. 

Si,  en  général,  les  Chartes  étaient  déposées  dans  le 
Coffre  Sl-Jacques ,  à  l'abbaye ,  les  procès-verbaux  des  déli- 
bérations communales  et  le  texte  des  décisions  intervenues, 
restaient  à  la  garde  des  magistrats  de  la  bourgeoisie;  le 
28  août  1684,  Maximilien-Henri  de  Bavière,  usant  de 
l'autorité  qu'il  s'était  arrogée,  fit  déposer  tous  les  docu- 
ments publics  dans  les  archives  de  son  Conseil  privé. 
C'était  confisquer  l'histoire  écrite  du  droit  populaire  en 
même  temps  qu'on  supprimait  le  droit  lui-même. 

Cependant  en  1751,  67  ans  après,  une  partie  des 
archives  communales,  les  plus  nécessaires,  furent  rendues 
au  Conseil  des  magistrats,  et  ce  ne  fut  qu'en  1789  que  le 
reste  fut  reporté  à  la  Violette. 

Il  y  avait  aussi  en  la  Maison  de  ville  la  Chambre*  des 
Compagnies  militaires  comme  «lit  la  légende  du  plan  de 
Blaeu,  à  savoir  le  Corps  de  garde  de  ces  Dix  hommes  , 
dont  nous  avons  déjà  parlé  à  l'occasion  de  la  Maison  delà 
Cité  qui  précéda  celle-ci,  et  d'après  les  documents  de 
l'époque  ;  chaque  métier  fournissant  ce   même  nombre, 


—  4H  — 

la  Compagnie  comptait  trois  cent  vingt  compagnons.  «  Les 
Maistres  de  la  Cité  (document  de  1571,  cité  par  F.  Henaux, 
Bulletin  de  l'Institut  archéologique  Liégeois ,  V,  la  Compa- 
gnie des  Dix-Hommes) ,  ont  élection  des  quattres  Maistres 
(capitaines)  des  Dix-Hommes  esleuz  par  chacun  des  Trente- 
deux  bons  mestiers,  lesquels  sont  députeis  et  esleus  pour 
la  garde  et  tuition  des  Magistrats,  se  trouvant  avecl'esten- 
dard  à  l'exécution  de  ceux  qui  doivent  mourir  pour  la 
franchiesé  affin  qu'elle  ne  soit  aucunement,  empêchée». 
Ils  comptaient  en  outre  deux  porte-enseignes,  quatre 
sergents  et  des  dizainiers. 

Ils  avaient  été  institués ,  nous  le  savons ,  en  1433  par  les 
Grands  ou  les  riches  à  la  suite  d'une  lutte  meurtrière  où  les 
Petits  furent  vaincus.  Le  sort  des  élections  leur  fit  servir 
bientôt  la  cause  populaire,  celle  de  l'égalité  politique,  et  ils 
devinrent  dans  la  main  des  bourgmestres  une  arme  redou- 
table. 

Charles  le  Téméraire  les  supprima  ;  dix  ans  après,  en 
1477,  ils  furent  rétablis  ;  en  1640,  Ferdinand  de  Bavière  les 
licencia  et  confisqua  leurs  revenus  ;  et,  comme  on  les 
avait  encore  reformés  ,  Maximilien  de  Bavière  «jugea 
convenable,  aux  termes  du  règlement  de  1684,  de  casser 
les  capitaines  et  quatre  compagnies  des  Dix-Hommes  et 
de  réunir  à  la  Cité  et  à  son  profit  leurs  biens,  revenus, 
maisons  et  jardins ,  avec  leurs  charges.  » 

Une  Cloche  était  placée  à  la  Violette;  ce  La  cloche  des 
armes  ou  d'alarme  (Littera  civitatis  1516,  dans  Bartollet), 
est  suspendue  dans  la  Maison  de  la  Cité  (in  Domo  Civica) 
de  paf  un  décret  du  Conseil,  pour  appeler  les  Dix-Hommes 
de  jour  et  de  nuit  avec  leurs  armes,  dans  le  but  de  défendre 
la  Cité.  Il  est  établi  que  chacun  des  deux  bourgmestres 
était  détenteur  d'une  clé  du  l'ieu  où  était  la  cloche ,  pour 
qu'on  ne  la  sonnât  point  sans  la  permission  et  l'assentiment 
des  bourgmestres  en  personne. 


—  412  — 

Y  avait-il  quelque  part  un  clocher  ou  clocheton  à  la 
Violette  ?  Le  dessin  d'Abry  n'en  représente  aucun  ;  il  est  vrai 
qu'il  ne  nous  offre  que  la  simple  façade.  Notre  plus  ancien 
plan  de  Liège,  celui  de  Guichardin  de  1567,  une  vue  en 
élévation  d'un  caractère  assez  fantaisiste,  montre  un 
clocher  à  côté  de  la  Maison  de  la  Cité.  Peut-être  la  Vio- 
lette contint-elle  une  Chapelle  comme  la  Maison  de  ville 
qui  la  remplaça;  la  cloche  d'alarme  pouvait  être  placée  là. 
L'usage  du  tambour  se  répandit,  et  cet  instrument 
propre  aux  luttes  civiles,  battu  dans  les  rues,  semble  avoir 
remplacé  généralement  la  cloche  d'alarme,  cle  même  que 
celle-ci  s'était  substituée  pour  la  Cité  à  l'antique  Ban- 
cloche.  C'est  aussi  au  son  du  tambour  que  les  recès 
étaient  publiés  par  la  ville  en  temps  de  troubles  ;  de  même 
qu'à  la  baille  de  la  Maison  de  la  Cité,  ils  l'étaient  au  son  de 
la  trompette  (V.  Bartollet,  Collection  des  recès  des  années 
i647  et  48). 

La  mention  faite  du  plan  de  Guichardin  nous  amène  à 
parler  de  deux  autres  plans  et  du  voisinage  de  la  maison 
de  la  Cité. 

Si  nous  savons  que  l'emplacement  de  l'édifice  n'a  pas 
changé,  les  recherches  topographiques,  bien  que  fondées 
aujourd'hui  sur  l'étude  d'anciens  documents  de  tout  genre, 
ne  dissipent  pas  l'incertitude  où  l'on  est  quant  aux  abords 
de  la  Violette.  Non  que  les  textes  manquent,  mais  c'est 
faute  de  quelque  plan  qui  leur  donnerait,  la  précision 
nécessaire.  Ceux-là  nous  font  comprendre  à  n'en  pouvoir 
douter  que  la  maison  de  la  Cité  était  «  joinclante  »  à  la 
Halle  des  tanneurs  au  Marché,  et  celle-ci  à  la  Manghenie 
ou  boucherie.  Mais  quel  était  exactement  l'emplacement 
de  ces  très-anciennes  constructions  ?  Le  plan  avec  élévation 
de  Blaeu  aux  armes  de  Groesbeeck  (1649)  nous  montre  le 
bloc  d'édifices  contigus  qui  s'étend  de  Neuvice,  le  long  du 
Marché,  vers  le  coin  de  Sl-Lambert  :  il  y  a,  vis-à-vis  de  la 


-  413  - 

grande  fontaine,  certain  édifice  avec  fronton  et  signalé  par 
une  girouette;  puis,  au  coin  même,  vers  la  cathédrale, 
un  petit  édifice  à  trois  tourelles;  en  arrière  de  ces  deux 
constructions,  on  voit  une  grande  bâtisse  à  pignon,  sous 
laquelle ,  par  un  arvô ,  passe  une  voie  dite  Derrière 
Manghenie,  laquelle  va  rejoindre  la  rue  de  l'Epée  bor- 
dant au  sud  le  massif  tout  entier  des  constructions  pré- 
citées. Alors  que  la  légende  porte  :  n°  85,  La  Violette, 
Maison  de  Cité,  chambre  des  Compagnies  militaires, 
par  une  fâcheuse  omission,  le  plan  ne  numérote  pas 
l'édifice.  D'autre  part,  le  beau  et  grand  plan  de  Marischal, 
du  dépôt  universitaire  de  Leyde,  où  l'on  croirait  devoir 
trouver  comme  dans  l'autre  une  indication  sûre,  nous  pré- 
sente bien,  sur  le  même  emplacement  de  l'édifice  queBlaeu 
signale  par  une  girouette ,  une  construction  régulière 
présentant  à  gauche  un  pan  coupé  et  rehaussé  d'une  sorte 
de  clocheton.  Elle  porte  le  n°  53,  et  bien  que  nous  voyons 
là  la  Violette,  nous  ne  pouvons  confirmer  l'assertion,  ce 
plan-ci,  au  rebours  de  l'autre,  ayant  perdu  sa  légende. 
Voilà,  par  une  double  et  malencontreuse  coïncidence, 
notre  légitime  curiosité  cette  fois  bien  mal  satisfaite. 

Quant  aux  textes,  il  est  facile  d'en  produire  quelques-uns 
relevés  dans  la  Paroisse  Sl-André,  de  M.  S.  Bormans. 

«  Maison  ke  on  appelle  la  Maison  Deskagiet  ki  à  présent 
est  le  Mangenie  séant  sur  le  Marché  »,  est-il  dit  dans  un 
acte  de  1367. 

1500  :  «  S'tau  et  spier  de  Mangon,  long  de  7  i  2  pieds 
et  profond  de  i>l2  pieds,  sur  le  Marché  près  délie 
Violelie,  arvec  une  issue  par  derrière  sur  le  Rieu  du 
Marché,  près  délie  fontaine  (\<->  Mangons  qu'on  dist  ax 
trippes,  joindant  à  un  autre  stau  et  à  viez  fondements  délie 
liaison  de  bon  Mestierdes  Tanneurs;  d'aval  vers  le  Coir  et 
La^dier;  d'amonl  vers  la  Violette  à  un  autre  stau  présen- 
tement appliqué  et  annexé  à  porpris  de  la  iondation  el 


—  AU  — 

édification  de  la  Maison  de  la  Cité,  et  en  porpris  de  quel 
stau  est  présentement  compris  l'entrée  et  montée  les  Grés 
qu'on  condit  de  la  Maison  des  Tanneurs,  et  en  suivant  de 
côté  d'amont  est  assis  de  fond  en  comble  la  muraille  qui 
porte  toute  la  Maison  délie  Cité  que  celle  des  Tanneurs.  » 

1585  :  «  Maison  sous  la  Halle  des  Tanneurs,  près  du 
Marché,  joindanl  vers  Notre-Dame  aux  fonts  à  la  Violette, 
versNouvice  au  real  chemin  de  Derrière  Manghenie  tendant 
au  dit  Marché,  devant  au  chemin  ou  pavée  par  le  quel  on 
vat  au  postice  (porte  de  derrière)  de  la  Scaillée  (cour)  de  la 
dite  Violette.  » 

1692  :  «  W.  cle  Nassogne  veut  tenir  et  bastir  la  maison 
qui  fut  à  J.  Huis  (avant  le  bombardement)  située  sous  l'arvù 
de  la  Maison  de  ville,  à  condition  de  révocation  si  on  le 
juge  nécessaire.  » 

.  Ces  textes  présentent  plus  de  matière  au  chercheur  qu'ils 
ne  satisfont  l'esprit;  ils  ne  nous  orientent  pas  d'une  manière 
suffisante  et  nous  avons  à  regretter  ici  l'interruption  des 
anciennes  traditions. 

C'est  déjà  cependant  aboutir  à  «m  premier  résultat  que 
de  connaître,  dès  l'origine,  cet  ordre  général  du  voisinage 
déjà  signalé  en  face  du  Marché  :  la  Violette ,  la  Halle  des 
tanneurs,  la  Manghenie  ou  Mangonie. 

Tout  en  sachant  que  la  Violette  avait  la  Halle  des 
tanneurs  pour  voisine  immédiate  ,  nous  ne  connaîtrons 
pas  la  position  exacte  de  cette  dernière  relativement  à  la 
Manghenie,  l'emplacement  des  trois  constructions  parais- 
sait disposé  triangulairement,  et  sans   désignation. 

La  Manghenie  comme  la  Halle  était  grande,  et  donna 
son  nom  à  une  partie  du  quartier  dit  en  Manghenie.  La 
maison  proprement  dite  des  Mangons  était  partagée,  car 
il  y  avait  la  seconde  et  émitraine  Manghenie  (Paroisse* 
Sl-André,  p.  -412).  Elle  prit  renseigne  des  Trois  Roses, 
les  bouchers  i'ayanl  quittée  pour  s'établir  en  Vesque-Cour; 


—  415  — 

après  le  bombardemenl  de  Boufflers,  c'étail  au  Nom  de 
Jésus  ;  finalement  la  maison  fut  expropriée  pour  la  recons- 
truction de  l'Hôtel  de  ville. 

On  démolit  en  même  temps  l'ancienne  Maison  du  Coir 
(Cor),  puis  du  Cornet,  où  les  Toiliers  tenaient  leur  séance. 
Vouaient  ensuite  après  l'entrée  de  la  ruelle  de  Soumagne 
le  Lardier  (Soleil,  Lion  d'or,  Marteau  couronné)  appar- 
tenant au  chapitre  de  S'-Jean-Evangéliste  ;  le  Mouton  d'or 
(Tète  d'or),  l'Aigle  d'or,  le  Petit  Cabaret  (à  la  Syrène, 
actuellement  au  Croissant).  Toujours  en  continuant  vers 
Neuvice,  on  rencontrait  la  grande  Maison  dite  délie  Fosse, 
enseignée  depuis  1422  au  Porc  d'or  :  «  Y  at  une  belle 
grande  salle,  relate  un  état  de  lieux  daté  de  1589,  avecque 
cheminée ,  la  quelle  salle  est  tout  allentour  emboschée , 
paincte  et  dorée ,  y  demourants  bancs  à  couche  et  chessitz 
de  voiriers  ».  C'esl  sans  doute  là  que  les  Bbulangers 
avaient  leur  Chambre» 

Après  le  Lion  Noir  (l'Yvoir  ensuite)  venait  l'Ecrevisse 
ou  Grèvesse  ,  appartenant  au  métier  des  Mairniers  ;  le 
Chapeau  ( couronne ) Me  Roses,  puis  la  Maison  du  coin  de 
Neuvice,  à  la  Chaîne  ,  habitée  par  un  changeur  au  15e 
siècle ,  et  dite  de  ce  temps  avec  les  maisons  précédentes 
les  Canges. 

En  1448,  Johans  délie  Grèvesse  loue  cette  maison  à  la 
réserve  de  trois  fenêtres  «  du  côté  vers  S'-Lambert,  pour 
lui,  ses  successeurs  et  maisines,  vëyr  les  fiestes  de  jostes, 
behours ,  tournois,  processions  et  lestes  solennes  qui 
soi  feront  au  temps  futur  sur  le  Marché,  toutes  fois  que 
ce  adviendrait.  » 

On  pouvait  de  là,  on  effet,  assister  à  toutes  sortes  de 
spectacles.  Les  pompes  d'uno  joyeuse  entrée  se  déroulaient 
le  long  de  la  place  publique;  sur  les  grez  de  S'-Lambert 
les  chanoines  souhaitaient  la  bienvenue  au  prince,  et  il 
arriva  même  que  sur  le  Marché  fui  servi  tel  festin  d'une 


—  416  — 

singulière  magnificence.  En  une  autre  occasion  les  métiers 
défilaient  enseignes  déployées.  Enfin  on  procédait  toujours 
sur  le  Marché,  devant  Neuvice,  aux  exécutions.  Une 
potence  permanente  se  dressait  là  ;  en  1718  ,  on  demanda 
qu'elle  fut  marquée  par  une  pierre  peu  visible.  Le  fail 
que  les  coupables  étrangers  à  la  Cité  étaient  pendus  à 
S'-Gilles  fait  comprendre  une  injure  restée  populaire.  Les 
vagabonds  et  gens  sans  aveu,  en  rupture  de  ban,  étaient 
fouettés  autour  du  Marché;  en  cas  de  récidive  on  leur 
coupait  une  oreille;  à  la  troisième  fois  ils  étaient  pendus, 
toujours  à  S'-Cîilles. 

La  place  du  Marché  servit  de  très  bonne  heure  aux 
usages  communs,  au  commerce  populaire,  toujours  animé, 
parfois  tumultueux.  ;  mention  esl  laite  du  Marché  public 
dans  des  actes  du  XIIe  siècle.  Lorsque  la  Maison  du  Détroit, 
siège  du  fameux  tribunal  des  écbevins  battu  en  brèche 
par  la  bourgeoisie,  eut  perdu  son  importance  primitive, 
ce  fut  la  Violette  qui  devint  le  principal  édifice  du  .Marché, 
et  pour  la  garder  et  se  garder,  les  principaux  métiers 
groupèrent  leurs  Chambres  auprès  d'elle  sur  celle  place 
où  affluait  la  vie  intérieure. 

Nous  avons  parlé  des  Maimïers ,  Toiliers  ,  des  Boulan- 
gers. Les  Fruitiers  étaienl  là  aussi  avec  les  Harangiers. 

En  lace  de  la  Maison  du  Détroit,  à.  l'autre  côté  ^\r^  Degrés 
qui  s'avançaient  près  du  coin  de  la  Violette,  était  la  Maison 
des  Orfèvres  enseignée  à  la  Griffe  (Café  du  grand  Marché). 
Puis,  vers  S'-André' ,  c'étail  la  maison  du  Verd  Cheval, 
plus  tard  diteaux  Harengs  sans  nombre  el  le.Cavalierj  sur 
un  arvô  qui  conduisait,  du  côté  du  Palais,  à  la  petite 
Halle  des  Drapiers.  A  l'autre  côté  de  la  Ruelle-au-Brâ,  à  la 
suite  d'autres  demeures,  c'étaient  les  Tisserands  ou  Texheux 
au  Ciguë  ;  les  Corbesiers  à  la  Croix  blanche;  les  Vieux- 
Wariers  en  la  Maison  de  Bealmonl  (Lion  rouge)  ;  les  Char- 
pentiers, puis  les  Couvreurs  au  Chapeau  d'or;  le  métier 
des    Vairains-Scohiers  à  la  Croix  d'or,  puis  l'Ange   cou- 


—  417  — 

ronné,  où  un  changeur  stipule  en  1455  qu'il  loue  sa  maison, 
à  l'exception  de  deux  fenêtres  au  premier  étage  pour  y 
aller  voir  passer  la  procession  de  l'Eglise  de  Liège  (  S'-Lam- 
bert),  au  jour  du  Saint  Sacrement;  enfin  aux  Petites 
Balances,  la  corporation  des  Merciers  occupait ,  comme 
c'était  généralement  le  cas,  la  chambre  du  premier  étage. 

De  la  même  façon,  d'antres  métiers  avaient  leur  siège 
tout  proche,  soit  aux  Mineurs  soit  rue  Féronstrée,  laquelle 
continuait  le  Marché  :  ici  se  trouvaient  les  Soyeurs, 
Brasseurs,  Meuniers,  Cuveliers,  Charliers ,  Cherwiers , 
les  Massons;  aux  Mineurs,  les  Entretailleurs,  Poisseurs, 
Chandelons  ,  les  Parleurs  an  sac. 

Au  30  mars  1035  ,  suivant  la  sil  nation  exhibée  parles 
greffiers  des  métiers  (publiée  par  M.  S.  Bormans  ) ,  des 
32  bons  métiers  de  Liège,  29  étaient  établis  aux  lieux 
précités,  près  la  Violette. 

Dans  ces  locaux  se  débattaient  les  affaires  de  la  confrérie; 
et  si  à  la  Viole  lie  on  réclamait  au  nom  des  intérêts  communs 
de  la  bourgeoisie  et  des  artisans  réunis,  chaque  métier  sur 
sa  Chambre,  réclamait  pour  soi,  et  l'on  peut  se  repré- 
senter ce  qu'était  à  de  certains  jours  d'élection,  l'agitation 
populaire.  Ces  vers  d'un  ancien  Entre-jeu,  publié  pat1  nous 
dans  V Annuaire  de  la  Société  liégeoise  de  Littérature 
wallonne,  y  aideraient  bien.  Houbiel  ,  s'adressant  à  Piron, 
ne  mâche  point  ses  paroles  ,  il  parle  d'ailleurs  le  vieux 
wallon  : 

So  les  Mesti  is'diminèt 
Gomme  les  arègi  d'Sint  Houbièt. 
N'ies  as-s'  maie  oïou  tôt  passant 
Fé  so  leu  Ghamb1  li  prédicant  ? 
Maïe  Goffartni  parla  si  bin 
Qwand' l'expliqua  l'Bîb  à  ses  gin  , 
Qui  Matthéï,  qwantTest  sos'Chamb 
Dressi  so  Ptâv'  po  fer  l'hareng. 
I'pass'  Fré  Girâ  so  l"marchi 
Qwanl  i  s'kijette  avâ  s'Mesti  .. 


—  418  — 

Aujourd'hui,  les  anciennes  maisons  du  Marché  ont  dis- 
paru avec  leur  seieûte  ou  encorbellement,  façonnées  sui- 
vant le  type  de  la  Violette  elle-même. 

Si  l'historien  peut  nous  retracer  des  scènes  de  la  vie 
politique  et  même  populaire,  on  ne  peut  que  regretter, 
dans  une  ville  qui  possède  tant  de  documents  sur  son 
passé ,  l'absence  de  quelque  bonne  représentation  gra- 
phique de  notre  vieux  Marché,  au  temps  des  corporations  ; 
Saint-Lambert,  le  palais  et  l'assiette  générale  de  la  ville , 
si  pittoresque,  ont  uniquement  préoccupé  les  dessina- 
teurs. Sans  l'unique  esquisse  d'Abry,  que  saurions-nous 
de  l'architecture  de  notre  ancienne  Violette,  notre  prin- 
cipal édifice  civil  ?  Un  dessin  complet  du  Marché  serait 
d'autant  plus  précieux  que  Liège  n'a  pu  garder,  comme 
Bruxelles,  une  place  garnie  de  maisons  de  corporations 
monumentales  et  d'une  architecture  durable  ;  chez  nous, 
les  événements  se  précipitent  ;  les  maisons  mêmes  ne 
s'attardent  pas,  et  nous  n'avons  ici  d'autre  ressource  que 
de  prendre  à  la  loupe  une  vue  partielle  du  Marché,  sur  le 
plan  avec  élévation  que  nous  présentent  Blaeu  ou 
Hollar  qui  reproduit  le  premier  ,  à  moins  peut-être  qu'il 
n'ait  fourni  le  prototype. 

Quant  aux  rues  qui  donnaient  au  voisinage  accès  vers 
la  Violette,  la  rue  de  l'Épée,  beaucoup  plus  longue  qu'au- 
jourd'hui, suivait  par  derrière  une  ligne  parallèle  au 
Marché.  De  ce  dernier  à  la  dite  rue,  existaient  diverses 
issues  et  passages  voûtés  ,  de  ces  arvùs  ancienne- 
ment appelés  arvols,  (des  mots  arcu  volutus,  courbé  en 
arc,  d'où  nous  vient  aussi  l'adjectif  ârvolou  ,  voûté.  )  Il  y 
en  avait  jadis  un  très  grand  nombre,  et  avec  les  nombreux 
cours  d'eau,  des  ruelles  serrées  et  irrégulières  sur  un 
espace  peu  étendu,  ils  contribuaient  pour  beaucoup  à  faire 
un  vrai  dédale  de  l'ancienne  Cité.  Les  arvôs  rendirent 
d'ailleurs  maints  services   dans  les  guerres    et  les  luîtes 


—  419  — 

civiles,  les  fuyards  y  disparaissent  aisément  ;  on  en  fermait 
l'entrée  avec  des  chaînes  ou  quelqu'autre  obstacle  ;  d'en 
haut  il  était  facile  de  se  défendre  et  de  protéger  toute  une 
rue. 

Le  plus  connu  au  Marché  était  Yarvô  de  la  Violette.  Est-ce 
celui  par  lequel,  sur  le  plan  de  Blaeu,  passe  sur  la  gauche 
et  derrière  la  Maison  de  la  Cité,  la  voie  dite  Derrière 
Manghenie,  avant  d'aboutir  au  Marché?  C'est  en  tout  cas 
un  des  principaux,  car  il  yen  eut  plusieurs  dans  les  environs. 

Une  dénomination  intéressante  est  celle  que  porte  cette 
voie  même  au  tournant  de  gauche  avant  de  passer  sous 
l'arvô  :  le  lieu  s'appelait  Aux  Cabarets.  Peut-être  s'agit-il 
de  simples  tavernes,  et  toujours  il  s'en  est  trouvé  beaucoup 
dans  le  voisinage  des  bouchers.  Le  mot  a  aussi  le  sens 
d'avant-toit,  et  il  y  avait  nombre  de  ces  appentis  (appen- 
dentia)  aux  maisons  du  Marché.  Une  signification  qu'on 
reconnaît  encore  au  mot  est  celle  de  Chambre  fermée  par 
une  clôture  de  barres  ou  barreaux.  D'autre  part ,  nous 
savons  que  la  maison  de  pierre  du  Détroit  des  échevins 
était  précédée  d'une  construction  de  planches  qui  per- 
mettait à'  ces  magistrats  d'agir  sur  le  district  de  leur 
juridiction.  Dans  le  Cartulaire  de 'la  commune  de  Namur, 
recueilli  et  annoté  par  M.  Jules  Borgnet  (p.  7(j),  l'auteur 
fait  remarquer  que  la  Maison  communale  s'appelait  à  Namur 
le  Cabaret,  sans  doute  parce  que  là  était  la  pièce  où  les 
échevins  rendaient  la  justice,  et  celle-ci  était  pourvue  de 
scamna,  xhammes ,  dits  cabas  ou  cabeaux,  d'où  le  nom 
même  de  scabinus,  eschevin. 

Rappelons-nous  ce  passage  de  Jean  de  Stavelot  montrant 
d'Àthin  venant  à  la  Violette  s'asseoir  delès  li  Chàbas, 
et  le  chroniqueur  d'expliquer  le  terme  :  là  on  tient  les 
plais  des  Maistres  à  la  tauble.  L'expression  était  donc 
en  usage  à  Liège,  et  la  rue  Derrière  Manghenie,  tournant 
Aux  Cabarets  avant  de  passer  sous  l'arvô,  conduisait  tout 


droit,  soit  à  la  Violette,  à  main  droite,  soil  vis-à-vis,  au 
Détroit  des  échevins.  Sans  autrement  conclure  ,  nous 
soumettons  au  lecteur  ces  détails,  vu  leur  intérêt. 

A  l'opposite  de  Neuvice,  tout  ce  massif  de  constructions 
où  la  Violette  était  englobée  avait  accès  à  gauche  aux 
rues  parallèles  du  Faucon  et  Sous  la  Tour  ;  la  rue 
Derrière  Manghenie  et  Les  Cabarets  conduisaient  au  centre 
vers  la  Madelaine,  et  la  rue  de  l'Épée  venait  derrière  la 
Violette  rejoindre  la  rue  du  Stockis,  jadis  celle  des  Rôtis- 
seurs. Ici,  jusqu'au  XVIIIe  siècle,  s'était  conservé  un  ancien 
usage  populaire.  C'étail  à  ce  coin  même,  aujourd'hui 
complètement  dégagé  par  la  création  de  la  place  Derrière- 
PHôtel  de  ville,  que  les  Bouteux-foû,  de  la  corporation  des 
Porteurs  au  sac,  engageaient  la  lutte  avec  les  plus  robustes 
champions  de  la  ville  et  des  campagnes.  La  tète  se  ter- 
minait par  une  régalade  générale  de  vieille  bière  et  de  porc 
rôti.  Le  t'ait  est  rapporté  avec  plus  de  détails  à  la  page  134 
du  Vieux  Liège,  publié  par  E.  Lavalleye. 

Hàtons-nous,  avant  que  la  Violette  disparaisse  à  son 
tour,  de  jeter  un  coup  d'oeil  sur  l'ensemble  des  événements 
importants,  d'ordre  général  ou  intérieur,  qui  intéressèrent 
ses  magistrats.  Que  de  faits  et  quels  labeurs  publics,  depuis 
la  reconstruction  de  la  Maison  de  la  Cité  jusqu'au  moment 
où  elle  s'abîme  dans  un  incendie  avec  tout  le  quartier  de  la 
ville  qui  l'entoure  ! 

Sous  Erard  de  la  Marck,  la  cité  s'était  relevée:  une 
alliance  avec  l'Espagne  avait  procuré  au  prince  influence 
et  fortune,  et  l'on  ne  s'étonne  plus  du  luxe  qui,  après 
des  jours  difficiles,  régna  au  palais  comme  au  dehors, 
quand  ou  prend  connaissance  de  la  Correspondance  ri  des 
documents  politiques ,  mis  au  jour  dernièrement  par  M.  de 
Marneffe  (31e  publication  des  Bibliophiles  liégeois).  L'al- 
liance défensive  conclue  contre  la  France  avec  Charles- 
Quint,  constituait  sous  une  forme  anonyme  encore,  une 


-  421  — 

union  des  anciens  états  beiges.  Celle-ci  fermait  la  frontière 
à  la  France,  en  même  temps  qu'elle  ouvrait  à  Charles  les 
voies  de  l'Allemagne:  si  tel  fut  le  résultat  politique,  au 
point  de  vue  économique  le  prince  sortil  de  ses  négociations 
avec  l'empereur  dont  il  avait  assuré  l'élection ,  gratifié  de 
tous  les  avantages  adroitement  prévus  :  évêché  routé  en 
Espagne,  bénéfice  d'abbaye  en  Brabant,  grosse  pension,  el 
le  reste:  les  ducats  d'Espagne  payèrent  les  frais  de  ce 
luxe  qui,  après  la  construction  à  Liège  d'un  splendide 
palais,  eut  pour  dernier  terme  l'éreétion  d'un  tombeau  de 
bronze  doré  dans  la  cathédrale  Saint-Lambert. 

Après  la  mort  d'Erard,  la  cité  assiste  à  la  réforme  judi- 
ciaire de  Groesbeck.  puis  à  l'élection  du  prince  Ernest  de 
Bavière,  qui  mourut  en  1612,  après  30  années  de  règne. 
Les  guerres  de  religion  avaient  troublé  l'Europe. 
Comment  chercher  à  préserver  sinon  le  pays,  tout  au 
moins  la  ville  et  sa  banlieue?  A  parcourir  le  Résumé  du 
conseiller  Bartollet  -  encore  est-il  incomplet  —  on  est 
frappé  de  voir,  à  côté  des  mesures  administratives,  le 
nombre  des  dispositions  militaires  prises  par  la  cité  exer- 
çant son  droit  de  Fermeté.  En  extrait  du  registre  des 
échevins  du  8  février  1538  contient  un  édit  du  prince,  du 
chapitre,  des  jurés  et  du  conseil  de  la  Cité,  reconnaissant 
le  droit  souverain  des  bourgmestres  à  la  garde  de  la  ville, 
les  clefs  des  portes  leur  sont  apportées,  ou,  sous  leur 
surveillance,  aux  capitaines  des  Yinàves,  aussitôt  le  couvre- 
feu.  —  Un  homme  de  chaque  métier  (Lettre  de  la  Cité, 
12  novembre  1566)  veille  à  la  Violette.  —  11  est  ordonné  (19 
septembre  1569)  en  Conseil,  aux  Vieux  arbalestriers  de  taire 
la  veillée  au  pont  des  Arches  et  de  venir,  suivant  la  coutume, 
chercher  le  mot  d'ordre  à  la  Violette,  sous  peine  de  perdre 
leurs  droits.  Antérieurement,  en  1522,  le  prince  et  la  Cité 
avaient  contribué  à  la  construction  d'une  maison  destinée 
à  une  Compagnie  de  mousquetaires,   et  le  Conseil  avait 


—  422  — 

décidé  que  celle-là  appartenait  au  domaine  du  peuple,  et 
que  les  comptes  seraient  rendus  au  peuple.  Tout  une  suite 
d'ordonnances  concerne  des  achats  de  poudre,  de  bou- 
lets, et  il  est  créé  un  maître  de  l'artillerie  ,  le  bombardier , 
à  l'uniforme  de  la  Cité. 

En  1543 ,  des  corvées  sont  imposées  aux  habitants  des 
villages  voisins  pour  placer  des  canons  sur  les  remparts. 
Le  3  août  1570,  les  leucaux  ou  habitants  d'une  lieue  à  la 
ronde ,  sont  passibles  du  service  militaire  :  la  lieue  banale 
s'étend  du  perron  jusqu'à  cent  bonniers  tout  autour  de  la 
Cité.  Les  leucaux  étaient  citoyens  de  Liège. 

D'autres  mesures,  décidées  à  la  Violette,  concernent 
l'administration  intérieure  de  la  Cité.  Celle-ci  institue  des 
fontainiers  (octobre  1538)  vêtus  du  drap  de  la  ville, 
comme  aussi  des  gardiens  aux  portes  (1561),  jurant  entre  les 
mains  des  bourgmestres.  —  La  Cité  accède  à  la  prière  du 
prince,  demandant  qu'il  lui  soit  concédé  d'user,  dans  son 
palais ,  de  l'eau  dérivée  des  fontaines  publiques,  —  Raso 
Bertollet  est  nommé,  en  séance  du  Conseil  du  22  janvier 
1550,  receveur  du  Petit  domaine;  le  rentier  de  la  Cité 
subsiste  :  il  est  désigné,  aux  termes  d'un  autre  document , 
à  la  majorité  des  suffrages ,  et  il  doit,  en  général,  être  de 
bonne  note ,  vivant  de  ses  propres  rentes ,  salarié  et  comp- 
table des  deniers  publics.  Un  fait  montre  avec  quel  soin 
jaloux  la  Cité  entendait  conserver  son  domaine  et  la  Fermeté: 
un  citain  (document  de  1524)  est  condamné  à  60  jours  de 
corvée  pour  avoir  coupé  un  saule  dans  les  fossés  de  la 
ville.  On  voit,  en  1569  (l'6  novembre),  le  Conseil  de  la  Cité 
louer  la  pêche  dans  les  fossés  des  fortifications  pour  neuf 
ans.  Les  adjudications  publiques  se  faisaient  à  la  Violette. 
Ce  sont  les  armes  des  bourgmestres  do  la  Cité  et  leurs 
insignes  qu'on  place  au-dessus  des  portes  Vivegnis  ,  Ste- 
Marguerite,  Ste-Walburge ,  sur  les  tours  et  les  murs 
(Lettres  de  la  Cité,  1542,  1543,  1568).   Les  travaux  de 


-  423  — 

voirie  ne  sont  pas  négligés  :  en  45-47,  notamment,  le 
Conseil  ordonne  qu'il  soit  pris  deux  fois  1,500  florins  du 
trésor  de  la  Cité,  pour  établissement  et  restauration  de 
rues.  Relevons,  pour  finir,  dans  la  même  suite  de  docu- 
ments ,  un  grand  nombre  de  Lettres  de  la  Cité  constituant 
des  Envoyés  aux  diètes  et  assemblées  de  S'-Trond,  Valen- 
ciennes,  Cologne,  Aix-la-Chapelle,  Arlon ,  Maestricht: 
au  roi  de  France ,  à  Charles-Quint,  à  la  reine  de  Hongrie. 

Après  le  prince  Ernest,  sous  Ferdinand  de  Bavière, 
éclate  une  crise  où  il  n'est  point  difficile  de  reconnaître 
une  lutte  de  principes  plutôt  qu'un  simple  épisode." 

Nous  parlons  de  la  lutte  entre  Chiroux  et  Grignoux  ,  de 
cette  longue  et  dramatique  querelle  suscitée  par  les  Gri- 
gnoux ,  sorte  de  malcontents,  au  prince,  au  clergé,  à  la 
noblesse  ,  dits  Chiroux  à  cause  des  habits  à  la  mode , 
mi-partis  de  noir  et  de  blanc,  comme  le  plumage  de 
Yhirondelle.  Au  milieu  de  l'époque  princière  signalée  par 
une  longue  atonie,  elle  attire  d'autant  plus  l'attention 
qu'elle  annonce  de  loin  la  chute  de  la  principauté  épisco- 
pale  et  prépare  la  révolution  de  1789. 

L'organisation  de  la  Cité ,  de  par  celle-ci  même  ,  avait  fait 
de  tels  progrès,  qu'à  moins  de  reconnaître  l'inutilité  de 
son  rôle,  le  prince  devait  tenter  de  supprimer  les  pouvoirs 
communaux,  fallût-il  recourir  à  un  coup  d'état.  Ce  sont  les 
doléances  mêmes  de  Ferdinand  qui  constatent  le  mieux 
l'affaiblissement  du  pouvoir  souverain ,  au  profit  d'une 
bourgeoisie  remuante. 

Aux  termes  de  son  manifeste  de  1615  ,  «les  bourg- 
mestres s'arrogeaient  le  droit  d'appréhender,  d'empri- 
sonner, de  bannir,  non-seulement  les  bourgeois  et  les 
étrangers,  mais  les  gens  du  prince;  ils  tiraient  de  force 
les  criminels  hors  des  prisons,  et  faisaient  violence  aux 
officiers  de  l'évêque ,  lorsque  ceux-ci  voulaient  remplir  les 
devoirs  de  leur  charge  ; 


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»  Ils  rondaient  des  ordonnances  sans  consulter  le  prince1; 
ils  s'opposaient  à  ce  qu'il  publiai  ses  mandements  dans  la 
Cité,  les  cassaient  ou  les  révoquaient  à  son  détrompe; 

»  ils  créaient  des  capitaines;  appelaient  les  bourgeois 
aux  armes;  envoyaient  des  représentants  dans  les  cours 
étrangères;  convoquaient  les  députés  des  lionnes  villes 
pour  traiter  des  affaires  de  l'État  ou  pour  former  des  confé- 
dérations; ils  confirmaient  ou  changeaient  les  statuts  cl 
privilèges  des  métiers;  accordaient  ou  enlevaient  le  droit 
de  bourgeoisie  selon  leurs  caprices,  et  se  conduisaient, 
enfin,  comme  s'ils  étaient  les  maîtres  de  l'État;  ils  s'arro- 
geaient le  rôle  du  prince  à  tel  point  qu'ils  appelaient,  dans 
leurs  lettres  patentes ,  la  capitale  Notre  Cité.  » 

Pour  dépeindre  complètement  la  situation,  il  manque 
un  trait  à  la  suite  de  cette  énumération  de  droits,  pour  la 
plupart  historiques  encore  que  parfois  exagérés  :  par  son 
éloignement  des  affaires  et  de  Liège,  Ferdinand  se  donnait 
à  lui-même  la  qualité  de  prince  absent.  Mais  il  avait  des 
ministres ,  dont  on  se  plaignit ,  et  il  entendait  rester 
souverain. 

Cependant,  les  coinmuniers  allaient  jusqu'au  bout, 
témoin  leur  réponse  au  gouverneur  des  Pays-Bas  cher- 
chant à  ajuster  leur  différend  avec  le  prince  :  «  ils  ne  souffri- 
raient pas,  dirent-ils,  qu'il  fût  entrepris,  usurpé  ou  attenté 
sur  ou  contre  leurs  régaux ,  pouvoirs  ou  hautainetés.  » 

Les  bourgmestres  proclamaient  ainsi  la  souveraineté 
populaire.  Les  idées  des  Calvinistes  d'ailleurs,  favorables  à 
l'établissement  de  la  forme  républicaine  dans  les  petits 
états,  se  répandaient  parmi  les  hommes  dirigeants,  et 
l'intervention  immédiate  des  trente-deux  métiers  faisait 
prévaloir  un  régime  qui  était  bien  celui  de  l'extrême  dé- 
mocratie. La  mort  du  bourgmestre  Beeckman  et  l'assassinat 
de  son  successeur  La  Pouelle,  commis  au  tragicque  banquet 
de   Warfusëe,   en  vue  de  soustraire  la  Cité  à  l'influence 


-  425  - 

française  et  pour  favoriser  l'Espagne,  ne  pouvaient  manquer 
d'introduire  le  désordre  et  l'anarchie. 

La  Ruelle  passait  justement  pour  un  des  défenseurs  les 
plus  dévoués  des  libertés  municipales;  et,  quant  à  la  direc- 
tion de  sa  politique,  elle  est  tout  entière  résumée  à  la  fin 
d'une  lettre,  récemment  publiée,  qu'il  adressait  à  Paris,  le 
23  février  1637  : 

«  La  persécution  que  font  les  ministres  et  officiers  de 
l'évesque  contre  la  Cité,  la  même  font-ils  contre  les  villes 
subalternes.  D'où  se  tire  une  connaissance  sommaire  de  la 
misère  de  notre  estât.  Nous  nous  défendons  tant  que  nous 
pouvons ,  mais  comme  le  party  adverse  est  appuyé  sur  les 
armes  espagnoles,  notre  défense  ne  peut  pas  longtemps 
subsister,  si  nous  ne  sommes  secourus,  conservés  et  pro- 
tégés par  les  armes  françaises  (Revue  de  Belgique,  no- 
vembre 1889).  » 

Cette  pièce  fait  partie  de  la  diplomatie  occulte  d'un  temps 
où ,  plus  que  jamais,  le  principe  de  la  neutralité  liégeoise 
était  débordé  par  les  exigences  de  la  situation  générale  de 
l'Europe.  Que  la  politique  extérieure  d'un  bourgmestre  de 
la  Cité  fût  en  opposition  avec  celle  du  prince,  c'est  un  fait 
qui  se  présente  assez  souvent  dans  les  annales  de  la  prin- 
cipauté et  dès  le  moyen-âge  même.  Cette  fois,  les  Grignoux 
démocrates  étaient  français  et  le  bourgmestre  élu  par  eux 
se  tournait  vers  Richelieu  :  le  prince,  avec  son  parti ,  était 
espagnol ,  et  il  appelait  dans  le  pays  le  terrible  Jean 
de  Weert  et  ses  Croates. 

Un  déchaînement  de  violences  répondit  au  meurtre  qui 
donna  à  Sébastien  La  Ruelle  l'auréole  du  martyre  politique. 

Le  prince  avait  voulu  revenir  de  sa  belle  résidence  de 
Bonn:  on  lui  ferma  les. portes  de  Liège.  Un  certain 
nombre  de  recès  ou  décisions  du  Conseil  de  la  Cité,  con- 
servés dans  un  des  opuscules  de  Bartollet,  jettent  un  jour 
curieux  sur  cette  période  agitée  (1646-47  et  48).  Ce  sont 

29 


—  426  - 

de  longues  listes  de.  proscriptions  affichées  à  la  Violette  et 
publiées  au  son  du  tambour  :   ceux-là  qui  ont  porté  les 
armes  contre  l'élection  magistrale,  ceux  qui,  jugés  appré- 
hensibles  sont  rentrés ,  doivent  quitter  la  ville  immédiate- 
ment ,  pour  les  quatre  heures  après-midi ,  sous  peine  de 
mort  arbitraire.  En  Conseil  tenu  en  la  salle  haute  de  la 
Violette,  la  commune  envoie  des  ordres  aux  chanoines,  au 
mambour,  aux  échevins,  avec  menace  de  dépublication  de 
bourgeoisie.  On  donne  lecture  publiquement  des  procès- 
verbaux  des  Sieultes  ou  séances  des  métiers ,  et  soubz  le 
bon  plaisir  des  32  bons  mestiers  on  frappe  de  contributions 
toute  personne  excepté  les  ordres  mendiants  et  les  hospita- 
liers, pour  subvenir  aux  fraix  des  levées  et  des  fortifications; 
les  bombardiers  doivent  être  à  leurs  pièces  ;  la  garde  dite 
des  X  hommes  de   la  Halle  est  convoquée;  les  vagabonds 
étrangers  sont  chassés  et  le  Conseil  défend  «  à  tous  cloîtres, 
monastères  et  couvents  de  ne  recevoir,  loger  ni  soutenir 
en  leurs  cloîtres  et  maisons  aucuns  estrangers  ou  jugés 
appréhensibles  sans  en  donner  avis  à  MM.  les  bourgmestres; 
ordonne  que  des  Lettres  seront  écrites  à  Sa  Sainteté  et  gé- 
néraux des  ordres   remontrant  que    les   couvents    ayant 
compromis  la  neutralité  en  envoyant  au  dehors  les  Liégeois 
et  amenant  des  étrangers  en  vue  de  soutenir  les  intérêts  de 
leur  prince,  il   convient  d'ordonner  que  les  supérieurs 
soient  liégeois,  et  les  deux  tiers  des  religieux  de  même.  î> 
On  visite  les  abbayes  comme  on  exerce  tous  droits  de  police 
sur  ies  hostelains  ou  aubergistes.  Les  armes  sont  déposées 
à  la  Violette. 

La  commune  liégeoise  avait  atteint  ainsi  les  limites 
extrêmes  d'un  pouvoir  bientôt  jugé  incompatible  tant  avec 
l'ancienne  constitution  générale  du  pays  qu'avec  l'ordre 
monarchique  et  ecclésiastique  de  l'Europe.  Après  la  con- 
vocation des  élats  à  Visé,  Ferdinand  de  Bavière  recourut 
aux  forces  germaniques   et  un    corps   de  troupes  com- 


_  427  — 

mandé  par  le  général  Spaar  le  rétablit  dans  son  autorité. 
De  sanglantes  exécutions  servirent  de  représailles,  on 
abattit  la  statue  de  Beeckman,  et  on  proscrivit  jusqu'à  des 
portraits.  C'étaient  les  élections  magistrales  annuelles  qui 
servaient  toujours  d'occasion  aux  troubles  intérieurs  :  un 
règlement  nouveau  (1649)  prescrivit  l'élection  des  deux 
bourgmestres  et  de  trente  conseillers  tirés  au  sort  entre 
quarante-quatre  candidats  désignés  moitié  par  le  prince, 
moitié  par  des  commissaires  de  la  Cité  ;  et  pour  dominer  la 
commune  on  recourut  à  la  mesure  qui  avait  réussi  en 
Flandre  :  une  citadelle  fut  construite.  C'était  un  moyen  de 
coercition  prêt  à  être  mis  aux  mains  d'une  armée  allemande. 
Après  la  mort  de  Ferdinand ,  les  Français  s'emparèrent 
de  celle-là,  en  1675,  et  les  troubles  recommencèrent. 

Maximilien  avait  été  le  coadjuteurtrop  zélé  de  son  oncle 
pour  ne  pas  apporter  plus  d'énergie  encore  dans  la  répres- 
sion. La  réaction  fut  complète,  et  à  l'excessif  développe- 
ment politique  de  l'ordre  plébéien  succède  immédiatement 
le  régime  autoritaire  qui  dans  les  temps  modernes  suit  les 
émeutes  et  même  les  révolutions.  La  Cité  a  perdu  son  indé- 
pendance; la  vie  organique  de  la  commune  est  arrêtée. 

L'édit  du  29  novembre  1684  établit  tout  une  constitution 
nouvelle. 

Les  32  métiers  sont  supprimés  et  remplacés  par  seize 
chambres  (art.  2),  représentant  la  généralité  de  la  bour- 
geoisie; une  chambre  se  compose  de  trente-six  personnes, 
savoir  vingt  nobles  patriciens,  dix  marchands  notables  et  six 
artisans;  cbaque  métier  inscrit  à  une  chambre  reçoit  de 
celle-ci  un  gouverneur  pris  parmi  les  six  artisans,  qui 
veillera  avec  ceux-ci  à  la  bonne  et  légale  fabrique  de  toute 
chose.  Les  chambres  s'assemblent  une  fois  l'an  (artcil^s  3, 
20  et  22). 

Quant  à  l'élection  magistrale ,  elle  est  faite  indirectement 
par  voie  du  sort.  Les  chambres  (art.  20)  choisiront  chacune 


—  428  — 

trois  personnes;  la  première  désignée  (art.  24)  sera  élec- 
teur des  bourgmestres;  la  seconde,  membre  du  Conseil 
de  ville  ;  la  troisième  sans  emploi  ni  charge  ;  les  seize  élec- 
teurs des  bourgmestres  choisissent  trois  personnes  ayant 
capacité,  en  dehors  d'eux ,  mais  parmi  les  chambres  ;  l'une 
d'elles  trois  tirée  au  sort  (art.  25)  sera  le  bourgmestre  de 
la  ville  ;  après  quoi ,  les  députés  de  l'évêque  proposeront 
aussi  trois  personnes  et  un  tirage  au  sort  désignera  parmi 
elle  le  deuxième  bourgmestre.  Aux  art.  28  et  29  :  seize 
candidats  pris  dans  les  seize  chambres  avec  un  nombre  égal 
choisi  par  l'évêque,  ballottés  séparément  et  réduits  de  part  et 
d'autre  à  dix,  de  manière  qu'il  n'en  reste  que  vingt,  for- 
meront le  Conseil  de  ville  avec  le  bourgmestre. 

Il  serait  difficile  d'interposer  plus  de  formalisme  entre 
mandataires  et  mandants.  Après  un  triage  aussi  sûr  que 
savant,  c'était  encore  le  hasard  à  plusieurs  degrés. 

Foulé  tour  à  tour  par  les  Espagnols ,  les  Allemands ,  les 
Hollandais ,  les  Français ,  le  pays  était  assez  las  d'ailleurs 
pour  être  avant  tout  avide  de  repos  ;  ses  envahisseurs 
successifs  étaient  heureux  aussi  de  faire  la  paix.  Les 
réformes  de  Maximilien  furent  autant  de  mesures  de  police. 
C'est  de  l'époque  princière  que  date  sans  doute  cette  ins- 
cription placée  un  jour  au  haut  de  la  Violette  et  destinée  à 
exalter  les  mérites  du  pouvoir  unique  et  de  l'obéissance  : 
*  ■ 

Stare  diu  nescit  quod  non  fulcitur  ab  alto 
Et  regnum  discors  in  se  durabile  non  est. 
Sic  decet  imprimis  illum  qui  cuncta  potenter 
Condidit  amplecti ,  dominumque  fldeliter  unum 
Quaerere,  post  uno  concordes  vivere  voto. 
Hinc  virtus,  hinc  pax,  hinc  et  res  publica  floret. 

Les  inscriptions  de  la  Violette,  qui  allaient  s'effaçant, 
depuis  le  temps  d'Erard  furent  remplacées  dans  ce  même 
sens. 


-    429  — 

Cependant,  l'édifice  même  de  cette  maison  de  la  Cité, 
où  il  y  avait  tant  à  faire  pour  conserver  les  derniers  restes 
des  franchises  communales ,     et    qui    luttait    toujours , 
n'avait  pas  laissé  de  ressentir  tout  entière  les  outrages 
irréparables  du  temps.  Parlant  de  la  Violette  «  qui  repré- 
sente l'Estat  de  la  noble  république  liégeoise»,  un  de  nos 
vieux  écrivains  (Alex,  de  Montfort,  dans  le  Pourtrait  de  la 
Mouche  à  miel,  Liège,  1646),  nous  dit  :  «Vrai  est  que  nous 
l'avons  vue  demi  flétrie,  passé  quelques  années  qu'elle  fut 
greslée  par  les  orages  de  notre  temps».  Et  en  1676,  dans 
son   Discours   de  droit  moral   et  politique,  II.  90,    Grati 
écrivait  ces  lignes  :  «L'illustre  renommée  de  nostre  ville, 
ornée  de  tant  de  magnifiques   temples,  d'un  palais   épis- 
copal  qui  ne  doit  rien  à  tous  ceux  de  l'Europe,  et  de  tant 
de   belles    structures  particulières,    mériteroit  bien   que 
les  magistrats  tournassent  leur  soin  à  faire  bâtir  une  belle 
Maison  de  ville  qui  eust  du  rapport  en  architecture  à  tant 
de  beaux  édifices  tant  publics  que  particuliers.  » 

La  Violette  de  1497  comptait,  en  1691,  près  de  deux 
siècles  d'existence,  quand,  à  cette  dernière  date,  le  marquis 
de  Boufflers,  «l'incendiaire  ordinaire  de  S.  M.  le  roi  très 
chrétien  Louis  XIV,  »  se  chargea  de  la  faire  disparaître. 

C'était  lors  des  guerres  que  Louis  dirigea  contre  une 
partie  de  l'Europe  coalisée,  la  Hollande  notamment.  Le 
roi  de  France  venait  de  remporter  la  victoire  de  Fleurus. 
Il  fallait  punir  les  Liégeois  d'avoir,  malgré  eux,  compromis 
leur  neutralité  en  publiant  la  déclaration  de  guerre  de 
l'empereur  d'Allemagne.  Us  ne  l'avaient  pourtant  fait  que 
sous  la  menace  d'être  bombardés  par  les  Hollandais, 
maîtres  de  la  citadelle.  Boufflers  arriva  devant  la  ville  dans 
l'intention  de  la  brûler  du  haut  de  la  Chartreuse. 

Sous  ce  titre  :  Funeste  et  furieux  bombardement  des 
Français,  une  chronique  liégeoise  (manuscrit  n°  993  du 
dépôt  de  notre  Université),  raconte  ainsi  l'événement  : 


-  430  - 

«  Monsieur  le  marquis  de  Boufflers(il  avait  passé  la 
Meuse,  puis  l'Ourthe),  avec  une  assez  nombreuse  armée 
française,  s'approcha  de  la  ville  de  Liège  par  vers  l'abbaye 
de  Robermont ,  pour  attaquer  le  monastère  des  Chartreux 
muni  de  fort  peu  de  troupes  liégeoises  ,  bâti  sur  une 
montagne  assez  proche  de  la  ville  pour  la  bombarder. 
Il  se  rendit  maître  du  dit  monastère,  le  dimanche  de  la 
Pentecoste,  3e  du  mois,  vers  les  10  ou  11  heures  du  soir, 
et  pendant  la  nuit  il  fit  préparer  ses  batteries.  » 

(C'étaient,  comme  il  est  dit  à  la  page  494  du  Recueil 
héraldique ,  12  mortiers  et  de  nombreux  canons  pour  tirer 
à  boulets  rouges,  appuyés  de  60  escadrons  et  de  20  ba- 
taillons). 

«  Lundy,  le  4e  du  dit  mois,  dans  le  temps  que  l'Eglise 
devait  remémorer  dans  les  saints  offices  que  le  Saint- 
Esprit  parut  tout  en  feu  dans  la  ville  de  Jérusalem,  il 
commençât  à  faire  un  si  grand  feu  dans  la  ville,  qu'on 
croyait  être  tous  engloutis  dans  une  foudroyante  gresle 
de  bombes,  boulets  rouges,  et  le  tonnerre  du  gros  canon; 
ce  qui  continua  toute  la  nuit  d'une  rage  si  impétueuse 
qu'on  ne  croyait  plus  retrouver  une  maison  ni  église  dans 
son  assiette,  ni  même  un  asile  assé  assuré  pour  la  vie. 

«  Le  mardy,  il  discontinua  fort  peu,  pour  autant  plus 
préparer  sa  colère  pour  les  nuitées...  Le  général  Tserclaes 
commanda  une  sortie  de  la  nuit ,  le  mardy  ,  pour  tenter 
d'empescher  ce  redoutable  élément,  et  il  y  demeura 
beaucoup  de  monde  de  part  et  d'autre,  et  les  Liégeois 
soutinrent  assez  vigoureusement  :  mais  les  François  redou- 
blèrent un  feu  si  dévorant  sur  la  ville  qu'il  n'était  pas  à 
comparer  à  un  feu  de  la  terre,  mais  il  paraissait  sortir  d'un 
enfer  pour  engloutir  toute  cette  ville  désolée,  et  ce  fut  là 
leur  dernier  effort,  car  un  secours  notable  arrivait  avec 
Monsieur  de  Tilly  en  cavalerie  et  le  comte  de  la  Lippe  en 
infanterie, 


—  431  — 

«  Le  mercredy  de  grand  matin  une  pluie  assista  fort 
à  éteindre  le  feu  de  la  ville,  et  le  dit  secours  à  ralentir  la 
rage  incendiaire  du  marquis  de  Boufflers.  Le  même  jour  la 
ville  estoit  dans  une  telle  consternation  et  désolation  à  la 
vue  d'un  feu  si  dévorant,  que  «les  religieux  et  religieuses 
les  plus  renfermés  ne  se  trouvèrent  plus  assurez  de  leur 
vie  dans  leurs  monastères  et  en  sortirent  tous  pour  trouver 
un  asile  assuré.  Son  Altesse  même  quitta  son  palais  le 
mardy.  » 

(Bouille  nous  montre  le  prince  retiré  à  la  Citadelle 
d'où  il  contemplait  avec  douleur  le  spectacle  de  l'incendie). 

«  Le  mercredy  à  1  heures  après  midy  Monsr  de  Boufflers 
commençât  à  faire  défiler  les  gros  canons  qui  donnaient 
encore  quelques  coups  assé  rarement  jusqu'à  6  h.  au 
soir,  et  commença  à  lever  les  tentes  et  plier  bagages... 
Il  mit  le  feu  à  Jupille,  à  la  Bouverie,  faubourg  assé  proche 
de  Liège,  Chaînée  et  autres  places  circomvoisines  en  se 
retirant... 

«  Si  toutes  les  bombes  avaient  fait  leurs  effets  il  y 
aurait  eu  le  double  de  dommage.  « 

«  Le  4-5  et  6  juin  1691 ,  dit  encore  une  autre  de  nos 
nombreuses  chroniques  manuscrites  (n°  1013,  Univ.)  les 
Français  bombardèrent,  la  ville  dont  une  grande  partie  fut 
réduite  en  cendres,  ayant  jette  3,000  et  cinq  cents  tant 
boulets  que  bombes  clans  notre  pauvre  cité  ;  plusieurs  en 
furent  emportés,  mais  plus  il  y  en  avait  de  ruinés.  » 

Et  l'auteur  d'ajouter  ce  chronogramme  latin,  composé 
à  l'instar  de  ceux  du  prieur  des  Guillemins  : 

LegIa  bVMbarData  a  gaLLIs  qVarta 
qVInta  seXtaqVe  IVnII. 

Puis  cet  autre  en  français  : 
LoVVoIs,  tV  Le  Vols  si  tV  as  IVsteMent  DétrVIt  lIège. 


-   432  - 

«  Plusieurs  maisons,  ajoute  une  autre  chronique  du 
même  genre  (n°  647,  Univ.)  furent  brûlées  avec  l'église 
Sainte-Catherine  et  la  Maison  de  ville.  » 

Celle-ci  en  effet,  spécialement  visée,  n'était  plus  avec 
les  maisons  d'alentour  qu'un  monceau  de  ruines  fumantes; 
le  Pont-d'Ile,  le  Pont-d'Amercœur,  les  remparts  le  long 
de  la  rivière  d'Ourthe,  étaient  mis  hors  d'état  de  servir; 
mais  le  quartier  qui  avait  le  plus  souffert,  était  précisé- 
ment celui  qui  s'étend  du  Marché  à  la  Meuse,  «  où  se 
voient  aujourd'hui  le  long  du  rivage  (la  Goffe),  dit 
I.oyens  en  1720,  toutes  maisons  neuves  qui  nonobstant 
le  bel  aspect  qu'elles  présentent ,  ne  laissent  pas  de  rappeler 
le  triste  souvenir  des  pertes  que  le  peuple  y  a  laites.  » 

Dans  le  moment,  on  voulut  profiter  du  désastre  pour 
élargir  les  rues,  «  mais,  dit  Bouille,  III,  p.  496,  on  ne  put 
trouver  les  fonds  nécessaires  pour  exécuter  ce  dessein  ; 
en  sorte  qu'il  n'y  eut  que  très-peu  de  rues  où  l'on  fit 
quelque  changement.  » 

La  cité  qui  malheureusement  se  trouvait  toujours  sur  le 
grand  chemin  de  la  guerre,  était  épuisée  par  les  frais  du 
logement  qu'il  lui  fallait  procurer  aux  troupes  de  passage  ; 
pendant  le  cours  des  années  suivantes,  elle  ne  put  que 
réparer  quelques  fontaines  publiques.  Il  fallut,  longtemps 
après,  la  conclusion  de  la  paix  d'Utrecht  pour  lui  per- 
mettre de  songer  à  reconstruire  une  Maison  de  ville. 


IV 


L'Hôtel  de  ville,  1714.  — La  Révolution,  1789-1794. 


Une  de  nos  chroniques  dites  vulgaires,  le  manuscrit 
n°  993  de  l'Université,  pp.  536  et  537,  nous  raconte  ces 
faits,  à  l'année  1714,  soit  plus  de  vingt  ans  après  l'incendie  : 
«  Le  14  d'aoust,  veille  de  l'Assomption  de  la  Vierge,  on  mit 
la  première  pierre  pour  bâtir  la  nouvelle  Maison  de  ville. 
Ce  fut  le  grand  doyen  (de  Sélys)  qui  fit  la  cérémonie  au 
nom  de  notre  Prince  Son  Altesse  Electorale. 

»  Le  cortège  se  fit  de  sa  maison  par  la  place  Verde,  vers 
le  Palais,  devant  les  FF.  mineurs  et  droit  au  Marché.  Il 
estoit  précédé  des  Bourgmestres,  quelques  Chanoines  de  la 
Cathédrale,  des  vieux  Bourgmestres,  Messieurs  de  l'Etat, 
de  la  Chambre  impériale,  et  suivis  de  la  bourgeoisie 
marchant  par  compagnie  avec  eslendards  deploijés,  tam- 
bours battants,  trompettes  et  timbales. 

»  Il  y  avait  au  Marché  trois  grands  eschaffaux  avec  des 
tonneaux  de  poix  allumés.  On  tira  quantité  de  boëtes, 
n'ayant  pu  tirer  le  canon,  à  raison  que  les  Hollandais 
estoient  encore  sur  la  citadelle. 

»  Les  conseillers  et  les  commissaires  estoient  assis  sur 


—  434  — 

la  place  du  bâtiment  et  le  tout  se  termina  en  bon  ordre 
vers  les  2  heures  après-midy  ». 

Ajoutons  à  ce  court  récit  une  phrase  inédite  du  ms. 
Abry-Loyens  (à  M.  V.  Henaux)  :  «  La  cérémonie  achevée, 
le  cortège  reprit  sa  route  vers  la  maison  du  Grand-Doyen 
qui  par  sa  générosité  naturelle  voulut  taire  honneur  à  son 
Prince  qui  l'avoit  député  en  sa  place.  Aussi  donna-t-il  le 
vin  à  tous  les  corps  de  la  ville,  y  joins  diverses  personnes 
de  caractère  de  la  Cathédrale,  qui  l'avoient  accompagné  en 
cette  cérémonie  ». 

Afin  d'agrandir  et  d'isoler  le  monument ,  on  avait 
exproprié  les  maisons  voisines,  celle  de  la  Baleine,  la 
Folie,  du  Cornet,  des  Trois  Roses,  la  Roulette,  la  Lampe, 
le  Pot-d'Etain;  quatre  des  maisons  delà  rue  de  l'Epée,  qui 
gênaient  les  abords,  furent  comprises,  avec  la  Halle  en 
ruine,  dans  les  travaux  de  démolition.  Pendant  la  construc- 
tion, le  Conseil  avait  tenu  ses  séances  dans  une  maison 
louée  à  cet  effet  provisoirement. 

Malgré  l'intérêt  qu'elle  présente,  l'histoire  du  nouvel 
édifice  communal  sollicite  moins  la  curiosité  de  l'antiquaire, 
à  cause  de  l'abondance  même  des  documents,  qui  sont 
pour  la  plupart  directement  à  la  disposition  du  lecteur. 

Les  Délices  du  pays  de  Liège  (I,  1,  p.  244),  donnent  une 
description  détaillée  tant  de  l'intérieur  que  de  l'extérieur 
de  la  Maison  du  Magistrat.  La  suite  des  salles,  dont  trois 
ornées  de  tapisseries  de  la  plus  fine  haute-lisse ,  une  autre 
tendue  de  damas  et  de  moire,  la  grande  salle  en  carré  long 
etornée  de  pilastres;la  bibliothèque  et  la  chapelle,  le  détail 
des  cheminées  artistiques ,  des  boiseries,  sans  oublier  les 
sculptures  et  tableaux  de  Riga,  Jupin,  Smithsen,  Deloie, 
Counet ,  ou  Fisen ,  composant  un  Musée  complet  faisant 
corps  avec  l'édifice,  tout  concourt  à  présenter  à  l'esprit 
l'image  de  quelque  château  public  mettant  à  la  disposition 
de  tous  son  luxe  seigneurial.   Sans  doute   si,    après  un 


—  435  — 

long  usage,  l'édifice  avec  sa  façade  de  briques  rouges  et  de 
pierres  de  taille ,  se  trouvait  restauré  exactement  tel  que 
nos  pères  l'ont  achevé,  il  serait  encore  digne  de  la  cité 
agrandie  et  embellie  par  la  bourgeoisie  d'aujourd'hui. 

Veut-on  connaître  le  prix  total  ou  détaillé  de  la  construc- 
tion complète  de  l'Hôlel  de  ville  ?  Les  extraits  des  comptes 
communaux  de  1643  à  1793,  publiés  par  M.  S.  Bormans 
dans  le  Bulletin  de  l'Institut  archéologique  liégeois  (vol.  7), 
sont  destinés  à  faciliter  singulièrement  les  recherches  du 
lecteur  curieux. 

Nous  parlions  de  la  chapelle,  disons  plutôt,  d'après 
Saumery,  que  c'était  un  autel  pratiqué  entre  les  fenêtres 
dans  l'épaisseur  du  mur ,  clos  par  une  porte  à  coulisse, 
orné  d'un  tableau  de  Plumier,  l'Assomption,  et  d'un  grand 
crucifix  d'argent,  chef-d'œuvre  de  Brûle.  Il  servait  lors  des 
funérailles  publiques  des  magistrats  communaux  ou  con- 
seillers décédés  pendant  le  cours  de  leur  mandat.  Notons 
cet  incident  relaté  dans  le  registre  aux  recès,  à  la  date  du 
23  mai  1755  : 

«  Sur  l'ordre  du  Conseil,  une  messe  ayant  été  chantée  à 
l'intention  de  feu  le  conseiller  Delvaux,  le  grand  curé  de 
Sl-André  protesta  contre  la  violation  des  droits  de  son 
église  paroissiale.  » 

Au  XVIIIe  siècle,  suivant  les  données  qu'on  peut  retrouver 
une  à  une  en  parcourant  les  minutes  des  recès,  les  offices 
intérieurs  de  la  Maison  communale  s'étaient  modifiés  ou 
multipliés ,  bien  qu'ils  n'occupassent  pas  encore  les  salles 
d'apparat.  Les  maîtres  avaient  dix  secrétaires  ou  commis, 
un  sous-greffier  gardait  les  archives;  un  huissier-cham- 
bellan, couvert  du  manteau  rouge  de  la  Cité,  surveillait 
l'antichambre  ;  de  plus  ,  deux  suisses -gardes  ,  portant 
l'uniforme  brun  et  rouge  et  l'épée  à  poignée  d'argent, 
faisaient  leur  service  quotidien.  Des  banderoles,  avec  la 
plaque  de  cuivre  marquée  au  perron,  étaient  données  aux 


-  436  - 

commis  et  percepteurs  en  tournée.  Le  rentier  de  la  Cité 
portait  aussi  le  titre  de  receveur-général,  et,  d'ordi- 
naire, on  le  continuait  dans  ses  fonctions  de  trois  ans  en 
trois  ans.  Citons,  relativement  aux  conseillers,  le  résumé 
d'un  recès  où  il  s'agit  tant  de  certaines  de  leurs  fonctions 
venues  des  anciens  jurés  que  de  l'emblème  de  la  puissance 
magistrale  :  le  30  janvier  1750,  le  Conseil,  prenant  en 
considération  que  les  clés  de  fer  dont  les  conseillers  sont 
munis  pour  procéder  à  l'audition  des  témoins  dans  les 
enquêtes ,  «  n'ont  aucune  figure  des  clés  de  la  Cité , 
ordonne  la  fabrication  d'autres  clés  sur  le  modèle  ap- 
prouvé. i>  On  sait  que  les  maîtres  recevaient  des  clefs 
d'argent,  symbole  de  leurs  pouvoirs  sur  la  Fermeté  de  la 
ville  et  les  maisons. 

Quant  à  la  bibliothèque,  elle  était  conservée  par  un 
garde-livre ,  aidé  d'un  garçon  de  boutique.  Si  la  police  des 
«  aubains,  débiteurs,  criminels  et  des  séditieux  »  était 
faite  d'ordinaire  par  les  varlets  des  bourgmestres  ,  les  six 
anciens  archers  subsistaient  encore ,  commandés  par  un 
officier.  C'était  même  à  un  de  ces  archers  —  agents  de 
la  police ,  —  qu'incombait  la  surveillance  du  Marché , 
dans  une  guérite  sur  pivot. 

Sans  vouloir  refaire  l'histoire  de  la  Maison  de  la  Cité,  à 
cette  époque  rapprochée  de  nous,  nous  rappellerons 
cependant  l'affectation  momentanée  d'une  ou  de  plusieurs 
salles  à  des  séances  spéciales:  celles,  par  exemple,  du 
physicien  Villette  y  faisant  des  démonstrations;  voire 
même  celles  du  marchand-apothicaire  De  Saive,  communi- 
quant publiquement  la  composition  de  sa  thériaque.  Si 
les  mœurs  plus  simples  du  temps  expliquent  ces  faits, 
il  en  est  d'autres  d'un  ordre  plus  sérieux.  C'est  dans  les 
salles  de  l'Hôtel  de  ville  qu'a  pris  naissance  notre  Académie 
des  beaux-arts,  par  l'enseignement  public  du  dessin  d'après 
le  modèle  vivant,  les  gravures  dans  le  genre  du  crayon 


—  437  — 

de  Gilles  Demarteau  et  d'après  des  plâtres  venus  d'Anvers, 
comme  par  l'enseignement  de  l'architecture. 

Dans   l'énumération  des  détails  descriptifs  fournis  par 
nos  documents  liégeois,  on  peut  citer,  à  titre  de  curiosité 
littéraire,  certaine  pièce  des  Musae  Leodienses  (MDCCLX, 
p.  69),  où  des  rhétoriciens  du  collège  des  Jésuites-en-Ile 
célèbrent,  en  vers  latins,  les  beautés  qui  distinguent  nos 
édifices  publics,  notamment  celles  de  l'Hôtel  de  ville,  de 
la  Basilica  Consilii  civilis;  on  y  retrouve  la  paraphrase,  en 
termes  repris  aux  poètes  anciens,   de   l'œuvre  sculptée 
ornant  la  cheminée  de  la  salle  haute ,  une  allégorie  de  la 
Justice;  plus  loin,  la  Paix,  sujet  d'une  tapisserie  à  l'ai- 
guille, dans  une  chambre  basse,  offre  ample  matière  aux 
centons  du  compositeur  J.  N.  H.  Bourdon,  Leodiusrhetor, 
qui  éclairait  heureusement  ses  propres  allégories  latines  par 
des  notes  françaises. 

A  l'occasion  des  ornements  en  relief,  nous  donnerons 
nous-mêmes  la  clé  d'une  allégorie  à  la  mode  du  temps,  qui 
orne  encore  aujourd'hui  le  haut  de  la  cheminée    de   la 
salle  servant  d'antichambre  aux  huissiers  du  Collège.  Au 
lieu  de  la  masquer  par  un  tableau  moderne,  il  conviendrait 
sans  doute  de  restaurer  cette  œuvre  historique ,  qui  est  due 
probablement  à  la  main  de  Franck  (1778),  mais  dont  la 
composition  vient   de   plus   loin.    Celle-ci  a  été   d'abord 
dessinée  par  Cochin  et  gravée,  en  1771,  à  Paris,  par  Gilles 
Demarteau  ;  elle  représente  la  France  accueillant  la  ville  de 
Liège,   et  fut  laite  à  propos  de  la  suppression  du  droit 
d'aubaine  en  faveur  des  Liégeois  en  1769.  Ces  droits  féodaux 
sur  la  succession  des  étrangers  furent,  on  le  sait,  géné- 
ralement abolis  au  XVIIIe  siècle  ;  et  Liège  dût  le  traité  inter- 
venu à  son  avantage,  tant  au  roi  qu'à  De  Heusy,  membre 
du  conseil  privé,  envoyé  de  Son  Altesse  à  Paris. 

Le  graveur ,  resté  liégeois  à  Paris  ,  a  placé  en-dessous 
de  son  estampe  ce  quatrain  wallon  qui  décrit  bien  l'image  : 


—  438  — 

Sech'  è  t'hô,  binameie  France, 
Les  degn'  èfans  qui  s'rafi  aient 
Di  mostrer  tôt'  leur  riknohance 
A  bon  Louis  po  l'bon  Lambiet. 

On  peut  aisément  passer  de  la  poésie  des  Musae 
Leodienses  à  la  prose  administrative  en  donnant  le  résultat 
d'une  visite  inscrite  au  registre  des  capitations  de  4736  : 
au  rez  de  chaussée  de  la  maison  communale  habitait 
J.  Mélotte,  cabaretier,  et  El.  Braibant,  sa  femme;  L. 
Collard,  horloger;  M.  Dodémont,  clerc  du  grand  greffe,  et 
J.  A.  Goclers  avec  sa  témme,  en  même  temps  que  F. 
Humblet,  cafetier,  et  sa  femme;  G.  Ghysen,  enfin  J.  Denoël, 
garde-suisse. 

L'abondance  des  documents  graphiques  représentant 
l'Hôtel  de  ville  rend  inutile  ici  toute  reproduction  de  ce 
genre.  Sans  parler  du  grand  nombre  des  estampes  mo- 
dernes, nous  avons  du  siècle  dernier  une  représentation 
de  la  Maison  du  Magistrat  sur  la  médaille  de  grand  module 
frappée  lors  de  l'inauguration  du  monument;  les  dix 
planches  du  graveur  Guil.  Du  Vivier  reproduisent  celui-là 
sous  toutes  ses  faces,  architecturalement;  l'Hôtel  a  même 
été  souvent  dessiné  au  XVIIIe  siècle,  par  les  auteurs  des 
projets  d'illumination  et  de  décorations  ordonnées  à  certains 
jours  de  fêtes  :  tel,  par  exemple,  un  joli  dessin  colorié 
du  baumester  Dignef,  pour  l'inauguration  du  prince- 
évêque  d'Oultremont,  le  11  juin  1764.  Sauf  les  modifications 
apportées  au  balcon  et  au  fronton  qui  a  perdu  ses  figures 
allégoriques,  et  les  notables  injures  du  temps,  nous  avons 
encore  devant  nous  l'Hôtel  de  ville,  tel  qu'alors  on  l'a 
construit  et  appelé,  le  nom  de  La  Violette  étant  peu  à  peu 
tombé  en  désuétude.  Peut-être  un  jour  le  rendra-t-on 
officiellement  au  monument  restauré,  en  souvenir  des 
anciens  temps  où  sous  plusieurs  formes  successives 
et  toujours  à  la  même  place,  il  a  présidé  aux  destinées 


-  439  - 

communales.  Matériellement,  pour  nous  l'histoire  de  la 
Violette  est  finie  quand  s'élève  l'Hôtel  de  ville  de  1714. 

Cependant,  si  les  hasards  courus  lors  d'un  bombarde- 
ment font  momentanément  disparaître  l'édifice,  l'histoire 
communale  poursuit  logiquement  son  cours. 

Organisation  puissante  de  la  première  bourgeoisie,  des- 
truction de  la  commune  et  de  la  Cité  par  la  maison  de 
Bourgogne ,  longue  période  princière  marquée  par  l'atonie 
ou  les  mouvements  intermittents  d'une  démocratie  qui  va 
jusqu'à  l'extrême,  échec  de  la  lutte  révolutionnaire  sou- 
tenue par  les  Grignoux,  coup  d'état  de  Maximilien  de 
Bavière  confisquant  les  anciennes  franchises,  telles  sont 
les  étapes  successivement  parcourues  avant  d'arriver  au 
terme  naturel  de  l'histoire  ancienne  de  la  commune  lié- 
geoise :  1789-1794. 

Le  système  de  compression,  organisé  et  maintenu  parles 
princes  de  Bavière  et  leurs  successeurs,  sous  les  cons- 
tantes menaces  d'une  citadelle  et  d'une  exécution  impériale, 
est  entamé  le  17  août  1789,  le  peuple  criant:  à  bas  le 
règlement  de  1684!  îl  avait  bonne  mémoire,  et  pour  cause. 

Une  révolution  éclate  dont  les  premiers  efforts  ne  pou- 
vaient manquer  de  se  fondre  et  se  perdre  dans  le  grand 
courant  de  la  révolution  française:  et  tels  furent  ensuite 
les  changements  apportés  aux  constitutions  de  l'ancienne 
Europe  monarchique ,  que  tout  espoir  fut  perdu  à  jamais 
de  voir  suivre  d'une  restauration  le  renversement  de  la 
principauté  ecclésiastique. 

L'abolition  des  privilèges  de  la  noblesse  et  du  clergé,  la 
liberté  religieuse ,  l'affranchissement  professionel ,  l'égalité 
vis-à-vis  de  l'impôt  et  des  fonctions  publiques,  la  repré- 
sentation politique  du  peuple  des  campagnes  ou  Plat  pays, 
procèdent  de  principes  inconnus  de  l'ancienne  Cité. 

Après  avoir  été  supprimée,  ainsi  reparaissait  la  liberté 
d'autrefois  se  conformant  aux  idées  comme  aux  besoins  du 


—  440  — 

temps  présent.  Le  changement  complet  apporté  à  la  con- 
dition sociale  de  la  bourgeoisie  eut  pour  effet  d'établir 
finalement  et  non  sans  qu'il  en  ait  coûté  d'ailleurs  de 
douloureux  sacrifices,  une  égalité  civile  et  politique  qui 
prépara  la  prédominance  du  tiers-état. 

Dans  une  monographie  où  sont  groupés,  autour  du  prin- 
cipal monument  communal,  des  faits  divers  qui  s'expliquent 
par  l'histoire  générale  et  aussi  expliquent  celle-ci  sur  place, 
il  peut  paraître  intéressant  de  relever  dans  des  registres 
publics,  comme  ceux  qui  contiennent  les  recès,  les  inci- 
dents qui  préparent  une  situation  nouvelle.  On  voit,  par 
exemple,  s'annoncer  la  révolution  du  17  août  1789  dans 
l'administration  intérieure  de  l'Hôtel  de  ville ,  qu'il  s'agisse 
soit  de  sa  bibliothèque  publique,  soit  de  sa  chapelle,  ou 
des  armoiries  qui  l'ornaient. 

Après  une  première  délibération  restreignant  l'entrée  de 
la  bibliothèque  à  «  MM.  les  ecclésiastiques,  les  avocats, 
les  ouvriers  es  arts  ou  toutes  autres  gens  de  mise  » ,  on 
voit,  au  31  décembre  175G,  le  Conseil  ordonner  au  sieur 
Kints,  bibliothécaire  (l'éditeur  des  Délices  du  pays  de  Liège) 
de  déposer  à  la  bibliothèque  et  de  porter  au  catalogue  les 
8  volumes  des  ouvrages  encyclopédiques  présentés  par  le 
sieur  Rousseau.  Le  rentier  est  avisé  d'avoir  à  payer  au  dit 
Rousseau,  auteur  du  Journal  encyclopédique,  la  somme  de 
40  écus  en  acquit  d'une  souscription  de  4  exemplaires  à 
adresser  au  grand  greffe  tous  les  15  jours.  Deux  ans  après, 
le  4  janvier  1758,  le  Conseil  révoque  l'abonnement.  Le  4 
septembre  1769,  le  Conseil  achète  pour  1200  florins  l'en- 
cyclopédie en  23  volumes,  et,  fluctuation  nouvelle  de 
l'opinion,  il  revient  le  18  sur  sa  décision  et  achète  d'autres 
livres,  dont  la  théologie  de  Billuart.  Finalement,  le  Diction- 
naire encyclopédique  est  acheté,  mais  défense  est  faite  au 
bibliothécaire  de  la  Ville  de  le  communiquer  —  aux  jeunes 
gens  qui  le  demanderaient. 


-   4il    - 

Autre  signe  du  temps  :  le  Conseil  ordonne,  le  26  sep- 
tembre 1735,  au  syndic  de  la  Cité  de  demander  au  Chapitre 
de  Saint-Lambert  de  recouper  et  tailler  en  demi  cercle  les 
fameux  degrés  des  cloîtres  aboutissant  au  Marché,  parce 
qu'ils  sont  «  incommodes  et  font  mauvaise  figure.  » 

A  la  date  du  21  août  177C,  on  entend  le  Conseil  voter 
15  florins  à  la  veuve  Drion  pour  avoir  «  reblanchi  et  burni  » 
le  Christ  et  l'argenterie  de  l'Hôtel  de  ville.  Le  24  avril 
1793,  il  fait,  accorder  50  fl.  en  prime  à  l'huissier  Crahay,  qui 
a  conservé  l'argenterie  de  l'Hôtel  de  ville  pendant  la 
«  dernière  révolution  >>... 

Déjà  au  20  juin  1768,  le  Conseil  prend  en  considération 
la  dépense  et  l'encombrement  qui  résulte  pour  la  Cité  et 
l'Hôtel  de  ville  de  l'accumulation  des  blasons  des  bourg- 
mestres; on  en  faisait  sculpter  et  peindre  chaque  année, 
cela  ne  produit  plus  bon  effet:  il  ordonne  que  les  armoiries 
des  bourgmestres,  à  partir  de  1720,  seront  peintes  dans  un 
volume  en  parchemin.  Le  24  août ,  le  Conseil  déclare  que, 
par  économie,  il  ne  fera  plus  placer  les  armes  des  bourg- 
mestres même  clans  le  vestibule  de  l'Hôtel  de  ville. 

Puis ,  le  registre  aux  recès  se  termine  comme  finissent 
des  mémoires  personnels  :  la  fin  manque  et  la  page  blanche 
en  dit  assez  :  l'écrivain  a  disparu. 

Citons,  pour  finir  par  un  fait  important,  une  délibéra- 
tion antérieure,  du  18  août  1789  ,  à  8  heures  du  matin  ; 
elle  nous  montre  la  révolution  qui  débuta  en  France 
par  la  convocation  des  États  Généraux  ,  commençant  à 
Liège  par  la  convocation  des  États:  «  Son  Altesse  s' étant 
décidée  à  convoquer  les  États  (Clergé,  Noblesse ,  État- 
Tiers),  le  Conseil  s'adresse  à  elle  pour  lui  demander 
d'autoriser  une  réunion  préalable  des  16  Chambres  des 
métiers ,  afin  que  la  généralité  du  peuple  soit  consultée  sur 
les  projets  principaux  à  formuler  en  vue  du  bien  de 
tous ,  et  pour  trouver  l'occasion  de  donner  les  instructions 

30 


—  442  — 

utiles  aux  bourgmestres  qui  vont  présider  à  l'assemblée 
et  représenter  le  peuple  liégeois  ». 

C'est  un  appel  à  l'ancienne  souveraineté  populaire,  et 
l'on  sait  la  suite  :  bientôt  le  prince  est  banni  et  la  prin- 
cipauté ecclésiastique  a  vécu. 

Bien  d'autres  édifices  politiques  s'écroulèrent  en  même 
temps.  A  ne  rechercher  que  la  fin  des  constitutions 
pareilles  à  la.  nôtre,  la  liste  de  ces  principautés  archi- 
épiscopales ou  épiscopales  établies  sur  le  modèle  de 
la  monarchie  papale  ,  de  la  fin  du  moyen-âge  jusqu'à  la 
période  contemporaine,  constitue  un  long  nécrologe. 

Coire  entre  en  1419  dans  la  ligue  Caddée,  une  des  trois 
des  Grisons,  et  s'affranchit  de  la  souveraineté  épiscopale. 
A  Genève,   l'épiscopat   est,   au  commencement  du  XVIe 
siècle,  remplacé  par  une  république,  et  le  mouvement  de 
la  Réforme  entraîne  Lausanne.  Hildesheim  est  sécularisé 
partiellement  en  4523  ,  et  plus  tard  ,  en  1801 ,  le  traité  de 
Lunéville  cède  le  reste  clu  territoire  à  la  Prusse.  Lubeck, 
en  1530,  Mersebourg  vers  1561,  Verdun   en  1033,  Brème, 
Halberstadt,   Minden,    Ratzebourg,    Magdebourg,   en  la 
même  année   1648,   voient  tomber  la    puissance  tempo- 
relle  ecclésiastique.  Le    traité  de   Niinègue  attribue  à  la 
France,  en  1769,  l'archiépiscopat  de  Besançon  ;  celui  de 
Mayence  est  incorporé  à   la  France   en  1795   et  celui  de 
Trêves   était   devenu   français    l'année   précédente.    Ulté- 
rieurement,  les  années   1801,  1803  constituent   les  dates 
fatales  des  évêchés  et  archevêchés  politiques   de  Wurtz- 
bourg   en  1801,    de   Râle   donné   à  la    France    en    1801 
comme  aussi  Spire  ou  Cologne  ;  d'Augsbourg ,  sécularisé 
en  1802  et  rattaché  à  la  Ravière,  de  Bamberg,  de  P.rixen 
dans    le   Tyrol  ,     de    Freising   (Ravière),    d'Osnabruck, 
de  Paderborn  (Prusse),  de  Passau  (Bavière  et  Ëlectorat  de 
Salzbourg  )  ;  Trente  est   sécularisée  en  1802  et   l'abbaye 
de    Fulda,    érigée    en   principauté  épiscopale  en  1752, 


-  443  — 

perd    ses    droits   politiques    à     une    date     rapprochée , 
en  1803. 

En  somme,  les  principautés  ecclésiastiques  d'Alle- 
magne ont  disparu  ,  les  unes  à  l'époque  de  la  réfor- 
mation religieuse  au  XVIe  siècle ,  les  autres  après  les 
victoires  de  la  république  française,  à  la  suite  des  traités 
de  Campo-Formio  du  17  octobre  1797  et  de  Lunéville  du 
9  février  1801  prescrivant  des  indemnités  par  la  voie 
des  sécularisations,  en  laveur  de  l'empereur  et  des  états 
d'empire,  et  en  compensation  des  cessions  territoriales 
faites  à  la  France. 

Des  trois  principautés  épiscopales  enclavées  dans  les 
Pays-Bas ,  Liège  survécut  de  beaucoup  à  Utrecht  et 
à  Cambrai,  occupées  par  l'Espagne  elle-même  dès  le 
XVIe  siècle.  L'État  ecclésiastique  liégeois  avait  vécu  de 
longs  siècles,  préservé  toujours  par  son  caractère,  alors 
même  qu'il  était  mal  défendu  par  sa  politique  :  ne  lui 
vit-on  pas  conserver  soigneusement  sa  forme  générale  de 
gouvernement  par  un  prince  détruisant  systématique- 
ment la  Cité  ?  Après  quelque  mille  ans  d'existence  passés 
non  sans  être  marqués  de  jours  de  gloire  ou  d'honneur, 
la  principauté  liégeoise  et  le  pouvoir  temporel  ecclésias- 
tique succombèrent  emportés  par  la  révolution  intérieure 
et  extérieure  ,  disparaissant  dans  le  mouvement  d'opinion  le 
plus  puissant  en  Europe  depuis  la  Réforme  ;  et  le  pays, 
qui  devait  subir  la  loi  d'une  transformation  générale  ,  sortit 
d'un  isolement  qui  commençait  à  ses  frontières  resserrées, 
pour  être  restitué  finalement,  aveC  les  provinces  belges,  à 
l'Europe  contemporaine. 

Des  anciennes  institutions  politiques,  seule  la  commune, 
unité  première  de  notre  établissement,  a  survécu.  L'his- 
toire même  de  l'édifice  semble  constater  la  persistance 
d'une  puissance  nécessaire  ;  l'histoire  générale  est-elle 
ainsi  traduite ,  dès  lors  on  le  peut  remarquer  :  le  palais 


_  ui  — 

des  princes  est  devenu  le  palais  de  justice;  Saint-Lambert, 
l'antique  cathédrale,  emportant  bien  des  regrets,  a  disparu 
«  égalisée  au  sol  »  et  le  passé  se  résume  dans  les  vers  de 
Simonon  : 

Li  veïe  cloke  est  fondowe, 
Li  tour  est  abattowe 
Et  ses  ruen'  ont  péri  ! 

Quant  à  la  maison  du  Détroit,  celle  des  échevins  sei- 
gneuriaux, elle  a  fini  sous  l'enseigne  du  Moulin-à-vent, 
habitée  par  un  tailleur,  et  démolie  en  4841. 

La  Maison  communale,  l'Hôtel  de  ville,  dont  le  droit 
administratif  ininterrompu  a  été  renouvelé  par  la  loi  de 
4836,  se  montre  seul  des  monuments  du  passé,  fidèle 
encore  à  sa  première  destination. 


V 


Le  perron  ;  origines  de  l'emblème  ;  histoire  du  perron 
monument  liégeois;  restitution  archéologique  sui- 
vant le  manuscrit  de  Warfusée. 

L'histoire  de  la  Maison  communale  liégeoise  serait 
incomplète,  s'il  n'était  fait  mention  du  perron. 

Dès  une  époque  très-reculée,  un  perron  monumental  se 
dressa  au  milieu  du  Marché,  vis-à-vis  tant  du  Détroit  des 
échevins  que  de  la  Halle  et  de  la  Violette. 

C'était  au  pied  de  cette  colonne  de  pierre  qu'avait  lieu, 
en  des  circonstances  importantes  de  la  vie  civile,  la  pro- 
mulgation des  actes. dite  Cry  dû  Perron. 

Le  perron  étanl  devenu  le  symbole  des  franchises  de  la 
Cité,  la  Violette  le  choisit  pour  emblème  politique.  Les 
communes  du  pays  liégeois  en  firent  autant  :  partout  où 
furent  proclamées  les  libertés  communales,  on  retrouve  le 
perron  ,  cette  marque  d'affranchissement  qui  équivaut  en 
Allemagne  an  Roland  ou  chevalier  monté. 

Quelle  que  soit  son  origine,  et  elle  est  lointaine ,  le  perron 
acquiert ,  pour  la  population  liégeoise,  toute  son  impor- 
tance à  partir  de  ce  temps  (1303)  où  il  devient  le  symbole 
incontesté  des  franchises  municipales.  Les  lettres  et 
ordonnances  de  l'ancienne  Cité  sont  toutes  scellées  à  son 


—  m  — 

effigie  ;  une  copie  officielle  se  termine  invariablement 
par  les  mots  locus  Peronis ,  place  du  sceau.  On  retrouve 
cette  marque  sur  tous  les  monuments  du  passé  comme 
au  milieu  du  fronton  de  la  Violette.  Elle  servait  d'appui 
aux  armes  des  deux  bourgmestres,  et  le  personnel  au  ser- 
vice de  la  Ville  exerçait  son  office  au  nom  de  ce  perron  dont 
il  portait  publiquement  la  marque.  Aujourd'hui ,  comme 
autrefois,  le  Liégeois  reconnaît  en  lui  la  signature  nationale. 

Quant  à  l'origine  même  de  notre  perron ,  après  nombre 
d'archéologues,  il  vaut  encore  la  peine,  semble-t-il,  de  la 
rechercher  dans  le  cours  de  l'histoire. 

Le  mot  de  perron ,  qui  vient  du  bas  latin  petro7ius , 
forme  augmentative  de  petra ,  signifie  grosse  pierre  ou 
amoncellement  de  pierres,  arrangées  ensuite  par  l'archi- 
tecture de  façon  à  former  une  base ,  en  général  des 
marches  aboutissant  à  une  plate-forme  :  il  y  à  le  perron 
carré ,  dont  les  marches  sont  d'équerre ,  cintré  ou  circu- 
laire, à  pans  coupés,  ou  double  c'est-à-dire  à  deux 
rampes. 

Mais  l'histoire  du  mot  ne  s'arrête  pas  sur  les  marches  de 
cette  sorte  d'escalier;  le  sens  du  vocable  est  étendu  à  un 
monument  particulier  qui  s'élève  sur  cette  base  première. 

Le  perron  isolé  et  monumental  ,  comme  aussi  le  perron 
en  effigie,  se  compose  essentiellement  de  trois  parties  dis- 
tinctes :  une  base  ou  des  degrés  assemblés  en  palier  ;  sur 
celui-ci,  une  colonne;  finalement,  un  emblème. 

A  ne  tenir  compte  que  de  ce  dernier  élément,  de  la 
croix  qui  surmonte  la  pomme  de  pin  terminale  du  perron 
liégeois ,  tel  de  nos  archéologues  n'a  vu  dans  le  monument 
qu'une  croix  de  mission,  un  calvaire  (V.  Revue  de  la  numis- 
matique belge,  t.  I  et  III);  tel  autre  une  croix  simplement 
haussée  (V.  Bullet.  de  l'Inst.  arch.  liégeois,  XVIII),  ou 
bien  tels  encore  une  croix  de  liberté,  indiquant  le  centre 
ou  une  limite. 


—  447  — 

Il  s'agit,  dans  l'ensemble,  d'un  antique  monument  ou 
emblème,  que  l'on  retrouve  en  nos  pays  aux  premiers 
temps  du  moyen  âge.  C'esl  sur  les  monnaies  qu'on  observe 
les  plus  anciennes  représentai  ions.  Certaine  piécette  du 
milieu  du  XIIe  siècle,  est  frappée  au  perron  croisé  ;  un  denier 
carlovingien  présente  la  même  empreinte.  On  la  retrouve 
même,  dit-on,  sur  des  monnaies  précédant  immédiatement 
l'ère  des  Carlo vingiens.  A  reculer  jusque  là,  l'observateur 
est  implicitement  invité  à  chercher  plus  haut,  les  Francs 
peuple  nouveau  ,  ayant  généralement  utilisé  les  formes  de 
la  civilisation  antérieure. 

Déjà  notre  ancien  chanoine  Van  den  Berch,  dans  un  de 
ses  manuscrits  déposé  aux  Archives,  fait  cette  remarque 
«  que  le  Pinron,  armes  de  Liège,  est  aussi  une  des  armes 
d'un  des  cantons  de  Rome.»  Il  entend  par  canton  un  Rione 
ou  quartier;  et  nous  savons  que  la  distribution  des  quatorze 
Rioni  est  basée  sur  celle  des  quatorze  régions,  dites 
Augustales,  parce  que  celle-là  fut  organisée  par  Auguste. 

Au  Forum  romain  ,  des  fouilles  ,  partielles  encore  ,  déga- 
gèrent incomplètement ,  en  1813,  une  colonne  dressée, 
et  celle-ci,  suivant  une  inscription  ,  avait  porté,  sur  l'ini- 
tiative de  l'exarque  Smaragdus,  la  statue  de  l'empereur 
Phocas,  dédiée  en  G08.  Sur  quoi  reposait  la  colonne? 
Aujourd'hui  que  le  sol  même  du  Forum  a  été  mis  au  jour 
en  suite  des  travaux  systématiquement  entrepris  depuis 
1870  par  le  gouvernement  italien,  on  voit  la  colonne,  d'ordre 
corinthien,  posée  sur  un  palier  carré  qui  domine  les  cinq 
marches  d'un  escalier  monumental.  Tout  juste  comme  on 
voit  le  nôtre  en  plein  Marché  ,  ce  perron  romain  occupe  le 
milieu  de  la  place  la  plus  célèbre  du  monde. 

C'était  bien  un  monument  honorifique  que  le  perron  dit 
de  Phocas,  et  le  perron  liégeois  parail  bien  être  une 
colonne  honorifique  aussi ,  suivant  son  prototype. 

Cette   colonne  romaine,   symbole  de  la  force,  et  qui, 


-  448  — 

haussée  sur  des  degrés,  était  à  même,  comme  elle  le  fit, 
de  porter  vers  les  nues  toute  sorte  d'images,  ne  prêta 
à  Phocas,  le  tyran  de  Byzance,  dont  la  statue  était  une 
insulte  au  forum  de  la  république,  qu'une  gloire  éphémère 
et  imméritée.  Sa  statue  dorée  disparut  bientôt,  enlevée 
par  les  barbares.  Le  lût  même  de  la  colonne  est  d'une 
époque  bien  antérieure;  il  date  du  temps  des  Antonins, 
el  le  dessus  du  chapiteau  porta,  avant  l'image  de  Phocas, 
les-statues  et  les  bustes  d'autres  empereurs  romains  :  la 
colonne  honorifique  durait  plus  qu'eux. 

C'était  toujours  la  même  colonne,  mais,  comme  sur  une 
pièce  de  monnaie  ,  l'effigie  changeait  avec  l'inscription. 

La  colonne  dite  de  Phocas  occupait,  au  Forum,  la  plus 
belle  place  entre  les  deux  basiliques ,"  vrais  palais  de 
justice;  et  elle  n'y  était  d'ailleurs  pas  la  seule  de  son 
espèce  :  les  sept  soubassements  retrouvés  en  face  de  la 
Basilica  Julia  et  marquant  la  limite  sud  de  la  place 
publique,  passent  pour  des  massifs  de  maçonnerie  ayant 
servi  à  l'érection  de  monuments  du  même  genre. 

Que  ce  perron ,  comme  il  s'est  appelé,  se  rencontre  à 
Liège  même,  ce  n'est  point  là  non  plus  un  l'ait  isolé. 
On  l'a  retrouvé  dans  diverses  villes  de  France,  et  même  à 
Paris.  Les  Gallo-Romains,  connue  la  Rome  du  moyen-âge, 
l'ont  imité  de  la  Rome  antique  ;  les  Francs,  qui  volontiers 
empruntaient  en  Occident  les  signes  représentatifs  des 
pouvoirs  romains  ,  auront  adopté  de  même  la  colonne 
romaine. 

L'exercice  de  la  justice,  attribution  du  pouvoir  souve- 
rain, a  surtout  répandu  l'usage  de  la  colonne  honorifique, 
portanl  l'emblème  ou  l'effigie  de  celui  au  nom  de  qui  la 
justice  se  rendait.  La  colonne  perrée  ou  sur  monloirs  est 
devenue  ainsi  un  signe  de  juridiction.  —  Se  soùvient-on  de 
la  légende  de  Tell  ?  Gessler  lit  placer  son  chapeau  de 
gouverneur  au  dessus  d'une  perche  au  milieu  de  la  place 


—  449  — 

publique  d'Altorf.  Une  des  eaux-fortes  les  plus  étudiées  de 
Rembrandt  YEcce  Homo,  montre  Ponce-Pilate  condamnant 
le  Christ  en  face  d'une  colonne  portant  le  buste  d'un  César 
romain.  —  Dans  le  domaine  de  l'histoire  ,  on  connaît  les 
colonnes  Trajane  et  Automne.  D'un  caractère  analogue  sont 
celles  qu'on  a  de  nos  temps  dressées  à  Paris,  à  Stuttgart 
devant  le  Château  neuf,  ou  à  Glascow  place  de  Georges. 
Le  voyageur  liégeois  rencontre  avec  plaisir  son  ancien 
monument  national  dans  le  vieux  perron  élevé  par  l'ar- 
chevêque Heinrich  en  958,  au  milieu  de  la  place  publique 
de  Trêves  qui  sert  de  marché  ;  les  trois  parties  inté- 
grantes y  sont  :  la  base,  une  énorme  pierre  carrée  ;  une 
colonne  gothique,  et  l'emblème,  une  croix  faîtière.  On 
voit  combien  s'était  répandue  cette  tradition  de  la  colonne 
d'honneur  ou  perron  emblématique  :  on  rencontre  celui-ci 
sur  la  place  de  tel  village  russe. 

Il  est  naturel  qu'à  Liège,  au  centre  d'une  principauté 
de  constitution  ecclésiastique ,  on  ait  emprunté  à  la  fois 
à  la  Rome  ancienne  la  colonne  à  degrés  ,  et  à  la  Rome 
nouvelle  le  signe  de  la  religion  chrétienne  affirmant  sa 
victoire  sociale,  la  croix  ,  en  remplacement  des  effigies 
impériales. 

C'est  là  en  effet,  on  l'a  dit,  l'emblème  que  nous  offrent 
les  représentations  les  plus  anciennes  de  notre  perron 
national.  L'ornementation  terminale  de  la  colonne  liégeoise 
varia  avec  le  temps.  Un  renflement  du  chapiteau  a-t-il  pris 
la  forme  d'une  pomme  de  pin?  Celle-ci  vient-elle  d'un 
globe  terrestre?  On  ne  sait.  En  dessous  de  la  pomme 
se  rangèrent  des  personnages,  figurant,  suivant  l'expression 
même  des  anciens  et  naïfs  auteurs ,  des  «  ribauds  »  ou  des 
«paillards  des  deux  sexes  »  ,  que  l'art  de  Delcour  remplaça 
par  les   trois  Grâces. 

Le  perron  garda  sa  croix  faîtière  malgré  la  Révo- 
lution. Menacé  d'abord  comme  «  hors-d'œuvre  et  espèce 


—  450  — 

d'armoiries  »  ,  il  faillit  devenir  un  monument  républicain. 
«  Ne  pourrait-on  pas,  écrit  le  commissaire  Bassenge  à  la 
municipalité,  le  12  thermidor  de  Tan  A"  (Lettre  n°  G02 ,  au 
dépôt  des  Archives  provinciales),  ne  pourrait-on  pas,  en 
entourant  cette  colonne  de  légères  baguettes  de  fer  cuivré, 
lui  donner  la  figure  d'un  superbe  faisceau  qui,  supporté 
par  des  lions,  symbole  de  la  force  ,  représenterait  la  belle 
image  de  la  force  et  de  l'union?  »  Le  Musée  de  l'Institut 
archéologique  liégeois  possède  un  panneau  provenant  du 
palais,  sur  lequel  un  perron  en  relief  a  été  ainsi  trans- 
formé par  la  sculpture  :  au-dessus  du  faisceau,  le  bonnet 
phrygien  porté  par  une  pique  a  remplacé  la  pomme  de  pin 
et  la  croix. 

Laissant  la  question  des  origines  et  l'analyse  du  sym- 
bole, rappelons  l'histoire  du  monument  liégeois,  faite  par 
Loyens  et  Abry. 

L'établissement  de  la  fontaine  principale  du  Marché, 
date,  au  dire  des  annalistes,  de  l'an  942,  quand  Richer  y 
amena  les  eaux  d'une  source  découverte  près  Sl-Servais. 
La  source  tarit  à  la  suite  des  travaux  de  houillères ,  mais 
on  s'avisa  de  profiter  de  ceux-là  pour  recueillir  des  nappes 
d'eaux  souterraines  qui  rendirent  à  la  fontaine  sa  pre- 
mière utilité.  En  1305,  la  Ville  fit  de  celle-là  un  monument 
en  plaçant  au  centre  cette  colonne  sur  degrés  à  pans 
coupés ,  qui  domine  si  bien  une  rangée  de  vasques  cir- 
culaires. Ce  fut  là  le  perron ,  ce  monument  qui  s'associe 
à  toute  notre  histoire  politique.  Le  Recueil  héraldique 
note  avec  soin  les  divers  épisodes  qui  intéressent  son 
existence  : 

«  Le  tout,  dit-il,  commençant  à  se  pacifier  dans  Liège, 
on  n'y  oublia  point  le  magnifique  perron  de  cette  cité, 
transporté  à  Bruges  fan  1467  par  ordre  de  Gharlessur- 
nonimé  le  Hardi,  duc  de  Bourgogne,  qui  s'étoit  fait  un 
honneur  de  l'emporter,  et  de  le  placer  sur  la  place  de 
cette  ville... 


—  451  — 

«  Dès  ce  tems,  sçavoir  1467,  quelques  amateurs  ont  eu 
la  curiosité  de  faire  dessiner  ce  perron  dans  la  même 
forme  qu'il  avoit  pour  lors,  et  comme  cette  pièce  est  des 
plus  belles  et  des  plus  mémorables,  on  a  cru  qu'elle 
méritoit  d'avoir  ici  place.  (Y.  plus  loin,  p.  454.) 

»  Ce  perron,  qui  étoit  des  plus  artistement  faits,  avait 
un  pied  de  diamètre;  au-dessus  étoit  une  balustrade  où  il 
y  avoit  une  pomme  de  pin  surmontée  d'une  croix  ,  autour 
de  laquelle  paroissoient  trois  figures  nues  représentant  des 
paillards  des  deux  sexes,  pour  marquer  la  juridiction 
qu'avoit  pour  lors  le  Magistrat  défaire  punir  par  les  verges 
ceux  qui  l'avoient  mérité.  Ces  verges  que  l'on  y  voioit,  y 
avaient  été  ajoutées  en  1433. 

«  Cette  magnifique  colonne  fut  emportée  le  jour  de 
Stc-Lucie  de  1448,  par  un  vent  impétueux,  et  l'année 
suivante  on  la  rétablit  par  la  figure  d'une  pomme  de  cuivre, 
qui  en  rejoignit  les  deux  pièces  séparées. 

«  Il  est  à  remarquer  que  la  balustrade,  la  croix  et  la 
pomme  de  pin,  avec  les  figures  de  cette  colonne,  étoient 
ci-devant  toutes  de  pierre  et  qu'on  les  transforma  en 
cuivre... 

«  Comme  donc  le  peuple  de  Liège  ne  demanda  rien 
tant  que  de  profiter  de  la  douceur  d'une  paix  conclue  à  la 
mort  de  Charles  le  Hardi ,  les  magistrats  de  ce  tems 
crûrent  que  la  protection  de  Marie  de  Bourgogne,  fille 
du  dit  prince,  leur  étoit  si  nécessaire  dans  une  pareille 
conjoncture,  qu'ils  firent  tout  leur  possible  pour  se  la 
concilier. 

«  Cette  princesse  leur  accorda  en  effet  la  permission  de 
reprendre  leur  perron,  qui  avait  resté  dans  Bruges  l'es- 
pace de  plus  de  dix  ans. 

«  On  députa  pour  ce  sujel  le  maître  Hamal,  les  Boverie, 
les  Moreau  de  Litrenge,  les  Belle-Flamme,  les  Tulca- 
pron,  et  plusieurs  autres ,  qui  formèrent  une  nombreuse 


—  m  — 

cavalcade ,  et  dont  les  descendans  eurent  à  perpétuité 
pour  prix  de  leur  zèle,  la  jouissance  des  droits  et  préro- 
gatives des  trente-deux  bons  métiers  de  la  Cité  ,  droits 
qu'ils  ont  toujours  conservez  jusqu'à  notre  tems. 

«Cette  pompeuse  cavalcade  rentra  dans  Liège  glorieuse 
et  triomphante  au  commencement  de  juin  1478.  Le  Magis- 
trat même,  de  concert  avec  la  généralité  du  peuple,  pour 
rendre  cette  fête  d'autant  plus  éclatante,  ne  négligea 
rien,  et  fit  paraître  une  joie  parfaite  à  la  réception  d'une 
pièce  qui  faisait  l'honneur  de  la  nation  liégeoise. 

«  Ainsi  l'on  s'occupa  d'abord  à  la  replacer  sur  la  fon- 
taine du  Marché  avec  les  vers  suivans,  qui  y  furent  gravez 
en  lettres  d'or  : 

Artibus  Anthenoris  insignem  Carolus  olim 

vastavit  Legiam,  marte  favente  sibi  : 
Jussu  cujus  ego  dénis  vel  circiter  annis, 

Heus!  degi  Brugis,  proh  dolor!  abs  meritis. 
Sed  quid  ?  tanta  licet  foris  egi  tempora  lapsa , 

In  sinu  prisco  collocor  ecce  meo. 

«  Le  perron  rétabli  de  la  manière  dont  nous  venons  de 
le  faire  voir,  se  soutint  dans  son  entier  jusqu'au  9  janvier 
169;»,  jour  auquel  aiant  tombé  vers  les  neuf  heures  du  soir, 
il  fut  rétabli  de  nouveau  sous  la  régence  de  Jacques 
Thomas  de  Hervé,  et  cle  Nicolas  de  Bouxhier.  » 

Le  manuscrit  de  Warfusée  est  plus  sobre  de  détails, 
mais  ceux-ci  restent  intéressants,  quoique  repris  de 
moins  loin. 

A  la  magistrature  de  Léopold  Bonhomme  et  de  Henri 
d'Aubrebis,  en  1692,  voici  comment  est  racontée  une 
chute  du  perron  avec  ses  suites  : 

»  Le  perron  du  Marché,  dit  le  lexte  d'Abry,  assis  au 
haut  de  la  fontaine,  tomba  par  un  vent  le  9  de  l'an  1693,  à 
9  h.   du  soir.   Son  sommet  était  fait  en  pomme  de  pin, 


—  453  — 

souporté  de  3  ou  4  figures  d'hommes  nues  de  la.  hauteur 
de  2  pieds;  ce  sont  selon  d'aucuns,  3  ribauds  qui  lurent 
punis  au  dit  perron  l'an  1433  que  la  fontaine  du  marché 
fut  achevée  et  ornée;  et  le  pommeau  de  son  milieu  qui 
embrassait  les  deux  pièces  de  cette  colonne  de  marbre 
était  de  cuivre  doré.  C'est  le  même  qui  fut  replacé  en  cet 
endroit  l'an  1479,  le  10  juin  et  qui  ayant  encore  présidé 
dans  la  même  place,  avait  été  ramené  de  Bruges  où  il  avait 
été  mené  et  exilé  par  ordre  du  duc  de  Bourgogne.  On  en 
fit  un  mauvais  augure.  Dieu  veuille  que  ce  soit  au  con- 
traire, dans  un  temps  où  l'on  a  tout  à  appréhender.  Les 
pièces  furent  ramenées  chez  le  sieur  Malaise,  rentier  de  la 
Cité,  qui  ont  servi  avec  les  cuivres  du  balcon  de  la  Mai- 
son de  ville  fondues  au  feu  du  bombardement ,  pour  la 
fontaine  de  Vinâve-d'Ile.  » 

Relevons  encore  dans  le  volume  manuscrit  d'Abry  cet 
autre  texte,  relatif  au  petit  perron  du  Marché.  A  l'année 
1535,  en  marge  du  texte  se  lit  cette  note  : 

«  Le  petit  perron  vis-à-vis  les  degrés  de  S'-Lambert 
souporté  de  4  lions  dorés  est  une  pièce  de  cette  adminis- 
tration. Les  deux  premiers  qui  regardent  la  Maison  de 
ville  portent  celui  à  droite  le  blason  du  cardinal  de  la 
Marck,  de  l'autre  celui  d'Arnold  Le  Blawy  de  Jemeppe. 
Ceux  qui  regardent  du  côté  du  Romarin  portent  encore 
celui  de  la  Marck  à  droite  et  celui  à  gauche  le  blason  des 
Tollet.  Il  avait  servi  à  la  petite  fontaine  qui  regarde  les 
Frères  mineurs  jusqu'à  l'an  1639  qu'il  fut  changé  de  là 
pour  faire  place  à  l'effigie  du  bourgmestre  de  Beeckman.  » 

L'emblème  de  la  Cité  a  donc  dominé  les  trois  fontaines 
du  Marché  de  Liège,  et  il  convient  de  relever  cette  adap- 
tation de  l'ancienne  colonne  sur  montoirs  à  la  fontaine 
publique.  C'était  à  la  fois  un  emblème  politique  et  un 
motif  de  décoration.  Avant  de  recevoir  la  Vierge  de  bronze 
de  Delcour ,  la  fontaine  de  Vinâve-d'Ile  portait  au  centre 
de  ses  vasques  un  perron  de  trente-deux  pieds  de  haut. 


—  454  — 

Dans  le  Recueil  héraldique,  Loyens  présente  au  lecteur 
un  dessin  linéaire  de  l'ancien  perron ,   et  celui-ci  offre 


<tenŒi 


tous  les  caractères  d'une  juste  fidélité  :  évidemment,  cette 


—  455  - 

reproduction  est  fondée  sur  une  sûre  tradition.  C'est  bien 
là  un  ancien  monument  de  l'art  gothique ,  d'un  dessin 
riche  et  correct  à  la  fois.  Dans  le  volume  d'Abry  se 
retrouvent  en  outre  certaines  données,  qui  complètent 
l'image  léguée  par  Loyens  à  la  postérité  liégeoise.  En 
marge  de  ce  texte  manuscrit  que  nous  venons  de  trans- 
crire, Abry  a  dessiné  à  main  levée  la  douille  ou  bague  de 
cuivre  ouvré  qui  a  relié  les  deux  morceaux  du  fût  de  la 
colonne  :  cette  pièce  est  plus  haute  que  sur  le  dessin  de 
Loyens;  en  outre,  sa  partie  supérieure,  comme  celle  d'en 
bas ,  se  termine  par  des  fleurons ,  de  façon  à  mieux 
répondre  aux  ornements  tant  du  chapiteau  que  de  la  bague 
même  du  pied.  Enfin,  comme  pour  assurer  à  l'avance  cette 
restitution  archéologique  du  perron  liégeois  ,  le  vieux 
généalogiste  a  inscrit  de  sa  main  l'indication  du  diamètre 
du  fût  de  la  colonne,  soit  un  pied,  ce  qui  permet  d'en 
estimer  la  hauteur  totale  :  celle-ci  devait  être  de  huit 
pieds. 

Nous  avons  tenu  à  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur  le 
fac-similé  de  la  pièce  dessinée  par  Abry  à  côté  de  la  repré- 
sentation du  perron  représenté  dans  le  livre  de  Loyens  et 
ainsi  complété. 

Signalons  comme  point  de  comparaison  le  très-curieux 
dessin  d'un  sceau  au  perron  de  1378,  relevé  par  Arn. 
Schaepkens  dans  une  de  ses  nombreuses  brochures.  C'est 
un  document  de  l'art  gothique  du  plus  haut  intérêt. 

«  La  colonne  (de  petite  dimension)  surmontée  de  la 
pomme  de  pin  (entière)  avec  la  croix,  repose  sur  deux 
oiseaux  chimériques  qui  ont  pour  supports  deux  pilastres 
ou  colonnettes,  s'appuyant  sur  des  lions  couchés  ou  veil- 
lants, avec  un  second  piédestal  percé  de  trois  arcatures  en 
ogive  et  terminé  en  bas  par  plusieurs  marches.  « 

Nous  ne  connaissons  pas  l'origine  d'un  dessin  inséré 
dans  les  pages  d'un  article  de  A.  B.  Carton,  publié  dans 


-  456   - 

les  Annales  de  la  Société  d'Émulation  pour  l'étude  de 
l'histoire  et  des  antiquités  de  la  Flandre.  Il  représente, 
probablemeni  d'après  Loyens ,  le  perron  liégeois ,  trans- 
porté à  Bruges:  colonne  grêle,  peu  élevée  et  angu- 
laire :  ornements  faîtiers  volumineux;  la  croix  plantée 
sur  un  hémisphère  taillé  en  pomme  de  pin. 

Nous  ne  quitterons  pas  le  perron  d'Abry  sans  rappeler 
le  rôle  décoratif  attribué  au  cuivre  repoussé  dans  la 
confection  du  monument  de  pierre  :  c'est  ainsi  que 
l'ancienne  et  belle  fontaine  du  Marché  à  Huy  ,  est  aussi 
couronnée  par  une  dinanderie  archaïque.  De  plus,  placé 
comme  il  était,  à  hauteur  même  de  la  vue,  l'ancien  perron 
liégeois  avait  là  un  avantage  qu'a  perdu  le  grand  perron 
actuel,  mis  trop  haut  sur  des  motifs  de  décoration  qui 
n'ont  plus  rien  de  l'art  ancien.  C'est  Delcour,  on  le  sait, 
notre  meilleur  statuaire ,  qui  est  l'auteur  de  la  nouvelle 
ordonnance  de  la  fontaine  liégeoise  (V.  Loyens,  in  fine). 

Après  cette  reconstruction  en  marbre  ,  il  fallut  en  1719 
renouveler  les  bassins  ;  finalement ,  le  monument  a  été  en 
1848  rétabli  tel  qu'il  se  présente  à  nos  yeux  aujourd'hui 
sur  la  place  du  Marché  à  Liège  en  témoignage  du  passé. 


J.  E.  DEMARTEAU. 


IsTOTES 


POUR    SERVIR 


A  L'HISTOIRE  DES  MATHEMATIQUES 

DANS  L'ANCIEN  PAYS  DE  LIÈGE 


Nous  nous  proposons,  dans  les  quelques  p°ges  qui  vont 
suivre,1  de  faire  connaître  les  résultats  que  des  investiga- 
tions déjà  longues,  mais  néanmoins  encore  incomplètes, 
nous  ont  permis  de  réunir  sur  l'histoire  des  mathématiques 
dans  l'ancien  pays  de  Liège. 

Il  ne  faut  pas  songer  à  trouver  ici  un  exposé  du  déve- 
loppement de  ces  sciences  :  une  pareille  étude  ne  peut  se 
borner  à  un  pays,  quelque  grand  soit-il ,  sauf  à  certaines 
époques  où  la  civilisation  semble  ne  progresser  que  dans 
une  seule  région.  D'un  autre  côté,  les  documents  nous 
manquent  pour  écrire  l'histoire  de  l'enseignement  des 
mathématiques  dans  notre  vieille  principauté.  D'ailleurs, 
en  ce  qui  regarde  les  méthodes,  les  procédés  d'enseigne- 
ment et  pour  ce  qui  concerne  le  moyen-âge,  on  peut 
recourir  à  la  substantielle  monographie  de  notre  Collègue 

51 


—  458  — 

de  Munich,  M.  S.  G-unther  (1)  :  la  technique  et  les  règle- 
ments de  l'enseignement  varient  si  peu  d'un  pays  à  l'autre 
que  l'on  peut,  surtout  lorsqu'il  s'agit,  comme  ici,  d'une 
partie  intégrante  de  l'ancien  empire  germanique,  faire 
abstraction  des  légères  différences  qui  existeraient. 

La  seule  tâche  qui  nous  reste  à  accomplir  est  donc  de 
faire  connaître  les  mathématiciens  liégeois  d'origine  ,  les 
mathématiciens  étrangers  qui  ont  vécu  et  enseigné  dans 
notre  pays ,  et  d'analyser  les  travaux  des  uns  et  des  autres. 

Ce  serait  encore  un  champ  considérable  à  parcourir ,  et 
tandis  que  force  nous  sera,  pour  l'un  ou  l'autre  des  savants 
dont  nous  aurons  à  parler ,  de  nous  borner,  et  de  renvoyer 
à  des  monographies  que  nous  espérons  publier  un  jour, 
d'un  autre  côté ,  nous  n'osons  nous  flatter  d'être  complet. 
Ce  n'est  qu'un  premier  essai  qui,  espérons-nous,  pourra 
être  développé  et  achevé. 

L'histoire  scientifique  de  notre  pays  ne  remonte  pas  bien 
haut.  A  peine  pourrait-on  parler  des  écoles  carolingiennes, 
des  tentatives  de  notre  grand  empereur  pour  faire  refleurir 
les  études.  Sans  doute ,  il  ne  négligea  pas  sa  patrie ,  dans 
ses  efforts,  et  les  savantes  discussions  de  l'académie  pala- 
tine durent,  plus  d'une  fois,  avoir  pour  théâtre  les  palais 
des  bords  de  la  Meuse ,  où  Charlemagne  aimait  à  venir  se 
reposer  de  ses  rudes  travaux  et  célébrer  les  fêtes  de 
Pâques. 

Néanmoins,  il  ne  reste  guère  de  traces  de  cette  tentative, 
et  les  premières  années  du  IXe  siècle  forment  une  des 
périodes  les  plus  vides  de  notre  histoire  littéraire.  (2) 

(i)  *  S.  Gunther,  Geschichte  des  mathematischen  Unterrichts  im 
deutschen  Mittelalter  bis  zum  Jahre  15u25.  Berlin,  Hofman.  1887. 

Dans  toutes  nos  citations,  nous  indiquerons  autant  que  possible 
l'édition,  ainsi  que  le  dépôt  où  l'ouvrage  cité  se  trouve.  Ceux  dont  le 
titre  est  précédé  d'un  astérisque  font  partie  de  notre  bibliothèque. 

(2)  *  H.  Pirenne.  Sedulius  de  Liège.  Mêm.  deVAcad.  roy.  de  Bel- 
gique, série  in-8°,  t.  XXXIII.  1881. 


—  459  — 

Au  contraire,  le  Xe  siècle  et  le  XL  furent,  dans  le 
moyen-âge,  l'époque  la  plus  brillante  des  écoles  liégeoises. 

Gantor,  dans  son  Histoire  des  Mathématiques  (1),  se 
plaît  à  énumérer,  parmi  les  astronomes,  Engelbert  de 
Liège;  parmi  les  abacistes,  Heriger  de  Lobbes,  Hilbert  de 
S'-Hubert,  Francon  de  Liège.  Ce  dernier  s'occupa  éga- 
lement de  géométrie  et  d'autres  parties  des  mathématiques, 
comme  Rodolphe  de  Liège,  Adalbold,  Wazon.  Peut-être 
faut-il  ranger  Notger,  le  grand  évêque,  parmi  les  auteurs 
d'écrits  sur  l'astronomie  et  le  comput  (2). 

Liège  était  le  centre  de  vie  intellectuelle  non  seulement 
pour  la  Lotharingie ,  mais  pour  l'Allemagne  tout  entière  et 
son  influence  s'étendait  au  delà  des  frontières  de  la  grande 
patrie  germanique,  jusqu'au  pays  de  France  (3). 

Malheureusement,  de  tous  les  noms  brillants  que  l'his- 
toire nous  rapporte,  il  ne  reste  guère  que  le  souvenir  et 
peu  nombreux  sont  les  travaux  de  ces  hommes  illustres 
qui  nous  sont  parvenus. 

Il  est  juste  cependant  de  signaler  les  quelques  débris 
qui  subsistent  de  cette  science  mathématique  produite  par 
l'école  liégeoise. 

Dès  la  fin  du  X*  siècle,  Eracle  avait  commencé  à  élever 
des  écoles  dans  son  diocèse  :  la  supériorité  de  ses  connais- 
sances scientifiques  sur  celles  de  la  généralité  de  ses 
contemporains  de  Germanie  semble  ressortir  du  fait 
suivant  rapporté  par  Anselme,  chanoine  de  Liège. 

Pendant  une  campagne  de  l'empereur  Othon  en  Calabre 

(0  *  M.  Cantor,  Vorlesungen  ûber  Geschichte  der  Mathematik ,  l, 
p.  761. 

(2)  Histoire  littéraire  de  France,  Paris.  1746.  t.  Vil,  p.  215  (Univ. 
de  Liège,  XVIIM-2). 

(r>)  Voyez  Wattenbach,  Deutschlands  GeschichtsquelUn  im  Mittel- 
alter ,  2l«  Bd. ,  S.  127. 


—  460  - 

(968),  il  rassura  l'armée,  terrifiée  par  l'arrivée  d'une 
éclipse  de  soleil ,  en  expliquant  les  causes  naturelles  de  ce 
phénomène  (i  ). 

Eracle  avait  préparé  l'avènement  de  Notger ,  le  véritable 
créateur  des  écoles  liégeoises  en  même  temps  que  le  fon- 
dateur de  la  puissance  politique  de  Liège. 

Ce  dernier,  sorti  du  monastère  de  Sl-Gall,  savant  lui- 
même  en  astronomie ,  comme  nous  l'avons  vu ,  travailla 
au  développement  des  études.  Il  fut  secondé  par  son  ami 
Heriger,  écolâtre,  puis  abbé  de  Lobbes,  auquel  nous 
devons  quelques  écrits  mathématiques. 

Parmi  ceux-ci,  Trithème  mentionne  (2)  un  ouvrage  sur 
le  calcul  du  jour  de  Pâques;  il  le  cite  sous  la  rubrique  : 
Ad  Hugonem,  de  questionibus ,  lib.  1.  La  chronique  de 
Lobbes  (3)  en  cite  les  premiers  mots  :  Fratcr  Hugo  si 
interrogaveris ;  il  a  été  reproduit  par  Martene  et  Durand, 
et  ensuite  par  Migne  (4).  Cette  lettre  prouve  les  vastes 
connaissances  d'Heriger  en  chronologie. 

L'Histoire  littéraire  de  France,  t.  Vil,  p.  206  cite  éga- 
lement un  Ratio  Abaci  secundum  divum  Herigerum.  C'est, 
sans  nul  doute,  l'écrit  très-court  mentiouné  parFriedlein(3): 
Requise  Herigeri  in  Abacum,  qui  occupe  le  feuillet  98, 
recto  et  verso  du  Ms.  14689  de  Munich,  XL-XIL  siècle, 
autrefois  Codex  Sti  Emmerani  G.  LXXIII. 

(0  *  Gesta  Pontificum  tungrensium,  etc.  Leodii,  1612.  T.  I,  pag.  189. 

(2)  *  Liber  de  Scriptoribus  Ecclesiasticis ,  Basileae,  1494.  1°  48  r°. 

(3)  *  La  vie  et  miracles  de  S1  Vrsmer  et  de  sept  autre  SS.  avec  la 
chronique  de  Lobbes,  recueillie  par  M.  Gilles  Wavlde.  Mons,  Jean 
Hauart,  1628,  p.  377. 

(i)  Martene  et  Durant.  Thésaurus  nov.  Anecdot.  Lutetiae  1717. 
Tomel,  col.  112-118.  (Univ.  Leod.  Theol.  2640);  Migne,  Patrologie 
latine,  t.  139,  col.  1129-1136. 

(s)  Schloemilch's  Zeitschrift  fur  Mathematilc,  Xtcr  B.  S.  242.  (Univ. 
Leod.  I.  7.  6). 


-  461  — 

C'est  encore  le  travail  que  rappelle  Albéric  de  Troisfon- 
taines  (1)  sous  le  nom  de  Regulse  numerorum  super  Aba- 
cum  Gerberti.  Le  chroniqueur  ajoute  :  In  multis  nempe 
studebant  antiqui  quae  hodie  habentur  derisui.  Faudrait-il 
en  conclure  que  du  temps  d' Albéric  (1240),  les  études 
scientifiques  étaient  peu  estimées  ;  ne  faudrait-il  pas 
penser  plutôt  que  le  moine  de  Neufmoustier  se  rendait 
compte  des  progrès  faits  par  l'arithmétique  depuis  l'époque 
d'Heriger,  les  méthodes  lentes  et  compliquées  de  l'abacus 
ayant,  de  son  temps,  fait  place  aux  procédés  plus  rapides 
de  Palgorisme.  Je  ne  puis,  en  effet,  partager  l'opinion  des 
auteurs  de  Y  Histoire  littéraire  de  France  (t.  VII,  p.  206), 
qu' Albéric  aurait  estimé  de  peu  de  valeur  les  travaux  scien- 
tifiques d'Heriger. 

L'abbé  de  Lobbes  appartient  à  l'école  immédiate  de 
Gerbert,  comme  on  le  peut  voir  par  l'exposition  des 
méthodes  de  l'abacus  que  donne  M.  Fiïedlein  dans  le 
mémoire  cité. 

C'est  encore  parmi  les  contemporains  de  Gerbert  qu'il 
faut  ranger  Adalbold  et  Rodolphe  de  Liège. 

Le  premier,  né  vers  975,  était  peut-être  un  élève  et,  à 
coup  sûr,  un  ami  d'Heriger,  qui  a  composé  un  dialogue 
où  Adalbold  intervient  comme  second  personnage  {Chro- 
nique de  Lobbes ,  p.  378^.  11  sortait  certainement  des  écoles 
de  Liège,  comme  le  dit  Anselme  dans  son  Gesta  Episcop. 
Leod.  (Ap.  Cbapeaville,  t.  I,  p.  217);  c'était  l'ami  et  non 
le  disciple  de  Gerbert,  ainsi  que  le  démontre  M.  Moll,  et 
l'on  ne  peut,  avec  les  auteurs  de  l'Histoire  littéraire  de 
France,  en  faire  un  élève  des  Écoles  de  Rheims  (2). 

(i)*  Chronicon  Alberici  Monachi  Triton  Fontiutn,  editutn  a 
G.  G.  L(eibnitio).  Hanoverae,  1698.  2a  pars.  pnçr.  33. 

(2)  Kerkhistorisch  Archiev  verzameld  door  X.  C  Kist  en  M  Moll 
3Je  Deel.  Amsterdam,  P.N.  van  Kampen  1862. Article  de  M.  W.  Moll: 
Bisschop  Adelbold's  commentaar  op  een  metrum  van  Boethius,  161-213 
(Univ.  Leod.  Theol.  5539.;). 


—  462  — 

Écolâtre  de  Lobbes ,  il  devint  plus  tard  évêque  d'Utrecht 
et  mourut  le  27  novembre  1025  (—  28?) 

Ce  n'est  pas  le  lieu  d'énumérer  les  divers  ouvrages  attri- 
bués avec  plus  ou  moins  de  certitude  à  l' évêque  d'Utrecht; 
je  ne  puis  mieux  faire  que  de  renvoyer  au  savant  travail  de 
M.  Moll;les  seuls  d'ailleurs,  qui  nous  intéressent,  sont  ses 
écrits  mathématiques. 

Nous  possédons  de  lui  un  traité  sur  le  volume  de  la 

22 
sphère.   On  y  voit  qu  Adalbold  connaît  l'expression   -=- 

du  rapport  de  la  circonférence  au  diamètre;  en  se  servant 
de  cette  donnée,  il  calcule  l'aire  du  cercle  et  le  volume  de 
la  sphère. 

Il  nous  reste  également  une  lettre  de  Gerbert  à  Adalbold. 
Ce  dernier  avait  trouvé  quelque  difficulté  à  calculer  l'aire 
d'un  triangle  équilatéral  dont  le  côté  est  7,  ou ,  du  moins , 
confondant  la  définition  arithmétique  du  nombre  triangu- 
laire et  la  définition  géométrique  de  l'aire ,  il  se  forgeait 
un  paradoxe  qu'il  ne  pouvait  expliquer.  Gerbert,  par  une 
construction  simple,  lui  expliqua  l'origine  de  l'erreur  dans 
laquelle  il  tombait. 

Ces  deux  écrits  ont  été  reproduits  par  Pez  (î)  d'après 
des  manuscrits  de  Tegernsee  et  de  Salzbourg;  ils  se 
trouvent  en  outre  dans  deux  manuscrits  du  Vatican  (2). 

A  ces  deux  pièces,  nous  devons  joindre  son  commen- 
taire sur  quelques  vers  du  IIIe  livre  du  traité  de  la  conso- 
lation de  Boèce  :   Opusculum  Adalbaldi  episcopi  Traiec- 

(  1  )  Thésaurus  anecdotorum  novissimus,  Aug.  Vindel.  1731.  Tom.  III. 
Pars.IK  Col.  81-92  (Univ  Leod.  Théol.  2650). 

(2)  Ecole  française  de  Rome.  —  Mélanges  d'Archêol.  et  d'Hist. 
Paris,  Ern.  Thorin.  Ve  année,  pp.  182-188.  Sur  une  collection  (l'écrits 
mathématiques  du  moyen-âge,  par  A.  Berthelot.  Les  mss.  cités  sont 
cotés:  Cod.  Reg-Vatic.  1661.  (XI-XII.  S)  et  Cod.  Vaticanus  4539 
(XVe  siècle). 


—  463  — 

tensis  super  illud  Boecii  :  0  qui  perpétua  mundum  racione 
gubernas.  Quelques  passages  peuvent  offrir  un  certain 
intérêt  pour  apprécier  les  connaissances  arithmétiques 
d'Adalbold  ;  ces  passages  se  rapportent  aux  propriétés  des 
nombres  2,  4,  8,  12,  18,  27.  (3). 

L'autre  savant  dont  nous  avons  parlé,  Rodolphe  de 
Liège  ,  a  laissé  quelques  lettres  sur  des  sujets  de  géométrie 
adressées  à  Regimbold  de  Cologne.  Le  commencement  et 
la  fin  de  ces  lettres  sont  cités  par  M.  Schepss  dans  son 
mémoire  :  Geschichtliches  ans  Boethiushandschriften 
(Neues  Archiv  der  Gesell.  fur  altère  deutsche  Geschichts- 
kunde,  II,cr  B.  S.  138-139).  Ces  mêmes  lettres  ont  été 
mentionnées  par  Chasles  (Hist.  de  l'Arithmétique,  dans  les 
C.  R.  de  l'Acad.  des  Sciences  de  Paris,  t.  XVI,  p.  1-417). 
L'illustre  auteur  cite  encore  le  ms.  latin  7377.  C.  de  la 
Bibliothèque  royale  de  Paris  comme  contenant  quelques 
pièces  mathématiques  probablement  adressées  à  Rodolphe 
de  Liège. 

L'ouvrage  de  Francon,  de  Quadratura  circuli,  mentionné 
par  tous  les  historiens,  vient  d'être  publié  par  le  Dr  Winter- 
berg  dans  le  supplément  historique  du  journal  de  Schloe- 


(3)  V.  le  travail  cité  de  M.  W.  Moll.  Les  vers  auxquels  se  rap- 
porte le  commentaire  arithmétique  sont  les  suivants  : 

Ta  numeris  elementa  ligas  vt  frigida  flammis 
Arida  conveniant  liquidis.  (Boece,  lib.  III.  Metr.  IX). 

Des  remarques  analogues  à  celles  d'Adalbold  se  retrouvent  dans  le 
commentaire  de  S1  Thomas.  [  *  Boetii  viri  celeberrimi  de  consolatione 
phylosophie  liber  cum  optimo  commento  beati  Thome.  Cologne  H. 

Quentell,  1497,  fol.  Piiij,  r°  ].  Le  texte  d'Adalbold  publié  par  M.  Moll 
est  reproduit  d'après  le  ms.  latin  7361  de  la  bibl.  nat.  de  Paris.  Les 
auteurs  de  r  Histoire  littéraire  de  France,  t.  XII,  p.  257-258,  citent 
divers  écrits  d'Adalbold  qui  ne  semblent  pas  différer  de  ceux  que 
nous  avons  mentionnés. 


—  464  — 

milch  (1).  Ce  travail  avait  une  réelle  valeur.  «  Lorsque  Von 
songe,  dit  le  savant  éditeur,  aux  faibles  ressources  dont 
disposaient  à  cette  époque  les  sciences  pour  lesquelles  tous 
les  résultats  de  Pythagore,  d'Euclide,  etc.,  étaient  inconnus, 
on  doit  s'étonner  de  la  pénétration  et  de  l'esprit  d'invention 
qui  brillent  çà  et  là  à  travers  les  ténèbres  de  ces  époques.  » 

Dans  son  livre,  Francon  mentionne  les  efforts  infructueux 
d'Adalbold,  de  l'évêque  Wazon,  de  Gerbert  lui-même,  pour 
résoudre  le  problème  de  la  quadrature  du  cercle.  Ce  n'est 
pas,  au  surplus,  cette  question  insoluble,  mais  dont  il 
était  bien  permis  à  un  géomètre  du  XIe  siècle  de  s'occuper, 
qu'abordait  le  savant  écolâtre  de  Liège.  Il  voulait ,  en 
adoptant  la  valeur  donnée  par  Archimède,  du  rapport  de  la 
circonférence  du  cercle  à  son  diamètre,  construire  un 
carré  équivalent  au  cercle,  et  la  question,  même  ainsi 
simplifiée,  n'était  pas  sans  difficulté  pour  un  mathématicien 
de  cette  époque  reculée. 

Le  problème  qu'il  aborda  et  qui  jouit  toujours  d'une 
certaine  popularité ,  même  parmi  les  hommes  les  moins 
versés  dans  l'étude  des  mathématiques ,  valut  à  Francon 
de  rester  le  plus  connu  de  nos  géomètres  ;  c'est  ainsi  que 
nous  le  voyons  mentionné  ,  au  XIVe  siècle ,  par  notre 
chroniqueur  Jean  d'Outremeuse  (2)  :  »  L'an  milh  etLXX, 
en  mois  de  may  commenchat  et  parfist  et  compulsai  en 
escrit  Franque  li  scolastre  del  engliese  de  Liège,  qui  astoit 
de  scienche ,  de  lettres,  de  manere,  deprobiieit  renommeis 
a  Herrnan,  archicpiscopum  Bonneburgense,  le  libre  de  la 
quariuree  de  cercle,  de  la  queile  chouse  Aristolt  parolle, 
de  cercle  quareit,  si  est  :  Sciendum  quidem  meritum   est.  » 

(1  )  Zeitschrift  fur  Mathematik.  B^  XXVII.  Abhandl.  zur  Geschichte 
der  Math.  4tcr  Heft,  1882,  p.  135-190.  La  publication  est  faite  d'après 
le  ms.  3123  du  Vatican. 

(2)  *  Chronique  de  Jean  d'Outremeuse,  publiée  par  S.  Bormans, 
t.  IV,  p.  259.  Brux.  1877. 


-  465  — 

On  peut  rapprocher  de  ce  passage  la  notice  de  Sigebert 
de  Gembloux  (  1  )  :  «  Franco  Scliolaslicus  Leodiensis , 
religione  et  vtraque,  litterarum  scientia  nominatus,  quan- 
tum voluerit  scribcndo  ,  notificavit  posteris.  Amatorcs 
scientiae  saecidaris  taxent  eius  scientiam  ex  libro ,  querri 
scripsit  ad  Hcrmannum  Coloniae  archiepiscopum  ,  De 
quadratura  circuli ,  de  qua  Aristoteles  ait  :  Quadratura 
circuit  si  est  scibile,  scientia  quidem  nondum  est,  illud 
vero  scibile.  Conférant,  vel  etiam  praeferant  eum  saeculares 
philosophis  :  nos  laudamus  eum,  quia  divinae  scripturae 
inuigilauit,  et  plura  scripsit  :  vt  de  ratione  computi  lïbrum 
unum,  et  alia  quae  ab  cdiis  hàbentur.  Viuebat,  1060.  » 

La  préférence  de  Sigebert  de  Gembloux  s'explique 
d'autant  mieux  que  lui-même  écrivit  un  traité  du  comput. 

Trithème  ne  cite ,  de  notre  écolâtre ,  que  le  traité  de 
Quadratura  circuli  et  celui  de  Computis  (Op.  cit.,  f°  52  v°). 

Nous  avons  mentionné  également  Helbert  de  Sl-Hubert , 
qui  a  laissé  un  commentaire  sur  l'Abacus  (2). 

Après  cette  brillante  période  ,  les  écoles  liégeoises 
commencèrent  à  décliner,  subissant  en  cela  le  sort  de 
toutes  les  institutions  humaines.  Cependant ,  il  serait  im- 
prudent d'en  conclure  que  les  sciences  cessèrent  com- 
plètement d'être  cultivées. 

Sans  doute,  pendant  une  longue  suite  d'années,  il  faudra 
renoncer  à  chercher  ,  dans  les  annales  liégeoises ,  le  nom 
de  quelque  mathématicien  de  marque  :  ce  n'est  pas  à  dire 

(  0  *  Bibliotheca  ecclesiastica  sire  nomenclatures  \II  veteres. 
Aub.  Miraeus  ïllustrabat.  Antverpiae ,  ap.  J.  Mesium,  1639,  p.  156. 
In  Sigeb.  Gemblae.ens,  cap.  1G4. 

(s)  Hist.  Littér.  de  France,  t.  VII,  p.  138.  Reinier,  moine  de  Saint- 
Laurent,  mentionne  encore  Falchalin,  qui  aurait  aidé  Francon  dans 
la  composition  de  ses  ouvrages,  et  Engelbert,  babile  computiste. 
(Voy.  Reineri  Libelli  III  de  scriptoribus  monasterii  S.  Laurentii 
Leodiensis,  dans  Pez,  op.  cit.,  t.  IV,  par.  III,  col.  22-24-.) 


—  466  — 

que  les  mathématiques  fussent  entièrement  négligées  ;  on 
pourrait ,  au  contraire ,  reconnaître  à  quelques  indices 
qu'elles  restèrent  en  honneur  dans  notre  principauté. 

Parmi  leurs  adeptes ,  on  sera  peut-être  quelque  peu 
surpris  de  voir  ranger  notre  illustre  jurisconsulte  et 
historien,  Jean  de  Hocsem. 

Il  met  en  effet ,  on  pourrait-  dire  quelque  affectation ,  à 
faire  montre  de  connaissances  mathématiques. 

Dans  sa  chronique ,  publiée  par  Chapeaville  ,  t.  II  , 
pp.  453-454,  il  rapporte  quelques  vers  de  sa  composition, 
où  on  lit  : 

Annis  undenis   binisque  cubos  facias  si 
Anglorum  Frœnis  sicut  Franci  plurima  passi. 

et  plus  loin  : 

Undeno  cubico  Domini,  quadrandoque  tertio 
Anno  quae  dico  vix  contigentia  cerno. 

Hocsem  explique  ensuite  l'analogie  entre  le  carré  et  le 
cube,  interprétés  géométriquement,  et  ces  mêmes  termes 
en  arithmétique  et  fait  voir  que  ses  vers  indiquent  les 
années  1339  et  1340. 

Ce  rapprochement  lui  plut ,  car  il  s'en  sert  encore  pour 
dater  son  Flores  utriusque  juris  (î)  : 

Undenis  cubice  Domine  bis  quinque  vel  annis 
Sunt  haec  scripla  vice  féliciter  iste  Johannîs  (1341). 

En  outre,  dès  les  premières  lignes  de  cet  ouvrage,  il 
cite  Euclide  :  Ut  invenire  quadratam  aream  equalem 
triangulari  inveniunt  rustici  per  ingenium ,  non  ad  un- 
guém  sedprope,  quodper  artem  Euclidis  geometer  facillime 
perfiçit  et  précise. 

(  1  )  *  Les  flores  utriusque  juris  de  Hocsem,  par  M.  Stan.  Bormans. 
Brux.,  1887.  (Bull,  de  la  Gomm.  roy.  d'Histoire,  t.  XIII,  n°  3.) 


—  467  — 

Il  faudra  donc  mettre  les  sciences  mathématiques  parmi 
celles  que  cultiva  cette  illustration  de  notre  cité  (1). 
Hocsem  était  d'ailleurs  une  merveilleuse  intelligence  à 
laquelle  presqu'aucune  branche  des  connaissances  hu- 
maines n'était  étrangère  (Y.  sa  biographie  donnée  par 
M.  Kurth,  dans  la  Biogr.  Nationale,  t.  IX,  col.  395-404). 

On  pourrait,  sans  nul  doute,  faire  des  remarques  ana- 
logues pour  maint  autre  écrivain  de  notre  pays.  C'est  le 
cas,  par  exemple,  pour  l'illustre  voyageur  Jean  de  Mande- 
ville  ,  que  l'on  peut  bien  ,  avec  quelque  raison ,  rattacher  à 
notre  pays.  En  divers  endroits  de  ses  voyages,  il  rapporte 
des  observations  astronomiques  qu'il  a  faites  (2).  On  peut 
mentionner  notamment  le  chapitre  spécial  où  il  discute 
avec  soin  la  grandeur  et  la  forme  de  la  terre  (3). 

Mandeville  ne  paraît  pas  avoir  exercé  la  moindre  influence 
sur  les  études  scientifiques  dans  la  principauté  de  Liège, 
mais  on  peut  le  prendre  comme  exemple  de  l'homme 
de  haute  culture  intellectuelle  à  cette  époque. 

La  folle  croyance  à  l'influence  des  astres  sur  la  destinée 
humaine  ne  fut  pas  sans  conserver  aux  sciences  mathéma- 
tiques, et  spécialement  à  l'astronomie,  leur  place  dans  les 
études.  Il  n'était  guère  de  médecin  qui  ne  sût  parfaitement 
la  théorie  de  la  sphère  et  qui  ne  fût  à  même  d'observer.  A 
des  époques  beaucoup  plus  rapprochées  de  nous  que  celle 

(i)  Nous  ne  faisons  que  confirmer  ainsi  ce  que  rapportent  Valère 
André  (*Bibliotheca  Belgica,  Lov.  1643,  p.  529);  Villenfagne  (* Essais 
critiques,  Liège,  Latour,  1808, 1. 1,  p.  201);  L.  Abry  (Les  hommes 
illustres  <Ie  ht  nation  liégeoise.  Liège,  Grandmont-Donders,  18G7,  p.  II. 
Univ.  Leod.  XIV.  liô.  35). 

(2)  V.  dans  le  ms.  354  de  l'Université  de  Liège,  f  34  V°,  col.  2  :  in 
alfa  ethiopia  elevatur  (polus  antarcticus)  octodecim  gradibus  prout 
ipse  probant  astralàbio  (sic). 

(5)  i"  Viaggi  di  Gio  cla  Mandavïlla  pubbl.  da  Francesco  Zàmbrini, 
Bologna,  Gaet.  Romagnoli.  1870  (Univ.  Leod.  XXIII.  200.  44),  t.  II, 
p.  4'J;  p.  54-57. 


—  46S  — 

que  nous  étudions  en  ce  moment,  au  XVIe  siècle  et  au 
XVIIe,  cette  alliance  des  mathématiques  et  de  la  médecine 
se  maintient,  et  nous  voyons,  dans  mainte  université,  les 
deux  sciences  enseignées  par  le  même  homme  (4). 

En  ouire,  une  préoccupation  plus  relevée  et  plus  sérieuse 
faisait  maintenir  l'étude  des  sciences  mathématiques  dans 
nos  écoles  monastiques. 

Les  bibliothèques  de  nos  maisons  religieuses  ont  été 
malheureusement  dispersées  à  la  suite  de  l'invasion  fran- 
çaise du  siècle  dernier,  si  fatale  à  toutes  nos  provinces, 
pillées  et  rançonnées  sans  merci ,  mais  on  peut  retrouver 
dans  nos  dépôts  publics  comme  dans  nos  collections  parti- 
culières de  nombreux  ouvrages  provenant  des  monastères 
d'autrefois  :  ces  investigations  montreraient  sans  peine 
que,  dans  la  paix  des  cloîtres,  la  culture  des  sciences  exactes 
resta  florissante.  —  Nous  n'avons  pas,  d'ailleurs,  que  de 
simples  indices  à  ce  sujet. 

Si  le  catalogue  de  la  librairie  de  Sl-Paul  (2)  ne  signale 
que  deux  ouvrages  de  mathématiques  : 

(i)  A  l'Université  de  Louvain  notamment,  on  vit  les  deux  sciences 
enseignées  par  R.  Gemma  Frisius  et  G.  Gemma,  son  fils,  P.  Beausard  , 
Adr.  Romain,  Jean  Sturm,  et  Gérard  van  Gutschoven,  qui,  de  lô40 
environ  à  1650,  occupèrent  des  chaires  de  mathématiques  et  de 
médecine. 

A  la  fin  du  XVIIe  siècle,  en  1671,  un  sectateur  de  Descartes, 
C.  Gadroys  écrivait  un  livre  sur  les  influences  des  astres  selon  les  prin- 
cipes de  M.  Descartes  (  V.Bibl.  roy.  de  Bruxelles,  fonds  van  Hulthem, 
n°  8346);  un  médecin,  nommé  Porchon,  dans  un  *  Traité  de  la 
canicule  (Paris,  1688),  dédié  au  Maréchal  de  Villeroy,  consacre  la 
Préface  à  démontrer  la  nécessité  de  l'astronomie  pour  exercer  la 
médecine  ,  etc. 

(2)  *  La  librairie  de  la  Collégiale  Sl-Paul,  à  Liège,  au  XVe  siècle, 
{par  S.  Bornions,  Bull,  du  Bibliophile  belge,  t.  I.  1866).  L'ouvrage  de 
Quadrante  et  circula  ne  peut  évidemment  ètie  l'écrit  de  Francon;  ce 
doit  être  un  traité  d'astronomie. 


-  469  - 

Theorica  planetarum  in  papiro.  In  codem  de  quadrante 
et  circulo.  Algorismus,  in  pergameno,  la  bibliothèque  de 
Sl-Jacques  était  beaucoup  plus  riche.  On  y  trouve  ,  parmi 
les  manuscrits  (  1  )  : 

N°511.  L'ouvrage  nommé  Algorismus,  un  ouvrage  sur 
le  Calendrier ,  Massa  Compoti.  Le  traité  de  la  sphère  de 
Sacro-bosco. 

Parmi  les  imprimés  : 

N°  1009.  Orontii  Finaei  Arithmetica,  1544;  Paraphrase 
de  l'astrolabe,  1546  (2); 

1010.  Gemma  Phrysius,  de  Principiis  Astronomiae  et 
cosmographiae ,  1529.  —  H.  Glareanus,  de  Geographia, 
1530; 

1011.  Sphaerae  mundi  compendium  a  J.  de  Sacro-Bosco, 
1488  et  n°  1013.1561.  —  Libellus  Ysagogicus  Abdilazi 
quidiciturAlchabitiusscriptusaJoa.de  Saxonia,  1485.  — 
J.  de  Monte-Regio,  Calendarium. 

(  i  )  *  Catalogue  des  livres  de  la  Bibliothèque  de  la  célèbre  ex-abbaye 
de  S^Jacques  (rédigé  par  J.-N.  Paquot),  Liège,  1788. 

(2)*  Paraphrase  de  V astrolabe.  A  Lyon,  par  Jean  de  Tournes. 
M.D.XLVI.  Ce  petit  livre  est  remarquable  à  divers  titres  :  c'est  proba- 
blement un  des  premiers  où  l'on  trouve  exposée  la  méthode  de 
Gemma  Frisius  pour  déterminer  la  différence  de  longitude  de  deux 
villes  au  moyen  des  horloges  (  Cbap.  XXII,  p.  81)  ;  Focard  ne  cite  pas 
Gemma.  En  outre  il  contient  de  très-jolies  gravures  sur  bois  qu'on 
peut  attribuer  au  Petit-Bernard;  elles  ont  été  reproduites  pour  ainsi 
dire  en  fac-similé  par  G  Cavellat  et  J.  de  Marnef  dans  diverses  édi- 
tions du  traité. de  l'Astrolabe  de  J.  Stoeffler  (1553,  1561)  et  d'une 
traduction  des  Principes  de  la  Cosmographie  de  Gemma  Frisius.  Ces 
procédés  de  contrefaçon  pourraient  expliquer  l'identité  entre  les 
figures  des  Métamorphoses  d'Ovide,  publiées  à  Lyon,  par  J .  de  Tournes , 
et  à  Paris  par  J.  de  Marnef,  bien  que  M.  Ambr.  Firmin  Didot  pense 
pouvoir  attribuer  les  dernières  à  Jean  Cousin  (V.  son  *  Étude  sur 
Jean  Cousin,  Paris,  1872,  p.  171);  la  contrefaçon  est  cependant 
admise  par  M.  Didot  dans  son  *  Essai  sur  Vhistoire  de  la  gravure  sur 
bois,  Paris,  1863,  col.  240,  en  note. 


—  470  — 

1012.  Georgii  Purbachii,  Theoricae  novae  planetarum , 
1603. 

Je  ne  citerai  que  pour  mémoire  la  belle  bibliothèque  du 
Collège  des  Jésuites  en  Ile ,  dont  la  plus  grande  partie  se 
trouve  à  notre  Université,  et  celle  du  Collège  des  Jésuites 
anglais,  dispersée,  parce  que  ces  dépôts  ont  été  formés  à 
une  époque  beaucoup  plus  récente  et  pour  laquelle  nous 
n'avons  pas  à  recourir  à  des  moyens  aussi  indirects  d'in- 
vestigation. 

Parmi  les  maisons  religieuses  où  les  sciences  furent 
cultivées  avec  suite  ,  je  crois  pouvoir  signaler  spécialement 
le  couvent  des  Croisiers  de  Huy. 

J'ai  fait  connaître  ailleurs  (Mém.  de  la  Soc.  roy.  des 
Sciences  de  Liège,  t.  XV,  2e  série  :  Notice  historique  sur  la 
détermination  des  coordonnées  géographiques  de  Liège), 
l'existence,  parmi  les  manuscrits  de  notre  Université,  d'une 
copie  datant  des  premières  années  du  XVe  siècle  (1424) 
des  principaux  écrits  de  Jean  de  Linières  (l) ,  copie  faite 
probablement  par  un  religieux  de  cette  maison. 

Ce  même  religieux,  qui  détermina  avec  quelque  exac- 
titude la  latitude  de  Liège,  calcula  de  nombreuses  éclipses 
de  soleil  et  de  lune;  il  fit  également  les  calculs  nécessaires 
pour  l'établissement  d'un  calendrier  liégeois.  Il  ne  put  les 
exécuter  qu'à  l'aide  de  tables  astronomiques  dont  Jean 
de  Linières  ne  donne  que  les  canons,  c'est-à-dire  les  règles  ; 
le  couvent  des  Croisiers  devait  les  posséder. 

J'ai  mentionné  également  l'existence ,  dans  cette  même 

(  i  )  Sur  Jean  de  Linières ,  on  peut  consulter  divers  articles  insérés 
au  Bullettino  du  Prince  Boncompagni,  tt.  XII  et  XX.  Trithème  l'appelle 
philosophus  et  astronomns  omnium  suo  tempore  celeberrimus.  (Op.  cit., 
f°  84  v"). 

J'ai  décrit,  dans  le  petit  travail  cité,  le  ms.  334,  qui  contient  les 
écrits  de  Jean  de  Linières ,  à  savoir  les  Canones  primi  mobilis,  les 
Canones  tahularum  Alfontii  et  VEquatorium. 


-  471   — 

maison  des  Croisiers ,  d'un  exemplaire  du  Calendarium 
magnum  de  J.  Stoeffler,  imprimé  en  1512,  et  l'addition 
faite ,  sur  cet  exemplaire ,  de  la  latitude  de  Liège ,  d'après 
les  données  du  moine  anonyme  dont  je  viens  de  parler. 

Notre  bibliothèque  universitaire  possède  encore  un 
volume  de  Varia  à  la  fin  duquel  sont  reliées  quelques 
pages  manuscrites  empruntées  à  un  travail  d'astronomie, 
qui  nous  vient  de  cette  même  maison.  L'écriture  de  ce 
fragment  est  du  commencement  du  XVIe  siècle  et  les 
ouvrages  auxquels  il  est  joint  ont  été  imprimés  entre  1506 
et  1513  (1). 

Enfin,  je  mentionnerai,  pour  terminer,  un  autre  ouvrage 
imprimé  en  1541  (2),  faisant  partie  du  même  dépôt  et  qui 
me  semble  avoir  la  même  origine.  En  effet,  on  y  a  marqué 
sur  le  quart  de  cercle  du  0  d  v° ,  la  déclinaison  maxima 
du  soleil  et  la  hauteur  du  pôle ,  en  faisant  usage ,  à  n'en 
point  douter,  des  nombres  qui  figurent  dans  le  manuscrit 
de  1424. 

Peut-être  sera-t-on  tenté  de  taxer  de  minuties  les  détails 
dans  lesquels  je  suis  entré  au  sujet  des  volumes  décrits. 
Je  pense  cependant  que  ces  détails  peuvent  avoir  quelque 
intérêt.  Nous  ne  possédons  pas ,  certainement ,  tous  les 
livres  qui  composaient  la  bibliothèque  de  la  maison  des 
Croisiers,  et  nous  pouvons  cependant,  en  examinant  avec 
soin  les  quelques  épaves  qui  nous  en  restent,  constater, 
dans  cette  antique  communauté,  des  traces  indubitables 

(0  Ce  volume  est  coté  XVII.  194,  1.  Il  contient  le  livre  de  la 
Consolation  de  Boèce ,  Daventer  1506 ,  une  sorte  de  résumé  de  la 
Bible  et  une  édition  du  célèbre  Navis  Stuîtifera  de  Seb.  Brandt. 

(2)  Instrvmentvm  novvm,  sev  primi  mobilis  nvper  a  Petro  Apiano 
inventvm,  etc.  Norimbergae  apud  Johan.  Petreium,  anno  M.  D.  XLI. 
A  la  suite  :  T.  uctatvs  Georgii  Pevrbachii  svper  propositions  Ptolemaei 
de  sinvbus  et  chordis,  etc.  Norimbergae,  apud  Johan.  Petreivm.  Anno 
Christi  M.  D.  XLI.  (Univ.  Leod. ,  1 ,  78,  5). 


—  472  — 

d'une  étude  continue  de  l'astronomie  pendant  une  période 
de  plus  d'un  siècle  (1424-1541);  nous  y  trouvons  la  préoc- 
cupation constante  de  se  tenir  au  courant  des  progrès  de  la 
science. 

Avec  quelque  patience  ,  on  parviendrait  à  réunir  une 
foule  de  renseignements  analogues  pour  toutes  nos  écoles 
monastiques  ;  ce  serait  chose  utile  que  de  faire  le  relevé , 
dans  nos  collections  publiques  et  privées ,  des  ouvrages 
de  science  provenant  d'anciennes  bibliothèques  conven- 
tuelles ou  de  particuliers.  Sans  doute ,  on  ne  découvrirait 
pas  d'hommes  d'un  véritable  esprit  créateur ,  restés  com- 
plètement ignorés ,  mais  on  acquerrait  la  certitude  que, 
malgré  les  terribles  secousses  que  dut  supporter  le  pays 
liégeois  pendant  toute  la  durée  du  moyen-âge ,  l'étude  des 
sciences  mathématiques  n'y  fut  pas  entièrement  délaissée. 

Parmi  ces  humbles  serviteurs  de  la  science,  je  men- 
tionnerai ,  en  passant ,  le  frère  Hubert  de  Stavelot,  qui 
devait  vivre  dans  la  seconde  moitié  du  XVIe  siècle. 

Son  nom  se  trouve  inscrit  sur  le  premier  feuillet  d'un 
recueil  de  divers  ouvrages  d'astronomie  actuellement  en 
ma  possession,  et  qui  contient  la  Cosmographie  d'Apien, 
revue  par  Gemma  Frisius  (édition  de  Gilles  de  Diest,  1564), 
le  radius  astronomicus  du  même  Gemma  et  le  traité  des 
Horloges  d'Oronce  Fine  (1560).  Hubert  de  Stavelot  y 
ajouta  la  copie  d'un  chapitre  de  la  Cosmographie  d'Oronce 
Fine,  une  table  des  hauteurs  de  certaines  étoiles,  et  sur 
un  feuillet  de  garde  la  longitude  et  la  latitude  de  Stavelot; 
Long.  28"  52';  Lat.  49°  55'. 

Ces  nombres  sont  entachés  d'erreurs  assez  fortes,  sur- 
tout le  second,  car  il  diffère  du  nombre  exact  de  près  d'un 
demi-degré ,  mais  nous  avons  fait  observer  ailleurs  qu'à 
cette  époque  de  semblables  erreurs  n'étaient  point  rares , 
même  dans  la  détermination  des  coordonnées  de  lieux 
beaucoup  plus  importants  que  la  modeste  bourgade 
ardennaise. 


—  473  — 

On  cite  parfois,  comme  une  des  gloires  de  l'antique 
église  de  Liège,  le  cardinal  Nicolas  de  Gusa;  certains 
écrivains  l'ont  même  rattaché,  sans  preuves,  à  une  famille 
liégeoise  (1).  Sans  doute,  il  fut  chanoine  de  Sl-Lambert  et 
archidiacre  de  Brabant;  plus  tard,  il  revint  dans  notre 
pays  en  qualité  de  légat  (2)  :  le  souvenir  de  son  séjour  à 
Liège  ne  dut  point  s'effacer  de  sa  mémoire,  car,  parmi  les 
bourses  qu'il  fonda  dans  les  écoles  de  Daventer,  où  il  avait 
été  élevé ,  il  en  réserva  deux  spécialement  pour  les 
Liégeois  (3);  mais  eut-il  quelque  influence,  parmi  nous, 
au  point  de  vue  scientifique  ?  les  écoles  de  Liège  peuvent- 
elles  s'attribuer  quelque  part  dans  sa  gloire  ?  je  ne  le  pense 
pas. 

Si  nous  ne  pouvons ,  à  notre  grand  regret ,  ranger  au 
nombre  des  illustrations  liégeoises  Nicolas  de  Cusa,  le  pré- 
curseur de  la  réforme  du  calendrier,  c'est  au  calen- 
drier que  nous  devons  de  pouvoir  signaler  une  foule  de 
publications  écloses  dans  notre  pays.  Force  nous  est  bien, 
en  effet,  de  rattacher  à  la  principauté  de  Liège  de  nom- 
breux représentants  d'une  classe  spéciale  d'astronomes  : 
les   auteurs  d'almanachs  et  de  pronostications. 

C'est  sans  crainte  que  nous  décernons  aux  auteurs  des 
premiers  le  titre  d'astronomes,  lorsque  nous  voyons  des 


(i)  V.  le  travail  de  M.  Wittert:  Ecole  liégeoise.  —  Les  graveurs, 
leurs  portraits  etc.  Paris,  Liège,  Bruxelles. 

(î)  Voyez  de  Becdelièvre,  t.  1,  p. 148;  Daris,  Histoire  du  Diocèse  et 
delà  Principauté  de  Liège  pendant  le  XVe  siècle,  pp.  232,  250,  267; 
de  Theux,  le  Chapitre  de  S^Lambert ,  t.  II,  p.  217.  Sur  l'influence  de 
Nicolas  de  Cusa,  on  peut  également  consulter:  J.  Janssen,  L'Alle- 
magne à  la  fin  du  moyen-âge,  trad.  franc.  Paris,  Pion,  1887,  passim 
et  notamment  pp.  4-5  où  se  trouvent  indiqués  de  nombreux  écrits 
sur  le  cardinal. 

(3)  Sur  cette  fondation,  V.  *  Jacobi  Revii  Daventriae  illustratae 
libri  VI.  Lugduni  Bat.  Ex  off.  P.  Leffen,  1651,  p.  119  et  ss. 

32 


—  474  — 

Peurbach ,  des  Regiomontan ,  des  Stoeffler  avouer  haute- 
ment de  pareils  travaux ,  et  quant  aux  pronostications ,  à 
une  époque  où  le  rêve  de  l'astrologie  hantait  le  cerveau  des 
plus  grands  hommes,  ce  n'est  pas  sans  quelque  connais- 
sance de  la  science  vraie  qu'on  en  abordait  la  confection. 

Les  pronostications  les  plus  connues  sont  dues  aux  Laet 
de  Looz-le-Château  (Borchloen)  et  à  Gilles  de  Bouillon. 

En  ce  qui  concerne  les  premiers ,  nous  ne  pourrions  que 
reproduire  les  indications  contenues  dans  divers  travaux 
d'Ul.  Capitaine  et  de  M.  H.  Helbig  (<i). 

Gilles  Boileau  de  Bouillon  mérite  d'être  mentionné  à 
divers  titres;  il  était  jurisconsulte  et  même  poète;  on  peut 
lire ,  à  ce  sujet ,  l'intéressante  notice  que  lui  consacre  M. 
H.  Helbig  dans  ses  Fleurs  des  vieux  poètes  liégeois,  pp.  1-8. 

M.  Helbig  fixe  l'époque  de  la  mort  de  notre  auteur  aux 
environs  de  l'année  1560.  Sur  quelles  preuves  s'appuie-t-il, 
je  l'ignore.  D'un  autre  côté ,  il  semble  ressortir  d'une  note 
manuscrite,  ajoutée  par  Ul.  Capitaine  à  son  exemplaire 
de  la  Biographie  liégeoise  de  Becdelièvre,  que  Gilles  de 
Bouillon  vivait  encore  en  1583. 

Je  possède  un  exemplaire  des  Principes  d'astronomie 
de  Gemma  Frisius ,  traduits  en  français  par  Claude  de 
Boissière  et  publiés  à  Paris  en  1582  (2),  qui  porte  trois  fois, 
sur  le  titre ,  les  mots  «  de  Bouillon  »  ;  ce  volume  est  enrichi 


(i)  Ul.  Capitaine,  Etudes  biographiques  sur  les  médecins  liégeois. 
Bulletin  de  l'Institut  archéologique  liégeois,  t.  III,  p.  72-75;  V°  J.  Laet, 
p.  76-78;  V°  G.  Laet,  p.  81;  V°  A.  Laet,  p.  82-83;  V°  G.  Laet  II.  Il  ne 
faut  pas  oublier  la  première  impression  liégeoise,  la  pronostication 
de  Jean  Lescailler.  Ibid,  p.  80. 

H.  Helbig,  Les  plus  anciens  calandriers  (sic)  et  almanachs  belges 
imprimés.  Bull,  du  Bibl.  belge,  tt.  XIII  et  XIV. 

(i)  *  Les  principes  d'astronomie  et  cosmographie  ,  auec  Tvsage  du 
Globe,  etc.  A  Paris,  chez  Hierosme  de  Marnef,  et  la  veufve  de 
Guillaume  Cauellat,  au  mont  S.  Hilaire  à  l'enseigne  du  Pélican.  1582. 


—  475  - 

d'annotations  marginales ,  d'une  écriture  du  temps ,  dont 
l'auteur,  comme  on  peut  s'en  convaincre,  n'était  pas 
étranger  à  l'astrologie.  Faut-il  les  attribuer  à  Gilles  de 
Bouillon? 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ce  dernier  point,  Gilles  Boileau  a 
dû  faire  paraître  ses  Pronostications  pendant  quelques 
années.  Celles  de  1558  ont  été  calculées  «  sur  le  méridien  de 
la  tresrenommee  cite  de  Liège  »  et  celles  de  4559  «  sur  le 
méridien  de  la  florissante  et  renommée  cite  de  Liège  »  (l). 

A  peu  près  à  l'époque  où  Gilles  de  Bouillon  écrivait  ses 
Pronostications,  le  Prince-Evêque  de  Liège,  Bobert  de 
Berghes  appelait  dans  sa  capitale  un  mathématicien  d'une 
bien  autre  valeur ,  Jean  Stadius. 

Né  à  Loenhout,  près  d'Anvers,  le  1er  mai  1527,  de 
Pierre  Stadius,  d'Oeckel,  Jean  Stadius  (2)  s'était  livré  à 

(  t  )  Prognostication  pour  Lan  de  nostre  Seigneur  M.  CGGCC.  LIX. 
Calculée  sur  le  méridien  de  la  florissante  et  renommée  cite  de  Liège 
par  M.  Gilles  de  Buillon  mathematicque,  in-4°  goth.  de4ff.  n.  ch. 
Imprimé  par  Jean  Withage,  à  Anvers.  (Bibl.  Capitaine,  n°  10708). 

La  pronostication  pour  1560  forme  également  un  cahier  de  4  ff 
n.  ch  (lbid.,même  numéro) 

(2)  Sur  Jean  Stadius,  on  peut  consulter  *  Elogia  illustrium  Belgii 
scriptorum,  Ex  bibliotheca  Auberti  Miraei.  Antverpiae,  Sumpt. 
Viduae  et  haeredum  Joan  Belleri,  1602,  p.  123;  la  notice  est  reproduite 
dans  la  seconde  édition.  *  Elogia  Belgica.  Antverpiae  ap  Dav.  Marti- 
nium,clo  lo  cix,  p.  106  ;  *  Fr.  Sweertius,  Athenae  Belgicae  ,  Antwerpiae 
ap.  Gui.  a  Tuugris,  1628,  ainsi  que  les  différentes  éditions  de  Valere 
André,  Bibliotheca  Belgica  ;  L.-A.  Sedillot,  Les  professeurs  de  mathé- 
matiques et  de  physique  générale  au  Collège  de  France  (Bull,  du 
Prince  Boncompagni,  t.  Il,  p.  435-437).  On  peut  aussi  lire  une  longue 
pièce  de  vers  où  il  est  chanté  par  son  arrière  petit -fil  s,  le  célèbre 
Juste  Byckius  de  Gand  :  Listi  Byckii  Gandensis  LL.  apttd  Catuacos. 
Stud.  praeludia  poetica.  Duaci,  ex  typ,  C.  Boscardi  1606,  pp.  65-70. 
(Univ.  Leod.  XVII.  228-1);  cette  pièce  est  reproduite  dans  J.  Byckii 
Parcae,  id  est  Epitaphiorum  Libri  très  ;  Gandavi,  e  Typogr.  Joan. 
Kerchovii,  1624( Univ.  Leod.  XVII,  228.  15). 


—  476  — 

l'étude  des  langues,  de  l'histoire  et  des  mathématiques. 
Dans  chacune  de  ces  branches  d'étude,  il  a  conquis  une 
place  distinguée. 

Son  édition  de  Florus,  enrichie  d'un  commentaire,  fut 
publiée  par  Christophe  Plantin  en  1567  ;  réimprimée  par 
lui  en  1584  et  1593,  elle  fut  éditée  de  nouveau  à  Cologne, 
chez  Ghymnicus  en  1579,  chez  Ant.  Hierard  en  1005,  et 
en  1625  chez  Kinckius.  Martin  Nutius  d'Anvers  la  repro- 
duisit en  1607  ;  on  la  vit  paraître  encore,  à  Franecker,  en 
1690,  chez  Hanson  Hagenaer  (î). 

Ces  éditions  successives  prouvent  la  valeur  du  commen- 
taire. 

Élève  d'un  des  plus  illustres  professeurs  de  l'ancienne 
Université  de  Louvain,  R.  Gemma  Frisius,  il  fit  surtout 
des  progrès  rapides  en  astronomie.  L'un  des  premiers, 
encouragé  par  Gemma,  il  adopta  l'hypothèse  coper- 
nicienne. 

Malheureusement ,  son  caractère  aventureux  et  son 
goût  pour  les  rêveries  astrologiques  l'ont  peut-être  em- 
pêché d'accomplir  une  destinée  plus  brillante. 

Astronome  et  mathématicien  du  duc  de  Savoie,  il  rem- 
plit les  mêmes  fonctions  près  de  Philippe  II.  En  1559,  il 
était  à  Bruxelles,  où,  le  25  mai  (V.  S),  il  fit  une  observa- 
tion d'une  conjonction  de  Vénus  et  de  Mercure.  Le  7  juillet 
de  la  même  année,  il  faisait  d'autres  observations  d'où  il 
concluait,  pour  Bruxelles,  une  latitude  de  51°20\ 

C'est  à  cette  époque  que  Robert  de  Berghes  le  rencontra 
à  Bruxelles  et  l'attacha  à  sa  personne,  soit  par  amour  des 
recherches  astrologiques,  soit  pour  attirer  dans  sa  capi- 


(  i  )  Ces  diverses  éditions  existent  à  la  Bibliothèque  de  l'Université  de 
Gand,  sauf  celle  de  1593,  et  elles  y  sont  cotées,  class.  137^-1377  et 
class.  938. 


—  477  — 

taie  un  savant  de  premier  ordre  dans  un  but  dont  nous 
parlerons  bientôt. 

Stadius  vint  à  Liège  et  reçut  probablement  l'hospitalité 
dans  le  palais  du  prince,  car  c'est  de  là  qu'il  date  ses 
Tabulae  Bergenses ,  recueil  de  tables  qu'il  dédia  par 
reconnaissance  au  Prince-Évêque  (  l). 

Nous  ignorons  combien  de  temps  il  séjourna  dans  notre 
ville.  Il  n'eut  sans  doute  pas  le  temps  d'y  créer  des  rela- 
tions bien  solides,  car,  dans  ses  écrits,  nous  n'avons  ren- 
contré la  mention  que  d'un  liégeois,  le  très  savant  et  très 
modeste  docteur  Gilbert  Limboury,  auquel  il  doit  la  santé. 
(Tabulae  Bergenses,  p.  205). 

Sa  présence  à  Liège  se  rattache  peut-être  au  projet  que 
Robert  de  Berghes  caressait  d'ériger  une  université  dans 
sa  ville  capitale. 

L'Évèque  négocia  à  cette  fin  avec  le  Souverain-Pontife 
et  obtint  la  bulle  nécessaire  à  l'érection  de  cette  université. 
Son  chancelier  Wythem  communiqua   au  chapitre  de  la 


(  1  )  Tabulae  Bergenses  aequabilis  et  apparentis  motus  orbium  coeles- 
tium  ad  illustrissimum  rêver  endissimumque  principem  D.  Robertum 
de  Bergis,  Leodii  Episcopum,  etc.,  per  Joannem  Stadium  regium  et 
ducis  Sabaudiae  matJiematicum.  Colom&e  Agrippinae,  apud  haeredes 
Arnoldi  Birckmn.nni,  Anno  a  Virgineo  partu  1560. 

1^  dédicace  à  Robert  de  Berghes  est  datée  du  Palais  de  Liège, 
27  janvier  1560.  Dans  ce  livre ,  dont  un  exemplaire  se  trouve  à  la 
bibliothèque  royale  de  Bruxelles,  fonds  van  Hulthem,  l'auteur  cite, 
p.  203,  un  fait  qui  se  passe  à  Anvers  le  18  août  1554,  jour  où  il  quittait 
cette  ville  pour  se  rendre  à  Turin. 

Stadius  a  encore  publié  les  Ephemerides  secundum  Antverpiae  longi- 
tudinem.ÎJne  édition  de  ce  livre  a  été  faite  à  Lyon,  chez  Ph.  Tingli, 
Simph.  Beraud  et  Et.  Michel  en  1Ô85.  On  peut  y  lire,  pp.  1-3,  une  très 
intéressante  lettre  de  R.  Gemma  Frisius  à  J.  Stadius,  datée  de 
Louvain,  28  février  1555. 

L'exemplaire  de  cet  ouvrage,  que  j'ai  entre  les  mains,  appartient  à 
l'Université  de  Leiden,  où  il  est  coté  539.  D.  2. 


—  478  — 

cathédrale,  dans  sa  séance  du  23  juillet  1561  (l),  une 
commission  apostolique  adressée  à  sa  Grandeur  révéren- 
dissime  pour  ériger  dans  cette  ville  un  certain  Collège  de 
théologiens  et  d'autres  Facultés. 

Malheureusement,  pour  subvenir  aux  frais  que  devait 
nécessiter  cet  établissement,  l'évêque  avait  demandé  et 
obtenu  l'autorisation  de  supprimer,  par  voie  d'extinction, 
un  certain  nombre  de  prébendes  de  chanoines  de  S'-Lam- 
bert  et  des  églises  collégiales,  dont  les  revenus  eussent 
été  affectés  à  l'institution  nouvelle. 

On  conçoit  que  semblable  mesure  n'était  pas  pour 
plaire  aux  membres  du  chapitre. 

Celui-ci,  avant  d'examiner  les  propositions  épiscopales, 
essaya  de  gagner  du  temps  ;  il  nomma  une  Commission, 
jugea  qu'il  fallait  appeler  les  collégiales  à  délibérer  sur 
une  matière  qui  les  intéressait  si  vivement  et,  sans  s'opposer 
ouvertement  aux  projets  du  Souverain,  fit  si  bien  que 
ceux-ci  restèrent  sans  exécution. 

La  maladie  de  Robert  de  Berghes ,  survenue  peu  de 
temps  après ,  fut  sans  doute  cause  de  l'abandon  de  cette 
mesure,  qui  eût  été  d'une  si  grande  importance  pour  le 
développement  scientifique  du  pays  liégeois. 

Qui  peut  dire  l'influence  qu'aurait  eue,  sur  la  marche 
des  idées  dans  notre  cité ,  la  création  d'une  de  ces 
grandes  écoles  ? 

Fondée  à  une  époque  où  les  traditions  du  moyen-àge 
n'étaient  pas  encore  effacées,  elle  aurait,  sans  nul  doute, 
conservé  ces  habitudes  de  liberté ,  ces  traditions ,  cet 
esprit  de  corps  qui  font  les  véritables  universités.   Elle 


(1)  Voyez  aux  archives  de  l'Etat,  à  Liège,  un  volume  intitulé 
Cathédrale.  Secrétariat,  Décrets.  Ordonnances,  1543-1561. 

Reg.  111,  fol.  308-309.  Séances  du  23  juillet  1561,  30  juillet 
5  août.  Ibid.  Reg.  115.  p.  5.  9  septembre  1561, 


—  479  — 

aurait  eu  surtout  le  pouvoir  d'introduire,  dans  les  idées 
générales,  la  notion  vraie  d'une  pareille  institution,  et 
nous  n'aurions  pas  aujourd'hui  à  lutter  à  la  fois  contre  le 
système  centraliste,  triste  legs  d'une  époque  à  jamais 
néfaste,  déplorable  souvenir  de  l'invasion  française,  et  contre 
l'indifférence,  quand  ce  n'est  pas  l'hostilité,  d'une  partie 
de  l'opinion  ;  la  masse  de  la  nation  ne  verrait  pas  ,  dans  les 
Universités,  de  simples  écoles',  destinées  avant  tout  à 
créer  des  diplômés ,  mais  bien  ce  qu'on  y  cherchait  au 
moyen-âge ,  ce  qu'on  y  voit  encore  dans  des  pays  voisins , 
des  centres  de  vie  intellectuelle,  où  la  science  se  cultive 
pour  elle-même  et  où  elle  se  crée  (d). 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ce  projet  du  Prince,  renversé,  on 
le  peut  croire  ,  par  la  mesquine  opposition  du  chapitre,  il 
est  probable  que  la  maladie  de  Robert  de  Berghes  obligea 
Stadius  ,  privé  de  son  protecteur,  à  quitter  notre  ville. 

En  1567,  lorsqu'il  publie  son  Florus,  il  s'intitule  profes- 
seur de  mathématiques  et  d'histoire  à  l'Université  de 
Louvain. 

Quelques  années  plus  tard,  nous  le  trouvons  à  Bruges, 
d'où  il  date,  le  49  janvier  1574,  une  lettre  adressée  à 
Auger  de  Busbeeck  (s);  il  travaillait  alors  aux  Fastes 
romains,  publiés  par  Hub.  Goltzius. 


(i)  C'est  encore  cette  idée  élevée  d'une  Université  que  se  faisaient, 
en  1665,  les  bourgmestres  de  Grati  et  Randaxhe  ,  quand  ils  deman- 
daient au  prince-évêque  Maximilien-Henry,  au  nom  du  Conseil  de  la 
Cité,  l'érection  d'une  Académie,  «  quand  même  elle  seroit  sans  faculté 
de  promotion  aux  degrés  ».  Ils  ne  signalaient  que  l'utilité  scientiiique 
d'une  pareille  institution  et  ils  espéraient  sans  doute,  en  la  dépouil- 
lant du  droit  de  délivrer  des  diplômes,  désarmer  l'opposition  inté- 
ressée de  l'Université  de  Louvain.  (V.  Discours  de  droit  moral  et 
politique  du  S"  Mathias  de  Grati,  Liège,  J.-M.  Hovius,  1676,  p.  70-72. 
Coll.  Capitaine,  2825.) 

(i)  Cette  lettre  est  insérée  dans  Aug.  Gisleni  Busbequii  epistolae, 


—  480  — 

Enfin,  en  1576,  nous  le  voyons  à  Paris,  où  il  concourt 
pour  obtenir  la  chaire  de  mathématiques  fondée  par  Ramus. 

Il  eut  à  lutter  contre  Michel  Bressieu ,  et  la  chaire  fut 
adjugée  à  ce  dernier;  les  juges  du  concours,  parmi  les- 
quels figuraient  le  président  de  Thou  et  le  savant:  François 
de  Foix  de  Caudale,  évêque  d'Aire,  auquel  nous  devons 
une  belle  édition  d'Euclide.  décidèrent  que  notre  mathé- 
maticien méritait  également  la  palme.  Aussi  Henri  III,  sur 
la  proposition  de  l'Université,  retint -il  Stadius ,  et,  en 
confirmant  son  élection,  lui  assura-t-il  le  même  traitement 
qu'aux  autres  professeurs  royaux. 

L'ancien  mathématicien  du  Prince-Évêque ,  devenu  pro- 
fesseur au  Collège  de  France ,  ne  jouit  pas  longtemps  de 
cet  honneur.  Il  s'éteignit  à  Paris,  dans  la  nuit  du  17  juin 
1579  ,  en  l'hôtel  du  maréchal  de  Retz,  au  faubourg  Saint- 
Honoré  (i). 

C'est  pendant  ces  quelques  années  qu'il  composa ,  faut-il 
croire ,  un  commentaire  sur  l'Arithmétique  de  P.  Ramus  (2). 

etc.,  e  Bibliotheca  Jo.  Bap.  Houivaert,  etc.  Bruxellis,  ap.  Joan.  Peper- 
manum.  Anno  1631 ,  pp.  169-175.  (Univ.  Leod.  XIII.  101. 4Ws). 

La  fille  de  Stadius ,  Catherine ,  épousa  le  fils  de  Goltzius.  Ce  fut 
l'aïeule  de  J.  Ryckius  cité  tantôt. 

(0  D'après  certains  auteurs,  Stadius  mourut  le  31  octobre  1579. 
Cette  date  est  certainement  erronée ,  car ,  dans  une  lettre  adressée  à 
Catherine  de  Clermont,  maréchale  de  Retz,  et  datée  du  24  septembre 
1579,  le  fils  de  Jean  Stadius ,  Jérôme ,  mentionne  déjà  la  mort  de  son 
père  (Voir  l'éd.  de  Flonis,  publiée  à  Anvers,  chez  Plantin,  en  1582.) 
La  date  du  17  juin  résulte  également  de  l'épitaphe  composée  par 
Juste  de  Rycke  (Ryckius)  ;  j'ajoute  cependant,  pour  être  complet, 
que  la  date  du  31  octobre  figure  sur  l'épitaphe  dressée  par  son  ami 
Jean  Matalius  Metellus  et  reproduite  dans  l'édition  des  Ephémérides 
citée  plus  haut  (  avant-dernier  fl.) 

(2)  Celte  édition  de  l'Arithmétique  de  P.  Ramus,  revue  par  Stadius, 
a  paru  à  Leiden  en  1584  (renseignement  dû  à  M.  Ferd.  van  der 
Haeghen,  le  savant  bibliothécaire  de  Gand  )  ;j'ignore  s'il  en  existe  des 
réimpressions. 


—  481  — 

Doit-on  compter  ce  dernier  parmi  les  illustrations  lié- 
geoises? S'il  descendait  d'un  gentilhomme  liégeois  que 
les  guerres  chassèrent  de  notre  pays  à  la  fin  du  XVe  siècle, 
aucun  lien  ne  semble  le  rattacher  à  la  patrie  de  ses 
ancêtres. 

Parmi  les  écrits  émanés  d'habitants  de  notre  ancienne 
principauté ,  on  doit  mentionner  deux  petits  traités  dus  à 
Guillaume  Raets ,  de  Maestricht,  tous  deux  imprimés  à 
Anvers,  une  Arithmétique  et  un  Traité  de  jeaugeage  (l). 

(\)  Je  reproduirai  intégralement  le  titre  de  ces  opuscules,  parce 
qu'ils  semblent  fort  rares  (comme  je  le  ferai  d'ailleurs  pour  tous  les 
ouvrages  peu  communs);  notre  éminent  collègue  de  Leiden,  M.  le 
docteur  Bierens  de  Haan,  déclare  n'avoir  rencontré  aucun  des  écrits  de 
W.  Raets  (V.  Bouwstoffen  voor  de  Geschiedenis  der  Wis-en  Natuur- 
Jcnndige  Wetenschappen  in  de  Nederlanden,  tweede  Verzameling , 
pp.  146-147. 

1°  Arithmetica.  Die  fundamenten  seer  grondelyck  verclaert ,  ende 
met  veel  schoonder  questien  geillustreert,  tôt  orbaer  allen  Gooplieden 
ende  anderen  handelers.  Doer  Willem  Raets  Maestrichter.  Ghedruct 
met  Previlegie.  Thantwerpen  bi  Gillis  van  Diest.  1"66. 

8°  de  112  f*  n.  ch.  Sign.  Aij  —  0.  v.  Au  v°  du  titre,  le  privilège  daté 
de  Bruxelles,  le  3  oct.  1565. 

2°)  Practycke  om  lichtelyck  te  leeren  visieren  aile  vaten  metter 
wisselroede.  Deur  Willem  Raedts  Maestrichter.  Met  privilégie 
M.  D.  LXVII. 

8°  de  32  ff.  n.  ch.  La  préface  est  datée  d'Anvers,  15  janvier  1567. 

A  la  fin  du  dernier  f4:  Men  vintse  te  coope  by  Meester  Gouaert 
Hamels  schoolmeester  woonende  by  d'oude  waghe.  Thandtwerpen. 

La  seconde  édition  a  paru  en  1580. 

Arithmetica  oft  Een  niew  Cijfferboeck,  van  Willem  Raets,  Maes- 
trichter. Waer  in  die  Fondamenten  seer  grondelijck  verclaert  en  de 
met  veel  schoone  questien  gheillustreert  worden,  tôt  nut  ende  oor- 
baer  van  aile  cooplieden  ende  liefhebbers  der  selver  consten  met 
noch  een  Tractaet  vande  Wisselroode,  met  Annotatien  verciert;  door 
Michiel  Coignet.  Thantwerpen.  Ten  huyse  van  Hendrick  Hendricsen 
inde  Leliebloeme.  1580,  met  privilégie  van  tbien  Iaeren. 

8°  de  124  ff.  n.  ch.  et  1  P  bl.  à  la  fin.  Il  y  a  un  titre  spécial  pour  la 


—  482  — 

De  l'auteur,  on  ne  sait  guère  :  il  dut  passer  une  grande 
partie  de  sa  vie  à  Anvers  et  s'y  lia  d'amitié  avec  Michel 
Coignet,  qui,  lorsque  la  mort  eut  enlevé  son  ami  à  la  fleur 
de  l'âge  ,  donna  ses  soins  à  une  nouvelle  édition  de  ses 
œuvres.  Quant  aux  écrits  de  Raets,  ils  ne  paraissent  pas 
contenir  d'idées  originales  :  c'étaient  d'ailleurs  des  traités 
pratiques,  ne  contenant  que  les  règles,  expliquées  par 
des  exemples. 

Jusqu'ici ,  nous  n'avons  pu  signaler  aucun  livre  de 
science,  imprimé  à  Liège.  A  cette  époque,  l'art  de  Guten- 
berg  venait  à  peine  d'être  introduit  dans  la  cité  épiscopale; 
quarante  ans  s'écouleront  encore  avant  qu'un  ouvrage 
scientifique  sorte  des  presses  liégeoises.  Il  faudra 
attendre ,  pour  cela  ,  l'épanouissement  d'une  période 
relativement  brillante  dans  la  vie  intellectuelle  de  la  prin- 
cipauté ,  le  règne  d'Ernest  de  Bavière. 

On  peut  voir,  dans  les  Fleurs  des  vieux  poètes  liégeois  (1), 
que  ce  règne  ne  fut  pas  sans  donner  l'essor  à  quelques 
talents  poétiques  :  on  ne  peut  refuser  de  l'inspiration  à 
Jean  Polit  et  à  Remacle  Mohy,  qui,  tous  deux,  célébrèrent 
le  prince-évêque  ;  Liège  pouvait  s'honorer  en  outre  de 
voir  dans  son  sein  Lambert  Lombart  et  Jean  Waldor. 


2»  partie.  Univ.  de  Gand.  Ace.  1590.  V.  la  description  complète  dans  le 
Bibliotheca  belgica  de  M.  van  der  Haeghen,  V°  Raets.  Le  privilège,  du 
22  mai  1576,  accorde  à  H.  Henriccsen  le  droit  de  faire  paraître  le 
livre  en  français  et  en  flamand.  Y  eut-il  une  traduction  française  de 
l'ouvrage  ? 

Il  y  a  eu ,  des  deux  ouvrages,  une  réimpression  faite  à  Anvers  chez 
Jérôme  Verdussen,  en  1597,  avec  les  annotations  et  corrections  de 
Michel  Goignet.  Un  exempl.  de  cette  édition  existe  à  Anvers  dans  la 
collection  de  M.  vanden  Eynde  (V.  Bibl.  belgica,  V°  Raets.  R.  61). 

(i)  Fleurs  des  vieux  poètes  liégeois  (1550-1650), avec  une  intro- 
duction historique  par  N.  Peetermans,  recueil  publié  par  H.  Helbig. 
Liège,  F.  Renard,  1859. 


—  483  — 

Ernest  ne  fut  pas  seulement  un  prince  épris  des  arts  et 
aimant  le  faste  :  toutes  les  sciences  paraissent  avoir  trouvé 
en  lui  un  vrai  protecteur.  Ce  serait  sortir  du  cadre  que  je 
me  suis  tracé  que  rappeler  ses  efforts  en  faveur  de  l'ins- 
truction :  la  fondation  du  Séminaire,  du  Collège  liégeois 
à  Louvain ,  l'érection  du  Collège  des  Jésuites,  remplaçant 
les  Frères  de  la  vie  commune  ,  et  enfin  ,  ses  tentatives, 
renouvelées  de  celles  de  Robert  de  Berghes ,  pour  établir 
à  Liège  une  université,  tentatives  qui  échouèrent,  cette 
fois ,  devant  l'opposition  intéressée  de  l'Université  de 
Louvain. 

Si  l'on  s'explique  que,  pendant  son  règne,  on  ait  pu 
l'accuser  de  vouloir  assurer  dans  notre  pays  le  triomphe 
de  l'ignorance  (1),  on  comprend  moins  qu'une  pareille 
accusation  ait  pu  se  renouveler  de  nos  jours  (2).  Toute  la 
vie  d'Ernest  de  Bavière  proteste  contre  une  pareille 
interprétation  de  ses  actes. 

Une  tradition  populaire ,  acceptée  par  maint  historien , 
veut  que  le  Prince-Évêque  ait  fait  ériger,  dans  le  quartier 
d'Outre-Meuse,  un  splendide  palais  où  il  cultivait  à  l'aise 
l'astrologie  et  l'alchimie. 

S'il  céda  à  cette  passion ,  bien  excusable  à  l'époque  où 
il  vivait,  il  faudrait  peut-être  encore  le  lui  pardonner,  car 
il  n'hésita  pas  à  transformer  le  palais  où  il  se  serait  livré 
à  la  recherche  de  la  pierre  philosophale  et  où  il  aurait 
essayé  de  lire  dans  les  cieux  les  arrêts  du  destin ,  en  un 
hospice  qu'il  confia  à  la  Société  de  Miséricorde  (Voyez 
l'intéressant  article  consacré  à  la  fondation  d'Ernest , 
V°  Bavière,  dans  les  Rues  de  Liège,  de  M.  Th.  Gobert). 

(i)  Voyez,  par  exemple,  l'analyse  que  donne  M.  H.  Helbig  d'un 
livret  extrêmement  rare:  Copie  van  het  Placcaet  van  cTlnquisitie 
ghemaeckt  ende  ghepubliceert  by  den  nieuiven  Bisschop  van  Luyck. 
T.  Hantwerpen.  Anno  158-2.  (Notices  sur  quelques  livres  rares  du 
XVIe  siècle;  Gand,  1864,  pp.  9-11). 

(2)  Ferd.  Henaux,  Histoire  de  Liège. 


—  484  — 

Au  surplus,  le  prince  Ernest  n'était-il  pas  bien  plutôt 
entraîné  par  un  goût  véritable  pour  l'astronomie  et  pour 
la  chimie  que  par  le  fol  espoir  de  s'enrichir  en  transmutant 
les  métaux  ou  de  découvrir,  dans  le  cours  des  astres ,  les 
secrets  de  l'avenir  ?  Il  sera  facile  de  se  convaincre  que 
telle  fut  bien  la  noble  passion  d'un  souverain  dont  on  peut 
ne  point  partager  les  vues  politiques  et  même  blâmer 
certains  actes,  mais  dont  nul  ne  pourrait  nier  la  vaste  intel- 
ligence :  il  suffira  d'interroger  les  contemporains,  de  faire 
appel  à  l'histoire,  de  rechercher  les  traces  du  mouvement 
scientifique  sous  son  règne  et  pendant  les  années  qui 
suivirent  immédiatement;  nous  y  trouverons  des  marques 
nombreuses  de  son  influence. 

Et  tout  d'abord ,  Ernest  de  Bavière  jouissait  de  la  répu- 
tation de  savant. 

En  première  ligne,  nous  pourrons  invoquer  le  Témoignage 
de  notre  illustre  Juste-Lipse. 

Obligé  par  le  soin  d'une  santé  toujours  chancelante  à 
prendre  les  eaux  de  Spa  (a),  le  grand  humaniste,  à  son 
retour  de  ce  bourg  déjà  célèbre,  s'arrêta  à  Liège  et  y 
séjourna  plusieurs  mois.  Ses  entretiens  avec  quelques 
savants  de  notre  cité  lui  donnèrent  la  pensée  de  publier  ses 
cinq  livres  des  Poliorcétiques  (2),  ouvrage  sans  nul  doute 

(  1  )  C'est  probablement  par  erreur  que  Villenfagne  place  en  1605 
un  voyage  de  Juste-Lipse  à  Spa  (*  Histoire  de  Spa,  lre  éd.  (1796), 
pp.  135-136;  *  Histoire  de  Spa,  2e  éd.  (  1803) ,  t.  I,  p.  201).  Dans  ses 
*  Recherches  sur  Vhistoire  de  la  ci-devant  principauté  de  Liège,  1817, 
t.  II,  p.  395  en  maintenant  la  date  de  1605,  il  fixe  un  premier  séjour 
chez  nous  à  Tannée  1592.  C'est  vers  1570  que  Juste-Lipse  s'arrêta  une 
première  fois  à  Liège;  ses  entretiens  avec  le  célèbre  Charles  Langius 
donnèrent  naissance  à  son  traité  de  Constantia  (V.  ce  traité,  passim., 
et  A.  le  Mire  *  Vita  Justi  Lipsii.  Antverpiae ,  apud  Dav.  Martinium, 
1609,  p.  7). 

(î)  Justi  Lipsii  poliorceticmi  sire  de  Machinis,  tonnent is,  telis. 
Libri  quinque.  Antverpiae  ,  ex  officina  plantiniana.  Apud  viduam  ,  et 
Ioannem  Moretum.  M.  D.  XCVI.  (  Bibl.  Gand ,  H-13201). 


—  485  — 

de  haute  valeur  pour  l'étude  des  antiquités  romaines,  mais 
intéressant  pour  nous,  Liégeois,  par  les  nombreux  person- 
nages qu'il  met  en  scène ,  par  les  circonstances  qu'il 
mentionne,  enfin,  par  une  dissertation  où  tout  n'est  pas 
à  rejeter,  sur  les  origines  de  Liège,  comme  l'a  montré 
naguère  M.  Kurth,  dans  un  savant  mémoire  {Les  origines 
de  la  ville  de  Liège,  Liège,  Grandmont-Donders ,  1883, 
pp.  22  et  ss.  ) 

Ce  livre,  éclos  en  quelque  sorte  sur  le  sol  liégeois, 
Juste  Lipse  le  dédie  au  Prince  dont  il  a  reçu  l'hospitalité, 
et,  dans  une  longue  préface  pleine  de  détails  sur  la  famille 
de  Bavière,  il  justifiesa  dédicace  en  ces  termes  :  «....  Ista 
sunt  in  Dignitate  tuâ  etgentis  splendore  quae  me  incitaue- 
runt  :  sed  et  operis  ut  dixi ,  Argumentum .  Quale  id  est  ? 
Mechanica  sunt  et  Poliorgetica  quae  damus,  ad  oppu- 
gnandum  aut  repugnandum.  Dupliciter  tibi  conveniunt  : 
siue  quia  delectaris,  ductu  aetherij  tui  ingenij  acrioribus 
istis  et  subtilioribus »  (Préf.  fol.  6  v°). 

Si  cette  dédicace  se  rencontrait  seule,  on  pourrait  croire 
qu'il  s'agit  de  quelque  flatterie  dont  un  érudit  paie  le  bon 
accueil  qui  lui  a  été  fait  à  la  Cour  d'un  prince  ami  du 
luxe.  Mais  voici  un  second  témoin  que  le  même  soupçon 
ne  saurait  atteindre  :  c'est  un  autre  belge  ,  le  Gantois 
Lievin  van  Hulst  (ou  Hulsius),  établi  en  Allemagne,  et 
livré  à  des  études  de  numismatique  et  surtout  de  mathé- 
matiques appliquées. 

Hulsius  avait  commencé,  en  1603,  la  publication,  en 
langue  allemande,  d'une  série  de  traités  sur  les  instru- 
ments de  mathématiques  (  l)  :  il  se  proposait  de  leur  con- 


(  1  )  Je  vais  donner  explicitement  les  titres  de  ces  divers  ouvrages, 
parce  qu'ils  sont  à  peine  mentionnés  par  les  biographes  de  Hulsius, 
ils  sont  d'ailleurs  assez  difficiles  à  rencontrer  réunis. 

*  Tractatus  primas  instrumentorum  mechanicorum  Levini  Hulsii 


—  486  — 

sacrer  quinze  monographies,  mais  la  mort  ne  lui  laissa  le 
temps  que  d'en  achever  quatre  ;  il  ne  put  môme  en  faire 
paraître  que  trois. 

ocularis  demonstratio  novi  geometrici Instrumenta,  Planimetrum  dicti. 
Francofurti  ad  Mœnum,  Ex  officina  Typogr.  Wolfgangi  Richteri 
impensis  Authoris.  M.  DG.   V.  in.  4°  de  4  ff.   n.  en.  122  pp.   6.    pli. 

I  tableau,  impr.  hors  texte. 

*  Tractatus  secundus....  quo  dilue  ideexponitur  usus  baculi  ac  noui 
quadrantis  tormentarii.  M.  DG.  V.  in  4°  17  pp.  3  pp.  bl.  1  pi. 

*  Tractatus  tertius....  quo  traditur  descriptio  atque  usus  circini 
proportionalis  lusti Burgi....  M.  DG.  V.  4°  29  pp.  3  pp.  bl.  15  pli. 

Je  possède  de  ces  ouvrages  un  exemplaire  dont  toutes  les  figures 
ont  été  coloriées  avec  le  plus  grand  soin  et  rehaussées  d'or  et  d'argent. 

II  en  est  ainsi  notamment  des  armes  du  prince,  au  verso  du  titre. 
Cet  exemplaire  paraît  tiré  sur  grand  papier,  si  on  le  compare  avec 
un  autre  exemplaire  de  ma  bibliothèque.  La  tranche  est  dorée  et 
antiquée  ;  malheureusement  la  reliure  a  disparu  et  est  remplacée 
par  un  informe  emboitage.  Serait-ce  l'exemplaire  destiné  à  notre 
Prince-Évèque  ? 

Voici  les  titres  de  l'édition  allemande  : 

*  Erster  Tractât  der  Mechanischer  Instrumenten....  Franckfurt,  In 
Verlegung  desz  Authorn.  M.  DG.  IIII.  4°  2  ff.  n.  ch.  123  pp.  1  p.  bl. 
6  pi. 

*  Ander  Tractât....  gedruckt zu  Franckfurt am Mayn,  duch  Wolffgang 
Richtern,  In  Verlegung  desz  Authorn.  M.  DC  III.  4°  20pp.  1  pi. 

*  Dritter  Traitât....  Franckfurt  am  Mayn,  in  Verlegung  Levini 
Hulsii  Wittib.  M.  DG.  VII.  4°  29  pp.  ch.  3  pp.  bl.  15  pi. 

*  Vierdter  Tractât  der  Mechanischen  Instrumenten  Levini  Hulsii. 
Grundtliche  Beschreibung  desz  Diensthafften  unnd  nutzbaren  Instru- 
ments Viatorii  oder  WegzâMers.  —  Gedruckt  zu  Frankcfurt  am  Mayn, 
bey  Erasmo  Kempffern.  In  Verlegung  desz  Authorn.  M.  DG.  XV.  4° 
23  pp. 

Ges  quatre  traités  sont  dédiés  à  HansReichard  Brômser  de  Rudesz- 
haim. 

L.  Hulsius  est  probablement  mort,  non  en  1605,  mais  au  commence- 
ment de  1006,  avant  le  mois  de  juillet,  comme  il  résulte  d'une  lettre 
de  J.  R.  Zigler,  à  Kepler  (Epistolae  ad  Joanem  Kepleruin,  1718, 
p.  354). 


-  487  - 

Il  semble  avoir  réuni,  pour  ce  travail,  une  riche  biblio- 
thèque, car  il  nous  a  conservé,  dans  l'introduction  de  ces 
écrits,  une  longue  liste  d'ouvrages  qu'il  avait  consultés. 

Quoi  qu'il  en  soit,  après  avoir  écrit,  et  même  imprimé 
en  partie  ses  travaux  en  allemand,  il  en  publia  une  tra- 
duction latine ,  et  la  dédia  à  notre  Prince-Evêque  : 
Quapropter,  dit-il, confi dens Illustriss .  Cels.  V.  innataebene- 
volentiae  ,  eiusque  erga  studia  matliematica  aniori ,  ut 
cxperientia  propria  clidici,  non  veritus  sum  haec,  (  licet 
tenuia,  si  labores  hac  in  re  à  me  suscepti,  spectentur  J 
Illust.  Cels.  V.  inscribere,  dedicare,  subq;  eius  Patrocinio 
in  lucem  edere. 

De  nouveau,  on  le  voit,  c'est  l'amour  d'Ernest  pour  les 
sciences  que  vient  invoquer  le  mathématicien  gantois. 

C'est  encore  cet  éloge  que  nous  trouvons  dans  la 
dédicace  d'un  livre  dû  au  liégeois  J.  B.  de  Glen,  Y  Histoire 
Pontificale  (1)  :  a  Des  sciences  et  disciplines  libérales,  s'écrie 
l'auteur,  oserais-je  présenter  à  V.  A.  versée  en  toutes 
sciences  &  qui  par  une  vivacité  d'esprit  a  attainct  à  une 
parfaicte  encyclopédie.  » 

Faut-il  encore  signaler  ici  les  vers  que  Dominique 
Lampson ,  un  autre  savant ,  adresse  à  la  Fontaine  de 
Tongres,  et  où  il  glisse  adroitement  l'éloge  du  Prince  (2)  ? 
Cet  éloge,  l'historien  Chapeaville  le  reproduit  et  l'amplifie 
encore,  et  il  signale  en  passant,  que  c'est  aux  connais- 
sances du  Prince  Ernest  que  les  Liégeois  doivent  de 
connaître  certaines  richesses  que  recelait  leur  sol  et  qu'ils 
négligeaient  d'exploiter  (3);  car  ce  n'étaient  pas  seulement 


(1)  *  Histoire  pontificale,  à  Liège,  chez  Amoul  de  Corsvvarem, 
l'an  1600. 

(2)  Voyez  les  vers  qui  figurent  au  commencement  de  l'ouvrage 
intitulé  :  De  la  fontaine  de  fer  de  Tungre.  Edition  de  1583.  Coll. 
Capitaine.  n°  8561. 

(3)  Chapeaville.  Gesta,  etc.,  t.  III.  p.  542-43. 


-  488  — 

les  mathématiques  que  cultivait  le  souverain  :  la  chimie 
avait  part  à  ses  faveurs,   et  s'il  faut  croire  un   médecin 
liégeois,  il  aurait  fait  lui-même  l'analyse  des  eaux  d'Ems. 
Voici  en  effet  ce   que   rapporte  Henri  de   Heer ,    dès  la 
première  édition  de  son  Spadacrene(l  ),  publié  deux  ans 

après  la  mort  de  l'évêque:  « Ita  de  empsensibus  aquis, 

chymistarum  nostri  secidi  corypheus,  piae  mcmoriae 
Ernestus  princeps  meus,  aluminosasne  an  nitrosas  vocaret, 
dubitavit,  » 

Enfin,  l'immortel  Kepler  viendra  nous  apporter  son 
témoignage.  Dans  une  lettre  adressée  au  jésuite  belge  Odo 
van  Maelcote ,  dont  nous  retrouverons  le  nom  dans  cette 
notice,  il  dit,  en  parlant  des  observations  qu'il  a  faites  des 
taches  solaires  :  Igitur  lente  convexa  Telescopii  optimi 
quod  habebarn  ex  concessu  Electoris  Coloniensis  p.  m. 
radium  Solis  excepi. 

Cette  observation  est  postérieure,  d'après  la  lettre  même 
de  Kepler,  aux  premiers  travaux  de  Galilée  (1608)  et 
antérieure  aux  observations  de  Fabricius  (1611). 

C'est  donc  vers  1610  qu'il  faut  fixer  ces  recherches  de 
Kepler.  D'un  autre  côté,  Kepler  est  né  en  1571  ;  il  n'est 
donc  pas  probable  qu'il  eût  reçu  des  instruments  astrono- 
miques avant  l'âge  de  douze  ans;  or,  Ernest  de  Bavière, 
mort  le  17  février  1612 ,  avait  revêtu  la  dignité  électorale 
en  1583.  C'est  donc  bien  certainement  à  lui  que  le  grand 
astronome  était  redevable  de  Y  excellent  télescope  dont  il  se 
servait  (2). 

(  1  )  Spudacrene.  Hoc  est,  fons  spadanus  ;  eius  singularia,  bibendi 
tnodus,  medicamina  bibentibus  necessuria.  Henricus  ab  Heer  Tunger 
Th.  et  Med.  Doct.  ex  fide  recensuit.  Leodii.  Apud  Arn.  de  Corsvva- 
remia,  Typog.  jur.  Anno  1614.  (Univ.  de  Liège. Coll.  Capitaine,  8572). 

Le  passage  cité  se  trouve  au  f1  EU.  r°. 

(2)  Jocmnis  Kepleri  aliorumque  Epistolae  mut  nue.  Lipsiae,  1718, 
in-f°,  p.  550  (  Univ.  Leod.  1,  128.  6). 


—  m  - 

Au  surplus ,  nous  ne  devons  pas  être  surpris  de  ces  rela- 
tions entre  notre  prince-évêque  et  l'homme  illustre ,  pro- 
tégé par  ses  cousins  germains,  les  empereurs  Rodolphe 
et  Mathias. 

Ernest  avait  déjà  servi  de  protecteur  à  un  autre  astro- 
nome, le  célèbre  Tycho-Brahé.  Celui-ci ,  en  butte  à  toutes 
sortes  de  vexations ,  avait  dû  quitter  son  observatoire  de 
Huenna  et  même  sa  patrie.  Le  comte  de  Rantzau  ne  crut 
pouvoir  mieux  faire ,  pour  procurer  à  l'illustre  exilé  une 
position  digne  de  son  génie,  à  la  cour  de  l'empereur,  que 
de  s'adresser  à  l'électeur  de  Cologne ,  et  de  profiter  à  la 
fois  de  son  amour  pour  les  sciences  et  de  son  influence  sur 
l'empereur  et  sur  son  secrétaire  Barwitz. 

Le  prince-évêque  ne  manqua  pas  d'intervenir  en  faveur 

de  Tycho-Brahé;  bien  plus,  il  écrivit  à  Rantzau  que  si, 

contre  son  attente,  l'empereur  ne  mettait  pas  le  savant 

danois  à  même  de  poursuivre  ses  travaux,  lui-même  ne 

.  manquerait  pas  de  lui  en  fournir  les  moyens  (i). 

Il  s'en  est  donc  fallu  de  peu  que  Liège  n'eût  la  gloire 
de  donner  asile  au  célèbre  astronome  (année  1598). 

Notre  prince  ne  se  bornait  pas  à  être  un  généreux 
Mécène ,  le  protecteur  fastueux  des  savants  :  nous 
l'avons  vu  en  ce  qui  regarde  la  chimie,  il  travaillait 
lui-même. 

Il  semble  qu'il  en  fut  ainsi  pour  la  mécanique  et  les 
mathématiques  pures:  c'est,  en  effet,  ce  que  l'on  doit 
conclure  des  termes  employés  par  un  géomètre  célèbre , 
Adrien  Romain,  dans  sa  dédicace  à  noire  prince,  de  son 
Canon  triangulorum  sphsericorum  (2). 


(0  Tychonis  Bràhei,  eqvitis  dani  Vita.  Authore  Pdro  Gassendo. 
Parisiis,  Apud  Viduam  Math.  Dvpvis.  M.  DC.  LIV.,  pp.  169  et  182. 
(Univ.Leod,  I.  I.S.). 

(2)  Adriani  Romani  Canon  triangulorum  sphœricontm.  Moguntiae, 


—  490  — 

Le  savant  professeur  de  Louvain ,  et  ensuite  de  Wurtz- 
bourg,  mentionne  d'abord,  avec  complaisance,  la  protec- 
tion que  l'électeur  accorda  à  Lazare  Schoner,  à  Gérard 
Stempel  et  Adrien  Zelst ,  dont  nous  parlerons  bientôt  ; 
il  rappelle  la  joie  qu'il  a  éprouvée  en  voyant,  cinq  ans 
auparavant  (donc  en  1604),  la  sphère  et  l'astrolabe  de 
Gemma  Frisius  en  la  possession  du  prince  ;  puis  il  ajoute 
ces  paroles  significatives  :  Ce  que  je  pense  de  vos  prof  ondes 
connaissances  en  mathématiques,  ou  plutôt  ce  qu'en 
pensent  les  hommes  les  plus  illustres ,  je  le  dirai  d'un  seul 
mot  :  il  en  est  peu,  même  parmi  ceux  qui  se  flattent  du  titre 
de  mathématiciens ,  que  j'oserais  mettre  en  parallèle  avec 
Votre  Altesse;  car  bien  que  les  sciences  mathématiques 
soient  multiples,  comme  je  l'ai  montré  ailleurs  dans  un 
ouvrage  spécial ,  Votre  Altesse  se  les  est  rendues  tellement 
familières  qu'elle  est,  au  jugement  de  tous,  parvenue  au 
sommet  de  chacune  d'elles. 

Les  diverses  machines,  utiles  pour  la  guerre  et  pour  la 
paix,  d'une  invention  admirable ,  d'une  exécution  parfaite, 
prouvent  votre  habileté  et  sont  telles,  que  ceux  qui  prennent 
le  titre  glorieux  d'ingénieurs  sont  remplis  d'admiration  en 
les  voyant  et  avouent  ingénuement  que  ce  qu'ils  regardaient 
comme  leurs  inventions  les  plus  sublimes,  pâlissent  au  prix 
des  vôtres. 

Passerai-je  sous  silence  cette  invention  divine  par  laquelle 
Votre  Altesse  a  établi,  entre  les  poids  et  mesures  de  tous 
genres,  une  harmonieuse  liaison  au  point  que,  sous  une 
seule  dénomination  civile  ,  ou ,  pour  parler  en  arithméti- 
cien ,  dans  une  seule  progression  géométrique,  tous  les 
poids,   toutes  les  longueurs,   toutes  les  surfaces,  tous  les 

Ex  officina  Joannis  Albini ,  Anno  M.  DG.  IX.  (Univ.  Lovan.  Scient. 
325.  Exemplaire  d'Adrien  Romain  avec  quelques  corrections  de  sa 
main.  ) 


—  491  — 

volumes  trouvent  leur  mesure.  Certes,  tant  que  les  arts 
libéraux  seront  en  honneur,  tant  qu'ils  seront  utiles  ,  tant 
que  le  monde  lui-même  subsistera,  cette  découverte  excitera 
l'admiration  des  hommes. 

Ernest  de  Bavière  avait  sans  doute  rêvé  de  ramener 
toutes  les  mesures  à  une  seule  unité.  Hélas,  malgré  les 
promesses  d'Adrien  Romain,  sa  découverte  est  tombée 
dans  l'oubli. 

Les  citations  que  nous  avons  faites  montrent  suffisam- 
ment déjà  la  prédilection  du  souverain  liégeois  pour 
l'astronomie ,  mais  il  en  existe  une  preuve  plus  décisive 
encore ,  c'est  le  fait  qu'Ernest  de  Bavière  entretenait  à 
Liège  même,  dans  son  palais,  Gérard  Stempel,  de  Gouda, 
et  Adrien  Zelst ,  et  que  ces  deux  savants  publièrent ,  à  ses 
frais,  le  premier  livre  de  science  sorti  des  presses  lié- 
geoises. Nous  avons  naguère ,  après  bien  d'autres  ,  rappelé 
ce  détail  de  la  vie  du  prince-évêque.  Qu'il  nous  soit 
permis  d'y  revenir,  en  consacrant  quelques  lignes  au 
travail  des  deux  savants  attachés  à  la  cour  de  Liège.  (1  ). 


(1)  *  XJtriusque  astrolabii  tant  particularis  quant  universalis 
fabrica  et  usus ,  sine  îtlUits  Betis  mit  Dorsi  adminiculo.  Auctoritate, 
auspiciis  et  impensis  sermi  principis  Ernesti  Elcctoris  Coloniensis , 
Ducis  Bavariae,  &c.  Studio  vero ,  &  industriel  D.  Gerardi  Stenipelij 
Goudani,  &  M.  Adriani  Zelst ij,  in  Lucent  jam  prinvum  emissa.  Leodii, 
Typis  Christian!  Ouvverx,  Typ.  S.  G.  jurati.  M.  D.  Cil.  Cum  Frivi- 
legiis. 

In-4°  de  4  ff.  n.  ch.  204  pp,  ch.  6  pp.  n.  ch.  1  pi.  gr.  représentant 
l'astrolabe.  Portrait  de  Stempel ,  à  l'âge  de  56  ans ,  gravé  en  1602. 
•  L'exemplaire  que  je  possède,  relié  en  vélin  blanc,  avec  ornements 
dorés,  porte  sur  les  plats  les  armes  de  Maximilien,  archiduc  d'Au- 
triche, grand-maître  de  l'Ordre  teutonique,  né  en  1558,  mort  en  1618. 
C'était  le  cousin  germain  d'Ernest  de  Bavière  et ,  comme  la  plupart 
des  princes  de  sa  maison ,  il  s'occupait  d'astronomie  (V.  J.  Keppleri 
Epistolae ,  op.  cit.  p.  418).  Il  y  a  donc  lieu  de  croire  que  l'exemplaire 
actuel  provient  directement  d'Ernest  de  Bavière,  qui  l'aura  adressé  à 


—  492  — 

On  sait  de  quelle  importance  fut,  pour  toute  l'astronomie 
du  moyen-âge, l'instrument  appelé  Astrolabe.  Mieux  encore 
que  notre  théodolite,  il  méritait  le  nom  d'instrument  uni- 
versel ,  car  à  lui  seul  il  pouvait  constituer  presque  tout  le 
matériel  scientifique  d'un  observatoire  :  il  remplaçait  à  la 
fois  le  cercle  méridien  et  les  cercles  de  l'équatorial  ;  il  per- 
mettait les  observations  dans  tous  les  azimuths  ;  au  besoin  , 
il  remplaçait  les  tables  numériques  et  servait  à  la  solution 
graphique  de  tous  les  problèmes  d'astronomie. 

Fondé  sur  le  principe  de  la  projection  stéréographique  , 
il  avait  été  l'objet  de  mainte  modification,  mais  toutes  ces 
transformations,  de  peu  d'importance,  permettaient 
cependant  de  classer  les  instruments  en  deux  groupes; 
V Astrolabe  particulier  et  V Astrolabe  universel,  (l).  Stempel 

son  cousin.  C'est  le  seul ,  à  ma  connaissance,  qui  contienne  le  portrait 
■de  Stempel.  11  existe,  de  ce  livre,  un  exempl.  incomplet  à  la  Bibl.  de 
l'Université  de  Liège,  collect.  Capitaine,  3907,  un  exemplaire  com- 
plet (sauf  le  portrait)  à  l'Université  de  Gand  (math.  1003),  un  autre 
exempl.  incomplet  dans  le  même  dépôt. 

M.  de  Theux  en  possède  également  un  exemplaire ,  qui  ne  doit 
contenir  ni  le  portrait,  ni  la  planche,  car  il  n'en  indique  pas  l'exis- 
tence dans  la  Bibliographie  liégeoise. 

11  existe  ,  de  l'ouvrage  de  Stempel,  une  édition  d'Arnhem ,  de  1619, 
in-4°.  Elle  est  mentionnée,  à  l'exclusion  de  celle  de  Liège,  par  Fr. 
Sweertius,  Athenae  Belgicae  ,p.  286  jValere  André  (1643),  p.  284; 
Foppens,  p  360.  Lalande,  dans  sa  Bibliographie  de  /' Astronomie,  qui 
mentionne  pp.  139  et  172  les  éditions  de  1602,  et  1619,  indique  une 
édition  d'Arnhem,  1629,  in-4°.  Cette  édition  de  1629  n'existe  proba- 
blement pas  plus  que  celle  de  1609,  signalée  dans  la  Bibl.  générale  de 
l'astronomie  de  MM.  Houzeau  et  Lancaster. 

(l)  La  théorie  de  ces  instruments  est  spécialement  exposée  dans 
l'ouvrage  de  J.  Stoefler.  *  Elucidatio  fabricae  ususque  astrolabii, 
Impressum  Oppenheym.  Anno  1512,  qui  a  été  souvent  réimprimé, 
la  dernière  fois  probablement  à  Cologne  en  1594  (Univ.  Leod  1. 132,2); 
et  dans  celui  de  Gemjia  Frisius.  De  Astrolabio  catholico  liber ,  dont 
un  exempl.  de  l'édition  d'Anvers  1583,  se  trouve  à  l'Université, 
I.  105.  1. 


—  493  — 

et  Zelst  simplifièrent  considérablement  les  deux  espèces 
d'Astrolabes  en  en  supprimant  toute  une  partie  ;  ils  mon- 
trèrent ,  en  suivant  pas  à  pas  la  marche  du  célèbre  astro- 
nome Gemma  Frisius,  que  l'on  pouvait ,  à  l'aide  de  leur 
instrument  simplifié,  résoudre  les  questions  comme  à 
l'aide  de  l'instrument  primitif.  La  face  restée  libre  était 
utilisée  pour  une  projection  stéréographique  du  globe 
terrestre.  (1). 

C'est  aussi  sous  le  règne  d'Ernest  de  Bavière  que  nous 
rencontrons  Gilles  Guillon,  l'auteur  des  premiers  ouvrages 
de  mathématiques  pures  imprimés  à  Liège. 

Il  débuta  par  un  traité  d'arithmétique  (  2  ) ,  sorti  des 
presses  de  Léonard  Streel  en  1604.  Il  le  dédie  à  François 
et  Maximilien  de  Billehé ,  fils  de  Charles  de  Billehé,  l'un 
des  interlocuteurs  de  Juste-Lipse  dans  le  traité  des  Polior- 
cétiques.  Le  privilège,  daté  du  18  décembre  1603 ,  est 
signé  de  Wachtendonck ,  un  autre  des  personnages  qui 
prennent  part  aux  entretiens  de  l'illustre  humaniste. 

Ce  livre,  il  faut  l'avouer,  ne  se  distingue  par  aucun 
mérite  spécial  :  c'est  un  simple  traité  d'arithmétique  pra- 
tique, entremêlé  de  réflexions  contre  les  hérétiques. 
L'auteur  s'excuse  de  ce  mélange  qu'il  n'a  fait,  dit-il,  que 
pour  servir  d'antidote  contre  la  malice  de  Léon  Mellema 


(  0  Le  principe  delà  modification  introduite  par  Stempel  et  Zelst 
est  approuvé  par  Isaac  Habrecht  dans  son  *  Planiglobium  coelcste 
ac  terrestre,  p.  21  de  l'éd.  de  1666,  donnée  par  Jean  Christophe 
Sturm,  à  Nuremberg. 

(2)  Institution  de  V 'arithmétique  arec  les  gettons  et  la  croye,  etc., 
composée  nouvellement  par  Giïle  Guillon ,  Pasteur  de  S.  Marguerite, 
près  la  Cite  de  Liège.  Et  dédiée  aux  Nobles  et  Généreux  Seigneurs 
François  et  Maximiliande  Bille.  A  Liège,  par  Léonard  Streel,  impri- 
meur iure.  M.  D.  GlIIL 

ln-8°,  8ff.  n.  ch.  237  pp.  3  pp.  n.  ch.  Parachevé  le  12  en  mars  1604. 
(Univ.  Leod.I.  9.  2). 


—  494  — 

lequel  sous  prétexte  d'esclercir  l'arithmétique  introduit  une 
pérégrination  avec  intention  de  renverser  par  ses  irrisions 
et  blasphèmes  l'Eglise  Romaine. 

C'était  le  premier  essai  du  curé  de  Sainte-Marguerite. 

Entraîné  par  son  amour  des  sciences,  Guidon  résigne 
sa  cure  et  se  rend  à  Rome ,  où  l'enseignement  des  mathé- 
mathiques  était  entre  les  mains  du  célèbre  jésuite  Chris- 
tophe Clavius.  On  peut  conclure  d'un  passage  du  livre  (l) 
que  nous  allons  mentionner  que  le  prêtre  liégeois  consacra 
trois  ans  à  l'étude  de  sa  science  favorite.  C'était  peu  pour 
en  parcourir  le  cycle ,  surtout  à  cette  époque  où  les 
méthodes  ne  brillaient  pas  toujours  par  la  concision  : 
d'après  notre  auteur,  cinq  années  n'étaient  pas  de  trop 
pour  étudier  l'arithmétique ,  l'algèbre  et  la  géométrie , 
«  car  a  un  diligent  et  ingénieux  disciple  pour  bien  com- 
prendre &  apprendre  Vart  (d'arithmétique),  il  faudrait 
pour  le  moins  un  an  entier,  deux  pour  la  géométrie  & 
autant  pour  l'algèbre.  Il  est  vrai  qu'à  son  arrivée  à  Rome, 
notre  compatriote  n'était  plus  un  ignorant. 
.  Quoi  qu'il  en  soit,  c'est  vers  1610  que  Guidon  revint  à 
Liège  ;  c'est  donc  vers  1607  qu'il  faut  placer  son  départ 
pour  Rome,  et  c'est  entre  ces  deux  dates  qu'il  fut  un  des 
auditeurs  du  père  Clavius. 

Séduit  par  la  clarté  d'exposition  qui  distinguait  l'illustre 
réformateur  du  calendrier,  Guidon  résolut  de  traduire 
Y  Algèbre  (2)  que  son  maître  venait  de  publier.  Il  se  mit  à 

(  i  )  L' Algèbre  de  Christophe  Clavius ,  de  la  Société  de  Jésus ,  mathé- 
maticien, sommairement  recueillie,  et  traduite  du  Latin  par  Gille 
Guillon,  prestre  liégeois,  du  collège  de  S.  Martin,  enrichie,  etc. 
A  Liège,  chez  Léonard  Streel,  imprimeur  iuré,  à  S.  Sébastian, 
derrière  S.  Pierre.  M.  DG.  XII.  in-4°.  8  ff.  n-ch.  282  pp.  ch.  7  (T.  n-ch. 
(Univ.  Leod.,  I,  18.  1). 

(2)  *  Algébra  Christophori  Clavli  Bambergensis  e  Socictate  Jesu. 
Romae.  Apud  Bartholomaeum  Zannettum.  Anno  M.  DG.  VIII.  Supe- 
riorum  permissu. 


—  495  — 

l'œuvre  le  10  novembre  1610  et,  après  quatre  mois  de 
labeur,  il  avait  achevé  son  travail  le  9  mars  1611. 

Notre  géomètre  eût  pu  mieux  choisir,  surtout  s'il  voulait 
faire  progresser  sa  science  de  prédilection. 

L'Algèbre  de  Clavius  a ,  on  ne  le  peut  nier,  des  qualités 
de  clarté,  mais  elle  n'est  pas  ce  que  l'on  eût  pu  espérer  de 
l'astronome  qui,  dans  la  question  du  calendrier,  eut  l'avan- 
tage sur  Viète  ,  du  savant  commentateur  d'Euclide  ,  de 
l'auteur  d'un  des  meilleurs  traités  d'arithmétique  du 
XVIe  siècle. 

Bien  qu'il  cite  les  travaux  de  Cardan,  de  Bombelli,  de 
Viète,  Clavius  ne  se  les  approprie  point  ;  il  ne  dépasse  pas 
les  équations  du  second  degré  et  son  livre  n'est,  à  vrai 
dire,  qu'une  rédaction  nouvelle  de  l'œuvre  maîtresse  de 
Michel  Stifel,  Y Arithmetica  intégra  (î). 

Clavius  n'a  accentué  en  aucune  manière  le  magnifique 
mouvement  qui ,  au  XVe  siècle  et  au  commencement  du 
XVIe,  avait  fait  des  pays  de  langue  germanique  le  centre 
des  progrès  de  l'algèbre  ;  il  ne  fut  pas  le  continuateur  de 
la  grande  école  des  Regiomontan ,  des  Christophe  Jauer , 
des  Stifel  ;  il  ne  fut  que  le  pâle  reflet  de  ce  dernier  et, 
chose  étrange,  il  ne  le  cite  pas,  au  moins  dans  l'édition 
originale  de  son  Algèbre. 

Une  seule  fois,  dans  l'édition  in-folio  parue  à  Mayence 
en  1612  et  qui  fait  partie  <le  ses  œuvres  complètes, 
figure  le  nom  du  célèbre  algébriste,  avec  la  qualification 
de  nobilis  arithmeticus.  Clavius  aurait-il  sciemment  évité 
de  citer  le  nom  du  grand  mathématicien ,  une  des  gloires 
de  la  patrie  allemande  ?  La  mention  qu'on  trouve   dans 


(i)  *  Arithmetica  intégra  Authore  Michaele  Stifelio.  Campraefatiouc 
Fhilippi  Melanchtonis.  Norimbergae  apud  Johann.  Petreium.  Anno 
Christi  M.  D.  XLIIII.  (Bibl.  de  l'Univ.  de  Leiden,  534.  F.  21.  La  bibl. 
plantinienne  d'Anvers  en  possède  également  un  exempl.  ) 


—  496  — 

Sédition  de  Mayence,  et  qui  ne  figure  pas  dans  celle  de 
Rome,  ne  ferait-elle  pas  croire  plutôt  que  le  censeur  aura 
fait  disparaître  du  texte  de  cette  dernière  toute  trace  du 
fougueux  géomètre  qui  voyait  dans  le  pape  Léon  X  la 
bête  de  l'Apocalypse  (  l  )  ? 

Mais  il  est  temps  de  revenir  à  notre  traducteur. 

Guillon,  avant  d'étudier  sous  la  direction  de  Clavius, 
s'était  familiarisé  avec  la  règle  de  la  chose.  Il  fait  précéder 
la  traduction  de  l'Algèbre  d'un  avant-propos  de  57  pages , 
exposé  suffisamment  clair  des  opérations  de  l'arithmétique, 
y  compris  l'extraction  des  racines  de  tous  les  degrés.  C'est 
pour  cet  objet  qu'il  reproduit,  à  la  suite  de  Stifel,  comme 
la  plupart  des  géomètres  du  XVIe  siècle,  le  tableau  qui  devait 
devenir  si  célèbre  sous  le  nom  de  triangle  arithmétique  de 
Pascal  (2).  Il  y  cite,  à  diverses  reprises,  le  traité  d'Etienne 
de  la  Roche  (  3  ) ,  et  l'on  voit  aisément  à  ses  citations  qu'il 
a  eu  cet  ouvrage  entre  les  mains.  Il  le  cite  encore  dès  les 
premières  lignes  de  sa  traduction  et  lui  emprunte  sa  défi- 
nition de  l'algèbre,  que  la  Roche  n'avait  fait  lui-même 
qu'emprunter  à  Nicolas  Chuquet  (4). 

(i)  Au  sujet  d'autres  aberrations  de  Stifel,  on  peut  lire  une  curieuse 
note  de  M.  Terquem,  insérée  au  Bulletin  de  Bibliographie,  d'Histoire, 
et  de  Biographie  mathématiques,  t.  I,  pp.  81-82.  (Univ.  Leod.,  I.  1.  11). 

(2)  *  Traité  du  triangle  arithmétique  avec  quelques  autres  petits 
traitez  sur  la  mesme  matière ,  par  Monsieur  Pascal.  A  Paris ,  chez 
G  Desprez.  M.  DG.  LXV. 

(  n  )  *  U Arismetique  &  Géométrie  de  maistre  Estienne  de  la  Roche 
dict  Villefranche,  etc.  On  les  uend  à  Lyon,  à  l'enseigne  de  la  Sphaere 
cheulx  Gilles  et  Jaques  Huguetan  frères,  153S.  La  lre  éd.  est  de  1520. 
Voir  6ur  ce  livre  le  Bullettino  de  prince  Boncompagni ,  t.  XIII. 

(1)  *  Le  triparty  ru  lu  science  des  nombres ,  par  Maistre  Nicolas 
Chuquet ,  parisien. 

Cet  important  traité  du  XVe  siècle  a  été  publié  dans  le  Bullettino 
du  prince  Boncompagni,  t.  XIII,  1880  (et  supplément  en  1882)  par 
notre  savant  ami,  M.  Aristide  Marre. 


-  497  - 

Il  mentionne  également  l'Algèbre  de  Jacques  Peletier  (l) 
et  rapporte  à  peu  près  textuellement  sa  définition  de 
l'algèbre.  Le  nom  de  Tartalea  revient  à  plusieurs  reprises 
sous  sa  plume. 

Par  la  traduction  de  l'Algèbre  de  Clavius,  Guillon  ne 
put  donc  faire  progresser  la  science  d'une  façon  appré- 
ciable, mais  il  eut  peut-être  l'avantage  de  lui  gagner  des 
adeptes  dans  notre  pays,  surtout  si  l'on  en  juge  par  les 
pièces  de  vers  qui  lui  sont  adressées  et  qui,  suivant  l'usage 
du  temps,  sont  insérées  dans  son  ouvrage.  L'impression 
de  son  livre  est  d'autant  plus  à  signaler  que,  pendant  au 
moins  deux  siècles,  on  attendra  l'apparition,  à  Liège,  d'un 
nouveau  livre  d'algèbre  (2). 

Il  n'est  point  surprenant  que  nos  imprimeurs  ne  fussent 
point  outillés  pour  imprimer  le  traité  de  leur  compatriote  ; 
ils  ne  possédaient  point  les  signes  cossiques  dont  Clavius 
faisait  encore  usage.  Guillon  dut  recourir,  pour  obtenir 
ces  caractères,  à  un  graveur  liégeois,  Lambert  Damery,  qui 
était  en  même  temps  géomètre  ;  c'est  au  moins  ce  que 
l'on  peut  conclure  des  vers  que  l'auteur  adresse  à  son  ami: 

Lambert o  d'Ameri  mathematico. 
et  sculptori  Leodiensi. 

Te  quoque  crede  operis  cTAmeri  Lamberte  manebit 

Insolitos  propter  gloria  magna  typos. 

Belgica  te  solum  qui  Gossica  signa  pararet 

Repperit  aut  faciles  ad  mea  scripta  Cubos. 

Ipsa  quoque  inuentrix  artis  Germania  tantae 

Diciturad  numéros  obstupuisse  tuos. 

Plus  minus  ad  signum  cum  Radicale  reponis, 

Ostendis  magna  quantus  in  arte  fias. 

Viue,  nouosque  emitte  Globos,  Lunaeque  recessus 

Accessus  Solis  perdoceasque  nouos. 

(i)  *  L' Algèbre  de  Jaque*  Peletier  du  Mans  ;  départie  an  deits 
Liures.  A  Très  illustre  Signenr  Charles  de  Cosse,  Maréchal  de  France. 
A  Lion,  par  Ian  de  Tournes.  M.  D.  LIIII  Avec  Priuilege  de  la  Gour. 

(2)  Je  ne  pense  pas  me  tromper  en  disant  que  le  premier  traité 
d'Algèbre,  édité  à  Liège,  après  celui  de  G.  Guillon,  est  V Algèbre  de 
M.  Forir,  imprimé  chez  P.  J.  Collardin,  en  1825,  et  souvent  réimprimé 
depuis. 


-  498  - 

Les  derniers  vers  font  allusion  à  un  autre  fait,  que  nous 
rapporterons  tantôt,  concernant  le  graveur  liégeois, 
et  où  nous  trouverons  réunis  les  noms  de  Damery  et 
d'Odon  van  Maelcote,  un  savant  astronome  qui  n'épargna 
point  les  éloges  au  livre  de  Guillon,  à  ce  que  rappelle  le 
chanoine  Oley  dans  son  approbation  de  cet  ouvrage. 

Mais  il  nous  faut,  avant  de  quitter  Gilles  Guillon,  men- 
tionner ce  que  nous  savons  de  ses  dernières  années. 

De  retour  dans  sa  patrie,  l'ancien  curé  de  Ste-Margue- 
rite  avait  obtenu  une  prébende  de  chanoine  dans  l'église 
collégiale  de  S'-Martin,  mais  il  semble  tourmenté  du 
besoin  de  quitter  de  nouveau  son  pays  :  le  repos  paraît 
lui  peser.  Aussi  le  voyons-nous  bientôt  en  Bourgogne, 
à   Grancey,  dont  il  devient  doyen  (  ]  ). 

Il  trouva  le  temps,  tout  en  remplissant  les  devoirs  de  sa 
charge,  d'enseigner  les  mathématiques  aux  enfants  du 
comte  de  Grancey. 

Il  s'agit  sans  doute  des  fils  de  Pierre  Rouxel,  baron  de 
Medavy,  comte  de  Grancey  par  son  mariage  avec  Char- 
lotte de  Hautemer,  fille  de  Guillaume,  comte  de  Grancey, 
maréchal  de  France  (2). 

S'il  en  est  bien  ainsi,  ses  élèves  lui  firent  honneur  ; 
l'un,  Jacques,  comte  de  Grancey,  né  en  1602 ,  maréchal 
de  camp  dès  1636,  devint,  après  une  disgrâce  passagère, 
maréchal  de  France  et  chevalier  de  l'Ordre (3)  ;un  second, 

(0  Valère  André,  *  Bibliotheca Belgica,  p.  26  (Ed.  de  1643);Villen- 
facne,  *  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  civile,  politique  et  littéraire 
du  ci-devant  Pays  de  Liège,  pp.  269-271. 

(î)  Voy.  Moreri,  V°  Rouxel,  (t.  VII,  p.  218  de  l'éd.  de  1740). 

(3)  [A  la  bataille  deThionville(7  juin  1639)]  la  cavalerie  Françoise 
ne  fit  rien  qui  vaille,  l'Infanterie  gueres  mieux.  Et  l'on  s'en  prit  au 
Comte  de  Grancey,  Maréchal  de  camp,  depuis,  Maréchal  de  France, 
et  au  Marquis  de  Praslin,  Mestre  de  camp  General  de  la  cavalerie, 
qui  en  furent  mis  à  la  Bastille  (  *  Discours  du  comte  de  Bussy 
Rabutin  a  ses  enfaus  sur  le  bon  usage  des  adversités,  et  les  divers 
événemens  de  sa  vie.  Paris,  Anisson,  M.  DG.  XGIV.  p.  200.) 


—  499  — 

François,  fut  archevêque  de  Rouen ,  et  le  troisième , 
Guillaume,  tige  des  comtes  de  Marey,  maréchal  de  camp. 
Celui-ci  mourut  de  blessures  reçues  au  combat  de  Briare, 
en  1652. 

Guillon  ne  put  voir  la  haute  fortune  à  laquelle  par- 
vinrent ses  disciples  :  accablé  de  maladies,  il  mourut  à  la 
fleur  de  l'âge,  dit  Valère  André,  regretté  du  comte  de 
Grancey  et  de  ses  enfants. 

Si ,  comme  il  est  probable  ,  Valère  André  rapporte 
exactement  les  circonstances,  Guillon  dut  mourir  avant 
1618,  car  le  comte  Pierre  de  Grancey,  mourut  lui-môme 
le  31  décembre  1617.  Ce  serait  alors  une  erreur  d'Abry 
d'avoir  fixé  à  1620  l'époque  de  la  mort  du  mathématicien 
liégeois  (î) 

Outre  les  ouvrages  que  nous  avons  cités  ,  Guillon  fit 
paraître  un  livre  intitulé  :  De  invocatione  et  intercessione 
sanctorum ,  unà  cum  Vita  Sli-Leonardi  ;  il  laissa  manus- 
crits une  Métlwde  de  fortification,  un  Abrégé  d'Arithmé- 
tique ,  une  Optique,  un  traité  d'Astronomie.  (V.  Valère 
André,  loc.  cit.). 

Nous  pouvons  maintenant  revenir  à  Damery  et  à  Van 
Maelcote. 

Ce  dernier,  né  à  Bruxelles,  avait  écrit,  avant  son  départ 
pour  Rome,  vers  1600,  un  petit  traité  de  l'Astrolabe.  Il 
en  avait  confié  une  copie  à  Lambert  Damery.  Celui-ci  grava 
le  dessin  de  l'instrument.  Nous  n'avons  pas  eu  l'heureuse 
fortune  de  découvrir  d'exemplaire  de  cette  figure  ,  mais  le 
fait  est  attesté  par  lo  fils  de  Lambert,  Léonard  Damery, 
dans  la  préface  d'un  petit  opuscule  qu'il  fit  paraître  à 
Bruxelles  en  1607. 

Cet  opuscule  n'est  autre  chose  que  la  description  som- 


(i)  Les  hommes  Illustres  delà  nation  liégeoise,  p.  76. 


—  500  — 

maire  (1)  de  l'astrolabe  de  van  Maelcote.  L'astronome 
bruxellois  avait  eu  une  idée  heureuse  qui ,  de  nos  jours , 
a  été  appliquée  à  un  objet  bien  différent. 

L'astrolabe,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  a  pour  principe 
la  représentation  stéréographique  de  la  sphère;  de  cette 
façon  les  cercles  de  la  sphère  se  conservent  dans  l'image, 
mais  il  arrive  que  les  points  voisins  du  centre  de  projec- 
tion sont  projetés  en  dehors  du  tableau. 

Van  Maelcote,  comme  il  y  a  quelques  années,  C.  Neu- 
mann  dans  la  théorie  des  fonctions  d'une  variable  imagi- 
naire, prend  deux  centres  de  projection  diamétralement 
opposés. 

La  description  de  l'instrument  de  van  Maelcote,  com- 
paré aux  autres  du  même  genre  ,  fait  l'objet  d'un  livre  plus 
étendu  que  l'opuscule  de  Damery,  livre  publié  à  Rome 
en  1610  par  Valerianus  Regnartius  Belga  (2).  Ce  nom  ne 
serait,  d'après  Ad.  Quetelet,  qu'un  pseudonyme  de  van 
Maelcote  ;  il  nous  semble  plus  probable  que  V.  Regnartius 
est  un  élève  du  savant  Jésuite,  qui  aura  voulu  contribuer 
à  la  gloire  de  son  maître,  comme  l'avait  fait  avant  lui, 
Léonard  Damery. 

Nous  avons  mentionné  tantôt  le  père  de  Léonard,  Lambert 
Damery.  Outre  les  travaux  de  gravure  que  nous  venons 
de  citer,  Lambert  a  laissé  un  traité  de  géométrie  pratique, 
resté  manuscrit  et  qui  se  trouve  aujourd'hui  à  la  Biblio- 
thèque  nationale  de  Paris  (3). 


(0  Astrolàbium  aequinoctiale  Odonis  Malcotij Bruxellensis.  E  socie- 
tate  Iesu.  Per  modum  compendij.  A  Leonardo  Damerio  Leodiensi  in 
lucem  editum.  Bruxellae,  Apud  Rutgerum  Velpium  Bibliop.  jur  1G07. 

8°  de  8  ff.  n.  ch.  (  Bibl.  roy.  de  Belgique,  Fonds  van  Hulthem  8416). 

(2)  *  Astrolàbiorum  scu  utriusqueplanisphaerii  universalis  et  particu- 
laris  usus.  Per  modum  compendii  traditus  a  Valeriano  Regnartio 
Belga.  Bomae  ap.  Barth.  Zannettum.  M.  D.  GX. 

(3)  Ms.  français  2058  (Mazarin).   Livre  contenant  les  partie  est 


-  501  — 

A  notre  connaissance,  les  deux  Damery,  dont  nous 
venons  de  rappeler  le  souvenir ,  ne  sont  mentionnés  par 
aucun  biographe  ou  historien  liégeois. 

L'algèbre  de  Guillon  avait  paru  l'année  même  de  la  mort 
d'Ernest  de  Bavière;  l'avènement  de  son  successeur, 
Ferdinand ,  l'ut  salué  par  un  autre  mathématicien  liégeois 
dont  il  ne  reste  guère  que  le  souvenir. 

Otger  (ou  Oger)  de  Vivier  (du  Vivier,  des  Viviers,  à 
VivariisJ ,  né  à  Villers  S'-Siméon ,  chanoine  et  chapelain 
de  Sl-Jean-Evangéliste.  fut,  paraît-il,  un  helléniste  et  un 
mathématicien  distingué  (1).  A  l'occasion  de  l'inauguration 
de  Ferdinand  de  Bavière,  il  publia  chez  Léonard  Streel, 
un  travail  dont  le  titre  a  bien  quelque  apparence  astrolo- 
gique :  De  constitutione  figarae  coelestis  tempore  Inau- 
gurationis  Ferdinandi ,  Principis  Leodiensis  die  xxvii 
Januarij  anno  clo.  loc.  xiii,  in-4°. 

L'auteur  est  cité  en  1618  et  en  1634  (2). 

Nous  serions  bien  tenté  d'assimiler  à  Otger  de  Vivier  YOt- 
gerus,vir  doctus  ne  peritus  mathematicus  qui,  à  la  demande 
de  Wendelin,  observa  à  Liège  l'éclipsé  de  lune  du  27 
octobre  1632;  le  chanoine  de  S'-Jean  vivait  encore  à  cette 
époque  et  il  semble  le  seul  liégeois  auquel  s'appliquent  les 


usages  du  quarré  géométrique,  par  Lambert  Damery,  ligeois  (sic) 
XVIIe  siècle.  (Cat.  des  Mss.  français  de  la  Bibl.  impériale,  t.  I.  p.  353. 
Col.  I.  et  Invent,  général  des  Mss.  français  de  la  Bibl.  nat.  par  Léop. 
Delisle,  t.  II.  p.  240,  Paris,  1878. 

(\)  Mathematicus  insignis,  ac  Graecè  Latinèque  insigniter  eruditus 
dit  Valère  André,  Bibl.  Belgica,  p.  709.  Paquot  et  Becdelièvre 
délayent  quelque  peu  la  notice  de  cet  ancien  bibliographe,  sans  y 
rien  ajouter. 

(s)  Annuaire  de  la  noblesse  de  Belgique,  1862,  généalogie  de  la 
famille  du   Vicier ,  p.  230. 


-  502   - 

qualificatifs  employés  par  Wendelin,  si  voisins  de  ceux 
dont  Valère  André  fait  usage,  (l). 

Vers  la  même  époque  vivait  à  Liège  un  autre  géomètre 
dont,  heureusement  les  œuvres  subsistent;  nous  voulons 
parler  de  Jean  Galle. 

Son  père  était  originaire  du  Hainaut,  de  la  ville  de 
Mons  ;  mais  lui-même  ,  à  ce  qu'assure  Valère  André ,  était 
né  à  Liège.  Il  prend  d'ailleurs  la  qualité  de  liégeois  dans  le 
titre  d'un  de  ses  ouvrages,  et  l'un  de  ses  amis  I.  B.  de  H. 
(probablement  Ioannes  Baptista  de  Helmontj  la  lui  donne 
dans  la  pièce  de  vers  suivante  qui  orne  un  de  ses  écrits  : 

Domino 

Ioanni   Galleo 

Propugnaculorum  Belgii 

Praesidi ,  Matheseos  bellici  Archipraefecto ,  Leodio , 

Amico  suo  singulari, 
I.  B.  de  H.  hoc  disticho  Ambrosiam  ,  ut  potuit ,  solvit. 

Nova  placent,  ut  aptamagis,  facilisqiie  Minerva 
Arridet  tnagis  :  hic  sant  tria  iuncta  simul. 
Ergo  doces  numéros  Gallaee,  ut  dinumeremus 
Ingenii  dotes,  quas  Jtabes  impar  Aies. 

Ces  vers  nous  apprennent  que  Galle  était  ingénieur 
militaire,  inspecteur  général  des  fortifications,  au  moins 
en  1616,  époque  à  laquelle  parut  le  livre  où  ils  sont 
insérés  (2), 

Ce  livre,  abrégé  d'arithmétique,  est  dédié  à  l'arcbiduc 
Albert.  Dans  sa  dédicace ,  l'auteur  parle  de  sa  principale 

(i)  Gotifredi  Wendelini  Eclipses  Lunares.  Antverpiae,  ap.  H. 
Verdussium ,  M.  DG.  XLIV,  p.  100  (num.  par  erreur  110).  (Bibl.de 
l'Observatoire  royal  de  Bruxelles). 

(2)  Nouveau  Epitome  d'arithmétique.  Par  I.  G.  A  Liège,  Par  Léo- 
nard Streel,  Aux  despens  de  l'auteur ,  l'an  M.  DG.  XVI. 

8°  4  ff .  n.  cb.  comprenant  le  titre,  la  dédicace  signée  J.  Galle  et 
les  vers  rapportés  ci-dessus.  123  pp.  cb.  L'exempl.  de  la  Bibl.  Capi- 
taine (3S37)  porte  sur  un  débris  de  feuillet  de  garde  :  Luur.  de  Mean. 
Os,  JJono  Autiioris. 


-  503  — 

découverte  de  la  manière  suivante  :  I'ay  soubs  Vostre 
règne  &  siècle  de  Saturne ,  voulu  révoquer  l'Arithmétique 
en  sa  première  simplicité ,  voir  telle  compendieuse  simpli- 
cité, &  splendeur  par  dix  petits  bastons D'autres  en  ont 

voulu  faire  le  coup  d'essay,  mais  par  multiplicité  difforme, 
ont  plustot  mis  ceste  façon  en  obscurité ,  &  desespoir  que  d'y 
apporter  quelque  lumière.  le  I'ay  seul  mis  en  sa  dernière 
perfection 

L'auteur  ne  décrit  point  sa  méthode,  mais  il  suffit  de 
parcourir  son  livret  pour  s'assurer  qu'il  s'agit  des  bâtons 
qu'on  appelle  ordinairement  baguettes  de  Neper  (1).  Jean 
Galle  a  dû  exposer  la  théorie  de  ses  bâtons  dans  un  second 
ouvrage,  imprimé  à  Paris  en  1635 ,  et  que  nous  n'avons  pu 
rencontrer  jusqu'à  ce  jour.  Un  exemplaire  faisait  partie  de 
la  riche  bibliothèque  de  Michel  Chasles  ;  en  voici  le  titre  : 
Nouvelle  invention  d'apprendre  l'arithmétique  par  le 
moyen  de  dix  2~>etits  bâtons  ,  avec  l'unzi'eme  servant  à 
l'extraction  des  racines  quarrées  et  cubes,  par  le  sei- 
gneur J.  Galle,  mathématicien  Liégeois.  Paris,  1G35, 
in-8%  flgg.  (N°  2013  du  Cat.  de  M.  Chasles). 

Au  surplus,  la  découverte  de  J.  Galle,  àVec  la  figure 
des  bâtons ,  est  donnée  par  /.  Tielens ,  chanoine  de 
Sl-Denis  ,  à  Liège,  dans  un  traité  d'arithmétique  paru  en 
1630  (2)  ;  le  même  chanoine  revint  sur  cette  méthode 
dans  un  second  écrit  publié  en  1640  (3). 

(i)  *  Rabdologiœ  seu  numerationis  per  virgulas  libri  duo.  Authore 
Ioanne  Nepero  Barone  Merchistonij,  s.coto.  Lugd.  Bat.  M.DG.  XXVIII. 
La  première  édition  est  d'Edimbourg,  1617. 

(2)  Arithmeticae  calamo,  calculo  et  creta prompte  exercendae  ratio, 
etc.  Apud  Léon.  Streel,  Typ.  jurât.  1030.  8°  de  1  F  et  174  pp.,  ch.  Le 
titre  est  donné  en  latin ,  français  et  flamand. 

(3)  Table  nouvelle,  etc.  Et  puis  après  l'usage  des  bastons  nouveaux. 
L.  Streel,  1640. 

Je  cite  ce  dernier  ouvrage  d'après  la  2e  éd.  de  la  Bibl.  Liégeoise  de 
M.  de  Theux.  Col.  141.  M.  deTheux  en  possède  un  exemplaire. 


-   504  - 

11  se  présente  ici,  comme  l'on  voit,  une  petite  question 
de  priorité. 

L'ouvrage  de  notre  compatriote  parut  en  1616  ;  l'auteur 
—  nous  avons  rapporté  ses  paroles,  —  s'attribue  bien  expli- 
citement l'invention.  I)'un  autre  côté,  la  rabdologie  de  Neper 
parut  en  1617,  et  nous  pouvons  noter,  pour  préciser,  que 
l'auteur  mourut  le  3  avril  de  cette  année.  Le  baron  de 
Merchiston  est  non  moins  catégorique  ;  on  dirait  même 
qu'il  imite  notre  géomètre ,  lorsqu'il  dit ,  dans  sa  dédicace 
à  Alexandre  Seton  :  Ut  autem  libellum  de  Fabrica  &  usu 
virgularum  publici  juris  facerem,  hoc  imprimis  impulit , 
quod  eas  non  solum  viderem  permultis  ita  placuisse,  ut 
jam  ferè  sint  vulgares ,   Se  in  exteras  etiam  regiones 

DEFERANTUR  I  Sed.... 

Faudra-t-il  croire  que  J.  Galle  n'a  fait  que  reproduire, 
inconsciemment  peut-être  ,  l'invention  due  au  fertile  génie 
du  baron  écossais  ?  Pour  notre  part,  nous  ne  le  pensons  pas  ; 
nous  croyons  bien  plutôt  qu'il  y  a  là  une  de  ces  coïncidences 
de  découvertes,  si  fréquentes  dans  l'histoire  des  sciences, 
et  d'ailleurs  parfaitement  explicable  dans  le  cas  actuel,  car 
on  peut  se  demander  comment  la  rabdologie  n'a  pas  été 
inventée  dès  le  XIII0  siècle  et  même  avant.  Il  suffisait ,  en 
effet,  de  songer  à  l'un  des  procédés  de  multiplication  dont 
on  trouve  des  traces  dans  le  système  de  YAbacus  (l) , 
exposé,  depuis  Léonard  de  Pise  (2),  dans  la  plupart  des 
livres  d'arithmétique. 

(i  )  Voyez,  dans  le  beau  travail  de  Friedlein  :  Die  Entivickelung  des 
Bechnens  mit  Columnen  (Schloemich's  Zeitschrift,  X.,  p.  257), 
l'exemple  de  multiplication  de  24  par  6,  sous  la  forme 


X 

-2-1 


I 


(î)  *  Il  Liber  Abbaci  di  Leonardo  Pisano  pubblicato  da  B.  Bon- 
compagni,  Roma,  M.  DCGG.  LVII.  Vol.  L,  p.  19. 
C'est  la  méthode  que  F.  Luca  Pacioli  appelle  per  Gelosia  (jalousie, 


_  505  - 

Jean  Galle  ne  se  contenta  point  d'étudier,  à  Liège,  les 
mathématiques  ou  même  d'inspecter  les  forteresses  des 
Pays-Bas;  nous  le  rencontrons  à  l'étranger  où  nous  le 
voyons  mettre  à  profit  un  voyage  sur  l'Adriatique  pour 
élucider,  par  l'expérience,  une  question  fort  importante 
pour  l'époque. 

L'on  sait  que  les  adversaires  des  idées  coperniciennes 
prétendaient  que ,  dans  l'hypothèse  du  mouvement  de  rota- 
tion de  la  terre ,  une  masse  pesante ,  abandonnée  du  haut 
d'un  édifice  élevé ,  ne  devrait  pas  décrire  une  verticale  et 
tomber  au  pied  de  l'édifice,  mais  dévier  vers  l'ouest. 

Les  partisans  des  idées  nouvelles  répondaient,  avec 
raison,  semble-t-il,  que,  s'il  en  était  ainsi,  un  corps  pesant 
tombant  du  pont  d'un  navire  en  marche,  à  fond  de  cale, 
devait  dévier  vers  la  poupe.  Les  anti-coperniciens  réfutaient 
cet  argument  par  une  foule  de  mauvaises  raisons  qui,  pro- 
bablement, ne  satisfirent  point  notre  géomètre  :  celui-ci 
voulut  faire  appel  à  une  expérience  directe.  Pour  cela,  du 
haut  du  grand  mât  d'une  galère  vénitienne,  il  laissa  tomber, 
sur  le  pont,  une  masse  de  plomb.  Faite  dans  de  pareilles 
conditions ,  il  était  difficile  que  l'expérience  donnât  des 
résultats  décisifs  :  en  effet,  la  masse  tomba,  non  pas  au 
pied  du  mât,  mais  dévia  vers  la  poupe. 

Plus  tard ,  Libert  Froidmont  tira  parti  de  ce  fait  dans  sa 
querelle  avec  Jacques  Landsbergen  (1). 

treillis,  persienne  )  dans  sa  Summa  (1494).  (Voyez  *  Scritti  inediti 
del  P.  D.  Pietro  GosssM  juibblicati  da  B.  Boncompagni.  Roma,  1857.) 
V.  encore  Orontii  Fiuei  Arithmetica  practica.  Parisiis,  Ex  off.  Sim. 
Colinaei.  1537,  p.  11  (Univ.  Leod.,  I.  S.  6).  A  partir  du  XVIP  siècle, 
et  même  à  la  fin  du  XVIe,  ce  procédé ,  fort  ingénieux ,  disparaît 
complètement.  M.  Chasles  {Aperçu  historique,  2e  éd.,  1875,  p.  534) 
le  l'ait  remonter  aux  Hindous  ;  il  y  voit ,  avec  raison ,  le  principe  des 
bâtons  de  Neper. 
(0  Ces  faits  sont  rapportés  dans  deux  ouvrages  de  Libert  Froid- 

34 


—  506  — 

Le  voyage  de  Galle  eut  lieu  avant  1630  :  c'est  tout  ce 
que  nous  pouvons  affirmer.  Nous  ne  savons  rien  de  plus 
de  notre  ingénieur  militaire;  nous  trouvons,  dans  le  testa- 
ment de  René-François  cle  Sluse  (1685),  la  mention  d'un 
François  Galle ,  chanoine  de  Ste-Croix  ;  ailleurs ,  vers 
1626 ,  d'un  Ferdinand  Galle  :  il  est  probable  que  ce  sont 
des  parents  du  savant  liégeois. 

Pendant  que  l'ingénieur  de  l'archiduc  Albert  apportait 
aux  sectateurs  de  Ptolémée ,  l'appui  d'une  prétendue  véri- 
fication expérimentale  de  leurs  théories,  un  modeste  curé 
de  village  embrassait  avec  ardeur  les  idées  nouvelles  et, 
tout  en  conservant  l'amitié  de  ses  adversaires  scientifiques, 
méritait  l'épithète  de  Keplé-Copernicien,  que  lui  donne 
Libert  Froidmond  (i). 

Ce  savant  prêtre ,  une  des  plus  grandes  illustrations  de 
l'ancien  pays  de  Liège,  c'est  Godefroid  Wendelin  (2). 

Ses  contemporains,  Valère  André  et  Mantelius,  nous  ont 
raconté  sa  carrière  aventureuse  ;  mais  ils  en  rapportent 
seulement  les  traits  principaux  et  non  sans  erreurs. 

Wendelin  mérite  mieux  qu'une  simple  notice  dans  un 
recueil  bibliographique  ou  dans  la  monographie  d'une  ville. 
Ami  de  Gassendi,  de  Peiresc ,  du  P.  Petau ,  de  Mersenne , 

mond.  Lïberti  Fromondi  Ant-Aristarchus  sive  Orbis  terrae  immdbilis 
liber  unions.  Antverpiae,  ex  offlcina  plantiniana  Balth.  Moreti. 
M.DG  XXXI.  (Bibl.  roy.  de  Bruxelles,  Fonds  vanHulthem,  n°  8342), 
p.  48,  et  Liberti  Fromondi  Vesta  sive  Ant-Aristarchi  Vindex. 
Antverpiae,  ex  officina  plantiniana  Balth.  Moreti.  M.  DC.  XXXIV,  p.  55 
(Univ.  Leod.  1,  110,  8). 

(i)  Lib.  Fromondi  Vesta,  etc.,  p.  65. 

(-2 1  J'espère  pouvoir,  dans  un  avenir  assez  rapproché,  consacrer  un 
travail  plus  étendu  à  G  Wendelin ,  en  mettant  à  profit  les  nombreux 
renseignements  réunis  par  réminent  conservateur  des  manuscrits  à 
la  bibliothèque  royale  de  Bruxelles,  M.  Gh.  Buelens ,  matériaux  que 
ce  savant  a  mis  gracieusement  à  ma  disposition. 


—  507  — 

de  J.  J.  Chifflet,  d'Er.  Puteanus,  de  Saumaise,  de  G.  Naudé, 
de  Constantin  Huygens,  de  René-François  de  Sluse,  estimé 
du  grand  Descartes ,  il  tient  une  place  considérable  dans 
l'histoire  intellectuelle  de  notre  pays. 

Enfant  de  la  vieille  terre  flamande,  il  semble,  comme  un 
grand  nombre  de  ses  compatriotes ,  posséder  le  don  des 
langues  :  le  latin,  le  grec  et  l'hébreu  lui  sont  familiers.  Sa 
connaissance  de  l'ancienne  langue  thioise  le  met  à  même 
d'essayer  l'explication  des  termes  franciques  qui  abondent 
dans  la  loi  salique  (l);  s'il  ne  réussit  pas  toujours,  au 
moins  fait-il  preuve  partout  d'une  grande  sagacité  et  les 
solutions  qu'il  présente  sont-elles  celles  que  la  science  de 
son  temps  permettait,  ou  même  vont  au  delà. 

Né  à  la  fin  du  XVI0  siècle,  il  paraît  avoir  hérité  de 
l'ardeur  inquiète  de  cette  époque,  de  son  besoin  immense 
de  savoir,  de  cette  persistance  au  travail  qui  crée  les  érudits 
encyclopédiques  ;  mais,  d'un  autre  côté,  c'est  bien  l'homme 
du  XVIIe  siècle ,  que  tourmente  le  désir  de  connaître  les 
grands  phénomènes  du  monde  matériel,  qui  expérimente 
et  qui  observe  avec  une  précision  presqu'inconnue  à  ses 
contemporains,  qui  poursuit ,  pendant  de  longues  années, 
des  observations  afin  d'en  déduire  des  lois  naturelles  : 
Wendelin  a  réuni  en  .lui  les  qualités  des  deux  siècles. 

Wendelin  naquit  à  Herck  (2)  le  6  juin  1580  (v.  s.) 


(  i  )  Ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  parler  de  ce  travail  de  G.  Wendelin; 
il  est  intitulé:  Leges  salicae  illvstratae:  ïllarvm  imt«li><  suJvdi  démons- 
tratvm:  cvm  glossario  salico  vocvni  advaticarvm.  Antverpiae,  ex  ofti- 
cina  plantiniana  Bal  th.  Moreti.  M.  DG.  XLIX.  L'auteur  en  préparait 
une  seconde  édition,  ainsi  qu'on  peut  s'en  convaincre  à  l'inspection 
de  l'un  des  exemplaires  de  cet  ouvrage,  qui  se  trouve  à  la  bibliothèque 
royale  de  Bruxelles,  Section  des  Mss.,  14538-39,  et  qui  est  couvert 
d'annotations  de  la  main  de  Wendelin. 

(2)  Certains  auteurs  le  font  naître  à  Luinmen  (*Edw.  van  Even, 
Gescliiedcnis  van  Diest,  1847,  p.  53)  ;  cependant  Mantelius  {Hasseletum, 


—  508  — 

Nous  ne  savons  presque  rien  de  sa  famille;  elle  devait 
posséder  une  vaste  exploitation  rurale,  car  notre  astronome, 
parlant  de  l'éclipsé  de  lune  du  30  décembre  1590,  dit  qu'elle 
fut  observée  vers  deux  heures  et  quart  du  matin  par  ses 
veilleurs  (  excubitoribus  nostris);  c'était  certainement  une 
famille  aisée,  car,  outre  l'illustre  savant  qui  poursuivit  fort 
loin  ses  études ,  ses  frères  Nicolas  Wendelinus  et  Jacques 
Acanthius  (?  )  étaient  à  même  d'observer  les  phénomènes 
célestes  et  possédaient  assez  bien  le  latin  pour  écrire  dans 
cette  langue  des  vers  en  l'honneur  de  leur  frère. 

Il  y  avait  d'ailleurs  à  Herck  une  école  latine ,  dirigée  par 
Henri  Alen,  où  Godefroid  Wendelin  fit  ses  premières  études  ; 
il  s'y  distingua  si  bien  qu'à  l'âge  de  treize  ans  il  écrivait  des 
ïambes  latins  qui  excitaient  l'admiration  de  tous. 

A  la  fin  d'avril  1595,  et  l'on  peut  même  préciser,  le  24 
avril,  il  quitta  sa  ville  natale  pour  se  rendre  à  Tournay. 
Coïncidence  curieuse,  il  y  avait  ce  jour-là  une  éclipse  de 
lune  que  l'on  observa  tant  bien  que  mal  vers  deux  heures 
du  matin. 

Wendelin  allait  suivre  les  cours  du  collège  des  Jésuites  : 
nous  l'y  trouvons  encore  le  12  avril  1596,  mais  le  21 
février  1598,  il  est  à  Louvain. 

C'est  encore  à  une  éclipse  de  lune  que  nous  devons  cette 
date  et  en  même  temps  la  connaissance  d'un  détail  qui 
nous  permet  de  jeter  un  coup  d'œil  sur  la  vie  laborieuse 
des  étudiants  d'alors. 

L'éclipsé,  dit  Wendelin,  commença  an  peu  après  quatre 
heures,  au  moment   où  nous  nous  éveillions  pour  réciter 


Lovanii,  apud  Andr.  Bouvetium,  1663,  p.  120),  son  ami  déclare 
expressément  qu'il  est  né  à  Herck,  et  Wendelin  lui-même  appelle 
Herck  sa  patrie  (  Wendelini  éclipses  lunares,  op.  cit. ,  p.  47.  C'est  en 
grande  partie  grâce  à  cet  ouvrage  que  l'on  peut  fixer  plusieurs  dates 
importantes  de  la  vie  de  notre  savant). 


—  509   - 

nos  prières  et  nous  mettre  au  travail  :  à  coup  sur,  il  n'était 
pas  quatre  heures  et  quart. 

Ne  semble-t-il  point  entendre  comme  un  écho  de  ces 
mémoires  d'Henry  de  Mesmes  (1545),  cités  par  le  docte  et 
aimable  Rollin  (l)  :  Nous  étions  debout  à  quatre  heures,  et 
ayant  prié  Dieu,  allions  à  cinq  heures  aux  estudes,  nos 
gros  livres  sous  le  bras,  nos  écritoires  et  nos  chandeliers  à 
la  main. 

Wendelin  ne  séjourna  pas  longtemps  à  Louvain.  Accom- 
pagné d'un  ami,  il  projette  de  se  rendre  à  Prague,  où 
l'attirait  peut-être  la  renommée  de  Tycho-Brahé;  mais  il 
tombe  malade  en  route ,  s'arrête  à  Nuremberg  et  finale- 
ment doit  revenir  dans  sa  patrie.  Il  ne  fit  qu'y  passer,  car, 
en  1599  (2),  il  est  à  Marseille  dont  il  détermine  la  latitude. 

Pendant  ce  séjour  à  l'étranger,  loin  de  sa  famille,  il  fut 
obligé,  paraît-il,  pour  subsister,  de  se  faire  correcteur 
d'imprimerie  à  Lyon. 

Le  désir  de  gagner  le  jubilé  de  l'an  1600  le  conduit  à 
Rome. 

Après  avoir  visité  la  ville  éternelle,  il  parcourt  l'Italie  et 
reprend  enfin  le  chemin  de  son  pays.  En  route,  il  s'arrête  à 
Digne  et  y  ouvre  une  école  où  il  compte,  dit-on ,  parmi  ses 
élèves  le  célèbre  Pierre  Gassendi.  Cependant,  hâtons-nous 
de  le  dire,  cette  tradition  est  loin  d'être  établie.  Pendant 
cette  période,  rien  de  moins  stable  que  son  séjour.  Nous 
le  rencontrons  à  Callian  (30  janvier  1600),  à  Digne  (9  déc. 
1601),  à  Valensele  (29  nov.  1602);  h  Aix,  à  Valensele 
encore  (21  mars  1603),  à  Digne  (24  nov.  1603).  En  1604, 
il  revoit  son  lieu  natal;  mais  il  s'y  arrête  à  peine  :  il  a  lanos- 


(î)  *  De  la  manière  d'enseigner  et  d'étudier  les  belh*  lettre*.  Paris, 
Jacques  Estienne.  M.  DCG.  XXVI,  t.  1er,  p.  77. 

(•2)  P.  Gassendi  Epistolae.  Tout  us  Sextus ,  Lugduni,  Sumptibus 
L.  Anisson,  M.  DG.  LVIII,  p.  427.  Lettre  de  Wendelin  à  Gassendi. 


—  510  - 

talgie  du  ciel  de  Provence  et  bientôt  nous  le  voyons  entrer 
comme  précepteur  chez  André  d'Arnaud,  seigneur  de 
Miravail,  etc.,  lieutenant  général  de  la  sénéchaussée  de 
Forcalquier. 

Pendant  près  de  huit  ans ,  il  séjourna  dans  cette  maison 
hospitalière,  enseignant  et  étudiant  à  la  fois  :  le  jour,  il 
instruit  ses  élèves  et  s'instruit  lui-même  ;  la  nuit ,  il  la 
consacre  souvent  à  des  observations  astronomiques  que 
favorise  le  ciel  transparent  du  midi. 

C'est  probablement  pendant  ces  années  de  calmes  études, 
qu'il  accumula  les  trésors  d'une  érudition  prodigieuse, 
même  pour  cette  époque,  où  l'on  compte  tant  de  savants 
universels  :  l'astronomie ,  les  mathématiques ,  les  langues  , 
entre  autres  l'hébreu ,  l'histoire  ,  le  droit  font  tour  à  tour 
l'objet  de  ses  travaux.  Sa  réputation  s'étend  bientôt,  même 
avant  qu'il  n'ait  rien  publié,  comme  on  le  peut  voir  par 
l'éloge  qu'en  fait,  en  1626,  Erycius  Puteanus,  le  succes- 
seur de  Juste-Lipse  à  Louvain.  «  II  sait  tout,  dit  le  savant 
humaniste,  ou,  si  cela  est  refusé  à  un  homme  ,  il  ignore  le 
moins  possible...  Il  a  épuisé  toutes  les  sciences...  Il  a 
appris  toutes  les  langues,  afin  de  n'être  étranger  chez 
aucun  peuple ,  ou  à  aucune  époque  ( l). 

Rappelé  dans  son  pays  par  la  mort  de  ses  parents ,  il 
quitte  la  Provence  et  revient  dans  nos  contrées.  Le  14  mai 
1612,  il  est  à  Liège,  où  il  peut  observer  ,  le  jour  même  de 
son  arrivée,  une  éclipse  de  lune. 

Avant  d'abandonner  la  France,  il  avait  profité  d'un 
séjour  à  Paris  pour  se  faire  recevoir  avocat ,  et  l'historien 
Mantelius ,  son  contemporain  et  son  ami ,  rapporte  même 
qu'il  mit  son  titre  à  profit  pour  plaider;  mais  il  faut  croire 
qu'il  ne  trouva   point ,    dans  l'exercice  de  la  profession 

(0  *  Erycii  Puteani  Olympiades,  soin  tu/tint  computatœ.  Lovanii, 
Typ.  Corn.  Coenesteynii.  1646,  p.  5. 


—  511  — 
d'avocat,    la  satisfaction   qu'il   désirait,    car  il  se  mit  à 
étudier  la  théologie. 

Fut-ce  au  Séminaire  de  Liège?  Il  est  difficile  d'être 
éclairé  sur  ce  point.  Du  14  mai  1612  au  27  août  1616  ,  il  ne 
mentionne  aucune  éclipse  observée  par  lui.  A  cette  der- 
nière date,  il  en  observe  une  à  Liège,  et  il  détermine 
l'instant  des  diverses  phases  du  phénomène  par  la  sonnerie 
des  horloges  de  la  ville  et  notamment  de  celle  du  Palais. 
On  pourrait  trouver,  clans  cette  dernière  circonstance, 
un  indice  qu'il  habitait  dans  le  voisinage  et  croire  qu'il 
était  au  Séminaire. 

L'éclipsé  de  lune  du  16  août  1617,  il  l'observe  à  Herck, 
aidé  par  plusieurs  hommes  savants  et  entre  autres  par 
Pierre  Reinart,  curé  de  Donck;  c'est  encore  au  môme  lieu 
qu'il  observe  l'éclipsé  de  lune  du  26  juin  1619,  assisté, 
cette  fois,  de  ses  frères  et  d'autres  jeunes  gens. 

Le  21  décembre  1619,  Wendelin  est  à  Malines ,  où  il 
reçoit  le  sous-diaconat  :  encore  un  événement  marquant  de 
sa  vie  signalé  par  une  éclipse  de  lune  ;  un  peu  malgré  lui , 
il  note  les  circonstances  du  phénomène.  Ses  frères  l'ont 
remplacé  à  Herck. 

Wendelin  ne  tarda  pas  à  recevoir  les  ordres,  et,  en  1620, 
il  fut  nommé  curé  de  Beets:  le  9  décembre  de  cette  année, 
il  est  dans  sa  paroisse  et  y  observe  une  éclipse  de  lune. 

Il  dut  séjourner  dans  ce  modeste  village  pendant  une 
quinzaine  d'années.  Durant  cette  période,  on  peut  croire 
qu'il  voyagea  souvent  ;  parfois  nous  le  rencontrons  à 
Bruxelles,  à  Anvers,  etc.  ;  même  il  eut  l'espoir  de  revoir 
la  Provence  où  le  rappelaient  de  si  vieilles  amitiés,  comme 
nous  le  montre  une  lettre  adressée  à  Peiresc,  le  2  mars  1628, 
publiée  par  M.  Tamisey  de  Larroque  (î).  Cette  lettre  nous 

(i)  Journal  de  Forcalquier  et  de  la  Haute-Provence,  24  juillet  1SS7. 
Article  intitulé:  Wendelin  et  Forcalquier,  dont  je  dois  la  connaissance 
à  la  gracieuse  obligeance  de  M.  Ch.  Ruelens. 


—  512  - 

apprend  en  outre  qu'il  recevait  du  Conseil  des  Finances  des 
Pays-Bas  une  somme  de  cent-vingt  florins. 

L'infante  Isabelle  jugea  sans  doute  qu'un  pareil  subside 
était  bien  mince,  car  un  de  ses  derniers  actes  fut  de  con- 
férer au  savant  astronome  une  prébende  de  chanoine  de 
Condé.  Comme  l'infante  mourut  le  30  novembre  1633, 
c'est  vers  cette  époque  qu'il  faut  placer  la  nomination  de 
Wendelin  à  ces  fonctions (î). 

On  ne  sait  au  juste  quand  il  échangea  la  cure  de  Beets 
contre  celle  de  Herck  ,  sa  ville  natale.  Pendant  près 
de  vingt  ans  encore,  il  occupa  cette  nouvelle  charge , 
ne  quittant  sa  paroisse  que  pour  visiter  ses  amis  à 
Bruxelles,  à  Anvers,  à  Liège,  profitant  de  son  séjour  dans 
ces  diverses  villes  pour  parcourir  les  bibliothèques  ou 
pour  observer  les  phénomènes  célestes. 

S'il  ne  va  plus  au  fond  de  l'Italie,  l'âge,  on  le  voit,  n'a 
pas  calmé  entièrement  son  humeur  voyageuse. 

Enfin,  vers  1650,  l'ôvêque  de  Tournai  lui  confie  les 
fonctions  d'official.  Malgré  son  grand  âge,  il  s'acquitte 
de  cette  fonction  sans  cesser  d'observer  les  astres.  Il  est 
bien  le  héros  de  cette  plaisante  aventure,  rapportée  par 
Huygens ,  d'attendre ,  en  nombreuse  compagnie ,  une 
éclipse  qui  n'arriva  que  le  lendemain,  parce  qu'il  a  commis 
une  erreur  de  calcul  (2) ,  mais  pareille  erreur  est  d'autant 
plus  excusable  que  Wendelin  était  probablement  seul 
pour  exécuter  tous  les  calculs. 

En  1660,  âgé  de  80  ans  ,  il  revint  une  dernière  fois  dans 
son  pays  natal  et  vit  à  Hasselt  l'historien  Mantelius, 
auquel  il  fit  don  de  ses  écrits  publiés  et  de  la  liste  nom- 

(0  Gassendi,  op.  cit.  t.  VI.  p.  427. 

(  2)  *  Oeuvres  complètes  de  Christiaan  Huygens  publiées  par  la  Société 
hollandaise  des  Sciences.  La  Haye,  Martinus  Nijhoff,  1889.  t.  II. 
p.  523.  Lettre  de  Christian  Huygens,  à  Boulliau  du  11  déc.  1659. 


-  513  - 

breuse  de  ceux  que  son  activité  lui  faisait  espérer  de 
publier  encore  :  il  avait  renoncé,  à  cette  époque ,  à  ses 
fonctions  de  chanoine  de  Tournai. 

La  plupart  des  historiens  le  font  mourir  vers  cette  date, 
à  Renaix  (Rothnacum).  D'autre  part,  dans  son  Hasseletum, 
paru  en  1663,  Mantelius  ne  parle  pas  de  sa  mort;  en  outre, 
en  dessous  de  son  portrait,  inséré  dans  les  Acta  sanctorum 
selecta  de  Ghesquière,  t.'I.  p.  298,  on  lit  :  Obiit  Gandavi, 
A°  1667. 

Dans  le  cours  d'une  aussi  longue  vie ,  Wendelin  s'était 
créé  de  nombreuses  amitiés.  Nous  avons  cité,  en  com- 
mençant, la  plupart  de  ses  amis,  les  hommes  les  plus 
illustres  du  XVIIe  siècle. 

En  Belgique  même,  il  trouve  toutes  les  portes  ouvertes  : 
à  Bruxelles,  c'est  le  comte  de  Bucquoi,  le  marquis  de 
Torrès,  le  président  Roose,  le  chancelier  Boischot,  Kins- 
chot,  les  conseillers  Van  Mechelen ,  Bourgogne,  Stock - 
mans ,  et  surtout  les  Chifflet ,  qui  l'accueillent  ;  à  Anvers . 
c'est  le  pensionnaire  Jacques  Edelheer ,  c'est  Gaspar 
Gevaerts  :  chez  le  premier ,  il  observe  en  compagnie  du 
trésorier  de  la  ville,  Jacques  van  Eyck  et  de  Gérard  van 
Gutschoven  ,  le  célèbre  disciple  de  Descartes;  à  Liège,  il 
connaît  René-François  de  Sluse  et  le  P.  Fr.  Hall  ou  Linus, 
le  savant  physicien  du  Collège  des  Jésuites  anglais. 

Sa  renommée  s'étend  partout  ;  ils  sont  nombreux  les 
livres  où  l'on  mentionne  avec  honneur  les  travaux  du 
savant  curé  de  Herck. 

Constantin  Huygens  lui  consacre  une  épigramme  dans  ses 
Momenta  dcsultoria  et,  en  lui  envoyant  un  exemplaire  de 
son  livre ,  lui  adresse  des  vers  charmants  (1);  son  fils,  le 
grand  Huygens,    se  prévaut  de  l'accueil   que  Wendelin 

(i)  Momenta desultoria.  Editio  altéra  Hagae-Comitum  cb.  loc.  lv. 
ans  les  ff.  lim.  marqués  ***  et  *****  verso,  et  p.  79. 


Dan 


—  514  — 

fait  à  son  Système  de  Saturne;  la  correspondance  de  Gas- 
sendi est  pleine  de  ses  lettres.  Descartes  lui-même  le  met 
au  petit  nombre  des  hommes  qu'il  juge  capables  d'appré- 
cier sa  Géométrie  (l)  et  désire  fort  connaître  son  sentiment. 

Mais  il  est  temps  d'exposer  rapidement  les  travaux  de 
notre  illustre  compatriote  ;  nous  laissons  de  côté ,  bien 
entendu,  ses  recherches  sur  la  Loi  salique  et  sur  la 
chronologie. 

Il  faut  distinguer  encore  les  résultats  qu'il  a  obtenus,  de 
la  méthode  qu'il  a  employée. 

Gomme  observateur,  Wendelin  paraît  sans  rival.  Rien  de 
plus  curieux  à  lire ,  sous  ce  rapport ,  que  son  traité  des 
éclipses  de  lune. 

Pour  arriver  à  fixer  avec  exactitude  le  moment  des 
diverses  phases  de  ces  phénomènes,  il  multiplie  les  pro- 
cédés d'observation. 

En  premier  lieu,  il  a  fait  l'éducation  astronomique  d'une 
foule  de  personnes  :  ses  frères,  des  curés  ses  collègues, 
des  jeunes  gens  intelligents  et  doués  d'une  excellente  vue, 
sont  transformés  par  lui  en  assistants. 

Il  détermine  avec  soin  des  méridiennes  :  pour  cela,  les 
deux  tours  de  son  église  de  Herck  lui  servent  à  merveille, 
malheureusement,  pendant  plusieurs  années,  il  ne  s'est  pas 


(  i  )  **  Lettres  de  M.  Descartes.  Tome  second,  à  Paris,  chez  Charles 
Angot.  M.  DC.  LIX. 

Lettre  à  Plempius,  p.  34.  Cette  lettre,  non  datée  dans  l'édition 
que  je  viens  de  citer,  a  été  écrite  le  3  octobre  1637,  ainsi  qu'on 
peut  s'en  convaincre  par  l'édition  latine  :  *  Benati  Descartes 
Epistolae  Pars  secunda.  Amstelodami,  Apud  Dan.  Elzevirium. 
clo.  Ioc  lxviii.  Descartes  venait  de  faire  paraître  son  premier  ouvrage  : 
*  Discours  de  la  méthode  pour  bien  conduire  sa  raison,  <è  chercher 
la  vérité  dans  les  sciences,  plus  la  Dioptrique,  les  Météores  et  la 
Géométrie  qui  sont  des  essais  de  cete  Méthode.  A  Leyde,  De  l'Impri- 
merie de  Ian  Maire,  cio.  ioc.  xxxvii. 


-  515  - 

aperçu  de  la  légère  déviation  produite  sur  les  tours  par  la 
persistance  des  vents  d'ouest  (-45'  environ).  En  1638, 
il  remédie  à  cette  cause  d'erreur.  En  outre,  dans  plusieurs 
maisons  particulières,  il  a  tracé  des  méridiennes. 

Il  détermine  le  méridien  par  l'observation  des  plus 
grandes  digressions  de  la  polaire. 

Des  culminations  d'étoiles  dans  le  méridien  lui  four- 
nissent un  premier  moyen  de  fixer  le  temps;  mais  ce 
n'est  pas  le  seul. 

Il  a  eu  soin  d'établir  un  certain  nombre  d'horloges 
sciotériques  ,  qui  lui  permettent,  par  l'ombre  de  la  lune , 
de  marquer  l'heure  la  nuit  ;  si  l'ombre  n'est  pas  assez  forte, 
il  fait  une  visée  ;  il  a,  en  outre,  plusieurs  sabliers. 

A  cette  époque,  les  églises  étaient  toutes  pourvues 
d'horloges  sonnantes  :  il  ne  néglige  pas  ce  moyen  de 
contrôle.  Sans  doute,  il  ne  cherche  pas  à  voir  l'heure 
indiquée  au  cadran,  mais  s'il  y  a  coïncidence  d'un  phéno- 
mène avec  une  sonnerie,  il  la  note  ;  sinon,  il  estime  la  dif- 
férence entre  la  sonnerie  et  l'époque  du  phénomène.  Pour 
cela,  il  a  un  procédé  propre.  Il  s'est  exercé  dès  son 
enfance,  à  réciter  d'une  manière  uniforme  les  vers 
d'Hésiode  :  trente  vers  en  une  minute.  L'hémistiche  lui 
donne  la  seconde.  Les  pulsations  de  l'artère  pourraient 
aussi  être  utilisées,  mais  elles  varient  trop  d'après  l'état 
de  santé;  quand  Wendelin  était  jeune  et  bien  portant,  en 
Provence,  il  comptait  4,200  pulsations  par  heure. 

Enfin,  à  tous  ces  procédés  d'investigation  vient  se 
joindre  l'observation  des  battements  du  pendule  à  secondes. 

Galilée  venait  de  découvrir  l'isocbronisme  des  oscilla- 
tions du  pendule  ,  et  avait  appliqué  cette  propriété 
importante  à  la  mesure  de  la  durée  des  observations 
astronomiques  ;  on  ne  faisait  encore  usage  d'aucun  appareil 
enregistreur  :  cette  gloire  était  réservée  à  Huygcns,  et 
l'on  se  bornait  à  compter  les  battements.  Wendelin  fut 


—  516  - 

l'un  des  premiers  à  se  servir  de  la  méthode  si  heureu- 
sement imaginée  par  l'illustre  Florentin. 

Mais  tandis  que  Galilée  affirmait  que  les  oscillations 
étaient  toutes  isochrones,  quelle  que  fût  leur  amplitude  (  1) , 
notre  savant  ne  tarda  pas  à  reconnaître  deux  causes  de 
variation  dans  la  durée  de  l'oscillation. 

La  première  est  relative  à  l'amplitude  de  la  vibration. 
Wendelin ,  par  une  série  d'expériences ,  reconnut  que 
l'accroissement  de  l'amplitude  allonge  la  durée  de  l'oscil- 
lation :  les  nombres  qu'il  donne  dans  son  ouvrage  sur 
les  éclipses  expriment  d'une  manière  fort  convenable  cette 
variation  (2). 

Il  trouve  en  outre  que  les  oscillations  sont  plus  longues 
en  été  qu'en  hiver  :  il  ne  devine  pas  la  cause  de  ce  phéno- 
mène qu'il  ne  rapporte  point  à  la  variation  de  la  tempé- 
rature, mais  le  fait  même  qu'il  constate  (3)  est  exact. 

La  première  inégalité  était  assez  facile  à  découvrir  et 
Huygens  (4)  l'admet  sans  peine:  la  seconde  exigeait  une 
précision  beaucoup  plus  grande  ;  et  ni  Huygens,  ni  Wallis 
ne  purent  la  reconnaître  (5),  même  quand  Wendelin  l'eut 
signalée. 

Si  l'on  ajoute  que  Wendelin  prenait  fort  probablement 
la  moyenne  des  résultats  que  lui  fournissaient  les  diverses 
déterminations  (6) ,  on  pourra  croire  que  peu  d'obser- 
vateurs de  l'époque  le  dépassaient  en  exactitude. 

(  l  )  *  Systema  cosmicum,  etc.  Augustae  Treboc.  Impensis  Elzevi- 
riorum,  Anno  1635,  p.  226.  L'ouvrage  parut  en  italien,  à  Florence, 
en  1632. 

(2)  Gotifredi  Wendelmi  Eclipses, p.  26. 

(3)  Ibid.  p.  25. 

(4)  Christiani  Hugenii   à  Zulichem  Const.  F.  Horologium.  Hagae 
Comitum.   Ex  officina  Adriani  Vlacq.   M.  DG.  LVIII,  pp.  13. 
Opéra  varia.  \T2A,  tom.  I.  pp.  12-13. 

(5)  Œuvres  complètes  de  Chr.  Huygens,  t.  II,  p.  304. 

(6)  C'est  au  moins  ce  qu'il  fit  pour  la  latitude  d'Alexandrie. 


-  517  — 

Nous  savons  maintenant  qu'il  lut  un  expérimentateur 
hors  ligne  ;  nous  pouvons  taire  connaître  les  principales 
questions  qu'il  aborda. 

Dès  sa  jeunesse,  comme  nous  l'avons  dit,  il  détermina 
la  latitude  de  Marseille  (1599)  ;  c'est  sans  doute  le  premier 
effort  qu'il  fit  pour  élucider  une  question  née  de  l'examen 
d'une  observation  de  l'ombre  de  gnomon,  due  à  Pythéas. 

La  valeur  de  l'obliquité  de  l'écliptique,  déduite  de  cette 
antique  détermination,  ne  concordait  point  avec  celle  que 
divers  astronomes  avaient  calculée. 

Wendelin  ne  pouvait  croire  à  une  variation  brusque  de 
cette  obliquité  ;  avec  son  esprit  investigateur,  il  prévoyait 
l'existence  d'une  loi  qu'il  fallait  découvrir,  vérifier  ensuite. 
Alors  que  Tycho-Brahé  avait  cru  devoir  conclure  à  un 
accroissement  momentané  et  singulier  de  l'obliquité,  le 
jeune  astronome  ne  pouvait  admettre  une  modification 
inexpliquée  d'une  loi  naturelle. 

Il  démêle  avec  une  grande  sagacité,  les  causes  d'erreur 
qui  peuvent  influer  sur  la  grandeur  de  la  constante  à 
calculer. 

Il  faut  déterminer  avec  le  plus  grand  soin  la  latitude  des 
lieux  où  l'on  observe,  tenir  compte  des  réfractions  et  enfin 
de  la  parallaxe  solaire. 

Avec  une  persévérance  remarquable  ,  Wendelin  pour- 
suivra durant  une  longue  série  d'années,  le  cours  de  ses 
observations;  pendant  un  quart  de  siècle,  il  accumule  les 
résultats ,  avant  de  publier  son  Loxias ,  et ,  plus  tard  , 
après  l'apparition  de  son  livre,  il  réunira  tous  les  éléments 
nécessaires  pour  perfectionner  son  œuvre,  et  fera,  en 
passant,  une  foule  d'observations  précieuses,  de  remarques 
ingénieuses. 

En  premier  lieu,  il  constate  que  les  anciennes  détermi- 
nations de  latitudes,  obtenues  à  l'aide  du  gnomon,  doivent 
être  corrigées  du  demi-diamètre  apparent  du  soleil. 


-  518  — 

Cette  correction  lui  donne  pour  la  latitude  d'Alexandrie, 
donnée  essentielle  dans  la  question  qu'il  étudie,  31°13'; 
d'un  autre  côté,  la  même  latitude,  déterminée  par  Eratos- 
thène,  à  l'aide  d'une  observation  d'étoile,  est  de  31°9'. 

Des  considérations  géodésiques  conduisent  à  admettre 
une  latitude  de  31°. 8'. 35".  Wendelin  prend  la  moyenne 
approchée  de  ces  trois  nombres  et  admet  comme  résultat 
définitif  31°10'. 

Pour  obtenir  des  valeurs  exactes  des  autres  grandeurs, 

il  poursuit  pendant  plusieurs  années,    de   1605  à  1612,  à 

Forcalquier,  des  recherches  sur  le  diamètre  apparent  du 

soleil,  en  recevant  sur  un  écran,  l'image  de  cet  astre,  par 

une  ouverture  étroite  exactement  mesurée. 

Le  rapport  des  distances    solsticiales   qu'il  obtient  par 
27 
ce  procédé  est  — •.  Ce  résultat  est  assez  approché,  car  l'ex- 
2o 

centricité  de  l'orbite  terrestre,  que  l'on  en  déduit  est 
0,018182  au  lieu  de  0,016775,  c'est-à-dire  en  erreur  seule- 
ment de  0,001406. 

Enfin,  il  applique  la  méthode  des  dichotomies  d'Aris- 
tarque  de  Samos  au  calcul  de  la  distance  du  soleil,  ou,  ce 
qui  revient  au  même,  de  la  parallaxe  solaire  ;  il  fait  usage 
du  télescope  dès  que  la  connaissance  de  cet  instrument  se 
fut  généralisée.  C'est  ce  que  l'on  peut  constater,  en  parti- 
culier, par  ses  observations  du  15  mars  et  du  1er  juin  1625. 

Il  fixa  ainsi  à  V  la  parallaxe  solaire.  C'était  déjà  une 
valeur,  bien  plus  approchée  que  celle  dont  ses  contem- 
porains taisaient  usage.  Il  en  résultait,  pour  la  distance  du 
soleil  à  la  terre,  une  valeur  de  1,730  diamètres  terrestres,  et, 

pour  la  grosseur  de  l'astre,  relativement  à  notre  globe,  le 

4096 
rapport — - — • 

Ainsi  armé,  il  reprend  la  détermination  de  l'obliquité  de 

l'écliptique  et  arrive  à  une  loi  que  nous  pouvons  exprimer 
par  les  formules  suivantes  : 


—  519  — 

1 

s  =■  23°  30/  +  1°  cos2  —  u, 

w  =  291-  56' 30»+  ~.  360", 
49/0 

(  exprimant  le  nombre  d'années  à  partir  de  notre  ère. 

D'une  façon  absolue,  cette  loi  n'est  pas  exacte  ;  elle 
diffère  de  celle  de  Laplace  et  devait  en  différer,  elle  assigne 
la  période  d'an  phénomène  dont  la  périodicité  n'est  pas 
reconnue,  même  de  nos  jours.  Mais  d'un  autre  côté,  pour 
une  durée  relativement  longue,  la  formule  représente 
assez  bien  la  loi  de  variation  de  l'obliquité  de  l'écliptique. 

Au  surplus,  ce  qui  me  parait  digne  de  remarque,  c'est  le 
fait  même  de  la  découverte  de  cette  loi  de  la  diminution  de 
l'obliquité  et  de  la  conception  d'une  loi  générale  qui  lie  les 
diverses  phases  du  phénomène. 

Wendelin  ne  s'en  tint  pas  à  ce  premier  essai.  Pendant 
une  nouvelle  période  de  vingt  ans,  il  reprit  différentes  ibis 
la  question. 

C'est  ainsi  qu'il  charge  son  ami  Gassendi  de  refaire  les 
observations  du  gnomon  à  Marseille,  sans  doute  pour 
discuter  de  nouveau  les  résultats  de  Pythéas  (t). 


(  i  )  Les  résultats  relatifs  à  l'obliquité  de  l'écliptique  sont  consignés 
dans  Godefridi  Wendelini  Bëlgae,  I.  V.  Doct.  Loxias  seu  de  obliquitate 
solis  diatriba.  Antverpiae,  apud  H.  Verdussium.  M.  DG.  XXVI.  (Fonds 
van  Hulthem  ,  n°  8344). 

Pour  les  observations  du  gnomon  par  Gassendi,  on  peut  consulter  : 

*  Solis  et  Artis  adulteria  a  Jocmne  Caramuél  Lobkowitz.  Lovanii, 
Apud  Andrean  Bouvetium.  M.  DG.  XL1V,  pp.  45-48 ;*  lnstitutio 
astronomica  a  Petro  Gassendo.  Editio  ultima.  Amstelaedami,  Apud 
Janssonio-Waesbergios,  1680,  pp.  206-236,  et  les  Lettres  de  Gassendi, 
publiées  dans  le  tome  VI  de  ses  œuvres. 

Après  les  travaux  de  Wendelin,  cette  question  continua  à 
préoccuper  vivement  les  géomètres  :  on  peut  consulter  les  Mémoires 


-  520  — 

Appuyé  sur  de  nouvelles  observations  de  dichotomies  et 
sur  des  vues  théoriques  contestables  mais  ingénieuses ,  il 
évalue,  au  plus,  à  14"  la  parallaxe  solaire,  résultat  le  plus 
précis  qu'on  eût  eu  jusqu'alors,  et  annonce  a  Gassendi 
l'intention  de  publier  une  nouvelle  édition,  plus  que 
triplée  de  volume,  de  son  Loxias.  (l). 

Wendelin  avait  entrepris  un  autre  travail  immense  et 
qu'il  ne  put  mener  à  bonne  fin  :  c'est  celui  de  rassembler 
toutes  les  observations  possibles  d'éclipsés  de  lune  ou  de 
soleil.  Il  laisse  éclater  sa  joie  lorsque  Gassendi  lui  envoie 
les  nombres  relatifs  aux  éclipses  qu'il  n'a  pu  observer 
lui-même,  soit  à  cause  de  l'état  du  ciel,  soit  par  la  situation 
des  Pays-Bas,  ou  bien  encore  lorsqu'il  rencontre,  comme 
il  l'écrit  à  ce  même  ami ,  une  série  de  pareilles  détermi- 
nations :  celles  des  éclipses  de  janvier  1580,  janvier  1581, 
novembre  1584,  mars  1588,  janvier  et  novembre  1591, 
observées  à  Liège  avec  une  grande  exactitude,  à  une 
minute  près,  par  quelqu'un  qui  ne  lui  paraît  pas  malhabile. 

Nous  avons  vu  de  quelles  précautions  il  s'entourait  pour 
observer  lui-même.  Il  calculait  à  l'avance  toutes  les  phases 
du  phénomène ,  puis  il  se  mettait  à  observer. 


de  Louville  {Acta  Eruclit,  1719)  ;  de  Godin  (Mém.  de  l'Acad.  des 
sciences  de  Paris,  1734)  ;  d'Euler  (Mém.  de  Paris,  1756,  de  Berlin, 
1754).  On  peut  encore  ajouter  que  La  Hire  et  Le  Monnier  n'avaient 
pu  admettre  l'existence  de  la  diminution  de  l'obliquité. 

(l)  Gassendi  Opéra,  t.  VI,  p.  427. 

Wendelin  eut  certaines  idées  fort  justes  sur  la  chute  des  graves  ; 
ainsi  il  reconnaît  (Id.  op.,  p.  428)  qu'un  corps  d'une  once  et  un  corps 
de  mille  livres  tomberont  avec  la  même  vitesse  ;  il  prétend  être  arrivé 
—  et  pourquoi  ne  pas  le  croire  —  à  cette  loi  que  les  espaces  par- 
courus sont  en  raison  des  carrés  de  temps,  avant  de  connaître  les 
travaux  de  Galilée  ;  d'un  autre  côté;  il  arrive,  par  des  considérations 
théoriques  probablement,  à  des  résultats  que  la  science  actuelle  ne 
pourrait  accepter. 


—  521  — 

A  Herck,  il  avait  transformé  maint  paroissien  en  aide- 
astronome  :  il  disposait  ses  instruments  dans  le  cimetière; 
autour  de  lui  plus  de  cinquante  observateurs  déterminaient 
le  moment  précis  du  phénomène. 

Parfois,  lorsqu'il  croit  trouver  des  conditions  meilleures, 
il  n'hésite  pas  à  se  mettre  en  route  :  un  jour,  c'est  à  Bru- 
xelles qu'il  observe,  chez  J.  J.  Chifflet;  une  autre  fois, 
c'est  à  Anvers,  chez  le  pensionnaire  Jacques  Edelheer, 
au  cercle  mural  construit  avec  le  plus  grand  soin  par  Gérard 
van  Gutschoven.  Aussi,  avec  quelle  joie  il  constate  l'accord 
entre  les  résultats  de  l'observation  et  ceux  du  calcul;  quel 
désappointement  au  contraire  quand  il  rencontre  une 
différence  de  vingt-cinq  minutes  entre  le  moment  calculé 
du  milieu  d'une  éclipse  et  l'instant  de  cette  phase 
observé  par  Gassendi.  La  concordance  entre  le  calcul  et 
l'observation  de  Wendelin  est  entière.  Où  gît  le  mystère? 
Et  "Wendelin  fait  appel  à  ses  correspondants ,  à  ses  amis  ; 
seuls  Gassendi ,  et  plus  tard  Ismael  Boulliaud ,  ne  partagent 
pas  son  avis  (1  ). 

Faut-il  s'étonner  qu'un  observateur  aussi  sagace,  aussi 
précis,  se  soit  empressé  d'admettre  les  théories  coper- 
niciennes,  mieux  encore,  les  lois  de  Kepler  ? 

Officiai  de  Tournai,  il  n'hésite  pas  à  faire  connaître  ses 
opinions,  dans  son  Teratologia  Comelica  (2),  où  il  rapporte 
diverses  observations  de  comètes,  faites  par  lui  avec  tout 
le  soin  qu'il  savait  donner  à  ces  choses.  Il  ne  prend  qu'une 
minime  précaution  :  le  corps  qui  se  meut  dans  son  orbite 

(0  II  s'agit  de  l'éclipsé  du  15  avril  1G42.  Voir  Gassendi  Epistolae, 
t.  VI,  pp.  458-460.  Lettre  de  Wendelin  à  Gassendi,  où  l'on  trouve 
l'exposé  de  ses  idées  sur  la  chute  des  graves,  sa  mesure  de  la  parallaxe 
solaire,  etc. 

(2)  Gottifredi  Vendelini  Teratologia  Cometica,  occasione  Anni 
vulgaris  aerae  M.  DC.  LU.  (Bibl.  roy.  de  Bruxelles,  Fonds  van  Hul- 
them,  n°  8341.  ) 

35 


—  522  - 

elliptique  ne  sera  pas  appelé  la  Terre  ;  c'est  le  Tertium 
corpus.  Mais  personne  ne  s'y  trompe,  Libert  Froidmont , 
l'ardent  défenseur  des  décisions  contraires  à  Galilée,  appelle 
Wendelin  ,  comme  nous  l'avons  dit,  Keplé-copernicienj 
mais  reste  son  ami. 

Le  chanoine  de  Tournai,  comme  un  peu  plus  tard,  le 
chanoine  de  Liège,  René-François  de  Sluse,  adoptait,  sans 
être  inquiété,  le  système  du  mouvement  de  la  terre,  plus 
audacieux  en  cela  que  ne  le  fut  le  philosophe  Descartes  (1). 

Bien  plus  :  Wendelin  apporta  aux  idées  de  Kepler  une 
éclatante  confirmation  :  il  découvrit  que ,  pour  les  satellites 
de  Jupiter,  la  seconde  loi  de  Kepler  se  vérifie  :  les  carrés 
des  temps  de  leur  révolution  autour  de  la  planète  sont 
entre  eux  comme  les  cubes  de  leur  distance  à  l'astre  (2). 

Il  faut  bien  avouer  cependant  que  notre  astronome  ne 
fut  pas  infaillible.  Il  voulut  établir  l'égalité  des  jours 
solaires  ;  il  y  revint  à  plusieurs  reprises,  s'écartant,  et  cela 
à  tort,  de  l'opinion  reçue  depuis  Hipparque  (3).  D'un  autre 
côté,  au  lieu  de  faire  parcourir  à  la  lune  une  ellipse  autour 

(1)  Si  je  répète  ici,  après  tant  d'autres,  que  Descartes  renonça 
à  la  publication  de  son  Monde,  en  apprenant  la  condamnation  de 
Galilée,  c'est  pour  appeler  l'attention  sur  quelques  mots  d'une  lettre  de 
Descartes  qui  intéressent  spécialement  les  historiens  de  l'imprimerie 
à  Liège  :  Pour  le  mouvement  de  la  Terre,  dit  Descartes,  te  m'étonne 
qu'vn  homme  d'Eglise  en  ose  écrire,  en  quelque  façon  qu'il  s'excuse  ; 
car  ïai  ven  vne  Patente  sur  la  condamnation  de  Galilée,  imprimée  à 
Liège  le  20  septembre  1633.  où  sont  ces  mots  :  quamvis  hypotheticè  à  se 
illam  proponi  simularet,ew  sorte  qu'ils  semblent  mesme  deffendre  qu'on 
se  serve  de  cette  hypothèse  en  l'Astronomie.  (Lettres  de  M.  Descartes, 
tome  second.  A  Paris,  chez  Charles  Angot,  M.  DG.  LIX,  p  353). 
Lettre  LXXVI,  au  P.  Mersenne.  Je  ne  pense  pas  qu'on  ait  signalé  un 
exemplaire  de  cet  imprimé  assurément  fort  intéressant. 

(2)  Almagestum  nonim  Anctore  J.  B.  Riccioli.  S.  J.  Bononiae, 
Ex  Typ.  Haeredis  Victorii  Benatii.  M.  DC.  LI,  t.  I,  p.  492.  2"  col.  (Univ. 
Leod.  I.  103.2) 

(s)  Ibid.  t.  I.  p.  179. 


—  5Î3  — 

de  la  terre,  il  explique  les  inégalités  reconnues  du  mouve- 
ment de  notre  satellite  d'une  manière  ingénieuse,  mais 
inexacte  (1). 

Nous  ne  parlerons  pas  des  travaux  de  Wendelin  sur 
la  chronologie  ,  quoiqu'ils  se  rattachent  à  ses  vastes 
recherches  sur  les  éclipses  ;  ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  les 
exposer  (2). 

Ce  que  nous  avons  dit  de  notre  astronome  suffira,  pen- 
sons-nous, pour  établir  qu'il  fut  un  merveilleux  observateur 
et  l'un  des  savants  dont  le  Pays  de  Liège  peut,  à  plus  juste 
titre,  s'enorgueillir. 

L'astronome  dont  nous  venons  d'esquisser  rapidement  la 
vie  et  les  travaux  mentionne  à  diverses  reprises  le  Collège 
des  Jésuites  Anglais  à  Liège  et,  notamment  le  P.  Fr.  Hall 
ou  Linus. 

Il  est  temps  de  dire  quelques  mots  à  la  fois  de  l'institu- 
tion et  du  savant. 

C'est  en  1613,  au  début  du  règne  de  Ferdinand  de 
Bavière,  que  les  Jésuites  Anglais  quittèrent  Louvain  pour 
venir  s'établir  à  Liège. 

Malgré  quelques  tracasseries,  quelques  difficultés,  ils 
firent  élever  rapidement  la  maison  qui,  pondant  près  de 
deux  siècles,  les  abrita.  Dès  1614,  les  cours  purent  être 


(i  )  Ibid.  p.  272. 

(2)  Nous  ne  rappellerons  pas  davantage  son  opuscule  sur  la 
Pluie  rouge  observée  à  Bruxelles  le  samedi  6  octobre  1646.  Ce 
livre,  qui  mérita  les  éloges  des  savants  et  entre  autres  de  Descartes 
(Vie  de  Descartes,  t.  II.  p.  285),  met  une  fois  de  plus  dans  tout  son 
jour  l'exactitude  dont  Wendelin  faisait  preuve  lorsqu'il  s'agissait  de 
relater  les  circonstances  d'un  phénomène  ou  d'en  découvrir  les 
causes.  Son  ouvrage  parut  en  1646  ;  il  fut  réimprimé  à  Londres  en 
1655  (*  De  Coussin  naturalibus  Pluriae  purpureae  Bruxelîensis  cla- 
rorum  virorum  juâicia.  Londini,  Excudebat  E.  Tylev ,  Impensis 
Edvar.  Siory,  1655.  8°,  à  la  suite  des  Météorologiques  de  L.  Froidmont). 


-  524  - 

ouverts  et,  en  1616,  les  bâtiments  étaient  entièrement 
élevés  (1). 

Le  Collège,  dans  la  pensée  de  ses  fondateurs,  devait 
surtout  servir  à  donner  l'éducation  catholique  aux  gen- 
tilshommes Anglais  qui  ne  pouvaient  la  recevoir  dans  leur 
patrie  où  l'Église  Romaine  était  persécutée  ;  mais  bien- 
tôt, d'autres  jeunes  gens,  des  Liégeois  entre  autres ,  en 
petit  nombre,  purent ,  malgré  la  mesquine  opposition  de 
l'Université  de  Louvain,  profiter  de  l'enseignement  des 
savants  religieux  :  à  ce  titre ,  le  Collège  Anglais  ne  fut  pas 
sans  exercer  une  certaine  influence  sur  la  marche  des 
sciences  dans  notre  principauté. 

Les  pères  anglais  avaient  apporté  de  leur  patrie  d'origine 
l'amour  de  la  philosophie  expérimentale  et  des  sciences 
exactes;  il  fallait,  au  surplus,  mettre  les  jeunes  seigneurs 
dont  l'éducation  leur  était  confiée,  à  même  de  soutenir  la 
comparaison  avec  leurs  compatriotes  qui  avaient  reçu  leur 
instruction  dans  la  patrie. 

C'est  ce  qui  explique  le  soin  que  l'on  mettait  dans  l'en- 
seignement des  sciences  proprement  dites. 

Dans  le,  cours  de  philosophie,  dit  l'auteur  du  Florus 
Anglo-Bavaricus ,  non-seulement  trois  professeurs  en- 
seignent ,  pendant  trois  ans,  la  doctrine  péripatéticienne, 
mais  la  plupart  travaillent  activement  à  découvrir,  par 
l'expérience,  les  secrets  de  la  nature,  afin  que  nos  jeunes 
gens  soient  instruits  dans   toutes   les  sciences,  ce  qui,  en 


(i)  Voyez  la  Notice  sur  le  Collège  des  Jésuites  Anglais,  publiée  dans 
le  Bulletin  de  l'Institut  en  1SG5,  par  notre  infatigable  confrère, 
M.  le  capitaine  Dejardin. 

Il  faut  lire  également  le  Florus  Anglo-Bavaricus  Serenissim'o  Pvin- 
cipi  Maximiliâno  Emmanueli  Duci  Barariae  et  Mariae  Antoniae 
Leopoldi  Caesaris  fliae ,  auspicato  Nuj/tiaru»i  foedere  conjunctis 
inscriptus.  Leodii,  Ex  off.  Typ.  G.  H.  Streel,  M.DG.  LXXXV. 


—  525  — 

Angleterre  surtout,  est  hautement  apprécié.  A  cela  s'em- 
ploie surtout  le  professeur  des  mathématiques,  sciences 
également  fort  cultivées  chez  nos  compatriotes.  Après  avoir 
enseigné  l'arithmétique  et  la  géométrie,  il  passe  aux  parties 
élevées  de  la  mécanique  et  de  la  statique,  faisant  connaître 
les  lois  du  mouvement  et  des  forces.  Il  expose  ensuite  la 
perspective  et  l'optique,  puis,  après  des  notions  sur  le 
globe  terrestre  et  le  globe  céleste  (c'est  l'astronomie  sphé- 
rique  de  notre  temps),  il  s'élève  à  la  considération  des 
divers  mouvements  du  ciel  et  des  astres.  Il  ne  manque  pas 
de  donner  la  théorie  des  éclipses  et  des  comètes,  en  l'illus- 
trant par  des  expériences  choisies  et  nombreuses;  en  un 
mot,  il  embrasse  toute  l'astronomie.  Il  en  est  encore  qui 
ajoutent  à  ces  études ,  l'algèbre,  la  méthode  des  indivisibles, 
et  les  parties  les  plus  cachées  empruntées  aux  Coniques 
d'Apollonius  de  Perge ,  ou  aux  écrits  des  modernes. 
On  peut  dire  qu'il  n'est  aucune  découverte  faite  par  la 
Société  royale,  fondée  à  Londres  par  ('.hurles  II,  en  ce 
qui  concerne  la  physique  ou  les  mathématiques  que  nos 
pères  ne  saisissent  et  ne  perfectionnent  :  de  telle  sorte 
qu'ils  savent  tout  ce  qui  est  nécessaire  et  n'ignorent  rien 
de   ce   qui    est   simplement  curieux. 

Le  P.  Fr.  Hall  ou  Linus ,  né  en  1595,  fut,  pendant  de 
longues  années,  chargé  de  cet  important  enseignement. 

Il  n'a  cependant  publié  qu'un  petit  nombre  de  travaux. 
Nous  n'avons  pu  rencontrer  jusqu'ici  ses  écrits  de  géomé- 
trie pure  consacrés  à  la  réfutation  des  erreurs  de  Thomas 
While,  sur  la  spirale  et  le  cercle  et,  en  général,  sur  la 
doctrine  des  indivisibles. 

Thomas  White,  l'ami  et  le  compagnon  habituel  du 
célèbre  Kenelm  Digby,  avait  publié  un  petit  livre  intitulé  : 
Exercitatio  de  geometria  indivisibilium  et  proportione 
spiralis  ad  circulum,  Londini,  1658,  in-8°. 

Probablement  inspiré   par  René-François  de  Slusé,  le 


-  526  - 

père  Linus  fit  paraître  une  critique  de  ce  livre  sous  le 
titre  de  De  pseudo-quadratura  circuli  Dom.  Thom.  Viti, 
Auct.  Fr.  Lino,  Londirïi  (1659),  in-8°(l).  Thomas  White 
ne  se  tint  pas  pour  battu  et  répliqua  par  son  Apologia  pro 
doctrina  sua  ad   calumniatores ,   Auth.    Thom.    de  Albis. 

(  ()  C'est  ce  que  l'on  semble  pouvoir  conclure  d'une  lettre  de  Sluse 
à  Chr.  Huygens,  en  date  du  5  août  1G59  (  V.  Correspondance  de  René- 
François  de  Sluse,  p.  125  et  Œuvres  de  Chr.  Huygens, t.  II ,  pages  450- 
451)  :  Cum  ab  anno  exercitationem  edidisset  auctor  (Thomas  Anglus) 
qua  conatus  fuerat  ostendere  spiralem  primae  reuolutionis  aequalem 
esse  semiperiferiae  sui  circidi,  cum  monui  per  amicum  hune  errorem 
olim  a  Guldino  admission  et  correctum  esse.  Les  savants  éditeurs  de  la 
correspondance  de  Huygens  (Loc.  cit.)  supposent,  avec  raison,  que  cet 
ami  n'est  autre  que  le  P.  Linus.  11  est  à  observer,  en  effet,  que 
Thomas  White  et  Linus  étaient  compatriotes;  on  peut  croire,  de 
plus,  qu'ils  se  connaissaient  personnellement.  En  effet,  lorsque 
Kenelm  Digby  vint,  en  1641,  prendre  les  eaux  de  Spa,  il  était,  sans 
nul  doute,  accompagné  de  Thomas  White,  qui  ne  le  quittait  guère  à 
cette  époque,  comme  on  peut  l'inférer  d'un  passage  de  la  vie  de 
Descartes  par  Baillet  (*  Vie  de  Monsieur  Descartes,  Paris,  Horthemels, 
1691,  t.  II,  p.  245)  :  or  Kenelm  Digby  vint,  à  cette  occasion,  visiter 
plusieurs  fois  le  P.  Linus. 

Dans  une  lettre  adressée  à  Pascal,  le  5  sept.  1659  (Correspondance 
de  Sluse,  pages  76-77),  Sluse  revient  sur  cette  même  opinion  de  M.  le 
Blanc  (Thomas  White),  opinion  qui  semble  avoir  préoccupé  les  amis 
de  Pascal.  En  effet,  l'exemplaire  que  je  possède  des  Lettres  de 
A.  Dettonville  (Paris,  1659),  a  dû  être  transmis  à  Kenelm  Digby,  par  les 
soins  de  Nicole,  qui,  sur  un  feuillet  de  garde,  a  tracé  ces  lignes  : 
Monsieur  Digby  est  tres-humblement  supplie  de  considérer  le  dernier 
traité  de  ce  Liure  où  l'Auteur  prétend  auoir  demontrê-que  la  spirale  est 
égale  a  une  ligne  parabolique  qui  a  pour  axe  la  demye  circonférence  a 
laquelle  Monsieur  le  Blanc  prétend  auoir  demonstrê  que  la  mesme 
spirale  est  égale.  L'vn  et  Vautre  ne  pouuant  estre  vray  et  la  démonstra- 
tion qui  est  dans  ce  liure  paroissant  claire  et  indubitable,  il  faut  que 
Monsieur  le  Blanc  se  soit  trompé.  Et  c'est  ce  qui  fait  appréhender  a  ses 
amis  que  la  mesme  chose  ne  luy  soit  arriucc  dans  le  nouueau  liure  où  il 
prétend  auoir  trouué  la  Quadrature  du  Cercle,  de  l'Ellipse  et  de 
V  Hyperbole. 


—  527  — 

Lonclini,  1660,  in-8°,  qui  lui  valut,  de  la  part  de  notre 
auteur ,  une  nouvelle  critique  :  Réfutation  of  the  attempt 
to  square  the  Circle.  London,  1660,  in-8°  (l). 

Comme  nous  l'avons  dit,  le  P.  Linus  est  encore  auteur 
d'un  ouvrage  sur  les  horloges  solaires  (2);  il  a  laissé  en 
outre,  sur  cette  matière,  un  travail  manuscrit  (3)  :  c'était 
d'ailleurs  un  sujet  qu'il  traitait  avec  amour.  Il  avait  donné 
une  foule  de  formes  diverses  aux  horloges  solaires,  toutes 
réunies  dans  celle  qu'il  avait  élevée,  à  Londres,  au  Jardin 
royal.  A  Liège  même  ,  il  avait  construit ,  dès  1635,  une 
horloge  particulière  qui  excitait  l'admiration  des  visiteurs 
du  Collège  et  même  des  savants.  Wendelin  en  parle  dans 


(1)  Je  rapporte  l'histoire  de  cette  discussion  d'après  les  savants 
éditeurs  de  la  Correspondance  de  Huygens  (Loc.  Cit.),  mais  je  dois 
ajouter  que  l'auteur  du  Florus  Ariglo- Bavaricus  dit  expressément  que 
le  P.  Linus  n'a  publié  que  deux  ouvrages,  l'un  sur  les  horloges  solaires, 
dont  je  parle  dans  le  texte,  l'autre  De  Linea  Spirali.  L'existence  de 
deux  titres,  l'un  latin,  l'autre  anglais,  ne  prouverait  pas  que  les  deux 
ouvrages  sont  distincts,  car  le  livre  de  Gnomonique  a  été  également 
publié  dans  les  deux  langues.  Néanmoins,  n'ayant  pas  sous  les  yeux 
les  documents  originaux  ,  je  me  borne  à  ces  simples  remarques. 

On  peut  trouver  quelques  autres  indications  dans  la  Bibliographie 
des  Écrivains  de  la  Compagnie  de  Jésus  du  P.  De  Backer,  t.  II,  col.  756. 

(a)  Explicatio  Horologii  in  Horto  regio  Londini  in  Anglia  an.  1669. 
erecti,in  quo  plurima  Horologiorum  sciatericorum  gênera  continentur, 
etc.,  quae  omnia  breviter  et  dilucide  publicae  utilitati  exponit  R.  P. 
Franciscus  Hallus,  alias  Linus,  S.  J.  Matheseos  Prof  essor.  Leodii 
Eburonum,  Apud  G.  H.  Streel.  1673.  4°  de  76  pages,  1  pi.,  73  fig. 
grav.  (Univ.  Leod.,  I.  105,  2). 

L'édition  anglaise  a  pour  titre  :  An  Explication  of  the  Diall  sett  up 
in  the  Kings  Garden  at  London,  an.  1669.  In  which  very  many  sorts  of 
Dyalls  are  contciued,  etc.  AU  thèse  pàrticulars  are  shortly,  yet  clearly 
sett  forth  for  the  common  good  Bg  the  Révérend  Father  Francis  Hall, 
otherwise  Line.  Printed  at  Liège,  By  G.  H.  Streel,  in  the  Yeare  of  our 
Lord  1673.  ¥,  1  f*  11.  ch.  60  pages,  1  pi.  73  fig.  (Univ.  Leod.  I.  118.  1). 

(s)  Ms  377  de  l'Université  de  Liège.  N°  457  du  cat.  imprimé. 


—  528  - 

une  lettre  à  Gassendi  (l)  et  en  donne  une  description 
analogue  à  celle  que  nous  empruntons  au  Florus  Anglo- 
Bavaricus  (p.  -49)  :  Le  P.  Linus  fit  faire  un  bassin  de  verre 
d'une  hauteur  convenable  et  une  sphère  de  laiton,  sur 
laquelle  étaient  gravées  douze  figures,  indiquant  les  heures. 
Le  case  étant  rempli  d'un  liquide  qu'il  avait  composé,  le 
globe  y  restait  suspendu,  comme  dépourvu  de  poids.  Mais 
le  merveilleux  de  l'invention,  c'est  que  le  globe  se  mettait  à 
tourner  d'un  mouvement  tellement  uniforme  qu'un  petit 
poisson  qui  s'avançait  de  la  paroi  du  vase  marquait 
exactement  les  heures. 

Le  principe  de  cette  horloge  était  un  secret  du  savant 
jésuite,  que  Wendelin  ne  put  deviner  et  que  l'historien  du 
Collège  n'a  pas  cru  devoir  révéler.  Heureusement  le  P. 
Linus  ne  consacrait  pas  tout  son  temps  à  ces  ingénieuses 
mais  inutiles  inventions  ;  à  plusieurs  reprises  il  fit  des 
observations  astronomiques  pour  son  ami  Wendelin  et  plus 
tard  pour  le  célèbre  chanoine  Sluse. 

Mais  ces  travaux  et  sa  querelle  avec  Thomas  White,  où 
il  avait  raison,  n'auraient  pas  aussi  certainement  contribué 
à  préserver  son  nom  de  l'oubli  que  sa  controverse  avec 
Newton,  où  il  avait  tort. 

Depuis  de  longues  années,  le  P.  Fr.  Linus  s'était  occupé 
activement  d'expériences  sur  la  lumière,  et  il  avait  eu 
l'occasion  de  les  répéter  en  compagnie  de  Kenelin  Digby, 
quand  celui-ci,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  vint  prendre 
les  eaux  de  Spa.  Lorsque,  trente  ans  plus  lard,  Newton 
déduisit  de  ses  expériences  sur  la  décomposition  de  la 
lumière  par  le  prisme,  l'inégale  réfrangibilité  des  rayons 
des  diverses  couleurs,  le  P.  Linus  crut  remarquer  une 
certaine  opposition  entre  les  résultats  que  Newton  faisait. 
connaître    et    ceux    qu'il    avait    obervés    lui-même.    Ses 

(i)  Gassendi  Epistolae,  t.  VI,  p.  428.  Lettre  du  1er  mai  1635. 


-  529  - 

remarques  furent  insérées  dans  les  Transactions  philoso- 
phiques. Newton  répondit  avec  une  grande  modération  aux 
critiques  de  son  adversaire.  La  mort  du  P.  Linus,  survenue 
le  25  novembre  1675,  n'arrêta  pas  entièrement  la  discus- 
sion, qui  fut  reprise  par  un  élève  du  professeur  de  Liège  , 
nommé  Gascoigne,  et  ensuite  par  son  successeur,  le  P. 
Lucas  (î). 

Cependant,  à  cause  de  sa  constitution  même  et  de  sa 
destination  spéciale,  le  Collège  Anglais  ne  posséda  guère 
une  influence  analogue  à  celle  qu'exerça  l'école  des 
Jésuites  à  Anvers.  A  Liège,  nous  ne  voyons  plus  cet 
entraînement  vers  les  mathématiques  qui  semble  caracté- 
riser l'époque  d'Ernest  de  Bavière;  à  Anvers  au  contraire, 
le  Collège  des  Jésuites ,  où  l'on  voit  se  succéder  le  P. 
d'Aiguillon,  Grégoire  de  S'- Vincent,  André  Tacquet , 
avait  créé  dans  les  rangs  élevés  de  la  société  un  mouve- 
ment en  faveur  de  la  science,  comme  on  a  pu  le  constater 
par  l'accueil  qu'y  trouvait  Wendelin;  rien  de  semblable 
ne  se  manifeste  chez  nous.  Il  faudrait  peut-être  faire  une 
exception  en  faveur  de  Laurent  de  Méan,  écolâtre  de 
Liège  et  prévôt  de  Tongres. 

Wilthem,  dans  la  dédicace  de  son  Diptychon  Leodiense  (2) 


(i)  Philosophicàl  Transactions  :  Giving  some  accompt  of the présent 
Undertakings,  Studies  and  Labours  of  the  Ingénions  in  rnany  considé- 
rable Parts  ofthe  worîd.  Nr  110,  pages  217-219;  nr  121,  pages  499-504; 
iV  123,  liage  556;  ur  128,  p.  602. 

Cette  correspondance,  traduite  en  latin,  a  été  reproduite  dans  les 
opuscules  de  Newton.  (*lsaaci  Newtoni  Opuscula  mathematica,  philo- 
sophica  et  philologica  Collegit  Joh.  Castillioneus.  Tomus  secundus. 
Lausannae  et  Genevae ,  apud  Marcûm-Michaelem  Bousquet, 
MDGCXLIV,  pages  374-408. 

(2)  *  Diptychon  Leodiense  ex  consulari  factum  epîscopale  et  in  illud 
commentarius  R.  P.  Alexandri  Wilthemii  Suc.  Iesn  Presb.  Lcodii , 
Apud  J.  M.  Hovium.  M.  DC  LIX,  ff.  2  et  3  de  la  dédicace. 


-  530  — 

parle  avec  éloges  des  vastes  connaissances  de  ce  chanoine; 
il  mentionne  les  trésors  qu'il  a  accumulés  dans  sa  demeure, 
les  marbres  antiques,  les  inscriptions,  les  curiosités  de 
toute  nature  ,  les  livres  et  les  manuscrits  précieux  et  rares; 
il  parle  surtout  de  ses  connaissances  en  architecture 3  des 
études  qu'il  a  faites  à  Home.  Il  serait  difficile  de  croire  que 
Laurent  de  Méan  eût  laissé  de  côté  les  mathématiques  dont 
certaines  parties,  la  perspective,  la  coupe  dos  pierres,  etc., 
lui  étaient  nécessaires.  Ici  encore  nous  pourrons  recourir 
à  un  procédé  d'investigation  dont  nous  avons  déjà  fait 
usage;  il  nous  reste  quelques  indices  empruntés  à  l'étude 
des  débris  qui  ont  passé  sous  nos  yeux  de  la  bibliothèque 
du  savant  chanoine. 

Nous  avons  pu  signaler  déjà  YEpitomé  d'arithmétique 
de  Jean  Galle,  où  l'on  voit  la  signature  de  Laur.  de  Méan; 
outre  le  Trattato  délia  pittura ,  de  Léonard  da  Vinci,  publié 
à  Paris,  chez  J.  Langlois,  en  1651  ,  et  la  Manière  de  bastir 
de  Pierre  le  Muet ,  Paris,  Fr.  Langlois,  164/7,  qui  lui  ont 
appartenu,  la  Bibliothèque  de  notre  Université  renferme 
un  exemplaire  de  La  pratique  du  trait  a  preuves  de  M. 
Desarques,  pour  la  coupe  des  Pierres  en  l'Architecture, 
Paris,  Pierre  Des  Hayes,  1643,  qui  porte  :  Laur.  de  Mean, 
chanoine  escolastre  de  Liège,  prevost  de  Tongre ,  Emptus 
3  ff.  bb.  17  octobris  1655. 

Nous-même  possédons  un  exemplaire  des  Récréations 
mathématiques  du  P.  Lëurechon,  où  Ton  peut  lire,  sur  un 
feuillet  de  garde  :  Lorento  de  Mean  Caco  di  S.  Martine  et 

dopo  di  S.  Lamberto.  In  Liegi s.1  1630.  (Le  reste  de  la 

date  est  illisible)  (  î  ). 

Il  serait  injuste  de  passer  entièrement  sous  silence   le 


(i)*  Récréations  Mathématiques.  A  Rouen,  chez  Charles  Osmont 
rue  aux  Iuii's,  près  le  Palais.  M.  DC.  XXIX. 
La  première  édition  .est  de  lf>24,  à  Pont-à-Mousson. 


—  531  — 

nom  de  Libert  Froidmont ,  qui  tient  une  si  grande  place 
dans  l'histoire  du  Cartésianisme  en  Belgique  (l).  Né  à 
Haccourt,  près  de  Visé,  le  3  novembre  1587,  d'une  ancienne 
famille  liégeoise,  il  mourut  à  Louvain,  le  27  octobre  1653. 
Peut-être  ne  mérite-t-il  pas  d'une  manière  absolue  d'être 
rangé  parmi  les  mathématiciens  bien  que  Valère  André 
loue  ses  connaissances  en  mathématiques  et  en  astronomie. 
En  réalité ,  sans  avoir  fait  de  découvertes  dans  ce  domaine, 
il  semble  avoir  bien  possédé  la  science  de  son  temps;  en 
particulier  ses  leçons  sur  la  dioptrique  ne  durent  pas 
manquer  d'intérêt  (a).  Il  s'est  signalé  notamment  par  sa 
polémique  avec  Jacques  Landsbergen ,  à  laquelle  il  con- 
sacra les  deux  ouvrages  que  nous  ^vons  cités,  où  il 
s'efforce,  par  des  arguments  tirés  des  saintes  Écritures  (3) 
ou  de  la  mécanique,  fort  imparfaite  encore,  de  son  temps  , 
de  renverser  l'hypothèse  du  mouvement  de  la  terre.  Il  a 
composé  en  outre  un  écrit  d'apparence  plus  géométrique 
intitulé  Labyrinthus  sive   de   Compositione  Continui  (4)  : 


(«)  Pour  se  rendre  compte  de  la  véritable  valeur  de  Libert 
Froidmont,  il  faut  lire  la  belle  Histoire  du  Cartésianisme  en  Belgique, 
par  M.  l'abbé  Georges  Moxchamp.  Bruxelles  ,  F.  Hayez.  1S8G. 

(*)  V.  la  notice  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  Vqpiscus  Fortunatus 
Plempius  par  M.  le  Prof.  Haan,  dans  Y  Annuaire  de  V  Université  Catho- 
lique de  Louvain,  184>,  p.  219. 

(  3  )  Ce  qu'il  y  a  d'assez  curieux,  c'est  que  Froidmont  rapporte  tout 
au  long  une  ingénieuse  interprétation,  donnée  par  Wendelin ,  d'un 
passage  du  livre  de  Job,  pour  prouver  que  l'Ecriture  autorise  la 
théorie  de  l'a  rotation  de  la  Terre.  Froidmont  trouvait  par  trop  fine 
l'explication  due  à  son  ami:  Ingeniosa  sane,  sed  nintio  aciimine  exer- 
l'ans  ratiocinât io  (  Vesta,  pp.  78-79). 

(i)  Libert i  Fromondi  in  Academia  Lovaniensi  S.  Th.  Doct.  et  Prof. 
ord.  Labyrinthus  sire  de  Compositione  continui  Liber  unus,  Philoso- 
phis,  Mathematicis ,  Theologis  vtilis  ac  iucundus.  Antverpiae,  ex  offi- 
cina  Plantiniana  Balthazaris  Moreti,  M.  DC  XXXI.  (Bibl.  roy.  de 
Bruxelles,  Fonds  van  Hulthem,  8342). 


—  532  — 

néanmoins  c'est  plutôt  un  recueil  d'arguties  philosophiques 
qu'un  travail  sérieux  sur  la  philosophie  de  la  science. 

Nous  devons  encore  mentionner  un  autre  liégeois , 
Henri  Donnai ,  qui  séjourna  longtemps  à  Rome  ;  il  était  en 
correspondance  avec  Peiresc  et,  à  la  mort  de  ce  dernier, 
il  consacra  à  sa  mémoire  une  pièce  de  vers  grecs  (1);  il 
passait  pour  mathématicien  et  était  lié  avec  Wendelin; 
mois,  ce  qui  le  recommande  surtout  à  notre  attention, 
c'est  qu'il  vécut  plusieurs  années  à  Rome  avec  le  plus 
illustre  géomètre  dont  le  pays  de  Liège  peut  se  glorifier, 
avec  René-François  de  SI  use. 

Ce  dernier  naquit  à  Visé ,  le  2  juillet  1622  (2),  d'une 
vieille  famille  liégeoise.  Les  détails  sur  sa  vie  sont  peu 
nombreux;  nous  allons  les  résumer  rapidement. 

Destiné,  dès  son  plus  jeune  âge,  au  sacerdoce,  il  fit 
probablement,  comme  son  frère  Jean-Gautier,  qui  devait 
revêtir  la  pourpre  cardinalice,  ses  premières  études  à 
Liège.  En  1638,  il  se  rendit  à  l'Université  de  Louvain,  et, 
en  1642,  à  Rome,  où  il  suivit  les  cours  de  l'Université  de 
la  Sapience.  Le  8  octobre  16-43,  il  recevait  le  bonnet  de 
docteur  en  droit. 

(i)  Ces  vers  sont  insérés  à  la  suite  de  *  Peireshii  Laudatio  habita 
in  concione  funebri  academicorum  romanorum.  Die  Decemb.  21,  an. 
1637  Jo.  Jacobo  Buccardo  Parisino  pérorante,  in-4°  de  32  pp.  dont 
les  pp.  31-32  contiennent  l'éloge  dont  il  est  ici  question. 

H.  Donnai  est  mentionné  dans  les  Petits  Mémoires  inédits  de  Peiresc 
publiés  par  M.  Tamizey  de  Larroque,  avec  des  annotations  de  M.Cb. 
Ruelens,  pp.  82-83.  Il  est  encore  cité  dans  une  lettre  de  Nie.  Heinsius 
à  Jean  Schef'fer,  que  j'ai  déjà  rapportée  ailleurs  (Correspondance  de 
Sluse,  p.  150). 

(2)  Pour  les  détails,  je  renverrai  à  la  notice  que  j'ai  publiée  sur 
René-François  de  Sluse,  en  tète  de  sa  correspondance  (Bullettino  du 
Prince  Boncompagni,  t.  XVII).  Ici,  je  me  vois  forcé  de  reproduire,  en 
partie,  le  travail  que  j'ai  fait  paraître  dans  la  revue  Ciel  ut  Terre , 
%*  série,  t.  Il,  1SS7,  en  complétant  les  citations. 


.       —  533  — 

Pendant  près  de  dix  ans  encore,  il  séjourna  en  Italie  et 
s'y  livra  aux  études  les  plus  variées.  A  Rome ,  à  Pérouse, 
à  Florence,  il  s'adonna  à  un  travail  incessant  et  se  lia 
d'amitié  avec  une  foule  de  savants. 

Alors  qu'il  séjournait  à  Rome,  il  avait  reçu  un  eano- 
nicat  dans  le  chapitre  collégial  de  sa  ville  natale  ;  il 
y  renonça  en  1650,  lorsque  le  Souverain-Pontife  lui 
accorda  une  prébende  dans  le  chapitre  de  Saint-Lambert,  à 
Liège. 

Il  parait  être  revenu  dans  sa  patrie  vers  la  fin  de  l'année 
1653.  Bientôt,  estimé  à  sa  juste  valeur  par  les  Tréfoneiers, 
ses  confrères,  et  par  le  prince-évêque,  il  fut  élu  au 
nombre  des  directeurs  du  chapitre  (18  septembre  1655) , 
puis  nommé  successivement  membre  du  Conseil  privé 
(22  mars  1659),  abbé  d'Amay  (1666) ,  membre  du  Conseil 
ordinaire  (20  octobre  1666')  et,  enfin,  vice-prévôt  de  la 
Catbédrale  (20  janvier  1676).  Quoi  qu'en  puissent  dire  la 
plupart  des  historiens,  il  n'eut  jamais  la  charge  de  chan- 
celier. 

Il  entretint  une  correspondance  suivie  avec  un  grand 
nombre  d'hommes  célèbres  :  P.  Lambecius,  Pascal,  Huy- 
gens,  Oldenburg,  Sorbière,  C.  Dati,  M. -A.  Ricci,  le  cardi- 
nal Léopold  de  Toscane,  Pacichelli,  C.  Bi-unetti,  Wallis,  etc. 

Sorbière,  Monconys,  Pacichelli,  Saint-Evremont  men- 
tionnent les  visites  qu'ils  lui  firent;  tous  les  voyageurs  de 
marque  qui  traversaient  la  principauté  de  Liège  tenaient  à 
honneur  de  s'entretenir  avec  l'illustre  chanoine. 

Sluse  avait  fait  des  langues  une  étude  approfondie;  il 
connaissait  l'hébreu  et  l'arabe,  écrivait  le  grec,  le  latin, 
le  français  et  l'italien  avec  une  égale  facilité;  le  néerlan- 
dais lui  était  assez  familier  pour  qu'il  pût  lire  certains 
écrits  de  Huygens  et  tirer  parti  des  analogies  de  cet  idiome 
avec  l'anglais  pour  entreprendre,  sur  le  conseil  d'Olden- 
burg,  l'élude  de  cette  dernière  langue. 


—  534  — 

Ainsi  armé  ,  il  avait  accumulé  des  connaissances  im- 
menses par  la  lecture  de  tout  ce  qui  se  publiait  d'impor- 
tant en  Europe.  Au  point  de  vue  de  l'universalité  du 
savoir,  on  ne  peut  mieux  le  comparer  qu'à  Leibniz. 

Gomme  ce  profond  génie,  il  avait  étudié  le  droit;  non 
seulement  le  droit  positif  de  sa  patrie  ,  dont  la  connaissance 
lui  était  nécessaire  pour  l'accomplissement  des  hautes 
fonctions  dont  il  était  revêtu  ,  mais  les  sources  mêmes  du 
droit,  de  façon  à  être  placé  par  un  bon  juge,  Saint-Evre- 
mont,  au  rang  des  jurisconsultes  éminents. 

Entouré  de  l'estime  de  tant  de  grands  hommes ,  et  l'un 
des  plus  grands  personnages  de  son  pays  ,  Sluse  était  resté 
d'une  modestie,  d'une  simplicité  de  vie  qui  frappaient  tous 
ceux  qui  le  connaissaient. 

D'une  sobriété  exemplaire ,  d'une  pureté  de  mœurs 
irréprochable ,  l'éminent  chanoine ,  au  milieu  de  ses  mul- 
tiples devoirs  et  de  ses  travaux  incessants,  trouvait  encore 
le  temps  de  s'occuper  d'œuvres  de  charité  :  il  était  si  bien 
connu  sous  ce  rapport  que,  lorsque  Maximilien-Henri  de 
Bavière  voulut,  à  la  demande  de  la  Compagnie  des  pauvres 
Prisonniers  de  Liège,  donner  à  cette  Société  de  charité 
des  administrateurs,  son  choix  tomba  en  première  ligne 
sur  René-François  de  Sluse  (1). 

Notre  savant  prodiguait  les  aumônes  et  ne  dédaignait 
pas  de  diriger  la  conscience  d'une  pauvre  fille  qui  consa- 
crait sa  vie  à  rechercher  toutes  les  misères  pour  les 
soulager  (2). 

D'une  santé  délicate,  accablé  par  un  labeur  absorbant 
qu'il  prolongeait  souvent  pendant  la  nuit,  il  ne  put  jouir 


(i)  Patente  du  17  août  1660  (*  Abrégé  des  grâces  et  indulgences 
accordées  aux  confrères  et  consœurs  de  la  Compagnie  de  la  Miséricorde, 
etc.  A  Liège ,  chez  la  Ve  S.  Bourguignon  .  p,  5. 

(2)  *  Vie  de  Marie  Ock,  Tournai,  Casterman,  1862. 


-  538  — 

longtemps  de  la  gloire  que  lui  valurent  ses  travaux,  et  il 
s'éteignit  le  19  mars  1685,  à  peine  âgé  de  63  ans,  couron- 
nant, par  une  mort  édifiante,  une  vie  consacrée  tout 
entière  au  service  de  son  pays,  de  la  science  et  de  Dieu. 

Si  nous  devons  nous  borner  à  ces  quelques  lignes  sur  la 
biographie  de  René  de  Sluse,  nous  nous  permettrons  de 
nous  étendre  davantage  sur  l'analyse  de  ses  travaux 
mathématiques. 

Ceux-ci  se  rapportent  à  diverses  parties  de  la  science  : 
quadrature  de  certaines  courbes,  cubature  de  volumes, 
recherche  des  centres  de  gravité;  géométrie  cartésienne 
et  applications  spéciales  à  la  construction  des  racines  des 
équations;  détermination  des  tangentes ,  des  points  d'in- 
flexion ou  des  maxima  el  minima,  ou  essais  se  rattachanl 
aux  origines  du  calcul  différentiel. 

Nous  allons  passer  rapidement  en  revue  les  résultats 
qu'il  obtint  relativement  à  ces  diverses  questions. 

Sluse  se  rendit  à  Rome ,  comme  nous  l'avons  vu  ,  en 
1642.  Il  est  probable  qu'il  ne  put  s'adonner,  en  grande 
partie,  aux  mathématiques,  qu'après  avoir  subi  les  épreuves 
du  doctorat  en  droit. 

Nous  ignorons  s'il  suivit  les  leçons  régulières  de  Santini, 
qui  occupait  alors  une  chaire  de  géométrie;  il  est  à  pré- 
sumer plutôt  qu'il  se  livra  seul  ou  en  compagnie  de  ses 
amis  et  notamment  de  Michel-Ange  Pucci,  disciple  de 
Toricelli,  à  l'étude  des  méthodes  que  venaient  de  décou- 
vrir quelques  mathématiciens  italiens  (î). 

C'est,  en  effet,  vers  cette  époque,  en  1635,  que  Cava- 
lieri  publia  sa  Géométrie  des  indivisibles.  Dès  1644, 
Torricelli  en  faisait  des  applications  intéressantes  dans  ses 


(  1  )  Je  ne  veux  nullement,  par  cette  affirmation,  nuire  aux  droits 
de  Grégoire  de  S1- Vincent  à  la  priorité  d'une  invention  analogue. 


-  536  - 

Opéra  geometrica  ;  en  1647  parurent  les  Exercitationes 
geometïicae  sex  de  Cavalieri  (l). 

Sluse  était  donc  bien  placé  pour  recevoir  de  première 
main  les  découvertes  auxquelles  conduisait  la  méthode 
développée  par  le  célèbre  Jésuate. 

Il  est  à  présumer  qu'il  ne  manqua  pas  de  reconnaître 
combien  défectueux  était  le  mode  d'exposition  du  géomètre 
italien,  car  nous  voyons,  par  une  lettre  à  Pascal  (5  sep- 
tembre 1658),  qu'il  s'est  occupé  des  difficultés  qu'on 
opposait  à  ses  procédés. 

Quoi  qu'il  en  soit,  c'est  probablement  de  l'époque  de 
son  séjour  à  Rome  que  datent  ses  recherches  fondamen- 
tales ;  dès  1651,  nous  le  voyons  signalé  comme  un  géomètre 
distingué  par  Ougevinus ,  dans  une  lettre  adressée  à 
P.  Gassendi  (2). 

C'est  alors  sans  doute  qu'il  imagina  ses  fameuses  lignes 
en  perle ,  dont  il  est  tant  de  fois  question  dans  ses  lettres 
à  Pascal,  à  Huygens,  à  Oldenburg  et  clans  ses  Miscellanea, 
publiés  en  1668  (3). 

(i)  *  Geometria  indivisibilïbus  continuorum  promota.  Bononise 
M.  DC.  LUI.  (La  première  édition  est  de  1635.  ) 

*  Opéra  Geometrica  Evangelistae  Torricellii.  Florentiœ ,  Typ.  Ama- 
toris  Massae  et  Laur.  de  Laftdis ,  1644. 

*  Exercitationes  Geometricœ  sex.  Bononiœ,  Typis  Iacobi  Montii , 
1647. 

(-2)  Gassendi  Epistolae,  tome  VI,  p.  523. 

(s)  Les  Miscellanea  occupent  les  pages  97-181  de  *Iîenati  Francisa 
Shisii  Mesolabwrn  seu  dttae  mediae  proportionales  inter  extremas  datas 
per  circulum  et  per  infinitas  hyperbolas,  vel  ellipses  et  per  quamlibet 
èxhïbitae,  Ac  Problematum  omnium  solidorum  effectio  per  easdem 
curvas.  Accessit  pars  altéra  de  Analysi  et  Miscellanea.  Leodii ,  Apud 
G.  H.  Streel.  CIO  IDG  LXVI1I. 

4".  4  ff.  n.  ch.  182  pp.  1  9  bl. 

G'est  la  seconde  édition  de  l'ouvrage  intitulé  :  Mesolabum  seu  duae 
mediae  proportionales  inter  datas  per  circulum  et  éllipsim  vel  lit/per- 


—  537  — 

Ces  courbes  ont  pour  équation  : 

y™  =  k  .  xp  (a  —  x)n. 

Leur  quadrature  revenait  donc  à  l'intégration  des  diffé- 
rentielles binômes.  Bien  que  Sluse  n'ait  laissé  aucun  traité 
complet  sur  ces  questions ,  il  ressort  de  sa  correspon- 
dance qu'il  avait  déterminé  l'aire  de  celles  de  ces  courbes 
où  l'intégrale  s'exprime  algébriquement,  ou  bien  se 
ramène  à  des  segments  circulaires  et ,  probablement , 
hyperboliques. 

Nous  lisons,  en  effet,  dans  sa  lettre  à  Pascal  du  6  avril 
1658  :  En  plusieurs  de  ces  lignes,  j'ai  trouvé  la  quadrature, 
le  centre  de  gravité  et  le  solide ,  mais  non  en  toutes ,  car 
qui  la  trouvera  en  toutes  pourra  carrer  le  cercle  par 
plusieurs  façons. 

Dans  le  chapitre  III  de  ses  Miscellanea ,  Sluse  donne 
l'aire  A  de  la  perle  : 


et  trouve 


yra=— :  (a  —  x)m  xn 

J       an  K 


.        (m  4-  n)  (m  +  2n)     . 
A  = 5 a*. 

m2 


Pour  arriver  à  ce  théorème ,  il  compare  l'aire  limitée 
par  la  courbe  à  celle  de  la  parabole  représentée  par 

et  se  sert  de  propositions  dues  à  Torricelli. 

Il  détermine  ensuite ,  par  des  procédés  analogues ,  le 
centre  de  gravité  de  l'aire  limitée  par  la  courbe  et  l'axe 
des  abscisses,  ou  plutôt,  l'abscisse  de  ce  centre. 

bolam  infinitis  >u<><lis  exhibitae.  Accedit  problematum  quorumlibet 
solidorum  effectio per  easdem  curvas,  ijsdem  modix,  d-  Appendix  Dr 
eorundem  solutione  per  circulum   d'-  parabolam.  Leodii   Eburonum. 

Typis  I.  F.  van  Milst.  CIO  IOC  LIX  (Bibl.  Nat.  de  Paris,  gJg). 


-  538  - 

Ce  résultat  permet  à  Sluse  de  carrer  Taire  d'une  infinité 
de  spirales  dont  l'équation  polaire  est  : 

comme  il  déduit  l'aire  des  spirales  représentées  par 

de  celle  des  différentes  paraboles. 

Dans  le  cas  où  n  =  1 ,  les  perles  ont  pour  équation 


*- (£)"(«-">• 


Ces  lignes  sont  celles  que  Pascal  appelle  proprement 
perles  ;  celle  dont  nous  venons  d'écrire  l'équation  est  la 
perle  du  (n  +  l)e  ordre. 

Le  grand  géomètre  s'est  servi  des  résultats  dus  à  notre 
compatriote  pour  déterminer  un  solide  formé  par  le  moyen 
d'une  spirale  d'Archimède  autour  d'un  cône,  c'est-à-dire  la 
portion  du  volume  du  cône  limité  par  un  cylindre  droit 
ayant  pour  base  la  spirale  formée  à  l'aide  du  cercle  de 
base  du  cône  (1). 

Sluse,  auquel  Pascal  avait  communiqué  son  théorème 
dès  le  mois  de  juin  1G58,  imagina  un  autre  solide  analogue 
dont  il  détermina  à  son  tour  le  volume. 

Notre  savant  s'occupa  aussi  de  la  cubature  d'autres 
solides;  notamment  de  celui  qui  est  engendré  par  la  rota- 
tion d'une  cissoïde  de  Dioclès  autour  de  son  asymptote.  Il 
trouva  que  ce  volume  est  égal  à  celui  du  tore  engendré 
par  la  rotation  du  cercle  générateur  de  la  cissoïde  autour  de 
la  tangente  à  l'extrémité  d'un  diamètre. 

(l)  *  Lettre  de  A.  Dettonville  a  Monsieur  de  Shtze,  chanoine  de  la 
Cathédrale  du  Liège,  en  lui  envoyant  la  Dimension  et  le  Centre  de 
grauité  de  V Escalier.  La  Dimension  et  le  Cintre  de  grauitê  des 
Triangles  Cylindriques.  La  Dimension  d'un  Solide  formé  par  le  moyen 
d'vne  spirale  autour  cVvn  Cône.  A  Paris,  M.  DG.  LVIII. 


—  539  — 

Longtemps  Huygens  hésita  à  admettre  ce  résultat,  auquel 
le  géomètre  anglais  Wallis  parvint  vers  la  même  époque,  et 
ce  n'est  qu'après  plusieurs  lettres  que  Sluse  l'amena  à 
partager  son  sentiment. 

Sluse  ne  nous  a  rien  laissé,  nous  l'avons  dit,  sur  les  pro- 
cédés dont  il  faisait  usage  ;  il  est  probable  toutefois  qu'il 
déduisait  ses  théorèmes  de  la  méthode  des  indivisibles 
combinés  avec  les  résultats  fournis  par  la  statique,  notam- 
ment avec  le  théorème  de  Guldin  (1). 

Il  consacre,  en  effet,  tout  le  chapitre  VII  de  ses  Miscel- 
lanea  à  l'exposition  de  sa  méthode  d'évaluation  de  certaines 
aires  et  des  volumes  lorsque  l'on  connaît  les  centres  de 
gravité  d'autres  surfaces  ou  solides  et  vice-versa. 

Dans  un  autre  chapitre,  il  détermine  le  centre  de  gravité 
du  conoïde  hyperbolique.  A  l'époque  où  parurent  les 
questions  proposées  par  Pascal  sur  la  cycloïde,  Sluse  com- 
muniqua à  l'illustre  géomètre  quelques-unes  de  ses  décou- 
vertes sur  cette  courbe  et  sur  d'autres  plus  générales  qu'il 
engendre  en  supposant  qu'un  point  se  meuve  d'un  mouve- 
ment uniforme  sur  une  courbe  entraînée  elle-même  d'un 
mouvement  uniforme  parallèlement  à  une  droite  donnée. 

Il  lit  connaître  les  aires  des  segments  compris  entre  un 
arc  de  la  courbe  ainsi  décrite,  deux  parallèles  à  la  base 
dont  il  vient  d'être  question  et  une  perpendiculaire  à  cette 
base  (2). 

Tous  ces  théorèmes  montrent  avec  quelle  habileté  Sluse 
maniait  la  géométrie  des  indivisibles.  Ses  travaux  et  ses 
tettres  contiennent  une  foule  de  découvertes  qui  peuvent 

(  i  )  C'est  ainsi  qu'il  a  démontré  le  théorème  sur  le  solide  engendré 
par  la  Cissoïde.  V.  Mathesis,  t.  VI,  p.  273. 

(  î  )  Les  premiers  résultats  se  trouvent  dans  une  lettre  de  Sluse  à 
Pascal,  publiée  d'abord  par  Bossut,  dans  son  édition  complète  des 
œuvres  de  Pascal  (1779);  ils  sont  mentionnés  dans  l'Histoire  de  la 
Roulette  (165S).  Les  autres  sont  cités  dans  l'écrit  de  Pascal  dont  nous 
venons  de  transcrire  le  titre. 


—  540  — 

aisément  soutenir  la  comparaison  avec  celles  que  firent, 
dans  ce  domaine,  les  géomètres  les  plus  illustres  de  cette 
féconde  époque,  Pascal,  Roberval,  Fermât,  Wallis,  etc. 

Nous  avons  mentionné  en  second  lieu  les  travaux  de 
Sluse  relatifs  à  la  géométrie  cartésienne. 

Il  serait  fort  intéressant  de  pouvoir  discuter  à  fond 
l'influence  que  put  avoir  la  Géométrie  de  Descartes  sur  les 
travaux  de  notre  compatriote. 

La  Géométrie  parut,  comme  nous  l'avons  rappelé  plus 
haut,  en  1637.  Dès  son  apparition,  elle  dut  faire  une  pro- 
fonde impression  sur  les  géomètres.  Dans  notre  pays, 
Gérard  de  Gutschoven  (l)  paraît  l'avoir  étudiée  assez  tôt. 
Mate,  pendant  son  séjour  à  Louvain,  Sluse  fut-il  en  rapport 
avec  Gutschoven,  entendit-il  parler  des  travaux  mathéma- 
tiques de  Descartes?  Plus  tard,  le  P.  Mersenne,  dans  ses 
voyages  à  Rome  en  1644  et  16-45,  les  fit-il  assez  connaître 
pour  que  notre  savant  en  fût  informé  ? 

A  plusieurs  reprises,  Sluse  se  défend  d'avoir  puisé  dans 
Descartes  ses  théories  sur  les  lieux  géométriques  .  Je  ne 
sais,  dit-il  dans  une  lettre  à  Huygens  du  15  juillet  1659, 
pourquoi  Dettonville  (2)  veut  appeler  nouvelle  mon  analyse, 
car  j'avoue  n'en  point  connaître  d'autre  que  celle  de  Viète, 
(À  laquelle  j'étais  habitué  avant  d'avoir  vu  celle  de  Descartes, 
dont  elle  ne  diffère  pas  beaucoup  à  mon  avis. 

Et  ailleurs  :  J'estime  fort  Descartes  ;  ce  fut  un  géomètre 
d'une  habileté  extrême,  mais  je  ne  lui  dois  pas  beaucoup. 
J'avais  considéré  les  lieux  avant  de  voir  sa  géométrie. 

(î)  Gérard  de  Gutschoven  devrait  presque  figurer  dans  cette  Notice, 
car  sa  famille  est  originaire  de  l'ancienne  principauté.  M.  l'abbé 
Monchamp,  dans  son  Histoire  dit  cartésianisme  en  Belgique,  que  nous 
avons  eu  déjà  l'occasion  de  citer,  étudie  avec  soin  la  carrière  de 
Gutschoven  :  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  renvoyer  à  cet 
important  ouvrage. 

(2)  Il  s'agit  de  la  lettre  de  Pascal  à  Sluse  que  nous  avons  déjà 
mentionnée. 


-  541  — 

Nous  ne  voulons  pas  assurément  faire  de  Sluse  un 
second  créateur  de  la  géométrie  analytique,  mais  il  est 
permis  de  croire  qu'il  était  parvenu,  ainsi  qu'il  le  dit,  à 
beaucoup  de  ses  découvertes  avant  de  connaître  l'œuvre  de 
l'immortel  philosophe.  Plus  tard,  sans  doute,  il  en  tira 
parti  lorsqu'elle  se  fut  répandue  par  l'édition  latine  que 
Schooten  publia  en  1649. 

Dans  sa  Géométrie,  Descartes  s'occupa  de  la  construction 
des  racines  d'une  équation  algébrique  par  l'intersection  de 
deux  courbes.  En  cela,  il  ne  faisait  que  suivre  l'exemple  des 
géomètres  grecs,  mais  en  appliquant  ses  méthodes  nou- 
velles. Sluse  aborda  les  mêmes  questions  dès  1657  et 
peut-êlre  avant,  à  en  juger  par  sa  correspondance  avec 
Pascal  et  Huygens. 

Mais  ce  qui  est  remarquable  dans  ses  travaux,  c'est 
l'élasticité  qu'il  sait  donner  h  ses  formules  ;  sa  méthode 
analytique  ne  fut  publiée  qu'en  1668,  dans  la  seconde 
édition  de  Mesolabum  :  cependant  sa  correspondance  et  les 
solutions  synthétiques  imprimées  dès  1659  ne  laissent  aucun 
doute  qu'à  cette  époque  il  était  en  possession  de  ses  pro- 
cédés. 

Descartes,  on  le  sait,  fit  usage  des  coefficients  indéter- 
minés, notamment  pour  résoudre  l'équation  du  quatrième 
degré,  mais  Sluse  paraît  être  le  premier  qui,  pour  simplifier 
les  constructions,  mit  en  œuvre  l'artifice  suivant  que  nous 
exposons  avec  les  notations  modernes. 

Soit  à  résoudre  une  équation  f(  x  )  =  o.  Etablissons 
entre  x  et  une  indéterminée  ;/,  une  relation  convenablement 
choisie  :  9  (x,  y)  =  o.  Si,  à  l'aide  de  cette  relation ,  on  fait 
disparaître  x  de  certains  termes  de  /  (  x  ),  on  obtient  une 
autre  équation  :  <J, (  x,  y)  =  o.  ?(  x,  y)  =  0j  4, (  x,  y)  =  o 
représentent  deux  courbes  dont  les  points  d'intersection 
ont  pour  abscisses  les  racines  de  f  (  x  )  =  0. 
Mais  Sluse  va  plus  loin. 


—  542  - 

A  l'aide  d'un  nouveau  paramètre ,  il  remplace  <p  et  <]>  par 
des  courbes  qui  ont  pour  équations 

y -{- m  <\>  —  o , 
et,  par  un  choix  habile  de  l,  m,  notamment  dans  les  pro- 
blèmes du  3e  degré  et  du  4°,  il  arrive  à  employer  celles  des 
coniques,  dont  il  veut  faire  usage.  En  particulier  pour  le 
3e  degré,  il  résout  toutes  les  équations  en  se  servant  d'une 
conique  donnée  d'avance  et  d'un  cercle. 

Cette  partie  des  travaux  de  Sluse  fut  hautement  appréciée 
des  géomètres  et  devint  classique. 

La  manière  de  M.  Sluse  de  construire -les  équations,  dit 
Jean  Bernoulli,  n'est-elle  pas  beaucoup  plus  aisée  et  plus 
naturelle  que  celle  de  M.  Descarlcs.  Et  lui-même  résout, 
à  la  Simienne,  une  équation  du  12e  degré  (l).  ' 

Leibniz,  qui,  sur  le  conseil  de  Huygens,  avait  appris  la 
géométrie  analytique  dans  les  écrits  de  Descartes  et  de 
Sluse  (2),  dit  dans  une  lettre  à  l'abbé  Foucher  :  M.  Ozanam 
avouera  que  je  suis  le  premier  qui  lui  ail  montré  l'usage 
des  équations  locales  pour  les  constructions  ,...  il  est  vrai 
que  cet  usage  des  équations  locales  n'est  pas  de  mon  inven- 
tion. Je  l'avais  appris  de  M.  Slusius  (3). 

Plusieurs  années  auparavant,  Philippe  de  la  Hire,  suivant 
pas  à  pas  la  méthode  de  Sluse ,  consacre   tout  un  traité  à 

(i)  Journal  des  Sçavans ,  18  janvier  1694. 

(s)  Lettre  à  Jacques  Bernoulli,  avril  1703,  insérée  dans  les  Oeuvres 
de  Leibniz  publiées  par  Gerhardt,  t.  III,  p.  66,  et  reproduite  dans  le 
*  Commerciwn  Epistolicum  J.  Collins  et  aliorum  de  Analysî  promota. 
8e  éd.,  publiée  par  J.  B.  Biot  et  F.  Lefort,  Paris,  Mallet-Bachelier, 
1856,  pp.  226-228. 

(3)  Journal  des  Sçavans,  1692,  t.  XXII,  p.  367  de  l'éd.  d'Amsterdam. 
Cette  lettre  est  reproduite  dans  *  Lettres  et  opuscules  inédits  de 
Leibnitz,  précédés  d'une  introduction  par  A.  Foucher  de  Careil. 
Paris,  Ladrange,  1854,  pp.  88-92. 


—  543  - 

la  résolution  des  équations  par  les  courbes  et  rend  pleine 
justice  à  notre  compatriote  (1). 

Plus  tard,  le  marquis  de  l'Hospital ,  dans  son  Traité 
analytique  des  sections  coniques,  paru  en  1707,  reproduit  à 
peu  près  les  travaux  de  la  Hire ,  mais  sans  citer  notre 
savant  ;  il  en  est  de  même  du  père  Reyneau ,  qui ,  dans  son 
Analyse  démontrée,  garde  également  le  silence  sur  l'auteur 
des  méthodes  qu'il  expose ,  bien  qu'il  eût  étudié  à  fond  les 
écrits  de  Sluse ,  comme  le  prouvent  les  lettres  du  P.  Jac- 
quemet,  récemment  publiées  par  M.  Aristide  Marre  (2). 

Wolff,  dans  son  cours  de  mathématiques  (1732-1741), 
analyse  les  travaux  du  savant  liégeois  et  en  fait  ressortir  le 
caractère  original.  Il  en  est  encore  ainsi  de  Montucla 
(Histoire  des  Mathématiques,  2e  éd.,  t.  II,  pp.  159-161). 
Mais  il  nous  reste  à  parler  d'autres  découvertes  de 
l'éminent  chanoine.  On  sait  combien,  au  XVIIe  siècle,  le 
problème  des  tangentes  préoccupait  les  géomètres. 
Descartes  ,  qui ,  le  premier ,  le  résolut  d'une  manière 
générale  dans  sa  Géométrie,  avoue  que  c'est  la  question 
dont  il  a  le  plus  désiré  connaître  la  solution  (3).  Il  en  donna 
ensuite  d'autres  solutions.  Presque  simultanément,  Fermât 
traita  heureusement  le  même  problème.  C'est  alors  encore 
que  Roberval  et  Torricelli  donnèrent  leurs  méthodes  par 
les  mouvements  composés  (4).  Dès  1652,  Sluse  abordait 


(0  *  La  construction  des  équations  analytiques  par  Monsieur  de  la 
Hire.  A  Paris,  chez  André  Pralard.  M.  DG.  LXXIX. 

(2)  Bullettino  du  prince  Boncompagni,  t.  XV,  p.  685. 

(3)  La  Géométrie,  p.  342  de  Péd.  de  1637.  Livre  II.  On  peut  lire, 
sur  les  diverses  méthodes  de  Descartes  et  de  Fermât  :  *  Mémoire  sur 
la  méthode  des  maxima  et  minima  de  Fermât  et  sur  les  méthodes  des 
tangentes  de  Fermât  et  de  Descartes,  par  M.  Duhamel.  Paris,  Gauthier- 
Villars,  1864  (Extr.  du  t.  XXXII  des  Mém.  de  l'Acad.  des  Sciences  de 
Paris.  ) 

(i)  Les  droits  respectifs  de  Torricelli  et  de  Roberval  sont  parfai- 


-  544  — 

ce  problème ,  comme  il  résulte  d'une  lettre  qu'il  écrivait  à 
Huygens  le  18  août  4662,  et  découvrait  une  méthode 
applicable  à  toutes  les  courbes  algébriques.  Nous  n'avons 
aucun,  écrit  de  cette  époque,  mais,  en  1658,  Sluse  indiquait 
à  Pascal  la  construction  des  tangentes  à  toutes  les  perles. 

Dans  la  lettre  du  18  août  1662  ,  il  annonce  à  Huygens 
qu'il  vient  de  réduire  sa  méthode,  dont  il  est  en  possession 
depuis  plus  de  dix  ans,  à  un  remarquable  degré  de  simpli- 
cité. En  1668  ,  il  en  fit  évidemment  usage  dans  ses  Miscel- 
lanea,  comme  le  reconnut  Gollins*  (  Lettre  à  Newton  du 
18  juin  1673),  et  l'applique  même  à  la  détermination  des 
points  d'inflexion  de  certaines  courbes  du  3e  degré  et  du  4e, 
en  la  combinant  avec  sa  méthode  des  coefficients  indéter- 
minés; enfin,  en  1673,  à  la  prière  d'Oldenburg,  il  se  décide 
à  la  publier  in  extenso  dans  les  Transactions  philosophiques 
(Vol.  Vif,  p.  5143,  et  vol.  VIII,  p.  6059). 

Nous  allons  l'exposer  en  faisant  usage  de  notations 
modernes  : 

Soit  une  courbe  algébrique,  dont  l'équation  f(x,y)  =  0 
ne  contient  ni  fractions,  ni  radicaux.  Soit  a  la  sous-tan- 
gente. Ecrivons  à  droite  tous  les  termes  def{x,y)  conte- 

tement  exposés  dans  un  mémoire  de  M.  Jacoli  intitulé  Evangélista 
Torricelli  ed  il  nietodo  délie  tangenti  detto  metodo  del  Boberval  (Bull, 
du  prince  Boncompagni,  t.  VIII,  1875).  Torricelli  a  fait  connaître  sa 
découverte  dans  ses  Opéra  geometrka,  p.  119  (Op.  cit.).  Quant  aux 
idées  de  Roberval,  on  les  trouve  mentionnées  pour  la  première  fois 
dans  *  F.  Marini  Mersenni  Ballistica  et  Acontismolorjia.  Parisiis , 
Sumptibus  A.  Bertier,  M.  DC.  XLIV ,  pp.  115-116.  Je  profite  de  cette 
citation  de  l'ouvrage  du  célèbre  P.  Mersenne  pour  compléter  la  notice 
que  j'ai  consacrée  à  Jean  Galle.  C'est  lui,  sans  nul  doute,  que  désigne 
le  savant  minime  sous  le  nom  de  Qaleus,  ingénieur  de  plusieurs 
généraux  (Op.  cit. ,  pp.  84-89),  et  dont  il  rapporte  les  nombreuses 
expériences  sur  le  tir  des  canons,  faites  devant  Y  Archiduc  (Albert) , 
Spinola,  le  comte  de  Bucquoi.  J.  Galle  avait  été  conduit  à  imaginer 
que  la  trajectoire  des  projectiles  est  hyperbolique  ou  parabolique. 


—  545  - 

riant  y  ;  à  gauche  ceux  qui  contiennent  x,  et  rejetons  par 
conséquent  ,  tous  les  termes  ne  renfermant  ni  x  ni  y. 
Multiplions  ensuite  tous  les  termes  de  droite  par  l'expo- 
sant de  la  puissance  de  y  qu'ils  contiennent  et  ceux  de 
gauche  par  l'exposant  correspondant  de  x,  en  ayant  soin 
de  remplacer,  dans  ceux-ci,  un  facteur  x  para.  En  égalant 
les  deux  résultats  trouvés,  on  obtient  a,  c'est-à-dire  que 
l'on  a(i)  : 

t'y 
T  x 

Sluse  n'indique  pas  sur  quels  principes  repose  sa 
méthode.  L'esquisse  de  démonstration  qu'il  en  donne 
s'appuie,  en  résumé ,  sur  le  lemme 

——-  =  ^m-!  +  ^m-2  y  +  .  .  .  .  +  ym-l. 

Ailleurs,  dans  une  lettre  cà  Oldenburg,  du  22  novembre 
1670,  il  dit,  en  parlant  de  la  méthode  de  Barrow  (2),  qu'il 
ne  se  réjouit  pas  peu  de  voir  que  l'auteur  a  rencontré  le 
procédé  dont  il  avait  fait  lui-même  usage  autrefois.  Mais 
s'il  poursuit  quelque  peu  cette  route,  ajoute-t-il,  il  tombera 
avec  moi,  sur  une  méthode  bien  plus  facile,  et  qui  n'exige 
presqiiaucun  calcul. 

Hudde  découvrit  la  même  règle  vers  1659 ,  comme  on  le 
voit  par  une  lettre  qu'il  adressa  le  21  novembre  de  cette 

(  i  )  C'est  le  résultat  dont  M  Marie ,  dans  son  Histoire  des  mathéma- 
tiques,^ V.  p.  26,  fait  honneur  à  Huygens  alors  que  le  travail  de 
Huygens  ne  fut  publié  qu'en  1693  et  que,  de  plus,  l'illustre  géomètre 
dit  expressément  qu'il  a  retrouvé  les  résultats  dus  à  Hudde  et  cà  Sluse. 
(*  Divers  Ouvrages  de  Mathématique  et  de  Physique.  Par  Messieurs 
de  l'Académie  Royale  des  Sciences.  A  Paris,  De  l'imprimerie  royale 
M.DC.  XClII,p.  331.) 

(-2)  *  Lectiones  opticae   et  geometricae,   Londini,   1674.    2e  partie, 
p.  81  (C'est  l'édition  de  1670 avec  un  nouveau  titre). 


—  546  - 

année  à  Schooten,  mais  il  recommanda  à  son  correspon- 
dant de  lui  garder  le  secret.  Cette  lettre  ne  fut  publiée 
qu'en  1713  (Journal  littéraire  de  la  Haye,  1713,  p.  4-60). 

Il  est  bien  vrai  qu'en  1658,  le  même  géomètre  avait 
donné  la  règle  analogue  pour  les  maxima  et  minima  ; 
celle-ci  tut  insérée  dans  la  seconde  édition  latine  de  la 
Géométrie  de  Descartes  (\)  ;  elle  fut  même  employée  par 
Schooten,  dès  1657,  dans  ses  Exercitationes  (2) ,  mais  sans 
être  énoncée  explicitement. 

C'est  donc  la  règle  cle  Sluse  qui,  seule,  fut  connue  des 
géomètres,  si  ce  n'est  de  quelques  amis  de  Hudde,  comme 
Schooten  et  Huygens.  Aussi  est-ce  cette  règle  que  Leibniz 
s'efforce  de  simplifier,  ou  plutôt  de  généraliser,  en  la 
rendant  applicable  aux  équations  qui  contiennent  des  frac- 
tions et  des  radicaux;  il  n'est  même  pas  éloigné  de  croire 
que  Sluse  lui-même  possédait  cette  généralisation  (s). 
D'un  autre  côté,  l'auteur  du  Recensio  Libri  (4),  ira  jusqu'à 
dire  que  l'équation  d(xm)  =  mxm—ldx  de  Leibniz  n'est 
autre  chose  que  le  lemme  de  Sluse  mentionné  plus  haut. 

Leibniz,  nous  l'avons  vu,  a  dû,  en  grande  partie ,  ses 
connaissances  en  géométrie  analytique  aux  travaux  de 
notre  géomètre ,    et  l'on  peut  juger  par  là  si  le  célèbre 

(0  *  Geometria  à  Renato  Des  cartes  Anno  1637  Gallicè  édita, 
opéra  atque  studio  Fr.  à  Schooten  nunc  demum  recognita.  Amstelae- 
dami,  Apud  Lud.  &  Dan.  Elzevirios,  CIO  ICO  LIX,  pp.  507-516. 

(2)*  Francisci  à  Schooten  Exèrcitationum  mathematicarum  libri 
quinque.  Lugduni  Batavorum,  Ex  off.  Joh.Elsevirii.GIO  ICO.  L VII. p.  498. 

(5)  G-I.  Gerhardt,  Die  Entdeckung  der  hôheren  Analysis,  Halle, 
1855,  pp.  143-148. 

(i)  11  s'agit  de  l'Analyse,  écrite  par  Newton  lui-même,  du  Cammer- 
cium  epistolicum  cité  plus  haut.  Cette  analyse  a  paru  d'abord  eu 
anglais  dans  les  Transactions  philosophiques,  t.  XXIX,  pp.  173-224; 
puis  en  français  dans  le  Journal  littéraire  de  la  Haye,  t.  VII,  pp.  114- 
158  ;  344-365  et  enfin  en  latin  dans  la  seconde  édition  du  Commercium 
(1722). 


-  547  - 

chanoine  de  Liège  mérite  d'être  rangé  parmi  les  précur- 
seurs du  calcul  différentiel.   Il  n'est  pas  douteux  que  la 
découverte  de  Sluse,  dont  Newton  reconnaissait  presque 
en    1676,    l'identité    avec    la    sienne,    eut    une    grande 
influence  sur  l'invention  des  nouveaux  calculs. 

On  est  amené  à  estimer  Sluse  davantage  encore  si  l'on 
rapproche  de  cette  méthode  analytique  des  tangentes  une 
autre  méthode  due  également  à  notre  compatriote,  mais 
qui  resta  ignorée  :  nous  voulons  parler  de  sa  méthode 
parla  composition  des  mouvements,  dont  il  fait  mention 
dans  sa  lettre  à  Pascal  du  16  novembre  1658  Mais 
d'après  la  réponse  qu'il  reçut,  il  se  crut  devancé  par 
Roberval.  Le  principe  est  en  effet  le  même;  cependant  il  est 
présente  d'une  façon  toute  différente,  où  l'on  sent  l'in- 
fluence de  Torricelh.  A  certains  égards,  elle  rappelle 
1  exposition  du  principe  des  fluxions  (î). 

Nous  nous  sommes  étendu  sur  les  travaux  mathéma- 
tiques de  notre  savant,  parce  que  c'est  à  ceux-là  surtout 
qu  ,1  dut  sa  renommée;  ce  sont  eux  qui  lui  valurent  l'hon- 
neur de  se  voir  élu  (2)  au  nombre  des  membres  de  la 
Société  royale  de  Londres  (16  avril  1674);  c'est  de  son 
Mesolabum  qu'Oklenburg  pouvait  dire  :  On  le  considère 
en  Angleterre,  comme  le  meilleur  écrit  publié  sur  cette 
partie  de  la  géométrie  depuis  Descartes. 

Il  serait  cependant  injuste'de  passer  sous  silence  d'autres 
recherches  qui  lui  sont  dues. 

Sa  solution  dn  problème  d'Alhazen,  où  il  se  mesura  avec 
Huygens,  ses  remarques   sur  la  théorie  de   l>arc-en  ciel 
mentionnées    par    Barrow     et    exposées     par     Spinoza,' 

(0  J'ai  publié  in  extenso  sa  méthode  dans  la  RevUe  Ciel  et  Terre 
loc.  cit.  ' 

pa(,.Ucù;L'o,"';,1"e  ^  S'USefait  ••>d-ll<-»'  Parte  de  ma  collection 


—  548  — 

prouvent  avec  quel  talent  il  savait  manier  l'optique  géo- 
métrique (1). 

En  mécanique ,  il  a  peut-être  découvert  les  lois  du  choc 
des  corps  durs  ;  au  moins  les  résultats  qu'il  signale  à 
Huygens  concordent-ils  avec  ces  lois.  Dans  cette  question, 
avec  quelle  netteté  il  introduit  la  notion  de  la  force,  si 
obscure  encore  pour  Descartes  et  présentée  par  lui  d'une 
façon  si  inexacte!  Il  énonce,  en  effet,  le  théorème  fonda- 
mental 

F^  _  otY 
F'  —  m'V7' 

En  astronomie,  il  s'intéresse  à  toutes  les  grandes 
découvertes  de  son  époque,  il  sert  de  lien  entre  Huygens 
et  les  savants  d'Italie  qu'il  avait  connus  intimement  ;  il  est 
leur  intermédiaire  pour  la  communication  des  observa- 
tions faites  de  part  et  d'autre.  Lui-même  y  prend  peut- 
être  part,  et  nous  aimons  à  nous  le  représenter,  à  Liège , 
faisant  en  compagnie  du  Père  Linus,  des  observations 
astronomiques  comme  il  en  fit  à  Rome,  pendant  les  années 
de  sa  laborieuse  jeunesse. 

Ami  de  Viviani,  le  dernier  disciple  de  Galilée,  de 
Magiotti,  le  compatriote  et  l'admirateur  du  grand  Flo- 
rentin, de  Michel-Ange  Ricci,  l'élève  de  Torricelli ,  du 
cardinal  Léopold  de  Toscane ,  le  fondateur  de  l'Académie 
del  Cimento,  de  Huygens,  d'Oklenburg,  il  approuve  le 
système  de  Copernic  ;  il  tâche  de  l'expliquer  à  son  frère , 
d'une  manière  sensible,  et  se  moque  finement,  mais 
discrètement  des  efforts  de  Riccioli  pour  renverser  la 
grande  doctrine  copernicienne. 

Rappelons  encore  ses  expériences  sur  le  vide ,  entre- 

(  i  )  Je  renverrai  pour  les  détails  et  pour  la  citation  des  preuves  à 
la  Correspondance  de  Sluse,  publiée  dans  le  Bulletti.no  du  Prince 
Boncompagni ,  t.  XVII. 


-  549  — 

prises  avec  Magiotti;  ses  remarques  sur  le  singulier 
phénomène  de  l'élévation  du  mercure  dans  le  tube  baro- 
métrique,  son  invention  d'un  ingénieux  thermomètre,  ses 
observations  si  précises  sur  le  régime  des  vents  en  Bel- 
gique ,  sa  description  des  productions  naturelles  du  Pays 
de  Liège. 

Toute  sa  vie,  il  s'est  montré  fidèle  à  la  philosophie  expé- 
rimentale et  s'il  veut  qu'on  s'attache  à  faire  progresser  la 
géométrie,  c'est  surtout  pour  nous  permettre  d'étudier  plus 
à  fond  la  nature,  l'ouvrage  de  l'Éternel  Géomètre. 

Sluse,  nous  l'avons  dit,  est  le  plus  illustre  mathématicien 
qu'ait  produit  le  pays  de  Liège,  mais  il  semble,  pour  plus 
d'un  siècle,  avoir  épuisé  toute  la  sève  de  sa  terre  natale  : 
après  lui,  nous  ne  pourrons  citer,  en  fait  de  travaux 
mathématiques  ,  que  quelques  traités  d'arithmétique 
élémentaire  ou  de  géométrie  pratique;  mais  que  sont,  à 
côté  de  Wendelin  ou  de  Sluse,  les  Grognard  (i),  les 
Mottet  (2),  les  Mulkeman  (3),  les  Cloesket  (4),  les  Martin 
Malte  (5),  les  Philippi  (e),  les  Martel  (7),  les  Harroy(s), 
les  Simonon  (9). 

Un  moment,  il  parait  qu'une  étincelle  se  rallume,  de  ce 
feu  presqu'éteint.  On  réimprime,  à  Liège,  les  ouvrages  de 
Dalencé  sur  le  baromètre  et  sur  l'aimant  (10)  ;  deux  ingé- 
nieurs, les  émules  de  notre  Jean  Galle,  Michel  de  Herstal 


(i,  2,  3,  i,  s,  c,  7,  8, 9)  Voir  les  notes  à  la  fin  de  ce  travail 

(10)  Traitiez  des  baromètres,  thermomètres  et  notiometres ,  on 
hygromètres,  par  M.  I)***.  A  Liège,  Anno  M.  DG.  XCI. 

4°  2  ff.  lim.  48  pp..  frontisp.  et  34  pli. 

Le  frontispice  gravé  porte  le  titre  en  latin  et  la  date  de  1688 
(Univ.  Leod.,  II.,  20.  24). 

Traitté  de  VAiman.  Divisé  en  deux  parties.  La  première  contient  les 
expériences;  &  la  seconde  les  raisons  que  Von  en  jirut  rendre,  par 
M.  D***.  A  Liège,  Anno  M.  DG.  XGI. 

In-4°  3  ff.  lim.  45  pp.  Frontispice  et  33  pli.  grav.  (  Univ.  Leod. 
IL  19.  Ibis). 


—  550  — 

de  la  Tache  (1)  et  Henry  Charles  Antoine  Du  Fresne  (2) 
publient  leurs  travaux  sur  la  fortification  des  places 
fortes;  le  libraire  Broncart  entreprend  de  donner  une 
édition  du  Journal  des  Savants  (3),  le  P.  Gobart  publie 
un  traité  du  baromètre  qu'il  complète  après  quarante  ans 
de  réflexion  (&),  enfin  le  Lyonnais  Villette  semble  intéresser 
ses  compatriotes  d'adoption  par  des  expériences  d'optique 


( *  )  La  nouvelle  méthode  pour  bien  fortifier  les  places  contre  les 
attaques  modernes.  Par  le  sieur  de  Herstal  De  la  Tacite,  Liégeois. 
A  Liège,  chez  Joseph  Louis  de  Milst,  imprimeur  de  son  Altesse 
Serenissime  Electorale,  proche  l'Hôtel  de  Ville.  M.  DG.  IG. 

(Un  exempl.,  incomplet  delà  £de  partie,  dans  la  bibl.  Capitaine, 
4591.  C'est  d'ailleurs  le  seul  connu). 

(2)  Dernier  souhait  des  ingénieurs  ou  fortification  nouvelle  réglée  et 
dédiée  a  Sa  Majesté  tres-chrestienne ,  par  Henri  Charle  (sic)  Antoine 
Du-Fresne.  Liège.  Se  trouvent  chez  l'Autheur  dans  l'a  neuve  Rue, 
MDGC.    ' 

(Univ.  de  Liège,  XIX.  61.13). 

Bien  que  l'ouvrage  soit  de  1700,  il  contient  un  privilège  du  27  avril 
1701.  U  renferme  une  lettre  de  Michel  de  Herstal  à  Vauban. 

(3)  *  Le  nouveau  Journal  des  Scavants  qui  se  fait  à  Paris  par  une 
(  'ompagnie  de  Cens  de  Lettres,  sous  la  protection  de  M.  le  Chancelier  et 
la  direction  de  M.  l'Abé  Bignon,  son  neveu.  A  Liège,  chez  J.  F.  Broncart. 

Ce  journal  a  paru  sous  ce  titre,  ou  avec  un  titre  légèrement  modifié, 
de  1702  à  1706.  La  collection  complète  doit  contenir  quinze  volumes  ; 
les  tomes  V  et  XI  me  manquent.  Chose  assez  curieuse,  cette  publi- 
cation, qui  n'est  pas  sans  importance,  n'est  pas  signalée  dans  la 
Bibliographie  de  M.  de  Theux,  ni  dans  les  Recherches  de  M.  U.  Capi- 
taine sur  les  journaux  liégeois. 

(i)  Tractaius  philosophicus  de  Barometro.  Autore  R.  P.  Laurentio 
Gobart,  E  Societate  Jesu.  Amstelodami.  Typ.  Steph.  Roger.  IVUDCGIII. 

In-12.  2  ff.  lim.  188  pp.  1  P  d'errata.  L'exeinpl.  de  la  collection 
Capitaine  porte  la  date  de  1702. 

Quaestio  philosopMca  de  Pondère  Aeris  addenda  ad  Tractation  Philo- 
sophicum  de  barometro ,  P.  Laurent//  Gobart  Amstellodami  (sic) 
impressum  anno  1703.  Auctore  Eodem.  Leodii,  Typ.  Viduae  G.  Bar- 
nabe, M.  D.  C.  C.  XLII.  8»,  32  pages. 


-    551  — 

et  de  catoptrique  faites  à  l'aide  d'un  miroir  ardent  sem- 
blable à  celui  qu'il  présenta  à  Louis  XIV  (l)  ;  mais  ce 
mouvement  est  tout  à  la  surface  et  ne  pénètre  point  au 
cœur  de  la  nation. 

Nous  avons  pu,  par  l'examen  des  livres  que  possédaient 
certaines  maisons  religieuses,  constater  du  XIIe  siècle  au 
XVIe,  la  persistance  des  études  mathématiques.  Nous 
serions  bien  tenté  de  faire,  pour  le  XVIIIe  siècle,  une 
constatation  contraire.  Lorsque  l'on  parcourt  le  catalogue 
de  la  Bibliothèque  du  Collège  des  Jésuites-en-Ile,  on 
s'aperçoit  immédiatement  de  l'absence  presque  complète 
d'ouvrages  mathématiques  importants  des  dernières  années 
du  XVIIe  siècle  et  du  XVIIIe  :  les  œuvres  de  Huygens,  de 
Newton,  de  l'Hospital,  de  Moivre,  de  Taylor,  des  Bernoulli, 
de  Maclaurin,  d'Euler,  de  Clairaut,  ne  s'y  rencontrent 
pas.  Sans  doute,  ce  Collège  était  destiné  exclusivement  à 
l'enseignement  des  humanités;  mais  on  peut  conclure  de 
cette  pénurie  de  livres  sur  les  parties  élevées  des  mathé- 
matiques, qu'aucun  maître  ne  se  préoccupait  d'aller 
au  delà  de  ce  qui  lui  était  absolument  indispensable. 

Le  Collège  des  Jésuites  anglais  avait  conservé,  sous  ce 
rapport ,  sa  situation  privilégiée.  Assurément,  les  ouvrages 


(l)  *  Description  du  grand  miroir  ardent,  fait  par  les  sieurs 
Villettc  père  et  filé  natifs  de  Lion.  Avec  quelques  remarques  sur  les 
éfets  surprenants  et  admirables  qu'il  produit . 

8°  de  16  pp.  qui  n'a  qu'un  titre  de  départ.  Au  bas  de  la  p.  16. 
A  Liège,  chez  Guillaume  Barnabe,  imprimeur  de  Son  Altesse  Sere- 
nissime  Electorale ,  1715.  Cette  pièce,  dont  je  ne  connais  aucun  autre 
exemplaire,  a  été  reproduite  dans  le  Journal  littéraire  de  La  Ha/je, 
t.  VII,  pp.  103-112.  Année  1715 

Sur  Villette.  voir  le  livre  de  l'abbé  Pernety  :  Recherches  ]>our  servir 
à  lliistoire  de  Lyon  ou  les  Lyonnais  dignes  d<-  mémoire.  Tome  II,  1757. 
pp.  120-121.  Villette  vint  s'établir  à  Liège  vers  1698  et  mourut  avant 
1757. 


—  552  — 

publiés  par  les  Pères  Gooden  et  Slaughter  (1),  sont  des 
livres  élémentaires;  mais  en  parcourant,  par  exemple, 
les  thèses  défendues  en  1728  par  le  P.  Nathaniel  Sheldon, 
sous  la  présidence  du  Père  Guillaume  Kingsley  (2),  on 
sent  que  l'enseignement  est  resté  à  la  hauteur  des  pro- 
grès scientifiques. 

Nous  pourrons  encore ,  dans  cette  première  moitié  du 
siècle,  mentionner  un  livre  d'un  gentilhomme  liégeois, 
établi  à  Paris,  Le  Ratz  de  Lanthenée.  Il  publia,  en  4738(5), 
un  Traité  de  géométrie  élémentaire  :  mais  si  on  a  pu  louer 
la  simplicité  de  cet  écrit,  on  aurait  dû  faire  observer  en 
même  temps  qu'elle  est  obtenue  grâce  à  un  manque  absolu 
de  rigueur. 

Dans  la  seconde  moitié  du  siècle,  le  goût  des  sciences 
semble  reprendre  d'une  façon  plus  sérieuse,  mais  si  le 

(1)  *  Trigononietria  plana  et  sphœriea  cum  selectîs  ex  geometria  et 
astronomia problematis  (sic).  Accédant  sinuum Canones ,  &  ex  Euclide 
Propositions  magis  necessariœ.  Auctore  R.  P.  Jacobo  Gooden,  S.  J.  in 
Collegio  Anglorum  Leodii  Matheseos  Professore.  Leodii,  Apud  J.  F. 
Broncart.  Anno  1704. 

8°  2  ff.  lira.  168  pp. 

Arithmetica  methodice  et  succincte  tradita.  Auctore  B.  P.  Edirardo 
Slaughter ,  S.  J.  In  Collegio  Anglorum  Leodii  Matheseos  quondam pro- 
fessore. Leodii ,  Apud  G.  H.  Streel ,  1702. 

8° 122  pp. 

Il  y  a  une  seconde  édition  ,  sans  date ,  de  Cologne  (Univ.  Leod.,  I , 
10.  3et3bis). 

(2)  Conclusiones  ex  universa  philosophia  propugnandce  In  Collegio 
anglicano  Societatis  Jesu,  Leodii  Anno  Domini  M.  DCG.  XXVIII. 
Praeside  R.  P.  P.  Guilielmo  Kingsley  S.  J.  Philosophiœ  Professore. 
Leodii,  Typis  G.  Barnabe.  4° ,  26  pp.,  2  pli.  (Bibl.  Capitaine,  2484.) 

(3)  Élémens  de  géométrie  ou  principes  de  la  mesure  de  retend  ne, 
par  M.  Le  Ratz  de  Lanthenée.  Paris,  chez  Gissey  et  Bordelet. 
M.  DCC.  XXXVIII. 

In-12,  260  pp.,  2  ff.  pour  le  privilège,  6  p.  L'approbation,  du  8  jan- 
vier 1738,  est  signée  de  Clairaut. 


-  553  - 


médecin  Jean-Philippe-  de  Limbourg  remporte  quelques 
succès  académiques  par  ses  écrits  sur  la  chimie  (i),  si 
François  de  Villetle,  le  petit-fds  du  Villette  que  nous 
venons  de  citer,  se  distingue  par  des  travaux  utiles  en 
physique,  qui  le  font  connaître  à  l'étranger,  et  par  un 
cours  public  sur  cette  science  (2),  si  la  Société  d'Émula- 
tion enfin,  qui  venait  d'être  fondée,  crée  un  cours  de 
mathématiques  confié  à  Thomassin  ,  nous  ne  rencontrons 
encore  aucune  production  mathématique  de  quelque  valeur. 

Il  semble  que  ce  mouvement  crée  plutôt  des  amateurs 
de  la  science  que  de  véritables  savants  :  ainsi  on  peut  men- 
tionner le  chanoine  de  Stoupi,  dont  la  riche  bibliothèque 
abondait  en  livres  de  science  et  même  spécialement  de 
mathématiques  (.->);  ce  mouvement  se  serait  sans  doute 
accentué,  si  des  obstacles  imprévus  et  enfin  la  malheu- 
reuse révolution  liégeoise,  n'avaient  fait  échouer  le  projet, 
repris  une  fois  encore  par  le  prince-évêque  Hoensbroeck, 
d'établir  à  Liège,  une  Université. 

Il  ne  m'appartient  pas,  surtout  dans  une  étude  de  cette 
nature ,  de  juger  les  événements  qui  mirent  fin  à  la  vieille 
principauté.  La  domination  étrangère  ne  nous  rendit  rien 
en  compensation  des  ruines  qu'elle  accumula  chez  nous. 

Au  point  de  vue  de  l'histoire  des  mathématiques,  il  est 
peut-être  curieux  de  constater,  pour  finir,  que  Bonaparte 
donna  la  sénatorerie  de  Liège  à  Monge,  l'immortel  géo- 


(0  *  Dissertation  sur  les  affinités  chymiques.  Liège,  F.  J.  Desoer, 
M.  DCG.  LXI. 

(2)  Voyez  notamment,  outre  les  notices  biographiques  consacrées 
à  Villette ,  V  Esprit  des  journaux ,  1782,  p.  330  et  ss;  1790,  p.  339.  Cf. 
également  :  *  Œuvres  choisies  du  baron  de  Walef ,  publiées  par  Villen- 
fagne.  Liège,  Lemarié  ,  1779,  p.  31. 

(3)  *  Catalogue  des  livres  de  la  bibliothèque  de  feu  M.  de  Stoupi. 
Liège,  J.  J.  Tutot ,  M.  DCG.  LXXXVI. 

37 


—  554  - 

mètre.  Mais  pour  nous,  Liégeois,  Monge  n'est  pas  le 
créateur  de  la  géométrie  descriptive;  il  ne  se  prévalut, 
chez  nous,  que  de  sa  qualité  de  comte  de  Péluse,  pour 
occuper  le  château  de  nos  anciens  princes  (l),  pour  se 
montrer  dans  des  cérémonies  officielles  ou  bien,  aux  jours 
de  1814,  pour  tenter  encore,  au  nom  de  l'Empereur  et  Roi 
son  maître ,  de  soulever  les  Liégeois ,  par  des  proclama- 
tions ampoulées,  contre  ceux  qui  leur  apportaient  la  liberté. 

C.  LE  PAIGE. 


(t)  Il  faut  lire  les  ineptes  couplets  en  l'honneur  de  Napoléon  et  de 
Monge,  inspirés  à  un  Liégeois  par  l'entrée  du  sénateur  au  château  de 
Seraing  (Bibl.  C4apitaine,  5985). 


—  555  — 
Notes  de  la  page  54-9  : 

(i)  Pour  être  aussi  complet  que  possible,  je  donnerai  les  titres  des 
ouvrages  dus  à  ces  divers  mathématiciens;  ces  titres  renferment 
parfois  des  renseignements  intéressants. 

*  La  petite  arithmétique  de  Herman  Grognart.  Seconde  édition.  Ce 
livret  se  vend  chez  l'Autheur  à  l'enseigne  du  Pélican  d'or  devant  la 
Madeleine,  à  Liège.  M.  DG.  LXXIX.  8°  de  136  pages. 

Je  n'ai  pas  rencontré  la  première  édition;  M.  de  Theux  ne  la 
signale  pas  dans  sa  Bibliographie.  Dans  la  préface,  l'auteur  annonce 
une  Arithmétique  à  la  mode  qui  n'a  probablement  jamais  paru. 

(2)  L'Arithmétique  disposée  à  l'instruction  des  jeunes  marchands  et 
amateurs,  par  Vincent  Mottet ,  marchand  liégeois.  A  Lille,  chez  Jean 
Chrisostome  Malte.  1680.  4°,5ff.  n.  ch.  210  pages.  (Bibl.  Capitaine  3864) 

(s)  Il  existe  deux  géomètres  liégeois  du  nom  de  Mulkeman.  Ils  ont 
publié  : 

Arithmétique  théorique  et  pratique,  etc.,  mise  en  lumière  par 
Henry  Mulkeman,  professeur  d'icelle  et  de  géométrie.  A  Liège.  Il  se 
vend  chez  l'Autheur,  demeurant  dehors  Chasteau  devant  les  Pères 
Carmes  déchaussez,  1671.  4°  4  ff.  333  pages. 

Planimetrie  ou  arpentage  nouvellement  mise  en  lumière  par  *  *  * 
Liège,  H.  Hoyoux.  1694.  8°,  4  ff.,  142  pages.  La  préface  est  signée 
E(rasme)  M(ulkeman).  Je  cite  cet  ouvrage  d'après  la  Bibliographie 
liégeoise  de  M.  de  Theux. 

*  Nouvelle  pratique  d'Arithmétique  d'une  méthode  très-facile  par  le 
sieur  Erasme  Mulkeman.  A  Liège,  et  se  vend  chez  le  sr  Noël  Holthousen, 
marchand  à  l'écu  d'or  au  pied  du  Pont  d'Arche,  M.  DC.  XCVIII. 

S»,  S  ff.  n.  ch.  538  pages,  3  ff.  de  tables. 

Abrégé  d'Arithmétique,  etc.,  pa r  Erasme  Mulkeman.  Il  se  vend  à 
Liège,  chez  Henri  Loncin,  à  l'enseigne  du  Lévrier  blanc,  derrière 
sainte  Catherine.  M.  DCC.  IX. 

In-12.  6  ff.  n.  ch.  132  pages.  (Bibl.  Capitaine  3867). 

Les  trois  ouvrages  d'Erasme  Mulkeman  sont  dédiés  à  Pierre-Louis 
de  Sluse ,  frère  du  célèbre  chanoine. 

(*)  Eruditions  fructueuses  et  très-utiles  de  la  vraie  et  parfaite 
arithmétique  de  Nicolas  Cloesket,  j^ofesseur  d'icelle  et  géométrie.  Il 
se  vend  :  A  Liège,  chez  l'Autheur  demeurant  à  la  M..in  d'or,  en  Puis- 
en-Sock. 

8°,  4  ff.  lim.  en  y  comprenant  le  portrait  de  l'auteur  à  l'âge  de  26  ans 
et  la  dédicace  à  Jean  Ferdinand  de  Méan.  159  p.  ch.,  5  p.  n.  ch. 


—  556  — 

Le  privilège  est  du  8  nov.  1685.  (Bibl.  Capitaine,  3808). 

Cloesket  est  donc  né  vers  1659. 

Les  fleurs  et  pfinsées  géométriques  dédiées  à  Mgr  le  Baron  de  Sluse 
par  Nicolas  Cloesquet  (sic),  Maître  de  Langues  et  Professeur 
d'Arithmétique  et  de  Géométrie  Le  susdil  l'ait  profession  d'enseigner 
les  langues  allemande  &  flamande,  et  prend  des  Ecoliers  en  pension. 
A  Liège,  chez  Nicolas  Cloesquet,  demeurant  au  Dragon  d'or,  devant 
les  Frères  mineurs  hors  château.  1700. 

4°,  4  ff.  n.  ch.  en  y  comprenant  le  portrait  du  Baron  de  Sluse. 
150  p.  ch.  5  ff.  n.  ch.  23  pi. 

*  La  vraie  et  parfaite  arithmétique  des  negocians  compoéee  (sic) 
par  Nicolas  Cloesquet ,  Géomètre  sermenté.  Chez  Roland  Procureur, 
Imp.  près  du  Palais,  au  chapeau  d'or.  M.  DCC.  XVII. 

8°,  5  ff.  n.  ch.  126  p.  ch.  1  fl  bl.  Dédié  à  Mgr  Mathias  Clerck. 
(5)  Arithmétique   nouvelle   de   Martin  Malte,   etc.    Se   vend   chez 
l'Autheur  en  la  rue  de  Guelt  proche  la  Magdeleine  à  Liège.  M  D.CC.V. 
8°,  4ff.  n.  ch.  171  p.  ch.  1  p.  d'errata.  (Univ.  Leod.  I.  9.  14). 

*  Traité  de  géométrie  servant  de  règlement,  aïe.  Par  Martin  Malte, 
Professeur  en  Arithmétique  et  Géométrie,  Arpenteur  General,  Juré  & 
Examinateur  des  Arpenteurs  de  la  Cité  &  Pais  de  Liège.  Se  vend  chez 
l'auteur  demeurant  devant  la  Magdeleine. 

4",  6  ff.  205  p.  ch.  3  p.  n.  ch.  Sans  date,  mais  le  privilège  est  du 
16  nov.  1716. 

*  Recueil  des  mesures  usitées  dans  le  pays  de  Liège.  A  Liège,  chez 
Urbain  Ancion,  demeurant  vis-à-vis  des  Dominicains.  1720.  Et  se  vend 
chez  Martin  Malte,  Examinateur  Juré  des  Arpenteurs,  demeurant 
derrière  l'église  de  la  Madeleine,  à  l'enseigne  de  Saint  Joseph. 

8°  de  80  pages. 

(o)  Nouveau  traité  d' Arithmétique  par  Joseph  Philippi,  maître  d'Ecole 
en  cette  cité  de  Liège.  11  se  vend  chez  l'auteur  demeurant  entre  le  pont 
de  S1  Juillien  et  le  pont  d'Amercœur,  à  l'Enseigne  du  Paquier.  A 
Liège,  de  l'imprimerie  Jean  Philippe  Gramme,  rue  des  Sœurs  de 
Hasque,  1715.  8'  4  ff.  n.  ch.  285  p.  (Bibl.  Capitaine,  3879). 

(7)  Eclaircissement  tres-ample  sur  les  règles  fondamentales  de 
l'Arithmeti'jue.  par  le  sT  Nicolas  Martel,  prêtre  séculier.  A  Liège, 
chez  Urbain  Ancion,  imprimeur  et  chez  Marie  Tournaye,  marchande 
au  Palais.  M.  DCCXVII. 

2  vol.  8°  de  13  ff  n.  ch.  359  p.  ch.  7  p.  n.  ch.  pour  le  1"  volume; 
2  ff.  n.  ch.  3i  1G  p.  8  p   n.  ch.  pour  le  second. 

Cet  ouvrage  a  reparu  avec  un  titre  nouveau  et  un  nouvel  avis  au 


—  557  — 

lecteur,  chez  Bourguignon  en  1747  et  une  seconde  fois  sans  date, 
chez  le  même  (Bibl.  Capitaine,  3861,  3859,  3860). 

(h)  *  Traité  cTaritmétique  (sic)  mise  en  pratique  pour  le  commerce  en 
général,  etc., par  J.  Harroy,  Aritmeticien,  Géomètre  et  Arpenteur  Juré. 
Liège,  chez  Charles  Collette,  imprimeur  et  libraire,  à  la  Croix  d'or 
sous  la  Tour  S1  Lambert,  et  chez  Jean  Harroy,  aritmeticien,  rue  de 
l'Agneau  sur  Meuse,  1740. 
8°,  4  ff.  lim  346  p.  ch.  9  ff.  n.  ch. 

Ce  livre  a  reparu  en  1747  (J  Harroy  habitait  alors  en  Vinàve  d'île); 
en  1765,  en  1784  et  en  1792. 

*  Traité  de  géométrie  pratique  sur  le  terrain  etc.  Par  Jean  Harroy 
Géomètre  X-  arpenteur  juré.  Se  vend  à  Liège,  chez  l'Auteur,  rue 
Souverain-Pont    et    J-F.    Bassompierre,    imprimeur   &    libraire    en 
Neuvice.  M.  DCC.  XLV. 
8"  6  ff.  lim.  178  pp.  1  f.  de  table.  18  pli. 

Ce  livre  reparut,  avec  un  simple  rajeunissement  de  titre  en  1757  ; 
réimprimé  en  1776,  1780  (deux  états  différents),  1785  (rajeunissement 
de  l'édition  de  1 7^0  )  ;  1795. 

(y)  Simonin  a  publié  divers  ouvrages  sur  les  monnaies  et  sur  les 
rentes  qui  sont  encore  utiles  de  nos  jours;  nous  ne  mentionnerons 
que  l'un  d'entre  eux,  celui  qui  renferme  un  traité  de  géométrie  pra- 
tique :  *  Traité  de  la  réduction  des  rentes  etc.,  suivi  d'une  géométrie 
pratique,  par  M.  1'.  Simonon,  notaire  immatriculé  de  ïAége,  réducteur, 
géomètre  d-  arpenteur  juré.  A  Liège,  chez  J.-F.  Bassompierre ,  mar- 
chand libraire,  rue  Neuvice,  et  l'auteur,  a  l'Aigle  d'Or,  Fauxbour" 
d'Amercœur.  M.  DCC.  LI 

Ce  livre  reparut,  avec  un  nouveau  titre,  en  1753;  puis  une  seconde 
fois,    chez  Everard    Kinls,    en   1760,   comme    première   partie  de 
*  Oeuvres  de  Simonon   Dans  les  deux  éditions,  le  titre  seul  est  réim- 
primé. 


Table  alphabétique  des  Noms  de  personnes  (t). 


Abry  (Louis),  467. 
Acanthius  (Jacques),  508. 
ADALBOLD,  459,  461-64. 
Aiguillon  (le  P.  Fr.  d'),  529. 
Albéric  de  Troisfontaines,  461. 
Albert  (l'archiduc),  502,  544. 
Alen  (Henri),  508. 


Ancion  (Urbain),  556. 

André  (Valère),  467,  475,  492,  498, 

499,  502,  706,  531. 
Anselme,  459,  461. 
Apien  (Pierre),  471-72. 
Archimède,  464,  538. 
Arnaud  (André  d'),  510. 


Backer  (A.  De),  527. 
Baillet  (Adrien),  526. 
Barnabe  (G.),  551-52. 
Barnabe  (Ve  G.),  550. 
Barrow  (Isaac),  545,  547. 
Barwitz,  4S9. 
Bassompierre  (J.-F.).  557. 
Beausard  (Pierre),  468. 


Becdelièvre,  473-74. 

Berghes  (l'évèque  Robert  de)  475- 

479,  483. 
Bernoulli  (Jean),  542. 
Bierens  de  Haan  (D.),  481. 
Billehé   (Charles,    François,  et 

Maximilien  de),  493. 
Boèce,  462-63;  471. 


(il  Les  noms  des  mathématiciens  liégeois  sont  en  petites  capitales; 
les  chiffres  en  caractères  gras  indiquent  les  pages  plus  spécialement 
consacrées  à  ces  géomètres.  Nous  n'avons  mentionné  que  les  impri- 
meurs liégeois  ;  leurs  noms  sont  en  italique. 


-  560  - 


Boileau  de  Bouillon  (Gilles), 
474-75. 

Boissières  (Claude  de),  474. 
Bombelli  (Raphaël),  495. 
Bormans  (Stanislas),  466,  468. 
Bossut  (Charles),  539. 
Boulliaud  (Ismaël),  521. 
Bourguignon,  557. 


Bourguignon  (Ve  S.),  534. 
Brandt  (Sébastien),  471. 
Bressieu  (Michel),  480. 
Broncart(J.-F.),  550,  552. 
Brunetti  (Cosme),  533. 
Bucquoi  (le  comte  de).  513,  544. 
Busbeeck  (Auger  de)  471. 
Bussy-Rabutin,  498. 


G 


Cantor  (Moritz),  459. 
Capitaine  (U.),  474,  550. 
Caramuel  Lobkowitz  (J.),  519. 
Cardan  (Jérôme),  495. 
Cavalieri  (Bonaventure),  535-36. 
Chapeaville,  461,  466,  486. 
Charlemagne,  458. 
Chasles  (Michel),  463,  503,  505. 
Chifflet  (J.-J.).  507,  521. 
Chuquet  (Nicolas),  496. 


Clairaut,  551. 

Clavius  (Christophe),  494-97. 
Cloesket  (Nicolas),  549, 555-56. 
Coignet  (Michel),  481-82. 
Collardin  (P.-J.),  497. 
Collette  (Charles),  557. 
Collins  (J.),  544. 
Cossali  (Pietro),  505. 
Croisiers  de  Huy  (les)  470-71. 
Cusa  (Nicolas  de),  473. 


Dalencé,  549. 

Damery   (Lambert),  497-99, 
500  501. 

Damery  (Léonard),  499,  500. 
Daris  (J.),  473. 
Dati  (Charles),  533. 
Dejardin,  524. 
Desargues  (Girard),  530. 


Descartes,  468,  507,  514,  522,  526, 

540-43,  546,  548. 
Dettonville  (A.),  Voyez  Pascal. 
Didot  (Ambr.-Firm.),  469. 
Digby  (Kenelm),  525-26,  528. 
Dioclès,  538. 
Dormal  (Henry),  532. 
Du-FRESNE(H.-Ch.-Ant.),  550. 
Duhamel,  543. 


E 


Edelheer  (Jacques),  513,  521. 
Engelbert  de  Liège,  459,  465. 
Eracle,  459,  460. 


Ernest  de  Bavière,482-93, 501.  Eyck  (Jacques  van),  513 


Euclide,  464,  466,  495. 
Euler  (Léon),  520,  551. 
Even  (Ed.  van),  507. 


—  561  — 


Fabricius,  488. 

Falchalin,  465. 

Fermât,  540,  543. 

Fine  (Oronce),  469,  472,  505. 

Focard, 469. 

Foix  de  Candale  (  Franc,   de  ) , 

480. 
Foppens,  492. 


Forir  (H.),  497. 
Foucher  (l'abbé),  542. 
Foucher  de  Careil  (A..),  542. 
Francon  de  Liège,  459, 463-65, 

468. 
Friedlein,  460-61,  504. 
Froidmont    (Libert) ,     505-6 , 

522,  531. 


G 


Gadroys,  468. 

Galilée,  488,  515,  516,520,522 

Galle  (Jean),    502-506  , 

544,  549. 
Galle  (Ferdinand),  506. 
Galle  (François),  506. 
Gascoigne,  529. 
Gassendi  (Pierre),  489,  506, 

514,  519-21,  528,  536. 
Gemma  (Corneille),  468. 
Gemma  Frisius  (R.),  468-69 , 

474,  476-77,  490,  492-93. 
Gerbert,  461-62,  464. 
Gerhardfc  (C.-L),  546. 
Gevaerts  (Gaspar),  513. 
Ghesquière  (Ign),  513. 


,548. 
530, 


509, 


472, 


Glareanus  (Henri),  469. 

Glen  (J.-B.  de),  486. 

Gobart  (Le  P.  Laurent),   550. 

Gobert  (Tliéod.).  483. 

Godin,  520. 

Gooden  (Jacques),  552. 

Gramme  (Jean-Philippe),  556. 

Grancey  (comtes  de)  498-99. 

Grati  (Mathias  de),  479. 

Grégoire  de  Saint- Vincent,  529, 

535. 
Grognart  (Herman),  549,  555. 
Guillon  (Gilles),  493-499. 
Guldin  (Paul;,  539. 
Gunther  (S),  458. 
Gutschoven  (G.  van),  468, 513, 540. 


H 


Haan,  531. 

Habrecht  (Isaac),  493. 

Hall  (François)  ou  Linus,  513, 

523,  525-29,  548. 
Harroy  (Jean),  549,  557. 
Heer  (Henri  de),  488. 
Heinsius  (Nicolas),  532. 
Helbig  (Henri),  474,  4S2-83. 


Helmont  (Jean-Baptiste  van),502. 
Henaux  (Ferdinand),  483. 
Heriger,  459-61. 
Herstal  de  la  Tache  (Michel 

de),  549-50. 
Hilbert,  459,  465. 
Hipparque,  522. 
IIocsem  (Jean  de),  466-87. 


562  — 


Hudde  (Jean),  545. 
Holthousen  (Noël),  555. 
Hoensbroeck,  553. 
Hospital  (Le  mis  de  F),  543,  551. 
Houzeau  et  Lancaster,  492. 
Hovius     (  Jean  -  Mathias  )     ou 
Hoyoux,  529. 


Eoyoux  (H.),  555. 
Hubert  de  Stavelot,  472. 
Hulsius  (Livinus),  485-86. 
Huygens    (Christiaan) ,    512-16 , 

526-27,  533,  536,  539-41,  544-48, 

551. 
Huygens  (Constantijn),  507,  513. 


Isabelle  (l'infante),  512. 


Jacoli,  544. 

Jaquemet  (Le  P.),  543. 
Janssen  (J.),  473. 


Jauer  (Christophe),  495. 
Juste-Lipse,  484-85,  493,  510. 


K 


Kepler  (Jean),  486,  488-89,  52l-22.\\  Kints  (Everard),  557. 
Kingsley  (Le  P.  Guill.),  522.     ||  Kurth  (Godefroid),  467, 4S5. 


Laet  (la  Famille),  474. 
La  Hire  (Philippe  de),  520,  542-43. 
Lalande,  492. 
Lambecius  (Pierre),  533. 
Lampson  (Dominique),  486. 
Landsbergen  (Jacques),  505,  531. 
Laplace,  519. 

La  Roche  (Etienne  de),  496. 
Leibniz,  461,  542,  546. 
Léon  X  (le  Pape),  496. 
Léopold  de  Toscane  (le  prince, 
puis  cardinal),  533,  548. 


Lescailler  (Jean),  480. 
Leurechon(leP.),  530. 
Limbourg  (Gilbert),  477. 
Limbourg  (Jean-Philippe 

553. 
Linières  (Jean  de),  470. 
Linus  (Fr.).  V.  Hall. 
Lombart  (Lambert),  482.. 
Loncin  (H.),  555. 
Louville  (de),  520. 
Lucas  (le  P.),  529. 


de), 


M 


Maclaurin  (Collin),  551. 
Maelcote  (Odo  van),  448,  498-99 
500. 


IMagiotti,  548-49. 

I  Malte  (Martin),  549,  556. 

IImanueville  (Jean  de),  467. 


Mantelius,  506-7,  510,  512-13. 
Marie  (Maximilien),  545. 
Marre  (Aristide),  496,   543. 
Martel  (Nicolas),  549,  556. 
Marténe  et  Durand,   460. 
Maximilien-Henri  de  Bavière, 
Méan  (Jean-Ferdinand  de), 
Méan  (Laurent  de),  502,  529 
Medielen  (van),  513. 
Mellema  (Léon),  493. 
Mersenne   (le  P.),  506,  540, 
Mesmes  (Henri  de),  509. 
Migne,  460. 
Milst  (J.-F.  Van),  537. 
Milst  (Jean-Louis  de),  550. 


Naudé  (Gabriel),  507. 
Neper  (Jean),  503,  505. 
Neumann  (Ch.),  500. 


534. 
555. 
30. 


544. 


563  - 

,Mire  (Aub.  Le),  465,  475,  484. 
Mohy  (Remacle),  482. 
Moivre  (Abraham  de),  551. 
Moll  (W.j,  461-63. 
Moncliamp  (l'abbé  George),  531. 
Monconys  (Balthazar  de),  533. 
:Monge(Gaspar),  553-54. 
Monnier  (Le),  520. 
Monteregio    (J.    de),  ou  Regio- 

montan,  469. 
Montucla,  543. 
Mottet  (Vincent),  549,  555. 
Muet  (Pierre  le),  530. 
Mulkeman  (Erasme),  549,  555. 
Mulkeman  (Henri),  549,  555. 


N 


Newton  (Isaac),  52S,  546-47,  551. 
Nicole,  526. 
Notger,  459-460. 


Oldenburg    (Henri),     533,    536, 

544-45,  547-48. 
Othon  (l'Empereur),  459. 
Ougevinus,  536. 


Outremeuse  (Jean  d'),  464. 
Ouioeroc  (Christian),  491. 
Ozanam  (Jacques),  542. 


Pacichelli,  533. 

Pacioli  fFrère  Luca),  504-5. 

Pascal  (Biaise) ,  496 ,   520 ,  533 , 

536-40,  547. 
Peetermans  (N.),  482. 
Peiresc,  506,  532. 
Pernety  (l'abbé),  551. 
Petau  (le  P.),  506. 
Peurbach  (G.),  470-71,  474. 
Pez,  462. 
Philippi  (Joseph),  549,  556. 


I  Pirenne  (H),  458. 

j  Pise  (Léonard  de),  504. 

:  Plempius  (Vopiscus-Fortunatus), 

514,  531. 
Polit  (Jean),  482. 
Porchon,  46S. 
Procureur  (Roland),  556. 
Puteanus  (Erycius),  507,  510. 
Pythagore,  464. 
Pythéas,  517,  519. 


—  564  - 


Raets  (Guillaume),  481-82. 
Ramus  (Pierre),  480-81. 
Rantzau,  489. 

Ratz  de  Lanthenée  (le),  552. 
Regimbold  de  Cologne,  463. 
Regiomontan,  474,  495. 
Regnartius  (Valerianus),  500. 
Rein  art  (Pierre),  511. 
Reinier  de  Sl-Laurent,  465. 
Revius  (Jacques),  473. 
Reyneau  (le  P.  Ch.),  543. 


Ricci  (Michel-Ange),  533, 535,  548. 
Riccioli(J.  B.),  522,  548. 
Roberval  (Gilles  Personne   de), 

540,  543-44. 
Rodolphe  de  Liège ,  459 , 461 , 

463. 
|  Rollin  (Charles),  509. 
Romain  (Adrien),  468,  489-91. 
Roose  (le  président),  513. 
Ruelens  (Ch.),  506,  511,  532. 
Ryckius  (Josse),  475,  480. 


Sacrobosco  (J.  de),  469. 
Saint-Evremont,  533-34. 
Saumaise  (Claude  de),  507. 
Saxe  (Jean  de),  469. 
Scheffer  (Jean),  532. 
Schepss,  463. 
Schoner  (Lazare),  490. 
Schooten  (François  van),  541, 546 
Sedillot  (L.-A.),  475. 
Seton  (Alexandre),  504. 
Sheldon  (le  P.  Nathaniel),  552. 
Sigebertde  Gembloux,  465. 
Simonon  (P.),  549,  557. 
Slaughter  (Edouard),  552. 
Sluse  (Jean-Gauthier  de),  532. 
Sluse  (Pierre-Louis  de),  555  56. 
Susu  (René-François  de),  506-7, 
513,  522,  525-26,  528,  532-49. 


Sorbière  (Samuel),  533. 
Spinola,  544. 
Spinoza  (Benoît),  547. 
Stadius  (Jean),  475-80. 
Stadius  (Pierre),  475. 
Stempel  (Gérard),  490-93. 
Stifel  (Michel),  495-96. 
Stockmans,  513. 
Stoeffler  (Jean),  469,   471,   474, 

492. 
Stoupi  (de),  553. 
Streel    (Guillaume-Henri) ,    524, 

527,  536,  552. 
j  Streel  (Léonard),  493-94,  502-3. 
Sturm  (Jean),  468. 
Sturm  (J.-Ch.),  493. 
Sweertius  (Fr.)  475,  492. 


Tacquet  (André),  529. 
Tamisey  de  Larroque,  511,  532. 
Tartalea,  497. 
Taylor,  551. 


Theux  (X.  de),  473,  492,  555. 
Thomassin,  553. 
Tielens  (J.),  503. 
Torres  (Mis  de),  513. 


—  565  - 
Torricelli  (Evangelista),  535-37, 

543-44,  547-48. 
Tournoyé  (Marie),  556. 


Trithème,  460,  465,  470. 
Tutot  (J.-.I.),  553. 
Tycho-Brahé,  489,  509. 


Viète  (François),  495. 
Villenfagne  (H.-N.  de;,  467,  4S4, 

498,  553. 
Villette  (Fr.  de)  l'ancien,  550. 


Villette  (Fr.  de)  le  jeune,  553. 
Vinci  (Léonard  da),  530. 
Viviani  (Vincent),  548. 
Vivier  (Oger  du),  501. 


W 


Wachtendonck,  493. 
Waldor  (Jean),  482. 
Wallis  (Jean),  516,  533,  540. 
Waulde  (Gilles),  460. 
Wattenbaoh,  459. 
Wazon,  459,  464. 
Wendelin  (Godefroid)  ,    501-2, 
506-23,  527-28,   531,  549. 


Wendelin  (Nicolas),  508. 

White  ou  Le  Blanc  (Thomas), 

525-26,  528. 
Wilthem  (Alexandre),  529. 
Winterberg,  463. 
Wittert  (A.),  473. 
Wolff  (Christ.).  543. 


Zelst  (Adrien),  490-93. 


Zigler(J.-R.),  486. 


GUILLAUME  EVRARD 


NOTE    COMPLEMENTAIRE 


Peu  do  temps  après  la  publication  d'une  notice  sur  le 
sculpteur  liégeois  G.  Evrard,  voici  qu'il  est  déjà  possible 
de  la  faire  suivre  d'une  série  de  renseignements  com- 
plémentaires :  en  appelant  l'attention  sur  un  artiste  de 
talent  et  trop  oublié,  on  invitait  indirectement  les  connais- 
seurs à  mettre  au  jour  de  nouveaux  documents. 

C'est  ainsi  que  M.  Albin  Body  m'a  l'ait  parvenir  de  Spa 
des  données  recueillies  par  lui,  qui  augmentent  le  catalogue 
des  oeuvres  sculpturales  d'Evrard,  tout  en  indiquant  les 
conditions  matérielles  de  l'exécution. 

«  L'église  paroissiale  de  Spa,  dit-il,  possède  quatre 
statues  fort  remarquables  dues  au  ciseau  d'Evrard.  Ce 
sont  la  Vierge  Marie ,  S'-Joseph ,  Sl-Roch  et  un  Ange 
gardien.  Ces  statues,  la  première  surtout,  sont,  de  L'avis 
de  tous,  admirablement  traitées.  Elles  ont  environ  cinq 
pieds  de  haut.  Leur  authenticité  n'est  pas  douteuse.   Une 


-   568  — 

note  que  j'ai  prise  un  jour  dans  les  registres  des  comptes 
de  l'église  en  fait  foi  : 

«  Le  2  mars  1750,  payé  au  sieur  G.  Evrard,  sculpteur  à 
Liège,  240  fl.  bb. ,  pour  la  figure  de  la  Sainte-Vierge  et  de 
Saint-Joseph,  comme  par  quittance. 

—  A  Etienne  Sody  pour  là  voiture  des  2  susdites  figures, 
les  ayant  ramenées  à  2  fois  9  11.  22  sous. 

—  A  un  homme  qui  les  a  été  chercher  avec  un  traîneau 
et  bottes  de  paille  pour  les  emballer,  15  sous. 

—  Avril.  Payé  au  sieur  G.  Evrard,  sculpteur  cent  et 
vingt  fl.  bb.  pour  la  figure  de  S*-Roch. 

1751,  28  murs.  Payé  au  sieur  Evrard  ,  sculpteur,  67  frs 
et  12  sous  et  demi ,  à  compte  sur  les  figures  qu'il  fait 
pour  l'église. 

14  mars.  Payé  au  s1'  Evrard,  sculpteur,  52  francs  8  sous 
pour  entier  payement  de  la  figure  de  l'Ange  gardien  qu'il 
fait  pour  l'église.  » 

«  Enfin,  ajoute  M.  Albin  Body,  je  possède  une  jolie 
maquette  d'Evrard  :  sur  un  socle ,  ou  plutôt  un  haut 
piédestal,  un  évêque  est  assis,  portant  la  mitre  et  les  habits 
pontificaux  ;  il  tient  dans  la  main  gauche  un  livre ,  et  son 
bras  repose  sur  une  ruche.  A  ses  pieds  Saint-Marc,  tenant 
également  un  volume,  est  assis  sur  un  lion.  Cette  terra 
cotta  est  signée  :  Evrard  inv!.  » 

D'autre  part,  nous  savons  qu'Evrard  plaça  de  ses  œuvres 
dans  plusieurs  églises  de  Liège  démolies  à  la  suite  de  la 
révolution  ,  à  Saint-Pierre ,  Saint-Gangulphe ,  Saint-Jean- 
Baptiste  ,  à  Saint-Léonard  et  aux  Sépulcrines  :  ces 
mausolées  et  ces  statues  ont  disparu  en  même  temps  que 
les  édifices. 

Des  recherches  faites  dernièrement  dans  les  cartons  de 
notre  Académie  des  Beaux-Arts,  facilitées  par  M.  Drion 
son  directeur,  m'ont  fait  connaître  douze  dessins  originaux 
d'Evrard,  qu'il  convient  de  placer  dans  l'œuvre  de  l'artiste 


—  569  — 

à  la  suite  de  son  portrait  par  lui-même  ,  retrouvé  à  l'Aca- 
démie. Ces  dessins  proviennent  tous  d'une  ancienne 
collection  formée  par  Henri  Hamal ,  qui  a  consigné 
par  écrit  des  renseignements  biographiques  intéressant 
nombre  de  nos  artistes.  Tout  en  regrettant  de  n'avoir  pu 
prendre  connaissance  de  ces  documents ,  nous  espérons 
qu'un  jour  le  public  liégeois  sera  mis  à  même  de  mieux 
apprécier  les  efforts  et  les  services  rendus  par  un  de  nos 
anciens  amateurs  d'art  et  d'histoire. 

Quoi  qu'il  en  soit,  voici  la  liste  des  sujets  représentés 
par  les  dessins  susmentionnés  : 

Un  Sl-Sébastien,  dont  un  ange  visite  les  blessures  ;  cet 
excellent  dessin  à  la  sanguine  est  signé  et  porte  au  verso 
de  la  page  comme  tous  les  autres,  une  mention  écrite  de  la 
main  de  Hamal  attribuant  le  dessin  à  Evrard  ;  ici  l'inscrip- 
tion est  complète  :  dessin  original  de  Guillaume  Evrard, 
élève  de  Maini,  né  à  Liège  en  1110  et  mort  le  10  juilletll93. 
—  Ex.  coll.  Henrici  Hamal  Leod  ; 

Un  évêque  mitre,  tenant  la  crosse  de  la  main  gauche, 
de  l'autre  bénissant  ;  ce  dessin,  des  meilleurs  aussi,  est 
exécuté  à  la  mine  de  plomb  et  signé  G.  E.  ; 

Trois  esquisses  représentant  des  apôtres  ou  des  saints , 
enlevées  très  vivement  à  la  mine  de  plomb  ; 
Le  meurtre  d'Abel,  à  la  plume  G.  E.  ; 
Deux  corps  de  victimes  ou  martyrs  dans  des  poses  très 
dramatiques,  sanguine  ; 

Trois  esquisses  sur  la  même  feuille  :  la  Parque  tenant 
ses  ciseaux  levés,  sanguine  ;  un  groupe  allégorique  à 
quatre  personnages,  dont  une  femme  élevée  à  l'immor- 
talité, couronnée  par  une  autre,  soutenue  par  la  renommée, 
et  terrassant  l'envie  ;  le  tout  au  crayon  noir;  Saint- 
André  devant  sa  croix,  sanguine  ; 

Danse  champêtre,  quatre  personnages  féminins,  et  un 
1  erger  assis,  jouant  de  la  cornemuse,  exécuté  à  la  plume. 

38 


—  570  — 

J'ajouterai  un  dernier  renseignement  relatif  à  un  curieux 
et  excellent  portrait  de  Remacle  Leloup,  dessiné  à  la  plume 
et  représenté  en  peintre,  travaillant  devant  son  chevalet. 
Ce  dessin  d'Evrard  ,  qui  intéresse  à  la  fois  deux  de  nos 
artistes  liégeois,  appartient  à  M.  Auguste  Hock. 

Sans  doute,  la  liste  générale  n'est  pas  close,  mais  cette 
nouvelle  contribution  à  la  biographie  de  Guillaume  Evrard, 
et  appelée  directement  par  celle-ci  même,  méritait  sans 
doute  d'être  mise  sous  les  yeux  du  lecteur,  qui  se  trouvera 
plus  complètement  renseigné. 


ERRATA. 

En  note  à  la  page  4  de  la  Notice,  lisez  :  Piganiol. 

P.  6,  ligne  17e  «  Vers  1740-41. 

P.  14,  dernière  ligne  «  En  l'année  1724. 

P.  21,  22e  ligne  «Evrard  avoit  34  ans  à  la  mort  du  prince 
Georges-Louis  de  Bergh  (1743),  54  ans  quand  mourut 
Jean-Théodore  de  Bavière  (1763),  61  au  décès  du  prince 
Charles  d'Oultremont.  Vingt-deux  ans  le  séparoient  de  sa 
propre  fin  ». 

J.  E.  D. 


T^^BLE:    IDES    HVEA.T'IEJFt.ES 

DU  XXI«  VOLUME. 


Pages 

Statuts  constitutifs V 

Tableau  des  membres  de  l'Institut XI 

Désiré  van  de  Casteele.  — Troisième  Lettre  à  Monsieur 

S***  sur  l'ancienne  verrerie  liégeoise 1 

Jean  Levaux  ,  de  la  Compagnie  de  Jésus.  —  Quelques 

mots  sur  l'arrestation  de  l'abbé  J.ehin 41 

Jean  Levaux ,  de  la  Compagnie  de  Jésus.  —  Privilèges 

des  anciens  habitants  du  marquisat  de  Franchimont  dans 

la  ville  de  Liège 51 

Marcel  De  Puydt.  —  Notice-Catalogue  sur  les  antiquités 

préhistoriques  du  Musée  de  Liège 81 

Stan.  Bormans.  —  Les  Wallons  en  Suède 127 

J.  E.  Demarteau.  —  Guillaume  Evrard,  sculpteur  de 

S.  A.  le  Prince-Évêque  de  Velbruck  (1709-1793).  —  Notice  .  137 
Cam.  de  Borman.  —  Les  Avocats  de  la  Cour  spirituelle 

de  Liège  de  1604  à  1794 159 

S.  —  Le  Cheval  étrusque  en  bronze  de  Clavier  (Liège)  .  237 
Ph.  de  Limbourg.  —  Les  Privilèges  des  Franchimontois.  261 
Ph.  de  Limbourg.  —  Les  Liards  de  Franchimont.  .  .  289 
J.  E.  Demarteau.  —  La  Violette,  histoire  de  la  Maison 

de  la  Cité  à  Liège 297 


—  572  - 

C.  Le  Paige.  —  Notes  pour  servir  à  l'histoire  des  mathé- 
matiques dans  l'ancien  Pays  de  Liège 457 

J.  E.  Demarteau.  —  Guillaume  Evrard. —  Note  complé- 
mentaire   567 


PLANCHES. 


Pages 

Antiquités  préhistoriques.  (Planches  I  à  VII 100 

Portrait  de  Guillaume  Evrard,  sculpteur 137 

Deux  eaux-fortes  par  Evrard 149 

Le  cheval  étrusque  en  bronze  trouvé  à  Clavier  (Liège)    .  237 

La  Violette  (1497-1691) 297 

La  Violette  (1493-1497) 377 


RAPPORT 


Sur  les  travaux  de  l'Institut  archéologique  liégeois 
pendant  l'année   1888 


Messieurs, 

L'année  dernière  ,  dans  le  rapport  que  j'avais 
l'honneur  de  vous  présenter  sur  les  travaux  de 
l'Institut  pendant  l'exercice  1887,  je  constatais  que 
notre  Société  était  en  pleine  prospérité,  mais  je  me 
permettais  d'engager  vivement  tous  les  membres 
à  persévérer  dans  la  nouvelle  voie  où  nous  étions 
entrés,  si  nous  ne  voulions  pas  perdre  le  terrain 
gagné. 

Cet  appel  a  été  entendu,  car  vous  constaterez, 
•  par  la  lecture  des  différents  chapitres  de  ce  rapport, 
que  des  résultats  sérieux  et,  espérons-le,  durables, 
ont  été  acquis  au  cours  de  l'année  1888. 


—  2  - 


x^  i  rxr  A.  isr  G  E2  s . 


La  situation  financière  de  l'Institut ,  déjà  amé- 
liorée pendant  les  années  1886  et  1887  ,  est  très- 
satisfaisante  actuellement. 

Nos  recettes  se  sont  élevées  en  1888  à  la 
somme  de  fr.  5,270-35 ,  et  nos  dépenses  à  celle  de 
fr.  5,047-85. 

Nous  avons  remboursé  cette  année  500  francs, 
dernier  reliquat  de  notre  dette,  contractée  en  1882, 
lors  de  la  réorganisation  de  notre  Musée.  En  outre, 
nous  avons  pu  faire  pour  notre  Musée  quelques 
achats  importants  d'objets  d'origine  liégeoise  et 
nous  conservons  encore  un  boni  respectable  en 
caisse. 

Les  revenus  de  la  Société  n'ont  pas  varié  pendant 
l'année  1888.  L'Etat  nous  a  accordé,  comme  précé- 
demment, un  subside  de  mille  francs,  la  province 
de  Liège  cinq  cents  francs  et  la  Ville  une  somme 
équivalente. 

Notre  situation  financière,  maintenant  débar- 
rassée de  dettes ,  nous  permettra  de  réaliser , 
pendant  le  cours  de  l'année  qui  commence,  des 
projets  que  la  pénurie  de  fonds  nous  avait  forcé 
à  remettre  jusqu'à  présent. 

Notre  zélé  trésorier,  M.  Couclet,  m'a  communiqué 
les  comptes  de  nos  recettes  et  de  nos  dépenses,  que 
je  joins  au  présent  rapport  : 


DEPENSES. 


Achats  divers fr.  2,515  i.'j 

Impressions »  907    » 

Remboursement  de  l'emprunt »  525    » 

Gravures »  296    » 

Fouilles , »  14g  25 

Reliures „  142  05 

Expédition  du  Bulletin >,  34  26 

Menuisier  et  serrurier »  15  15 

Congrès  d'anthropologie  de  Paris »  12    » 

Les  deux  concierges »  154  69 

Fouilles  à  Modave „  300    » 


Total:     fr.     5,047  85 


RECETTES. 

Reliquat  de  1887 fr.  l  751  55 

Monnaies  cédées »  97    „ 

Vente  de  livraisons  du  Bulletin »  jj  §0 

Subside  du  Gouvernement »  1,000    „ 

Subside  de  la  Province »  goo    » 

Subside  de  la  Commune »  500    » 

Vente  de  catalogues »  2    » 

Souscription  des  membres »  1,285    » 

Intérêts  chez  le  banquier »  120    « 

Van  denBerg  (pour  mémoire,  fr.  1,000)  »  »    »    » 

Total  :  fr.  5,270  35 
RÉSULTAT. 

Recettes fr.  5^70  35 

Dépenses n  5047  85 

Reste.    .  fr.  222  50 


—  4   - 


OVETJ-iSEE:. 


Le  Musée  s'est  augmenté  pendant  l'année  1888 
d'un  certain  nombre  d'objets  d'origine  liégeoise, 
les  uns,  offerts  par  des  particuliers;  les  autres, 
les  plus  importants,  acquis  par  l'Institut  archéo- 
logique, auquel  sa  bonne  situation  financière  a 
permis  de  sortir  cette  année  de  la  réserve  dans 
laquelle  il  avait  dû  se  tenir  jusqu'à  présent. 

Nous  devons  chercher,  on  ne  saurait  trop  le 
répéter,  à  recueillir  exclusivement  des  objets 
originaires  de  l'ancienne  principauté  de  Liège ,  ou 
présentant  au  moins  un  intérêt  historique  ou 
archéologique  pour  notre1  province. 

Vous  trouverez  ci-joint  les  listes  des  objets  reçus 
et  acquis  pour  le  Musée  pendant  l'année  1888  : 

Dons. 

M.  Dejardin,  brasseur.  —  Deux  bustes  en  bois  argenté, 
provenant  du  couvent  des  Dominicains  de  Liège. 

Comte  de  Mercy-Argenteau.  —  Cheval  en  bronze,  antéromain , 
trouvé  le  long  de  la  Chaussée  romaine,  commune  de  Clavier. 

Comte  de  Mercy-Argenteau.  —  Cruche  gallo-romaine  en 
terre  blanche,   même  provenance. 

M.  Mouton,  de  Clavier.  —  Hache  en  bronze,  trouvée  à  Odet 
(Bois-Borsu)  en  l88o. 

M.  De  Puydt.  —  Silex  taillés,  au  nombre  d'une  centaine, 
trouvés  dans  les  provinces  de  Liège  et  du  Limbourg  Hollandais. 

M.  Philippe  de  Limbourg.  —  Trois  plaques  de  poêle  en  fonte, 
deux  avec  personnage  portant  un  bâton,  la  troisième  lisse, 
provenant  de  Theux. 

M.  Jean  Marcotte.  —  Une  plaque  de  fonte,  plus  grande,  ayant 
pour  sujet  saint  Michel  terrassant  le  dragon.—  Même  provenance. 


-  5  - 

M.  Davin-Rigot.  —  Fragments  de  patère  en  terre  samienne, 
avec  sigle  trouvée  à  Braives.  Deuxtuileaux,  l'un  marqué  N  E  H, 
l'autre  DRILO  F,  trouvés  à  Braives.  Une  anse  en  terre  mar- 
quée VIII. 

Achats. 

Thèse  du  baron  Guillaume  de  Rallier fr.  100  » 

Plaque  de  cheminée  en  fonte  aux  armes   de  la 

famille  Curtius >>  20  » 

Brique  armoriée.    .    .    .    , »  4  » 

Coupe  en  verre,  de  fabrication  liégeoise.    ...»  10  » 

Fibule  franque  en  argent  et  or  (Fallais)  ....  »  200  » 
Brique  aux  armes  du  prince  Jean-Théodore  de 

Bavière »  4  » 

Calice  en  verre  avec  pied ,  fabrication  liégeoise  .  »  20  » 

Garderobe  en  chêne ,  style  Louis  XVI »  800  » 

Lanterne  d'église,  cuivre  jaune  travaillé  à  jour, 

avec  inscription  :  Ecclie  parochlis  de  Stavelot    .    .  »  25  » 

Chenets  et  crémaillère  en  fer,  1781 »  100  » 

Collier  en  argent  de  la  Gilde  des  arquebusiers  de 

S'-Trond ,  18e  siècle »  450  » 

Deux  verres  à  pied,  fabrique  liégeoise »  5  » 

Garderobe  en  chêne,  travail  liégeois,  style  Louis  XIV.  »  700  » 

Analecta  Bollancliana  (2  volumes  ) »  20  25 

Deux  assiettes  faïence  liégeoise »  57  20 

Total     fr.  2,515  45 

Échange». 

Deux  lames  de  coutelas,  contre  une  lampe  en  grès,  sur  long 
pied. 

Un  vase  péruvien  en  terre  et  un  vase  à  rafraîchir  l'eau , 
contre  un  flacon  de  verre  carré,  gallo-romain,  pâte  verte» 
trouvé  aux  environs  de  Tongres. 

FOUILLES. 

Vous  constaterez  encore  ici  un  progrès  sensible. 
Des   fouilles   ont    été   exécutées   sur  différents 


—  6  — 

points  de  la  province  et  ont,  en  général,  assez 
bien  réussi. 

A  Solières  et  à  Braives ,  il  est  vrai ,  elles  n'ont 
donné  que  peu  de  résultats:  quelques  fragments  de 
poteries,  des  silex  et  un  curieux  objet  en  bronze. 

A  Bassenge,  nous  avons  été  beaucoup  plus  heu- 
reux; les  fouilles,  conduites  par  M.  Fraikin,ont 
donné  :  un  certain  nombre  d'objets  en  terre  cuite, 
des  monnaies  romaines  en  enivre,  un  bassin  en 
bronze,  etc. 

Les  recherches  continuées  jusqu'à  la  fin  de 
décembre,  ont  été  suspendues  provisoirement  sur 
la  rive  droite  parce  que  le  propriétaire,  M.  Mathot- 
Barbe ,  brasseur  à  Visé ,  n'a  pas  voulu  en  autoriser 
la  continuation;  mais  des  démarches  actives  ont 
été  faites  pour  lever  cet  obstacle ,  et  nous  avons 
tout  lieu  d'espérer  qu'elles  réussiront. 

M.  Philippe  de  Limbourg,  notre  zélé  confrère, 
a  commencé  des  fouilles  à  Theux  vers  la  fin  de 
Tannée.  Elles  paraissent  devoir  donner  des  résul- 
tats sérieux,  si  l'on  en  juge  par  les  objets  déjà 
découverts;  mais  comme  elles  doivent  se  continuer 
en  1889,  nous  en  parlerons  d'une  manière  plus 
complète  dans  le  rapport  de  cette  dernière  année. 


■ioims. 


Les  publications  n'ont  pas  été  négligées  pendant 
l'année  1888. 
La  Société  a  distribué  : 


—  7  — 

1°  La  2e  livraison  du  tome  XIX  du  Bulletin* 
contenant  la  première  partie  de  l'Histoire  du 
comté  de  Fallais,  par  M.  Eugène  Poswick. 

Cette  livraison  est  accompagnée  de  quatre 
planches,  dont  deux  sont  dues  au  burin  de  notre 
habile  aquafortiste  liégeois,  M.  de  Witte,  professeur 
à  l'Académie. 

2°  La  lre  livraison  du  tome  XXI  du  Bulletin, 
qui  contient  quatre  articles  : 

a.  Troisième  lettre  à  M.  S.  sur  l'ancienne 
verrerie  liégeoise,  par  M.  Van  de  Casteèle. 

b.  Quelques  mots  sur  l'arrestation  de  l'abbé 
Jehin,  par  le  Père  Le  vaux,  de  la  O  de  Jésus. 

c.  Privilèges  des  anciens  habitants  dû  mar- 
quisat de  Franchimont  dans  la  ville  de  Liège, 
par  le  même. 

d.  Notice-Catalogue  sur  les  antiquités  préhisto- 
riques du  Musée  de  Liège,  par  M.  Marcel  De  Puydt. 

Ce  dernier  travail ,  auquel  notre  honorable 
collègue  a  ajouté  sept  planches  dessinées  par  lui, 
doit  être  considéré  comme  le  premier  essai  de 
catalogue  systématique  de  notre  Musée. 

3°  Le  rapport  sur  les  travaux  de  l'Institut  pendant 
l'année  1887. 

4°  La  table  des  matières  des  vingt  volumes  de  la 
première  série  du  Bulletin  de  l'Institut ,  par 
M.  Dewalque,  professeur  à  l'Université. 

La  troisième  et  dernière  livraison  du  tome  XIX, 
contenant  la  suite  et  la  fin  de  Y  Histoire  du  comté 
de  Fallais  est  sous  presse  ei  sera  distribuée  au 
mois  d'avril. 

La  seconde  livraison  du  tome  XXI  est  de  même 
sous  presse  et  paraîtra  au  mois  de  mai  prochain. 


-  8  - 
BIBLIOTHÈQUE. 

La  bibliothèque  de  l'Institut  est  en  pleine  pros- 
périté; les  livres  sont  classés  dans  un  ordre  parfait; 
le  catalogue  est  tenu  régulièrement  par  notre  actif 
et  dévoué  bibliothécaire,  M.  le  capitaine  Dejardin  , 
qui  s'est  attaché  tout  particulièrement,  cette  année, 
à  compléter  les  collections  de  publications  restées 
dépareillées  jusqu'ici.  C'est  dire  assez  que  la  biblio- 
thèque s'est  augmentée  considérablement  au  cours 
de  l'année  1888. 

Nous  devons  encore  ajouter  à  la  longue  liste  des 
Sociétés  avec  lesquelles  nous  entretenons  des  rela- 
tions confraternelles  au  moyen  des  échanges  de 
nos  publications  : 

La  Société  philomatique  vosgienne  de  Saint-Dié. 

La  Société  archéologique  de  Bruxelles. 

La  Société  berlinoise  d'anthropologie  ,  d'ethno- 
logie et  d'études  préhistoriques. 

Enfin ,  la  Société  des  Pères  Bollandistes ,  dont  les 
travaux  ont  une  si  grande  importance  pour 
l'histoire  de  notre  pays. 

Nous  signalerons  parmi  les  principaux  nouveaux 
dons  qui  sont  venus  enrichir  notre  bibliothèque, 
l'ouvrage  intitulé:  Les  premiers  âges  du  métal 
dans  le  sud-est  de  l'Espagne,  par  MM.  Henri  et 
Louis  Siret,  envoyé  par  M.  le  ministre  de  l'intérieur. 

M.  le  bibliothécaire  de  la  Chambre  des  repré- 
sentants nous  a,  de  même  que  l'année  dernière, 
renvoyé  quelques  volumes  et  livraisons  de  notre 
Bulletin,  qui  étaient  en  double  à  la  bibliothèque 
dont  il  a  la  direction. 


—  9  — 


La  liste  ci-jointe,  dressée  par  M.  le  capitaine 
Dejardin,  comprend  tous  les  ouvrages  reçus  ou 
échangés  pendant  l'exercice  1888. 


Dons  «l'mitoui-s. 

Ulysse  Chevalier.  —  Compte  de  Raoul  de  Louppy  ,  Gouverneur  du 
Dauphinéde  1361  à  1369.  Romans.  1886. 

Id.  —  Des  règles  de  la  critique  historique.  Lyon.  1888. 

L.  Daae.  —  Oui  humanisten  og  satirikeren  Johan  Lauremberg. 
Christiania.  1884. 

Id.  —  Joannis  Agricolœ  islebiensis  apophtegma  nonnulla  mine 
primum  edidit.  Christiania.  1886. 

Adolphe  Dejardin  —  Quatrième  supplément  aux  recherches  sur  les 
cartes  de  la  principauté  de  Liège  et  sur  les  plans  de  la  ville.  Liège. 
L.  de  Thier.  18S7.  Un  vol.  in-S\ 

Id. —  Deuxième  supplément  à  la  Description  des  cartes  de  la  pro- 
rince d'Anvers  et  des  plans  de  la  ville.  Anvers.  Plasky.  1888.  lre  partie. 
Un  vol.  in-8°. 

Marcel  De  Puydt.  —  Notice  sur  des  silex  et  ornements  néolithiques 
trouvés  aux  environs  de  Solières  (Ben-Ahin).  Bruxelles.  Hayez.  1888. 

Id.  —  Quelques  observations  sur  les  théories  émises  par  M.  Casimir 
Ubaghs  dans  sa  brochure  intitulée:  «  Les  ateliers  ou  stations  dits  pré- 
historiques de  Ste-Gertrude  et  Ryckholt.  »  Bruxelles.  Hayez.   1888. 

G.  Dewalque.  —  Le  prétendu  dolmen  de  Solwaster.  Liège.  Vaillant- 
Carmanne.  1888.  Une  feuille  in-8°. 

J.  I.  Doedes.  —  CoUectie  van  Rariora.  Utrecht. 

A.  B.  Drachmann.  —  Catitls  digtning  bélyst  i  forhold  til  de»  tid- 
ligere  graeske  og  latinskelitteratur.  Copenhague.  1887. 

Id.  —  Gudemehos  Vergil.  Bidrag  til  belysning  af  Aeneidens  kompo- 
sition.  Copenhague .  1887. 

J.  Fraipont.  —  Le  tibia  dans  la  race  de  Néanderthal.  Etude  compa- 
rative de  Y  incurvation  de  la  tête  du  tibia  dans  ses  rapports  avec  la 
station  verticale  dans  l'homme  et  les  anthropoïdes.  Paris.  Masson. 

J.  Fréson.  —  Notice  historique  sur  les  anciens  monastères  des  Ursu- 
lines,  des  Annonciades  célestes,  des  Carmélites  déchaussées  et  des  Sé- 
pulcrines  dellny.  Huy.  De  Grâce.  1887. 

Auguste  Hock.  —Liège  au.  XVe  siècle.  Promenades  rétrospectives. 
Liège.  Vaillant-Carmanne.  1881.  Un  vol.  in-8°. 


-  10  — 

Auguste  Hock  —  Liège  au  XIXe  siècle.  Les  transformations.  Liège. 
Vaillant-Carmanne.  1885.  Un  vol.  in-8°. 

Id.  —  Liège  au  XIXe  siècle.  La  vie.  Liège.  Vaillant-Carmanne.  1886 
Un  vol.  in-8°. 

Id.  —  Croyances  et  remèdes  populaires  au  p>ays  de  Liège.  Liège. 
Vaillant-Carmanne.  1S88.  Un  vol.  in-12. 

W.  J.  Hoffman  —  Pictography  and  shamanistic  rites  of  the  Ojibwa. 
Washington  1888. 

Id.  —  Folk-Lore  ofthe  Pennsylvania  Germons.  Washington. 

Clément  Lyon.  —  Gentilshommes  verriers  au  pays  de  Charleroi. 
Charleroi.  1888. 

L.  Moreels.  —  Les  dolmens  de  Wéris  et  à"Oppagne  (province  de 
Luxembourg  ).  Liège.  Vaillant-Carmanne,  1888.  Une  brochure  in-S°. 

F.  L.  0.  Roehrig.  —  The  language  of  the  Dakota  or  Sioux  Indians. 
Washington.  1872  (Don  de  M.  G.  Dewalque). 

G.  Aug.  B.  Schierenberg.  —  Die  Ratlisel  dcr  Varusschlacht  oder 
Wieund  Wo  gingen  die  Legionen  des  Varus  zu  Grunde?  Francfort- 
sur-Mein.  1888. 

Sélys-Longchamps  (baron  Edm.  de).  —  Révision  des  poissons  d'eau 
douce  de  la  faune  belge.  Bruxelles,  Hayez ,  1887. 

L.  B.  Stenersen.  —  Vdsigt  over  den  romerske  satires  forskjellige 
arter  og  deres  oprindelse.  Christiania,  1887. 

Id.  —  CatuVs  Digtning  oplyst  i  dens  sammenhaeng  med  den  tidligere 
grœske  og  latinske  literatur.  Christiania,  1887. 

Gravures, 

Planches  tirées  à  part  sur  grand  papier  de  :  Liège  au  XIXe  siècle. 
Les  transformations ,  par  Aug.  Hock. 

PL  1.  Vue  du  mont  Saint-Martin  à  Liège,  1780,  (d'après  Dreppe). 

PI.  2.  Vue  du  Pont-tille. 

PL  3.  Le  Polet,l'ile  Saint- Jacques , les  Augustins,  1825  (d'après 

Decou). 
PL  4.  Vite  prise  de  sur  Avroy,  les  Liège.  1140  (d'après  J.  Beyer). 
PL  5.  Ecluse  du  bassin  d"1  Avroy. 

PL  6.  Plan  figuratif  des  32  tours  ou  moulins,  etc.  (quartier 
d'Outre-Meuse). 
Planches  tirées  de  :  Liège  au  XIXe  sièele.  La  vie,  par  le  même. 

PL  B.  Couvent  des  Dominicains.  Place  aux  chevaux  (d'après 
Dreppe). 


—  4-1  — 

PI,  C.  Vue  prise  en  dehors  de  la  porte  d'Avroy,  1740  (d'après 

J.  Beyer  ). 
PL  D.  Pont  de  Saint-Nicolas  ,  1865. 
Planches  de  :  Le  vieux  Liège  ,  par  Léon  Béthune. 

PL  1.  Le  pont  d'Avroy  à  Liège  en  1826.  (d'après  F.  G.  Benardy  ). 
PL  2.  Le  quai  de  la  Sauvenière  à  Liège  en  1826  (d'après  F.  G. 

Benardy). 
PL  3.  Liège.  Le  quai  d'Avroy.  1850  (  d'après  A.  Bindels). 
PL  4.  Liège.  Ancienne  église  Sainte-Marguerite,  1863. 

Envois  du  ministère  de  l'intérieur. 

Commission  royale  pour  la  publication  des  anciennes  lois  et  ordon- 
nances de  la  Belgique.  —  Recueil  des  anciennes  coutumes  de  la 
Belgique.  —  Coutumes  des  pays ,  duché  de  Luxembourg  et  comté  de 
Chiny ,  par  Gh.  Laurent.  2e  supplément.  Bruxelles ,  1887.  Un  vol.  in-4°: 

ld  —Coutumes  des  pays  et  comté  de  Flandre.  Coutume  de  la  prévôté 
de  Bruges,  par  Gilliodt-Van  Severen.  Bruxelles,  1887;  t.  I  et  II.  Deux 
vol.  in-4°. 

ld.  —  ld.  —  Quartier  de  Garni.  Coutumes  de  la  ville  de  Gond,  par  Du 
Bois  et  De  Hondt.  Bruxelles ,  1887.  Un  vol.  in-4°. 

Exposition  rétrospective  d'art  industriel  organisée  par  le  gouverne- 
ment, etc.  Bruxelles,  1888.  Catalogue  officiel,  publié  sous  la  direction 
de  M.  le  chanoine  Beusens.  Bruxelles,  Weissenbruch.  1888.  Un  vol. 
in- 12. 

Les  premiers  âges  du  métal  dans  le  sud-est  de  V Espagne,  par  Henri 
et  Louis  Siret.  Anvers,  1887.  Un  vol.  in-4°  et  atlas  in-folio. 

Procès-verbaux  des  séances  du  Conseil  provincial  de  Liège.  Session 
ordinaire  de  1887.  Liège,  G.  Thiriart,  1887.  Un  vol.  in-12. 

Inventaire  des  archives  du  chapitre  noble  de  Munsterbilsen ,  par 
Henri  Van  Neuss.  Hasselt,  Billen.  1887.  Un  vol.  in-4°. 

Envois  «le  Sociétés. 

Fédération  archéologique  et  historique  de  Belgique.  —  Mémoires, 
rapports  et  autres  documents  préalablement  imprimés  eu  vue  des  tra- 
vaux du  Congrès  tenu  à  Charleroi  les  5.  6.  7  et  8  août  1888  sous  la 
direction  de  la  Société palêontologigue  et  archéologique  de  Charleroi. 
Bruxelles,  G.  Deprez,  1888.  Un  vol.  in-S°. 

ld.  —  Liste  des  membres  du  Congrès  archéologique  de  Charleroi. 
Bruxelles,  G. Deprez,  1S88. 


—  12  — 

Caveau  verviétois.  Société  littéraire.  Rapports  du  septième  concours 
littéraire.  Verviers,  1887  (Année  1887). 

Id.  —  Id.  —  1,  2,  8,  9  avril  1888.  Grand  concours  dramatique  fran- 
çais et  wallon,  etc.,  Programme  officiel.  Verviers,  I8S8.  Une  br.  in-12. 

Société  archéologique  de  Namur.  —  Bibliographie  namuroise ,  par 
Doyen.  Namur,  Wesmael-Charlier,  1887.  lre  partie.  4e  liv.  (1751-1799). 

Inventaire  sommaire  des  archives  départementales  antérieures  à  1790, 
rédigé  par  J.  Finot.  Nord.  Archives  civiles.  Série  B.  Chambre  des 
comptes  de  Lille.  N°l  2788  à  3228.  Lille,  1888,  t.  VI,  in-4°. 

Fondation  de  la  Société  de  statistique  de  Marseille.  (60e  année.) 
Compte-rendu  1887.  Rapport  sur  les  concours.  Marseille,  1888. 

Matériaux  pour  l'histoire '■primitive  et  naturelle  de  l'homme,  dirigé 
par  E.  Cartailhac  et  E.  Chantre.  Paris,  1887,  t.  XXI.  3e  série,  t.  IV. 
Janvier. 

Société  des  antiquaires  delà  Morinie.  —  Bibliographie  historique  de 
V arrondissement  de  St-Omer,  par  Dard.  S'-Omer,  1887. 

Friesch  Genootschap  van  Geschied,  Oudheid-en  Taaïkunde.  —  Oos- 
tergo.  —  Register  van  Geestelyke  Opkomsten  van  Oostergo.  Leeu- 
warden,  1888. 

Inventaire  sommaire  des  Tables  générales  des  Périodiques  histo- 
riques en  langue  française,  par  H.  Stein.  Leipzig,  1888. 

Gesellschaft  fur  Pommersche  Geschichfe  und  Alterthumskunde.  — 
Die  Baudenkmâler  des  Regierungs-bezi  rks  Stralsund.  Liv.  I.  Der 
kreis  Franzburg ,  par  E.  von  Hassei.berg.  Stettin,  1881. 

Gesellschaft  far  nùtsliche  Forschungenin  Trier. —  Roemische  Mosai- 
ken  aus  Trier  und,  dessen  Umgegend ,  par  J.  N.  Von  Wilmowsky. 

Échanges. 

§  1.  -  BELGIQUE. 

Anvers.  —  Académie  d'archéologie  de  Belgique  —  Annales,  t.  XLII, 
4e  série,  t.  II,  1886. 

Id.  —  Id.  —  Bulletin,  4e  série.  N03  10-15.  1887  et  1888. 

Bruxelles.  —  Bulletin  de  l'Académie  royale  des  sciences ,  des 
lettres  et  des  beaux-arts  de  Belgique,  3e  série ,  t.  XV  et  XVI,  1888. 

Id.  —  Annuaire  de  V Académie  royale,  etc.,  54e  année,  1888,  in-12. 

Id.  —  Bulletin  des  Commissions  royales  d'art  et  d'archéologie, 
26e  année,  n03  1  à  4  et  9  à  12.  1887. 

Id.  —  Annales  des  travaux  publics  de  Belgique,  t.  XLV,  2e,  3e  et 
4e  cahiers,  1887;  t.  XLVI,  1er  et  2e  cahiers,  1888. 


-     13  - 

Bruxelles.  —  Revue  belge  de  numismatique  (44e  année),  7e  série, 
t.  VIII,  1888. 

Id.  —  Bulletin  mensuel  de  numismatique  et  d'archéologie,  par R.  Ser- 
rure, t.  VI,  n°«8et  9,  1888. 
Id.  —  Société  royale  belge  de  géographie.  —  Bulletin,  12e  année,  1888. 
Id.  —  Ici.  —  Compte-rendu  des  actes  de  la  Société,  12e  année,  1888. 
(Dans  le  même  volume  que  le  précédent). 

Id.  —  Analecta  Bollandiana ,  édité  par  C.  De  Smedt,  J.  De  Backer, 
C.  Houze  et  F.  Van  Ortroy ,  1. 1  à  VII,  1882-1888. 
Louvain.  —  Annuaire  de  l'Université  catholique,  52e  année,  1888. 
Id.  —  Société  littéraire  de  V  Université  catholique.  —  Choix  de  mé- 
moires, 1877,  1888.  T.  XII  et  XIII. 

Id.  —  Analectes  pour  servir  à  l'histoire  ecclésiastique  de  la  Belgique, 
par  Reusens  et  Barbier,  t.  XXI,  2e  série,  t.  V.  1887. 

Gand.  —   Messager  des  sciences  historiques,  année  1887,  4e  liv.  ; 
année  1888,  lre,  2e  et  3e  liv. 

Saint-Nicolas.  —  Annales  du  Cercle  archéologique  du  pays  de  Waes, 
t.  XI,  3e  liv.,  janvier  1888;  4e  liv.,  juin  1888. 

Moxs.  —  Annales  du  Cercle  archéologique,  t.  XXI,  1888. 
Id.  —  Mémoires  et  publications  de  la  Société  des  sciences,  des  arts 
et  des  lettres  du  Hainaut,  4e  série,  t.  X-,  1888. 
Enghien.  —  Annales  du  Cercle  archéologique,  t.  IV,  lrf  liv,  1888. 
Liège.  —  Société  des  Bibliophiles  liégeois.  —  Bulletin,  t.  III,  3e  fasc. 
1886-1888. 

Id-  —  Bulletin  de  la  Société  liégeoise  de  littérature  wallonne,  2e  série 
t.  X,  1887. 

Id.   —    Table   des   matières   contenues  dans  les  publications  de   la 
Société  liégeoise  de  littérature  wallonne,  1857-1887.  Liège,  18S7. 

Vekviers.  —  Caveau  verviétois.    Société  littéraire.    —   Annuaire. 
Ie  année  (1884-1885)  1886,  8e  année  (1885-1887)  1887. 

Huy.  —  Cercle  hutois  des  sciences  et  beaux-arts.  —  Annales    t.  VIII 
lrcliv..  18*8. 

Namur.  —  Annales  de   la   Société   archéologique,    t.    XVI,   4e  liv., 
t.  XVII,  3«  et  4e  liv.  1888. 

Id.  —  Rapport  sur  la  situation  de  la  Société  en  1887.  1888. 

§2. —  FRANCE. 

Arbeville.  —  Mémoires  de  la   Société  d'Émulation   (1884-1886). 
3e  série ,  t.  IV ,  1887. 


—  14  - 

Abbeville.  —  Bulletin  des  procès-verbaux  de  la  Société  d'Emulation 
(Année  1886-1887).  1888. 

Amiens.  —  Société  des  antiquaires  de  Picardie.  —  Mémoires.  Docu- 
ments  inédits  concernant  la  province,  t.  XI,  1888,  in-4°. 

ID.  _  ici  __  Bulletin ,  t.  XVI,  liv.  4  de  1887,  liv.  1-2  de  188S. 

Auxerre.  —  Bulletin  de  la  Société  des  sciences  historiques  et  natu- 
relles de  l'Yonne  ,  t.  XLI,  3e  série  ,  t.  XI,  2e  semestre  1887  ;  t.  XL1I, 
3e  série  ,  t.  XII,  1er  semestre  1888. 

Bordeaux.  —  Société  archéologique,  t.  X,  2e  fasc,  1885;  t.  XII, 
1",  2e  et  3e  fasc,  1887. 

Id.—  Id.—  Compte-rendu  des  séances.  Années  1881-1882  et  1883-1884. 

Bourges.  —  Mémoires  de  la  Société  historique,  littéraire,  artistique 
et  scientifique  du  Cher.  4e  série,  t.  III,  18S7;  t.  IV,  1888. 

Chalon-sur-Saône.  —  Mémoires  de  la  Société  d'histoire  et  d'ar- 
chéologie, t.  VII,  4e  partie,  1888,  in-4°. 

Dunkerque.  —  Mémoires  de  la  Société  dunkerquàise  pour  l'encou- 
ragement des  sciences,  des  lettres  et  des  arts  (1885-1886),  t.  XXIV,  1887. 

Nancy.  —  Mémoires  de  V Académie  de  Stanislas,  138e  année,  5e  série, 
t.  V,  1888. 

Orléans.  —  Société  archéologique  et  historique  de  l'Orléanais. 
-  Bulletin,  t.  IX,  nos  133,  134  et  135,  1887,  et  n»  136,  1888. 

]D.  _  u.  —  Mémoires,  t.  XVI,  2e  fasc,  1887. 

Bomans.  —  Bulletin  d'histoire  ecclésiastique  et  d'archéologie  religieuse 
des  diocèses  de  Valence,  Digne,  Gap,  Grenoble  et  Viviers,  8e  année, 
Septembre  1887  —  Août  1888. 

Saint-Dié.  —  Société  philomatique  vosgienne.  — Bulletin.  12e  année. 
(1886-1887). 

Saint-Omer.  —  Société  des  antiquaires  de  la  Morinie.  —  Bulletin 
historique,  36e  année,  n&s  143,  144,  1887;  37e  année,  n°  145,  146,  1888. 

Toulouse.  —  Société  académique  franco-hispauo-portugaise.  —  Bul- 
letin (1887),  t.  VIII,  n»  1,  2,  1888. 

Id.  —  Id.  —  Annuaire  (Année  1887-1888),  1888. 
Id.  —  Société  archéologique  du  midi  de  la  France. — Mémoires,  t.  XI. 
(1874-1880),  n°s3  à  8,  1883;  t.  XII  (1880-1882),  18S3;  t.  XIII  (1883-1886), 
1887  ;  t.  XI V  (1886),  2e  liv.  1887. 
ID.  _  id,  —  Bulletin AH76, 1878,  1884,  1885.  Nouvelle  série, n"  1,1888. 

§  3.  -  HOLLANDE. 

La  Haye.  —  Algemec»  Nederlandsch  Familiéblad  tydschrift  voor 
Geschiedenis,  Geslacht-Wapen-Zegelkunde,  ens  onderleiding ,  par  A.  N. 
Vorsterman  van  Oyen  ;  5e  année,  1SS8,  in-4p. 


-   15  — 

Leeuwarden.  —  De  vrije  Fric*.  Mélanges  publiés  par  Frieach  Genoot- 
sehap  van  Geschied,  Oudheid-en  Taalkunâe,  t.  XVI.  18S3,  1885.  n°  1,2; 
t.  XVII,  1887.  n°  1. 

Id.  —  59e  rerslag  der  Handeliugeit  van  het  Friesch  Genootschap,  etc. 
Année  18S6-1887. 

Leyde.  —  Maatschappij  der  Nederlandsche  letterkunde.  —  Hande- 
lingen  en  medeleelingen,  1887. 

Id.  —  Id.  —  Levensberichten,  15-87. 

Maestricht.  —  Publications  de  la  Société  historique  et  archéologique 
dans  le  duché  de  Limbourg,  t.  XXIV.  Nouv.  série,  t.  IV,  1887. 

Utrecht.  —  Werken  uitgegeven  door  Jiet  Historisch  genootschap, 
t.  XLIV  —  L.  1887  et  1888. 

§  4.  -  DANEMARCK. 

Copenhague.  —  Mémoires  de  la  Société  royale  des  antiquaires  du 
Nord.  1887. 

Id-  —  Tillaeg  til  Aarboger  for  nordisk  OUkyndighed  og  Historié 
udgivet  af  detkongelige  nordiake  oldskrift-selskab.  (  Année  1886.)  1887. 

§  5.  -  SUÈDE  ET  NORWÈGE. 

Stockholm.  —  Kongl.  Vitterhets  Historié  och  Antiquitets  Acade- 
miens.  —  Jntiquarisk  tidskrift  for  Srerige,  par  Hildebrand ,  t.  X., 

nos  3,  4,  1887. 

§  6.  -  SCHLESWIG-HOLSTEÏN  (PRUSSE). 

Kiel.  —  Zeitsehrift  der  Gesellschaft  f:ir  Schlesioig-Holstein  Lauen- 
burgische  Geschichte,  t.  XVII,  1887. 

Id.  —  Bericht  zur  AUerihumskunde  Schleswig-Holsteins  —  Kiéler 
Munzkatalog.  Verzeichniss  der  Munz  sammlung  des  Schleswig-Hols- 
teinischen  Muséums  vaterlândischer  AlterthUmer,  publié  par  Handel- 
man  et  Klauder  (  1863-1887) ,  t.  I ,  in-4°. 

Id.  —  Mittheilungen  des  Anthropologischen  Vereins  in  Schleswig- 
Holstein.  —  Ausgreben  bei  Tmmenstedt  (1879-1880),  1888,  t.  I. 

§  7.  -  HAXOVRE  (PRUSSE). 

Hanovre.  —  Zeitsehrift  des  Historischen  Vereins  fur  Niedersachsen 
t.  XLIX,  1887. 

Id.  —  Nachricht  des  Historischen  Vereins ,  etc.,  t.  XLIX ,  1887 
(dans  le  même  volume  que  le  précédent). 


-  16  — 


§  8.  —  PRUSSE. 

Aix-la-Chapelle.    —   Zeitschrift  des  Aachener  Geschichtsvereins' 

t.  IX,  1887. 

Id.  —  Id.  —  Register  zu  Band  1-V1I,  par  H.  Keussen,  1887. 

Berlin.  —  Verhandlungen  der  Berliner-Gesellschaft  fur  Anthropo- 
logie, Ethnologie  und  lTrr/eschichte,  dirigé  par  R.  Virchow,  t.  I-VII  ' 
1882  - 1888. 

Bonn.  —  Jahrbiiclier  des  Vereins  von  Alterfhumsfreunden  i»i  Rhein- 
lande,  t.  LXXXIV,  1887;  t.  LXXXV  et  t.  LXXXVI ,  1888. 

Kônigsberg.  —  Scltriften  der  physikalisch-ôkonomischen  Gesellschaft, 
28e  année  (1887),  1888. 

Metz.  —  Mémoires  de  V Académie.  66e  année  (1884-1885),  3e  série, 
t.  XIV,  1888. 

Stettin.  —  Baltisehe  studien,  publié  par  Gesellschaft  fur  Pom- 
mersche  Geschiehte  und  AUerthumshunde.  37e  année,  1887. 

Id.  —  Monatsbldtter  publié  paT  Gesellschaft  fur  Pommerschc  ,  etc 
N°»l  à  12,  1887. 

Wernigerode.  --  Zeitschrift  des  Harz-Vcreins  fur  Geschiehte  und 
Alterthumskunde,  20e  année,  2e  liv.,  1887  ;  21e  année,  lre  liv.,  1888. 

§  9.  -  MEGLEMBOURG  (PRUSSE). 
Néant. 

§  10.  SAXE. 

Dresde.  '—  Jahresberieht  des  kôniglieh  Sachs  Alterthnms-Ven ins , 
1887-1888. 

Id.  —  Nettes  Archiv  fur  Siichsische  Geschiehte  und  Alterthumskunde. 
par  Ermisch,  t.  IX,  1888. 

Iéna.  —  Zeitschrift  des  Vereins  fur  Thilringisehe  Geschiehte  und 
AUerthumshunde,  t.  XIV,  nouvelle  série,  t.  VI,  nos  1  et  2,  1888. 

Id.  —  Thilringisehe  Geschichtsquellen ,  t.  VI.  Nouvelle  série.,  t.  III. 
—  Urhundenbuch  der  Stadt  Jeun  und  ihrer  geislichen  Anstolten,  par 
Martin,  t.  I  (1182-1405). 

§  11.  -  WURTEMBERG. 

Stuttgart.  —  Wiirttembergissche  Vierteljahrshefte  fin-  Luudesges- 
chichte ,  10  année  ,  1887 

Ulm.  —  Munster  Blcitter  im  Auftrag  dis  Munster Komites,  publié 
par  F.  R.  Pre.ssel  et  A.  Beyer.  5e  partie,  1888. 


17  — 


§  12.  —  BAVIERE. 

Lindau  —  Sckriften  des  Vereins  fur  Geschichte  des  Bodenseé's  und 
seiner  Umgebung,  t.  XVI,  1887. 

Munich.  —  Historischen  Verein  von  Ober-Bayem.  —  Oberbayerisches 
Archivfur  vaterlândische  Geschichte,  t.  XLIV,  1887. 

Id.  —  Id.  —  Jàhresbericht,  4Se  et  49e  année  (  1885  et  1886),  1887. 

Nuremberg.  —  Anzeiger  des  germanisçhen  National  Muséums, 
t.  II,lre  partie,  1887. 

Id.  —  Mittheilungen  aus  déni  germanisçhen  Nationalmuseums ,  t.  II, 
Impartie,  1887. 

Id.  —  Katalog  der  Un  Germanischen  Muséum  beftndlichen.  7e. 
Denhmâler  (Rosenberg'sche  Sammlung),  1887. 

Ratisbonne.  —  Verhandlungen  des  Historisclien  Vereines  vori 
Oberpfalz  und  Regensburg.  Nouvelle  série,  t.  XXXIII  (41e),  18S7. 

§  13.  -  AUTRICHE. 

Gratz.  —  Historischer  Verein  fur  Steiermarh.  —  Mittheilungen, 
t.  XXXVI,  1888. 

Prague.  —  Verein  f'iir  Geschichte  der deutsehen  in  Bôhnten. —  Mitthei- 
lungen. 25e  année,  1886-1887. 

§  14.  -  AUTRICHE  (HONGRIE). 

Budapest.  —  Archeologiai  '  ertesitô ,  publié  par  A.  Magyar  tudo- 
manyos  ahadêmianak  archaeologiai  bizottzaga,  par  Hampel  Joszef, 
t.  VII.  1887.  N°s  3,  4,  5;  t.  VIII,  1888.  Nos  1,  % 

Id.  —  Uhgarische Revue  mit  Unterstùtzung  der  ungarischen  Akademie 
der  Wissenschaften ,  publié  par  P.  Hunfalvi  et  G.  Heinrich.  7e  année, 

1887.  N»3  8  à  10;  8e  année,  1888.  Nos  1  à  6. 

§  15.  —  ESPAGNE. 

Barcelonne.  . —  Associacio  catalanista  d'excursions  cieniificas.  — 
Vexcusionista  Bolleti  mensual.  10e  année,  1887.  Nos  112-114;  11e  année, 

1888.  Nos  116-120. 

Id.  —  Id.  —  Acta  delà sessio publica  inaugurai  del  any  1887 et  1888. 
Id.  —  Id.  —  Memorias  (1884)  t.  VIII,  1888. 

§  16.  -  ITALIE. 

Néant. 


—  18  — 

^  17.  —  ALGÉRIE. 

Kone.  —  Académie  (VHippone.  —  Bulletin  ,  l.  XXII  (1886),  t.  XXIII 
(  1887),  lre  liv.  1888. 
Id.  —  Id.  —  Comptes  fendus  des  réunions.  Bulletins  n°*  23  et  24, 

1887  et  1888. 

§  18.  —  ÉTATS-UNIS. 

Washington.   —   Annital  Report  of  the  board  of  Régents  of  the 
Smitsonian  Institution.  Année  1886.  2e  partie. 

§  19.  -  BRÉSIL. 

Rio  de  Janeiro.  —  Avclikos  do  Museu  nacional,  t.  VII,  1887. 

§  20.  COSTA  RIGA. 

San  José.  —  Anales  del  Museo  nacional.  t.  I,  1888. 

MEMBRES   IDE   I-.A.  SOCIÉTÉ. 


Nous  n'avons  guère  à  signaler  de  modifications 
dans  le  cadre  des  membres  effectifs  et  honoraires 
de  l'Institut ,  si  ce  n'est  la  démission ,  que  nous 
avons  eu  le  regret  de  recevoir,  d'un  de  nos  membres 
effectifs  les  plus  dévoués,  M.  Henri  Helbig,  dont 
l'état  de  santé  ne  lui  permet  plus  d'assister  à  nos 
séances. 

Aucune  mutation  n'a  eu  lieu  parmi  les  membres 
correspondants ,  dont  le  nombre  réglementaire  est 
complet. 

Trois  membres  associés  nous  ont  remis  leur 
démission  :  MM.    le    docteur   Jorissenne ,    baron 


-  19   - 

Camille  de  Moflarts  et  chevalier  Edmond  de  Sau- 
vage Vercour. 

Le  Bureau  pour  l'année  1889,  qui  devait  être 
renouvelé  au  mois  de  décembre  dernier ,  a  été  élu 
seulement  dans  la  séance  du  31  janvier  1889. 
M.  Jules  Helbig  a  été  nommé  pour  la  seconde  fois 
vice-président;  MM.  Poswick,  Alexandre,  Dejardin 
et  Couclet  ont  été  réélus  respectivement  secrétaire, 
conservateur,  bibliothécaire  et  trésorier. 


Liège,  le  31  février  1889. 

Le  Secrétaire  , 
E.    POSWICK. 


GETTY  CENTER  LINRARY 


i  mi  mu  m  ni  h  lui  i